‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 3)Chapitre 68 sur 125 · Pudeur et iDodestic «iMolumenl négligéet · texte numérisé non relu

Pudeur et iDodestic «iMolumenl négligéet

Mais ce qui rend Lycurgue plus condamnable, et ce qui fait mieux connaître dans quelles ténèbres cl dans quels désordres le paganisme était plongé , c’est de voir le peu d’égard qu’il a ou à la pudeur et à la modestie dans ce qui regarde l’éducation des filles cl les mariages; ce qui fut sans doute la source des désordres qui régnaient è Sparte, comme .\rislole * l'a sagement observé. Quand on compare à celte licence effrénée des réglemenls du plus sage législateur qu’ait eu l’antiquité

• Lib. 4 [cap. 80).

• 1 jh, î , de Rrp r«p. ü

profane la sainteté et la pureté des lois del'Evangile, on comprend quelle est la dignité et rcicellcncc du christianisme.

Un le comprend encore d'une manière qui n'est pas moins avantageuse , par la comparaison même de ce que les lois de Lycurgue semblent avoir de plus louable avec celles de l'Évangile. C'est une chose bien admirable, il faut l'avouer, qu'un peuple entier ait consenti à un partage de terre qui égalait les pauvres aux riches , et que par le changement de monnaie il se soit réduit à une espèce de pauvreté. Mais le législateur de Sparte , en établissant ces lois, avait les armes b la main. Celui des chrétiens ne dit qu'un mol: Bienheurtux lt$pau\'rt» d’esprit l el des milliers de fidèles, dans la suite de tons les siècles, renoncent b leurs biens , vendent leurs terres , quittent tout pour suivre Jésus-Christ pauvre.

AiTICLE VIII. — GorTEESSIfEVT d'AtrEses, lÆlt DK HoLON. IllSTOlBft PK CCTTI BÊH'IUQUB. DBPCI8 SOU>N BfcGNB PB DaBIU» I.

J'ai déjà remarqué qu'Athénes, dans sa naissance, eut des rois. Âlais ils n'en avaient que le nom: toute leur puissance, presque restreinte au commandement des armées , s'évanouissait dans la paix, (ihacun vivait maître chei soi, el dons une entière indépendance. Codms , le dernier roi d’Athènes , s’étant dévoué pour le bien public, ses enfants, .Médon et Nilée, disputèrent le royaume entre eux. Les Athéniens en prirent occasion d'abolir la royauté , quoiqu'elle ne les incommodât guère, cl déclarèrent Jupiter seul roi d’AIhénes, au même temps que les Juifs ', ennuyés de la théocratie, c’est-à-dire d'avoir le vrai Dieu pour roi, voulurent absolument obéir à un homme.

riuUirque observe qu'Homère , dans le dénombrement des vaisseaux , ne donne le nom de peuple qu'aux seuls Athéniens : ce qui peut montrer que les Athéniens avaient dés lors beaucoup de penchant pour la démocratie, el que la principale autorité résidait déjà dans le peuple.

A la place des rois ils avaient créé des gouverneurs perpétuels sous le nom d’archontes. La magistrature perpétuelle parut encore à ce * Codrui ^Uit con(cfTi|)Orain iJcSaût.

peuple libre une image trop vive de la royanlé, dont il voulait anéantir jusqu'à l'ombre mém. Ainsi il réduisit cette charge à dix ans, et puis à un , dans la vue de ressaisir plus souvent l’antorilé , qu’il ne transférait qu’à regret à ses magislraLs.

Une puissance aussi limitée que celle-là coatenait mal des esprits remuants, qui étaient devenus jaloux à l’excès de la liberté cl defindépcndance , très-délicats à se blesser de lool ce qui sortait de l'égalité , très-faciles à prendre ombrage de ce qui avait quelque air de supériorité cl de domination. Les factions et les querelles renaissaient chaque jour. On ne s’accordait ni sur la religion, ni sur le gouvernement. Athènes ainsi demeura longtemps hors d’étal de s’accroître, trop heureuse deie conserver au milieu des longues el fréqueales dissensions qui la déchiraient.

Les malheurs instruisent. Elle apprit enfin que la véritable liberté consiste à dépendre de la justice el de la raison. Cet heureux assujettissement ne pouvait s’établir que par un législateur. Elle choisit Dracon *, personnage d’une sagesse el d’une probité reconnues. On ne voit point qu'avant lui la Grèce ait eu des lois écrites. Il en publia dont l’exlréme rigueur, favorable par avance à la doctrine des stoïciens, punissait de mort la plus légère faste comme le plus énorme forfait, les lois de Dracon écrilcs, selon Démadc, non avec de l'encre , mais avec du sang , curent le sort des choses violentes. Les sentiments d'humanité dans les juges , la compassion pour les accusés, qu’on s’accoutuma à regarder comme pins malheureux que punissables, la crainte qu’eurent les accusateurs el les témoins de faire oa personnage trop odieux : tous ces motifs concoururent à ralentir l’exécution de ces lois, et à les abroger peu à peu par le non-usage; et l'excessive rigueur conduisit à l’impunité.

Ij; péril de retomber dans les premiers désordres ni recourir à de nouvelles précautions. On voulait lécher le frein de la crainleTnon pas le rompre. El pour trouver les adoucissemenls qui revalent bien à la loi ce qu’ils lui coûtent , on jeta les yeux sur un des plus sages cl des plus vertueux personnages de son siéde’;

• Ad. XI. 3380; tv.J.CIUI.

> An. XI.3tU);a\. J. C. (KII

je veux dire Solon . à qui scs rares qualités, et partii-uiiércmcnt sa grande douceur, avaient acquis l'aflcclion et la vénération de toute la ville.

Il avait donné sa principale application à l'étude de la philosophie ' , et surtout à la partie de cette science qu'on appeile politique, et qui regarde l'art de gouverner. Son mérite extraordinaire lui donna un des premiers rangs parmi les sept sages de la Grèce qui illustrèrent si fort ce siècle.

Ces sages se rendaient assez souvent visite l'un à l'autre *. L’n jour que Solon alla à Milet pour voir Thalés, la première chose qu'il lui dit, ce fut qu'il s'étonnait comment il n'avait jamais voulu avoir ni femme ui cnfanls. Thalés ne lui répondit rien sur l'heure ; mais quelques jours après il aposla un étranger, qui se disait arriver tout récemment d'Athènes, d'où il était parti depuis dix jours. Solon lui demanda d'abord s'il n’y avait rien de nouveau lorsqu'il en était parti. L’étranger, k qui l'on avait fait sa leçon, repartit qu'il n’y avait autre chose que la mort d’un jeune homme dont toute la ville accompagnait le convoi, parce que c’était, disait-on, le fils du plus honnête homme de la ville, et qui se trouvait pour lors abstmt. « Ah ! interrompit Solon, que ce pauvre pè reest iiplaindre!. Uaiscommentl'appclait- 011? Je l'ai oui nommer, répliqua l'étranger, mais son nom m'est échappé. Je me souviens seulement qu'on ne parlait que de sa sagesse et de sa justice. » Chaque réponse était un nouveau sujet de trouble et de frayeur pour ce père si justement alarmé. oNe serait-ce point, dit-il, le üls de Solon? » C’est cela même, repriU’antre. Solon, i ce mot, déchirant ses habits , frappant sa poitrine, cl ne s’expliquant que par des larmes et des sanglots, s’abandonna il la plus vire douleur. Alors Thalés, le prenant par la main, lui dit, en souriant ; « Rassurez-vous ; tout ceci n’est qu'une fiction. Voilà pourquoi je n’ai point voulu me marier : c’est pour m’épargner de pareils chagrins. »

Plutarque réfute foK au long ce raisonnement de Thalés, qui irait à priver Thomme des allachements les plus naturels et les plus raisonnables, auxquels son cœur ne manquerait

* Plut, in Solon. [S 3.]

