‹ Œuvres complètes de RégnierChapitre 86 sur 134 · Var, ; S’en repentent · texte numérisé non relu

Var, ; S’en repentent

IMPUISSANCE

Quelle perdoit son temps, du lict elle se jette.

Prend sa Juppé, se lace, et puis en se mocquant,

D’un riz et de ces motz elle m’alla piquant :

« Non, si j’estois lascive, ou d’amour occupée,

Je me pourrois fascher d’avoir esté trompée ;

Mais puisque mon désir n’est si vif ne si chaud.

Mon tiede naturel m’oblige à ton deffaut.

Mon amour satisfaicte ayme ton impuissance.

Et tire de ta faute assez de recompence,

Qui, tousjours dilayant, m’a faict par le désir,

Esbatre plus long-temps à l’ombre du plaisir ».

Mais estant la douceur par l’effort divertie,

La fureur ^ à la fin rompit sa modestie ;

Et dit en esclatant : « Pourquoy me trompes-tu?

Ton impudence à tort a vanté ta vertu.

Si en d’autres amours ta vigueur s’est usée.

Quel honneur reçois-tu de m’avoir abusée » t Assez d’autres propos le despit luy dictoit,

Le feu de son desdain par sa bouche sortoit.

Enfin, voulant cacher ma honte et sa colere,

Elle couvrit son front d’une meilleure chere ;

Se conseille au miroir, ses femmes appella.

Et, se lavant les mains, le faict dissimula.

Belle, dont la beauté si digne d’estre aymée Eust rendu des plus mortz la froideur enflamée.

Je confesse ma honte, et, de regret touché.

Par les pleurs que j’espands j’accuse mon péché : Péché d’autant plus grand que grande est ma jeunesse. Si, homme, j’ay failly, pardonnez-moy, Déesse.

J’avoue estre fort grand le crime que j’ay fait.

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