‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 3)Chapitre 42 sur 125 · SS · texte numérisé non relu

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Aasyriena. Crésus avaii fait partir ses iemme» pendant la nuit pour pr«idre lefrais, car c'était en été ; et il les suivait avec quelque cavalerie. La désolation fut extrême parmi les Assyriens, quand ils virent l'ennemi si près d'eux. Plusieurs furent tués dans la fuite, où on les poursuivit vivement. Tous ceux qui étaient demeurés dans le camp se rendirent : In victoire fut compléle, et le butin immense. Cyrus se réserva tous les chevaux qui se trouvèrent dans le camp, songeant dès lors A former parmi les Perses un corps de cavalerie; ce qui leur avait manqué jusque-là : il lit mettre à part pour Cyaxarc tout ce qu'il y avait de plus précieux. Tous les prisonniers furent renvoyés libres dans leur pays, sans qu'on exigeât d'eux d'autre condition, sinon qu'eux et ceux de leur pays livreraient leurs armes et ne feraient plus la guerre, Cyrus se chargeant de les défendre contre leurs ennemis et de les mettre en état de cultiver leurs terres en toute sûreté.

Pendant que les Hédes et les Hyrcaoiens étaient à la poursuite des ennemis, Cyrus fit tout préparer pour le repas , jusqu'aux bains mêmes, afin qu'à leur retour ils n'eussent qu'à se mettre à table, llcrutoussidevoirsuspendre jusque-là la distribution du butin. Ce fut pour lors que ce général, qui songeait à tout, exhorta les Perses à se piquer de générosité à l'égard des alliés, de qui ils avaient déjà reçu de grands services, et de qui ils en atlendaient encore de plus considérables ; à vouloir bien les attendre et pour le repas, et pour la distribution du butin; à préférer les commodités et les intérêts des antres aux leurs propres, leur faisant entendre que c'était un moyen sûr de se les attacher pour toujours, et par ce moyen de remporter sur l'ennemi de nouvelles victoires qui leur procureraient tous les biens qu'ils pouvaient espérer, et les dédommageraientavanlageusemenl des pertes volontairesqu'ilsauraient pu faire pour gagner l'aifection des alliés. 11$ entrèrent tous dans ses sentiments. Quand les Médes et les Hyrcaniens furent revenus de la poursuite des ennemis , Cyrus leur fit prendre le repas qui leur avait élé préparé, en les avertissant d'envoyer seulement du pain aux Perses, qui avaient d'ailleurs, soit pour les ragoûts, soit pour la boisson , tout ce qui leur était nécessaire. Leur ragoût était la faim, et

leur boisson Tean de la rivière : c'était la manière de vivre à laquelle ils étaient accoutumés dès leur enfance.

Le lendemain matin, on procéda au partage des dépouilles. Cyrus fit appeler d'abord lés mages, et leur commanda de choisir parmi le butin ce qui devait être offert aux dieux en pareilles occasions ; puis, il chargea les Mèdes et les Hyrcaniens de partager le reste à toute l'armée. Ils demandèrent avec instance que les Perses présidassent à cette distribution; mais ceux-ci le refusèrent absolument, et il fallut s'en tenir à l'ordre de Cyrus, qui fut exécuté au grand contentement de tous.

La nuit même que Cyrus était parti pour aller à la poursuite de l'ennemi ', Cyaxare l'avait passée dans la joie et dans les festins, et s'était enivré avec ses principaux officiers. Le lendemain, à son réveil, il fut étrangement étonné de se voir presque seul et sans troupes. Plein de colère et de furenr, il dépêcha sur-lechamp un courrier à l'armée, avec ordre de foire de violents reproches à Cyrus, et de faire revenir tous les Mèdes sans aucun délai. Cyrus ne s'effraya point d'un conunaridemeut si injuste. Il lui écrivit une lettre respectueuse , mais pleine d'une généreuse liberté, où il justifiait sa conduite, et le faisait souvenir de la permission qu'il lui avait donnée d'emmener tous ceux des Médes qui voudraient bien le suivre. Il envoya en même tempsen Perse pour faire venir de nouvelles troupes , dans le dessein qu’il avait de pousser plus loin ses conquêtes.

Parmi les prisonniers de guerre qu’on avait faits ', il se trouva une jeune princesse d’une rare beauté qu’on avait réservée pour Cyrus : elle se nommait Panthée, et était femme d'Abradate, roi de la Susiane. Sur le récit qu’on fit à Cyrus de sa beauté , il refusa de la voir , dans la crainte, disait-il, qu'un tel objet nel'altachàt plus qu'il ne voudrait, et ne le détournât des grands desseins qu'il avait formés. Cette grande retenue de Cyrus* venait sans doule de l'excellente éducation qu’il avait reçue; car c’était un principe chez les Perses de ne parler jamais devant les jeunes gens de rien

' Cyrop.Hb. 4. pag. 101-108.

• UJ>.5.p(ig.HHi7;«»llb.«.pag.lSW56.

