‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 2)Chapitre 83 sur 178 · DIOGENE LAERCE · texte numérisé non relu

DIOGENE LAERCE

Diogène Laêrce, ou de Latrie, a vécu sous Antonin , ou peu après lui. D'autres ne le

‘ lit». 12, epùjr. ïi. .....

mettent que sous Sévère et ses successeurs. Il a écrit en dix livres les Vies des philosophes , dont il rapporte avec soin les sentiments et les Apophlhegmes. Cet ouvrage est fort utile pour connaître les différentes sectes des anciens philosophes.

Le surnom de Latrie , qu’on a accoutumé de lui donner, marque apparemment son pays, qui pouvait être le château ou la ville de Laêrtc dans la Cilicic.

On tire de scs écrits qu'après avoir bien étudié l'histoire et les dogmes des philosophes, il avait embrassé la sorte des épicuriens, les plus éloignés de la vérité et les plus opposés à la vertu.

dion cassil's (Cocceiiu ou Coccrânus.)

Dion était de Nicéc en Bithynie. Il a vécu sous les empereurs Commode , Pcrtinax, Sévère, Caracalla, Macrin, Hèliogabale, Alexandre , qui eurent toujours pour lui une grande considération , et lui Gonflèrent les gouvernements et les postes de l'empire les plus importants. Alexandre le nomma pour être une seconde fois consul '. Après ce consulat , il obtint la permission d'aller passer le reste de sa vie en son pays , à cause de ses infirmités.

Il a écrit en huit décades*, c'est-à-dire en quatre-vingts livres, toute l’histoire romaine , depuis la venue d’Énée en Italie jusqu’à l'empereur Alexandre. Il nous apprend lui-même * qu'il employa dix ans à ramasser des mémoires de tout ce qui s’était passé depuis la fondation de Rome jusqu'à la mort de Sévère, et douze autres années à en composer l’histoire jusqu’à celle de Commode. Il y joignit ensuite celle des autres empereurs 4 avec le plus d'exactitude qu'il put jusqu’à la mort d’Uéliogabale , et un simple abrégé des huit premières années d’Alexandre , parce qu'ayant été peu en Italie pendant ce lemps-là, il n’avait pas pu si bien savoir comment les choses s’étaient passées.

Photius remarque que son style est élevé , et proportionné à la grandeur de son sujet :

< An. 1. C 229.

* S u h! as. — PbOl.

* Dlo, lib. 72, pig. 829.

* U. lit. «O.jut! 917.

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que ses termes sont magnifiques, que sa phrase et son tour sentent l’antiquité : qu'il a pris Thucydide pour son modèle, qu'il l'imile excellemment dans sa manière de narrer et dans ses harangues, et qu’il l’a suivi presque en tout, sinon qu'il est plus clair. Cet éloge est bien favorable ù Dion ; mais je ne sais s’il ne passe pas un peu les bornes du vrai.

Vossius dil , et Lipse avait pensé de môme avant lui , qu’on ne peut pardonner ù cet historien de n’avoir pas su estimer la vertu selon son prix , et d'avoir décrié les plus grands hommes de l'antiquité , comme Cicéron , Brutns , Cassius, Sénèque, soit par une malignité d’esprit, soit par une corruption de mœurs et de jugement. Le fait est constant ; et , quoi qu’il eu soit du motif, la chose en soi ne peut jamais lui faire d’honneur.

Il avait fait , comme nous avons dit , quatrevingts livres de l’histoire romaine : mais il ne nous reste qu'une bien petite partie de ce grand ouvrage : cor les trente-quatre premiers livres sont perdus , avec la plus grande partie du trente-cinquième, hors quelques fragments. Les vingt suivants, depuis la fin du trentecinquième jusqu’au cinquante-quatrième, sont ce qu’on en a de plus entier. Vossius croit que les six suivants, qui vont jusqu’à la mort de Claude , le sont aussi. Mois Buchérius soutient qu’ils sont fort tronqués : et cela paraît fort vraisemblable. Nous n’avons des vingt derniers que quelques fragments.

Ce qui supplée un peu à ce défaut , c’est un abrégé de Dion , depuis le trente-cinquième livre et le temps de Pompée jusqu’à la fin , composé par Jean Xiphilin , patriarche de Constantinople dans le onzième siècle. On trouve que cet abrégé est assez juste. Xiphilin n'ayant rien ajouté à Dion qu’eu très- peu d'endroits où cela était nécessaire , et s'étant d’ordinaire servi de ses propres termes. L'histoire de Zoriare se peut dire encore un abrégé de Dion-; car il le suit fidèlement , et nous apprend quelquefois des choses que Xiphilin avait omises.

HéllODIEN.

