‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 2)Chapitre 21 sur 178 · IM · texte numérisé non relu

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« nua-t-elle en les baisant, les ehers lémoi- « gnages de son amour. » Elle en lut ensuite quelques-unes des plus tendres, accompagnant cette lecture de paroles touchantes et de regards passionnés. Mais elle employa inutilement tous ces artifices ; et, soit que scs charmes n’eussent plus le pouvoir qu'ils avaient eu dans sa jeunesse, ou que l’ambition fût la passion dominante de César , il ne parut point louché de sa vue ni de son entretien , se contentant de l'exhorter à avoir bon couragè , et l'assurant de ses bonnes intentions. Elle s’aperçut bien de cette froideur , dont elle tirait un mauvais augure ; mais , dissimulant son chagrin , et changeant de discours , elle le remercia des compliments que Proculèius lui avait faits de sa part, et qu'il venait de lui renouveler lui-méme ; elle ajouta qu’en revanche elle voulait lui livrer tous les trésors des rois d’Egypte : et en effet elle lui remit entre les mains un bordereau de tous ses meubles , de ses pierreries et deses finances. Et comme Séleucus, un de ses trésoriers , qui était préseut, lui reprocha qu’elle n’avait pas tout déclaré , et qu’elle cachait et retenait une partie de ce qu'elle avait de plus précieux , outrée d’une telle insolence , elle lui donna plusieurs coups sur le visage ; puis se tournant vers César : « N'est-ce pas unechose horrible, luidit— s elle, que , lorsque vous n’avez pas dédaigné « de me venir voir , et que vous avez bien « voulu me consoler dans le triste état où je « me trouve, mes propres domestiques vien- « lient m’accuser devant vous , sous prétexte « quej’ aurai réservé quelques bijoux de fem- « me, non pouren orner une misérable comme » moi, mais pour en faire un petit présent A « Octavic votre sœur, et à Livie votre épouse,

« afin que leur protection attire de votre part « un traitement favorable à une infortunée * princesse ? »

César fut ravi de l’entendre parler ainsi, ne doutant point que ce ne fût l’amour de la vie qui lui inspirait ce langage. Il lui dit qu’elle pouvait disposer à son gré des bijoux qu’elle avait retenus ; et , après l’avoir assurée qu’il la traiterait avec plus -de générosité et de magnificence qu’elle n’osait l’espérer, il se retira, pensant l’avoir trompée , et c’était lui qui le fut.

Ne doutant point que César n’eût dessein de la faire servir d’ornement à son triomphe, elle ne songea plus qu’à mourir pour éviter cette honte. Elle savait bien qu’elle était observée par les gardes qu'on lui avait donnés, qui, sous prétexte de lui faire honneur , la suivaient partout , et que d'ailleurs le temps pressait, le jour du départ de César approchant. Pour le tromper donc encore mieux , elle le fit prier qu’elle pût aller rendre ses derniers devoirs au tombeau d’Antoine , et prendre congé de lui. César, lai ayant accordé cette permission, elle s’y rendit effectivement pour baigner ce tombeau de ses larmes , et pour assurer Antoine , à qui elle adressa son discours comme si elle l’eût eu sous les yeux , qu’elle allait bientôt lui donner une preuve plus certaine de son amour.

Après cette funeste protestation, qu’elle accompagna de ses pleurs et de ses soupirs , elle fit couvrir le tombeau de Oeurs , et revint dans sa chambre; puis elle se mit au bain, et du bain à la table, ayant ordonné qu’on lui servit un repas magnifique. Au lever de la table, elle écrivit un billet à César ; et , ayant fait sortir tous ceux qui étaient dans sa chambre, excepté ses deux femmes , elle ferma la porte sur elle, se mit sur un lit de repos, et demanda une corbeille où il y avait des figues qu’un paysan venait d’apporter; elle la mil auprèsd’elle, et un moment après on la vit se coucher sur son lit, comme si elle se fût endormie; mais c’est que l’aspic , qui était caché parmi les fruits, l’ayant piquée au bras qu'elle lui avait tendu , le venin avait aussitôt gagné le cœur, et l'avait tuée sans douleur, et sans qu’on s’en aperçût. Les gardes avaient ordre de ne rien laisser passer qui ne fût visité exactement : mais ce paysan travesti , qui était un fidèle serviteur de la reine , joua si bien son personnage , et il parut si peu d'apparence de tromperie dans un panier de fruits , que les gardes le laissèrent entrer. Ainsi toute la prévoyance de César lui fut inutile.

11 ne douta point de la résolution de Cléopâtre, après avoir lu le billet qu’elle lui avait écrit pour le prier de permettre que son corps fût mis auprès de celui d’Antoine dans un même tombeau ; et il dépêcha promptement deux officiers pour la prévenir. Mais , quelque dili-

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gence qu'ils pussent faire , ils la trouvèrent morte.

Cette princesse 1 était trop fièrc et trop audessus du commun pour souffrir qu’on la menât en triomphe attachée au char du vainqueur. Déterminée à mourir, et par là devenue capable des plus féroces résolutions , elle vit d’un œil sec et tranquille couler dans ses veines le poison mortel de l’aspic.

Cléopâtre mourut à l’àge de trente-neuf ans, dont elle en avait régné vingt-deux depuis la mort de son père. Les statues .d’Antoine furent abattues , et celles de Cléopâtre demeurèrent sur pied, un certain Archibius, qui avait été attaché au service de Cléopâtre, ayant donné mille talents ’ à César afin qu’elles ne fussent pas traitées comme celles d’Antoine.

Après la mort de Cléopâtre , l’Égypte fut réduite en province romaine , et gouvernée par un préfet qu’on y envoyait de Rome. Le régne des Ptolémées en Égypte , à en plarer le commencement à l’année même de la mort d’Alexandre-lc-Grand , avait duré deux cent quatre-vingt-treize ans , depuis l’an du monde 3C81 jusqu’à l’an 397V.

CONCLUSION

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