• Pâf.W.ïS. ($«.1

pas d'en substituer d'injustes et d’illégitimes qui l’exposeraient aux mêmes peines. Le remède, dit-il, contre la douleur que peut causer la perle des biens, des amis, des cnfanls, n'est pas de se reudre pauvre , de renoncer absolument à l’amitié, ou d’embrasser le célibat , mais de faire dans tous ces cas l'usage que l'on doit de M raison.

Atliénes, après quelque temps de tranquillité et de paix que lui avaient procuré la prudence cl le courage de Solon *, car il était aussi brave guerrier que bon politique, était retombée dans ses premières dissensions pour le gouvernement de la république, et s’était divisée en autant de partis qu'il y avait de différentes sortes d'habitants dans l'Alliqnc : car les montagnards tenaient pour le gouvernement populaire; ceux de la plaine voulaient un étal oligarchique; et ceux de la côte maritime, demandant un gouvernement mêlé des deux premiers, empêchaient l'un et l’autre des deux partis opposés d'avoir l'avantage. D'ailleurs, les pauvres, qui essuyaient les plus cruelles vexations de la part des riches à cause des dettes qu’ils étaient hors d'état d’acqiiitler, songeaient à se choisir un chef qui les délivrât de l'inhumaine dureté de leurs créanciers, et qui changeât entièrement la forme du gouvernement en faisant un nouveau partage des terres.

Dans cet extrême danger, les plus sages d” Athènes jetèrent les yeux sur ^lon , qui n’élail suspect à aucun des deux partis, parce qu'il n'avait pris part ni à l’injustice des riches , ni à la révolte des pauvres; et ils le pressèrent d'entrer dans les affaires, et de travailler à teire cesser tons ces différends. Il eut beaucoup de peine à se charger d'une commission si hnsardense. Enfin il fut élu archonte, et nommé arbitre souverain et législateur , du consentement de tout le monde, les riches l’agréant volonliers comme riche , et les pauvres comme homme de bien.

Il ne tenait qu'à lui de se faire roi : plusieurs des citoyens l’y exhortaient ; et les plus sages même , n’osatit attendre de la raison humaine ni des lois un changement favorable, n’étaient pas éloignés de communiquer le pouvoir suprême à un seul , qui se distinguât par sa prudence et sa justice. Mais quelque remonlranco

' Ptul. In Sol. p«K-

tju'on pût lui faire, et quoique ses amis traitassent de bassesse d’flmc et de lâcheté le refus qu’il faisait d’accepter la royauté, il ne se laissa point ébranler, et ne songea qu'i établir dans sa patrie un gouvernement qui fût la source d'une sage cl raisonnable liberté.

N'osant pas toucher à de certains désordres et à de certains maux qui loi paraissaient pius forts que les remèdes , il n'entreprit de changements que ceux qu’il crut pouvoir persuader à scs citoyens par la voie de la raison, ou leur faire accepter par le poids de l’autorité, en mêlant sagement , comnae il le disait lui-même , la force avec la justice. C’est pourquoi , quelqu’un lui ayant demandé depuis si les lois qu’il avait données aux Athéniens étaient les meilleures : Oui , dit-il , les meilleures qu'ils étaient capables de recevoir.

L’àme des états populaires, c’est l’égalilè. Il n’osa, de peur de révolter les riches, proposer celle des biens, par où l’Altique, ainsi que la Laconie, eût ressemblé ù un héritage partagé entre plusieurs frères. Mais il lira de l’esclavage presque tous les citoyens , que leurs dettes excessives et des arrérages accumulés avaient forcés û se vendre eux-mémes et à se réduire en servitude. Une loi expresse déclara quittes tous les débiteurs.

Cette affaire attira à Solon ' une aventure fécheuse qui lui causa un sensible déplaisir. Déterminé à abolir absolument les dettes , il sentait bien que cet édit, qui avait quelque chose de contraire à la justice, révolterait extrêmement les esprits. Il cherchait donc à en rectifier en quelque sorte la teneur par un préambule spécieux , qui montrât des prétextes plausibles, et prêtât à la loi des motifs d’équité et de raison qu’elle n’avait point dans le fond. Pour cela il s’ouvrit de son dessein â quelques personnes qu’il avait coutume de consulter dans toutes ses affaires, et concerta avec elles la manière dont cet édit devait être énoncé. Avant qu’il fût publié, ses amis, plus intéressés que fidèles , empruntèrent secrètement des meilleuies bourses de fort grosses sommes, dont ils achetèrent des fonds de terre, auxquels ils savaient bien qu’on ne devait point toucher. Quand l’édit parut, l’indignation qu’excita gé-

* Plut; fn Solon, imr. 87.

néralcmcnl une si lâche et si criante fourberie retomba sur Solon , quoiqu’on effet il n’y eût eu aucune part. Mais il ne suffit pas qu’nn homme en place soit intègre lui-ménie et désintéressé : tout ce qui l’environne et l’approche doit l’étre : femme, parents, amis, commis, domestiques. C’est sur son compte que les au très font des fautes; et toutes les injustices, toutes les rapines qui se commettent ou par sa négligence, ou par sa connivence, lui sont justement imputées, pan e qu’il n’est en place que pour les empêcher.

Cette ordonnance d’abord ne plut ni à rua ni à l’autre des deux partis. Elle choqua la riches, parce qu’elle abolissait les dettes; cl elle fâcha encore plus les pauvres, parce qu’elle n’établissait pas un nouveau partage des terres comme ils l’avaient espéré , et comme Lycurgue l’avait fait â luirédémonc. Mais il était bien éloigné du crédit que ce dernier s’élail acquis, n’ayant d’autorité à Athènes que celle que lui donnaient la réputation de sa sagesse et la confiance des citoyens. Cependant, bientût après , cette ordonnance fut généralement agréée, et les pouvoirs continués à Solon.

Il cassa toutes les lois de Uracon, exeepté celles qui étaient contre les meurtriers. La raison qu’il eut d’en user ainsi, fut l’excessive rigueur de ces lois , qui ordonnaient peine de mort également pour toutes les fautes, en sorte que ceux qui étaient convaincus de paresse et d’oisiveté, ceux qui n’avaient volé que des herbes et des fruits dans un jardin , étaient punis aussi sévèrement que les assassins et les sacrilèges.

Il procéda ensuite à ce qui regarde les charges, les dignités, les magistratures, qu’il laissa toutes entre les mains des riches. Il les distribua pour cela-en trois classes, selon la différence de Icnrs revenus, et selon l’estimation des biens de chaque particulier. Ceux qui se trouvèrent avoir de revenu annuel cinq ceals mesures' tant en grains qu’en choses liquides, furent mis au premier rang, ün plaça dans le second les citoyens qui en avaient trois cents, et dans le troisième ceux qui n’en avaieut que deux cents.

■ CiiH) miU mcfum ou médlnuiM tvpréMDleal UM câ|iKiie de 300 beclalilTM. E. B.

Tous lus aulres ciloycns qui élaicnt au-dessous de ce revenu furent compris dans une quatrième et dernière classe et ils n'èlaient jamais admis aux charges. Pour les consoler en quelque sorte et pour les dédommager de cette exclusion , il leur laissa le droit d'opiner dans les assemblées et dans les jugements du jtcuple : ce qui au commencement ne parut rien , mais devint dans la suite un très-grand avantage, et les rendit maîtres de toutes les affaires ; parce que la plupart des procès et des différends retournaient toujours au peuple, devant lequel on pouvait appeler de tous les jugementy des magistrats ; et c'était dans les assemblées du peuple que se décidaient les plus grandes affaires de l'état, qui regardaient ou la pais ou la guerre.

