‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 2)Chapitre 9 sur 178 · SI U HT DE PHTSCOX · texte numérisé non relu

SI U HT DE PHTSCOX

Simon ayant été tué par trahison avec deux de ses enfants Jean, un autre de ses 01s, surnommé Hyrean , fut proclamé souverain sacrificateur et prince des Juifs à la place de son père. C'est ici que finit l’histoire des Machabées.

Antiochus Sidèle, roi de Syrie, fit toute la diligence possible pour profiler de l'avantage que lui donnait la mort de Simon , et s'avança à la tête d'une puissante armée pour réduire la Judée et la réunir A l'empire de Syrie'. Hyrcan fut obligé de se renfermer dans Jérusalem. 11 y soutint un long siège avec un courage incroyable. Bêduit enfin à la dernière extrémité, faute de vivres, il fit faire ou roi des ouvertures de paix. On n’ignorait pas dans le camp l’état où il se trouvait. Ceux qui approchaient du roi le pressaient de profiter de l’occasion qu’il avait en main pour exterminer la nation juive. Ils lui représentaient, remontant A des siècles éloignés, qu’ils avaient été chassés d’Égypte comme des impies , hais des dieux et détestés des hommes; qu'ils étaient ennemis de tout le reste du genre humain, puisqu’ils n’avaient de commerce qu’avec ceux de leur

■ Ad. XI. 3809: av. J. C. 135. -l.Macbab. 16. - Joseph Antiq. lib. 13-16. — Diotl. Ecl. 1. peg 901.

secte , et ne voulaient pas même manger ou boire, ni avoir aucune familiarité avec les autres, ni adorer les mêmes dieux : qu’ils avaient des lois, des coutumes, et une religion, tout à fait différentes de celles de toutes les autres nations ; qu’ainsi ils méritaient bien que les autres nations les traitassent aussi avec le même mépris, leur rendissent haine pour haine, et s’unissent ensemble pour les exterminer. Diodore de Sicile , aussi bien que Josèphe, dit que ce fut par un pur effet de la générosité et de la clémence d’Antiochus que la nation juive ne fut pas entièrement détruite dans cette occasion.

11 voulut bien entrer en traité avec Hyrean. On convint que les assiégés rendraient leurs armes, que les fortifications de Jérusalem seraient rasées , et qu'on paierait au roi un tribut pour Joppé et pour les autres villes que les Juifs avaient hors de la Judée; et la paix fut conclue à ces conditions. Antiochus avait aussi demandé qu’on rebâtit la citadelle de Jérusalem, et voulait y mettre une garnison; mais Hyrean n’y voulut pas consentir, A cause des maux qu’avait faits A la nation celle qui y avait été pendant que cette citadelle avait subsisté , et il aima mieux payer au roi la somme de cinq cenls talents ', qui lui fut demandée en équivalent. La capitulation s’exécuta ; et, pour ce qui ne pouvait pas s’exécuter sur-le-champ, on donna des.otages, entre lesquels il y avait un frère d’Hyrcan.

Scipion l’Africain le jeune étant allé commander en Espagne * pendant la guerre de Numance, Antiochus Sidète lui envoya de riches cl magnifiques présents. D’autres généraux cri auraient profité en se les appropriant. Scipion les reçut en public , assis sur son tribunal , A la vue de toute l’armée , et ordonna qu’on les mil entre les mains du questeur 3, pour en récompenser les officiers et les soldats qui se distingueraient dans le service. C’est A de pareils traits qu’on reconnaît une âme noble et généreuse.

Démétrius Nicator était retenu1 depuis plu-

1 Cinq (Tnt mille écus. « 3 875 000 fr. E. B.

* An. M. 3870; av. J. C. 131 - Ltv. Epil. lib. 57.

* Le questeur était le trésorier de l'armée.

* An. M. 3873 ; av. J. C. 131. - Justin. lib. 38, rap. 9 et 10; iib. 39. cap. 1. — Oros. Itb. 5 , cap. I. — Vat. 3fai.

sieurs années en captivité par les Parthes dans l’Hyrcanie, où rien ne lui manquait que la liberté : mais sans elle tout le reste n'est rien. 11 avait fait quelques tentatives pour se la procurer et pour retourner dans son royaume; elles furent toujours inutiles. Il futarrêtéà deux • différentes reprises, dans le milieu de sa fuite; et pour toute peine on l'avait ramené dans le lieu de son exil, où il fut gardé avec plus de soin . mais traité toujours avec la môme magnificence; Ce n’était pas pure bonté et clémence de la part des Parthes , l’intérôt y entrait pour quelque chose. Ils avaient des vues sur le royaume de Syrie , quelque éloigné qu'il fût , et ils attendaient un temps favorable , où , sous prétexte d'aller rétablir iJéihétrius sur son trône, ils pussent s'en emparer pour eux-mémes.

