HORACE
Horace ( Quintua Horatius Flaccus) était de Vénuse, et, comme il le dit lui-méme, fils d’un affranchi. Il naquit l’an de Rome 688\
Son père 4 , quoique simple affranchi , et d’une fortune très-médiocre, prit un soin particulier de son éducation. Des officiers riches et accommodés se contentaient d'envoyer leurs enfants chez un matlre qui apprenait à lire, à écrire et à compter. Le père d'Horace, qui reconnut en son fils un fonds d'esprit capable des plus grandes choses, eut le courage de le mener lui-mème à Rome pour lui donner une éducation telle que les chevaliers et les sénateurs la donnaient à leurs enfants. A voir la manière dont le jeune Horace était vêtu, et les esclaves qui le suivaient, on l'eût pris, ditil lui-méme, pour un riche héritier d'une longue suite d'ateux opulents ; et cependant son père n'avait pour tout bien qu’une petite terre. Peut-être excédait-il eu ce point: mais
* Sueton. In Calig. cap. 51.
* Lamprld. in Alex. Sev.
a An. M 3Ü10.
« llorai. lib. 1, lût. C.
qui oserait le condamner? Il ne craignit point de se ruiner ni lui ni son fils en employant tout son revenu â le faire bien instruire, eomp tant qu'une bonne éducation était le meilleur patrimoine qu'il pût lui laisser. Il fit plus , et . prenant la peine de le garder lui-même, il lui servit de gouverneur , cl l'accompagnait chez tous ses maîtres.
IpM mlbl cuilos IneorrupUssimus omnci Orcum doctorcs aderat.
On est charmé de voir le respect et la vive reconnaissance qu'IIorace fit paraître pendant toute sa vie pour un tel père. « I’ar ses soins, a dit-il , il m'a conservé la pureté , qui est le « premier fondement de la vertu ; et il m’a « garanti non-seulement de toute action dés- « honnête, mais encore de tout reproche et de « tout soupçon. » Que les jeunes gens pèsent bien ces paroles , et qu’ils se souviennent que c’est un païen qui pense et parle de la sorte.
Quid mulUi? Pudlcum Qui prlmus vlrtuila honos. servavllab omnl Non solùm faclo, verùin opprobrio quoque turpl.
Le père d'Horace, quoique sans lettres et sans érudition , n’était pas moins utile à son fils que les maîtres les plus habiles qu'il pouvait entendre. 11 le formait en particulier1, l’instruisait familièrement, et s’appliquait â lui inspirer de l’horreur pour les vices, en les lui rendant sensibles par des exemples. S’il voulait le détourner de quelque mauvaise action : Pourrais-tu , lui disait-il , douter si l'action dont je veux t’èloigncr est contraire à la vertu et à tes véritables intérêts , pendant qu’un tel qui l’a faite, s'est absolument décrié, que cet autre, par scs débauches, a ruiné son bien et sa santé ( et c’était ici que venait le coup de satire ) ? S'il voulait au contraire le porter à faire quelque bonne action, il lui citait quelqu'un qui l'avait faite avec succès ; et il choisissait toujours les principaux d'entre les sénateurs et les plus gens de bien Cette manière d'instruire les jeunes gens a son utilité, pourvu qu'elle ne dégénère point
■ L. 1, ut. ».
en médisance et en satire. Les exemples 1 font bien plus d'impression sur l’esprit que tous les discours et toutes les moralités. C’est aussi de cette sorte que Déméa instruit son fils dans les Adelphe i de Térence.
Nlbil pretermitto, eostuefaelo. Denlque luaplcere lanquam In spéculum in «lus omnium Jubeo, atque es allia sumerc eaemplum sibi.
Hoc (10110, et boc tugilo , etc. •
« Je n’oublie rien , je l’accoutume peu à peu « à la vertu. Enfin je l’oblige 4 regarder , « comme dans un miroir , dans la vie des au- < très, et à apprendre par leur exemple , h « faire le bien et è fuir le mal.
Si l’on en croit Horace , c’est 4 ces instructions paternelles, reçues avec attention et docilité, qu’il était redevable de se voir exempt de grands défauts.
El hoc ego saqus ab lllis
Pernlciem quec unique ferunt, mediocrlbus, et quels
Ignotcas, vitils teneor.
Mais c’est aussi à ces mêmes leçons qu'il attribue, soit par plaisanterie ou autrement , le goût satirique qui lui resta toute sa vie.
