‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 2)Chapitre 65 sur 178 · HOMÈRE · texte numérisé non relu

HOMÈRE

L’époque du temps où Homère a vécu n’est pas bien certaine. Hérodote 1 la place quatre cents ans avant lui Ussérius met la naissance d’Hérodote l’an du monde 3520. Ainsi celle d’Homère a dù être vers l’an 3120, c’est-àdire 2i0 ans après la prise de Troie.

Le lieu de sa naissance n’est pas. plus assuré. Sept villes se disputèrent cet honneur : Sroyrne semble l'avoir emporté sur les autres.

J’ai parlé du poème épique et d'Homèn vers le commencement du second tome d< cette histoire , et avec beaucoup plus d'étendue dans le premier tome du Traité des études , où j’ai essayé de faire sentir les beautés de ce poète.

11 parait que Virgile , à juger de ses vues par son ouvrage , ne se proposa rien moins quo de disputer à la Grèce l'avantage du poème épique; et c’est de son rival même qu’il emprunta des armes pour le combattre. H comprit qu'ayant à faire venir des rives du Scamandre le héros de son poème, il aurait besoin d’imiter l'Odyssée, qui contient une grande suite de voyages et de récits , et qu’ayant à le faire combattre pour l'établir en Italie , il aurait besoin d'avoir sans cesse devant les yeux l'Iliade,

' lierait, lib, 2 , cap. 53. — An. U. 3120 ; a». I. C

-qui est remplie d'action , de combats , et de tout ce ministère des dieux que demande la haute poésie. Énée voyage comme Ulysse, et combat comme Achille. Virgile a fait entrer les quarante-huit livres d’Homère dans les douze livres dont l’Énètde est composée. Dans les six premiers on retrouve l'Odyssée presque partout, comme on retrouve l'Iliade dans les six derniers.

C'est un grand avantage et un grand titre de supériorité pour le poète grec d'avoir été l'ori- ; ginal que l’autre a copié ; et l'on peut bien lui appliquer1 ce que ditQuintilieu deDémosthène par rapport à Cicéron, que, quelque grand que soit Virgile, Homère l'a fait en grande partie tout ce qu'il est. Cet avantage néanmoins ne décide pas pleinement de leur mérite , et l’on disputera toujours auquel on donnera la préférence.

Nous pouvons nous en tenir au jugement de Quintilien*, qui , laissant la question indécise, marque parfaitement en peu de mots ce qui distingue ces deux excellents poètes. Il dit qu'il y a plus de génie et de naturel dans l’un, plus d’art et de travail dans l’autre ; et que ce qui manque à Virgile du eélé du sublime , en quoi le poète grec l’emporte sans contestation , est peut-être compensé par la justesse et l’exactitude qui régnent également partout dans l’Énéide. Et herclë , ut illi naturce ralenti algue immortali cesserimus, ita cura et diligentiæ tel ideà in hoc plus est, quôd ri fuit magis laborandum : et quantum eminentioribus vincimur , fortasse aqualitale pensam us. Il est difficile de mieux caractériser ces •deux poètes. L’Iliade et l'Odyssée sont deux grands tableaux , dont l'Enéide est le raccourci. Celui-ci veut être regardé de prés : tout y doit être achevé. Mais les grands tableaux se voient de loin il n’est pas nécessaire que tous les traits y soient si finis et si réguliers; c'est même un défaut dans un grand tableau qu’un soin trop scrupuleux.

> • Cedendum vero In hoc quldctn . quid et ille ( De- « raoetbene*)prlor fuit, et ea luaqiii parle Ciceronem,

« quantus est , fecit. » ( Lib. 10, rap. t. J

> Ibid.

On dit qu’llèsiode était né à Cumes, ville d'Éolie, mais qu'il ftit nourri et élevé à Ascra, petite ville de Béotie , qui depuis a passé pour sa patrie : aussi Virgile l’appelle t-il le vieillard d’ Ascra'. Les sentiments sont fort partagés sur le temps où il a vécu. L’opinion la plus commune le fait contemporain d'Homère. De toutes ses pièces de poésie il ne nous en reste que trois : 1* les Outrages et les Jours; 2* la Théogonie , ou Généalogie des Dieux; 3° le Bouclier d' Hercule. J’en ai parlé ailleurs*.

Quintilien trace ainsi son caractère : or II « arrive rarement à Hésiode de s'élever*. Une « grande partie de scs ouvrages ne contient « presque que des noms propres. On y trouve i pourtant d’utiles sentences pour la conduite u de la vie. Il a assez de douceur dans l’ex- « pression et dans le style. On lui donne la « palme dans le genre d'écrire médiocre.

roKTEi notai couses.

Tebpandbe. Il était fort renommé et pour la poésie, et pour la musique*.

Tyrtée. On croit qu’il était d'Athènes. Ce poète ht une grande figure dans la seconde guerre de Messène5. Il excellait à chanter la valeur guerrière. Les Spartiates avaient reçu plusieurs échecs qui leur avaient abattu le courage. L'oracle de Delphes leur ordonna de demander aux Athéniens un homme capable de les aider de scs avis et de ses lumières. Tyrtée leur fut envoyé. Le succès ne répondit pas d’abord à l'attente des Spartiates. Ils furent encore battus trois fois consécutive-^ ment ; et, réduits au désespoir, ils étaient prés de retourner à Sparte. Tyrtée les anima de nouveau par ses vers , qui ne respiraient que l'amour de la patrie et le mépris de la mort.

* « Ascranmique aenem. » (£cf 8.)

* Tome I de ntist. a oc. pag. ata de celle édition.

