‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 3)Chapitre 31 sur 125 · L’HISTOIRE ANCIENNE DES CARTHAGINOIS · texte numérisé non relu

L’HISTOIRE ANCIENNE DES CARTHAGINOIS

Le voyageur qui parcourt aujourd'hui les cOles du nord de l’Afrique n’est pas longtemps à reconnaître que la Providence n’a que trop bien exaucé le vœu impie de Caton ; Delenda. Carihago. Pres<iue partout la barbarie a remplacé la civilisation ; et c’est à peine même si l’on devine la place qu’occupa si longtemps et avec Unt d’éclat, l’orgueilleuse rivale de Rome.

Si encore Carthage eût péri comme Memphis, t'est-à-dire , si à côté de ses ruines les traces d’un empire florissant et les restes d'un état social des plus avancés se fiLssent conservés comme s’est conservé en mille endroits, sur les bords du Nil, le reflet imposant de la grandeur égyptienne . on se consolerait un peu. Mais non, ici ont [)éri à la fois et la tête et les membres de ce grand corps. Les ruines ellesmêmes semblent n’avoir pu se soustraire au souffle destructeur de la malédiction romaine. Monuments, produits des arts , créations de la science , tout est allé se perdre dans le même gouffre; il n’est pas même un seul des livres que les vainciueurs trouvèrent dans le sac de Carthage, qui ait pu échapper au ravage des temps , pour venir certifier d’une manière fidèle les grands événemenU de cette époque et de ce pays.

Tout ce que nous savons de Carthage , ne nous est ainsi arrivé que par le canal incertain des écrivains etrangers, ce <pii n’a jamais pu , comme on le devine bien , former un corps d’histoire capable de nous initier aux plus iiniiortaiiLs secrets de la politique et de l'organisation sociale de la république rarlbaginoise. Ainsi, 4 propos des Romains, nous

savons bien que les Carthaginois se battirent longtemps avec eux y mais ce qui serait pour nous bien plus intéressant à connaître que les luttes sanglantes et interminables de Scipion et d'.Annibal , de Marius et de Jugurtha, ce sont les procédés industriels, le système agiicole , aussi bien que les moyens qu'employa Carthage pour Fonder tant de colonies , en Sicile, en Kspagne, et sur tout le littoral situé au nord de TAfrique, depuis la petite Syrie jusqu'au delà des colonnes d'Hcrculc. <Jucl avantage encore pour nous que de conn.iltrclcur système commercial , l’un des plus hardis et des plus habiles qu'aucun peuple de l'antiquité ait jamais eus, puisque sur mer, indépendamment de la Méditerranée qu'ils exploitaient, ils allaient à la gauche du grand Océan jusqu'aux rives du Sénégal, età la droite jusqu'aux côtes de la grande Bretagne, et que, sur terre, ils commerçaient à la fois avec les villes de l’Êgypte et les contrées éloignées des bords du Niger, par le pays des Lntophages, des Psyles,des Garamanles, des Atarantes etc. , etc. ! Ne voilà-t-il pas des notions d'une immense importance, et cependant à jamais perdues !

Noncs SC« tES PBI5CIPAÜX AÜTEÜBS ET TOTAfiBüRi QUI OHT PARIA des CAETHAGIMOIS DEPUIS EOLLllV.

Lé quatrième volume de Hecren, Politique et commerce des peuples de l'antiquité, ouvrage important et dejà mentionné à propos de l’Égypte , est entièrement cons.icré aux Carthaginois ; on y trouvera d’utiles indications, et l’auteur a su fort habile-

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ment profiter de tout ce qu*avaient dit avant hii les j^rivains anciens et modernes.

Les notions <lc M. Louis Reygnier sur IVronomiV publique et rurale det Carthaginois sont moins précises et moins étendues que celles qu'il a données sur les Égyptiens, cepemiant elles ont encore de l’intérét et méritent d'etre lues.

Les Jiecberc es historiques sur les Maures et l'I’istoire de rempire de Maroc y par Chénier y Paris, 1787, donnent des indications curieuses.

Parmi les ouvrages qui traitent de la partie géographique de rempire de Carthage, on doit mentionner l'ouvrage de Camporaanes : Jntiquedad maritima delà republicade Carthago con el périplo de su general Hannon; Madrid, 1756, in-1.