Il ne pouvait se lasser d’adfnirer son bonheur d'a.voir eu un tel père, et il en parle avec une reconnaissance qu’on ne peut assez estimer1. «Jamais je n’aurai honte d'un si bon père
• tant que je saurai penser. Jamais je ne sui- « vrai l’exemple de la plupart des gens, qui, « pour excuser la bassesse de leur naissance, « ont soin d’observer que, s'ils n’ont pas eu « des pires illustres, cela ne vient pas de leur « choix. Je parle et pense bien autrement; « car, si la nature nous permettait de recom- « mencer notre vie depuis un certain nombre
• d’années, et qu’elle nous donnit la liberté « de choisir les pères de qui nous voudrions « naître, je laisserais chacun choisir au gré « de sa vanité; mais, pour moi, content de « ceux que j’ai, je n’en irais point prendre au « milieu des faisceaux, ni sur les sièges curu- « les. >
1 « Longum lier esl per prreepu , bnve et etBcal per « eiempU. ■ (Ses. Ub. 1, Epitt. 6. )
1 Act. 3, sc. 3.
i Lib. f, Ht. 0
Nil me pomltaal uoom palris hujui ; coque Non . ut magna dois ractum negat eaae suo pan, Qudd non Ingenuoa habeat elarosque parentes,
Sic me de(endam. Longé raea dUcrrpat iaili Et «ol et raUo. Nam. ai nautra jnberet A certia ooni» atvum remeare peraelom,
Atque alios legere ; ad faatnm quosrumque parent» Optaret aibl quiaque : mêla cotueMiu , bonntot Faaclbua et aeJIH noüem mlhi sumere.
Il faut avouer qu’il y a bien de la bassesse d’esprit 4 rougir de celle de sa naissance.On a remarqué sans doute que la plupart des illustres écrivains que j’ai cités jusqu’ici étaient d’une condition obscure, et que beaucoup même avaient été esclaves. Est-il jamais tombé dans l’esprit d’aucun homme sensé d'en faire pour cela moins de cas? La noblesse, les richesses, les grandes places peuvent-elles entrer en comparaison avec les talents de l’esprit, et sont-elles toujours une preuve du mérite?
Quand Horace fut arrivé 4 l'Age d’environ dix-neuf ans*, sou père l’envoya étudier 4 Athènes: car il ne le laissa aller et ne le voulut perdre de vue que quand il fut en Age de se conduire lui-même et de se préserver de la corruption qui régnait alors. Il avait été instruit 4 Home dans l'étnde des belles-lettres, et s’y était formé le goût principalement par la lecture d'Homère. Il passa à des connaissances plus élevées dans la Grèce, et s'attacha 4 l'élude de la philosophie. 11 parait que celle élude lui plaisait beaucoup, et il regretta fort de quitter plus tût qu’il n’aurait souhaité an séjour si agréable. Brutus, passant par Athènes pour aller en Macédoine, emmena avec loi plusieurs jeunes gens, au nombre desquels était Horace. Il le fit tribun des soldats. Horace avait demeuré 4 Athènes quatre ou cinq ans.
Borne nolrlri mlhl contigit, atque doceri 1 râlas Gratis quantum nocuisKl Arbillea.
Adjetcre boue paulù plus artis Athrn* ,
Scillcet ut possem cunro diguoscere rectum ,
Atque Inter ajlvaa Academt quarere vçrum.
Dura sed emovere loco me tempora grato , Clvlllsque rudem belll mut Mut In arm a,
Casarls Augusti non respousura lacertit *.
Un an après sc donna la bataille de Phi-
> Alt. M 3 560
• Ub. ï , Eplst. X.
lippes, où notre jeune poêle, qui n’était pas né pour ies armes, ne fit pas preuve aussi de bravoure, ayant pris te fuite, et abandonné son bouclier, comme il l’avoue lui-ménae.
Tecum Philippe* fl eeierem régira Senst , relie!» uon beoé pinnal».
Horace, à son retour, ne fut pas longtemps sans être connu de Mécène. Ce fut le bon Virgile, car c'est ainsi qu’il l’appelle, optimus Virgiliut, qui le premier parla à son patron de ce mérite naissant. Varius ensuite vint à l’appui et ie seconda. Horace fut mandé. Quand il parut devant Mécène, le respect pour un seigneur si puissant, et la timidité qui lui était naturelle, lui lièrent si bien la langue, qu’il ne parla que fort peu, et à paroles enlrecoupèes. Mécène lui répondit en peu de mots. Comme c’est la coutume des grands, après quoi Horace se relira. Neuf mois se passèrent sans qu’il entendit parler de rien, et sans que de son côté il se donnât aucun mouvement. On aurait pu croire que Mécène, pett content de ce premier abord, qui n'as ail pas, ce me semble, montré un homme fort spirituel, né songeait plus, à Horace, Quand cet espace fut écoulé, il le rappela, et le mit au nombre de ses amis : ce sont les termes d’Horace; et depuis ce temps-là il fut admis à une intime familiarité.