* « Haro assurait llesiodui , magnaque para ejua In « nominibos est occupais : laroen unies circa praeeepla « senteniia, leoilaaque verborum et coœpoeitioois pro- « babilla : dalurque ef palma lo Uio medio diceodi gc- ■ nere.a (Lib. 10, cap. 1. )

* An. M. »saa

* Aa. M. 330 1. - Panun. lib. *, pag. îtt, etc.

Ayant repris courage, ils attaquèrent les Messéniens avec fuicur. La victoire qu’ils remportèrent en cette occasion , termina à leur avantage une guerre qu'ils ne pouvaient plus soutenir. Ils accordèrent à Tyrtée le droit de bourgeoisie , titre qui ne se prodiguait pas à Lacédémone, cl qui, parlé, devenait infiniment honorable. Le peu qui nous en reste fait connaître que son style était plein de force et de noblesse. Il parait lui-mème transporté de l’ardeur dont il voulait enflammer l’esprit de ses auditeurs.

Tyrtæusque marcs animos in tnartia bella Versibus exacuil1

Dbacos, célèbre législateur des Athéniens". II avait composé un poème de (rois mille vers, intitulé viroOr.vai , dans lequel il donnait d'excellents préceptes pour la conduite de la vie.

Abaris, Scythe de nation , selon Suidas , surnommé par d’autres l’Hyperboréen s. Il composa plusieurs pièces de poésie. On débitait * de lui des fables de la dernière absurdité, auxquelles il parait qu'llèrodote même n’ajootait pas foi. Il se contente de dire que ce barbare avait porté une flèche par tout le monde, et qu’il ne mangeait rien. Iambiique * va plus loin, et prétend qu'Abaris était porté sur sa flèche au travers du l’air, cl qu'il passait ainsi les rivières, les mers, et les lieux les plus inaccessibles, sans être arrêté par aucun obstacle. On dit qu’à l’occasion d’une grande peste qui ravageait le pays des Hyperboréens, il fut député à Athènes par ces peuples.

Chkiuu:''. Il y a eu plusieurs poètes de ce nom. Je parle ici de celui 7 qui , malgré la

* Ilorat. in Art. pocl. [▼. 402.)

* An. M. m 8.

» An. M. ms. - Suidas.

4 Ilcrod. lib. t , ea|». 30,

4 lamb. i.i vit. l’ylbag.

4 An. M. 3070.

i Gratus Aleiandro régi magno fuit ille

Chfriilus, incultis qui versihus et male nalis Rettuiit acceptos. régalé numhma, Philippos Idem rei ille, poema Qui tam ridiculum tara carè prodigus émit,

Edicto vêtait ne quU se, præter Apeliem,

Pingeret. aut alius Ly sippo duceret sera Forlis Alcxandri vultum simulantia.

1 Hou at. epist. 1, lib. 2. [219 sq. ]. )

grossièreté de ses vers sans goût et sans beauté, ne laissa pas d'être estimé et chéri d'Aloxandre, de qui il reçut une aussi grande récompense que s'il avait été un excellent poète. En quoi ce prince, comme le remarque Horace, marquait bien peu dégoût, lui qui d’ailleurs était si délicat en fait de peinture et de sculpture , qu’il avait défendu par un édit à tout autre peintre qu’Apelle de le peindre, et à tout autre statuaire que Lysippede le tirer en airain. Sylla, chez les Komains, en usa aussi libéralement, mais plus prudemmeut qu’Alexandre à l’égard d'un poêle qui lui avait présenté des vers pitoyables. Il lui fit donner une récompense ', à condition qu’ii ne ferait plus jamais de vers : condition bien dure pour un mauvais poète , mais fondée en raison.

Aratcs*. 11 était de Soles, ville de Cilicic. Il a composé un poème 1 fort estimé des savants, sur l'astronomie ; c’est Cicéron qui lui rend ce témoignage : cet ouvrage est parvenu jusqu’à nous. Quintitien en parle moins favorablement. La matière4 qu’il traitait, fort abstraite et froide par elle-même, ne lui a pas permis d’en relever la sécheresse et la monotonie par une agréable variété, ni d'y jeter da feu et de la vivacité par des passions et des harangues. Mais il a tiré de son sujet tout ce qu’on en pouvait attendre, et il l'avait choisi conforme à ses forces. Cicéron , à l'âge de dix-sept ans, avait traduit le poèmed'Aratus en vers latins : il nous en reste beaucoup de morceaux dans le traité de la nature des dieux.

Apollone 5 de Rhodes a composé un poème sur l’expédition des Argonautes : Argonautica.

Il était d’Alexandrie, et avait succédé à Eratoslhène dans la garde de la fameuse bibliothèque, sous Ptolémée Evergèle. Mais comme

> « Juwll ci premium iritiul , ,ub et conditlone oc « quid |K»le« scri berce « (Cic. pro Arck. poetà, n. ü. ) ■ An. H. 3T&.

* « Constat Inter doctos. homincm ignarum aslruîo- * gi*. ornntissimfs atque opliinis versibus Aratum de « cœlo itelibque diiim. » » Id. de Orat. Itb. 1 , n fît». J

4 « Arnti malcria motu raref, ut in qui nuila varie! as , « nullus nfTetius , nuila persona , nuila cujusquam fil a oratio. SulBcit Umcu operi, cui se parcm cretüdil. » (Id. lib. 10. cap. 1.)

• An. M. 3756.

il sc vil maltraite par les autres poètes, qui le chargeaient de calomnies , il se retira à Rhodes , où il passa le reste de ses jours. C'est ce qui lui a fait donner le surnom de Rliotlien.