Antiochus Sidète, soit qu’il en fût averti ou non , prévint leur dessein , et mena contre Phraate une puissante armée. L’usurpation que les Parthes Venaient de faire des plus riches et des plus belles provinces de l’Orient , que ses ancêtres avaient toujours possédées depuis Alexandre , était pour lui une raison pressante de réunir toutes scs forces pour les en chasser. Son armée était de plus de quatre-vingt mille hommes , bien armés et bien disciplinés. Mais l’attirail du luxe y avait joint une si grande multitude de vivandiers, de cuisiniers , de pâtissiers , de confituriers , de comédiens, de musiciens, de femmes de mauvaise vie, qu’il y en avait près de quatre fois plus que de soldats ; car on en faisait monter le nombre à trois cent mille. Il peut y avoir ici de l’exagération ; mais quand on rabattrait les deux tiers, il resterait encore une. nombreuse suite de bouches inutiles. Le luxe était à proportion aussi grand que le nombre de ceux qui eu étaient les ministres. L’or et l’argent 1 brillaient partout , jusque sur la chaussure des simples soldats. Les instruments et les ustensiles de cuisine étaient d’argent ,

llb. 9, cap. 1. - Athen. Mb 5, p. Ï10; Mb. 18, pag. 439; et Mb 14 pag. 510.— Joseph. Antlq. Jud. llb. 13, cap. 16.— Apptan. In Syr. pag. 132.

• o Argcnti aurlquc tamùin , ut ctlam gregarll milites » caligaa auro Mgerenl, procalcarcntque materiam , cujus « amore populi ferro dimicanl Cullnarum quoque argen- « Ica iiutrumrnla fucrc , prorsus quasi ad cpulas uou ad « bello pergerent a (JrsTot.)

comme s’il se fût agi d’aller à un festin, et non pas à la guerre.

Antiochus eut d’abord de grands succès. Il battit Phraate ep trois batailles. Il reprit la Babylonie et la Médie. Toutes les provinces de l’Orient qui avaient autrefois appartenu à l’empire de Syrie secouèrent le joug des Parthes et se soumirent â lui, excepté la Porthie même, où Phraate se trouva réduit dans les bornes étroites de son premier royaume. Hyrcan, prince des Juifs, accompagna Antiochus dans cette expédition ; et ayant eu sa part dans toutes ces victoires, il revint chez lui chargé de gloire â la fin de la campagne et de l’année.

Le reste de l'armée passa l’hiver dans l’Orient1. Le nombre prodigieux des troupes , y compris l’attirail dont j’ai parlé , les obligea de se disperser et de s’écarter si fort les unes des autres, qu’elles ne pouvaient pas aisémeut se rejoindre, et former un seul corps pour se défendre, si on les attaquait. Les habitants , qu’ils foulaient extrêmement dans tous leurs quartiers, pour se venger et se défaire de ces hôtes incommodes à qui rien ne suffisait , conspirèrent avec les P; rlhes de les massacrer tous en un même jour dans leurs quartiers , sans leur donner le temps de se rassembler ; et la ch >-e s’exécuta. Antiochus, <jui avait gardé quelques corps de troupes auprès de sa personne, se mit en devoir d’aller secourir les quartiers les plus proches de lui ; mais il fut accablé par le nombre, et y périt lui-même. Tout le reste de l’armée fut ou massacré dans scs quartiers le même jour, ou fait prisonnier; de sorte qu’à peine , d’un si grand nombre d’hommes, en écjiappa-t-il quelques-uns pour aller porter en Syrie la triste nouvelle de cette boucherie.

Elle y répandit un grand deuil et une grande consternation. On y pleura en particulier la mort d’Antioobus, prince estimable par plusieurs bonnes qualités. Plutarque1 rapporte de lui un root qui lui fait honneur. Un jour de chasse , s’étant égaré et se trouvant seul, il se retira dans la cabane de pauvres gens, qui le reçurent du mieux qu’il leur fut possible

> An. M. 3874 ; tv. J. C. 130.

> Plut. In Apopbtbcg. psg. 18t.

sans le connaître. Pendant le souper, lui-même ayant fait tomber la conversation sur la personne et sur la conduite du roi, ils dirent que c’était d’ailleurs un bon prince ; mais que sa trop grande passion pour la chassé lui faisait négliger les affaires de son royaume, et qu’il s’en reposait sur des courtisans qui ne répondaient pas toujours à ses bonnes intentions. Antiochus ne répondit rien sur-lechamp. Le lendemain, sa suite étant arrivée à la cabane , il fut reconnu pour ce qu’H était. Il raconta à ses officiers ce qui s'était passé la veille, et leur dit , comme par reproche : Depuis que je roui ai attachés à mon service, je'n'ai entendu la vérité sur ce qui me regarde que du jour d'hier.

Phraate, battu trois fois par Antiochus, avait enfin relâché Démélrius , et l’avait renvoyé avec un corps de troupes en Syrie, dans l’espérance que sa venue y pourrait causer quelques troubles qui obligeraient Antiochus d’y retourner ; mais, après ce massacre , il détacha un parti de cavalerie pour le rattraper. Démétrius, qui avait craint quelque contreordre de cette nature , avait fait tant de diligence, qu’il avait déjà passé l’Euphrate avant que ce parti fût sur la frontière. Ainsi, il recouvra ses états, et en fit de grandes réjouissances , pendant que tout le reste de la Syrie pleurait et lamentait la perle de l’armée, où il y avait peu de familles qui n’eussent quelque proche parent.