JVulla etenlm tnlhl le for* obtallt. OpUmu* ollm Vlrgiliu*. poil hune Vartui, dire re quid ereera.
Ut veut corara, «Ingultlm pioci loculu»,
( luTans Basique pudor prohibe bal plura profarl ;) Non ego me, eto.
Sed quod eroro. nareo. Beapoode». ul tou» est moi. Panes. Atwoielretocainono poil «Bensc.jutiesque Eue In amkorura numéro.
Nos manières ne souflriraiént pas qu’un homme de lettres, à peine connu encore, se dft ami d'un aussi grand seigneur qu’était Mécène. 11 y avait chez ces anciens plus de simplicité, mais en même temps plus de noblesse et de grandeur. La langue latine, qui était née .Ui.u le æin de la liberté, n’avait rien de ser-
« Lih. 2, od. 7.
> Lit) 1, sut. 0,
vile et n’admettait aucun de ces compliments dont la nôtre est pleine : jubé* tut ro amicorum numéro.
Mate ce que j’admire ici, c'est ie généreux procédé de Virgile. 11 connaissait le mérite du jeune poète. H lui voyait un génie propre à réussir à 1a cour, comme l’événement le fit voir. 11 pouvait craindre de se donner en sa personne un rival dangereux, qui, partageant d’abord avec lui la faveur de leur commun protecteur, pourrait bien ensuite le supplanter entièrement. Virgile n’eut aucune de ces pensées, qui ne conviennent qu’à une Sme basse, et qu’il aurait cru avec raison injurieuses à son ami, et encore plus à Mécène : car il n’en était pas de te maison de ce favori comme de celles de 1a plupart des grands seigneurs et des ministres, où chacun ne songe qu’à ses propres intérêts, où le mérite des autres fait ombrage, où tout se conduit par cabale et per de sourdes menées, où 1a bonne foi et l'honneur sont peu connus, et où souvent les plus noirs desseins sont cachés sous les dehors de l'amitié la plus affectueuse. Ce n'est pas ainsi, disait Horace à un homme qui lui promettait, pour peu qu'il voulût lui donner d’accès auprès de Mécène, qu'il le metirait en état de supplanter bientôt tous les autres : « Ce n’est pas ainsi que l’on « vit chez Mécène. 11 n’y a jamais eu de maia son plus intègre que la sienne, ni plus éloi- « gnée de toute cabale et de toute intrigue. « Là un plus riche ou un plus savant ne fait a ni tort ni ombrage aux autres. Chacun a sa « place et en est content. »
Nonlilo TivlmiuilUc.
Qao tu reee. modo. Porno* hic nee purlor ulUfft, Nec magi» fais aliéna malb. Nil ml offieil unquàm, Diliof hic, aol cal quia doclior. Est locus uni- Culque suus.
Mécène, dès le» commencements, rendit d’utiles services à Horace auprès du prince, contre lequel il avait porté les armes dans l’armée de Bru tus. Il obtint son pardon, et loi fit restituer ses revenus qui avaient été confisqués. Depuis ce temps-là Horace commença à entrer dans la familiarité de Mécène, et à être admis dans sa confidence & dans ses plaisirs. Il l’accompagna dans le voyage qu’il fit à
I Ul). 1, SM. 0.
Brunduse, comme il parait par la satire cinquième du premier livre.
La réputation et le crédit d'Horace augmentaient tous les jours par- les pièces de poésie qu'il publiait, tant sur les victoires d'Auguste que sur des événements particuliers, et sur d'autres matières différentes, soit odes, ou satires, ou épitres.
Le poète Quiniilius Varus, parent de Virgile, étant mort , Horace lèche de consoler son ami par l'ode vingt-quatrième du livre premier.
Ergo Quintilium perpetuus sopor Urgel! cul . pudor, et justili® soror,
Incorrupla üdes, nudaque veritas,
Quandô ullum Inventent parcm ?
Mullisille quidem flebilis occidit,
Nulli flebilior quà libl . Vlrgili.
Tu frustra plus, heu ! non ila creditum PoscU Quinliütun deos.
Quand Virgile lui-même partit pour la Grèce, dans le dessein d'employer le repos qu'il y allait chercher pour revoir son Enéide, et y mettre la dernière main, Horace composa à l'occasion de ce voyage une ode pleine de vœux qui malheureusement ne furent pas eiaucés. C'est la troisième du premier livre.