Deux célébrés géographes rranrais ont fait des recherches savantes sur le meme objet, ce sont Bougainville et Gosselin. On trouve le travail du premier dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions. Le travail de Gosselin fait partie des liecherches analytiques sur la géographie des aneiens.

M. Falhe, consul general de Danemark , a publié (rapn*s ses propres observations , un bon travail sur V emplacement de Carthage, avec des renseigoemenU sur plusieurs inscriptions paniques inédites' un vol. in-8“, 1855.

M. Diireaude Lamallc, membre de l'Académie det TiiAcriptions , vient de faire paraître ses Hecherchet sur Carthage ] c'est un travail d’une grande érudition, et qui, réuni à celui de M. Falbe, éclaircit l'un des points les ])lus intéressants de l'histoire carthaginoise; un vol. in-8*.

I.a religion des Carthaginois doit être étudiée dans la Symbolique de Creuzer. La traduction qu’eu donne M. Guigniault oflke de plus des notes fort intéressantes sur les sources de l’histoire politique el religieuse de Carthage.

Quant aux antiquités, on consultera avec fruit le l'oyage de Shaw en Numidie\ on y trouvera un grand nombre de renseignements sur l'archéologie de cette partie de l'Afrique se rapportant à la domination romaine. E. B.

fflSTOIRE DES ASSYRIENS

WAn i-rMOPUS.

9 I. — RÉFLniOir SGB la TAmiirÉ DBS GOCTEBïVKiniTTS.

ïy» multiplicité de gouvernements parmi les peupicsdont j’ai n parler offre d’abord aux yeux et à l’esprit on spectacle bien digne d’attention, et montre l’étonnante variété que le souverain raaltredu mondea mise dans les empires qui le partagent, par la différence d’inclinations et de mœurs qui se rencontre dans chacune des nations. On reconnaît en cela le caraetérc de la Divinité, qui, toujours semblable à cllemémc dans tous scs ouvrages, sc plait à y peindre sous mille différentes formes et i y faire éclater sa sagesse inflnic, et par une fécondité merveilleuse, et par une admirable simplicité : sagesse qui, de toutes les parties de l’univers , aussi bi<-n que de toutes les productions de la nature, quoique multipliées et diversifiées en une infinité de manières, sait former un ouvrage unique, et composer un tout parfaitement régulier.

Dans l’Orient, c’est le gouvernement monarchique qui domine, lequel, entraînant avec soi une pompe majestueuse et une hauteur presque inséparable de l’autorité souveraine, conduit naturellement à exiger des sujets un respect plus marqué et une soumission plus entière. A l’égard de la Grèce, il semble qu’un souffle de liberté et un esprit républicain s’étaient répandus dans tous le pays , et avaient inspiré presque à tous les peuples qui l’habitaient un violent désir de l’ind^endance , diversifiée néanmoins sous différentes sortes de

gouvernements, mais tous également ennemis de l’assujcltissement et de la servitude. Ici, c’est le peuple qui commande, et c’est ce qu’on appelle démocratie; là, c’est l’assemblée des sages et des anciens, connue sous le nom d’arislncratic ; dans nne autre république, c’est un petit nombre d’hommes choisis et puissants, et qui se nomme oligarchie ; dans quelquesunes c'est un mélange de toutes ces parties , ou de plusieurs d’entre elles , et quelquefois même de la royauté.

On sent bien que cette variété de gouvernements, qui tendent tous à une même fin, quoique par des voies différentes, contribue beaucoup à la beauté de l’univers, et qu’elle n’a pu venir que île relui qui le gouverne avec une .sagesse infinie, et qui met partout un ordre et une symétrie dont l’effet est de lier toutes les parties entre elles, et parlé de les rappeler toutes à l’unité ; car, bien que, parmi ces différentes sortes de gouvernements, les uns soient préférables aux autres, il est vrai néanmoins de dire qu'il n'y a point de puissance qui ne eienne de Dieu, et que c'est lui qui a établi toutes celles qui sont sur la terre Tout usage de cette puissance, ni tonte voie pour y entrer ne sont pas de Dieu , quoique toute puis,sance soit de lui ; et si l’on voit ces gouvernements dégénérer quelquefois en violence, en factions, en despotisme, en tyrannie, ce n’est qu’aux passions des hommes qu’il faut attribuer ces désordres , qui sont directement contraires à l’institution primitive des états, et

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qu'une sagesse supérieure sait faire rentrer dans l’ordre en les faisant servir à l'exèculion de ses desseins, toujours pleins d’équité et de justice.

