‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 2)Chapitre 10 sur 178 · fa*. 17-itf · texte numérisé non relu

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battu et poursuivi jusqu’à Srytho polis , et eut beaucoup de peine à se sauver.

Les deux frères1, après cette victoire, retournèrent au siège , et pressèrent la ville si vivement , qu’elle fut obligée une seconde fois d’envoyer solliciter le Cyzicénien de venir encore à son secours. Mais il n’avait pas assez de troupes pour entreprendre de faire lever le siège : on en demanda à Lathyre, roi d’Egypte, qui accorda six mille hommes contre l’avis de sa mère Cléopâtre. Comme elle avait deux Juifs pour favoris , pour ministres et pour généraux, Chelcias et Ananias, tous deux fils d’Onias , qui avait bâti le temple d’Egypte, ces deux ministres, qui la gouvernaient entièrement, la portaient à favoriser leur nation, et, par égard pour eux, elle ne voulait rien faire qui fût préjudiciable aux Juifs. Peu s’en fallut qu’elle ne déposât Lathyre pour s’être engagé dans cette guerre sans son consentement, et môme contre sa volonté.

Quand les troupes auxiliaires d’Egypte furent arrivées, le Cyzicénien les joignit avec le» siennes. Il n’osa cependant venir attaquer l’armée qui formait le siège , et se contenta , par ses courses et par des détachements , de ravager le pays pour faire diversion . et engager l’ennemi à lever le siège , afin d’aller défendre son propre pays. Mais, voyant que l’armée ennemie ne faisait aucun mouvement, et que la sienne était fort diminuée par la défaite de quelques partis, par la désertion , et par d'autres accidents, il crut que c’était trop exposer sa personne que de demeurer avec une armée si affaiblie , et se retira à Tripoli. Il laissa le commandement à deux de ses meilleurs généraux , Callimandre et Epicrale. Le premier se fit tuer dans une entreprise téméraire , où tout le parti qu’il avait mené périt , aussi bien que lui. Epicrate , se voyant sans espérance de succès , ne songea qu’à tirer pour ses intérêts particuliers le meilleur parti qu’il put de l’état où il se trouvait. II traita secrètement avec Hyrcan; et pour une somme d’argent qu’il en reçut, il lui livra Scythopolis et toutes les autres places que les Syriens avaient dans le pays , ne comptant pour rien son devoir . son honneur, sa réputation, cl comptant pour

• An. M. 3993; »v. J. C. ta».

5iî

(oui une somme peut-être assez peu considérable.

Sonia rie, destituée de toute apparence de secours , se vit contrainte, après avoir soutenu un siège d’un an , de se rendre enfin à Hyrcan. il in fit d'abord démolir. Les murailles de la ville , les maisons des particuliers , tout fut abattu et rasé jusqu'aux fondements , et , pour empêcher qu'elle ne fût jamais rebâtie , il fit faire en tous sens , dans la nouvelle esplanade de la ville rasée , des fossés larges et profonds, où il fit entrer l’eau. Elle ne fut rétablie que du temps d'Hérode, qui donna à la nouvelle ville qu’il fit rebâtir, le nom de Sibatte', en l'honneur d’Auguste.

Hyrcan se vit alors maître de toute la Judée, de la Galilée, de la Samarie et de plusieurs places frontières, et devint par lâ un des princes les plus considérables de son temps. Aucun de ses voisins n'osa plus l'attaquer ; il passa le reste de ses jours dans un parfait repos , par rapport aux affaires du dehors.

Mais*, sur la fin de scs jours , il ne trouva pas la même tranquillité au dedans. Les pharisiens , secte violente et mutine, lui causèrent beaucoup de chagrin . I’ar une profession affectée d'attachement à la loi , et de rigidité dans les mœurs, ils s’étaient acquis une réputation qui leur donnait un grand empire sur l’esprit du peuple. Hyrcan avait tâché , par toutes sortes de bienfaits, de les mettre dans ses intérêts. Outre qu'il avait été élevé parmi eux , et avait toujours fait profession de leur secte , il les avait protégés et servis en toute occasion : et, pour se tes attacher davantage , il avait , depuis peu, invité leurs chefs à un régal magnifique, où il leur fit un discours bien capable de toucher des esprits raisonnables. Il leur représenta que c’avait toujours été son intention , comme ils le savaient bien , d'être juste dans ses actions à l'égard des autres hommes , et du faire à l'égard de Dieu tout ce qui lui était agréable, selon la doctrine enseignée par les pharisiens: qu'il les conjurait donc, s'ils voyaient qu’il s'écartât, en quelque chose, du grand but qu'il se proposait dans ces deux règles , de lui donner leurs instructions , afin qu'il pût y

* co fciec \cul dire Au

* Au. M. 38DU; av. J. C lüM.

remédier et s’en corriger. Une telle disposition est fort louable dans les princes et dans tous les hommes ; mais elle doit être accompagnée de prudence et de discernement.

