‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 3)Chapitre 43 sur 125 · SI · texte numérisé non relu

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aiu (lieux avant que do lK)irc. et tous ks miln's

eu firent autant. Aprfs cela, il pria encore de nouveau le dieu de ses p(>res de vouloir Olre son fluide, et de venir A son secours; et aussilAt il monta à cheval, et commanda à chacun de le suivre.

Comme il examinait de qui'l côtt il fallait marcher, ayant entendu un coup de tonnerre du cdte droit ; Nous ' le suivons , souverain Jupiter, s’Acria-t-il ; et à l’instant m('m(: il se mit en marche, ayant à sa droite Chrysanie, qui commandait l’aile droite de sa cavalerie, et à sa gauche Arsamas, qui commandait l’infauteric. Il les avertit surtout de prendre garde i l’étendard royal, et d’avancer tous également. Cet étendard était un aigle d’or au bout d’une pique, avec les ailes déployées ; et depuis ce temps-là les rois de Perse n’en ont point pris d’autre. Avant que d’arriver aux ennemis, il fit faire halte à son armée par trois fois; et, après avoir marché environ une lieue*, on commença à les découvrir.

Ouand ils furent en présence les uns des autres , et que les ennemis eurent remarciué combien le front de leur bataille surpassait celle de Cyrus, le centre de l’armée bahylonienne fit halte , tandis que les deux ailes s’avancèrent en se courbant A droite et à gauche , à dessein d’envelopper l’armée de Cynis, et de l’attaquer en même temps de tous côtés. Ce mouvement n’étonna point Cyrus , qui s’y était bien attendu. Après avoir donné pour mot de ralliement /upiter sauveur et conducteur , il quitta son aile droite , leur promettant de les venir rejoindre au plus tôt pour les aider A vaincre , si c’était la volonté des dieux.

Il parcourut tous les rangs pour donner ses ordres et pour animer les lrou|>es ; et lui qui , en toute autre occasion , était si modeste et si éloigné de tout air d’ostentation , au moment du combat parlait d’un ton ferme et décisif. Camarades , leur disait-il, suirez-moià une rirloire assurée : les dieux sont pour nous. Et comme il vit plusieurs des officiers , et Abrddate même , inquiets du mouvement que faisaient les deux ailes de l’armée lydienne

' Il avait cfTectivcmeut pour guide uo dieu » niai.s bien liif^rrnl d»' Jupiter.

* Vingt stades. » Ou trois quartf de lieue. Ü. B.

pour attaquer celh' de Cyrus par ses deux liane s :

« Ces troupes , leur dit-il , vous alarment ; irt « moi , je vous déc laré que c’est par elles que,, « commencera la déroule. Je vous la donne « pour signal du temps où vous , Abiadate ,

<( vous devez i>ousscr vos (hariols contre l’en- « nemi. » lin effet, la chose arriva ainsi. Cyrus , après avoir donné scs ordres partout , retourna A sou aile droite.

Quand les deux corps détachés de l’armée lydienne se furent assez allongés *, Crésus donna le signal A son armée, qui marcha contre le front de celle des Perses , tandis que les ailes repliées sur les lianes avançaient de chaque côté , en sorte que l’armée de Cyrus se trouvait enfermée de trois côtés comme par trois grosses armées , et semblait , dit Xénophoii , un petit carré inscrit dans un plus grand.

Dans l'instant , au premier signal qu’en donna Cyrus , les troupes firent face de tous côtés , gardant un profond silence dans l’attente de l'événement. Ce prince crut alors qu’il était temps d’entonner l’hymne du combat. Toute l’armée y répondit par de grands cris , en invoquant le dieu de la guerre. Aussitôt Cyrus . A la tête de quelques troupes de cavalerie , suivi au grand pas d’un corps d’infanterie, tomba sur les ennemis qui marchaient pour prendre en liane la droite de son armée . cl , les ayant pris eux-mémes en liane , les mil en désordre. En même temps les chariots poussés A toute bride contre les Lydiens eu achevèrent la déroute.