L'Aréopage*, appelé ainsi du lieu où il tenait scs assemblées, subsistait depuis longtemps: Solon en rétablit et en augmenta l'autorité, et lui lais.sa, comme à la cour souveraine, f intendance générale de toutes clio.scs , et le soin de faire observer les lois, dont il le flt le dépositaire. Avant lui, le* plus gens de bien étaient juges dans l'Aréopage. Solon fut le premier qui trouva ù propos qu'il u'y eût que les archontes sortis (le charge qui fu.sscnl honorés de cette dignité. Il n'y avait rien de si auguste que ce sénat, et la réputation de scs lumières et de son intégrité devint si grande, que quelquefois les Romains y renvoyèrent la décision de causes qui leur paraissaient trop embarrassées pour les jvouvoir juger eux -mêmes *. foi vérité seule y était écouté; et afin que nul objet extérieur n'en détoumAt l’attention des juges, ils tetinient leur tribunal de nuit ou dans les ténèbres, et il était défendu aux orateurs d’employer ni exordc, ni péroraison, ni digression.

Solon, pour prévenir, autant qu’il serait possible, l’abus que le jveuple pourrait faire de l'autorité trop grande qu'il lui laissait, créa un second conseil de quatre cents hommes, cent de chaque tribu, devant lesquels on rapportait toutes les affaires, et où on les examinait mû-

■ éUil. kl Solon. pi|;.88.

* C'éuU une collioo pià d« la clladfUe d'Alhéim, appvk'o Aréopage t c'eat-à-<liiT eoUine de Man, depulf qaa Man ) rul été Jugé pour le mruitre d'UalIkothIui. nia de Neptune.

* Val. Xlai. lib. 8. cap. 1. — I ucian. in Urrinol. psg. Mis. — Quiolit. Iib. 6, rap. t.

rement avant que de les proposer dans l'assemblée du peuple, au jugement duquel leurs avis étaient soumis, et auquel seul appartenait fc droit de décider. C'est à ce sujet qu'Anacharsis, attiré du fond de la Scythie par la réputation des sages de la Grèce, disait un jour à Solon : 0 J'ailmirc qu'on ne laisse en partage aux « sages que la délibération, et qu’on réserve « la décision aux fous. » Dans une autre occasion, où Solon s’entretenait avec lui des réglements qu’il méditait, Anacharsis . étonné qu’il espérât venir à bout de réfréner par des lois écrites l'avarice et l’injustice de scs citoyens : « Sachez, lui dit-il , que ces écritures re.ssemo blcnt proprement à des toiles d’araignées. « Les bibles et les petits s’y prendront et s’y « arrêteront; mais les puissanLs et les riches « les rompront sans peine , et s’en débarrasse- « ront. »

Solon, habile et prudent comme il était, sentait bien les inconvénients de la démocratie , c'est-à-dire de la puissance populaire. Mais, ayant étudié à fond et connu parfaitement 1e caractère et le naturel des Athéniens, il comprit qu'inutilcment on Oterait le pouvoir souverain à la multitude; et que, si elle s'en laissait dépouiller dans un temps , elle le reprendrait bicntôtàmainarmée. Use contenta donc de lui donner un frein pur l’autorité de l'Aréopage et du sénat des Quatre-Cents, et il crut que l'état, arrêté et affermi par ces deux puissants corps, comme par deux bonnes ancres, ne serait plus si agité ni si tourmenté, et que le peuple serait plus tranquille.

Je rapporterai seulement quelques-unes de scs luis, par lc.squelles on jvourra juger des aulres.

Il permit A tout le monde d'épouser la querelle de quiconque aurait été outragé ', de sorte que le premier venu pouvait poursuivre et mettre en justice celui qui avait commis l’excès, l'ar cette ordonnance , ce sage législateur voulait accoutumer ces citoyens à sentir les maux les uns des autres, comme membres d'un seul et même corps.

Par une autre loi *, ceux qui dans les diFféreods publics ne prenaient aucun parti , et attendaient le succès pour se déterminer,.

< PluL InSoloD. pag. 88.

> Pag.HU.

étaient déclarés iiiRimes, condamnés à nn bannissement perpétuel, et à perdre tous leurs biens. Solon avait appris par une longue expérience, et par de profondes réflexions, que les /iclics , les puissants , les personnes sages même et les gens de bien sont ordinairement les plus réservés à S’exposer aux inconvénients que les dissensions et les troubles peuvent causer dans la société, et que le zélé du bien public les rend bien moins vifs pour le défendre que la passion des factieux ne les rend ardents pour le détruire : que le bon parti , se trouvant ainsi abandonné par ceux qui pourraient lui donner par leur réunion plus de poids , d'autorité et de force, devient faible contre l’audace et la violence d’ün petit nombre de méchants. Pour prévenir ce malheur, qui peut avoir les plus funestes suites, Solon avait voulu forcer les bien intentionnés, par la crainte des plus grandes peines, à sc déclarer dés le commencement pour le parli-le plus juste, et à ranimer le courage des meilleurs citoyens, en courant avec eux le même danger. Accoutumant ainsi les esprits à regarder presque comme ennemi et comme traître quiebnque paraissait indifférent et inseùsibieaui malheurs communs, il avait préparé à l’état nue ressource prompte éf assurée contre les entre- (irises subites des mauvais citoyens.

Solon * abolit les dots des mariages, par rapport aux filles qui n’étaient pas uniques, et Ordonna que les mariées ne porteraient à leurs maris que trois robes et quelques meubles de peu de valeur ; car il ne voulait pas que le mariage devint un trafic et un commerce d’intérét, mais qu’il fût regardé comme une société honorable, pour donner des sujets à l’état, pour vivre ensemble agréablement et avec douceur, et pour se témoigner une amitié et une tendresse réciproque.

Avant Solon, il n’était point libre de tester; les biens du mourant alMent toujours à ceux de sa famille. Il permit de donner tout h qui l’on voudrait( quand on était sans enftints , préférant ainsi l'amilié à la parenté, le choix a la Décessiié et à la éontraintc, et rendant cbaenn vérttableinent maître de ses biens, par la liberté qu’il lui laissait d’en disposer ù son gré.

* Plut, in Solun. pa^. H9.

n n’autorisa pourtant pas indUféiemmèilt Imtes sortes de donations et d’appronva celles qu’on avait bites librement, sam lacune violence, sans avoir l’esprit aliéné etOK^ rompu par des breuvages, par des channes, ou par les attraits et les caresses d'une femme; persuadé avec justice qu’il n'y a anenne différence entre être séduit et être foité , et mutant en même ring la surprise et la fera, h volupté et la douleur, comme des moyens ipi peuvent égalemeut imposer k -h rihoo’ U captiver la liberté.

II diffliuua la récompense de ceux qui lenporlaient la victoire dans les jenx'isUuBii|UH et dans les olympiques en la fixant pour t« premiers à cent dragmes c’est-è-dire, Unqualité livres ; et pour les seconds, k tim| cents dragmes , on deux cent cinquanlé livres. Il trouvait que c’était une chose faouluiie de donner à des athlètes et h des Intleats, gens non-seulement inutiles, mais wavail dangereux à leur patrie , des récompenses trés-considérabics, qu’il lUhiil garder pour ceux qui mouraient à la guerre pour le le^ vice de leur pays, et dont il était josie de nourrir et d’élever les enfants, qui suivnW un jour rexemple de leurs pèfes.