Toute l’assemblée applaudit au discours d’Hyrcan , et le combla de louanges. Un seul homme , il s’appelait Êléasar , esprit turbulent et séditieux, se levant, prit la parole et lui dit : « Puisque vous souhaitez qu’on vous « dise la vérité librement , si vous voulez mor.- « trerque vous êtes juste, quittez la souve- « raine sacrificaturc , et contentez-vous du « gouvernement civil. » Hyrcan , surpris, lui demanda quelles raisons il avait de lui donner ce conseil. Êléazar répliqua qu'on savait , sur le témoignage de personnes âgées et dignes do foi . que sa mère était une captive ; et qu’en qualité de fils d’une étrangère , il était incapable, par la loi, de posséder cette charge. Si le fait eût été véritable , Eléazar aurait eu raison * , car la loi était expresse sur cet article ; mais c’était une fausse supposition et une pure calomnie, et tous les assistants blâmèrent extrêmement celui qui l’avait avancée, et en marquèrent fortement leur indignation.

Cependant cette aventure fut l’occasion de bien des troubles. Hyrcan fut outré qu’on eût eu l’insolence de diffamer ainsi sa mère, de porter atteinte à la pureté de sa naissance , et de saper par contre-coup le droit qu’il avait ù la souveraine sacrificaturc. Jonathan , son ami intime , et zélé saducéen , profita de cette occasion pour l’animer contre tout le parti et pour l’attirer dans relui des saducèens.

Deux sectes puissantes dans la Judée , mais entièrement opposées de sentiments et d’intérêts , y partageaient tout le crédit : celle des pharisiens, et celle des saducèens. Les premiers se piquaient d’une observance exacte do la loi , et y ajoutaient un grand nombre de traditions qu’ils prétendaient avoir reçues île leurs ancêtres, et auxquelles ils étaient beaucoup plus attachés qu’à la loi même , quoique souvent elles y fussent contraires. Ils reconnaissaient l'immortalité de l'âme, et par conséquent une autre vie après celle-ci. Ils affectaient un extérieur de vertu , de régularité, d’austérité, qui les faisait fort considérer du peuple. Mais

i Us II-. il, là.

sous cet extérieur imposant ils radiaient les plus grands vices: une avarice sordide, un orgueil insupportable , une soif insatiable d’honneurs et de distinctions , un désir violent de dominer seuls , une envie qui allait jusqu'à la fureur contre tout mérite étranger, une haine irréconciliable contre quiconque osait les contredire ; un esprit de vengeance , capable des plus horribles excès; et , ce qui les caractérisait encore davantage et enchérissait sur tout le reste , une noire hypocrisie , qui se couvrait toujours du masque de la religion. Les saducéens- rejetaient avec mépris les traditions pharisalques , niaient l'immortalité des Ames et la résurrection des corps, et n’admeUoient d'autre félicité que celle dont on jouit dans cette vie. lais gens riches et de qualité, et la plupart de ceux qui composaient le sanhédrin , r.’est-à-dirc le grand conseil des Juifs, où se décidaient les affaires de l'état et delà religion, étaient de celte dernière secte.