» LIb. 1 . pag. SI.

qui eftt rapport h Tamour, de peur que la violente inclination qu'ils ont nalurelleraenl pour la volupté, jointe à la légéreté de leur âge, ne fût réveillée par de tels discours et ne les jetât dans les dernières débauches. Araspe , jeune seigneur de Médie , qui l’avait en garde , ne se défiait pas tant de sa faiblesse, et prétendait qu'on est toujours maître de soi~méme. Gyrus lui donna de sages avis, en lui confiant de nouveau le soin de cette princesse. J'ai vu , loi dit-il, beaucoup de personnes qui se croyaient bien fortes succomber néanmoins comme malgré elles à cette violente passion, et avouer ensuite, avec honte et douleur, que cette passion était un asservissement et un esclavage dont on ne pouvait plus se tirer, une maladie incurable et au-dessus des remèdes et des efforts humains, une sorte de >lieD et de nécessité^ plus difficile à rompre que les chaînes de fer les plus fortes. Ne craignez rien, reprit Araspe ; je suis sûr de moi, et je vous réponds sur ma vie que je ne ferai rien de contraire^ mon devoir. Cependant sa passion pour cette jeune princesse s'alluma peu à peu jusqu’à un tel point, que, la trouvant invinciblement opposé à ses désirs, il était près de lui faire violence. La princesse enfin en donna avis à Cyrus , qui chargea aussitôt Artabaze d’aller trouver Araspe de sa part. Cet officier lui parla avec la dernière dureté, et lui reprocha sa faute d’une manière propre à le jeter dans le désespoir. Araspe, outré de douleur, ne put retenir ses larmes, et demeura interdit de honte et de crainte, se croyant perdu. Quelques jours après Gyrus le manda : il vint tout tremblant. Gyrus le prit à part , et au lieu de violents reproches auxquels il s’attendait, il lui parla avec douceur, reconnaissant que luiméme avait en tort de l’avoir imprudemment enfermé avec un ennemi si redoutable. Une bonté si inespérée rendit la vie et la parole à ce j^ine seigneur ; la confiision, la joie, la reconnaissance, firent couler de ses yeux une abondance de larmes : « Ah l je me connais N maintenant, dit-il, et j’éprouve sensiblement « que j’ai deux âmes, l’une qui me porte au « bien, l’autre qui m’entraîne vers le mal. La

* i<r;iupoT*oa Tcvt àviyxjj, n ti vtSrifiÿ

îiiStVJo.

« première l'emporte quand vous venez à mon « secours, et que vous me parlez ; je cède à a l’autre et je suis vaincu quand je suis seul. » Il répara avantageusement sa faute , et rendit un service considérable à Gyrus, en se retirant comme espion chez les Assyriens, sous prétexte d’un prétendu mécontentement.

La perte d’un si brave officier* (car on cnit que c’était le dépit qui l’avait fait passer chez les ennemis] affligea toute l’armée. Panlhée , qui y avait donné occasion, promit à Gyrus de le remplacer par on autre otTicier qui n’aurait pas moins de mérite ; elle parlait d'Abradate son mari. En effet, sur la lettre qu’il reçut de sa femme, il se rendit an camp des Perses avec deux mille chevaux, et fut conduit d'abord à la lente de Panlhée, qui loi raconta, non sans verser beaucoup de larmes, avec quelle bonté et quelle sagesse le généreux vainqueur l’avait traitée, a El comment, s’écria Abradate, « pourrai-je reconnaître un tel service? En *« vous conduisant à son égard, lui dit Pan- « thée, comme il l’a fait au mien. » 11 alla surle-champ trouver Gyrus, et baisant la main de son bienfaiteur, <t Vous voyez devant vous, lui « dit-il, l’ami le plus tendre , le serviteur le K plus dévoué, l'allié le plus fidèle que vous « ayez jamais eu; qui, ne pouvant reconnaître « autrement vos bienfaits, vient se livrer lui- « même entièrement à votre service. » Gyrus le reçut avec un air de noblesse et de grandeur, et en même temps avec une bonté et une tendresse qui lui prouvèrent que tout ce que Panthée lui avait dit du caractère merveilleux de ce prince était encore beaucoup au-dessous du vrai.

Deux seigneurs des plus puissants du royaume d’Assyrie*, qu’on lui marqua avoir dessein de se mettre sous sa protection, lui furent aussi d’un grand secours. Le premier était Gobryas, vieillard respectable par son âge et par sa vertu. Le roi, mort depuis peu, qui en connaissait tout le mérite, et le considérait extrêmement, avait résolu de donner sa fille en mariage à son fils, et, dans cette vue, l’avait fait venir à la cour. Ge jeune seigneur, dans une {Mrtie de chasse où il avait été invité , ayant

< Cyrop. lib. 6, pag. 135-156.

* Ub. 4, pag 111-113.

fteité de son dard une b#hs sauvage que le fils du roi avail manquée, celui-ci, qui élail emporté et violent jusqu’il la rérocité, de dépit le perça lui-mémc sur-le-champ d’un coup de lance, et le coucha mort par teire. Gobryas pria Cyrus de venger un père infortuné, et de prendre sa famille sous sa protection, d’autant plus qu'il ne lui n'slait qu’une fille unique, destinte depuis longtemps A épouser le jeune roi, mais qui ne pouvait soutenir celte pensée, qu’elle deviendrait l'épouse du meurtrier de son frère.

Ce jeune roi s’appelait Laborosoarchod ' ; il ne régna que neuf mois. Nabonid, appelé aussi I.abyDil et Baltasnr, lui succéda, et ri^na dixsept ans.

Le second seigneur s’appelait Gadalas ‘ , il élail prince d’un peuple nombreux et puissant. Le roi actuellemeal régnant , depuis qu'il était montésur le Irène, l’availlraité d’une manière indigne, parce qu’une de ses concubines en avait parié comme d’un homme bien fait, et avail relcvë-le bonheur de celle qu’il choisirait pour épouse.