Afin de mettre en vigueur les arts, les métiers et les raanuflictures, il chargea fe séiul de l’Aréopage du soin d’informer des moyens dont chacun se servait pour subsister et de châtier ceux qui menaient une rie oisive. Outre cette première vue, de .faire fleurir les arts et les métiers, l’établissement de celle loi élait fondé sur deux autres raisons encore plus importantes. D’abord , Solon considérait que ceux qui n’ont rien et qui ne travailleol pas pour gagner de quoi vivre , sont préparés à employer tontes sortes de voies injusla pour en avoir ; cl que la nécessité de substituer les dispose aux malversations, aux rapines, aux artifices et aux fraudes ; ce qui forme dans le sein de la république une école de vices, cl y entretient un levain qui ne manque pas de s’étendre et de corrompre peu à peo les moenrs publiques. En second lieu, les plus

• Plit. la Soloa. ptg- W- - DI®*-

pag.î7.

• Cem dragmes ou une grende miac aUique nra> 96rr. E.B.

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habiles dans Tari de gouverner onl toujours regardé ces hommes indignes et ennemis du travail comme une troupe dangereuse d’esprits inquiets, avides de nouveautés, toujours prêts aux séditions et aux troubles, et intéressés aux révolutions de l’état, qui peuvent, seules changer leur situation. Ce sont toutes ces vues qui portèrent Solon à déclarer, par la loi dont nous parlons, qu’un dis ne serait pas tenu de nourrir son père s’il ne lui avait fait apprendre aucun métier.

Il dispensait du même devoir les entants nés d’une courtisane. « Car il est évident , di- « sait-il, que celui qui méprise ainsi l'honné- « télé cl la sainteté du mariage n’a point eu en « vue la fln légitime qu’on s'y doit proposer, a mais n’a songé qu'à assouvir sa passion. « S’étanl donc satisfait lui-mérae, il ne s’est « réservé aucun droit sur ceux qui sont venus « de ce commerce et dont il a rendu la vie U aussi bien que leur naissance, un opprobre « étemel. »

Il était défendu de dire du mal des morts ', parce que la religion porte à tenir les morts pour sacrés; la justice, à épargner ceux qui ne sont plus; la politique, à ne pas souflrir que les haines soient étemelles.

Il l’était aussi de dire aucune injure à personne dans les temples , dans les lieux où se rendait la justice , dans les assemblées publiques et dans les théâtres pendant les jeux. Car, de ne pouvoir être nulle part le maître de sa colère, c’est l’effet d'un naturel trop Indocile et trop effréné; comme de la retenir en tout temps et en toute occasion , c’est une vertu audessus des forces humaines et une perfection qui était réservée à la loi évangélique.

Cicéron remarque que le sage législateur d'Alliénes, dont les réglements étaient encore en vigueur de son temps dans celte poissante république, n’avait fait aucune loi contre le parricide. Comme on lui en demandait la raison', il répondit qu’il lui semblait que faire des lois et statuer des peines contre un crime inconnu

• pial, la Solon, pag. SU.

■ • Sipientcr tccisM dlcilnr , qnum de co nihil Mnieril. n quod aoteà commlssuin non eret; ne, non Um prohi- « liere. quàm edmooere viderciur. » ( Pro Rote, Àmor. ,

et inouï jusque-lé , c’eût été 1 enseigner plutôt que le défer.irc.

Je Pnsse plusieurs lois sur le mariage et sur l’cùultére , où l’on remarque des contradictions manifestes, et un mélange de lumière cl de ténèbres, fort ordinaire aux plus éclairés des païens , qui n’avaient point de principe lixe.

Quand Solon eut publié ses lois , et qu’un se fut engagé par un serment public à les observer religieusement , du moins pendant cent années , il jugea à propos de s’éloigner d’.V- Ihènes , pour leur laisser le temps de prendre racine et de se fortifier par l'usage; pour se délivrer lui-méme des importunités de ceux qui venaient le consulter sur l’intelligence de ses lois, cl pour éviter aussi les plaintes et la haine de ses citoyens ; car, comme il le disait lui-méme , dans les grandes entreprises il est difficile de plaire à tout le monde. Il fut absent pendant dix ans. C'est dans cet intervalle de temps qu'il faut placer scs voyages en Égypte, en Lydie chez le roi Crêsus , cl dans plusieurs autres pays.

A son retour', il trouva la ville tout en mouvement et en trouble. Les trois anciennes factions s'étaient réveillées et formaient trois partis différents. Lycurgue* était à la tête de ceux de la plaine ; Mégaclés , fils d’Alcméon , était chef de ceux de la cûle ; Pisisiralc s’était déclaré pour les montagnards, auxquels se joignirent les artisans et les ouvriers qui vivaient de leurs bras et qui en voulaient le plus aux riches. De ces trois chefs, les deux derniers étaient les plus puissants.

Mégac lés était fils de cet Alcméon que Crésus’' avait extrêmement enrichi pour un service particulier qu’il en avait reçu. Il avait de plus é[)ousé une fille qui lui avait apporté des biens immenses en mariage; c’était Agarisle, fille de Clisthène , tyran de Sicyone. Ce Clisthène était le prince le plus riche et le plus opulent qui fût alors dans la Grèce. Pour être en étal de se choisir lui digne gendre , et dont il pût connaître par lui-méme les mœurs et le caractère, il invita tous les jeunes seigneurs de la Grèce à venir passer une année chez lui : c’étail une

c .Vn. M. 3H5, «r. J. C !>j«.

• Plut, in Solon. p»g. 91. If

5 llcrod.llb.a.c.ii' 1-30-131

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cnulnme ancienne d'en user ainsi. II en vint de plusieurs endroits , ou nombre de treize. C'étaient tous les jours des courses, des jeux, des tournois, des Teslins maguinques, des conversations où l'on agitait toutes sortes de matières. L'un d'eux, qui jusque-là rovsil emporté sur tous les outres, manquo ce mariage, parce que dans une danse il avait fait des gestes et des postures qui déplurent infiniment à Clisthène. Enfin, au bout de l'année, celui-ci se déclara pour Mégaclés, et renvoya les autres seigneurs < après les avoir comblés d'honnéictés et de présents. Voilà qui était Mégaclés.

Pisisirate ' était un homme poli, doux, insinuant, prompt à secourir les pauvres*, sage et modéré envers ses ennemis, le plus habile des hommes à dissimuler, qui avait tous les dehors de la vertu au-dessus mémo des plus vertueux, qui paraissait zélé défenseur de l'égalité entre les citoyens, et absolument déclaré contre toute innovation et tout changement. Il n'eut pas de peine à tromper le peuple par cet air imposant ; mais Solon reconnut tout d'un coup où il tendait par scs déguisements et scs artifices. Cependant il le ménagea dans le commencement, espérant peut-être de le ramener doucement à son devoir.

En ce temps-là Tlicspis commençait à changer la tragédie’; car elle avait été inventée avant lui. Ce spectacle attira tout le monde par sa nouveauté. Solon alla comme les autres entendre Tlicspis, qui jouait lui-mémc, selon la coutume des poètes anciens. Quand la pièce fut finie, il appela Tliespis, et lui demanda s'il n'avait point de honte de mentir ainsi devant tant de gens. Thespis lui répondit qu'il n'y avait point de mal dansces mensonges et dans CCS fictions poétiques, qu'on

* Plut, in Sulon. pa(;.05.

* Il ne faut pas enlendre ceut qui demandent l'anmAne. (^tr en ce teinp«-la . dit Isocrale . il n'y avait point de dloyen qui mourût de faim . ni qui en mendiant déshonorât sa ville. {Orat. Artop. . pag. liüO.)

