‹ Œuvres complètes de RégnierChapitre 98 sur 134 · Riches partisans · texte numérisé non relu

Riches partisans

SATYRES

Mais si faut-il enfin que tout vienne à son conte,

Et, soit avec Thonneur ou soit avec la honte,

Il faut, perdant le jour, esprit, sens et vigueur.

Mourir comme Enguerrand^ ou comme Jacques-Cœur,

Et descendre là-bas, où, sans choix de personnes,

Les escuelles de bois s’égalent aux couronnes.

En courtisant pourquoy perdrois-je tout mon temps.

Si de bien et d’honneur mes esprits sont contens? Pourquoi d’ame et de corps faut-il que je me peine.

Et qu’estant hors du sens aussi bien que d’haleine.

Je suive un financier, soir, matin, froid et chaud.

Si j’ai du bien pour vivre autant comme il m’en faut?

Qui n’a point de procès au Palais n’a que faire.

Un President pour moy n’est non plus qu’un notaire.

Je fais autant d’état du long comme du court.

Et mets en la vertu ma faveur et ma Court.

Voilà le vray chemin, franc de crainte et d’envie.

Qui doucement nous meine à cette heureuse vie,

Que parmi les rochers et les bois desertez,

Jeusne, veille, oraison et tant d’austeritez,

Ces hermites jadis, ayant l’Esprit pour guide,

Cherchèrent si longtemps dedans la Thebaïde.

Adorant la vertu, de cœur, d’ame et de foy.

Sans la chercher si loin chacun l’a dedans soy.

Et peut, comme il lui plaist, lui donner la teinture, Artisan de sa bonne ou mauvaise aventure.

1. Enguerrand de Marigny. sous-intendant des finances sous Philippe-Auguste.

SATYRE

Perclus d’une jambe et des bras, Tout de mon long entre deux dras,

Il ne me reste que la langue Pour vous faire cette harangue.

Vous sçavés que j’ay pension,

Et que l’on a prétention,

Soit par sotise ou par malice.

Embarrassant le bénéfice.

Me rendre, en me torchant le bec.

Le ventre creux comme un rebec.

On m’en baille en discours de belles, Mais de l’argent point de nouvelles; Encore, au lieu de payement.

On parle d’un retranchement.

Me faisant au nez grise mine :

Que l’abbaye est en ruine.

Et ne vaut pas, beaucoup s’en faut, Les deux mille francs qu’il me faut:

Si bien que je juge, à son dire.

Malgré le feu Roy nostre sire.

Qu’il desireroit volontiers

1. Jointe pour la première fois aux œuvres de Regnier en 1652.

SATYRES

Lâchement me réduire au tiers.

Je laisse à part ce fascheux conte :

Au primtens que la bile monte Par les veines dans le cerveau.

Et que Ton sent au renouveau Son esprit fécond en sornettes,

Il fait mauvais se prendre aux poètes.

Toutesfois je suis de ces gens,

De toutes choses négligens,

Qui, vivant au jour la journée.

Ne controllent leur destinée, Oubliant, pour se mettre en paix.

Les injures et les bien-faits.

Et s’arment de philosophie.

11 est pourtant fou qui s’y fie ;

Car la dame Indignation Est une forte passion.

Estant donc en mon lit malade,

Les yeux creux et la bouche fade.

Le teint jaune comme un espy.

Et non pas l’esprit assoupy,

Qui dans ces caprices s’égaye,

Et souvent se donne la baye Se feignant, pour passer le temps, Avoir cent mille escus contans,

Avec cela large campagne.

Je fais des chasteaux en Espagne; J’entreprens partis sur partis.

Toutesfois je vous avertis,

Pour le seH, que je m’en déporté,

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