‹ Œuvres complètes de RégnierChapitre 52 sur 134 · Var. ; demande · texte numérisé non relu

Var. ; demande

3. Don Pedro Manriquez, connétable de Castille, allant en Flandre, traversa la France en 1603.

SATYRE X

11 commence un sermon de son affection,

Me rit, me prend, m’embrasse avec ceremonie :

« Quoy, vous ennuyez-vous en nostre compagnie?

Non, non, ma foy, dit-il, il n’ira pas ainsi.

Et, puis que je vous tiens, vous souperez icy ».

Je m’excuse, il me force. O dieux! quelle injustice! Alors, mais las! trop tard, je cognus mon supplice :

Mais pour l’avoir cognu je ne peus l’esviter.

Tant le destin se plaist à me persécuter.

A peine à ces propos eut-il fermé la bouche,

Qu’il entre à l’estourdi un sot fait à la fourche.

Qui, pour nous saluer laissaüt choir son chappeau,

Fist comme un entre-chat avec un escabeau :

Trébuchant par le cul s’en va devant-derriere.

Et grondant se fascha qu’on estoit sans lumière Pour nous faire sans rire avaller ce beau saut.

Le Monsieur sur la veue excuse ce deffaut.

Que les gens de sçavoir ont la visiere tendre.

L’autre, se relevant, devers nous vient se rendre.

Moins honteux d’estre cheust que de s’estre dressé Et luy demandast-il s’il n’estoit point blessé.

Après mille discours dignes d’un grand volume.

On appelle un valet, la chandelle s’allume.

On apporte la nappe et met-on le couvert.

Et suis parmy ces gens comme un homme sans vertL

Qui fait en rechignant aussi maigre visage

Qu’un renard que Martin porte au Louvre en sa cage.

Un long-temps sans parler je regorgeois d’ennuy.

Mais n’estant point garand des sottises d’autruy.

Je creu qu’il me falloit d’une mauvaise affaire

1. Un homme sans vert, pris au dépourvu. Allusion proverbiale aux termes d’un ancien jeu.

SATYRE X

En prendre seulement ce qui m’en pouvoit plaire. Ainsi, considérant ces hommes et leurs soins,

|Si je n’en disois mot, je n’en pensois pas moins,

(Et jugé ce lourdaut, à son nez autentique.

Que c’estoit un pédant, animal domestique De qui la mine rogue et le parler confus.

Les cheveux gras et longs et les sourcils touffus jPaisoient par leur sçavoir, comme il faisoit entendre, |La figue sur le nez au pédant d’Alexandre.

Lors je fus asseuré de ce que j’avois creu,

3u’il n’est plus courtisan de la court si recreu,

:^o\ir faire l’entendu, qu’il n’ait, pour quoy qu’il vaille Jn poète, un astrologue ou quelque pedantaille Jui durant ses amours, avec son bel esprit,

^louche de ses faveurs l’histoire par escrit.

Maintenant que l’on voit et que je vous veux dire Tout ce qui se fist là digne d’une satyre, e croirois faire tort à ce docteur nouveau li je ne luy donnois quelques traicts de pinceau, lais estant mauvais peintre ainsi que mauvais poète,

:t que j’ay la cervelle et la main mal adroitte,

I Muse ! je t’invoque : emmielle-moi le bec, it bandes de tes mains les nerfs de ton rebec. aisse moy là Phœbus chercher son avanture, aisse moy son 6 mol, prend la clef de nature, t vien, simple, sans fard, nue et sans ornement, our accorder ma flûte avec ton instrument.

Dy moy comme sa race, autrefois ancienne, i edans Rome accoucha d’une patricienne,

I ’où nasquit dix Gâtons et quatre vingts prêteurs, ms les historiens et tous les orateurs, ais non, venons à luy, dont la maussade mine

SATYRE X

Resemble un de ces dieux des coutaux de la Chine El dont les beaux discours, plaisamment estourdis, Feroient crever de rire un sainct de paradis.

Son teint jaune, enfumé, de couleur de malade,

Feroit donner au diable et ceruze et pommade Et n’est blanc en Espaigne à qui ce cormoran Ne fasse renier la loy de TAlcoran.

Ses yeux bordez de rouge, esgarez, sembloient estre L’un à Montmarthe et Fautre au chasteau de Bicestre : Toutesfois, redressant leur entre-pas tortu,

Ils guidoient la jeunesse au chemin de vertu.

Son nez haut relevé sembloit faire la nique A rOvide Nason, au Scipion Nasique,

Où maints rubis balez tous rougissans de vin,

Monstroient un hag itur à la Pomme de pin 2

Et, preschant la vendange, asseuroient en leur trongne Qu’un jeune médecin vit moins qu’un vieil yvrongne.

Sa bouche est grosse et torte, et semble en son porfil Celle-là d’Alizon qui, retordant du fil.

Fait la moue aux passans, et, fécondé en grimace.

Bave comme au prin-temps une vieille limace.

Un rateau mal rangé pour ses dents paroissoit.

Où le chancre et la rouille en monceaux s’amassoit.

Dont pour lors je congneus, grondant quelques paroles Qu’expert il en sçavoit crever ses everoles.

Qui me fîst bien juger qu’aux veilles des bons jours Il en souloit rogner ses ongles de velours.

Sa barbe sur sa joue esparse à l’advanture,

1. Le premier établissement des Jésuites en Chine date de I58i, Vers la fin du règne de Henri IV, il nous venait de ce pays des étoffes de soie, des couteaux à manches ornés de figures gro^ tesques, etc.

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