* La tragédie éU4 lunglcfn|>s avant Thespis ; mais ce n'étalt qu'un clurur de gens qui rh.intairnt et qui se disellent des injures. Thespis fut le premier qui Jeta dans ce chœur un pcnionnaRe . qui . pour le délasser et lui donner le temps de reprendre baleine • rérUail une aventure de quelque personnage llloslre. Et c'est ce récit qui donna , Heu ensuite aui sujets des tragédies.

ne faisait que par jeu. Oui, repartit Solon, en donnant un grand coup de son hàton contre terre ; mais si nous souffrons et approurom ce beau jeu-là, il passera bientôt dans nos contrats et dans toutes nos affaires.

Cependant Pisistratc ' poussait toujours sa pointe ; et pour arriver à son but , il employa une ruse qui eut tout les succès qu'il en attendait. S'étant blessé lui-méme’, et ensanglanté par tout le corps , il sc fit porter sur la place dans un chariot , et excita la populace en lui faisant entendre que c'étaient scs ennemis qni l'avaient mis en cet état, et qu’il était la victime de son zèle pour la république. On convoqua sur-le-champ rassemblée du peuple, et il y fut résolu, quelques remontrances que fil Solon auconlraire, qu’on accorderait cinquante gardes à Pisistratc pour la sûreté de sa personne. Il en augmenta bientét le nombre antant. qu'il lui plut, et par leur moyen se rendit maître de la citadelle. Tous ses ennemis prirent la fuite. Chacun tremblait dans la ville, et élait dans le trouble, excepté Solon, qni reprochait hautement aux Athéniens leur lâcheté , et au tyran sa perfidie. Et comme on lui demanda ce qui pouvait lui donner une telle assurance et une telle hardiesse; ma rieillesse , dit-il. En cITet , il était fort ègé , et il semblait ne hasarder pas beaucoup, étant prés de finir ses jours ; si ce n'est qu’il arrive soih vcnl qu'on devient plus altaché à la vie, à proportion qu'on a moins de raison et de droit de souhaiter qu'elle soit prolongée.

Mais Pisistrate, après avoir tout soumis, regardait sa conquête comme imparfaite , s’il n'y ajoutait celle de Solon. Bien instruit des moyens par lesquels un vieillard peut être gagné, il n’y eut point de caresses qu’il ne lui fit , point de marques d'estime et d'amitié qo'il ne lui donnât, en lui faisant toutes sortes d'honneurs, en l'appelant souvent près de sa personne , en se déclarant hautement pour ses lois, qu’il observait ellectivemenl lui-méme, et qu'il faisait observer par tous les autres. Solon , voyant qu’il n'était pas possible de porter Pisistrate à renoncer à la tyrannie, ni de la lui 61er, crut qu'il était de la prudence de ne pas

' Ikrod. lib. 1 . cip. .W-<W. ^

• Plul. In Sol. p4g. Vô-9t.

irriter l'usurpateur en rejetant les avanres qu’il lui faisait; et il espéra qu'en entrant dans sa confidenre et dans son conseil, il serait en état de rcctilier au moins et de conduire une domination qu’il ne pouvait abolir, et d'adoucir des raaui qu'il n'avait pu empêcher.

Il ne survëquit par deux ans entiers à la liberté de sa patrie; car Pisistratc s’était rendu maître d'Athènes sous l'archonte Comias, la pn'miére année de l'olympiade u, et Solon mourut l'année suivante sous l’archonte liégestratus , qui succéda à Comias.

Les deux partis , qui avaient pour chefs Lyrurguc et Mégaclés, s'étant réunis, chas.sérenl Pisisirale d’Athènes. Il y fut bientôt rappelé par Mégaclés même, qui lui donna sa lllle en mariage. Mais un dilTérend survenu an sujet de ce mariage lc*s ayant brouillés de nouveau, les Alcméonides eurent du dessous, et (Virent obligés de se retirer. Pisistrale fut détrôné deux fois; et deux fois il sut remonter sur le trône. Iæs arliflces l’y placèrent, la modération l'y maintint, et sans doute que son éloquence ', fort grande, au jugement même de Cicéron, le Ot beaucoup goôleraux Athéniens, déjà trop sensibles aux charmes de la parole , puisqu'ils leur firent oublier le soin de leur liberté. Lne exacte soumission aux lois le distingua de ceux qui, comme lui, avaient usurpé l'autorilé, et la douceur de sa domination fit honte à plus d’un souverain légitime. Au.ssi at-il mérité qu'on l'opposât aux autres tyrans. Cicéron, dans l'incertitude de la manière dont César userait de la victoire après la journée de Pharsale , manda à son cher Atlicus ' : A'ous ne savon* pas encore si le deslin de Rome veut ou que nous gémissions sous un Phalaris, ou que nous vicions sous un Pisistrale.

En effet, ce tyran’, s’il faut l’appeler de ce nom, se montra toujours fort populaire et fort modéré, jusqu'à souffrir tranquillement les re-

* « PMtIratiu diccDdo Uniûm valuîue didtar , m d m Albeoienacs regium imperium oralione rapti pennilte- « reoL a (Vau Max. Hb. 8. cap 9.)

« Quif dorilor iûulem illif irmporlbuf , au( cojua dom qoeatia lilleHf inflrtidlor fuU«e tradilur, quàm Pifism Irait ? (Cic. de Oral. , Mb. 3 . n. 137.)

• « iDcertum efl PhaJarimne . an Pisiflraluro »H imiU- « lurus. » {Ad. Alt. Mb. 7. ep. 19.) ‘

« Val Mai. Ilb. 5. cap. 1. - Albcn. lib. 12. pag. Ô32. ^ A.GelUib 6. cap. 17.

proches et les injures, qu’il pouvait venger d'un seul mot. Ses jardins et ses vergers étaient ouverts à tous les citoyens, en quoi il fut imité depuis par Cimon. ün dit que ce fut lui qui, le premier, ouvrit une bibliothèque publique à Athènes , laquelle s’augmenta beaucoup dans la suite , et fut transportée en Perse par \erxés, lorsqu’il prit la ville. Mais Séleucus Nicanor, long-temps après, la fit reporter à Athé* nés. Cicéron ' croit que ce fut Pisistrale aussi qui, le premier, donna aux Athéniens la connaissance des poèmes d'Homère, qui en disposa les livres dans l’ordre où nous les avons , au lieu qu’auparavant ils étaient confus et dérangés, et qui les fit réciter publiquement dans les fêtes qu'on apjielait Panathénées. Platon * attribue cet honneur à son fils flippa rque.

Pisistrale mourut tranquillement’, et transmit à ses enfants la souveraineté qu'il avait usurpée il y avait trente-trois ans , dont il en avait régné dix-sept en paix.

Ses enfants étaient Hippias et Hipparque’. Thucydide en ajoute un troisième, qu'il appelle Thessalus. Il parait qu'ils avaient hérité de leur père le goût pour les lettres et pour les gens savants. Platon*, qui attribue à llipparque ce que nous avons dit des poèmes d'Homère, ajoute qu’il fit venir à Athènes le fameux poète Anacréon , qui était de Téos , ville d'Ionie, lui ayant envoyé exprès un vaisseau à cinquante rames. Il avait aussi chez lui Simonide , autre poète assez célèbre , qui était de nie de Géos, l'une des Cyclades dans la mer Égée , à qui il payait une grosse pension et faisait de riches jirésents. la? dessein de ces princes , en faisant venir ainsi des gens savanLs à Athènes, était, dit Platon, d'adoucir et de cultiver l’esprit de leurs citoyens, et de leu inspirer du gotU pour la vertu en leur en inspirant pour Icssi'iences. Il n’y eut pas jusqu’aux gens de la campagne qu'ils songèrent à instruire, en faisant ériger, non-seulement dans toutes les rues de la ville, mais sur tons les chemins publics, des statues de pierre ap-

Lib. S de Oral. n. 137.

