UE LA MUSIQUE
Quelques auteurs prétendent que ce sont les oiseaux qui ont appris à l'homme à chauler, en lui faisant remarquer, par leur ramage et leurs gazouillements, combien les différentes inflexions et les divers tons de la voix sont capables de flatter agréablement l'oreille. L’homme a eu un plus excellent maître, auquel seul il doit faire remoDler sa connaissance.
L’invention de la musique et des instruments qui en font une principale partie, est un présent de Dieu, comme l’invention des autres arts. Elle ajoute au simple don de la parole, déjà bien précieux par lui-même, quelque chose de plus vif, de plus animé , et de plus propre à produire au dehors les sentiments de l'Ame. Lorsqu'elle est saisie et pénétrée de la vue de quelque objet qui l’occupe fortement, le langage ordinaire ne suflil pas à scs transports. Elle s'élance pour ainsi dire hors d'elle-même; elle se livre sans mesure aux mouvements qui l'agitent ; elle anime et redouble le ton de la voix : elle répète à diverses reprises ses paroles ; et, peu contente 'de tous ces efforts qui lui paraissent encore trop faibles, elle appelle à son secours les instruments, qui semblent la soulager en donnant aux sons une variété, une étendue et une continuité que la voix humaine ne peut avoir.
Voilà ce qui a donné lieu à la musique, et ce qui l’a rendue si intéressante et si recommandable; et voilà ce qui montre en même temps qu’à proprement parler, elle n'a de véritable usage que pour la religion, à laquelle seule il appartient de causer à l’Ame des sen,:
mcnts vifs qui la transportent et l’enlèvent, qui nourrissent sa reconnaissance et son amour , qui répondent à son admiration et à son ravissement, et qui lui fassent éprouver qu'elle est hcureusè, en applaudissant, pour ainsi dire, à sa joie et à son bonheur , comme David le fait dans tous scs divins cantiques, qu’il emploie uniquement à adorer, è louer, à rendre grâces, à chanter la grandeur de Dieu, et A publier ses merveilles.
Tel fut le premier usage que les hommes firent de la musique, simple, naturelle, sans art et sans raffinement dans ces temps d'innocence et dans cette enfance du monde ; et sans doute que In famille de Sclh, dépositaire du vrai culte, la conserva dans tonte sa pureté. Mais les enfants du siècle , plus asservis aux sens et aux passions , plus occupés à adoucir les peines de cette vie, A rendre leur exil agréable, et à se consoler de leurs maux, se livrèrent plus promptement aux agréments de la musique, et furent plus attentifs A la perfectionner, à la réduire en art, A rappeler leurs observations A des règles fixes, A la soutenir, A la fortifier, A la varier par le secours des instruments.
En effet , l'Écriture sainte place l’origine de cette sorte de musique dans la famille de Caïn1, qui était celle des réprouvés, et lui donne pour auteur Jubal, l'un dès descendants de ce chef des impies. Aussi voyons-nous que c'est ordinairement aux objets des passions que la musique est asservie. Elle sert A les embellir, A les agrandir, A les rendre plus touchants, A les faire pénétrer jusqu’au fond de l’Ame par un nouveau plaisir, A la rendre captive des sens , A la faire habiter tout entière dans ses oreilles , A lui inspirer une nouvelle pente, A chercher hors d’elle sa consolation, et A lui communiquer une nouvelle aversion pour les réflexions utiles et pour l’attention A la vérité. L’obus de la musique , presque aussi ancien que son invention , a fait plus d’imitateurs de Jubal que de David. Mais il ne faut pas faire retomber ce reproche sur la musique même : car , comme l’observe Plutarque* sur le sujet que je traite, en général tout homme de bon sens n'imputera jamais
• Gen. 4, 21.
1 Plat, de Muslc. p,ig. 1116.
aux sciences mêmes l’abus que quelques-uns en font; il ne s’en prendra qu’aux dispositions vicieuses de ceux qui les corrompent.