Ecpuorion de Chalcis '. Anliochus-le- Grand lui confia le soin de sa bibliothèque Virgile eu fait mention dans ses Bucoliques 5.

N icaM) r k de Colophon dans l'Ionie * , ou , selon d'autres, d'Elolie. 11 florissail du temps d’Attale, dernier roi de Pergame. Il a composé des poèmes sur la médecine : et

A'iïÇiyéff/aza ; et quelques-uns aussi sur l'agriculture, que Virgile * a imités dans ses Géorgiques.

Antipater de Sidon”. Cicéron nous apprend qu'il avait un si grand talent et une si grande facilité pour la poésie, que sur-le-champ il faisait des vers hexamètres, ou de telle autre espèce qu'on voulait , sur toutes les matières oui lui étaient proposées. Valére Maxime et Pline 7 rapportent qu'il avait régulièrement la lièvre une seule fois chaque année , toujours au même jour, qui était celui de sa naissance, et qui fut aussi celui de sa mort.

A. Licinius Arcuias , pour qui Cicéron plaida 8. Il avait fait un poème sur la guerre des Cimbres, et eu avait commencé un sur le consulat de Cicéron. On a de lui quelques épigrammes dans l’Anthologie.

Farthemcs vivait dans le même temps9. Il avait été fait prisonnier dans la guerre contre Mithridatc. Virgile l’eut pour maître dans la poésie grecque.

Apollinaire"1, évêque de Laodicée en Syrie. Je ne le considère point ici comme évêque, mais comme un poète qui s'est fort distingué par ses poésies chrétiennes. Julien l’Apostat avait défendu par un édit public à tous

> An. M. 3756.

• ■ Quid? Euphorionem transibimus? quem nisi pro- « bassel Virgilius, idem nunquam certc condiioruin « chakidico versa carminum fecisset in Bucolicis men- « Uonem. » (Quint, lib. 10, cap. 1.)

* Eclog. 10, v. 50.

* An. M. 3852.

* « Quid ? Nirandrum frustra secuti Macer atque Vir- « gilius. » ( Id. ibid. J

• An. 3856. — Liv. 3, de Oral. n. 191.

t Val. Max. lib. 1, cap. 8. - Plin. lib. 7, cap. 5J.

• An. M. 3312.

® Macrob. lib. 5, cap. 17.

*o An. J. C. 362.

i les maîtres d'enseigner aux enfants des chrétiens les auteurs profanes. Le prétexte de cet édit était qu’il ne convenait pas de les expliquer aux jeunes gens en les leur proposant comme de grands personnages, et de condamner en même temps leur religion. Mais les vrais motifs de céttc défense étaient les grands avantages que les chrétiens tiraient des livres profanes pour combattre le paganisme. Cet édit excita les deux Apolliuaires à composer divers ouvrages utiles à la religion.

Le père , dont il s’agit ici , qui était grammairien , écrivit en vers héroïques , et à Limitation d'Homère , l'histoire sainte jusqu'au règne de Saül, en vingt-quatre livres, intitulés des lettres de l'alphabet grec. Il imita Ménandre par des comédies, Euripide par des tragédies, Pindare par des odes; prenant des sujets de l’Ecriture sainte, et suivant le caractère et le style de chaque poème , afin que les chrétiens se pussent passer des auteurs profanes pour apprendre les belles-lettres.

Le (ils, qui était sophiste, c’est-à-dire rhéteur et philosophe, fit des dialogues à la manière de Platon , pour expliquer les évangiles et la doctrine des apôtres.

La persécution de Julien dura si peu , que les ouvrages des Apollinaires furent inutiles; et l'on revint à la lecture des auteurs profanes. Aussi, de toutes leurs poésies, ne nous est-il resté que la paraphrase des psaumes composée par Apollinaire l’ancien , qui eut le malheur de donner dans des sentiments hétérodoxes sur Jésus-Christ.

S. Grégoire de Nazianze, contemporain d'Apollinaire , composa aussi un grand nombre de vers de toute espèce : Suidas les fait monter à trente mille. On n'en a conservé qu'une partie. Iis furent, pour la plupart, l'occupation et le fruit de sa retraite. Quoiqu'il fût pour lors dans un âge fort avancé, on y trouve tout le feu et toute la vigueur que l'on pourrait souhaiter dans les ouvrages d'un jeune homme.

Dans la composition de ses poèmes , qui lui servait à lui-même d’amusement dans sa solitude, et de consolation dans ses maladies, il avait en vue les jeunes gens et ceux qui aimaient les belles-lettres. Pour les retirer des chansons et des poésies dangereuses , il vou-

«•€§» -*ln

lait leur fournir un divertissement , non-seumenl innocent, mais encore utile, et leur rendre la vérité agréable. 11 y a lieu de croire aussi qu'une de ses vues avait été d'opposer des poésies où il n’y eût rien que d’eiact et d’orthodoxe è celles d’Apollinaire, qui étaient mêlées de beaucoup d’opinions contraires à la foi.

C’était rappeler la poésie à son institution primitive que de la faire servir ainsi à la religion. 11 ne traitait dans ses vers que des sujets de piété qui pussent animer, puriüer, instruire, ou élever l'Ame A Dieu. En y proposant aux chrétiens une saine doctrine , il en bannit toutes les ordures et toutes les folies de la fable ; et il aurait cru profaner sa plume que de l’employer A faire revivre dans ses poésies les divinités païennes , que Jésus-Christ était venu abolir.

