‹ Œuvres complètes de RégnierChapitre 78 sur 134 · Le poète donne la parole à Henri IV · texte numérisé non relu

Le poète donne la parole à Henri IV

SATYRE XVII

Aussi pour mon salut que doi-je plus attendre,

Et quel sage conseil en mon mal puis-je prendre,

S’il n’est rien icy bas de doux et de clement Qui ne tourne visage à mon contentement ?

S’il n’est astre esclairant en la nuit solitaire,

Ennemy de mon bien, qui ne me soit contraire,

Qui ne ferme l’oreille à mes cris furieux?

Il n’est pour moy là haut ny clemence ny Dieux.

Au ciel comme en la terre il ne faut que j’attende Ny pitié ny faveur au mal qui me commande;

Car encor que la dame en qui seule je vy M’ait avecque douceur sous ses loix asservy;

Que je ne puisse croire, en voyant son visage,

Que le Ciel l’ait formé si beau pour mon dommage, Ny moins qu’il soit possible en si grande beauté Qu’avecque la douceur loge la cruauté;

Pourtant toute esperance en mon esprit chancelle :

11 suffit, pour mon mal, que je la trouve belle. Amour, qui pour object n’a que mes desplaisirs. Rend tout ce que j’adore ingrat à mes désirs.

Toute chose en aymant est pour moy difficile,

Et comme mes souspirs ma peine est infertile.

D’autre part, sçachant bien qu’on n’y doit aspirer. Aux cris j’ouvre la bouche, et n’ose souspirer;

Et ma peine estouffée avecque le silence.

Estant plus retenue, a plus de violence.

Trop heureux si j’avois en ce cruel tourment Moins de discrétion et moins de sentiment.

Ou, sans me relascher à l’effort du martyre,

Que mes yeux ou ma mort mon amour poussent dire! Mais ce cruel enfant, insolent devenu,

Ne peut estre à mon mal plus long-temps retenu;

SATYRE XVII

Il me contrainct aux pleurs, et par force m^arrache Les cris qu'au fond du cœur la reverence cache.

Puis doncq' que mon respect peut moins que sa douleur, Je lasche mon dis/cours * à l'effort du malheur,

Et, poussé des ennuis dont mon ame est atteinte.

Par force je vous fais ceste piteuse plainte,

Qu'encore ne rendrois-je en ces derniers efforts.

Si mon dernier soupir ne la jettoit^ dehors.

Ce n'est pas, toutesfois, que pour m'escouter plaindre Je tasche par ces vers à pitié vous contraindre,

Ou rendre par mes pleurs vostre œil moins rigoureux : La plainte est inutile à l'homme malheureux.

Mais puis qu'il plaist au ciel par vos yeux que je meure. Vous direz que, mourant, je meurs à la bonne heure,

Et que d'aucun regret mon trespas n'est suivy.

Sinon de n'estre mort le jour que je vous vy Si divine et si belle et d'attraits si pourveue.

Oui, je devois mourir des trais de vostre veue.

Avec mes tristes jours mes miseres finir.

Et par feu, comme Hercule, immortel devenir.

J'eusse, bruslant là-haut en des flammes si claires.

Rendu de vos regards tous les dieux tributaires.

Qui, servant comme moy de trophée à vos yeux.

Pour vous aymer en terre eussent quitté les deux. Éternisant par tout ceste haute victoire.

J'eusse engravé là-haut leur honte et vostre gloire :

Et comme, en vous servant, aux pieds de vos autels Ils voudroient, pour mourir, n'estre point immortels ; Heureusement ainsi j'eusse peu rendre l'ame.

Après si bel effect d'une si belle flamme;

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