Dans le même moment, les troupes du flanc gauche , averties par le bruit que Cyrus avait commencé le combat A la droite , allèrent A l’ennemi. Elles firent d’abord avancer l’escadron des chameaux comme Cyrus l’avait ordonné. Iji cavalerie ennemie ne l’attendit pas, et du plus loin que les chevaux l’aperçurent , ne pouvant soulfrir l’odeur de ces animaux , ils .SC renversèrent les uns sur les autres , et plusieurs , se cabrant , jetèrent par terre ceux qui les montaient, l’n petit corps de cavalerie, commandé par Artagése , poussant vivement les ennemis pour les empêcher de se rallier , et les chariots armés de faux venant A tomber

‘ Cyrop. lib. 7, i».ig 170.

rudement sur cui , la déroule fut entière , et il s’y fd un horrible carnage.

C’était 1<! sii-nal que Cyrus avait donné à Abradate pour attaquer le front de l’armée ennemie. Il partit comme un éclair, et s’élanya contre les ennemis , suivi de tous ses chariots. Ouv des ennemis ne purent soutenir un si rude choc, et se dissipèrent. Abradate, les ayant rompus et renversés, vint aux bataillons des Kjjyptiens , lesquels , marchant serrés et couverts de leurs boucliers pour ne point laisser de |)assage aux chariots , n’étaient renversés qu'à peine par la violence des chevaux, qui les foulaient aux pieds. C’était un spectacle épouvantable que de voir les monceaux d’hommes, de chevaux, de chariots rompus, d’armes brisées, et l’horrible effet des faux tranchantes, qui coupaient en pièces tout ce qu’elles rencontraient. .Mais malheureuseincnl le char d’Abradatc s’étant renversé, il fut tué avec les siens, après avoir fait des efforts extraordinaires de courage. Les Kpyptiens, marchant en atant , serrés et couverts de leurs boucliers, obligèrent l'infanterie persane de jdier, et les ])oussérent nu delà de la quatrième ligne , jusque sous leurs machines. Là , les Égyptiens se trouvèrent accablés d'une grêle de llèches cl de javelots qu'on lançait sur eux du haut de ces tours roulantes ; et les bataillons de l'arrière-garde des Perses, s’avançant l’épée à la main , cmiiéchèrenl leurs gens de trait de fuir plus avant , et les contraignirent de retourner à 1a charge.

Cyrus , après avoir mis en fuite la cavalerie et l’infanterie à la gauche des Égy ptiens ', ne s’était pas amusé à ]ioursuivre les fuyards. Ayant poussé ilroit au centre, il vit avec douleur que les Perses avaient été obligés de plier ; et jugeant bien que le seul moyen d’empécher les Lgyptiens de gagner du terrain était de les prendre par derrière, il les chargea en queue : la cavalerie survint en même temps, et pou.ssa vivement les ennemis. Les Égyptiens , attaqués de tous côtés , faisaient face partout , et se défendaient avec un courage merveilleux. Cyrus même courut un grand ris<iue. Son cheval , qu'un soldat avait percé sous le ventre , s’éUmt abattu sous lui , il tomba au milieu

• C}Top.lib.7,pag. 178.

des ennemis. On vit pour lors, dit Xénophon. combien il importe à un commandatil de so faire aimer de ses troupes. Officiers et soldat.s également alarmés du danger où ils virent leur chef, SC précipitèrent tête baissée au milieu de celle forêt de piques pour le dégager. Lorsqu’il fut remonté à cheval , le combat di'vint encore plus sanglant. A la fin , Cy rus , admirant la valeur dvrs Égyptiens, et ayant peine à laisser périr de si braves gens , leur fit offrir des conditions honorables , leur représentant que tous leurs alliés les avaient abandonnés. Ils les acceptèrent , et, comme ils ne se piquaient pas moins de fidélité que de courage , ils stipulèrent qu’on ne leur ferait point porter les armes contre Crésus, qui les avait appelés à son secours. Ils serv iront do puis ce tempvlà dans les troupes des Perses avec une fidélité inviolable.

