‹ Œuvres complètes de Regnier: revues sur les éditions originales avecChapitre 7 sur 74 · XIV PRÉFACE · texte numérisé non relu

XIV PRÉFACE

Un peu d'hypocrisie , à défaut d'une conduite régulière.

Régnier mourut trop tôt. Il mourut au moment où sa pension de deux mille livres, son canonicat de Chartres et trois ou quatre éditions de ses satyres avaient plus que réalisé son modeste rêve :

Un simple bénéfice et quelque peu de nom i.

Il mourut au moment où l'avenir lui souriait, où le roi le pensionnait^ où le comte de Cramail et le marquis de Cœuvres le protégeaient, où l'abbé de Royaumont l'accueillait familièrement; au moment où les passions qu'expliquent, sans les justifier, sa puissante constitution, son tempérament ardent, commençaient à se calmer; au moment où ce feu qu'il n'avait pas toujours su maîtriser allait passer tout entier dans ses oeuvres; il mourut au moment où son talent venaii

I. Au tôâème siècle et au dix-septième, un écrivain pouvait avoir de k réputation avant d'avoir rien publié. Les oeuvrei nouvelles circulaient en manuscrit. Elles étalent lues à la coui et chez les grands seigneurs ; un public lettré les recherchait e les jugeait. Ce fiit le cas pour Régnier, qui était connu et con venaUement apprécié avant Timpression de ses œuvres. On li dans le Registre-jcumal de Henri IV ^ par TEstoile, éditioi ChampolHoo, t. II, p. 494» sous la date du 15 janvier 1609 :

« Le jeudi 15, M. D. P. (Du Puy) m'a preste deux satyre de Reynier, plaisantes et bien faites, comme aussi ce poet excelle en ceste manière d'escrire, mais que je me suis content de lire, pour ce qu'il est après à les feire imprimer. 2>

£t plus loin :

« Le lundi 26, j'achetai les Satyres du sieur Renier, dor chacun fait cas comme d'un des bons livres de ce temps, ave une autre bagatelle intitulée : le Meurtre de la Fidélité^ espagnc et françois. Elles m'ont cousté les deux, reliées en parchemir un quart d'esco. ]»

Il s'a^t là, ou de la première édition, qui, bien que datée d 1608, n'aurait paru ^ue dans les premiers jours de 1609, ou d la seconde, qui contient deux Satires de plus que la première les deux Satires que Du Puy aurait montrées à l'Estoile e manuscrit. Dans tous les cas, on voit que la réputation de Rc gnier était fiiite.

PRéFACS. XV

d'atteindre son complet développement. Lisez les premières satyres de Régnier,. puis lisez Macette, et comparez:

Régnier mourut en i6i3 : Macette est de 1612!

Il serait intéressant de ranger les œuvres de Régnier dans Tordre chronologique , pour se rendre un compte exact de ses progrès. Je l'ai tenté sans grand succès K

Tel dit que Régnier avait été attiré vers le culte de la poésie par l'exemple de la fortune de soa oncle. Mais quelque chose de plus puissant décida de sa vocation. C'est ce qu'il appelle son ver-coquin. Régnier était certainement né poète ; mais il n'atteignit pas à la perfection du premier coup. Il commença de bonne heure à faire des vers, et la première de ses pièces qui lui ait paru digne de voir le jour fut composée lorsqu'il avait près de trente ans. C'est la satire VI, qui est loin d'être un chef-d'œuvre. Elle est mal conçue et mal conduite , et ce qu'on y trouve de bien est imité des Capitoli du Mauro. Ce n'est que dans les pièces composées après son retour à Parisqu'on voit sa personnalité se d^ager peu à peu , son plan se dessiner , sa marche s'assur«r , son vers s'éclairer et s'a£fermir.

Ce que voulait Régnier, c'était faire de la satire à la façon antique. Il se proposait pour modèles Horace et surtout Ju vénal. Mais il n'avait pas lu les anciens seulement : outre les poètes italiens, outre Ronsard et la pléiade, il avait lu quelques vieux auteurs français qui devaient faire une vive impression sur son esprit, un

z. Ses premiers essais n*ont pas été conservés. La Satire VI fut comçosée à Rome. Les Satires II, III, IV, VII] et IX ont été écrites après le retour de Rome et avant la mort de Desportes. Il est plus difiktle d'assigner une date aux Satires V, VII9 X et XI. Bien que ces deux dernières niaient paru qu^en 1609, je serais tenté de croire qu* elles sont plus anciennes que la Satire IX. Toutes les autres Satires ont dû être composées après 1606. J^aimerais à regarder Macette comme la dernière en date.

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