Cet exercice a fait dans tous les temps le plaisir de toutes les nations, des plus barbares comme de celles qui se piquaient le plus de politesse. Et il faut avouer* que l’auteur de la nature a mis dans l'homme un goût et un penchant secret pour le chant et l’harmonie, qui sert A nourrir sa joie dans les temps de prospérité, A dissiper son chagrin dans ses afflictions, A soulager sa peine dans ses travaux. Il n’est point d'artisan qui n'ait recours A cet innocent artifice , et la plus légère chanson lui fait presque oublier toutes ses fatigues. La cadence harmonieuse avec laquelle les forgerons frappent sur l'enclume le fer brûlaut, semble donner de la légèreté A la masse pesante de leurs marteaux . Il n’est pas jusqu’aux rameurs , dont le pénible travail ne trouve une sorte de soulagement dans cette espèce de concert que forme leur mouvement nombreux et uniforme. Les anciens se servaient avantageusement des instruments de musique , comme on le fait encore aujourd’hui, pour exciter l’ardeur martiale dans le cœur des combattants’; et Quintilien attribue en partie la réputation de la milice romaine A l’effet que produisait sur les légions le son guerrier des cors et des trompettes.
J’ai dit que la musique était en usage chez toutes les nations : mais ce sont les Grecs sur tout qui l’ont mise en honneur , et qui , par le cas qu’ils en faisaient, font portée A un haut degré de perfection. C'était un mérite pour les plus grands hommes de s'y distinguer * , et
1 r A (que earn ( muscarii ) natura Ipsa vidrlur ad tole- « randos faciliùs labores velut muneri nobis dédisse. Si « quidem el remiges cantus horlatur : ne* solàm in iis « operibus, inquibus plurium eonalus preeunte altquâ ju- « cundft voce conspirât , sed eliarn singulorum fatigalio a quamlibcl se radl modulation solutur. » ( Qii.ttil. lib. 1 . cap. 10. )
• « Duces maximos et fidibns . et tibiis ceeinisse tradio tum , et exercitus Lace ris* monior uni mus ici s accensos « inodis. Quid auicm aliud in nostris legionibus cornua « ac tube faciunl? quorum concentus , quantô est vehe- « mentior, tantô romana in bellis gloria cœleris prsslat. » (Qüucïil. lib. 1, cap. 10. )
» « Summam erudiüonem Gr®ci sitam cenaebant in r nervorum vocumque cantibus. Igilur Epaminondas .
« princeps, mco judicio, Græcia* . fidibus præciarè ceci- 1 « uisse dicitur : Themistoclesque , aliquot antê amm
une sorte de honte pour eux d’être obligés d’avouer sur ce point leur ignorance.'Nul héros n’a plus illustré la Grèce qu’Epaminondas : on comptait au nombre de ses belles qualités d’avoir su danser avec grâce et toucher les instruments avec habileté. Plusieurs années auparavant , le refus que Ht Thémistocle dans un repas de jouer quelque air sur la lyre lui attira des reproches , et ne lui lit pas d’honneur. Ignorer la musique . passait dans ces temps pour un défaut d’éducation.
Anssi les plus célèbres philosophes qui nous ont laissé des traités sur la politique , comme Platon et Aristote , recommandent en parlicuilier qù’on ait grand soin de faire apprendre la 1 musique aux jeunes gens. Elle faisait chez les Grecs une partie essentielle de l’éducation. Outre qu’elle a une liaison nécessaire avec cette partie de la grammaire que l’on appelle prosodie , qui roule sur la longueur ou brièveté des syllabes dans la prononciation , sur la mesure des vers, sur leur rhythmeou cadence, et principalement sur la manière d’accentuer les mots 1 ; les anciens étaient persuadés qu’elle pouvait contribuer beaucoup à former le <oa ar des jeunes gens, en y introduisant une sorte d'harmonie qui pût les porter à tout ce qui est honnête ; rien n'étant plus utile, selon Plutarque , que la musique , pour exciter en tout temps à toutes sortes d'actions vertueuses , et principalement lorsqu’il s’agit d’affronter les périls de la guerre.
Il s’en faut bien que la musique fût autant estimée des Romains dans les beaux temps de la république. Elle passait alors pour peu honorable , comme l’observe Cornélius Népos , en faisant remarquer le différent goût des nations sur plusieurs matières*. Le reproche que fait Snlluste à une datée romaine , de savoir mieux danser et chanter qu’il ne convenait à une femme d'honneur et de probité5 , sallare
« (juum in epnili reeotésset lyram . habitus e»t imloctior.