Jonathan donc, pour attirer Hyrcan dans son parti, lui insinua que ce qui venait de se passer n'était pas une saillie d’Eléazar , mais un coup concerté par toute la cabale, dont Eléazar n’avait été que l'organe : et que, pour s'en convaincre, il n'avait qu'à les consulter sur la punition que méritait le calomniateur; qu'il verrait, s’il voulait bien en faire l’expérience , par leurs ménagements pour le criminel, qu'ils étaient tous ses complices. Hyrcan suivit son avis, et consulta les chefs des pharisiens sur la punition due à celui qui avait ainsi diflamé le prince et le souverain sacrificateur de son peuple, s'attendant qu'ils le condamneraient sans doute à la mort. Mais leur réponse fut que la calomnie n’était pas un crime capital, et que toute la punition qu'elle méritait n'allait qu'au fouet et à la prison. Celte douceur, dans un cas si grief , lit croireà Hyrcan tout eeque Jonathan lui avait insinue, et il devint ennemi mortel de toute la secte des pharisiens. 11 défendit d'observer les règlements fondés sur leur prétendue tradition, infligea des peines à ceux qui contreviendraient à son ordonnance, cl abandonna entièrement leur parti pour sc jeter dans celui des saducéens, leurs ennemis.

Hyrcan ne vécut jjas longlemps' , après celle i A». M.3SB7;a».J.£. 107.

bourrasque; il mourut l'année d'après. Il avait été vingt-neuf ans souverain sacrificateur et prince des Juifs.

Pour ne point interrompre l'histoire des autres royaumes, je réserve la plus grande partie de ce qui regarde les successeurs d'Hyrcan, pour l’article où je traiterai séparément l’histoire des Juifs.

Nous avons vuque Ptolémée Lathyre ', avait envoyé une armée dans la Palestine au secours de Samaric, contre l'avis de sa mère et malgré sa résistance. Elle porta si loin le ressentiment qu’elle eut de celte atteinte et de quelques autres pareilles qu’il avait données à son autorité.qu'elle lui enleva sa femme Sélène, dont il avait déjà deux fils *, et l'obligea luimême à sortir d'Egypte. Voici comment elle s’y prit. Elle fit blesser quelques-uns de ses eunuques favoris, et les produisit dans une assemblée du peuple à Alexandrie , et dit que c'était son fils Lathyre qui les avait ainsi maltraités pour avoir voulu la défendre contre sa violence. Elle anima si fort le peuple par cette fiction pleine de noirceur, qui lui persuada qu’on avait voulu la tuer, que d'abord il se lit un soulèvement général contre Lalhyrc; et on l’aurait mis en pièces, s’il ne s'était sauvé au port dans un vaisseau qui mit sur-le-champ à la voile. Cléopâtre aussitêt fil venir Alexandre, son cadet, à qui elle avait fait donner le royaume de Cyprc ; et le fit roi d'Egypte à la place de son frère, quelle obligea de se contenter de celui de Cyprc que l'aulre laissait.

Alexandre’, roi des Juifs . après avoir mis ordre aux affaires intérieures de son état, alla attaquer ceux de PtolémaTde. les battit, et les obligea à se renfermer dans leurs murailles , où il les assiégea'. Ils envoyèrent demander du secours à Lathyre. Il y alla en personne. Mois les assiégés , ayant changé de sentiment, parce qu’ils craignaient de l'avoir pour maître, Lathyre dissimula pour lors son ressentiment. Il était près de conclure un traite avec Alexandre, lorsqu'il apprit que ce prince traitait sous main avec Cléopâtre, pour l'engager à venir avec toutes ses forces le chasser de la Palestine.

i Justin, lib. 39, cap. V

* Os deux fils moururent avant lui.

> An. M 3899 av. J. C. 1UT>. - Joseph Antiq. lib. la,

rip. *20 et 21.

Lathyre devint son ennemi déclaré, et résolut de lui faire tout le mal qu’il pourrait.

Il n'y manqua pas l’année suivante1. H partagea son armée en deux corps. Il détacha l'un , sous la conduite d'un de ses généraux , pour aller former le siège de Ptolémnldc, dont il avait sujet d'être mécontent; et avec l'autre il marcha en personne contre Alexandre, [.es habitants de Gara avaient fourni à Lalhyreun nombre de troupes assez considérable. Il se donna entre eux une sanglante bataille sur le Jourdain. Alexandre y perdit trente millehommes.sans compter les prisonniers que Ht Lathyrc après sa victoire.

On rapporte une action bien cruelle et bien barbare que fit Lathyre dans celte occasion. Le soir du jour qu’il avait remporté cette victoire, en venant prendre des quartiers dans les villages du voisinage , qu’il trouva pleins de femmes et d’enfants, il fil tout égorger, fit couper leurs corps par pièces, les fit mettre dans des chaudières pour les faires cuire , comme s'il eût voulu en faire souper son armée. Son but était de faire croire que ses troupes se nourrissaient de chair humaine, pour jeter la terreur dans tout le pays. Croirait-on possible un tel genre de barbarie? Pareille pensée estelle jamais venue dans l'esprit d'aucun homme ? Joscphe rapporte ce fait sur le témoignage de Strabon et d'un autre auteur.