L’espérance de ce double secours ‘ fut pour Cyrus un puissant attrait qui le détermina à pénétrer dansie cœur du pays ennemi. Comme Babylone, la capitale de rempirmqu’il voulait conquérir, était le principal objet de son expédition , il tourna ses vues et sa marche de ce cété-IA, non pour l'attoquer encore dans les formes, mais pour reconnaître la ville par luiméme, pour détaclHT du porti de ce prince le plus d'alliés qu’il pourrait, et pour faire de loin les dispositions cl les pn'-parniifs du siège qu’il méditait. Il se mil donc en chemin avec ses troupes pour aller d’abord dans les t'.'rrcs de Gobryas. I.a forteresse où il logeait lui parut une place imprenable, tant elle était et avantageusement située, et bien fortifiée de tous cotés. Ce seigneur vint au-devant de lui, faisant porter des rafraîchissements pour toute l’armée. Cyrus entra dans le chéteau. Alors Gobryas fil mettre A ses pieds des coupes et des vases d’or et d’argent sans nombre, avec une multitude de bourses remplies de monnaies d’or du pays ; et ayant fait venir sa fille ,

• An. M. 3ltU;aï.J, C.5Î.).

* Cjrop.lib.S, p.ia. t^ci ISI.

> Ub. 6,pig.lUI-l23.

qui était d’une taille majestueuse cl d’une beauté extraordinaire, que l’habit de deuil dont elle était revêtue depuis bi mort de son frère semblait encore relever davantage, il la lui présenta, le priant de la prendre sous sa protection, et de vouloir bien accepter les marques de reconnaissance qu'il prenait la liberté de lui offrir. < J’accepte de bon cœur votre or

< et votre argent, dit Cyrus, et j’eu fais pré- « sent A votre fille pour augmenter sa doU ^ « <b)utez point que vous ne truinriecpudlinles « seigneurs de ma cour un époux digne d’cHt. « Ce ne seront ni ses richesses ni les vMres « qu'ils estimeront. Je puis vont assurer qu'il « en est parmi eux plusieurs qui ne fermient « aucun cas de tous les trésors de Babyhme .

< s’ils étaient séparés du mérite et de la ver- « tn. Ils ne se piquent, A mon exemple. J'ose « le dire, que de se montrer fidèles à leurs « amis, redoutables A leurs .ennemis, et pleins c de respect pour les dieux. » On le pressa de prendre un repas dans la maison, mais U refusa constamment, et retourna dans le camp avec Gobryas, qu’il fit manger avec lui et avec ses officiers. La terre revêtue de gazon leur servait de lits : on s’imagine aisément que le reste A proportion était dans le même goût. Gobryas, qni avait un bon esprit, sentit combien cette neffile simplicité était snpérieare à sa vaine magnificence; et il sut bien dire que les Assyriens réussissaient A se distinguer par le faste, el les Perses par le mérite. Il admire surtout la plaisanterie ingénieuse et la gatté innocente qui régnèrent pendant tout le repas.

Cyrus, toujours oetmpé de son grand dessein *, s’avança avec Gobryas vers le pays de Gadalas, qui était au delA de Babylone. Il y avail dans le voisinage une forte citadelle qui commandait le pays des Saques ‘ et des Cadnsiens, et où résidait un gouverneur au nom do roi de Babylone pour contenir ces peupb's dans le devoir. Cyrus fit mine de vouloir l’attaquer. Gadalas, dont l’intelligence avec les Perses n’était point encore connue, s'offrit, par le conseil de Cyrus, an gouverneur, pour défendre conjointement avec lui celte importante

< Cyrop, Itb. 5, piff.

B Ce Dc senl pof ceux de ScytUe

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placp. Il y Alt reçu avec set troupes, et la lim aassil6l à Cyms. La prise de celte citadelle le rendit maître du pays des Saques et dus Odusiens; et comme il traita ces peuples avec beaucoup de bonté et de douceur, iis demeurèrent inviolableinent attachés i son service. Les Gadnsiens firent une armée de vingt mille hommes de pied et de quatre mille chevaux; les Saques levèrent dix mille archers à pied et deux mille A cheval.

|je roi d'Assyrie s'était mis en compagne pour punir Gadalas de sa révolte. Mois Cyrus, l’ayant attaqué, le vaiiupiit, fit un grand carnage de ses troupes, et l'obligea de se retirer à Babylone. Après cet exploit, ce conquérant employa quelque temps à ravager le paya. Le bon traitement qu’il avait fait aux prisonniers de gacire, en les renvoyant libres chacun dans leurs maisons, avait répandu partout le bruit de sa clémence. Beaucoup de peuples se rendirent à lui, et grossirent le nombre de scs troupes. S'étant approché de Babylone, il fit faire an roi des Assyriens un défi de terminer leur querelle par un combat singulier. Son défi ne fut pas accepté; mais, pour mettre ses alliés en sûreté pendant son absence, il lit avec lui une espèce de trêve et de traité, par lequel on convint de part et d’autre de ne point itiquiéter les laboureurs, et de leur laisser cultiver les terres avec une pleine liberté. .Vprés avoir reconnu le pays, examiné la situation de Babylone , s’élre fait un grand nombre d'amis et d'alliés, et avoir considérablement augmenté sa cavalerie, il reprit le chemin de la Médie.

