‹ Œuvres complètes de RégnierChapitre 8 sur 134 · Var. : des meurtres · texte numérisé non relu

Var. : des meurtres

SATYRE I

Mais c^est mal contenter mon humeur frenetique, Passer de la Satyre en un Panégyrique,

Oû, molement disert souz un sujet si grand,

Dès le premier essay mon courage se rend.

Aussi, plus grand qu'Ænée et plus vaillant qu’Achille, Tu surpasses Tesprit d’Homère et de Virgille,

Qui leurs vers à ton los ne peuvent esgaler.

Bien que maistres passez en Fart de bien parler.

Et quand j’esgallerois ma Muse à ton mérité.

Toute extreme louange est pour toy trop petite,

Ne pouvant le fîny joindre Tinfinité ;

Et c’est aux mieux disants une témérité De parler oû le Ciel discourt par tes oracles.

Et ne se taire pas où parlent tes miracles ;

Où tout le monde entier ne bruit que tes projects,

Où ta bonté dis.court au bien de tes sujects.

Où nostre aise et la paix ta vaillance publie ;

Où le discord esteint et la loy restablie Annoncent ta justice ; où le vice abattu Semble en ses pleurs chanter un hymne à ta vertu.

Dans le temple de Delphe, où Phœbus on revere, Phœbus, roy des chansons et des muses le pere.

Au plus haut de l’autel se voit un laurier sainct.

Qui sa perruque blonde en guirlandes estraint.

Que nul prestre du temple en jeunesse ne touche,

Ny mesme prédisant ne le masche en la bouche. Chose permise aux vieux de sainct zele enflamez.

Qui se sont par service en ce lieu confirmez.

Dévots à son mistere, et de qui la poictrine Est pleine de l’ardeur ^ de sa verve divine.

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