Xénophon observe que Cyrus leur donna les villes de Larissa et de Cylléne, près de Cumes, sur le bord de la mer, et d’autres places ilans le milieu des terres , où leurs descendants habitaient encore de son temps ; et il ajoute qu’on les nommait les villes des Égyptiens. Cette remarque de Xénophon, ainsi que quelques autres répandues dans la Cyropédie, pour prouver la vérité des choses qu’il av ance, montrent qu’il donnait cet ouvrage pour une histoire véritable de Cyrus , au moins pour la plus grande [vartie , et pour le fond des choses mêmes. C'est la judicieuse réflexion que fait ici M. Frérot.

Le combat avait duré jusqu’au soir. Crésus SC retira en diligence à Sardes avec ses troupes. Les autres nations prireid pareillement , dés la nuit même , le chemin de leur pays , c firent la plus grande traite qu’ils purent. Les vainqueurs, après avoir mangé cl établi des corps-dc-garde , prirent du repos.

J'ai tâché, en décrivant celte bataille, de suivre exactement le texte grec de Xénophon, dont la traduction n’est pas toujours fidèle. Des gens du métier , à qui j’ai communiqué cette description, trouvent qu’il manque quelque chose à la disposition que Cy rus fil de son ordre de bataille , en ce qu’il ne met point de troupes sur ses flancs pour les couv rir , pour soutenir les chariots armés , et pour s’opposer aux deux corps que Cr(‘::us avait détachés pour

Digitizeo by GocJgle

prendre son «rmfte en flanc. Celte circoiislance a pu ('“clinper à Xl'nophon dans le r^ril qu’il MOUS a laissé de celle bataille.

- On convient que Cyrus fut principalement redevable de la victoire à la cavalerie persane, qui était un nouvel établissement , cl le fruit (le rallenlion et de l'activité de ce prince à former et perfectionner sa nation dans celle partie de l'art militaire, qui, jusqu’à son temps, lui avait manqué'. Les chariots armés de faux rendirent aussi un bon service , cl l’usajîe s'en conserva toujours depuis chez les Perses. Les chameaux ne furent pas inutiles dans ce combat , mais Xénophon n’en fait pas grami cas ; cl il remarque que , de son temps , on ne s’en servait plus que pour porter les bagages.

5! Je n’entreprends point de relever le mérite de CvTus; il me sufïil de dire qu’on voit briller ici en lui toutes les qualités d’un grand capitaine. Avant le combat, sagacité et préroyance admirable pour découvrir et déconcerter les nie.sures de l’ennemi: détail infini jKuir que rien ne manque dans l’armée, et que tous ses ordres soient exécutés à point nommé; meneillensc industrie pour gagner le cœur des solifats, et pour les remplir d’ardeur et de confiance. Dans le feu même de l’action, quelle activité, quelle ardeur, quelle prc'sence d’esprit pour donner les ordres à propos! quelle intrépidité de courage, quelle bonté pour les ennemis mêmes, dont il respecte la valeur, et dont il se croit obligé d’épargner le sang! Nous verrons bientôt l’usage qu’il fera do sa rictoire.

:: Mais ce qui me parait plus remarquable dans Cyrus, et plus digne encore d’admiration que tout le reste, c’est son attention continuelle à rendre à la Divinité, en toute occasion, le culte qu’il croyait lui être dû. On a sans doute été frappé, en lisant le récit que j’ai fait du combat, de voir combien de fois Cyrus, à la vue de toute l’armée, fait mention des dieux, leur offre des sacrifices, leur présente des lilulions, leur adresse des prières, se met sous leur protection, et implore leur seqours. Je ii’ai rien ajouté au texte de riiislorien, qui l iait aussi homme de guerre, et qui n’a pas

• CvTop. Ilb. 7 . par. 190.

craint de se désiioiiorer eu rapportant ce détail. Quelle honte, quel reproche serait-ce pour des généraux et des officiers chrétiens, si, dans un jour d’adion cl de hataille, ils rougissaient de paraître aussi religieux qu’un prince païen, et si le Dieu des armées, qu’ils reconnaissent pour tel, faisait moins d’impression sur leur esprit que le rnspccl pour les fausses divinités du paganisme ti’cn faisait sur l’esprit de Cyrus !

Pour Crésus, il ne fait pas ici un beau personnage. Il n’esi pas dit un mot de lui dans le combat. Ce profond silence que garde Xénophon à son égard me paraît en dire beaucoup, cl nous faire entendre qn’on peut être un puissant roi et un riche polenta! sans être un grand guerrier.