Phraate fit chercher parmi les morts le corps d’Antiochus , et le fit mettre dans un cercueil d'argent. Il l'envoya en Syrie pour le faire enterrer honorablement avec ses ancêtres ; et ayant trouvé une de ses filles parmi les captives , il fut frappé de sa beauté , et' l’épousa.

Antiochus étant mort , Hyrcan profita de l'occasion 1 des troubles et des divisions qui arrivèrent dans tout l’empire de Syrie , pour étendre ses états en se rendant maître de plusieurs places de Syrie , de Phénicie et d’Arabie, qui étaient à sa bienséance. Il travailla aussi en même temps à se rendre absolu et indépendant ; il y réussit si bien , que depuis

* Joseph. Anliq. Jud lib. 13, rap 17. — Strab. lib. 10, pa:. 701. — Justin, lib. 30. cap 1.

ce lemps-là ni lui ni aucun de ses descendant ne relevèrent plus du tout des rois de Syrie, et qu’ils secouèrent entièrement le joug de li sujétion , et celui même de l’hommage.

Phraate 1 enflé de scs grands succès et delà victoire qu’il avait remportée , voulut porter la guerre en Syrie pour tirer vengeance de l'invasion qu'Anliocbus avait faite dans sis états. Mais, pendant qu’il faisait scs préparatifs pour celle expédition , il lui survint nne guerre de la part des Scythes , qui lui donna assez d’occupation chez lui pour ne plus songer à aller inquiéter les autres. Se trouvant pressé vivement par Antiochus, comme nous l’avons vu, il avait demandé du secours à ce peuples. Quand ils arrivèrent , l’affaire était déjà terminée; et n’avant plus besoin d'eui. il ne voulut pas leur donner les sommes dont il était convenu. Les Scythes tournèrent aussitôt leurs armes contre lui-même, et lui firent la guerre , pour se venger de l’injustice qu'il leur faisait.

C’était une grande faute à ce prince que d'avoir mécontenté des peuples si puissants , par une basse et sordide avarice : il en fit une seconde dans la guerre même, qui ne- fut pas moins considérable. Pour se fortifier contre cette nation, il chercha du secours parmi des gens dont il s’était fait encore plus haïr que des Scythes : c’étaient les troupes étrangères grecques qui avaient été à la solde d' Antiochus dans la dernière guerre contre lui, et qui avaient été faites prisonnières. Phraate s’avisi de les incorporer dans ses troupes, croyant par là les renforcer considérablement : mais, dès qu’ils se virent les armes à la main , ils résolurent de se venger des injures et des mauvais traitements qu’on leur avait faits pendanl leur captivité : et, quand on fut aux mains, ils passèrent dans l’armée ennemie , et firent si bien pencher la balance, que Phraate fut battu, et qu’il se fit un grand carnage de son armée il y périt lui-même dans la déroute, et presque toute l’arméeavec lui. Les Scythes et les Grecs se contentèrent de piller le pays, et se retirèrent chacun chez eux.

Quand ils se furent retirés, Artabanc, oncle

1 An. M. 3875 ; ar. J. C. 1:28.— Justin, lib. 38, cap- 1. et lib. 42, cap. 1 ei 2.

de Phraate, se lit couronner roi des Parthcs. Il tut tué peu de jours après dans un combat par les Thogaricns, autre nation scythc. Son successeur fut Mithridate , qui pour ses glorieuses actions a eu le surnom de grand.

Pendant tous ces mouvements 1 dans l’empire de Syrie et dans celui des Parlbes , Ptolémée Physcon gardait toujours la même conduite en Égypte. J'ai déjà remarqué comment en épousant Cléopâtre sa sœur, et la veuve de son frère , il avait égorgé entre ses bras , le jour même des noces , le fils qu’elle avait eu de son frère. Dans la suite s'étant dégoûté de la mère , il devint passionné pour une fille qu’elle avait eue de Philométor , qui portait aussi le nom de Cléopalre. 11 commença par lui faire violence, ensuite il l’épousa après avoir chassé sa mère.

11 se fit aussi bientôt haïr des nouveaux habitants d’Alexandrie *, qu’il avait attirés pour la repeupler , et pour remplacer ceux que ses premières cruautés avaient obligés d'abandonner leur patrie. Pour les mettre hors d’état de lui nuire, il résolut de faire égorger tous les jeunes gens de la ville , qui en faisaient toute la force; pour cet effet, il les fit investir un jour par scs troupes étrangères dans le lieu où se faisaient les exercices, lorsque l'assemblée y était la plus nombreuse , et les fil tous passer au fil de l'épée. Tout le peuple en fureur courut mettre le feu au palais pour l’y brûler; mais il en était déjà sorti quand ils y arrivèrent , et il se sauva en Cypre avec sa femme Cléopâtre et son fils Memphitis. En y arrivant il apprit que ceux d’Alexandrie avaient mis le gouvernement entre les mains de Cléopâtre , qu’il avait répudiée : il leva aussitôt des troupes pour faire la guerre à cette nouvelle reine et à ses adhérents.

Mais auparavant 3, dans la crainte que les Alexandrins ne prissent pour roi son fils, à qui il avait donné le gouvernement de la Cyrénaïque , il le fit venir auprès de lui , et le fil mourir dès qu’il fut arrivé, uniquement pour

' An. M. 3S7t; av. J. C. 130. - Justin, lib. 38, cap. 8 et 9 ; lib. 39, cap. 1 .