Lathyre, après la défaite d’Alciandrc.n'ayant plus d'ennemi qui tint la campagne, ravagea et désola tout le plat pays. Sans le secours qu’amena Cléopâtre, l’année suivante, Alexandre était perdu ; car, après une perte si considérable, il lui était impossible, de se relever et de faire tête à son ennemi.

Cette princesse vit bien que , si Lathyre se rendait maître de la Judée et de la Phénicie*, il serait en état d’entrer dans l'Egypte et de la dêtidner , et qu’il fallait arrêter les progrès qu’il y faisait. Elle leva pour cet effet une armée, et en donna le commandement à Chelcias et à Ananias, les deux Juifs dont il a déjà été parlé. Elle équipa en même temps une flotte pour transporter ses troupes ; et, s'embarquant elle-même, elle vint débarquer en Phénicie ’.

• An. M. 3900 : av. J. C. lot.

< An. M. 3MU : »v. i. C. «03.

* Apenn in Millin.' jiag. «HO, cl de Bel ri\il.p.Tp il

Elle avait opporté avec elle une grosse somme d'argent et ses plus riches joyaux. Voulant les mettre â couvert, en ras de malheur, elle choisit l’Ile de Cos, et y envoya en même temps son petit-fils Alexandre, fils de celui qui régnait conjointement avec elle. Quand Mitliridate se rendit maître de cette Ile, et des trésors qui y étaient, il se chargea du soin de ce jeune prince , et le fit élever d'une manière qui répondait â sa naissance. Alexandre se déroba quelque temps après d’entre les mains de Mithridate , et se réfugia auprès de Sylla , qui le reçut fort bien, le prit en sa protection, l'emmena avec lui à Rome, et enfin le mit sur le trône d'Egypte, comme on le verra dans la suite.

L’arrivée de Cléopâtre fit d’abord lever il Lathyre le siège de Plolématde , qu’il avait toujours continué. Il se retira dans la Célésyrie. Elle détacha Chelcias avec une partie de l’armée pour le poursuivre ; et avec l’autre , que commandait Ananias, elle forma ellemême le siège de Plolématde. Celui qui commandait le premier détachement . ayant péri dans cette expédition , la mort de ce général arrêta tout. Lathyre, pour profiter du désordre que celte perte avait causé , se jeta avec toutes ses forces sur l’Egypte , dans la pensée qu’il la trouverait sans défense dnns l’absence de sa mère , qui avait emmené ses meilleures troupes dans la Phénicie. Il se trompait 1 ; les troupes que Cléopâtre y avait laissées tinrent bon jusqu’à l’arrivée de celles qu'elle détacha de Phénicie pour les renforcer, quand elle découvrit son dessein : on le contraignit de s’en retourner dans la Palestine. Il y prit ses quartiers d'hiver à Gaza.

Cléopâtre cependant poussa si vigoureusement le siège de Ptolématde , qu’à la fin elle la prit. Dès qu’elle y fut entrée , Alexandre l’y vint trouver , et lui apporta de riches présents pour gagner ses bonnes grâces. Mais ce qui lui servit le plus à y réussir , fut sa haine pour Lathyre son fils : il n’eut pas besoin d’autre recommandation pour être bien reçu.

Quelques personnes de la cour de Cléopâtre lui firent remarquer la belle occasion qu'elle avait en main de se rendre matlresse de la

' An. M. 3002 «v. I C. toi

ogle

Judée et de tous les états d'Alexandre en se saisissant de sa personne : ils l'en pressaient même, et, sans Ananias,e!le l’aurait Tait. Mois il lui représenta quelle lâcheté et quelle infamie il y aurait à traiter ainsi un allié , engagé dans la même cause : que ce serait agir contre l’honneur et la bonne foi, qui sont les fondements de la société : que celte conduite ferait beaucoup de tort à ses intérêts , et lui attirerait la haine de tous les Juifs répandus dans tout le inonde. Enfin , il fit tant par ses raisons et par son crédit, qu’il employa tout entier pour sauver son compatriote et son parent, qu'elle se rendit, et renouvela son alliance avec Alexandre. De quel prix n’est point pour les princes un sage ministre, assez courageux pour s’opposer avec force & leurs injustes entreprises? Alexandre retourna à Jérusalem , où il remit enfin sur pied une bonne armée , qui passa le Jourdain , et forma le siège de Gadara.