Quand il ftil prés de la frontière *, il députa SQSsitdt vers Cyaiare pour lui donner avis de son arrivée, et pour prendre ses ordres. Celuiri ne jugea pas & propos de recevoir dans son pays une armée si considérable, et qui allait encore être augmentée de quarante mille hommes nonvcllemonl arrivés de Perse. Le lendemain il se mil en chemin avec ce qui lui était testé de cavalerie. Cyrus alla au-devant de lui itec la sienne, qui était fort nombreuse et fort l«le. A cette vue, la jalousie et le niéconlcn- Irmenl de Cyaxare se réveillèrent. Il fil un accueil Irés-froid à son neveu, détourna son vi-

• Cyrop.lib. 5, P»g- lSt-li7.

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sage pour ne point recevoir son Imiscr, et laissa même couler quelques larmes. Cyrus commanda à tout le monde de s'éloigner, cl entra avec lui en édiiircissemenl. Il lui parla avec tant de douceur, de soumission, de raison, lui donna de si fortes preuves de la droiture de son cœur, de son respect, et d’un inviolable ntlachcmcnl à sa |>crsonne et à ses inléréls, qu'il dissipa en un moment tous scs soupçons, et rentra parfuilcmenl dans ses bonnes grâces. Ils s’embrassèrent mutuellement, en ré- (laiMlant des larmes de part et d’autre. On no peut exprimer quelle fut la joie des Perses cl des .Médes, qui altcnilaienl avec inquiétude et tremblement de quelle façon se terminerait cette entrevue. \ rinslant, Cyaiare et Cyrus remontèrent à cheval ; et alors tous les ^lédes se rangèrent à la suite de Cyaxare, comme Cyrus leur en avait fait signe. Les Perses suivirent Cyrus, et les autres nations leur prince particulier. Quand ils furent arrivés au camp, ils conduisirent Cyaxare dans la lente qu'on lui avait dnessée. 11 fut aussitôt visité de la plupart des Médes, qui vinrent le saluer et lui faire des présents, les uns de leur propre mouvement, les autres par ordre de (^yrus. Cyaxare en fut extrêmement touché, et commença à reconnaître que Cyrus ne lui avait point débauché scs sujets, et que les .Médes ne lui étaient pas moins affectionnés qu'auparavant.

Telle fut l’issue de la première ex|iédilion de Cyrus* contre Crésus et contre les Babyloniens, et il fut résolu dans le conseil qui se tint en présence de Cyaxare et de tous les officiers que l’on rootinucrail la guerre.

Comme je ne trouve dans \énuplion nulle date qui fixe précisément les années oii les divers événemenLs dont il parle sont arrivés, je suppose avec l!s.sérius, quoique le récit de Xénophon oc paraisse pas donner cette idée, qu’entre les deux combats contre Crésus et les Babyloniens il se passa plusieurs années, pendant lesquelles on Ht de part et d’autre les prépnralifs nécessaires pour l’importante guerre à laquelle on se disposait; et je place dons eet intervalle le mariage de Cyrus.

Il songea donc, environ dans ce temps-ci *,

• Cyrop.llb. 5.pax. 1«8-I5t.

> Ub. a.pnfi. X:>8cim

à faire un voyage en Perse, cinq ou six ans a peu près depuis qu’il en était sorti pour commander les troupes. Cyaxare ‘ lui donna pour lors une grande preuve du cas qu’il faisait de son mérite. Il n’avait point d’enfant mAle , mais une fille unique, qu’il lui offrit en mariage, avec assurance de la Médie pour dot. Cyrus fui fort sensible à une offre si avantageuse, et en marqua une vive reconnaissance; mais il ne crut pas devoir l’accepter avant cpie d’avoir eu le consentement de son père et de sa mère, laissant pour tous les siècles un rare exemple de la respectueuse soumission et de l’entière dépendance que doivent montrer en pareille occasion à l’égard de père et de mère tous les enfants, quelque Age qu’ils puissent avoir, et à quelque degré de puissance et de grandeur qu’ils soient parvenus. Cyrus épousa la princesse à son retour de Perse. Ce fut d’elle qu’il eut Cambyse,

Après la célébration de son mariage il retourna au camp, et sut bien profiter du temps qui lui restait pour assurer ses nouvdies eonquôtes et pour prendre avec les aBiès toutes les mesures capables de faire réussir le grand dessein qu’il avait dans l’esprit.

Comme il prévoyait, dit Xénophon*, que les préparatifs de la guerre pourraient traîner en longueur, il fit construire un camp dans un lieu fort eoramode et fort sain, et le fortifia extrêmement. D y exerçait ses troupes, et les tenait en haleine comme si l’ennemi eût été présent.

On apprit par les transfuges, et par les prisonniers qu’on amenait tous les jours dans le

* Xénopbon ne place ce mariage qu'aptès la prise de Babylone. Mais comme pour lors Cyrus avait plus de soixante ans , et qu'il n'est pas vraisemblable qu'il ait attendu CCI âge pour songer au mariage . j'ai cru devoir en avancer le temps. D'ailleurs Cambyse n'aorailcu que sept ans quand il monta sur le trône, et que quatorze ou quinze «Tuasd il mourut : ce qui ne peut s'accorder avec ses expé* ditions en Egypte et en Éthiopie . ni avec tout ce que l'histoire raconte de son règne. Peut-être que Xénopbon avançait de beaucoup la prise de Bahrylone ; mais Je m'en tiens aux dates que nous marque Cssérius. J'ai supprimé aussi ce qu'on lit dans la Cyropédi» (lir. 8, pag. 828) que , dès le temps que Cyrus avait été à la cour de son grand^wre Asiyage, cette princesse avait dit qu'elle n'aurait point d'antre mari qne Cyrus. Cyaxare , père de cette princesse, B'avait alors que treize ans.