In HipiMrelM , pas. àS.

AritL lib. a. deRrp. cap. 11.

An. M. 3lTH;av. J.C. 3M.

' In Ilipp pag. Ha cl l£l.

<ÿÿ«»

pelées Mtrcurtt, ou étaient inscrites de graves sentences propres à former les moeurs , qui , par de muettes leçons, instruisaient tous les lassants. l’Iolon semble supjioser qu'Hipparque avait l'aulorilé , ou que les deux frères régnaient ensemble. Mais Thucydide' démontre que ce fut llippias qui succéda à son père, comme l'alné de ses enfants.

Quoi qu’il en soit, leur régne en tout , depuis la mort de Pisistrale , ne dura que dixhuit ans; et voici comme il liait.

Haimodius et Arislogiton tous deux cilojens d’Athènes, étaient liés d’une amitié trés-élroUe. Htpparque, mécontent du premier pour une injure personnelle qu’il prétendait en avoir reçue, chercha à s’en venger sur sa sœur, par un affront public qu'il lui fil en l'obligeant de se retirer honteusement d’une procession solennelle où elle devait porter Une corbeille sacrée , sous prétexte quelle n’élail point en état d’assister à celte cérémonie. Le frère, et encore plus son ami , piqués jusqu’au vif d’une si sanglante injure , prirent dés lors la résolution d’attaquer les tyrans. Ils attendirent pour cela l’occasion d’une fête , qui leur parut très-favorable pour leur dessein ; c’était celle des Panathénées, où la cérémonie de la fêle demandait que tous les artisans fussent en armes. Pour plus grande sûreté , iis n’avaient mis dans leur secret qu’un très-petit nombre de citoyens, comptant qu’au premier mouvement tous les autres se joindraient à eux. Le jour arrivé, ils vinrent de bonne heure dans la place, armés de leurs poignards, llippias , sorti du palais, alla dans le Céramique, qui était nn lieu hors de la ville , où était pour lors la compagnie des gardes , et il y donna les ordres nécessaires pour la cérémonie. Les deux amis l’y avaient suivi. Ib virent un des conjurés qui s’entretenait fomiliérementavec lui. Ils crurent qu’ils étaient trahis. Ils auraient bien exécuté dans le moment même leur dessein sur llippias, mais ils voulaient commencer par l’auteur de l’affront qu’ils vengeaient. Ils retournent doue dans la ville, et ayant rencontré llipparque, ils le tuent. Mais ayant été arrêtés sur-lc-cliamp , eux-mêmes furent tués , et llippias trouva le moyen de dissiper cet orage.

< us.s.pss.ais.

* Thucyd. Mb. 6, pag. UC ijO.

Depuis cc temps-lé il ne garda pins de mesures , et régna véritablement en tyran, fa'issnt mourir un grand nombre de citoyens. Pour se mettre é l’abri d’une pareille entreprise, et se préparer une retraite sûre en cas d’aceidefli. il chercha de l’appui au dehors , et donna sa fille en mariage an fils du tyran de Lampsaque.

Cependant les Alcinéonides', qui, dés Ir commencement de la révolution, avaient elé exilés d’ Athènes par Pisisirnte, et qui voyaient leur espérance trompée par le mauvais succès de la dernière conspiration, ne perdirent pas néanmoins courage, et tournèrent leurs vues d'un autre cûté. Comme ilsélaienl forlricheset fort puissants, ils se firent charger par les amphiclyons', qui formaient le conseil public de la Grtee , de la construction du nouveau temple de Delphes, moyennant la somme de trois cents talents; c’esl-é-dire trois cent mille écus'. Généreux comme ib étaient, et d’ailleurs ayaul leurs raisons pour en user aiusi , ils y mirent beaucoup du leur, et firent é leurs dépens loute la façade du temple , de marbre de faros, quoiqu’elle ne dût être que de pierres, suivant le marché qu'ils avaient (ail avec les amphiclyoïis.

La libéralité des Alcméonides n’avait pas été tout é fait gratuite, ni leur magnificence à l'égard du dieu de Delphes un pur effet de religion ; b politique y était entrée pour beaucoup , et y avait eu la plus grande |iart. Ils avaient espéré parce moyen se faire ua crédit dans le temple, et cela arriva comme ils rivaient projeté. L’argent qu’ils répandirent i pleines mains dans celles de la prélres.se acheva de les rendre inallrcs absolus cl de l’oracle, cl du dieu prélcudn qui le rendait, qui , dans la suite , devenu leur écho, ne lit que répéter fidèlement les paroles qu’ils avaient dictées, et leur prêta, avec une constante reconnaissance, le secours de sa voix cl de son autorité. Toutes les fois donc qu’il venait quelque Spartiate consulter la prêtresse, soit en son nom, soit au nom de la république , elle ne lui proraellail l’assistance de son dieu qu’4 condition que les I.acédémonicns délivreraient Athènes du

I llcrod. lib. 5, cap. A*2^.

■ Trois cenis Uirnts. si ce sont de grands tolenuslb* ipics , \audrnicnl I TôOOOO fr. E. B.

long de ta tyrannie. Elle leur répéta eet ordre tant de foi*, qu’ils se déterminèrent enfin 6 faire la gnerre aux Pisistralides, quoiqu’ils eussent avec eux les plus fortes liaisons d’amitié et d'hospitalité, préférant, dit llérwiole*, la volonté de Dieu à toutes les considérations humaines.

I.a première tentative leur réussit mal, et les troupes qu'ils envoyèrent contre le tyran furent repoussées avec perte. Elle fut suivie de prés d’une seconde, qui paraissait ne devoir pas avoir un meilleur succès, parce que les Lacédémoniens, voyant que le siège qu’ils avaient rais devant Athènes traînait en longueur, s’étaient retirés pour la plupart , et n’y avaient laissé qu’un petit nombre de troupes. Mais les enfiinlsdu tyran, qu’on avait fait sortir furtivement de la ville pour les nvettre ailleurs en srtreté , ayant été pris et arrêtés, leur père fut obligé , pour les racheter, d’en venir h on accommodement avec les Athéniens, et il convint de sortir de l’Altique dans rinlervallc de cinq jours. Il seretirn en effet dans le temps marqué*, après avoir régné dix - huit ans, et s’établit é Sigée, ville de la Phrygie, située ù l’embouchure du fleuve Scamandre.

Pline ’ remarque que les tyrans furent chassés d’Athènes la même année que les rois le furent à Rome. On rendit des honneurs extraordinaires à la mémoire d’Harmodius et d’Aristogiton. Leur nom fut toujours Infiniment respecté h Athènes dans la suite des siècles, et presque égalé h celui des dieux. On leur érigea surdechamp des statues dans la place publique, honneur qui jusque-là n’avait été rendu à personne. Iji vue seule de ces statues exposées en spectacle aux yeux de tous les citoyens , rallumait en eux la haine et l’exécration de la tyrannie , et renouvelait de jour en jour dans leurs esprits une vive reconnais.sance pour ces généreux défenscursdela liberté, qui n’avaient pas craint de lui sacrifier leur vie et de la sceller de leur sang. Alexandrc-le-Grand‘, qui savait combien leur souvenir était présent aux Athéniens , et jusqu’où ils portaient leur zèle à

* T« yip ToO OioO nptsÇvripet iaoii^o, i ta rôv àvdpâv.

• .\n. M. .VUM; av. J. C .iW.