Plolémée Lathyre , après avoir passé l’hiver à Gaza ' , voyant qu’il ferait des efforts inutiles contre la Palestine tant que sa mère la soutiendrait, abandonna cette entreprise , et s’en retourna en Cypre. Elle , de son côté, se relira aussi en Egypte ; et le pays se trouva délivré de l’un et de l'autre.

Apprenant, à son retour à Alexandrie, que Lathyre entrait en traité <1 Damas avec Anliochus de Cysique *, et qu’avec le secours qu’il espérait en tirer il se disposait à faire une nouvelle tentative pour recouvrer la couronne d'Egypte; cette reine, pour faire diversion, donna en mariage à Antiochus GrypusSélène sa Aile , quelle avait ôtée à Lathyre, et lui envoya en même temps bon nombre de troupes et de grosses sommes d'argent pour le mettre en état d’attaquer vigoureusement son frère le Cyzicénien. La chose réussit comme elle l'avait projetée : la guerre se ralluma entre les deux frères ; et le Cyzicénien eut tant d’affaires chez lui , qu’il ne fut pas en état de donner du secours à Lathyre ; ce qui lit échouer son dessein.

Ptoléméc Alexandre, son cadet, qu’elle avait mis sur le trône conjointement avec elle,

' An. if. 3003; av. J. C. U>1.

* Justin, lib. 3‘», cap. V

frappé de la cruauté barbare avec laquelle elle persécutait son frère Lathyre , surtout en lui Otant sa femme pour la donner à son ennemi, et remarquant d’ailleurs que les crimes ne lui coûtaient rien lorsqu'il s’agissait de contenter son ambition, ne se crut pas en sûreté auprès d’elle, et prit le parti d’abandonner la couronne et de se retirer, aimant mieux vivre tranquille et sans crainte en exil que de régner avec une si méchante et si cruelle mère, avec qui sa vie était continuellement en danger. Il fallut bien des sollicitations pour l’engager à revenir; car le peuple ne voulait pas absolument qu’elle régnât seule , quoiqu'on vit bien qu'elle n’accordait à son fils que le nom de roi ; que depuis la mort de Physcon elle avait toujours ca l’autorité royale tout entière, et que la véritable cause de la disgrâce de Lathyre , qui lui avait coûté sa couronne et sa femme , était d’avoir osé faire quelque chose sans elle.

La mort d’ Antiochus Grypus arriva cette année Il fut assassiné par Héracléon , un de ses vassaux , après avoir régné vingt-sept ans. Il laissa cinq fils. Sélcucus, l'aîné de tous , lui succéda. Les quatre autres furent Antiochus et Philippe , jumeaux, Démétrius Euchère et Antiochus Dionysius ou Denys. Ils furent tous rois à leur tour , ou du moins prétendirent è la couronne.

Ptolémée Apion , fils de Physcon, roi d’Égypte', à qui son père avait donné le royaume de la Cyrénaïque, mourant sans enfants, laissa par son testament son royaume aux Romains, qui, au lieu d’en profiter, donnèrent aux villes leur liberté ; ce qui remplit bientôt tout le pays de tyrans, parce que les plus puissauts de chacun de ces petits états voulurent s’e» rendre souverains. Luculle, en passant par là pour aller contre Mithridate , apporta quelque remède à ces désordres ; mais il n'y eut pas moyen d’y établir la paix et le bon ordre , qu’en réduisant le pays en province du peuple romain , comme ou Ut dans la suite.

Antiochus le Cyzicénien 5 s'empara de la ville d'Antioche quand Grypus fut mort, et fit tous ses efforts pour enlever le reste du

• An. M. 39<ïï ; iv. J. C.OT.

• An. M. 3908 ; iv. J. C. 96. - Liv. EpH. lib. 70. - Plut, ta Lucul pag. 492. — Juslin. Ub. 39, cap. à.

| s Porptm. in Grsec. Seal.

royaume aux enfants de Grypus ; mais Séleucus, à qui il restait quantité d'autres bonnes villes, se maintint contre lui, et trouva de quoi soutenir ses droits.