« Krgo in Gracié musicl floruerunt , di$cebanlque id « otaoes; nec . qui ncftciebiil , salis eicullus doctrinà pu- « labalur. » (Cic. Tutc. 1. n. 4. )
« In ejus fEpaminond* ) virtutibus commémora bain r. n saltasse eum commodè , scie nie rque tlbiis canlasse. »> (Cor*: Nbp in Prœfat. )
• Plul.de Music pag. 1140.
* In præfat.
s In Bd lu Catllin. [c. 43. ]
et pmltere e/egantiùs i/uàm necesse est probit, marque assez ce que les Romains pensaient de la musique. Pour la danse , ils en avaient une étrange idée, jusqu’à dire que , pour en faire usage , il fallait , ou être ivre , ou avoir perdu la raison * : nemo sallat ferè sobrius, nisi for lé insanil. Telle était la sévérité romaine , jusqu’à ce que le commerce avec les Grecs, et encore plus les richesses et l'opulence, les eurent fait donner dans des excès que l’on ne peut pas même reprocher aux Grecs.
Les anciens attribuaient à la musique de merveilleux effets , soit pour exciter ou réprimer les passions , soit pour adoucir les moeurs, et humaniser des peuples naturellemeut sauvages et barbares.
Pythagore s voyant de jeunes gens échauffés des vapeurs du vin , et animés de plus par le son d'une flûte dont on jouait sur le mode phrygien , près de faire violence à une chaste maison , rendit à ces jeunes gens leur tranquillité et leur bon sens en ordonnant à la musicienne de changer de mode et de jouer plus gravement, suivant la cadence marquée par le pied appelé spondée,
Galien 1 met une histoire presque toute pareille sur le compte d’un musicien de Milet nommé Damon. Ce sont de jeunes gens ivres, qu’une joueuse de flûte a rendus furieux eu jouant sur le mode phrygien, et qu'elle radoucit par l'avis de ce même Damon, en passant du mode phrygien au dorien.
Nous apprenons de Dion Chrysostôine4, et de quelques autres, que le musicien Timothée, jouant un jour delà flûte devant Alexandre-lc-Grand sur le mode appelé »pé»r , qui était un mode guerrier, ce prince courut aux armes aussitôt. Plutarque dit presque la même chose du joueur de flûte Antigénide*, qui, dans un repas, agita de telle manière ce même prince, que, s’étant levé de table comme un forcené , il se jeta sur ses armes , et, mêlant
< Cic. in Oral, prn Murcn. n. 13.
* a Pythagoram acceptait» conclUto* ad vint pudira « donitit afferentlani juvenes, jusoé malare in spondeum n modoi Ublcinâ , composui&sc » ( Qcistil. lib. i, cap 10. )
s De Placit. Hîpp. et Plat. lib. 5 , cap. 6.
* Oral- 1. de Rcg. Inil.
3 De Forlun. Alex. pag. 333.
leur cliquetis au son de la flûte, peu s'eu (ailul qu’il ne chargeât les convives.
Parmi les ell'cls merveilleux de la musique, on ne peut rien citer peut-être de plus frappant ni de mieux attesté que ce qui regarde les Arcadiens. Polybe ', historien sage, exort, et qui mérite toute créance, est mon garant. J’abrégerai seulement son récit et ses ré- (léxions.
L'élude de la musique, dit-il, a son utilité pour tout le monde, mais elle est absolument nécessaire aux Arcadiens. Ces peuples, en établissant leur république, quoique d’ailleurs très-austères dans leur genre de vie, ont donné à la musique un si grand crédit, que non seulement ils enseignent cet art aux enfants, mais qu'ils contraignent même les jeunes gens de s'y appliquer jusqu'à l'âge de trente ans. Ce n’est point une honte parmi eux que l'aveu d'ignorer les autres arts ; mais c’est un déshonneur de n'avoir point appris à chanter, et de n’en pouvoir donner des preuves dans l'occasion.
Or, dit Polybe, il me parait que leurs premiers législateurs, en faisant de pareils établissements, n’ont point eu dessein d'introduire le luxe et la mollesse, mais seulement d'adoucir les mœurs féroces des Arcadiens, et d'égayer par l'exercice de la musique leur caractère triste et mélancolique, causé sans doute en partie par la froideur de l’air qu'on respire dans presque toute l'Arcadie.