Sic te, dira potens Cyprt,
Sic fratres Helena , luelda sidéra ,
Venlorumque regat paler,
Obslriclig aliis, prster Iapyga,
Navls, que tibi creditum
Debes Virgilium : finibus atticis
Reddas Incolumem, precOr,
Et serves aoitnx dimldium mcæ.
On peut juger de la tendre amitié de Mécène pour Horace par ce peu de mots qu’il écrivit à Auguste dans son testament : Je tout conjure de vous souvenir d’Horace comme de moi-même. Auguste lui offrit la charge de secrétaire du cabinet, et écrivit pour cet effet à Mécène de cette manière : Jusqu’ici je n’ai eu besoin de personne pour écrire mes lettres à mes amis ; mais aujourd’hui que je me vois accablé d'affaires et infirme , je souhaite que cous m’ameniez notre Horace. Il passera de
votre table à la mienne 1 , et il m’aidera à foin mes lettres. Horace, qui aimait fort sa liberté, ne crut pas devoir accepter une offre si hoixK râble, mais qui l’aurait fort gêné, et s'excusa sur ses infirmités vraies ou supposées. Le prince ne fut nullement choqué du refus qu'Borace fit de cette charge, et n’eu fut pas moins de scs amis. Quelque temps après il lui écrivit en ces termes : Uses-en à mon égard avec (iberté', comme si vous étiez mon commensal; cette qualité vous en donne le droit. Vous savez bien que je voulais que vous vécussiez arec moi de cette manière, si votre santé Ceùt permis.
Combien de réflexions ce récit nous fournirait sur la bonté d’Auguste, sur la franchise d’Horace, sur la douceur du commerce qui régnait alors dans la société, sur la différence des mœurs anciennes avec les nôtres ! Un secrétaire du cabinet 4 table avec un empereur! Un poète qui refuse cet honneur sans que l’empereur s'en trouve offensé!
Horace ne se plaisait qu'à ses maisons de campagne, soit dans le pays de Sabine, soit i Tivoli; où, libre de soins et d'inquiétudes, il goûtait dans une agréable retraite toute la douceur du repos, unique objet de ses vœux.
O rai qoandO ego le uplciam I quant) Aquc lieeDil Nuire veleram librli, nunc somno el Inerllbus borii Ducerc sollicite jucunda oblivla vil*!
La cour, qui plaît tant aux ambitieux, n'était pour lui qu'un exil et une prison. Il ne comptait vivre el respirer que quand il retournait 4 sa chère campagne, où il se trouvait plus heureux que tous les rois de la terre.
1 Le telle porte : veniet igitur ab istd parattiai mensâad hancregiam. a il passera de votre table, où « Il n'est que parasite , à cette labié royale, » La plaisanterie d'Auguste roule sur ce qu'Horace n'était point de la maison de Mécénc ; et. par conséquent , n'avait point droit de manger à sa table. Le mol de parasite est déshonorant dans notre langue.
* « Sume tibi allquid jurls apud me , tanquam si coo- « Victor mihi fueris. Rectè enlm et non iemcrè fecerin « quoniam id usùs mihi tecum esse volui , si per valetu- « dioem luam fier! posset- » ( Subtoi». in Vit à Virg.)
Vivo et regno , simul ista rellqul ,
Que vos ad cœhun efferlls claraore secundo.
Il mourut sous le consulat de C. Marcius Ccnsorinus et de C. Asinius Gallus1, âgé de cinquante-sept ans, après avoir nommé Auguste son héritier devant des témoins, la violence de son mal ne lui ayant pas donné le temps de signer son testament. Il fut enterré à 1 extrémité des Esquilles, joignant le tombeau de Mécène, qui était mort la même année peu de temps avant lui. Il avait toujours souhaité de ne pas lui survivre, et semblait même s’y être engagé par un serment.
Ah! irmcc >1 partent anima raptt Halurlor ils, quid moror altéra ,
Siée caro» ®qoè, nee superslea lnteger? Ille dica lUramque Ducet ruiuant. Non ego perfldom Dial sacramenlum. lbimua, iblraus; t'tcumquc proeedes , supremom Carpere iler comités parati #.
Les ouvrages d'Horace se réduisent à ses odes, ses satires et ses êpitres, et à l'art poétique.
J'ai parlé de ses odes, et en ai marqué le caractère en les comparant areccellesde Pin— dare.