• PHn. lib. M, cap. t.

* Ibid, cap. 8.

cet égard , crut leur iàire un sensible plai.sir en leur renvoyant les statues de ces deux grands hommes , qu’il trouva dans la Perse après la défaite de Darius, et que Xerxés avait autrefois enlevées d’Athènes. Pausanias' attribue celte action à SélencusXicanor, l’un des successeurs d’-àlexandre ; et il ajoute qu’H renvoya aussi aux Athéniens leur bibliothèque, que le méoM; Xerxés avait emmenée avec lui en Perse

Athènes *, dans le temps qu’elle fut délivrée, n’avail pas borné sa recxmnaissance aux seuls auteurs de sa liberté : elle l’étendit jusqu'à une femme qui signala son courage dans celle occasion. C’était une courtisane appelée Lionne, qui par les charmes de sa lieauté , et par son adresse à toucher de ki lyre , s’était particuliérement attaclié Harmodius et Aristogiton. Apn^ leur mort . le tyran , qui savait qu’ils n'avaient rien de caché pour cette femme, la fit mettre à la question pour tirer d’elle le nom des conjurés. Elle souffrit les tourments avec une constance invincible , cl expira au milieu des supplices , montrant que son sexe est plus courageux et plus capable de secret que l’on ne pense. Les Athéniens ne laissèrent pas périr la mémoire d’une action si glorieuse. Sa qualité de courtisane semblait en ternir fécint ; ils la dissimulèrent , et la couvriront en érigeant en son honneur une statue de lionne qui était sans langue.

Plutarque, dans la vie d’Aristide’, raconte une chose qui fait beaucoup d’honneur aux Athéniens, et qui marque jusqu’où allait leur reconnaissance pour leur libérateur, et leur respect pour sa mémoire. Ils apprirent que la petite-fille d’.àristogiton était à Ixmnos , ou elle vivait dans un état très-pitoyable , sans pouvoir se marier , à cause de son extrême misère. Le peuple la Ht venir à Athènes , cl, la mariant à un des plus riches et des plus considérables partis de la ville , il lui donna pour dot une terre dans te bourg de Potamos.

Il semblait qu’Athènes, en recouvrant sa liberté , eût aussi recouvré son ancien courage. Sous les tyrans , elle avait agi avec lenteur cl nonchalance , sachant que c’élnil pour eux qu’elle travaillait. Depuis qu'elle en fut défi-

* Paosan. in Allie.

• Piin. Hb.7. cap. â3;ct lib. 31, cap. 8.

> Pft6* •

vrêe , elle montra tout une outre activKé, parce qu'elle travaillait pour elle-même.

Elle ne jonit pas d'abord néanmoins d’une tranquillité parfaite. Deux de ses citoyens, Clysténe, delà famille des Alcméonides, et Isagoras , qui étaient les plus puissants de la ville, se disputant l’un à l’autre l’autorité, y formèrent deux fiictions. Le premier, qui avait attiré le peuple dans son parti , en changea la constitution , et au lieu des quatre tribus dont il avait été composé jusque-là, il en établit dix, anxquelles il donna les noms des dix enfants d’ion, que les historiens grecs donnent pour le père et le premier auteur de la nation. Isagoras, se voyant inférieur en crédit à son rival, eut recours aux Lacédémoniens. Cléoméne , l’un des deux rois de Sparte , obligea Clysténe de sortir de la ville, avec sept cents himillcsqui étaient attachées à son parti. Mais elles y rentrèrent bientôt avec leur chef, et furent rétablies dans tous leurs biens

Les Lacédémoniens, piqués de dépit et de jalousie contre Athènes, qui prétendait ne point dépendre d'eux, et d’ailleurs se repentant d’en avoir chassé les tyrans , sur la foi d’un oracle dont ils avaient reconnu depuis la fourberie , songèrent à y rétablir Hippias, ruii des enfants de Pisistrate , et, pour cet effet, le Aient venir de Sigée où il s’était retiré. Ils proposèrent leur dessein dans une assemblée des députés de leurs alliés, du secours desquels ils voulaient se foiiiDer pour ne point manquer leur coup.

Le député de Corinthe parla le premier : il marqua son étonnement , de ce que les I>acédénr.oniens, ennemis déclarés pour eux-mémes de In tyrannie qu’ils avaient en horreur, voulaient l’établir ailleurs, et il mil dans tout son jour l'injuste et cruelle domination des tyrans dont Corinthe, sa patrie, avait fait tout récemment une triste expérience. Tous les autres alliés applaudirent à son discours. Ainsi l’entreprise échoua, et n'ent d’autre effet que de découvrir la basse jalousie des Lacédémoniens , cl de les convrir de honte.

Hippias, déchu de son espérance, se relira en Asie chei Artapherne , gouverneur de Sardes pour le roi de Perse, et n’oublia rien pour l’engager à porter scs armes contre Athènes, en lui faisont entendre que la prise d’une ville si puissante le rendrait maître de

toute la Grèce. Artapherne somma les Athéniens de rétablir sur le Irène Hippias : i quoi ils ne répondirent que par un refus net et absolu. Voilà quelle fut l’origine et l’occasion des guerres des Perses contre les Grecs, Icsquek feront la matière des volumes suivants.

AaTici.n IX. — Hommes ilixstbes «di si soit

niSTtSCCàS DAIIS LES SCIENCES.

Je commence par les poètes, parce qu’ils ont l’ancienneté sur les autres.

BOMÈII.

Le plus célèbre de tous les poètes, et doiK le mérite a jeté un plus grand éclat, est en même temps celui dont la patrie et le temps où il a vécu sont le moins connus. Des sept villes de la Grèce qui se disputent entre elles l’honneur de lui avoir donné 1a naissance. Smyrne est celle qui semble être à plus juste litre en possession de ce glorieux privilège. Hérodote ' marque qu’llomére était né quatre cents ans avant lui, c’est-à-dire trois cent quarante ans après la prise de Troie ’ ; car llérodote Aorissait sept cent quarante ans après cette expédition.

(Quelques auteurs ont prétendu qu’il fut appelé Homère , parce qu’il était aveugle-né. Velléius Paterculus rejette avec mépris c* conte. E Si quelqu’un *, dit-il, croyait qu’Ho- « mère est né aveugle, il faut qu’il le soit lué « même, et privé de tons les sens. » En effet, selon la remarque de Cicéron *, lapoésieü’Horaére est plutôt une peinture qu’une poésie, tant il sait peindre au naturel , et roetlre comme sous les yeux du lecteur les images de tout ce qu’il entreprend de décrire; cl il semble avoir prisé lâche de faire passer comme en revue dans ses ouvrages tout ce que la nature i de plus riant et de plus gracieux.

Ce qu’il y a de plus étonnant dans ce poète \

■ IJb. 2,cap. 53.

> An. M.3IC0;it. J. C.MI.

* «t Quem si quiscccum genlium puUl. omnibus stosh « bus orbas fst. » (Vbll.Paterc. Mb. t.cap.5.;

« Tnsc. QueM. Mb. 5. n. Ut.

* « Qarlssimum deinde Hoeneri iliuiil ing^niuin , site

c’esl qne, s'élant appliqué le premier, du moins de ceux qui sont connus, au genre de poésie le plus sublime et le plus dillicilc de tous , il l’a porté tout d’un coup, comme par un \ot rapide, ù un si haut degré de perfection ; ce qui, dans les autres arts , n’arrive presque jamais que par de lents progrès , et par une longue suite d'années.

