‹ Œuvres complètes de RégnierChapitre 87 sur 134 · Var. : La faveur · texte numérisé non relu

Var. : La faveur

IMPUISSANCE

Pourtant jusqu’à la mort si n’avoy-je forfait,

Si ce n’est qu’à présent qu’à vos pieds je me jette ; Que ma confession vous rende satisfaicte.

Je suis digne des maux que vous me prescrirez.

J’ay meurtry, j’ay volé, j’ay des vœuz parjurez,

Trahy les Dieux bénins. Inventez à ces vices ^

Comme estranges forfaicts, des estranges supplices,

O beauté, faictes en tout ainsi qu’il vous plaist.

Si vous me condamnez à mourir, je suis prest.

La mort me sera douce, et d’autant plus encore Si je meurs de la main de celle que j’adore.

Avant qu’en venir là, au moins souvenez-vous Que mes armes, non moy, causent votre courrouz. Que, champion d’Amour entré dedans la lice.

Je n’eus assez d’haleine à si grand exercice ;

Que je ne suis chasseur jadis tant approuvé.

Ne pouvant redresser un deffaut retrouvé.

Mais d’où viendroit cecy? seroit ce point, maistresse, Que mon esprit du corps precedast la paresse ?

Ou que, par le désir trop prompt et vehement. J’allasse avec le temps le plaisir consommant?

Pour moy, je n’en sçay rien : en ce fait tout m’abuse. Mais enfin, ô beauté, recevez pour excuse,

S’il vous plaist derechef que je rentre en l’assaut, J’espere avec usure amender mon defaut.

Page 1