VoilA quels devraient être nos modèles. Je parle ici d’un saint qui avait toute la beauté , la vivacité , la solidité d'esprit qu’on peut imaginer. Il avait été instruit dans les belleslettres par ce qu’il y avait de plus habiles maîtres dans le paganisme. Il avait lu avec un extrême soin tous les poètes anciens, et l’on en rencontre souvent des traces même dans ses ouvrages de prose. Mais, content d'y avoir pris le bon goût de la poésie, et d'en avoir bien étudié et senti toute la finesse et toute la délicatesse, il n’a jamais employé dans les siennes aucune des divinités profanes ; et ce n’est que plusieurs siècles après qu'elles ont été rappelées dans les poèmes. Ce qui était condamné et défendu dans ces beaux siècles de l’Église , doit-il maintenant nous être permis? J’ai traité ailleurs ‘ cette matière avec quelque étendue.

Pour l’honneur de la poésie et des poètes , je ne dois pas omettre Eüdocie*, fille du sophiste Léonce, Athénien, laquelle, avant qutf d’être devenue chrétienne et d’avoir épousé l’empereur Théodose le jeune , s’appelait Athénaïs. Son père lui avait donné une excellente éducation, et l’avait rendue extrêmement habile. Elle joignait A une beauté de visage extraordinaire une beauté d’esprit en-

1 Dans le Traité tics Etudes.

■ Ai». J C.ttÜ.

core plus grande. Elle fit un poème héroïque sur la victoire que son mari remporta contre les Perses; elle composa beaucoup d’autres pièces sur des sujets pieux. On en doit fort regretter la perte.

SvNésirs , évêque de Ptolémaide , était du même temps. Il ne nous reste de lui que dix hymnes.

J’ai passé sous silence plusieurs poètes dont il est parlé dans les auteurs, mais qui sont peu connus ; et je crains même d’en avoir rapporté encore un trop grand nombre de cette espèce.

Je vais maintenant parler des poètes tragiques et comiques. Mais , comme j’ai traité celte double matière avec assez d'étendue dans le troisième tome de cette histoire, je ne ferai presque ici que marquer le nom de ces poètes et le temps où ils ont vécu.

g II. — Des poites teagiqoes

Tuespis* est regardé comme I’inventenrde la tragédie*. Il est aisé déjuger combien, dans ces premiers temps, elle était grossière et imparfaite. Il barbouillait de fie le visage de ses acteurs et les promenait de village en village sur un tombereau, d’où ils représentaient leurs pièces. Il vivait du temps de Solon ’. Ce sage législateur , assistant un jour A une de ces représentations , dit en frappant la terre avec sa canne : Je crains bien que ces fictions poétiques cl ces mensonges ingénieux ne passent bientôt dans nos actes et dans nos contrats.

Eschyle* commença A perfectionner la tragédie et A la mettre en honneur*. Il donna» scs acteurs un masque, un habit plus décent, une chaussure plus haute appelée cothurne,

' An. M. 3188.

» Igno'urn tragle* penus Inventsse camrpn® Dirltur, et plaostrlt vcitsse poCmala Thrsph, Qum (ancrent agerontque perunctl fatclboi on (Hoeat. de Acte port. [ v. 275. ) )

• Plut, in Solone, pag. 95

< An. 3508

• Pont hune perton» palLrijue regwrMr boooat» Æschçlus, et tnodicis iuilrflvlt pulpila ligni*

Et docuit magnumque toqul, nkiqua «olhuruo-

(Il o il AT iMd. I v. 279 ] j

et leur construisit un petit théâtre. Son style est noble', et même sublime; son élocution grande et élevée, souvent jusqu’à l'enflure.

Dans une dispute publique entre les poètes tragiques , établie à l'occasion des os de Thésée que Cimon’ avait rapportés à Athènes, le pris fut adjugé à Sophocle. Eschyle eut une si grande douleur de voir un jeune poêle venir lui enlever lagloire de primer sur le théâtre dont ii était depuis longtemps en possession, qu'il ne put pas soutenir davantage le séjour d'Athènes. Il en partit , et se retira en Sicile chez le roi Hiéron. U y mourut d'une mort bien singulière. Comme il dormait dans une campagne, la tête nue3, une aigle laissa tomber une pesante tortue sur sa tête qui était chauve , et qu’elle prit pour une roche. De quatre-vingt-dix tragédies qu'il avait composées, il n’y en eut que vingt-huit , et selon d’autres que treize, où il remporta la victoire.

Sophocle et EuRieinK *. Ces deux poètes parurent ensemble \ et illustrèrent beaucoup le théâtre athénien par des pièces également admirables , quoique d'un style bien différent. Le premier était grand , élevé , sublime ; le second tendre, touchant, et rempli de maximes excellentes pour les mœurs et pour la conduite de la vie. Les suffrages du public furent partagés à leur égard , comme ils le sont aujourd’hui parmi nous à l'égard des deux poêles qui ont fait tant d'honneur à notre théâtre , et qui l'ont mis en état de le disputer è celui d’Athènes

g 111. — Des VOKTES COMIQl'ES

Edpolis , Cbatixos et Abistopha.se 6 ont rendue fort célèbre la comédie appelée ancienne, qui a tenu lieu chez les Grecs de satire. Elle possédait dans la dernière perfection ce

■ « TragowJias primus la lacem Æscbjius prolalil, sa- « blirnis, cl gravis, el grandiloquus, sœpé usque ad vb- « lium. » (QoiRT.lib. 10, cap. 1.)

* Plut. In Cim. pag 483.

* Suid.

• An. M. 3532.

5 v Longé clariùs illuslraverunt boc opus Sophocle» at- « que Euripides : quorum in dUpari dicendi vlâ uter slt « poêla meTior, inter plurimos qusrliur. » (Qcnrr.)