Ce spectacle, comme je l’ai déjà dit, est bien digne de notre attention et de notre admiration ; et il se développera peu à peu à mesure que j’avancerai dans l'exposition de l’iiistoire ancienne, dont il fait, ce me semble, une partie essentielle. C’est pour y rendre les esprits attentifs que je me crois obligé d’ajouter nu récit des faits et des évènements ce qui regarde les mœurs et les coutumes des peuj)les , parce que c’est ce qui en fait connaître le génie et le caractère, et ce qu'on peut appeler en quelque sorte rame de riiistoire ; car n’y observer que les faits et les dates, sans porter plus loin sa curiosité ni ses vues, cc serait imiter l’imprudence d’un voyageur qui, en parcourant beaucoup de pays, se contenterait d’en connaître exactement la distance; de considérer la situation des lieux, les batiments des villes, les babillements des peuples, sans se mettre en ])eine de converser avw les hommes pour eonnailre leur génie, leurs mœurs, leur caractère d’esprit, leurs lois, leur gouvernement. Homère, qui a eu dessein de nous donner dans la personne d’Ulysse le modèle d’un voyageur sage et intelligent, avertit dès le commencement de l’Odyssée que son héros, en visitant les villes, eut grand soin de s'informer des mœurs et des coutumes des peuples. 11 en doit être de même de quiconque s’applique à l’élude de l’histoire.

i H. — DcscaiFTion (SËooRAraïQCE de l'Asie.

Comme l’Asie sera désormais le principal théâtre de l’iiisloire où nous allons entrer, il ne sera pas hors de propos d’en donner d’abord une idée générale, qui en fasse connaître au moins les provinces et les villes les plus considérables.

Les parties septentrionales et orientales de ( l’Asie sont moins connues dans riiistoire an- | cienne.

Au nord ou septentrion, sont la Sarmatie |

ASIATIQUE et LA SCYTIIIE ASIATIQUE, qui ré- |

pondent à la Tartarie. I,a Sarmatieest entre le : lleiive Tandis, qui sépare l’Europe de l'Asie, |

I et le fleuve N/la ou Vofga. Iji Scythic sc divise I en deux parties, l’une en deçà , l’autre au delà (lu mont Imaüs. Les peuples de Scytliie les plus connus sont les Saques et les Massagèies.

Ia!s parties les plus orientales sont Sebica, le Catay ; Sixaru.m recio, la Chine: Ixdia, l’Inde. Celte dernière anciennement était plus I connue que les autres : elle se divisait en dcui parties; l’une en deçà du Gange, renfermée entre ce tleiive et l'iiule, ce qui forme aujourd’hui les élats du Grand-Mogol; l’autre au delà du Gange.

Le reste de l’.àsie , dont il est beaucoup plus parlé dans l’histoire , peut se diviser en cinq ou six parties . en allant d’orient en occident.

I. L’Asie supérieure, qui commence au fleuve Indus. F.æs principales provinces sont : LA Gkorosie , la Carxiame, l’Araciiosie, la Dra.xuiane, la Bactriaxe , dont la capitale était Bacire ; la Sogoiaxe , la ALargiaxe , l’Hyrcaxte , près de la mer Caspienne ; u I’.arthie, la Médie; vil. Ecbatane; la Pebse, vil. Perse'polis, Élynidis ; la Susiaxe; vil. Suse ; l’Assyrie; vil. Ninive , située sur le Tigre ; la Mésopotamie, entre TKuphrate et le Tigre ; la Baryloxie ; vil. Babylom , sur l’Euphrate.

II. L’Asie extrelePoxt-Euxix et lameb Caspiexxe. On y peut distinguer quatre pn>vinces ; 1" la Coixiiiue, le fleuve Phasisei le mont Caucase; 2" l'Ibérik; 3' l’Albaxie : CCS deux dernières font maiiitciiaiit partie de la Géorgie ; l' la graxde Ailviéxie : elle est séjiarée de la petite par TEuphrate, de la Mésopotamie par le mont Taunis , et de TAssjrie par le mont Niphate; ses villes sont : Arlarale et Tigranocerte : le fleuve Arajce la traverse.