Tigrane, flls de Tigraoe, roi d'Arménie1, qui, pendant la vie de son père, avait été retenu en otage cher les Parthes , fut rclflcbé à sa mort, et mis sur le trône, à condition qu'il céderait aux Parthes quelques places et pays qui étaient à leur bienséance. Ceci arriva vingt - cinq ans avant qu’il prit le parti de Mitbridale contre les Romains. J’aurai occasion dans la suite de parler de ce Tigrane et du royaume d’Arménie.

Le Cyzicénien 1 qui vit que Séleucus se fortifiait tous les jours en Syrie, partit d'Antioche pour le combattre ; mais ayant perdu la bataille , il fut fait prisonnier , et on lai ôta la vie. Séleucus entra dans Antioche et se trouva maitre de tout l’empire de Syrie. Il ne sut pas le garder longtemps : Antiochus Eusèbe , Cls du Cyzicénien, qui se sauva d'Antioche quand Séleucus la prit , vint à Aradus * , et s'y fit couronner roi ♦. (1 marcha avec une armée considérable contre Séleucus, remporta sur lui une grande v ictoire , et l’obligea à se renfermer dans Mopsuesle , ville de Cilicie , et à abandonner lout le reste à la merci du vainqueur. Dans cette retraite , il opprima si fort les habitants par les gros subsides qu’il leur demandait , qu'enüu ils se mutinèrent , vinrent tous investir la maison où il était, et y mirent le feu. Il y fut brûlé avec tous ceux qui s’y trouvèrent.

/ Antiochus et Philippe , les deux jumeaux5, fils de Grypus, pour venger la mort de Séieucus, leur frère, menèrent contre Mopsuesle tout ce qu’ils purent ramasser de troupes. Ils prirent la ville, la rasèrent , et firent passer au fil de l'épée tout ce qui s’v trouva d'habitants. Mais , au retour , Eusèbe les chargea près de l’Oroute et les défit. Antiochus se noya en voulant faire passer l’Oronte à son

* An. M. 3900; av. J. C. 95. — Justin, lib. 38. cap. 3. - Applan in Syr. pu g. 118. - Slrab. Ub. 11. pag. 552.

5 An. SI. 3910; av. J.C. 91.— Joiepb. Antiq.lib. 13, cap. 21.-Appian.in Sjriac, pag,132.-Porpbjr. in Gratc.Scal 1 Ile ei ville de Phénicie.

* An. M. 3911 ;*v. J. G. 93.

» An. SI. 3912; av. J.C. 92.

cheval à la uage. Philippe fit une belle retraite avec un corps considérable, qu'il grqssit, bientôt après, assez pour tenir encore la campagne et disputer l'empire à Eusèbe.

Celui-ci , pour s'affermir sur le trône, avait épousé Sélèoe, veuve de Grypus. Celle habile princesse , quand son mari mourut, avait su se maintenir en possession d’une partie de l'empire , et elle avait de bonues troupes. Eusèbe l'épousa donc pour augmenter par là ses forces. Lalhyre, à qui on l'avait enlevée, pour se venger de ce nouvel outrage , fit venir de Cnide Démétrius Kuchère , le quatrième fils de Grypus, que l'on y élevait , et l’établit roi à Damas. Eusèbe et Philippe étaient trop occupés l’un contre l’autre pour empêcher ce couplà ; car quoique par son mariage Eusèbe eût bien raccommodé ses affaires et augmenté sa puissance , cependant Philippe se soutenait encore ; et à la Gn même il défit si pleinement Eusèbe dans une grande bataille , qu’il l’obligea d’abandonner scs états et de se réfugier chez les Parthes, qui avaient alors pour roi Mitbridale II , surnommé le Grand. Aima l’empire de Syrie demeura partagé entre Philippe et Démétrius.

Deux années après, Eusèbe, secouru par les Parthes, revint en Syrie, rentra en possession d’une partie de ce qu’il avait auparavant , et suscita de nouvelles affaires à Philippe, lin autre concurrent lui tomba sur les bras presque en même temps; c'était Antiochus Denys, son frère, le cinquième des fils de Grypus. Il se saisit de la ville de Damas . s’y établit roi de la Célésyrie , et s'y maintint peudant trois ans.