• Cyrop. lib. 6, pag, 164.

camp , que le roi de Babylone était passé en Lydie, et qu’il avait emporté avec loi de grandes sommes d’or'et d’argent. Les simples s(^ dats s’imaginèrent aussitôt que c’était la frayeur qui lui avait fait détourner ses trésors; mais Cyrus jugea qu’il n'avait entrepris ce voyage que pour lui susciter quelque nouvel ennemi, et il travailla avec une ardeur infatigable am préparatifs d’une seconde bataille. -

11 s’appliqua surtout à fortifier sa cavalerie fiersane et à foire construire un grand nombre de chariots de guerre, mais d’une nouvdie forme, ayant trouvé de grands inconvénients dans les anciens, dont la mode venait de Trme, et qui jusque-là avaient été en u^ge dans toute l’Asie.

Sur ces entrefaites * , les ambassadeors da roi des Indes arrivèrent avec quantité d'argent qu’ils apportaient à Cyrus de la part da roi leur maître, qui leur avait aussi commandé de lui dire qu’il était fort aise qu’il l’eût averti de ce qui pouvait, lui manquer ; qu'il voulait être son ami et son allié ; que, s’il avmt encore besoin d'argent, il n’avait qu’à le lui faire savoir; qu’enfin ses ambassadeurs avaient ordre de lui obéir absolument comme à lui-méme. Cyrus reçut des offres si obligeantes avec tonte la reconnaissance et toute la dignité possible. 11 combla les ambassadeurs d’hounétetëselde présents, et, profitant de leur bonne volonté, il les pria de vouloir bien en détacher Ums d’entre eux pmir aller chez les ennemis comme envoyés par le roi des Indes pour faire alliance avec eux, mais en effet pcmr découvrir leurs desseins et hii en venir rendre compte. Ils se chargèrent de cette commission avec joie, et s’eu acquiUérent avec habileté. Je ne reconnais point ici la conduite ni la bonne foi ordinaire de Cyrus. Pouvail-il ignorer que c’était violer ouvertement le droit des gens que d’envoyer chez les ennemis, comme espions, des ambassadeurs, à qui le caractère dont ils étaient révélas ne permettait point de foire un td personnage ni d’user d'une telle perfidie?

Cyrus* faisait ses préparatifs pour la bataiUeen homme qui ne méditait rien que de grand. Nonseulement il avait soin des choses qui avaient

* Cyrop. Hb. 6 . pag. 156-157.

* Lib. 6, pag. 1.57.

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èlé résolues daos le cooseil , uiais U prenait plaisir à taire naître une noble jalousie parmi les efliciers, à qui aurait de plus belles armes, à qui serait le mieux monté , à qui lancerait plus adroitement un dard, à qui tirerait mieux une flèche, i qui supporterait plus patiemment le travail. Il faisait cela en les menant avec lui à la chasse, et en donnant toujours des récompenses A ceux qui s'y distinguaient le plus. S'il \oyait aussi des capitaines qui prissent soin de leurs soldats, il les louait hautement, et les falorbait de tout son pouvoir , afln de les animer. Quand U faisait quelque télé, il ne proposait point d'autres jeux que les exercices militaires , et donnait des prix considérables aux victorieux ; ce qui allumait une merveilleuse ardeur dans son armée. En un mot, c'élait un général qui, dans l'action, dans le repos, dans ses loisirs même, dans les repas, les conversations, les promenades, n'était presque occupé que de ce qui regardait le bien du service. C’est par de tels moyens qu’on devient grand honume de guerre.

Cependant les ambassadeurs indiens ', étant revenus du camp des ennemis, rapportèrent que Crésus avait été élu généralissime de leur armée ; que tous les rois et princes alliés étaient convenus de fooniir les sommes nécessaires pour lever des troupes; que les Thraces s'é- Uienl déjà enrôlés ; qu'il leur venait par mer un secours d'Egypte, qu'on faisait monter A six-vingl mille hommes; qu’ils attendaieiil encore une armée de Chypre; que déjA les Ciliciens, les peuples de l'une et de l'autre Phrygie, lesLycaoaien8,le8Paphlagooiens, les Cappadociens, les Arabes et les Phéniciens, élaient arrivés ; que les Assyriens élaient pareillement V enus avec le roi de Babylone ; que les louiens, les Éoliens, et la plupart des Grecs qui demeuraient en Asie, avaient été forcés de prendre parti ; que Crésus avait envoyé A Lacédémone "'iiir traiter d’alliance; que l’armée s’assemblait iiutour du Pactole, et que de IA elle de- 'ail s’avancer A Tliyrabrée, où élail le rendeivous de lüulcs les troupes. Ce rapport était luiitirmé par celui des prisonniers et des espions.

Ces nouvelles ^ jetèrent U frayeur dans l’ar-

' CjiKp-Hb.A, paS-ISA- » Pag t50.

niée de Cyrus; mais ce prince ayant assemblé les ofliciers, et leur ayant marqué la différence infinie qu’il y avait enlrc les troupes ennemies et les leurs, leur rendit bientôt le courage.

