DISCOURS AU ROY
SATYRE I
Puissant Roy des François, astre vivant.de Mars,
Dont le juste labeur, surmontant les hazards.
Fait voir par sa vertu que la grandeur de France Ne pouvoit succomber souz une autre vaillance ;
Vray fils de la valeur de tes pères, qui sont Ombragez des lauriers qui couronnent leur front.
Et qui, depuis mille ans, indomtables en guerre.
Furent transmis du ciel pour gouverner la terre. Attendant qu’à ton rang ton courage t’eust mis.
En leur trosne eslevé dessus tes ennemis ;
Jamais autre que toy n’eust avecque prudence Vaincu de ton suject l’ingrate outrecuidance.
Et ne l’eust, comme toy, du danger préservé :
Car estant ce miracle à toy seul réservé.
Comme au Dieu du pays, en ses desseins parjures Tu faits que tes bontez excédent ses injures.
Or, après tant d’exploits finis heureusement.
Laissant aux cœurs , des tiens, comme un vif monument,
1. Ce discours fut adressé vers 1602 à Henri IV par le poète, alors dans toute la force de son talent.
SATYRE I
Avecque ta valeur ta clemence vivante Dedans Teternité de la race suivante,
Puisse-tu, comme Auguste, admirable en tes faits,
Rouller tes jours heureux en une heureuse paix;
Ores que la justice icy bas descendue,
Aux petits comme aux grands par tes mains est rendue ; Que sans peur du larron trafique le marchand ;
Que rinnocent ne tombe aux aguets du meschant.
Et que de ta couronne, en palmes si fertile.
Le miel abondamment et la manne distile.
Gomme des chesnes vieux aux jours du siècle d’or.
Qui, renaissant soubz toy, reverdissent encor.
Aujourd’huy que ton fils imitant ton courage^
Nous rend de sa valeur un si grand tesmoignage.
Que, jeune, de ses mains la rage il déconfit,
Estouffant les serpens ainsi qu’Hercule fit.
Et, domtant la discorde à la gueule sanglante,
D’impieté, d’horreur encore frémissante.
Il luy trousse les bras, de meurtres entachez 2,
De cent chaisnes d’acier sur le dos attachez.
Sous des monceaux de fer dans ses armes l’enterre.
Et ferme pour jamais le temple de la guerre.
Faisant voir clairement par ses faits triomphants Que les Roys et les dieux ne sont jamais enfants;
Si bien que, s’eslevant sous ta grandeur prospère, Genereux heritier d’un si genereux père.
Comblant les bons d’amour et les meschans d’effroy.
Il se rend au berceau desjà digne de toy.
1. Louis, dauphin, qui fut Louis XIII, né à Fontainebleau le 27 septembre I60i, et dont la naissance contribua beaucoup à l’apaisement des troubles.