Les affaires n'étaient pas plus tranquilles 1 en Egypte qu’en Syrie , ni ics crimes cl les perfidies plus rares. Cléopâtre , ne pouvant plus supporter d’associé à l’autorité suprême , ni souffrir que son fils Alexandre partageât avec elle l’honneur du trône, résolut de se défaire de lui pour régner désormais seule. Ce prince , qui en fut averti , la prévint et la fit mourir. C’était un monstre que cette femme, qui n’avait épargné ni sa mère , ni ses fils , ni ses filles, et qui avait tout sacrifié au désir am bilieux de régner. Elle fut ainsi punie de ses

1 An. M. 3SH3 ; av. J. C 89. — Justin, lib. 39. rnp. t.

— l'auMn. in Allie, pag. 15. — Allirn. lib 12. pag. 5ôO.

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crime* , mais par un autre crime qui égalait les siens.

Je ne doute point que le lecteur, aussi bien que moi , ne frémisse d'horreur i la vue du spectacle affreux que nous présente l'histoire depuis quelque temps. Elle ne fournit nulle part des révolutions d’état si fréquentes et si subites, ni des exemples de tant de rois détrônés, trahis, égorgés par leurs plus proches, par leurs frères et leurs fils , par leurs mères et leurs épouses , par leurs amis et leurs confidents , qui, tous de sang-froid, de dessein prémédité avec réflexion, et par une politique concertée, emploient les moyens les plus odieux et les plus inhumains. Jamais la colère du ciel sur ces princes cl sur ces peuples ne fut plus marquée ni plus accablante. On voit ici un funeste concours des crimes les plus noirs et les plus détestables : les perfidies, les suppositions d'héritiers, les divorces, les meurtres , les empoisonnements, les incestes. On voit des princes devenus tout d'un coup des monstres, disputant entre eux de perfidie et de scélératesse , passant rapidement sur le trône, et disparaissant aussitôt, ne régnant que pour assouvir leurs passions et pour rendre leurs peuples malheureux. Une telle situation d'un royaume, où tous les ordres de l'état sont dans la confusion , toutes les lois méprisées , tous les tribunaux abolis , tous les crimes sûrs de l'impunité , annonce une ruine prochaine , et semble l'appeler à grands cris.

Dès qu'on sut à Alexandrie que c'était Alexandre qui avait fait mourir sa mère , cet affreux parricide le rendit si odieux à ses sujets, qu’ils ne purent plus le souflrir. Ils le chassèrent , et rappelèrent Lalhyre , qu’ils remirent sur le trône et qui s’y maintint jusqu'à sa mort. Alexandre, ayant ramassé quelques vaisseaux, essaya l’année suivante de revenir en Egypte , mais inutilement. Il périt bientôt après dans une nouvelle expédition qu’il avait entreprise.

Les Syriens ', las des guerres continuelles quese faisaient dans leur pays les princes de la maison de Séleucus pour la souveraineté, et ne pouvant plus souffrir le pillage , les meur-

* An. XI. 3921 ; ay. J. C. 83. — Jusiin. lib. 10, cap. 1 »l 4. — Appiau. In Sjr. pag. 1 18. — Joseph. Autii|. lib. 13. cap. 2t.

très et les autres calamités auxquelles ils se voyaient continuellement exposés , résolurent enfin de leur donner l’exclusion à tous , et de se soumettre à un prince étranger qui pot les délivrer de tous les maux que ces divisions leur attiraient , et rétablir la paix dans leur pays. Les uns songeaient à Mithridate , roi de Pont ; d’autres à Ptoléméc, roi d’Égypte. Mais le premier était actuellement occupé à la guerre contre les Romains, et le second avait toujours été ennemi de la Syrie. Ils se déterminèrent donc pour Tigrane, roi d’Arménie , et lui envoyèrent des ambassadeurs pour lui faire savoir leur résolution , et le choix qu’ils avaient fait de lui. Il accepta, vint en Syrie , prit possession de la couronne , et la porta dix-huit ans. 11 gouverna ce royaume quatorze ans de suite , par le moyen d’un vice - roi nommé Mégadalc. qu'il ne tira de ce poste que lorsqu'il eut besoin de lui contre les Romains.