On ne sait de la vie d’Hèrodien autre chose ,

sinon qu'il était d Alexandrie, fils d'un rhètheur nommé Apollonius le Dyscole ou le Difficile , et qu'il suivit la profession de son père. Il est fort connu par les huit livres qu'il nous a donnés de l’histoire des empereurs, depuis la mort de M. Aurèle jusqu’à celle de Maxime et de Balbiu. Il nous assure lui-mêmc que l’hisloire de ces soixante années est celle de son temps , et de ce qu'il avait vu. Il avait été employé en divers ministères de la cour et de la police , ce qui lui avait donné moyen de prendre part à plusieurs des événements qu’il rapparie.

Pour son histoire, Pholius en fait un jugement fort avantageux : car il dit que son style est clair, élevé, agréable; que sa diction est sage et tempérée , tenant le milieu entre l’élégance affectée de ceux qui dédaignent les beautés simples et naturelles , et le discours bas et sans vigueur de ceux qui se font honneur d'ignorer nu de mépriser toutes Içs délicatesses de l’art ; qu’il ne recherche point un faux agrément par les discours inutiles , et qu’il n’omet rien de nécessaire; qu’en un mot il cède à peu d'auteurs dans toutes les beautés de l'histoire. La traduction qu’Angc Politien a faite de l’ouvrage d’Hérodien soutient dignement et égale presque l'élégance de l'original. La version française que nous en a donnée M. l’abbé Montgaut enchérit beaucoup sur la latine.

CUNAFE. ' %

Eunapc était de Sardes en Lydie '. Il vint à Athèncsàl àgedeseizeans. Il étudia l’éloquence sousProérèsc, sophiste chrétien , et la magie sous Chrysanle, qui avait épousé sa cousine. Nous avons une histoire des Vies des sophistes du quatrième siècle par Eunapc. On y trouve beaucoup de particularités pour l'histoire de ce tcmps-là. Il commencé par Plolin , qui parut au milieu du troisième siècle , d’où il passe à Porphyre , à Jnmblique et à ses disciples , sur lesquels il s’étend particulièrement. Il avait aussi écrit une histoire des empereurs en quatorze livres, qui commençaient en l’an 268, au règne de Claude, successeur de Galien, et

‘ An. 1 C. 363.

sr lerminaienl à la mort d’Eudoxie, femme d' Arcade , en l'an 404. 11 nous reste quelques fragments de celte histoire dans les extraits de Constantin Porphyrogénète sur les ambassades , et dans Suidas. On y voit qu’il était extrêmement envenimé contre les empereurs chrétiens , surtout contre Constantin. On remarque la même aigreur dans ses Vies des sophistes, principalement contre les moines. Il ne faut pas s’étonner qu’un magicien fût ennemi de la religion chrétienne.

kosimc

Zosime \ comte et avocat du fisc, vivait du temps de Théodose-le-Jeune. 11 a écrit l’histoire des empereurs romains en six livres. Le premier, qui comprend la suite de ces princes depuis Auguste jusqu’à Probus (caron a perdu ce qui regardait Dioclétien), est extrêmement abrégé. Les cinq autres sont plus étendus, surtout au temps de Théodose-le-Grand et de scs enfants. 11 ne passe pas le second siège qu’Alaric mit devant la ville de Rome. La fin du sixième livre nous manque. Photius loue son style. Il dit que Zozime n'a presque fait que copior et abréger l'Histoire d'Eunape; et c’est peut-être ce qui l’a fait perdre. Il n’est pas moins animé que lui contre les empereurs chrétiens.

f HOTIDi.

Photius , patriarche de Constantinople . a vécu dans le neuvième siècle. Il était d'une érudition immense , et d’une ambition encore .plus vaste, qui le porta à d’horribles excès, et causa des troubles infinis dans l'Église. Mais ce n'est pas de quoi il s'agit ici.

Je le place parmi les historiens grecs , et je finis par lui ce qui les regarde , non qu’il ait composé une histoire en forme , mais parce que, dans l’un de ses ouvrages, il nous a donné des extraits d’uu grand nombre d’historiens , dont plusieurs, sans lui, nous seraient presque absolument inconnus. Cet ouvrage est intitulé : Bibliothèque *, et en effet il mérite ce

■ An. i. C. «ta.

a BttXtoàéxii n u'jpié£*C/.ov.

nom. Photius y examine près de trois cents auteurs, et en marque le nom, le pays, le temps où ils ont vécu, les ouvrages qu’ils ont composés, le jugement qu’il en faut porter pour le style et le caractère, et quelquefois même en extrait d'assez longs morceaux , ou en fait des abrégés qui ne se trouventque dans cet ouvrage. On voit par là combien il nous est précieux.

Aar. II. — Des bistokiess nnns.