• An. M. 3564

qu'on nommait aUicisme , c’est-à-dire ce qu’il y avait dans le style de plus élégant , de plus fin.de plus délicat , dont les autres poésies ne pouvaient approcher. J’en ai parlé ailleurs.

Mésandhk'. Il fut le chef et l’auteur de la nouvelle comédie. Plutarque le préfère infiniment à Aristophane, il admire en lui une plaisanterie douce, fine, délicate, spirituelle, et qui ne s’écarte jamais des règles de la probité la plus austère : au lieu que les railleries d’Aristophane, amères et mordantes , emportent la pièce, déchirent sans aucun ménagement ta réputation des plus gens de bien , et violent avec une impudence effrénée toutes les lois de la modestie et de la pudeur. Quinlilien oc craint point d'avancer que Ménandre a effacé tous ceux qui ont écrit avant lui dans le même genre *, et que, par l’éclat de sa réputation , il a entièrement obscurci leur nom. Mais le plus grand éloge qu'on puisse faire de ce poêle , est de dire que Térence , qui n’a presque fait que copier ses pièces , est regardé par les bons juges comme beaucoup inférieur è son original.

Aulu-Getle3 nous a conservé quelques endroits de Ménandre imités par Cècilius, ancien poète comique latin. A la première lecture il avait trouvé les vers de celui-ci fort beaux. Mais il avoue que , dès qu'il les eut comparés avec ceux du poète grec, toute leur beauté disparut , et qu’ils lui parurent pitoyables.

On ne rendit pas à Ménandre , de son vivant , toute la justice qui lui était due. De plus de cent comédies qu’U fit représenter, il ne remporta la palme que dans buit seulement. Soit cabale et conspiration contre lui \ soit mauvais goût des juges , Philémon , qui ne méritait certainement que la seconde place , lui fut presqae toujours préféré.

Ou a expliqué dans le troisième tome tout ce qui regarde l’ancienne comédie, la moyenne et la nouvelle.

* An. M. 3680. — Plut, in Moral, pag. 853.

* « Atque ille quidem omnibus ejusdem operis aurto- « ribus abslulil nomrn , et fulgore quodam sus clarilatis n lenebras obduxil. » (Quirt. lib. 10, cap. I. )

> Lib. 2, pag. 43.

4 « Pbilemon, ut pra\is suilemporis judiciis Menandro « sepé prslatus est , ila consensu omnium meruil credl « secundus. » (Ibid.)

g IV. — De* POETES tAlfSIQCU.

Abchiloqie ', natif de Pnros, inventeur îles vers ïambes , vivait du temps de Cnndaulc, roi de Lydie. Voyei ce qui en est dit au commencement du tome second.

Hipponax était natif d’Éphèsc*. En ayant été chassé par les tyrans qui y dominaient , il alla s'établir 6 Clazoménes. Il était laid, petit et menu : mais sa laideur a servi à l'immortaliser ; car il n’est guère connu que par les vers satiriques qu'il composa contre deux frères sculpteurs , Bupalus et Athénis , qui avaient fait sa figure la plus ridicule qu’il leur avait été possible. Il lança sur eux une grêle de vers si mordants et si violents, que, selon quelquesuns , ils se pendirent de dépit. Mais Pline observe qu’on avait d’eux plusieurs statues faites depuis ce temps-là. On attribue à Hipponax l’invention du vers scazon, où le spondée a pris la place de l’iambe . qui se trouve toujours au dernier pied du vers qui porte ce nom.

g V. — Df.8 POETES LYRIQUES.

On appelle poésie lyrique celle qui était faite pour être chantée sur la lyre ou sur d’autres instruments pareils. Ses compositions se nomment odes , c'est-à-dire chants, et se distribuent en strophes ou stances.

Le but de la poésie est de plaire à l’imagination. Mais si les différents genres de poésie , comme l’idylle , l'élégie , le poème épique , vont à ce but par des moyens différents, l’ode y parvient plus sûrement, parce qu’elle les embrasse tous, et que, de même qu'un fameux peintre rassembla autrefois dans une seule figure tout ce qu'il avait remarqué de plus gracieux et de plus achevé dans plusieurs belles personnes , de même l'ode rassemble en elle seole toutes les différentes beautés dont les différents genres de poésie sont susceptibles. Mais elle a encore quelque chose de plus qui n'appartient qu’à elle, et qui fait son véritable caractère. C'est l’enthousiasme; et par là les poètes croient pouvoir encore la comparer à cette Junon d'Homère , qui emprunte la

• An M. iwso.

• An. M. au». - Sulilis t.

ceinture de Vénus pour se rendre toute gracieuse, mais qui est toujours la reine des dieux , distinguée par un nir de grandeur qui lui est particulier, par sa fureur même et son emportement.

Cet enthousiasme se sent mieux qu'il ne peutse définir. Quand un écrivain en est saisi, son esprit s’échauffe, son imagination s’allume, toutes les facultés de son âme se réveillent pour concourir à la perfection de sou ouvrage. Tantôt les pensées nobles et les traits les plus brillnnts , tantôt les images teudres et gracieuses se présentent à lui en foule. Souvent aussi la chaleur de l’enthousiasme s’empare tellement de son esprit , qu’il n'en est plus le maître; et pour lors il s'abandonne à cette vive impétuosité et à ce beau désordre, infiniment supérieur à la régularité de l’art la plus étudiée.

