AVERTISSEMENT
La chronologie cal la connaissance des temps. Elle apprend à quelle année on doit rapporter les événements dont il est parlé dans l'histoire. Les années qui servent à mesurer la dupée du temps sont ou solaires ou lunaires.
L'année solaire est le temps qui s’écoule depuis un équinoxe jusqu'à l'autre semblable qui suit immédiatement : par exemple, depuis l'équinoxe du printemps jusqu’à l'autre équinoxe du printemps suivant; ce qui comprend trois cent soixante-cinq jours , cinq heures et quarante-neuf minutes.
L'année lunaire est composée de douze mois lunaires, dont chacun est de vingt-neuf jours, douze heures et quarante-quatre minutes, qui font en tout trois cent cinquante-quatre jours, huit heures et quarante-huit minutes.
L’une et l’autre de ces deux années s'appelle ailronomique , pour la distinguer de celle qui est à l'usage des peuples , qu'on nomme civile ou politique.
Quoique toutes les nations ne se soient pas accordées dans la manière de déterminer leurs années, les unes se réglant sur le mouvement du soleil , et les autres sur celui de la lune , cependant on ne se sert communément dans la chronologie que des années solaires. Il semble d’abord que, comme les années lunaires sont plus courtes que les solaires, cette inégalité devrait produire quelque erreur dans les calculs chronologiques. Mais il faut remarquer que les peuples qui se servaient des anin.
nées lunaires y intercalaient un certain nombre de jours pour les ajuster avec les solaires ; ce qui fait que les unes reviennent aux autres, ou du moins, s'il y a quelque différence, on peut la négliger lorsqu'il ne s'agit que d’assigner l'année dans laquelle un fait est arrivé.
Il y a dans la chronologie certains temps marqués par quelque grand évènement, auxquels on apporte tout le reste. C’est ce qui s’appelle époque , d’un mot grec qui signifie s'arrêter parce qu'on s'arrête là pour considérer, comme d’un lieu de repos, tout ce qui est arrivé devant ou après, cl éviter par cimoyen les anachronismes, c'est-à-dire cette sorte d’erreurs qui fait confondre les temps.
Le choix des événements qui doivent servir d'époques est arbitraire; et, quand on étudie l'histoire en son particulier, on est le maître de prendre ceux que l'on veut, selon le plan qu'on s’est formé.
Si l’on commence à compter les années d'un de ces points marqués par un événement considérable, le dénombrement et la suite de ces années s'appelle ère. Il y a presque autant d’ères qu'il y a eu de différents peuples. Les principales, et qui sont le plus en usage, sont celle du monde, celle de Jésus-Christ, celle des olympiades , et celle de Rome. Je n'emploie que les deux plus célébrés , c’est-à-dire, celle du monde et celle de Jésus-Christ.
On sait que les olympiades liraient leur origine des jeux olympiques qui se célébraient dans le Péloponnèse , auprès de la ville d'Olympic. Ces jcui devinrent si solennels, que
' Eiri^uv; inoyv , repos.
Ja Grèce en (U son époque pour compter les années. On entend par olympiade l'espace de quatre années révolues, qui est le temps qui s'écoulait d’une célébration de jeux è une autre. La première, dont se servent les chronologistes, commence, selon Ussérius, à l’été de l'année du monde 3228, avant Jésus-Christ 776. Quand on désigne par les olympiades le temps où est arrivé un événement, on dit la première, la seconde, ou la troisième, elc. , année d'une telle olympiade; ce qui étant une fois connu, il est aisé de trouver l’année du monde à laquelle on doit rapporter le même fait ; et réciproquement, quand on connaît l’année du monde, il est facile de trouver l’olympiade qui y répond.
Rome fut bâtie, selon la chronologie de Varron, l’an du monde 3251, avant Jésus- Christ 753. Caton place la fondation de celte ville deux ans plus tard ; ce qui revient à l’an du monde 3253, avant Jésus-Christ 75t. Je suivrai dans mon Histoire romaine le sentiment de ce dernier. On appelle indifféremment les années que l’on compte de cette époque, les années de Rome, ou les années de la fondation de la ville.
La période julienne est encore une ère fameuse dans la chronologie , dont on se sert principalement pour compter les temps avant Jésus-Christ. Je vais expliquer eu peu de mots en quoi consiste cette période , et quel en est l’usage. Il faut auparavant donner une idée des trois cycles dont elle est composée.
On entend par cycle la révolution d'un certain nombre d’années.