* Val. Max. lib. 9, cap. & et 7. — Oros. lib. 5 , cap. 10. — Liv. EplU lib. 39 et M). — I)iod. in Excerpt. Yale*, pag. 37 i et 37G. Joseph. Auliq. JuJ. lib. 13, cap. 17.

* An. M, 3875; av. J, C. 129.

prévenir un prétendu danger , qui n’avait de fondement que dans son imagination faussement alarmée. Cette barbarie irrita encore plus les esprits contre lui : on abattit et on brisa toutes ses statues à Alexandrie. Il crut que c'était Cléopâtre , qu’il avait répudiée , qui avait porté le peuple à celte action ; et , pour s'en venger, il fit égorger devant lui Memphitis, qu’il avait eu d’elle, jeune prince bien fait et de grande espérance. Ensuite il fit couper sou corps en morceaux , les mit dans une caisse avec la tête entière , afin qu’on la reconnût , et l'envoya par un de ses gardes à Alexandrie, avec ordre d’attendre , pour la lui présenter , le jour de la uaissance de cette princesse , qui approchait, et qui devait se célébrer avec beaucoup de magnificence. Ses ordres furent exécutés. La caisse lui fut rendue au milieu de la joie de la fête , qui fut bientôt changée en deuil et en lamentations. On ne saurait exprimer l’horreur que la vue de ce triste objet excita contre le tyran , dont la monstrueuse barbarié avait produit un crime si horrible et si inouï: on exposa aux yeux du peuple cet abominable présent ; il y produisit le même effet que sur la cour, qui avait eu la première ce triste spectacle. On courut aux armes , et on ne songea qu'à empêcher ce monstre de jamais remonter sur le trône : on forma une armée, dont le commandement fut douné à Marsyas , que la reine avait nommé général , et l’on prit toutes les précautions possibles pour la défense du pays. . . .

Ptoîémêe Physcon', de son côté, ayant formé un.e armée, çn donna le commandement à Hégéloque, et l’envoya contre les Alexandrins. Il se donna une bataille qu'Hégéloque gagna ; il fit même Marsyas prisonnier , cl i l’envoya chargé de fers à Physcon. On s’attendait que ce cruel tyran le ferait mourir dans les tourments ; le contraire arriva. Il lui accorda le pardon et le relâcha; car , voyant par expérience que ses cruautés ne lui attiraient que des malheurs , il commença à s’en lasser , et voulut se faire honneur de son indulgence. Cléopâtre , réduite à une grande extrémité par la perte de son armée , qui fut presque toute taillée en pièces dans la déroule , envoya de-

• An.lJ.3876:av.J.C. >»•

«MSÔ> 30 <§$*.

mander du secours à Démétrius , roi de Syrie, qui assit épousé la Allé aînée qu'elle avait eue de Philométor, et lui promit la couronne d’Egypte pour sa récompense. Démétrius accepta, sans balancer , cette proposition, vint avec toutes ses troupes , et forma le siège de Péluse.

Ce prince n’était guère moins haï des Syriens pour sa hauteur , sa tyrannie et ses débauches , que Physcon l'était des Egyptiens. Quand ils le virent éloigné , et occupé au siège de Péluse , ils se soulevèrent. Ceux d’Antioche commencèrent, ensuite ceux d’Apamée; et plusieurs autres villes de Syrie suivirent leur exemple, et se joignirent à eux. Démétrius Tut obligé de laisser l'Egypte pour réduire ses propres sujets. Cléopâtre, destituée du secours qu'elle en avait attendu , mil tous ses trésors sur des vaisseaux , et se réfugia auprès de Cléopâtre , sa fille , reine de Syrie.

. Cette Cléopâtre la fille avait épousé en premières noces Alexandre Bala, et ensuite ce Démétrius , du vivant de son père Philométor. Mais Démétrius ayant été pris par les Parthes, et retenu prisonnier , elle avait épousé Antiochus Sidète , frère de Démétrius. Après la mort de Sidète, elle était revenue à Démétrius, son premier mari, qui, relâché parles Parthes, était rentré en Syrie ; et elle tenait sa cour à Ptojémaide quand sa mère la vint trouver.

Physcon 1 , dés que Cléopâtre eut abandonné Alexandrie , y retourna, et rentra en possession du gouvernement ; car , après la défaite de Marsyas et la fuite de Cléopâtre , il n’y avait plus personne en état de l’en empêcher . Après s’être un peu affermi , pour se venger de l’invasion de Démélrins , il appuya contre lui un imposteur nommé Alexandre Zébina. C’était le fils d’un fripier d’Alexandrie. Il se disait fils d’Alexandre Bala , et prétendait , en cette qualité , que la couronne de Syrie lui appartenait. Physcon lui prêta une armée pour s’en mettre en possession. Il ne fut pas plutôt en Syrie, que , sans examiner les droits du prétendaut , on vint en foule prendre son parti, parce qu’on ne pouvait souffrir Démétrius. Ils ne se mettaient pas en peine quel roi ils prenaient, pourvu qu’ils se défissent de lui.