Je reviens dans le camp des Perses. On s’imagine aisément quelle fut la désolalion de Panlhec quand on lui annonça la mort d’Abradale. Ayant fait porter le corps de son mari dans un chariot sur le bord du Pactole, et tenant sa tête sur ses genoux , toute hors d’elleméme, et arrêtée fixement sur ce triste objet, elle ne songeait qu’à nourrir sa douleur et à repniire scs yeux de ce lugubre et sanglant spectacle. Cyrus l’ayant appris, y accourut aussitôt, et. mêlant ses larmes à celles de celle épouse infortunée, il fil ce qu’il put pour la consoler, et donna des ordres pour rendre au mort des honneurs extraordinaires. Mais à peine se ful-il retiré, que Panthée, succombanl à sa douleur, se perça le sein d’un poignard, et lomba morte sur son mari. On leur éleva dans le lieu même un tombeau commun, qui subsislail encore du temps de Xénophon.

g VI, — Prise db Sardes et de fjiéscrs.

Cyrus , dès le lendemain matin ‘ , mareb^’ vers Sardes. Si l’on en croit Hérodote, Crésu*/ n’alicndil pas qu’il l’y enfermât ; il sortit à sa rencontre avec scs troupes pour lui livrer bataille. Selon cclhislorien, les Lydiens étaient les peuples de l’.Vsie les plus braves cl les plus belliqueux. I.eur principale force consistait dans la cavalerie. Cyrus, pour la rendre inu-

» llcrcKl. lib. 1 , caj».

lilo, fit d'abord avancer ses chameaux, dont elle ne put en cfTel soutenir ni la vue ni l'odeur, et i)rit la fuite sur-le-champ. Les cavaliers mirent pied à terre, et revinrent au combat, qui fut fort opiniâtre; mais enfin les Lydiens cédèrent, cl furent obligés de se retirer dans la ville. Cyrus en forma le siège *, et fit dresser ses machines contre les murailles et préparer des échelles comme pour l'assaut. Mais pendant qu'il amusait les Sardicus par tous ces apprêts, la nuit suivante il se rendit maître de la ciladelle, ayant appris par un esclave persan, qui en avait servi le gouvcrræur, une roulo dérobée qui y conduisait. A la pointe du jour il entra dans la ville, où il ne trouva plus de résistance. Son premier soin fut d'en empêcher le pillage ; car il s'aperçut que les Chaldéens, ayant quitté leurs rangs, s'étaient déjà répandus de ecMé et d'autre. 11 fallait avoir aillant d'autorité qu'en avait Cyrus pour arrêter et lieren quelque sorle par un simple ordre les mains avides de soldats étrangers, dans une ville aussi remplie de richesses que l'était Sardes. Il lit déclarer aux bourgeois qu'ilsauraient la vie sauve, et qu'on ne loucherait ni à leurs femmes ni à leurs enfants, pourvu qu'ils lui apportassent tout leur or et tout leur argent. Ils y consentirent sans peine. Crésus, qu'il s’était fait amener, leur en avait donné l’exemple, en livrant tous ses trésors au vainqueur.

Quand Cyrus eut donné dans la ville tous les ordres nécessaires ’, il eut un cntrelienTwrticulier avec le roi, à qui il demanda surtout ce qu’il pensait de l’oracle de Delphes et des réponses du dieu qui y préside, dont on disait qu'il avait toujours fait grand cas. Crésus commença par avouer qu’il s’était justement attiré rindigxîalion de ce dieu en lui témoignant de la défiance sur la vérité de scs réponses, et l’ayant pour cela mis à l’épreuve par une question absurde et ridicule ; que cependant il ne pouvait pas s'en plaindre : car, l'ayant consulté pour savoir ce qu’il avait à faire pour mener une vie heureuse, l’oracle lui avait fait une réponse dont le sens était qu’il posséderait un bonheur parfait et constant lorsqu’il se connaîtrait lui-méine. l'aule de cette connaissance,

' Cyrop. llli. 7 . pag. li’n,

’ l'ag. ISl-lSt.

