Var. : S'en est fait
ELEGIE I
Voir mourir mon amour avecq' ma jalousie!
Mais, Dieu! que me sert-il en pleurs me consommer,
Si la rigueur du Ciel me contrainct de Taymer?
Où le Ciel nous incline, à quoy sert la menace?
Sa beauté me rappelle où son defîaut me chasse :
Aymant et desdaignant par contraires efforts Les façons de Tesprit et les beautez du corps.
Ainsi je ne puis vivre avec elle, et sans elle.
Ha! Dieu! que fusses-tu ou plus chaste, ou moins belle, Ou pusses-tu connoistre et voir par mon trespas Qu’avecque ta beauté ton humeur ne sied pas !
Mais si ta passion est si forte et si vive
Que des plaisirs des sens ta raison soit captive,
Que ton esprit blessé ne soit maistre de soy.
Je n'entends en cela te prescrire une loy.
Te pardonnant par moy ceste fureur extresme.
Ainsi comme partoy je Texcuse en moy-mesme.
Car nous sommes tous deux, en nostre passion,
Plus dignes de pitié que de punition.
Encor, en ce malheur où tu te précipités,
Doibs-tu par quelque soin t'obliger tes mérités, Gognoistre ta beauté, et qu'il te faut avoir,
Avecques ton amour, esgard à ton devoir.
Mais sans discrétion tu vas à guerre ouverte.
Et, par sa vanité triomphant de ta perte,
11 montre tes faveurs, tout haut il en discourt.
Et ta honte et sa gloire entretiennent la Court. . Cependant, me jurant tu m'en dis des injures.
O Dieux! qui sans pitié punissez les parjures.
Pardonnez à ma dame, ou changeant vos effects.
Vengez plustost sur moy les pechez qu’elle a faicts.
S'il est vray sans faveur que tu l’escoutes plaindre.
ELEGIE I
D'où vient pour son respect que Ton te voit contraindre Que tu permets aux siens lire en tes passions.
De veiller jour et nuict dessus tes actions ;
Que tousjours d'un vallet ta carrosse est suivie,
Qui rend, comme espion, compte exact de ta vie .
Que tu laisse un chacun pour plaire à ses soupçons.
Et que, parlant de Dieu, tu nous faits des leçons. Nouvelle Magdelaine au desert convertie ;
Et jurant que ta flamme est du tout amortie.
Tu prétends finement par ceste mauvaitié Luy donner plus d'amour, à moy plus d'amitié;
Et me cuidant tromper, tu voudrois faire accroire Avecque faux serments que la neige fust noire.
Mais comme tes propos ton art est descouvert,
Et chacun en riant en parle à cœur ouvert.
Dont je creve de rage, et voyant qu'on te blasme.
Trop sensible en ton mal, de regret je me pasme,
Je me ronge le cœur, je n'ay point de repos.
Et voudrois estre sourd, pour l'estre à ces propos.
Je me hay de te voir ainsi mésestimée.
T'aymant si dignement, j'ayme ta renommée ;
Et si je suis jaloux, je le suis seulement De ton honneur, et non de ton contentement.
Fay tout ce que tu fais, et plus s'il se peut faire ;
Mais choisi pour le moins ceux qui se peuvent taire.
Quel besoin peut-il estre, insensée en amour,
Ce que tu fais la nuict, qu'on le chante le jour ;
Ce que fait un tout seul, tout un chacun le sçache,
Et monstres en amour ce que le monde cache?
Mais puis que le Destin à toy m'a sçeu lier.
Et qu'oubliant ton mal je ne puis t'oublier.
Par ces plaisirs d’amour tout confits en delices.
ELEGIE II
Par tes apas, jadis à mes vœuz si propices,
Par ces pleurs que mes ÿeux et les tiens ont versez, Par mes souspirs, au vent sans profit dispersez,
Par les Dieux, qu’en pleurant tes sermens appellerent. Par tes yeux, qui l’esprit par les miens me volèrent.
Et par leurs feux si clairs et si beaux à mon cœur. Excuse, par pitié, ma jalouse rancœur ;
Pardonne, par mes pleurs, au feu qui me commande ; Si mon péché fut grand, ma repentance est grande.
Et voy dans le regret dont je suis consommé.
Que j’eusse moins failly si j’eusse moins aymé.