A la fin , une bataille en décida. Elle se donna auprès de Damas , en Célésyrie. Démétrius y fut entièrement défait, et s’enfuit à Ptolémalde, où était Cléopâtre sa femme. Elle, qui avait toujours sur le cœur son mariage avec Rhodogune chez les Parthes, prit cette occasion de s’en venger, et lui fit fermer les portes de la ville. Ne dirait-on pas que, dans le siècle dont j’écris l’histoire, il y a entre les princes et les princesses comme un combat et une émulation à qui se distinguera par plus de scélératesse et de noirceur ? Démétrius fut obligé de s’enfuir à Tyr , où il fut tué. Après sa mort , Cl opalre conserva une partie du royaume. Zébinu eut tout le reste; et pour s’y affermir, il fit une alliance étroite avec Hyrcan , qui profita, en habile homme, de toutes ces divisions, pour se bien établir , et pour procurer à scs peuples l’affermissement de la liberté, et plusieurs avantages considérables qui rendirent les Juifs redoutables à leurs ennemis.

Il avait envoyé l’année précédente une ambassade à Borne pour renouveler le traité fait avec Simon son père 1 . Le sénat reçut très-gracieusement ces ambassadeurs, et leur accorda tout ce qu’ils demandaient. Et parce qu’Anliochus Sidète avait fait la guerre aux Juifs nonobstant le décret des Bomains et l’alliance contractée avec Simon ; qu’il leur avait pris plusieurs villes, les avait rendus tributaires pour Gazara , Joppé ebquelques autres places qu’il leur avait cédées ; et qu’il les avait fait consentir par force & une paix désavantageuse en assiégeant la ville de Jérusalem : sur ce que les ambassadeurs exposèrent là-dessus au sénat, on condamna tout ce qui s’était fait contre les Juifs de cette manière depuis le traité fait avec Simon ; et il fut résolu que Gazara, Joppé et les autres places que les Syriens leur avaient enlevées , ou qu’ils avaient rendues tributaires contre la teneur de son traité, leur seraient restituées et exemptées de tout hommage, teibut ou autre servitude. On conclut aussi que les Syriens les dédommageraient de toutes les pertes qu’ils leur avaient causées contre ce que le sénat avait réglé dans le traité fait avec Simon-: enfin , que les rois de Syrie renonceraient à leur prétendu droit

> An. M. 3877 ; av. J. C. 137.

1 Joseph. Anliq. Jud. lib. 13, rap. 17.

de faire marcher leurs troupes sur les terres des Juifs.

Des essaims effroyables de sauterelles firent, dans le temps dont nous parlons ,-des Tarages inouts en Afrique Elles broutèrent tous les fruits de la terre. Ensuite ayant été emportées par le vent dans la mer, leurs corps morts furent rapportés par les Yagues sur le rivage , où ils se pourrirent , et infectèrent tellement l'air, que cette infection causa une peste qui , dans la Libye , dans la Cyrénaïque et dans quelques autres endroits de l’Afrique, emporta plus de huit cent mille Ames.

Nous avons vu que Cléopâtre s’était emparée d'une partie du royaume de Syrie à la mort de Démétrius Nicator, son mari*. Il avait eu de celte princesse deux fils, dont l’aîné, qui se nommait Séleucut, songea à monter sur le trône de son père , cl se fit effectivement déclarer roi. La mère, ambitieuse , voulait régner elle-même, et trouvait fort mauvais que son fils voulût s’établir à son préjudice. Elle avait aussi lieu de craindre qu'il ne lui prit envie de venger la mort de son père , dont on savait fort bien qu’elle avait été cause. Elle le tua de ses propres mains, en lui enfonçant un poignard dans le sein. Il ne régna qu’un an. On a de la peine à comprendre qu'une femme et qu'une mère soit capable de se porter à de si horribles excès. Mais , dès que quelque passion injuste domine dans le cœur, c'est une source de toutes sortes de crimes. Quelque douce qu'elle paraisse , elle n’est pas bien éloignée de s'armer de poignards , et d’avoir recours au poison , parce que , voulant venir à bout de ses desseins , elle tend naturellement à détruire tout ce qui s’y oppose.

Zébina s’était rendu maître d’une partie du royaume de Syrie. Trois de ses principaux officiers se révoltèrent contre lui, et se déclarèrent pour Cléopâtre. Ils prirent la ville de Laodicée, et voulurent défendre la place contre lui, mais il sut bien les ranger. Ils se soumirent, et il leur pardonna avec une clémence et une grandeur d’âme fort extraordinaires, et

i An. M. 3879 ; av. J. C. 125. — Liv. Epit Oros. lib. 5, cap. il.

• An. M- 3880; av. J. C- 12». -Liv. Epit lib. CO. - Justin lib. 39, "cap. 1 et 2. — Appian. in Syr. pag. 132.

ne leur fit aucuu mal. Ce prince supposé avait effectivement le cœur fort bon. Il recevait avec des manières affables et prévenantes tous ceui qui avaient affaire à lui ; de sorte qu’il se faisait aimer de tout le monde, et même de ceux qui d’ailleurs détestaient l’imposture par laquelle il avait usurpé la couronne.