Ces différentes impressions produisent des effets différents : des descriptions quelquefois simples et pleines de douceur et d’agrément, quelquefois riches, nobles et élevées; des comparaisons justes et vives ; des traits de morale lumineux; des endroits heureusement empruntés de l'histoire ou de la fable , et des digressions mille fois plus belles que le fond de son sujet. L’harmonie, l'âme des beaux vers , ne se fait point dans ce moment chercher par le poète. Les expressions nobles et les cadences heureuses s’arrangent toutes seules, comme les pierres sous la lyre d’Amphion, rien ne ressent l’étude ni le travail. Les poésies-qui sont le fruit de l'enthousiasme ont un tel caractère de. beauté, qu’on ne peut ni les lire ni les entendre sans être échauffé du même feu qui les a produites; et l'effet de la musique la plus parfaite n’est ni si sûr ni si grand que celui des vers nés dans le feu de la fureur poétique.

Ce petit morceau , que j'ai tiré du commencement de la courte mais éloquente dissertation de M. l’abbé Fragoier sur Pindare, suffit pour donner une juste idée de la poésie lyrique , et en même temps de Pindare , qui lient le premier rang parmi les neuf poètes grecs qui se sont distingués par cette sorte de poème , et desquels il me reste à dire un mot.

Il est parlé dans Plutarque de Tualès 1

t An. M. 3115.

qui Lycurgue 1 persuada de s'aller établir à Sparte*. C'était un poète lyrique (il n'est point du nombre des neuf ) : mais , sous préteite de ne composer que des chansons , il faisait en effet tout ce que les plus graves législateurs auraient pu faire : car toutes ses pièces de vers étaient autant de discours qui portaient les hommes à l’obéissance et a la concorde, par le moyen de certaines mesures si harmonieuses et où il y avait tant de justesse , tant de force et tant de douceur , qu'insensiblcmenl elles adoucissaient les mœurs de ceux qui les entendaient , et les portaient à l'amour des choses honnêtes, en faisant cesser les animosités et les haines qui régnaient entre eux. Ainsi, par les attraits et les charmes d’une poésie mélodieuse il prépara les voies à Lycurgue pour l'instruction et la correction de ses citoyens.

Alcman était de Sardes en Lydie3. Son mérite le lit adopter par les Lacédémoniens, qui lui accordèrent le droit de bourgeoisie , dont il se félicite lui-même dans ses vers comme d'un honneur singulier. Il florissait du temps d’Ardus , Bis de Gygès , roi des Lydiens.

Stésichore ‘était d'Himèrc, ville de Sicile *. Pausanias5 raconte que ce poète, ayant perdu la vue en punition des vers mordants qu'il avait faits conlre Hélène, ne la recouvra qu’après avoir rétracté ses médisances par une nouvelle pièce contraire à la première, ce qu'on appela depuis palinodie. Quintilien* dit qu’il chanta des guerres considérables et d’illustres héros , et qu'il soutint sur la lyre la noblesse et l’élévation du poème épique. Horace lui donne le même caractère par une seule épithète, Stesichorique graves carnæmt.

Alcée’. Sa patrie était Mitylène, ville de Lcsbos : c’est de lui que le vers alcalque a tiré son

• Plut In Ljcarg. pas 41.

• Plutarque parait confondre le Thalès dont II s'agit ici avec Thaïes de Slilet . l'un des sept sages, qui lui était postérieur de plus de 230 ans.

• An. M. 3324. — Plut, de exil. pag. 599

‘ An. M. 3392.

• Pausan. in Laeon. pag. 220

a a Slesicttorum , quàm ait tngenio validus , roalerl» « quoque ostendunt , mailing belia et clarlssimos canenn i en duces, et eplci canninis onera lyrâ suilinentem. » Lib. 10. eap. 1.)

s An. M. 3400.

nom. Il fut l'ennemi déclaré des tyrans de Lesbos, et en particulier de Piltacus, qu'il ne cessa de déchirer dans ses vers*. On dit que dans un combat où il se trouva, saisi de frayeur, il jeta bas ses armes, et se sauva par la fuite. Horace* raconte de lui-même une pareille aventure. Les poêles se piquent moins de bravoure que de bel-espril. Quintilien 3 dit que le style d'Alcée était serré, magnifique, châtié ; et ce qui met le comble K son éloge, qu'il ressemblait fort à Homère.

Sapho. Elle était du même lieu et vivait du même temps qu'Alcée. Le vers sapliique lui doit son nom. Elle eut trois frères, Larychus, Eurygius et Charaxus. Elle célébra extrêmement le premier dans ses vers, et au contraire déchira Charaxus, parce qu’il aimait éperduement une courtisane appelée Rhodope : c’est cette Rhodope qui fit bâtir une des pyramides d’Egypte.

Sapho avait composé un assez grand nombre de pièces, dont il ne nous en reste que deux, qui font juger que les louanges que lui ont données tous les siècles pour la beauté, la tendresse, le nombre, l’harmonie et les grâces infinies de ses vers, ne sont point sans fondement. Aussi lui donna-t-on le nom de dixiéme mute; et ceux de Mitylène firent graver son image sur leur monnaie.

Il serait à souhaiter que la pureté de ses mœurs eût répondu à la beauté de son génie , et qu’elle n'eût pas déshonoré son sexe et la poésie par ses vices et par ses dérèglements.

On dit qu’au désespoir et furieuse de l’opiniâtre résistance que Phaon, jeune homme de Lesbos , opposait à scs désirs, elle se précipita dans la mer du haut du promontoire de Leucade en Acarnanie : remède employé assez ordinairement dans la Grèce par ceux qui étaient malheureux dans leur passion.

Anacréon 4. Ce poêle élait de Téos , ville d'Ionie 5. Il passa beaucoup de temps i la cour

* Herod. Ub. 5, n. 05.

