LA C. P
Infâme bastard de Gythere,
Fils ingrat d'une ingrate mere.
Avorton traistre et déguisé,
Si je t’ai suivy dés Fenfance,
De quelle ingrate recompense As-tu mon service abusé !
Mon cas, fier de mainte conqueste.
En Espagnol portoit la teste.
Triomphant, superbe et vainqueur,
Que nul effort n’eust sceu rabattre ; Maintenant lasche et sans combattre, Fait la cane et n’a plus de cœur.
De tes autels une prestresse L’a reduict en telle detresse,
Le voyant au choc obstiné.
Qu’entouré d’onguent et de linge,
Il m’est avis de voir un singe Comme un enfant embeguiné.
De façon robuste et rai Harde,
Pend l’aureille, et n’est plus gaillarde ; Son teint vermeil n’a point d’esclat;
STANCES
De pleurs il se noyé la face,
Et faict aussi laide grimace Qu’un boudin crevé dans un plat.
Aussi penaud qu’un chat qu’on chastre,
Il demeure dans son emplastre,
Comme en sa coque un limaçon.
En vain d’arrasser il essaye :
Encordé comme une lamproye.
Il obeyt au caveçon.
Une salive mordicante De sa narine distillante L’ulcere si fort par dedans,
Que, crachant l’humeur qui le pique.
Il bave comme un pulmonique Qui tient la mort entre ses dents.
Ha ! que cette humeur languissante Du temps jadis est differente.
Quand brave, courageux et chaud.
Tout passoit au fil de sa rage.
N’estant si jeune pucelage Qu’il n’enfilast de prime assaut ^ !
Appollon, dés mon âge tendre.
Poussé du courage d’apprendre.
Auprès du ruisseau parnassin.
Si je t’invocque pour poète.
Ores, en ma douleur secrete.
Je t’invoque pour médecin.
1. Cette stance manque dans l’édition de 1613, et n’a paru qu’après la mort de l’auteur.
STANCES
Severe Roy des destinées,
Mesureur des vistes années,
Cœur du monde, œil du firmament, Toy qui présidés à la vie,
Caris mon cas, je te supplie.
Et le conduis à sauvement.
Pour recompense, dans ton temple.
Servant de mémorable exemple Aux joueurs qui viendront après, J’appendray la mesme figure De mon cas malade en peinture, Ombragé d’ache et de cyprès»