Mithridate Evergète, roi de Pont , mourut cette année ; il fut assassiné par scs propres gens. Son fils, qui lui succéda, est le fameux Mithridate Eupator, qui disputa si longtemps aux Romains l’empire de l’Asie, et qui soutint contre eux une guerre de près de trente ans. Il n’avait que douze ans quand son père mourut. Je ferai de son histoire un article â part.

Cléopâtre, après avoir tué son fils aîné1, crut qu’il était de son intérêt de faire un roi titulaire, sous le nom de qui elle pût cacher l’autorité qu’elle voulait se conserver tout entière. Elle sentait bien que des peuples guerriers accoutumés à être gouvernés par des rois regarderaient toujours le trône comme vacant, pendant qu’il ne serait rempli que par une princesse , et qu’ils ne manqueraient pasde l’offrir à quelque prince qui se présenterait. Elle fit donc revenir son autre fils Antiochus d’Athènes, où elle l’avait envoyé pourson éducation, et le fit déclarer roi dès qu’il fut arrivé : mais ce n’était qu’un vain titre. Elle ne lui donnait aucune part aux affaires; et comme ce prince était fort jeune, n’ayant pas plus de vingt ans, il la laissa gouverner assez patiemment pendant quelque temps. Pour le distinguer des autres Antiochus, on lui donne ordinairement le surnom de Grypus *, qui est pris de son grand nez. Josèphc l’appelle Philométor-, mais ce prince, dans ses médailles, prenait le titre A'Ëpiphant.

Zébina s’étant bien établi5, après la mort de Démétrius Nicator, dans la possession d’une partie de l’empire de Syrie, Physcon , qui le regardait comme sa créature, prétendait qu’il lui en fît hommage. Zébina refusa nettement d’entrer dans ses vues. Physcon résolut de l’abattre comme il l’avait élevé; et, s’étant accommodé avec sa nièce Cléopâtre, il envoya une armée considérable à Grypus , et lui donna

1 An. M. 3881 ; «y. J. C. 1Î3.

* r o-JT7cr , en grec , signifie un homme qui a un net uquilin.

* Au. 51. 3882 ; av. J. C. 122.

sa fille Trvpliène en mariage. Grypus, par le moyen de ce secours, défil Zébina, el l’obligea de se retirer à Antioche. Celui-ci s'avisa, pour fournir aux frais de la guerre, de pilier le temple de Jupiter. Ayant été découvert , les habitants se soulevèrent, et le chassèrent de la ville. 11 fut encore quelque temps errant de lieu en lieu à la campagne ; mais à la fin on le prit el on le fit mourir.

Après la défaite et la mort de Zébina1 , Antiochus Grypus, se sentant assez âgé, voulut commencer à' gouverner par lui-mème. L’ambitieuse Cléopâtre, qui voyait par là diminuer son pouvoir et éclipser sa grandeur , ne put le souffrir. Pour se rendre de nouveau maîtresse absolue de tout le gouvernement de la Syrie, elle résolut desedéfairedeGrypus comme elle avait déjà fait de son frère Séleucus , et de donner la couronne à un autre fils qu’elle avait eu d'Antiochus Sidète , sous qui , parce qu’il était en bas âge , elle espérait avoir , encore longtemps, l’autorité royale entre les mains, et prendre des mesures justes pour s’y établir si bien , qu'elle lui resterait toute sa vie. Cette méchante femme prépara pour cet effet une coupe empoisonnée , qu’elle présenta un jour à Grypus, comme il rentrait fort échauffé de quelque exercice qu’il venait de faire. Mais ce prince, ayant été informé de son dessein , la pria d’abord , comme par honnêteté pour sa mère, et la pressa même de prendre celte coupe pour elle-même; et sur le refus constant qu’elle en fit , ayant fait paraître quelques témoins , il lui fit entendre que le seul moyen qui lui restait de se purger du soupçon qu’on formait contre elle , était de boire la liqueur qu'elle lui avait offerte. Cette malheureuse princesse , qui se voyait sans issue et sans ressource , avala la coupe. Le poison fit son effet sur-le-champ , el délivra la Syrie de ce monstre , qui , par ses crimes inouïs , avait été si longtemps le fléau de cet état. Elle avait été femme de trois rois de Syrie *, et elle fut mère de quatre. Elle avait causé la mort de deux de

• An lt.3S8i;iv.J.C. 120.

1 Les trois rois de Syrie quelle eut pour maris, furent: Alexandre Uala . bémélrius Nicator, cl Anliochus Sidéie. Ses quatre fils sont : Anliochus, d'Alexandre Bals ; Séleucus et Anliochus Grypus , de bémélrius ; et Autiotbus de Cyziquc, d'Antiochus Sidéie.

ses maris; et pour scs enfants, elle eu tua un de sa propre main , et voulait se défaire aussi de Grypus par le poison, qu'il lui fit avaler à elle-même. Çe prince, après cela, mit bon ordre à ses affaires, et régna plusieurs années en paix et en tranquillité, jusqu’à ce que son frère Antiochus de Cyzique lui suscita les troubles dont on parlera dans la suite.