continua-t-il , et se croyant , par les louanges qu’on lui donnait sans mesure, tout autre qu'il n’était en effet, il s’était laissé nommer généralissime de toute l’armée, et s’était mal à propos engagé dans cette guerre contre un prince qui lui était infiniment supérieur en tout. 3Iaintenant donc qu’instruit par ma défaite je commence à me connaître, je compte aussi que je vais commencer à être heureux; et je le serai certainement, si vous m’étes favorable, car mon sort est entre vos mains. Cyrus, louché de compassiou pour le malheur de ce roi, diVhu en un moment d’un si haut rang, et admirant son égalité d'âme dans un tel renversement de fortune, le traita avec beaucoup de clémenre eide bonté, et lui laissa le nom et l’autoriléde roi, mais en lui interdisant le pouvoir de faire la guerre ; c’est-à-dire, comme il le reconnul lui-méme, qu’il le déchargea de ce que la royauté a de plus onéreux, et le mil vérilablenient en état de mener une vie heureuse et exemple de tout soin et de toute inquiétude. Il le mena toujours ensuite avec lui dans ses expéditions, soit par estime, pour profiter de sesconseils, soit plutrtt par politique, pour s'assurer de sa personne.

Hérodote, et après lui d'autres aulenrs. ajoutent à ce récit quelques circonstances fort remarquables, que je ne crois pas devoir omettre fei, quoiqu’elles me paraissent tenir plus du merveilleux que du vrai.

J'ai déjà remarqué que l’unique fils qui reslail à Crésus était muet '. Ce prince voyant, dans la prise de la ville, un soldat prés de décharger un coup de sabre sur la tétc du roi , qu'il ne connaissait point, sa crainte et sa tendresse pour son père lui firent faire un effort qui rompit les liens de sa langue, et il s'écria : Soldai, ne lue point Crésus.

Crésus, ayant été fait prisonnier*, fut condamné par le vainqueur à être brûlé vif. On dressa donc le bûcher, et ce malheureux prince, âyant été mis dessus, sur le point de l’exécution rappela dqns son esprit l’entretien qu'il avail eu autrefois avec Solon; et reconnaiss-int la vérité de scs avis, il s’écria par trois fois, Solon, Solon, Solon'. Oims, qui était présent

* llfîrad. Mb. 1 , rap. R3.

* /biVi.tap «V-yi. - IMiil. In Solurve.

à ce specladc avec les principnin de sa cour , ayant appris pourquoi, dans celle extrémiti>, il prononçait avec lanl de vivacité le nom de ce célébn! philosophe, touché de rincerlilude des choses humaines et du malheur de ce prince, le fil retirer du laVcher, et l’Iionora toujours pendant qu’il vécut. Ainsi Solon ‘ eut la gloire ' d'avoir d’un seul mot sauvé la vie à l’un de ces deux rois, et donné une salutaire instruction h l’autre.

Deux réponses surtout, parties de l’oracle de Delphes, avaient beaucoup contribué à engager Crésus dans cette guerre qui lui fut si funeste : l’une était que Crésus devait se croire en danger lorsqu’un mulet régnerait sur les Modes; l’autre que, quand il passerait le fleuve llalys pour faire la guerre aux Médes, il détruirait un grand empire. Le premier de ces oracles lui Gt conclure que, vu l’impo.ssibilité de la chose, il était en pleine sûreté ; le second lui laissait espérer qu’il renverserait l’empire des Médes. Quand il vil que les choses avaient tourné tout autrement, il dépécha, avec la permission de Cyrus, des courriers à Delphes, qu’il chargea de présenter au dieu de sa port dos chaînes d’or, et de lui faire en même temps des reproches de ce que, malgré les présents infinis qu’il lui avait faits, il l’avait si indignement trompé par ses oracles. Le dieu n’enl pas de peine à justifier sa réponse. Cyrus était le mulet dont l’oracle avait voulu parler, parce qu'il lirait sa naissance de deux différents peuples, étant Perse par son père, et Mède |)ar « mère. A l’égard de l’empire qu’il devait renverser, ce n’ëtail pas celui des Médes, mais le sien propre.