III. L’Asie mixeure. Elle peut se diviser en quatre ou cinq parties , selon la différente situation de ses provinces :

1" Au seplenlrion, sur lePont-Euxin , le Pont, sous différents noms ; les villes sont ; Trapezas ; assez prés de là sont les peuples appelés Clialybes ou Chaldœi ; Themiscyra, ville située sur le lleuvc Thennodoon , cl célèbre par la demeure des Amazones ; la Paphlagonie; LA Bitiiynie , vil. iVicf’e, Pruse, Sicomédie, Chalcédoine, vis-à-vis de Constantinople , Héraclée.

2" A ioceiilciil , en desi endanl le long de la

Di.i'-i. J :■ CoOj^lc

niiT ; la Mvsie, qui est doublo : la petite. où sont Ci/zique, Lampsaque, Pariutn , Abydos, vis-à-vis de Sestos, dont elle ii’cst séparée que par le détroit des Dardanelles; Dardamim, Siytum, lltion ou Troie, cl, presque vis-à-vis, 1a petite Ile de Te'nedos ; les rivières sont l'Æsèpe, le Granique, le Simdis; le mont Ida : cette région est quelquefois appelée aiLssi LA PETITE Pur VOIE, dont /a Troadetail partie; LA GBAMiK MvsiE , vil. Aiiloiidre , Trajanopolis, Adramylliiim , Pergame. Vis-à-vis de cette Mvsie est l'ile de Lesbos, dont les villes sont : ilethymna , pairie du célèbre Arion, et MylUène , qui a donné à l'ile le nom de AUlelin.

L'Eolie. Èlée , Cume, Phoeèe.

L’Iome. Smyrne, Clazomèite , Téos, Lebedus, Colophon. Èphése , Priéne , Milel.

La Carie. Laodicée , Antioche, Magnésie .

Atabanda ; le (louve Méandre.

La Doride. Ualicarnasse , Cnidus. Vis-àvis de ces quatre dernières contrées sont : les lies Cuios, Samos, Patumos, Cos, et plus bas, aa midi, Kuodes.

3’ ^1* midi, le long do la mer Méditerranée ;

L.V Lycie, vil. Telinessus, Patnra;r\y. Xaiir ihns. C’est icique commence le mont Taurtts, qui parisiurl toute l'Asie dans sa longueur, et prend dilK'rents noms, selon les différents pays où il passe.

La Pamphylie. Perga, Aspendus, Sida.

LaCilicie. Séleucie,Coryeium, Tarse, sur la riv. Cydnus. Vis-à-vis de la Cilicie est l'ile de Chypre: vil. Salamis, Amaihus, Paphos.

4* Le hmy de l' Luphrate, en remontant vers le nord :

La petite Arhéme. Comane , Arabisse , .Méliténe, Salala; riv. Mêlas, qui se jelte dans rCuphralc.

5" Au milieu des terres :

La Cappadoce. Neoeésarée, Comana Pontica, Sébaslia, Sébastopolis, Diocésarée, Césarée, aulremonl .Mazaea, Tyaiie.

La Lycaomf. cl l'Isauuie. Iconium, Isauria.

La Pisidie. Séleucie et Antioche de Pisidic.

La Lydie; vil. Thyatira, .Sardes, Philadelphie; riv. Caysirus et llerinus, où se jette le Pactole; mont. Sipyle et Tmolus.

La grande Phrygie. Synnada , Apamée.

IV. La Syrie, maintenant la Sourie, appelée sous les empereurs romains l'Orient , dont les principales provinces sont :

!'• La Palestine. Ce nom est quelquefois donné à toute la Judée. Vil. Jérusalem, Samarie, Césarée de Palestine ; riv. le Jourdain. On appelle aussi Palestine la contrée du pays de Clianaan qui s'étendait le long de la mer Méditerranée, dont les principales v illes étaient Gaza, Ascalon , Azoth, .icearon et Gelh.

2' La PuÉNlClE , vil. Ptoléma'ide, Tyr, Sidon , Béryte ; mont. Liban et anti-Liban.

3‘ La Syrie proprement dite, ou l'Antiochf.ne; vil. AntiocAe, Apamée, Laodicée, Séleucie.

4' La Commagëne ; vil. Samosate.

5‘ La Célésyrie; vil. Zeugma, Thapsacus, Palmyre, Damas.

V. L’Arabie PÉTRÉE , vil. Petra, Bostra; mont. Casius ; déserte, uelrecse.

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