Les satires et les épltres me paraissent d'un prix infini. Elles n'ont rien au dehors qui avertisse, rien qui frappe. C’est pour l'ordinaire une pure prose mise en vers, et même dénuée de tout l'éclat et de toute la douceur de l’harmonie poétique. Ce n’est pas qu’Horace ne pût faire de très-beaux vers. L’endroit où il s’excuse sur son incapacité d'écrire les grandes actions d’Auguste ne montre-t-il pas combien il en était capable?
Cupidum, pater optîme & vires Deficiunt. Neque enim quivis borreoUa pilla AgmiiM, nec frati perenntes cuspide Gallos,
Aut labentis oquo descri bal vulnera Parthl
Y a-t-il dans aucun poète une description plus élégante , plus expressive, plus énergi-
> An. M. 3807 ; av. J. C.T
• IL. 2. od., 17.]
* Lib. 2, sat. 1.
que , et qui peigne un fait avec des couleurs plus vives que celle du repas que donne le rat de campagne au rat de ville?
01 im
Rusticus urhanum murent mus paupere fertur Aceepisse cavo, veterem velus hospes amicurn : Asper, el atteotu» qurrsliis; ut tamen arrlum Solverel h os pi II b anfmum. Quid mulUrtJSeque ilti Seposill deeris, ne long® invidii aven® :
Aridum et ore ferons acinum, semesaque lardi Frustra dédit, cupiens variâ faslidia cœnâ Vincere tangentis malè singula dente superbo >.
Le reste de la fable est du même goût.
Cette élégance , cet agrément , cette vivacité d’expressions et d’images, ne se trouvent point [je dis pour l’ordinaire) ni dans les satires , ni dans les êpitres. Qu’est-ce donc qui en rend la lecture si intéressante? C'est la délicatesse, l'urbanité, la raillerie One, la manière aisée , qui y régnent : c’est un certain tour de naïveté, de simplicité, de vérité : c’est cette négligence même affectée dans la mesure du vers , laquelle contribue â donner un air plus naturel au discours, effet que produit dans notre langue le style marutique : c’est un fonds de raison , de bon sens , de jugement , qui se fait sentir partout : c’est un art merveilleux de peindre le caractère des hommes, et de mettre leurs défauts et leurs ridicules dans tout leur jour. Il faut qu’il y ait dans tout cela une grande beauté foncière et essentielle pour faire une si vive impression sur les esprits sans le secours des grâces , du nombre et de l’harmonie poétique.
Quintilien se contente, après avoir parlé de Lucile , de dire « qu’Horace a beaucoup plus « d’élégance, plus de pureté de style*, et qu’il « excelle à critiquer les mœurs et les vices a des hommes. »
L’art poétique, joint à quelques satires et à quelques épltres, qui roulent sur la même matière, renferme tput ce qu’il y a de plus essentiel pour les règles de la poésie. On peut regarder ce petit traité comme un excellent abrégé de rhétorique , très-propre à former le goût.
> Llb. 2, ut. a.
* « Multù est lerslor ac purus magis Horatius, et ad « ootandos bominum mores præcipuui. » ( Lib. 10 cap. 1. »
«*tfr IM <#**•
Je ne dis rien des mœurs d’Horacc. A n'en juger que par certains endroits , on le prendrait pour le plus honnête homme du monde, et même pour un austère philosophe. Si on l’en croit, « il trouve long et ennuyeux tout le « temps qui l’empêche de s’appliquer sérieu- « sement à l’objet seul digne de nos soins , « qui est également utile aux pauvres et aux
0 riches, et qui, lorsqu’on le néglige, nuit « également aux vieillards et aux jeunes « gens, »
Sic mlhl tarda fluunl ingrataquc terapora, qu» apem
ConsNiumque morantur ageodi gnaviterid qaod
Æquè paupcribus p rot] est , locoplellbus «què ,
Æquè oeglectum senibus paerlsqae ooccbit «.
Dans le fond , c’est un vrai épicurien , uniquement occupé de ses plaisirs , si peu mesuré dans ses sentiments et dans ses expressions , qu’il n’est point d’honnête homme , comme le dit Quintilien de lui-même, qui voulût en expliquer certains endroits : Horatium in quibusdam nolim interpretari. Cela n’empêche point qu’il ne s’y trouve aussi d’excellentes maximes pour les mœurs. Il en est d’Horace comme de tous les auteurs païens : quand on ne heurte point leur passion dominante , et qu’il s’agit seulement de débiter de beaux principes , non de les mettre en pratique , alors ils parlent raison , et souvent même religion , en très-beaux termes et très-exacts : ce qu’on doit regarder comme des restes précieux des sentiments d’estime pour le beau et l’honnête , gravés dans le cœur des hommes par l'auteur de la nature, et que leur corruption n’a pu entièrement éteindre.