C’est par ces sortes d’oracles, faux cl trompeurs, que le démon, cet esprit de mensonge qui en était l’auteur, abusait le genre humain ilans ces temps de ténèbres et d’ignorance, répondant à ceux qui le consultaient en des termes si douteux et si ambigus, que, quel que fût l’événement, ils pouvaient recevoir un sens qui s’y rapportât.

Quand les peuples d’Ionie et d’Éolic eurent appris que Cyrus s’était rendu maître des Ly-

‘ Kfti ivc )Ô7w tôv fiiv rÛTCif ,

TÎï dt natSivva: twv ^aaùiuv, ( Pi.cT, in Sotonf .

S -a, ta.)

diens', ils lui envoyèrent des députés à Sardes pour demander d’être reçus sous son empire aux mêmes conditions qu’il avait accordées aux Lydiens. Cyrus, qui, avant sa victoire, les avait inutilement sollicités d’embrasser son parti, et qui se voyait alors en état de les y contraindre parla force, ne leur répondit que par l’apologue d’un pêcheur, qui, ayant joué en vain de la flûte pour faire venir ù lui des poissons, ne vint â bout de les prendre qu’en jetant son filet dans l’eau. Kxelus de celte espérance, ils implorèrent le secours des Lacédémoniens, qui députèrent vers Cyrus pour l’avertir qu’ils ne souffriraient pas qu’il entreprit rien contre les Grecs. Ce prince ne lit que rire d’une telle députation, et les avertit â son tour du se mettre en état de se bien défendre eux-mêmes.

Les insulaires n’avaient rien à craindre de Cyrus, parce qu’il n’avait pas encore dompté les l'héniciens, et que les Perses étaient sans flotte.

Anvici.n II. — Hisvoine du srér.r: r.v ne t.x paisc

DC lÏAHVI.OSE PAR CïnCS

Cyrus resta dans l’.Vsie Mineure * jusqu’à ce qu’il eût enliéreinent soumis les divers peuples qui fhabilaient, depuis la mer Kgée jusqu’à fKuphrale. Il passa de là dans la .Syrie et dans l’Arabie , qu’il subjugua pareillement , après quoi il entra dans f Assyrie, et s’avança vers Babjlone, qui était la seule ville d’Urient qui lui résistât encore.

Le siège de celle importante place n’était pas une entreprise facile. Les murailles en étaient d’une hauteur extraordinaire , et paraissaient inaccessibles , sans compter que le nombre de ceux qui les défendaient était immense : la ville d’ailleurs était pourvue de toutes sortes de provisions pour vingt ans.

Ces diflicultés n’empêcbérent pas Cyrus do pousser son dessidn. Désespérant de prendre la place d’assaut, il laissa croire qu’il songeait à la réduire par la famine. 11 lit donc tirer d’abord une ligne de circonvallation tout nulourde la ville, avec un fossé large et profond; cl pour ne pas accabler ses troupes de faltfie

> Hcrod. lib. I , cap. lH-152 , 153 * Ibid. cjip. 1T7. — . Cvrnp. Ill>. 7, prti;. 18&18S.

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il divba son armée en douze parties , et assigna à chacune son mois pour la garde des tranchées. Les assiégés, se croyant en pleine sûreté à ia faveur de leurs remparts et de leurs magasins, insultaient à Cyrus du haut de leurs murailles, et se moquaient de la peine inutile qu'il se donnait , et de tout ce qu'il faisait contre eux.

g I. — I^ÉDtCTtOXS DES PBOCIPAI.es CmCOf(STAXCES

DU SIÈGE ET DE I.A PBISE DR UaBVLONR , MASQUÉES

EN DlFrÈRUNTS LNDROlTa DR L'KcUIICBE SAINTE.

Comme la prise de Babylone est un des plus grands événements de l'Histoire ancienne, et que les principales circonstances qui l'ont accompagnée ont été prédites plusieurs années auparavant dans i'Kcriturc sainte , avant que de raconter ce qu'en ont dit les auteurs profanes, je crois qu'il est à propos de rapporter ici en abrégé ce qui s’en trouve dans les livres saints, aün que les lecteurs soient plus en état de comparer l’accomplissement avec les prédictions.

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