* Tecum Phillppos et celerem fugam Sens! , reliclâ non benè parmulâ.

(Od. 7,Hb. 2.)

i « In eloquendo, brevis, et ma gniiieus . et diiigetis , « plcrumque llomero similis, a ( Lib. 10, cap. 1. )

* An. M. 3M2.

i Herod. lib. 3. cap. 121.

de Polycrate, ce tyran de Samoa, fameux par ; la prospérité constante de sa vie et par sa fin tragique ; et il fut non-seulement de tous ses plaisirs, mais encore de son conseil. Platon | nous apprend qu’Hipparquc', l'un des fils de Pisistrate , envoya un vaisseau de cinquante rames à Anacréon, et lui écrivit fort obligeamment pour le conjurer de vouloir bien venir à , Athènes, où ses beaux ouvrages seraient estimés et goûtés comme ils le méritaient. On dit que la joie et le plaisir faisaient son unique étude, et ce qui nous reste de ses pièces en fait ; foi. On voit partout dans ses vers que sa main écrit ce que son cœur sent. Leur délicatesse se fait mieux sentir qu'on ne peut l'exprimer. Kien ne serait plus estimable que ses poésies , si elles avaient un meilleur objet.

Simomde *. Il était de l’tle de Cée, une des 1 Cycladcs , dans la mer Égée. Il écrivit, dans le dialecte dorique, le fameux combat naval I de Salaminc. Son style * était délicat, naturel, ! agréable. Il était touchant, et excellait è exci- i ter la compassion : c’était là son talent propre , et personnel, par où les anciens l'ont caractérisé.

Paiilùm quidlibel nlloculionis Mk*üus lacrymis Siraonideli V

Horace en parle de même :

Sed ne relictls, musa procax , jocls ,

Cec rétractés rnunera næniæ ».

In vers'. Nous ne connaissons de lui que son nom, et il reste de lui peu de fragments.

Baccuylide ’. Il était de l’ile de Cée, fils d’un frère de Simonide. Hiéron préféra ses j poëmcs à ceux de Pindare dans les jeux pythiens. Ammicn Marcellin dit que la lecture

• InHIpp. psg. 2Mel*39.

•An. M.34U.

» « Simooides tenais , alioqul sermone proprtoetjn-

cundiuite ijuâdnm commendari potest. Prscipua la mon | « ejus in commovendà rniseralione virtus, ut quidam in 1 « hac eum parle omnibus ejusdem operis auctoribus pr*- « ferant. » (Quiwt lib. 10, cap. 1. )

« Calufl.

• Ltb.ï.od.l.

■ An. M. 3W1. I

de ce poète faisait les délices de Julien-rAposlat.

Pindare1 . Quintilien le met à la tête des neuf poètes lyriques de la Grèce. Ce qui fait son mérite personnel et son caractère dominant , c'est cette noblesse, cette grandeur, cette sublimité, qui l’élève souvent au-dessus des règles ordinaires, auxquelles il ne faut pas exiger que les productions des grands génies soient servilement assujetties. On voit dans ses odes un effet sensible de cet enthousiasme dont j’ai parlé d’abord. Il pourrait même y paraître un peu trop de hardiesse, si un mélange de traits plus agréables n’y servait d'adoucissement. Le poète l’a bien senti ; et c’est ce qui lui a fait de temps en temps répandre des fleurs à pleines mains, en quoi sa rivale, la célèbre Corinne, lui a même reproché l’excès.

Véritablement Horace * ne le loue que par le caractère de sublimité. Selon lui, c’est un cygne qu'un effort impétueux et le secours des vents élèvent jusque dans les nues : c’est un torrent qui , grossi par l’abondance des eaiix renverse tout ce qui s'oppose à l’impétuosité de son cours. Mais, à le regarder par d’autres endroits, c'est un ruisseau paisible, dont l'eau claire et pure coule sur un sable d’or entre des rives fleuries. C’est une abeille qui, pour composer son nectar, ramasse sur les fleurs ce qu'elles ont de plus précieux.

Son style est toujours proportionné à sa manière de penser, serré, concis, et sans trop de liaison dans les mots : l’esprit en découvre assez dans la suite des choses qu’il traite, et les vers en ont plus de force. Le soin d’ajuster des transitions ne ferait que ralentir le feu du poète en donnant à l’enthousiasme le temps de se refroidir.

En parlant, comme j’ai fait, de Pindare, je ne prétends pas le donner pour un auteur sans défauts. Il en a, qu’il est difficile d’excuser ; mais le nombre et la gra ndeur des beautés qui les accompagnent doivent les couvrir et les fbire presque disparaître. Il fallait qu’Horaee , bon juge en toute matière, mais surtout en celle-ci, eût conçu une hauto idée de son mérite, puisqu’il ne craint point de dire qu’on ne peut, sans une témérité visible , prétendre

• An. H 35%.

’ Au. M 3:5 A

t > l Lil>. t, ml. 2. |

régaler. Pindarum quisquis sludet œmulari, etc.

Pindare 1 eut une dangereuse rivale dans la personne de Corinna, qui se distingua dans le même genre de poésie que lui, et qui lui enleva cinq fois la palme dans les disputes publiques. Elle fut surnommée la muse lyrique.

Alexandre-le-Grand *, lorsqu’il ruina la ville de Thébes, patrie de notre illustre poète, rendit, longtemps après sa mort , un juste et glorieux hommage à son mérite dans la personne de ses descendants, qu'il discerna du reste des citoyens de cette ville malheureuse, et dont il ordonna qu'on prit un soin particulier.