Le cycle solaire est une période de vingthuit ans , qui renferme toutes les variations ^ue peuvent souffrir les jours de dimanche et ■les autres dont la semaine est composée, c'està-dire qu'au bout de vingt-huit ans tes sept premières lettres de l’alphabet dont on se sert dans le calendrier pour marquer les jours de la semaine, et que l’on appelle lettres dominicales , reviennent dans le même ordre où elles étaient auparavant. Pour entendre ce que je viens de dire, il faut remarquer qùe, si l’année n’avait que cinquante-deux semaines , il n’y aurait aucun changement dans l’ordre des lettres dominicales. Mais comme elle a un jour de plus, et deux lorsqu'elle est bissextile.
' cela produit des variations qui se trouvent toutes renfermées dans l’espace de vingt-huit ans, dont le cycle solaire est composé.
Le cycle lunaire, qu’on appelle aussi nombre d'or, est la révolution de dix-neuf années, au bout desquelles la lune se retrouve , à une heure et demie près, au même point avec le soleil , et recommence ses lunaisons dans le même ordre qu’auparavant. C’est- à Méton l’Alhénien, célèbre astronome, qu'on est redevable de l’invention de ce cycle. On s’en servait pour marquer dans le calendrier les jours des nouvelles lunes, avant l’invention des ipactes.
Outre ces deux cycles, les chronologistes en admettent encore un troisième qu’on nomme indiction. C'est une révolution de quinze années , dont la première s’appelle la première indiction ; la seconde s’appelle la seconde indiction, et ainsi de suite jusqu’à la quinzième, après laquelle on recommence à compter la première indiction, etc.
On suppose communément que la première indiclion a commencé trois ans avant la naissance de Jésus-Christ.
Si l'on multiplie ces trois cycles, c’est-à-dire 28, 19 et 15 l’un par l'autre, on aura le produit 7980 , qui est ce qu’on appelle la période julienne.
Une des propriétés de cette période est de donner les trois cycles caractéristiques de chaque année, c’est-à-dire l’année courante de chacun de ces trois cycles ; par exemple , on sait que l’ère vulgaire commence à l’année 4711 de la période julienne. Si l’on divise ce nombre par 28, ce qui restera 1 après la division indiquera le cycle solaire de cette année. On trouvera de la même manière le cycle lunaire et l’indiction. 11 est démontré que les trois nombres qui exprimeront ces trois cycles ne peuvent se retrouver dans le même ordn dans aucune année de la période julienne. Il en est de même des cycles des autres années.
En remontant dans celle période jusqu’à sa première année, c’est-à-dire jusqu’à celle où
• Je du ce qui reste . et non pas le quoUenl . comme ont fait quelques auteurs; car le quotient esprimo combien il s'est écoulé de cycles depuis le eommcnceroeni de la période . et ce qui reste après la division fait connaître Cannée du cvclc courant.
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tes trois cycles dont elle est composée commencent ensemble, on trouvera qu’elle précède la création du monde de 710 ans, en supposant que la création ne précédé l’ère vulgaire que de 4004 ans.
Celte période s’appelle julienne , parce qu’elle est accommodée aux années de Jules César. Scaliger l’a inventée pour concilier les systèmes qui partagent les chronologistes sur la durée du temps qui s'est écoulé depuis le commencement du monde. Il y en a qui croient qu’il ne faut compter jusqu’à Jésus- Christ que 4004 ans. D’autres donnent plus d’étendue à cet espace, et augmentent le nombre des années qui le mesure. Ces variations disparaissent quand on se sert de la période julienne; car tout le monde s’accorde sur l’année où elle a commencé, et il n’y a personne non plus qui ne convienne que la première année de Y ère vulgaire tombe en la 4714 de çette période. Ainsi on a dans la période
julienne deux points Axes qui réunissent tous les systèmes, et qui accordent tous les chronologistes.
Il est facile de trouver l’année de la période julienne qui répond à telle année que ce soit de 1ère vulgaire du monde : car , puisque le commencement de la période julienne précède celte ère de 710 ans, il s'ensuit qu'en ajoutant ce nombre à l’année proposée de l'ère du monde , on aura l’année de la période julienne qui y répond. Par exemple , on sait que la bataille d'Arbelles se donna l’an du monde 3673. Si à ce nombre on ajoute 710, on aura 4383, lequel nombre exprimera l’année de la période julienne i laquelle il faut rapporter la bataille d’Arbelles.
On sait que jusqu’ici je ne me suis point arrêté aux discussions chronologiques , et on ne s’attend pas sans doute que j’y entre maintenant. Je suivrai ordinairement Ùssérius , que j’ai choisi pour mon guide dans cette matière.