Ptolémée I’hyscon roi d’Egypte, après avoir régné vingt-neuf ans, depuis la mort de son frère Phitométor, mourut enfin à Alexandrie. On n’a guère vu de règne plus tyrannique ni plus rempli de crimes que le sien.

S VI. — PTOLÉMÉR LatBTRE SUCCEDE A PHYSCOH. f i U K n R £ EH TRB GhTPOS RT SOH FRERE A SI 10CHUB DR Ct'ZIQUE . POUR LE ROYAUME DR SYRIE. HyRCAM SR

fortifie eh Judée. Sa mort. Ahistobule lui

SUCCÈDE RT PREHD LE TITRE DR ROI. Il EUT POUR

successeur Alexahdue Jahhér. Clêopatrr

CHASSE l.ATUVRB D’EgYPTR, RT LUI SUBSTITUE

Alexahdre, son frEee cadet. Guerre ehide

CETTE PEIHCESSE ET SES FILS. Mort DE GnYPUS.

Ptolémée Apioh laisse le royaume de la Cyrénaïque aux Romains. Cohtihuatioh des guerres eh Strie et eh Egypte. Les Syrikhs choisissent pour roi Tigrahe. Latuire est rétabli sur le trône d’Egvpte. Il meurt. Alexandre, son si.

VEU. LUI SUCCEDE. NiCOMEDE , ROI DE BYTJIINIL . LAISSE LE PEUPLE ROMAIH SON HÉRITIER.

Physeon, en mourant, avait laissé trois fils*. Le premier, nommé Apion, était un fils nul un i qu’il avait eu d’une concubine. Les deux autres étaient légitimes; il les eut de Cléopâtre, sa nièce, qu’il épousa après avoir répudié sa mère. L’alnè s’appelait Lathyre , et l'autre Alexandre. 11 laissa par son testament le royaume de la Cyrénaïque à A pion, el celui d’Égypte à sa veuve Cléopâtre et à celui de ses deux fils qu’elle choisirait elle-même. Cléopâtre, croyant qu’Alcxandre serait le plus complaisant, se déterminait à le prendre ; mais le peuple ne voulut pas souffrir qu'on fît perdre à l’autre son droit d'aînesse, et obligea la reine à le faire revenir de Cypre, où elle l’avait fait

I An. M. 3887 ; av. J. C.- 117. - Porpbjr. in Gr*c. Eus. Seal. — Hieron in ban. 9.

« An. M. 3887; «y. J. C. 1Î7. - JusUn. III). 39. cap. 3. 4 et 5. — Appian. in Milhrid. sub fi nom et in Syr. p. 132. Slrob. llb. 17 pag. 795. — Plin. lib. 2. cap. 67, et *!ib. 6 . cap. 30. — Porphyr. in Græc. Eus. Scalig. Jos. Antiq. lib. 13, cap. 18. — Diod. in Exccrpl. Valcs. pag. 385.

reléguer par son père, el à l’associer arec elle t la couronne. Mois, avant qu’on lui fU prendre possession du trône i Memphis. i-eton la coutume , elle l'obligea & répudier Cléopâtre . sa sceur aînée, qu’il aimait beaucoup, elà prendre Sélène, sa cadette, pour laquelle il n'avait nulle inclination. De telles dispositions ne promettent pas un règne fort pacifique.

A son Couronnement il prit le titre de Soler. Quelques auteurs lui donnent celui de Pkilomélor : mais Lathyre 1 est celui par lequel la plupart des historiens le distinguent. Cependant , comme ce n'était qu’une espèce de sobriqoel, on n’osait le lui donner sérieusement de son temps.

Àntiochus Grypus, roi de Syrie *, se préparait à faire la guerre aux Juifs , lorsqu’il lui tomba sur les bras une guerre domestique, qui lui fut suscitée par Antiochus de Cyzique, son frère de mère, il était Ois de Cléopâtre et d’Antiochus Sidète, et né pendant que Démétrius était prisonnier chez les Parthes. Quami Démétrius revint , et rentra en possession de ses étals après la mort d’ Antiochus Sidète, sa mère, pour le mettre en sûreté, l'avait envoyé à Cyzique, ville située sur la Propontide, dans la Mysie mineure , où il fut élevé par les soins d’un lidèle eunuque nommé Cratère , à qui elle l’avait conGé. De lé vient le surnom de Cyzire'nien qu’on lui donne. Grypus, à qui il donnait de l’ombrage, voulut le faire empoisonner. Ondécouvritson dessein ; el le Cyzicénicn, pour se défendre, fut contraint de prendre les armes , et de lécher à faire valoir les prétentions qu’il avait à la couronne de Syrie.

Cléopâtre 9, que Lathyre avait été contraint de répudier, se voyant libre, se donna au Cyzkénicn. Elle lui apporta en dot une armée * ,

1 AùQ'jpi; signifie une espère de pois chiche, qu'un appelle en lutin cirer, d'où ni venu te sarnem de la tamille de Cicéron. Il raltillqiM Lathire eût quelque marque bien vbible de celle sorte, au tisa|c apparemment, où cela choque davantage.

> An. M.3MO;av. I. C. lit.

> An. M. 3801 ; IV. i. C. 113.