Mais les Cynéthiens ayant négligé ce secours, dont iis avaient d'autant plus besoin qu’ils habitent la partie la plus rude et la plus sauvage de l'Arcadie, soit pour l’air, soit pour le climat, sont enfin devenus si féroces et si barbares, qu’il n’y a nulle ville en Grèce où l’on ait commis des crimes aussi grands et aussi fréquents que dans celle de Cynèlhe.
Polybe termine ce récit en avertissant qu'il y a si fort insisté pour deux raisons : la première, pour empêcher que quelqu'un des peuples d’Arcadie, sur le faux préjugé que l’étude de la musique n'est parmi eux qu’un amusement superflu , ne vienne à négliger cette partie de leur discipline; la seconde, pour engager les Cyuéthicns à donner la pré-
férence A la musique, si jamais Dieu ( l'expression est remarquable ) , si jamais Dieu leur inspire de s'appliquer aux arts qui humanisent les peuples : car c'est la seule voie par laquelle ils puissent dépouiller leur aucienne férocité.
Je ne sais pas s'il est possible de rien trouver dans toute l’antiquité qui égale l'éloge que fait ici Polybe de la musique; et l'on sait quel homme c'était que Polybe. Joignons-y ce qu’en ont dit les deux plus grandes lumières de la philosophie ancienne, Platon et Aristote, qui en recommandent souvent l'élude, et en relèvent beaucoup les avantages. Peut-on désirer un témoignage plus authentique et plus favorable? Mais, afin que l’autorité de ces grands hommes ne. nous en impose point, je dois marquer ici de quel genre de musique ils entendent parler. Quintilien, qui pensait comme eux sur cet article, nous expliquera leur sentiment 1 : c'est daus un chapitre où il avait fait un magnifique éloge de la musique. «Quoi- « que les exemples que j’ai cités, dit-il, fassent « assez voir quelle sorte de musique j'ap- « prouve, je crois pourtant devoir déclarer ici « que ce n’est point celle dont retentissent « aujourd’hui nos théâtres, et qui par scs airs « efféminés et lascifs, n'a pas peu contribué à « éteindre et A étouffer en nous ce qui poua vait nous rester encore de force et de vertu : » aperliut profilendum puto , non hanc à me praecipi , gu* mine in scenis effeminata, et impudicit modis [racla, non ex parle minimâ, si quid in nobis vinlit roboris manebal, excidk. «Quand je recommande donc la « musique, c’est celle dont les hommes pleins « d’honneur et de courage se servaient pour « chanter les louanges de leurs semblables.
« Je ne prétends point parler non plus de ces « instruments dangereux dont les sons lan- « guissanls portent la mollesse et l'impureté « dans l'Ame, et qui doivent être en horreur « à tout ce qu’il y a de personnes bien nées ;
« mais j’entends cet art agréable d'aller au « cœur par le moyen de l’harmonie, pour » exciter les passions, ou pour les apaiser « conformément au besoin et à la raison. » C’est cette sorte de musique dont les plus
gle
» Pdyb. Ilb. I, pag. 289-291.
Quintil. Ilb. 1. cap. 10.
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grands philosophes et les plus sages législateurs, cher les Grecs , Taisaient tant de cas , parce qu'elle apprivoise les esprits sauvages ; qu'elle adoucit la rudesse et la dureté des caractères, qu'elle polit les moeurs, qu’elle rend les esprits plus capables de discipline , qu’elle lie la société d’une manière douce et agréable, et qu’elle donne rte l’horreur de tous les vices qui portent à la dureté, à l'inhumanité, à la férocité.
Elle n’est pas même inutile pour le corps , et contribue à la guérison de certaines maladies. Ce que l’on raconte des effets de la musique sur ceux qui ont été mordus de la tarentule paraîtrait incroyable , s'il n'était appuyé sur des témoignages auxquels on ne peut pas raisonnablement refuser sa croyance.
La tarentule' est une grosse araignée à huit yeux , et à huit pattes. Elle ne se trouve pas seulement vers Tarante , d’où elle a pris son nom , ou dans la Pouilte : il y en a dans plusiers autres endroits de l'Italie, et dans l’ile de Corse.