Je ne m’arrêterai pas longtemps à décrire les faibles commencements et, pour ainsi dire, l’enfanccde l’histoire romaine. On sait que d’abord elle ne consistait que dans de simples mémoires dressés par le grand pontife ', où il insérait régulièrement chaque année tout ce qui se passait de plus considérable dans l’état , soit en paix , soit en guerre ; et cette coutume, établie dans les commencements de Rome dura jusqu’au temps de P. Mueius, grand pontife, c'est-à-dire jusqu’à l'année de Rome 629 ou 631. On donnait à ces mémoires le nom de grandes annales.

On juge bien que ces mémoires , aans des temps si reculés , étaient écrits d'un style fort simple, et même fort grossier, f.es pontifes se contentaient d'y marquer les principaux événements de chaque année *, le temps et le lieu où ils étaient arrivés, le nom et les qualités des personnes qui y avaient eu le plus de part , ne songeant qu’à narrer les faits, non à les orner.

Quelque brutes et imparfaites que fussent ces annales, elles étaient d’une grande importance, parce qu'on n'avait point d'autres monuments qui pussent conserver la mémoire de tout ce qui se passait à Rome ; et ce fut une grande perle lorsque l’incendie de la ville par

< « Erat historié nlbil aliud nisi annallum coufecüo : » cujus ret mentoriæque publias rctinendæ causA , ab « initio rcrura roniauarum usque ad P. Minium ponlla ficem maximum res omîtes siogulorum annorum mano dabat lltteris pomltex maxlmus... qui eliam nunc an- <t notej maarimi nominanlur. » (Cic. de Oral. lib. 8, n. S2.)

• • Bine ullis ornamenlis monuments solùm lerapo- * rum, hominum. locorum, gestaruroque reruro, rell- « querunl. Non exornatores rerum , sed lantummodô « nairalorcs tueruiu. » { Ibid. n. S. )

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les Gaulois en fit périr la plus grande partie

Quelques annécsaprès, l’histoire commença à quitter cette grossièreté antique, et à se produire en public avec plus de décence. Ce furent les poètes , qui les premiers songèrent à l'embellir et è l’orner. Névius fit un poème sur la première guerre punique, et Ennius écrivit en vers héroïques les annales de Rome.

Enfin l’histoire prit une forme régulière, et fut écriteen prose. Q. Fabius Pictor est le plus ancien des historiens latins : il vivait du temps de h seconde guerre punique *. L. Cincius Alimcnlus était du même temps. Tite-Live les cite souvent tous deux avec éloge. On croit qu’ils avaient écrit leur histoire d’abord en grec, puis en latin. Cincius avait fait certainement dans cette dernière langue l’histoire de Gorgias , célèbre rhéteur.

Caton le censeur(Af. Porrius Catv) mérite è plus juste titre qu’eux la qualité d’historien latin : car il est certain que c’est dans cette langue qu’il avait écrit son histoire. Elle était composée de sept livres , et avait pour titre : Origines *, parce que dans les second et troisième livres il expliquait l'origine de toutes les villes d'Italie. 11 parait que Cicéron faisait grand cas de cette histoire. Jam verà origines * tjus {' Calonis ) quemflorem, aul quoi lumen eloquentiœ non habent? Mais, sur ce que Brulus trouvait cette louange outrée, il y met une restriction , et ajoute qu’il ne manquait aux écrits de Caton et aux traits de son pinceau que certaine vivacité et certaines couleurs qui n’étaient pas encore en usage de son temps * : intelliges nihil illius lineamenlis nisi eorum pigmentorum , quœ intenta nondùm erant , florem et colorem de fuisse.

On cite aussi parmi ces anciens historiens , L. Piso F rugi, surnommé Calpurnius. Il fut tribun du peuple sous le consulat de Consorinus et de Manlius , l’an de Rome 605. Il fut aussi plusieurs fois consul. Il était jurisconsulte, orateur et historien. Il avait composé des ha-

■ a SI qna In commentarHs poullflcum , alilsque puWi- « cil privalisque erant monumentli , interné urbe ple- « raque Interierunl. • ( Lit. llb. 6 , n. 1. )

• I.lT. llb. 2t.

• Corn. Nep. In fragm.

• In Brut. SA.

• Ibid. n. ‘4)6.

rangues qui ne se trouvaient plus du temps de Cicéron , et des annales d’un style assez bas , au sentiment de cet orateur. Pline en parle plus avantageusement.

Le véritable caractère de tous ces écrivains était une grande simplicité '. Ils ne connaissaient point encore ce que c’était que délicatesse, beauté et ornement du discours. Contents de se faire entendre, ils se bornaient à un style court et succinct.

Je passe maintenant aux historiens qui sont plus connus, et dont nous avons les écrits.

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