Eusèbe , ainsi chassé de ses états par ses sujets et par Tigrane , se réfugia en Cilicic , où il passa le reste de ses jours caché dans l'obscurité. Pour Philippe, on ne sait ce qu'il devint. Il y a apparence qu'il fut tué dans quelque action en se défendant contre Tigrane. Sélène, femme d'Eusèbe, conserva Ptolémalde avec une partie de la Phénicie et de la Célésyrie 1 elle y régna encore bien des années ; ce qui la mit en état de donner à ses deux fils une éducation digne de leur naissance. L’alné s'appela Antiochus l’Asiatique , et le cadet Séleucus Cybiosaclc. J’aurai lieu d’en parler dans la suite.

Quelque temps après que Ptoléméc Lathyre • eut été rétabli sur le trône d’Égypte , il s’éleva une rébellion considérable dans la haute Égypte. Les rebelles, vaincus et défaits dans un grand combat, se renfermèrent dans la ville de Thèbes , où ils se défendirent avec une opiniâtreté incroyable. Enfin elle fut prise après un siège de trois ans. Lalhyre la traita avec tant de rigueur , que cette ville , la plus grande et la plus riche jusqu'alors de toute l’Égypte, fut presque réduite à rien.

I etc. Vcrr.8, n.61. — Appian. in Sjr. pig 133 — Slrab. lib. 17, pag. 106.

* Pausan. in Allie. pag. 15.

Lathyrc 1 ne survécut pas longtemps à la ruine de Thèbes. A compter depuis la mort de son père, il avait régné trente-siians; onze conjointement avec sa mère en Égypte , dixhuit en Cypre , et sept tout seul en Égypte après la mort de sa mère. Sa Dite Cléopâtre lui succéda ; il n'avait qu’elle d’enfant légitime ; son nom propre était Bérénice. C'était un usage établi dans cette maison , que tous les fils eussent le nom de Plolémée, et les filles celui de Cléopâtre.

Sylla, alors dictateur perpétuel à Borne \ envoya Alexandre pour prendre possession de la couronne d’Égypte , après la mort de son oncle Lathyre , en qualité d’héritier mâle le plus proche du défunt. 11 était fils de cet autre Alexandre qui avait fait mourir sa mère. Mais ceux d'Alexandrie avaient déjà mis Cléopâtre sur le trône ; et il y avait six mois qu’elle y était quand Alexandre arriva. Pour accommoder le différend, et ne se pas faire d’affaires avec Sylla, maître de Rome , et qui par conséquent donnait la loi è l’univers , on convint que Cléopâtre et lui se marieraient ensemble , et régneraient conjointement : mais Alexandre , qui ne la trouva pas & son gré , ou ne voulait point d'associé à la couronne , la fit mourir dix-neur jours après leur mariage , et régna seul quinze ans. Les meurtres et les parricides alors n'étaient plus comptés pour rien, et si l’on peut s’exprimer ainsi, étaient passés en usage parmi les princes et les princesses.

Quelque temps après1, Nicomède, roi de Bithynie, mourut, après avoir fait le peuple romain son héritier. Son pays devint par là une province romaine. La même année la Cyrénaïque le devint aussi. Les Romains , au lieu de se l’approprier , lui avaient accordé la liberté. Vingt ans s'étaient passés depuis, pendant lesquels les séditions et la tyrannie y avaient causé des maux infinis. On prétend que les Juifs, qui y étaient établis depuis longtemps , et qui faisaient une grande partie de

• An. M. 3S23; av. J. C. SI.

* Appian. de Bd!o Clvlll, psg. 41t. — Porpbvr. in Grxc. Seal. pag. 60.

» An. M. 3028; av. J. C. 76. — Appian. in Mithrid. jiag. 218 ; et dp Bell. Civil, lit». 1, pag. 420. — Liv. Kpit. lit». 70 cl tri. — Plut, in Lucul. pag 102.

la nation, contribuèrent beaucoup à ces désordres. Les Romains , pour les faire cesser , furent obligés d'accepter la Cyrénaïque , qui leur avoit été laissée par le testament du dernier roi, et de ia réduire en forme de province romaine.

8 VU. — Séi.éne, sortit de I.atuyre . songe au

TRÔNE D'EgTFTR. I. IL ». ENVOIE POLE CELA SES OECE

rus a Home. L'aîné, qui s'appelait Antioche», a

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destiné pove le Capitole. Antiochus, surnokeE L'Asiatique , apres avoie eégnE quatre

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