‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 2)Chapitre 95 sur 178 · III. — LitljazuTàs de Pure · texte numérisé non relu

III. — LitljazuTàs de Pure

Pline, eu comparaison de certains riches de

' l.iv. Ilb. 3. cj). 7.

• « S*'rttK‘hnt f-arrmna majore ai r à üti.im ingroio, »

Rome avait un bien médiocre, mais une âme véritablement grande et des sentiments bien nobles. Ses libéralités presque sans nombre en sont une bonne preuve. Je n’en rapporterai qu’une partie.

Il s’était fait des principes sur celle matière qui sont bien dignes d’attention *. « Je veni *, « dit-il , qu’uq homme vraiment libéral donne « 4 sa patrie, à ses proches, 4 ses alliés, 4 « ses amis , mais 4 des amis qui sont dans le « besoin. » Voilà l’ordre que l’équité prescril, cl qu’il suivait exactement.

Nous avons vu qu’il fit un présent fort honnête 4 Quintilien son maître pour servir 4 la dot de sa fille qu’il mariait , et qu’il aida Martial lorsqu’il se retira de Rome. De ces deux amis, le dernier était dans le besoin , et l’autre n’était pas riche.

Il avait donné à sa nourrice 1 une petite terre qui valait , lorsqu’il lui en fit don , cent mille sesterces , c’esl-4-dire douze mille cinq cents livres. Où sont les grands seigneurs mainlcnant qui en usent de la sorte? Pline appelle néanmoins cette somme un petit présent, munusculum. El après le don qu’il avait fait de cette terre , il s'intéressait encore au revenu qu’en tirerait sa nourrice. Il écrit à celui qui s’était chargé delà faire valoir, et lui cri recommande le soin. « Car, ajoute-t-il, celle « qui a reçu ce pelit fonds n'a pas plus d'in- « lérét qu’il produise beaucoup que moi qui « l'ai donné. »

Voyant Calvine * , qu’il avait en partie dotée de son bien , sur le point de renoncer 4 In succession de Calvinus son père, dans la crainte que les biens qu'il laissait ne fussent pas suffisants pour payer les sommes dues 4 Pline , il lui écrivit de ne pas faire cet affront à la mémoire de son père , et , pour la déterminer, lui envoya une quittance générale.

Dans une autre occasion * , il donna trois ccnt mille sesterces (trente-sept mille cinq cents livres) 4 Romanus, afin de lui procu-

' Llb. 9. rplit. 90.

> « Volo euro , qui ait verè libernlis, tribuere patrie, « propinquis, aflinibu*. amicis, scd amicispaupcribus. u

» Lib. 6. épiai. 3.

* Lib. 2, épiai. 4.

s Lib. 1, epist. 19.

rer un revenu nécessaire pour entrer dans i l'ordre des chevaliers romains.

Corellia , sœur de Corellius Refus 1 , pour qui Pline avait eu un respect infini pendant sa vie , acheta de lui des terres sur le pied de sept cent mille sesterces. Mieux informée du prix de ces terres, elle apprit qn’ellesen valaient neuf ceut mille , et le pressa vivement de recevoir le surplus , sans pouvoir obtenir de lui cette grAce : beau combat de droiture et de générosité! Quelle délicatesse dans la personne qui acquiert, quel noble désintéressement dans le vendeur! Où trouve-t-on de pareils procédés?

Des marchands avaient acheté ses vendanges à un prix fort raisonnable 1 , dans l’espérance du gain qu’ils se promettaient d’y faire : leur attente fut trompée ; il leur (U à tous des remises. La raison qu’il en rapporte est encore plus admirable que la chose même, a Je « ne trouve pas moins glorieux de rendre « justice dans la maison que dans les tribua naux , dans les petites affaires que dans les « grandes, dans les siennes que dans celles « d'autrui 3. »

Ce qu'il fit pour sa patrie passe encore tout ce que j’ai dit jusqu’ici *. Les habitants de Côme, n’ayant point de maîtres chex eux ponr instruire leurs enfants , étaient obligés de les envoyer dans d’autres villes. Pline , qui avait pour sa patrie un cœur de fils et de père, fil sentir aux habitants quel avantage ce serait pour la jeunesse d’étre élevée dans Côme même. « Où , dit-il aux parents , leur trouver « on séjour plus agréable que la patrie*? où a former leurs mœurs plus sûrement que sous « les yeux de père et de mère? où les enlre- « tenir à moins de frais que chez vous? N’esto il pas plus convenable que vos enfants re- « çoivent l'éducation dans le même lieu où ils « ont reçu la naissance , et qu’ils s’accoulo- « ment dés l'enfance à se plaire, A se fixer « dans leur pays natal? » Il offrit de conlri-

> Llb. 7. epist. li

* Llb. 8. epicl. 2.

