Var. : Discours
AU ROY
Qu’il faille pour son bien que tu faulses ta foy,
Trahisses ta patrie, et que d’injustes armes
Tu la combles de sang, de meurtres et de larmes?
« Si ton cœur convoiteux est si vif et si chaud. Cours la Flandre, où jamais la guerre ne defaut;
Et plus loing, sur les flancs d’Austriche et d’Alemagne De Turcs et de turbans enjonche la campagne;
Puis, tout chargé de coups, de vieillesse et de. biens, Revien en ta maison mourir entre les tiens.
Tes fils se mireront en si belles despouilles :
Les vieilles, au foyer, en fillant leurs quenouilles,
En chanteront le conte, et, brave en arguments, Quelque autre Jean de Mun en fera des romans.
« Ou si, trompant ton roy, tu cours autre fortune. Tu trouveras, ingrat, toute chose importune.
A Naples, en Sicille, et dans ces autres lieux Où l’on t’assignera, tu seras odieux;
Et l’on te fera voir, avec ta convoitise,
Qu’aprés les trahisons les traistres on mesprise.
Les enfans estonnez s’enfuiront te voyant.
Et l’artisan mocqueur, aux places t’effroyant.
Rendant par ses brocards ^ ton audace fletrie.
Dira : « Ce traistre-icy nous vendit sa patrie (( Pour l’espoir d’un royaume en chimères conçeu,
« Et pour tous ses desseins du vent il a reçeu ».
« Ha! que ces paladins vivants dans mon histoire, Non comme toy touchez d’une bastarde gloire.
Te furent différons, qui, courageux par tout,
Tindrent fidellement mon enseigne debout ;
Et qui, se respendant ainsi comme un tonnerre,