Cyrus avait pris toutes les mesures nécessaires ‘ pour que son armée ne manquât de rien, cl avait donné ses ordres tant pour la marche que pour la bataille qu'il se préparait A livrer, élant descendu pour cela dans un délai! élonnanl que \énophon rapporte fort au long , et qui s'étendait depuis Ic.s premiers commandants jusqu’aux plus bas ofliciers, parce qu'il savait bien que c’est de telles précautions que dépend le succès des entreprises , qui souvent échouent par les plus légères négligences, comme il arrive quelquefois que le jeu et le mouvement des plus grandes machines est arrêté par le dérangement d’une seule roue , quelque pelile qu’elle soit.

Ce prince connaissait tous les officiers de l'armée par leurs noms * , el , se servant d’une comparaison triviale, mais expressive, il avait coutume de dire qu’il trouvait bien étrange que les artisans sussent les noms de tous leurs outils , et qu’un général fût si indifférent que de ne savoir pas les noms de ses capilaines, qui sont autant d’instruments dont H se sert dans toutes ses entreprises. D’ailleurs il jugeait que cet usage avait quelque chose de plus honorable pour les officiers, de plus engageant et de plus propre A les porter A faire leur devoir, en leur laissant penser qu’ils èlaieut connus et estimés du général.

Lorsque tous les préparatifs furent achevés', Cyrus prit congé de Cyaiare, qui demeura en Médie avec ta troisième partie seulement de ses troupes, pour ne pas laisser son pays entièrement dégarni.

Cyrus, qui savait qu’il était toujours avantageux de foire la guerre dans le pays ennemi , n’attendit pas que les Babyloniens vinssent l’allaquer dans le sien, mais il marcha A leur rencontre, dans le dessein de foire consumer leurs fourrages par ses troupes , et encore plus de les déconcerter par la prompUlude et par la hardiesse de rette entreprise. Après une trèslongue marche, il joignit les ennemis A Thym-

■ C;rop. Ub. S , pag. 158-<63.

• Ub. S.ptg.

> Ub.e, pas. 160-161.

brèe , ville de la Lydie , silaée assez près de Sardes , capitale du pays. Ils n'avaienl point cru que ce prince, avec une armée plus faible de la moitié que la leur, pût songer à les venir chercher dans leur pays; et ils furent étrangement surpris de le voir arriver, sans qu’ils eussent eu le temps ni de ramasser les vivres qui étaient nécessaires pour la subsistance d'une armée aussi nombreuse que la leur , ni d’assembler toutes les troupes qu'ils voulaient lui opposer.

$ V. — Bataille dbTiiymbkêe e^ctee Cykus et Cbéscs.

Celte bataille est un des plus considérables événements de l’antiquité , puisqu’elle décida de l’empire de l'Asie entre les Assyriens de Babylone et les Perses. C’est ce qui a engagé M. Frérel *, l’un de mes confrères dans l’Académie des Belles-Lettres, à l’examiner avec un soin particulier, d’autant plus volontiers, comme il le remarque, que c’est ici la première bataille rangée dont nous connaissions le détail avec quelque étendue. Je me suis mis en possession de profiter du travail et des lumières des autres, mais sans leur en dérober la gloire, et sans m’ûter aussi la liberté d’y faire les changements que je juge nécessaires. Je donnerai ù la description de celte bataille plus d’étendue que je n’ai couiume de faire, parce que, Cyrus étant considéré comme un des plus grands capitaines dont il soit parlé dans l’antiquité, les gens du métier seront bien aises de le suivre ici dans toutes scs démarches ; et d’ailleurs la manière dont les anciens faisaient la guerre et donnaient les combats fait une partie essentielle de leur histoire.

. Dans l’armée de Cyrus, les compagnies d’infanterie étaient de cent hommes, sans compter le capitaine*. La compagnie avait quatre escouades, qui étaient de vingt-quatre hommes chacune, non compris celui qui la commandait. L’escouade se partageait en deux files, chacune de douze hommes. Dix compagnies avaient un chef pour les commander , qui répond assez À ce que nous appelons colonel; et

' Tom. 6 des Mémoires de l’Académie des Belles-Lettres , pag. 532.

• Cyrop. Hb. 6, pag. 167.

dix de ces corps avaient un commandant, -qu’on pourrait appeler brigadier.

J’ai déjà remarqué que Cyrus, lorsqu’il vint à la télé de trente mille Perses au secours de son oncle Cyaxare ', fil dés lors un changement considérable dans ses troupes. Les deux tiers ne se senaient que de javelots ou d’arcs , et par conséquent ne pouvaient combattre que de loin. Au lieu de cela, Cy rus les arma pour la plupart de cuirasses, de boucliers, et d’épées ou de haches, et laissa peu de soldats armés à la légère.

Les Perses ne savaient alors ce que c’était que de combattre à cheval*. Cyrus, convaincu que rien n’est plus décisif pour le gain d’une bataille que la cavalerie, sentit bien cet inconvénient, et de loin il prit de sages précautions pour y remédier. 11 en vint à bout, et peu à peu il forma un corps de cavalerie persane qui monta jus(|u’à dix mille hommes, qui étaient les meilleures troupes de l'armée.

