‹ Œuvres complètes de RégnierChapitre 51 sur 134 · Grand filet à prendre les oiseaux · texte numérisé non relu

Grand filet à prendre les oiseaux

SATYRE X

Trenchent en leurs discours de Tesprit délicat, Gontrollent un chacun, et par apostasie Veulent paraphraser dessus la fantasie.

Aussi leur bien ne sert qu’à monstrer le deffaut,

Et semblent se baigner quand on chante tout haut Qu’ils ont si bon cerveau qu’il n’est point de sottise Dont par raison d’estat leur esprit ne s’advise.

Or il ne me chaudroit, insensez ou prudens.

Qu’ils fissent à leurs frais messieurs les Intendans A chaque bout de champ, si, sous ombre de chere,

Il ne m’en falloit point payer la folle enchère.

Un de ces jours derniers, par des lieux destournez Je m’en allois resvant, le manteau sur le nez,

L’ame bizarrement de vapeurs occupée.

Comme un poète qui prend les vers à la pipée.

En ces songes profons où flottoit mon esprit.

Un homme par la main hazardement me prit.

Ainsi qu’on pourroit prendre un dormeur par l’oreille Quand on veut qu’à minuict en sursaut il s’esveille.

Je passe outre d’aguet, sans en faire semblant.

Et m’en vois à grands pas, tout froid et tout tremblant. Craignant de faire encor’, avec ma patience.

Des sottises d’autruy nouvelle penitence.

Tout courtois il me suit, et d’un parler remis :

« Quoy, Monsieur, est-ce ainsi qu’on traite ses amis »?

Je m’arreste, contraint; d’unè façon confuse.

Grondant entre mes dents, je barbotte une excuse.

De vous dire son nom, il ne guarit de rien.

Et vous jure au surplus qu’il est homme de bien.

Que son cœur, convoiteux, d’ambition ne creve.

Et pour ses factions qu’il n’ira point en Greve ;

Car il aime la France, et ne souffriroit point.

SATYRE X

Le bon seigneur qu’il est, qu’on la mist en pourpoint.

Au compas du devoir il réglé son courage,

Et ne laisse en depost pourtant son advantage ;

Selon le temps il met ses partis en avant.

Alors que le Roy passe, il gaigne le devant.

Et dans la Gallerie L encor’ que tu luy parles.

Il te laisse au l’oy Jean et s’en court au roy Charles ; Mesme aux plus avancez demandant^ le pourquoy,

Il se met sur un pied et sur le quant à moy,

Et seroit bien fasché, le prince assis à table,

Qu’un autre en fust plus prés ou fist plus l’agréable;

Qui plus suffisamment entrant sur le devis Fist mieux le philosophe ou dist mieux son avis ;

Qui de chiens ou d’oyseaux eust plus d’experience.

Ou qui devidast mieux un cas de conscience.

Puis dittes, comme un sot, qu’il est sans passion !

Sans gloser plus avant sur sa perfection.

Avec maints hauts discours, de chiens, d’oyseaux, de bottes ; Que les vallets de pied sont fort sujets aux crottes ;

Pour bien faire du pain il faut bien enfourner;

Si Dom Pedre est venu 3, qu’il s’en peut retourner.

Le ciel nous fist ce bien qu’encor’ d’assez bonne heure Nous vinsmes au logis où ce Monsieur demeure.

Où, sans historier le tout par le menu.

Il me dict : « Vous soyez. Monsieur, le bien venu », Après quelques propos sans propos et sans suitte,

Avecq’ un froid adieu je minute ma fuitte.

Plus de peur d’accident que de discrétion;

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