‹ Œuvres complètes de RégnierChapitre 80 sur 134 · Var. : au feu · texte numérisé non relu

Var. : au feu

ELEGIE I

Scelle baille en cachette ou reçoit ^ un poullet;

Si dans quelque recoin quelque vieille incogneue, Marmotant un Pater, luy parle et la salue,

Déguisez-en le fait, parlez-m'en autrement ;

Trompant ma jalousie et vostre jugement.

Dites moy qu'elle est chaste et qu'elle en a la gloire. Car bien qu'il ne soit vray, si ne le puis-je croire.

De contraires efforts mon esprit agité.

Douteux, s'en court de l'une à l'autre extrémité.

La rage de la hayne et l'amour me transporte ;

Mais j'ay grand peur enfin que l'amour soit plus forte. Surmontons par mespris ce désir indiscret;

Au moins, s'il ne se peut, l'aymeray-je à regret.

Le bœuf n'ayme le joug que toutesfois il traine;

Et, meslant sagement mon amour à la hayne.

Donnons luy ce que peut ou que doit recevoir Son mérité égallé justement au devoir.

En Conseiller d'estat de discours je m'abuse.

Un amour violent aux raisons ne s'amuse.

Ne sçay-je que son œil, ingrat à mon tourment.

Me donnant ce désir m'osta le jugement?

Que mon esprit blessé nul bien ne se propose; Qu'aveugle et sans raison, je confonds toute chose. Comme un homme insensé qui s'emporte au parler.

Et dessigne avec l'œil mille chasteaux en l’air?

C'en est fait^ pour jamais, la chance en est jettée. D'un feu si violent mon âme est agittée.

Qu'il faut, bon-gré, mal-gré, laisser faire au destin; Heureux si par la mort j'en puis estre à la fin.

Et si je puis, mourant en ceste frenesie,

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