Je parlerai ailleurs du changement qu’il introduisit dans les chariots de guerre. Il est temps de venir au dénombrement des troupes de l'une et de l’autre armée, que l’on ne peut fixer que par conjecture, et en réunissant plusieurs endroits de Xénophon, cet auteur ayant omis d'en marquer ici précisément le nombre; ce qui me parait fort étonnant pour un homme habile dans la guerre comme l’était cet historien.

L’armée de Cyrus montait en tout à cent quatre-vingt-seize mille hommes, infanterie et cavalerie. Dans ce nombre il y avait soixantedix mille Perses naturels, savoir dix mille cuirassiers à cheval, vingt mille cuirassiers à pied, vingt mille piquiers, et vingt mille hommes armés à la légère. \je reste de l’armée, au nombre de cent vingl-.six mille hommes, comprenait vingt-six mille chevaux, Médes, Arm*'^ niens, et Arabes de la Babylonie,el cent mille fantassins des mêmes nations.

’ Outre ces troupes, Cyrus àvail trois cents chariots de guerre armés de faux*, dont chacun était tiré par quatre chevaux attelés de front; et bardés à l’épreuve du trait, de même que ceux des cuirassiers persans.

* Cyrop. lib. 2 , pag. 39-iO.

* Lib. 4 , pag. 99-100 ; et lib: 5 , pag. 138.

> Lib. 6, pag. 152-153, 157.

(]yrus nvail encore fait construire un grand tioml>re de chariots beaucoup plus grands, sur lesquels il y avait des tours hautes environ de di\-huit ou vingt pieds, qui conletiaient vingt arcliers. Os chars étaient traînés sur des roulettes par seize bœufs attelés de front.

U y avait adssi un grand nombre de chameaux, montés chacun de deux archers arabes adossés; en sorte que l’un regardait la tête, et Vantre la croupe du chameau.

I.’armèe de Crésus était plus forte du double que celle des Perses, et montait ù quatre cent vingt mille hommes, dont il y on avait .soixante mille de cavalerie. Les principales troupes étaient des Babyloniens, d<‘s Lydiens, des Phrygiens, des Cnppadociens, des peuples de rHcllespont et des Égyptiens, nu nombre de trois cent soixante mille. Les derniers, c’est-Adire les Égyptiens, Ifisaient eux seuls un corps de six vingt mille hommes. Ils avaient des 1-oucliers qui les couvraie?)! jusqu’aux pieds , des piiiucs fort longues, et des épées courtes, mais larges. Le reste était des Phéniciens, des Lyprioles, dos Ciliciens, des Lycaoniens, des Paphlagoniens, dcsThraceset des Ioniens.

L'année de Oésus se mit en bataille sur une seule ligne', l’infanterie au centre, et la cavalerie sur les ailes. Toutes les troupes, tant de pied que de cheval, avaient trente hommes de profondeur; mais les Égyptiens, dont nous avons vu que le nombre montait à six vingt mille hommes, et qui faisaient la principale force de rinfanteric de Crésus, dont ils occupaient le centre, étaient partagés en douze gros > orps ou bataillons carrés de dix mille hommes chacun, qui avaient cent hommes de front et autant de profondeur, avec quelques intervalles entre les bataillons, afin d’agir et de combattre indépendamment les uns des autres. Crésus inrait voulu les engager h se ranger sur une moindre hauteur, pour faire un plus grand front. Les armées étaient dans une plaine immense qui lui permettait d’étendre ses ailes à droite et à gauche ; et son dessein , sur lequel HTil il fondait l’espérance de la victoire, était d'envelopper l’armée des Perses : mais il ne piil obtenir des Égyptiens qu’ils changeassent l'ordre de balaillu auquel ils étaient accoutu-

I Cimp. lib. « . l'OB- 1'«.

més. L’armée, ainsi rangée sur une ligne, occupait de terrain presque quarante stades, c’està-dire prés do deux lieues.

Araspe, qui, sous prétexte d’un mécontentement, s’était retiré dans l’armée de Crésus, et qui avait eu ordre surtout de bien examiner In manière dont ce général rangerait ses troupes, était revenu dans le camp des Perses la veille du combat. Cyrus, pour former son ordre de bataille, se régla sur la disposition de l’armée de Crésus, dont ce jeune seigneur méde lui avait rendu un compte exact.

Les troupes persanes combattaient ordinairement sur vingt-quatre de hauteur : Cyrus (hnngen celte disposition. Il lui importait de former le plus grand front qu’il lui serait possible sans trop affaiblir ses phalanges, pour ne pas être enveloppé. Son infanterie était excellente, armée avantageusement de cuirasses, de perliiisanes, de haches et d’épées; et pourvu qu’elle pût joindre l’ennemi corps à corps, il n’y avait pas lieu de croire que les phalanges lydiennes, armées seulement de boucliers légers et de javelots, en pussent soutenir l’attaque. Cyrus dédoubla donc les fdes de son infanterie, et la mit sur douze de hauteur seulement : elle était composée de quatre-vingttreize mille hommes. La cavalerie était rangée sur les deux ailes, la droite commandée j er Ctirysantc, et la gauche par Hystaspe. I.e front entier de l’armée n’occiipail en tout qu’un terrain de trente-deux stades', c’est-à-dire un peu plus d’une lieue et demie; et par conséquent il était débordé de plus de trois stades’, de chaque côté par l’armée ennemie.