* « Mihi egregium imprimi* videtur, ut forte il* doml,

» ut in raagnis ita in parvis, ut in alienis lia in suis, agi- « tare justitiam. »

* Lih. i , epist. 13.

* n llb) aut jurundiiis morarrnlur . quant in patrià .

« aul pudidtts contlncrentur, quam sub oculte parentuin;

t buer du tiers a fonder le* appointements des maîtres, et crut devoir laisser les parents chargés du reste , pour les rendre plus attentifs à choisir de bons maîtres par la nécessité de la contribution , et par l'intérêt de placer utilement leur dépense.

Il ne borna pas là son bienfait : car , comme il le dit ailleurs ' , la libéralité ne sait point s’arrêter ; et plus on en fait usage , plus on en sent la beauté «. Il y fonda une bibliothèque , avec des pensions annuelles pour un certain nombre de jeunes gens de famille, à qui leur mauvaise fortune avait refusé les secours nécessaires pour étudier. Il avait accompagné la dédicace de celle bibliothèque d’un discours . qu’il prononça en présence seulement des principaux de la ville. Il délibéra dans la suite s’il le rendrait public. « Il est difficile*, dit-il, « de vanter le bien qu’on a fait , sans donner < lieu de juger que l’on ne s’en vante pas « parce qu'on l’a fait , mais qu'on l'a fait « pour s’en vanter. Pour moi , je n'ai pas

• oublié qu’une grande Ame est plus touchée « du témoignage secret de la conscience que « des témoignages éclatants de la renommée. « Ce n’est pas à nos actions à courir après la « gloire, c’est à la gloire à les suivre. Et s’il « arrive que , par un sort bizarre , elle nous « échappe, il ne faut pas croire que ce qui l’o « méritée perde rien de son prii. »

On a de la peine à comprendre comment un particulier a pu fournir à tant de largesses. Il nous l’explique lui-même* en écrivant à une dame A qui il avait fait une remise considérable. a N’appréhendez point, lui dit-il, qu’une « telle donation me soit à charge : qu’elle ne « vous fasse point de peine. Il est vrai , j’ai

• tut minore s u m plu , quint doml t Edoceaniur hic .

• qui hic nascunlur , naUmquo ab Infanilâ natale solum

• aniare, frequenlare consuescant. »

• Llb. i, epist. 8.

> a Nesclt enlm semcl incilata libéralités stare, euju, a pulehritudlnem usus ipae commandât. » ( Llb. S , Epitt. 12 )

s a Minimus , quanto majore animo honeslatia fruetus a io coufcientlâ , quam in famé , repotiatur. Sequi enim a gloria , non appeti débet : nec , si casu aliquo non sea quatur. Idcircô quod gloriam non mentit , minus put- « rhrum est. Il «ri qui benefacla tua rerbia adornant , a non idcd prmdlrare quia fecertnl sed ut pradlcarent fca risse creduntur. »

• Lib. 2, epist. %.

a un bien médiocre. Mon rang exige de la déo pense; et mon revenu, par la nature de « mes terres, est aussi casuel que modique. « Ce qui me manque de ce côté-là, je le re- « trouve dans la frugalité , la source la plus « assurée de mes libéralités. Quod cessât ex « redilu , frugalilate suppletur : ex gu â, ve- « lut e fonte, liberalilas nostra decurril. » Quelle leçon , quel reproche pour ces grands seigneurs qui; avec des revenus immenses, ne font du bien à personne , et souvent meurent endettés! Ils sont prodigues pour le luxe et pour leurs plaisirs, durs et fermés pour leurs amis et pour leurs domestiques. « N’oubliez « jamais’, disait Pline ' à un jeune seigneur, « que l'on ne peut avoir trop d'horreur de « ce monstrueux mélange d’avarice et de « prodigalité qu’on a introduit de nos jours, « et que, si un seul de ces vices suffit pour u ternir la réputation de quelqu'un , celui qui « les rassemble se déshonore infiniment da- « vantage. •

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