• On trouve dana les- dernières éditions de Jusl n les paroles suivantes : Exercilum Grypi so/licitatum. celui Uota'.em , ad maritum deducit ; ce qui marque que Cléopâtre, ayant réussi à débaucher une partie de l'armée de Crypus, la couduisil à son mari. Dans plusieurs éditions on IH Cyprs' au lieu de Grypi, ce qui marquerait que Cléoprlreaiail une armée en Cypre.

in.

pour s’en servir contre son concurrent. I.cs forces sc trouvant par là à peu près égales, les deuz frères en vinrent à une bataille, oit lu Cyzicénicn, ayant eu le malheur d'éire défait, sc retire à Antioche. Il y laissa sa femme qu'il crut en sûreté, et s’en alla lever de nouvelles troupes pour rétablir son armée.

Mais Grypus alla aussitèl assiéger la ville ; et la prit. Tryphène, sa femme, lui demanda instamment de lui remettre Cléopâtre, sa prisonnière, entre les mains. Quoique sa sœur dit père et de mère, elle était si excessivement indignée de ce qu’elle avait épousé leur ennemi, et lui avait donné une armée contre eux, qu’elle voulait lui ôter la vie. Cléopâtre s’était mise*sous la protection d’un sanctuaire rcgnrdé comme inviolable : c’était un des temples d’Antioche. Grypus ne voulait pas avoir pour sa femme une complaisance dont ii voyait bien les funeslcs suites dans la rage où elle était. 11 lui allégua la sainteté de l'asile où sa soeur était réfugiée. 11 lui représenta que sa mort ne leur serait d’aucune utilité, et ne ferait aucun tort au Cyzicéhicn : que, dans toutes les guerres domestiques ou étrangères ou ses ancêtres s’étaient trouvés engagés on n’avait jamais vu qu’après la victoire on eût usé de cruauté envers les femmes , surtout envers une si proche parente : que Cléopâtre était sa sœur à elle, et sa proche parente à lui 1 ; qu’ainsi il la priait de ne lui en plus parler, parce qu'il ne pouvait pas y consentir. Tryphène*, loin de sc rendre à ses raisons, entra dans une plus grande fureur par un sentiment de jalousie, s'étant mis dans la (été que ce n’était pas par pitié, mais par amour, que sou mari prenait ainsi le parti de celte malheureuse princesse. Elle envoya donc des soldais dans le temple, qui ne purent l’arracher aulrcmenl de l’autel qu’en lui coupant les mains dont elle le tenait embrassé. Cléopâtre expira en prononçant mille exécrations contre les parricides auteurs du sa mort, et recommandant au dieu , sous les yeux de qui celte bar-

. > Son père Pbyscon était ooc.'e de Cléopâtre, mère t>

Grypus.

« « Scd quantô Grypus ahnult, lantd rnuticbi I soror per.

« tinaciA at ceudllur. rala non miser icordia; bæc verba ,

« sed amorif ewè. » ( Jmi*. î

Itare cruauté avait été exercée, le soin d'en tirer vengeance.

Cependant l'autre Cléopâtre , mère commune de ces deux sœurs, ne paraissait touchée ni du sort de l’une , ni du crime de l’autre. Son cœur , qui n’était susceptible que d’ambition, était si occupé du désir de régner, qu’elle ne songeait qu’nux moyens de se soutenir en Egypte , et (l’y relenir entre ses mains l'autorité absolue pendant toute sa vie. Pour se mieux affermir , elle donna le royaume de Cypre à Alexandre , son cadet , afin de tirer de lui l’assistance dont elle aurait besoin si jamais Lathvre voulait lui disputer l’autorité , qu’elle avait résolu de garder.

La mort de Cléopâtre , en Syrie 1 * * * , ne demeura pas longtemps impunie. Le Cyxicénien revint , à la tète d'une nouvelle armée, livrer une seconde bataille â son frère , le défit , prit Tryphène, et lui fit souffrir les tourments que sa cruauté envers sa sœur avait bien mérités.

Grypus fut obligé d’abandonner la Syrie au vainqueur. Il se retira à Aspendus , en Pamphilie , ce qui lui fait donner quelquefois dans l’Iiistoire le nom de YAspenditn. Mais un an après il revint dans la Syrie , et la regagna. Les deux frères* partagèrent ensuite cet empire entre eux. Le Cyxicénien eut la Célésyric et la Phénicie , et fit sa résidence à Damas. Grypus eut tout le reste , et demeura à Antioche. Tous deux donnaient également dans le luxe et dans plusieurs autres excès.

Pendant que ces deux frères consumaient leurs forces l’un contre l'autre5, ou s’endormaient , après la paix , dans une lâche mollesse , Jean Hyrcan , augmentait ses richesses et son pouvoir ; et , voyant qu’il n’avait rien à craindre de leur part, if entreprit de réduire la ville de Samarie. Il envoya Aristobule et Antigone, deux de ses fils, en former le siège. Les Samaritains demandèrent du secours au Cyzicénien , roi de Damas. Il y vint à la tète d’une armée. Les deux frères sortirent de leurs lignes. Il y eut une bataille, où Antiochus fut

1 An. M. 3002. «T. JC. Hi

« An M.3893; «v.l. C.HI.

» An. M. 3891 ; «t. J. C. 119. — Jovph. Anliq. lib.

Page 1