Derrière celte première ligne, et à une Iréspclite distance, Cyrus plaça les lanceurs dej.avelols; après eux, les archers. Ils étaient couverts les uns cl les autres par les soldats qui étaient avant eux, au-dessus de la télé desquels ils pouvaient lancer contre l’ennemi leurs javclols et leurs flèches.

Il forma une dernière ligne, ponr eomposer l’arriére-garde , de ce qu’il y avait de plus braves soldats dans l’armée. Leur fonction était d’avoir l’œil sur ceux qui étaient placés devant eux, d’encourager ceux qiri faisaient

I Trenle-deux stades font une lieue et tiers. E. B.

* Unpeum<rinsd'uaquartdclieuc.=:&IOmétres.E B.

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leur devoir, d'arrêler par des menaces ceux qui s’ébraiilaienl, et d’aller même jusqu'à luer les fuyards comme des Irallres, aliii d'opposer de leur part aux lâches une crainle plus grande que celle qui pouvait leur venir du côlé des ennemis.

Derrière l’armée persane étaient ces tours roulantes dont j’ai parlé plus haut. Klles formaient une ligne égale et pnralléUî à celle de l’armée, et ne servaient pas seulement à incommoder renncmi par les décharges continuelles des archers dont elles étaient garnies , mais pouvaient encore être regardées comme des i“spéees de forts ou de redoutes mobiles, sous lesquelles les troupes persanes pouvaient ce rallier en cas (|u’ellcs fussent rompues et poussi’rs par l’ennemi.

Tout proche de ces tours, il y avait deux autres lignes, parialléles aussi et égales au front de l’armée, formées l’une par les bagages, et l’autre par les chariots qui portaient les fi'inini'S et les personnes inutiles.

Pr)ur fermer toutes ces lignes *, et les mettre hors d’état d’étre insultées par l’ennemi, (iyrus avait placé à la queue deux mille hommes d’infanterie, deux mille chevaux, et la troupe de chameaux, qui était assez nombreuse.

Le dessein de Cyrus, en formant deux lignes de ces bagages, était non-seulement de faire paraître son armée plus nombreuse qu’elle n’était en effet, mais d’obliger les ennemis, en cas qu’ils voulussent l’envelopper, comme il savait que c'était leur projet, de faire un plus long circuit, et par conséquent de s'affaiblir en s’allongeant.

Restent leschariols persans armés en guerre. Ils étaient partagés en trois corps, de cent chacun. L’un de ces cor[)s, commandé par Ahradate, roi de la Susiane, fut placé au front de la bataille, et les autres sur les deux llanrs de l’armée.

Tel fut l’ordre de bataille des deux armé(!S, cl elles furent ainsi rangées le jour qui précéda le combat.

Le lendemain, dès le grand malin, Cyrus lit un sacritice, pendant lequel l'armée prit de la nourriture ; et les soldats, après avoir fait de;, libations aux dieux, allèrent se revêtir de leurs

f Cjrop. hij. G, n».

armes. On ne vit jamais rien de plus leste n: de plus magnilique ; colles d’armes, cuiras^'., boucliers, casques, on ne savait ce qu’on devait le plus admirer. Hommes et chevaux, tua! brillait d’airain et d’écarlate.

Abradate étant sur le point de mettre sa cuirasse, qui n’élail que de lin piqué, selon b mode de son pays, l'anthèe, sa femini', lui vint présenter un casque, des brassards eide; bracelets, tout cela d’or, avec une cotte d'armes de sa hauteur, plissée par en bas, et un grand panache de couleur de pourpre. Klle avait fait préparer toute cette armure à l’insu de son mari, pour lui ménager le plaisir de li surprise. Malgré les efforts qu’elle faisait, elle ne put, en le revêtant de celte armure, s’empêcher de répandre quelques larmes : mais quelque tendresse quelle eût pour lui, elle l’exhorta à mourir plulêl jes armes à la main, que de ne se pas signaler d’une manière digne de leur tiaissancc, et digne de l’idée quelle avait lâché de donner du lui à Cyrus. « .Nous K lui avons, dit-elle, des obligations iutinies.

« J’ai été sa prisonnière, et, comme telle, des- « linée pour lui ; mais je ne mu suis point « trouvée esclave eitlre scs mains, ni ne me « suis point vue libre à des condilions lion- « leuscs. Il m’a gardée comme il aurait garde « la femme de son propre frère ; et je lui ai « bien promis que vous sauriez reconnaitr ' <f une telle grâce. — (J Jupiter 1 s’écria Abra- « date en levatil les yeux vers le ciel, fais que « je paraisse en cette occasion digne mari de « l’anlliée, el digne ami d’un si généreux bicis « fuileur 1 » Cela dit, il monta sur son cliar. l’aulliée ne pouvatil plus l’embrasser, voulut encore baiser le char où il était ; el, après l’avoir suivi des yeux le plus loin qu’il lui lut possible, elle SC retira.

Quand Cyrus eut achevé son sacrilice', qu’il eut donné aux ofticiers les ordres el les itislruclions néecssaircs pour le combat, el qu’il les eut avertis de rendre aux dieux l’Iiomiu qui leur est dû, ebneun alla prendre sonpodi'- Ses officiers lui npporlérenl du vin et des viandes. 11 en mangea un |>eu lonl debout, et lit dislribuer le reste aux as.sistanls. Il prit au-ô du vin, dont il versa une parlie eu oflranôi

• Cynip lib. fl , |»ag. 170.

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