Peu de temps après qu’on a été mordu d’une tarentule , il survient à la partie une douleur très-aigué , et peu d’heures après un engourdissement. On tombe ensuite dans une profonde tristesse, on a peine à respirer , le pouls s'affaiblit , la vue se trouble et s’égare , enfin on perd la connaissance et le mouvement , et on meurt à moins que d'être secouru. La médecine emploie pour la guérison de celte maladie quelques remèdes qui seraient inutiles , si la musique ne venait à son secours.
Lorsqu’un homme mordu est sans mouvement et sans connaissance , un joueur d'instruments essaie différents airs ; lorsqu'il a rencontré celui dont les tons et la modulation conviennent au malade , on voit que celui-ci commence è faire quelque léger mouvement, qu’il remue d'abord les doigts en cadence , ensuite les bras et les jambes , peu è peu tout le corps ; et enfin il se lève sur ses pieds , et se met à danser en augmentant toujours d'activité et de force. 11 y en a tel qui danse six heures sans se reposer.. Après cela on le met au lit , et quand on le voit assez remis de sa première danse , on le tire du lit par le même
i Mémoires de l'Académie des Sciences, année ITIiJ
air pour une danse nouvelle. Cet exercice dure plusieurs jours , tout au plus six ou sept, jusqu’à ce que le malade se trouve fatigué et hors d'état de danser davantage , ce qui annonce sa guérison : car tant que le venin agit sur lui, il danserait , si l’on voulait , sans aucune disconlinuation, et enfin il mourrait d'épuisement de forces. Le malade , qui commence à se sentir las , reprend peu à peu la connaissance et le bon sens, et revient comme d’un profond sommeil , sans se souvenir de ce qui s'est passé pendant son accès, non pas même de sa danse. Le fait est singulier, mais très-certain : c'est aux médecins à en expliquer la cause.
S II. — AUTEUES qui ONT INVENTA ou PERFECTIONNA LA MUSIQUE ET LES INSTRUMENTS.
Les historiens profanes attribuent la découverte des premières règles de la musique à leur Mercure fabuleux, d’autres à Apollon , d’autres à Jupiter même '. Ils ont voulu par là, sans doute, nous faire entendre que l’invention d'un art si utile ne pouvait être attribuée qu’aux dieux , et qu’on avait tort d'en faire honneur à quelque homme que ce fût.
Le traité de Plutarque sur la musique , expliqué et éclairci par les savantes remarques de M. Burette , me fournira la plus grande partie de ce que j’ai à dire sur l’histoire de ceux qui passent pour avoir le plus contribue à la perfection de cet art. Je me contenterai d’indiquer simplement les plus anciens , qui ne sont presque connus que dans la fable, sans m’attacher à l’ordre des temps.
AMPHYON,
Amphion est regardé par quelques - uns comme l’inventeur de la cithare *, ou lyre , car ces deux instruments étaient peu différents, comme je le marquerai dons la suite , et souvent les auteurs les confondent. On conjecture que la fable de Thèbes bâtie au son i Plul. de Music. pag. 1136.
* J’appellerai toujours ainsi ccl instrument , parée que noire rjuitare , qui en a tiré son nom . eu est tout a fait différente.
2Ci <§»»
de la lyre d'Amphion est postérieure au temps d’Homère , qui u'en parle point , et qui n’aurait pas manqué d’en orner son poCine , s’il l’eût connue.
Amphion eut pour contemporains Linut , Antliès, Piirius, Philammon. Ce dernier Tut père du fameux Thamyris . la plus belle voix de son temps , le rival des muses mêmes, et qui, ayant été livré à la vengeance de ces déesses , pour peine de son audace , perdit la vue , la voix , l’esprit et même l’usage de sa lyre.
OirH^E.
La réputation d’Orphée était florissante dés te temps de l’expédition des Argonautes , du nombre desquels il fut , c’est-à-dire avant la guerre de Troie. Il avait eu pour maître dans la musique Linut , aussi bien qu’Hercule. L’histoire d’Orphée est connue de tout le monde.
ItYAtfti»-
On prétend qu’Hyagnis fut le plus ancien joueur de flûte. 11 fut père de Marty as, à qui l’iuvention de la flûte est aussi attribuée. Ce dernier osa provoquer Apollon , qui ne demeura vainqueur dans ce combat qu’en joignant sa voix au son de sa lyre. Le vaincu fut écorcbé tout vif.