Var. : La faveur
IMPUISSANCE
Pourtant jusqu’à la mort si n’avoy-je forfait,
Si ce n’est qu’à présent qu’à vos pieds je me jette ; Que ma confession vous rende satisfaicte.
Je suis digne des maux que vous me prescrirez.
J’ay meurtry, j’ay volé, j’ay des vœuz parjurez,
Trahy les Dieux bénins. Inventez à ces vices ^
Comme estranges forfaicts, des estranges supplices,
O beauté, faictes en tout ainsi qu’il vous plaist.
Si vous me condamnez à mourir, je suis prest.
La mort me sera douce, et d’autant plus encore Si je meurs de la main de celle que j’adore.
Avant qu’en venir là, au moins souvenez-vous Que mes armes, non moy, causent votre courrouz. Que, champion d’Amour entré dedans la lice.
Je n’eus assez d’haleine à si grand exercice ;
Que je ne suis chasseur jadis tant approuvé.
Ne pouvant redresser un deffaut retrouvé.
Mais d’où viendroit cecy? seroit ce point, maistresse, Que mon esprit du corps precedast la paresse ?
Ou que, par le désir trop prompt et vehement. J’allasse avec le temps le plaisir consommant?
Pour moy, je n’en sçay rien : en ce fait tout m’abuse. Mais enfin, ô beauté, recevez pour excuse,
S’il vous plaist derechef que je rentre en l’assaut, J’espere avec usure amender mon defaut.