XVI PREFACE
esprit de la nature du leur. Il possédait à fond Marot, Rabelais , Villon, le Roman de la Rose. On s'en aperçoit à chaque instantlen lisant ses œuvres.
N'exagérons pas , cependant : on a voulu faire un crime à Régnier de ses emprunts. Cela n*est peut-être ni juste, ni bien entendu, ni prudent.
Cela peut n'être pas juste, car, au dix-septième siècle, il y avait des poètes fort estimables qui s'ingéniaient à faire entrer sournoisement dans leurs œuvres , ici un vers d'Horace, là un hémistiche de Virgile, pour donner à des critiques non moins estimables le plaisir de découvrir ces heureuses intercalations et de louer l'adresse merveilleuse de l'ouvrier qui en était l'auteur. C'étaient jeux d'honnêtes gens, et si Brossette a blâmé chez Régnier ce qu'il avait ap'prouvé chez Boileau, je ne crois pas pour cela que Régnier ait songé à s'approprier le bien d'autrui.
Cela peut n'être pas bien entendu , car nous sommes naturellement les héritiers de ceux qui nous ont précédés : dès lors nous ne devons pas blâmer ceux qui nous transmettent , même après s'en être servis , mais surtout s'ils l'ont amélioré, ce qu'ils ont trouvé de bon dans l'héritage de leurs prédécesseurs. Emprunter à la manière de Virgile , de Régnier ou de Molière , c'esl faire acte de bon père de famille. Molière, lorsqu'il écrivit le Tartuffe, connaissait la Lena des Amour d'Ovide; mais il ne connaissait peut-être ni le Roman de la Rose, ni le Discours de Charles de L'Espine*, sanj parler des autres sources où Régnier peut avoir puisé, et le Tartuffe ne serait pas ce qu'il est si Molière n'avai eu la Macette sous les yeux.
I. Dans les Ddices de la poésie fran^tu (recueil publié par F de Rosset), Parisy Toussaint du Bray^ i6ic, in-8, p.^ 789. Il ré suite de la lecture de cette pièce qu*elle fut composée du vivan de Desportes, et M. Tricotd indique un recueil de 1069 où ell figure. Régnier a donc pu la connaître. Mais qu'il y a loin d cette oeuvre à Macette*