J’ai parlé ailleurs de quelques ouvrages de Pindare , à l’occasion d’Hiéron : on peut consulter l’endroit.

g TI. — Des portes fcLt&iAoees.

Élégie, selon Didyme, vient de l iXi-/ut,dire hélas 1 selon d’autres, de ilto» Xrym , dire des choses louchantes. Les Grecs , dont les Latins ont suivi l'exemple, composèrent leurs poésies plaintives , leurs élégies , en vers hexamètres et pentamètres entrelacés. Depuis, toute pièce écrite en vers hexamètres et pentamètres a été appelée élégie, quel qu’en fut le sujet, gai ou triste.

Verslbus trapariler J une II» querlmonia prirnàm ,

Moi etlam Inclut» est volt Mutent!» compo»>.

Il ne nous reste aujourd’hui aucune élégie grecque, prise dans le premier sens, si ce n'est celle qu'Euripide a insérée dans son Audromaque, qui ne contient que quatorze vers. On ne sait point qui est l’inventeur de l’élégie.

Qui» tamen cilguot elegos cmiimt auctor Grammatlcl écriant, et atjhuc sub Jurfîce II» est ».

Comme elle était destinée, dans sa première institution , aux gémissements et aux larmes ,

elle ne s'occupa d'abord que de malheurs et d’infortunes. Elle n’exprima d’autres sentiments, elle ne parla d’autre langage que celui de la douleur. Négligée, comme il sied aux personnes affligées , elle cherchait moins à plaire qu'à loucher : elle voulait exciter la pitié, et non l’admiration. Ensuite on l’employa à toutes sortes de sujets, et surtout à la passion de l’amour. Mais elle retint toujours son même caractère , et se souvint de sa première origine. Ses pensées furent toujours naturelles et éloignées de toutes recherches d’esprit , ses sentiments tendres et délicats, ses expressions simples et faciles ; et toujours elle conserva cette marche inégale dont Ovide lui fait un si grand mérite ( in pedibus vitium causa decoris eral J, et qui donne à la poésie élégiaque des anciens tant d'avantage sur la notre.

Périandre, Pittacus, Solon, Cltïlon, Hippias, écrivirent en vers élégiaques leurs préceptes de religion , de morale , de politique : en quoi ils eurent pour imitateurs Théognis de Mégare et Phocylide. Plusieurs des poètes dont j’ai parlé jusqu’ici ont composé aussi quelques élégies ; mais je ne rapporterai ici que ceux qui se sont appliqués particulièrement à ce genre de poésie, et je n'en choisirai qu'un petit nombre.

Gaixinüs. II était d’Éphèse'. C’est un des plus anciens poètes élégiaques. On conjecture qu’il florissait vers le commencement des olympiades.

MiHSTRurs, de Colophon, ou deSmymc*.

Il était contemporain de Solon. Quelques-uns le font inventeur du vers élégiaque. Du moins il lui donna sa perfection , et peut-être fut-il le premier qui transforma l’élégie des funérailles à l’amour. Les fragments qui nous restent de lui ne respirentquela volupté, et c’est sur ce pied qu’Horace en parle.

Si , Mimnermus uti «met , ilne «more joelsque

Nil e«l Jucundum , rivas In «morejod«|ue >.

Simonide* , dont les vers étaient sHouchants ,

> JE Han. lib. 13, cap. 25.

• Plut, in Alex. pag. 872 s floral. In Art. poel. (75. ) » Iloral. In art. poet.

An. M. 3230 An. M. 3U».

Iloral. lib. I. Epist. 6. [V. 65. ]

An. M. 3»H.

pourrait ('Ire rangé parmi les poètes élégiaques; mais je l’ai placé ailleurs.

Piiilètas île Cos, el Callisiaqck de Cyrène vécurent tous deux à la cour de Ptolémée Philadelphc , dont Pliilélas fut certainement pré- ] copieur, et Callimaque, à ce qu’on croit, bibliothécaire. On regardait celui-ci comme le maître de l’élégie, et celui qui y avait le mieux réussi * : eujtij (eltgiœ) princeps habetur Cal- | limachus; et on donnait le second rang à Philétas : secundas, confessione plurimorum, Philœtas occtipavit.

Voilà le sentiment de Quintilien. Mais Horace parait déférer le rang à Mimnermus audessus de Callimaque.

Si plus adposcere visus.

Fil Mimnermus, cl opiivocognomine crescll*.

Callimaque avait embrassé tous les genres de Idlérature.

g VII. — Des POETES, ACTEUB» D’LPJGUAMMES.

L’épigramme est une espèce de poésie courte , susceptible de toutes sortes de sujets , qui doit finir par une pensée vive, nette el juste. Ce mol , en grec , signifie inscription. Celles que les anciens mettaient aux tombeaux , aux statues , aux temples , aux arcs de triomphe , étaient quelquefois en vers, mais dont le caractère était une grande simplicité. On a depuis attaché ce nom à l’espèce de poésie dont je parle. L’épigramme est renfermée ordinairement dans un petit nombre de vers : quelquefois pourtant on lui donne plus d’étendue.

J’ai dit que celte poésie était susceptible de toutes sortes de sujets. Cela est vrai, pourvu qu’on ait soin d’en écarter toute médisance et toute obscénité.

La liberté que les poètes comiques s’étaient donnée ù Athènes d’attaquer hardiment les citoyens les plus considérables el les plus vertueux ■> , donna lieu à une loi qui défendait de

■ Ail. XI. 37-21.

* Quinlil. Hb. 10, cap. 1.

s 1,1b. 2, Ep. 2, [v. 101.]

Page 1