Ce genre de poésie est le poème épique, ainsi appelé du mol grec l'irof , parce que l’action est racontée par le poète. Le sujet de ce poème doit être grand, instructif, sérieux ; ne renfermer qu’un seul événement principal, auquel tous les autres se rapporleiil ; et celle action principale doit s’étre passée dans un certain espace de temps, qui est tout au plus d'une année.

Ilomérca composé deux poèmes de ce genre, savoir : l’Iliade et l’Odyssée; dont le premier a pour sujet la colère d'Achille, si pernicieuse aux Grecs qui assiégeaient llion ou Troie; et l’autre, les voyages et les aventures d’L'Iysse après la prise de celle ville.

Il est remarquable qu’aucune des nations les plus éclairées n’a rien imaginé de pareil , et que celles qui ont produit quelques poèmes en ce genre en ont toutes pris l’idée d’Homère, en ont emprunté les régies, se le sont proposé pour modèle , et n’ont eu de succès qu'aulanl qu'elles en ont approché. G’esl qu'Homére était un esprit original , et propre à former les autres : fous ingeniorum Homerus.

Tout ce qu’il y a eu * de plus grands hommes et de plus forls énics depuis deux mill ■ cinq ou six cents ans en Grèce, en Italie et ailleurs; ceux dont on est forcé encore aujourd’hui d'admirer Ica écrits; ceux qui sont encore nus maîtres, et qui nous enseignent à penser, à rai.sonner, à parler , é écrire ; tous ces gens-U, dit madame Üader reconnaissent

« eiempto nukinium : qui nuguiludlue operU» H Mgore « câiniiiiUDi, ftoliu appelbri poiu rocrtilu In quo boc ■ nuiUnuni es4 , quikl neque ante lllum qu«tn ll!e iinilare* « lur, n«|ue posl liluro qui imiUri eum poasit. iovralus « est ; oeque quemqtMiii allum . eujus operif primas auc- € lorfuerlt. in eo perfecUssiinura , prvler llomenim el « Arrbilocbuin , rrperirinus. » (Ykll. Patbic. lib. 1. cap. b.)

« Plin. Iib.17.rap.&.

• Dam U vie d'Uom^re, qui est à la tête de 1a Iradnctlon de ritlade.

Homère pour le ]>lus grand des poètes , et ses poèmes, comme le modèle du bon goût. Après cela y a-t-il aucun homme, quelque habile qu'il se croie , qui puisse raisonnablement présumer que ses décisions prévaudront sur celles de tant de juges si éclairés cl si resi»oclablcs?

Des témoignages si anciens, si constants, si universels, jusiilicnl pleinement le jugement avantageux qu’Alexandre-le-Grand portail des ouvrages d’Homère, qu’il considérait comme la production la plus rare el la plus précieuse de l’esprit humain : preliosistimum humant animi opus '.

Quinlilicn, après avoir fait un éloge magnifique d’Homère, nous donne une juste idée de son caractère el de son slyle dans ce peu de mots : Hune nemo in magnis sublimilate , m partit propritlale superaterit. Idem Icelutac preitui, jucundut et gravit, lum copiâ, tiim bretitale mirabilii « Dans les grandes cho- « ses, rien de plus sublime que son expres- « sion ; dans les petites, rien de plus propre. « Étendu, serré, grave el doux, également ad- « mirable par son abondance et par sa brié- « vêlé. »

Ni<IOOK.

L’opinion la plus commune le fait contemporain d’Homère. On dit qu’il était né à Lûmes, ville d’Éolie, mais qu’il fut nourri el élevé à Ascra, petite ville de Bèolie, qui depuis a passé pour sa patrie : aussi \irgile * l’appelle-l-il le vieillard d’Asr'ra. Il n’est guère connu que par le peu de poésies qui nous sont restées de lui , toutes en vers hexamètres, qui soiil : i'Iet Ourraget el let Jourt; '2:1a Théogonie, ou généalogie des dieux; 3* le Bouclier cl Hercule : on doute pourtant que ce dernier soit de lui.

1. Dans le premier de ces poèmes , intitulé let Ouvraget el let Jourt, Hésiode traite de l’agriculture, qui demande, outre beaucoup de travail, qu’on observe les temps, les saisons , les jours. Ce poème est rempli de sentences cl de maximes excellentes pour la conduite de la

* Plin lib. 7 . cap. 29.

* Quinlil. lib. 10. cap. 1. . ,

» Eciog. 8. V. 70. ^

^ 3iî0

Tie. Il le commcnrc pnr une courte mais vive (lescriplion de deux sortes de disputes : l'une funeste au genre humain , et source desquerel- Ics, des discordes, des guerres ; l'autre inflnimenl utile et salutaire aux hommes, qui aiguise leur esprit, qui excite parmi eux une noble ('mulalion, et qui donne lieu i l'invention et à la culture de arts. Il fait dans la suite une admirable description des quatre dilTércnls Ages du monde, d'or, d'argent, d'airain, de fer. Ce sont ceux de ce premier âge d'or, que Jupiter, après leur mort, changea en aulant de génies et d'esprits qu'il établit gardiens des hommes, et qu'il chargea du soin de parcourir la terre, cachés dans un nuage obscur, et d'observer les bonnes et les mauvaises actions de ceux qui l'habitent.

Ce poème a servi de modèle à Virgile pour composer scs Géorgiques , comme il le témoigne lui-méme par ce vers ;

Ascrcumqae rsno ronuna per oppida carmen *.

Le choix que ces deux illustres poètes ont fait de cette matière, pour la traiter en vers, nous marque en quel honneur étalent chei les anciens la culture des terres et la nourriture des tn>u|)caux , deux sources innocentes de richesses et d'abondance pour un paja. Il est bien fâcheux que, dans les siècles postérieurs, on ait laissé éteindre ce goût, si conforme A la nature , et si propre â conserver l'innocence des mœurs : l'avarice et la volupté l'ont entièrement étouffé. iVimirûm alii subiére rilu» , circaque alia meules hominum delineiUur, et araritiœ tantùm artes coluntur'.

2. On peut regarder ta The'ogonit d'Hésiode et les poèmes d'IIomére comme les archives et les monuments les plus sûrs de la théologie des anciens, et de l'opinion qu'ils avaient de leurs dieux. Car il ne faut pas croire que ces poètes aient été les inventeurs des fables que nous lisons dans leurs ouvrages : ils n’ont fait que recueillir et transmettre à la postérité les traces de la religion qu'ils avalent trouvée établie et dominante dans leur temps et dans leur pays.

' Aotipiovir.

■ Gtorg.lib.S.r. 176.

* Plia, in Pnxpin. , llb. fl.

3. Le Bouclier d' Hercule est un morceat détaché d'un poème dans lequel ot. prétenl qu'IIésiodc célébrait les héroïnes de l'antiquilt les plus illustres; et il est ainsi appelé, parce ipi'on y trouve une longue description du boui'iier d'IIercule , dont ce poème rapporte uw aventure particulière,

Ita poésie d'Hésiode , dans les endroits qui .sont susceptibles d'ornements, est fort belle et fort agréable , mais moins élevée et moim sublime que celle d’Homère. Quinlilien' lo^ donne le premier rang dans le genre d'écrire médiocre: datur ei palma in illo mediodicendi généré.

AXCniLOOCC.

Le poète Archiloque, natif de Pama, inrentour des vers iambes , vivait du temps de Cwdaule, roi de Lydie’. Il a cela de conuann avec Homère, selon Velléius Paterculus*,d'a- i voir porté tout d'un coup à une trés^raoile perfection le genre de poésie qu’il avait venté. Les pieds qui donnèrent leur nom à cet vers, et qui seuls d’abord y furent admis, soûl composés d’une brève et d’une longue. Il parait que le vers iambe, tel qu' Archiloque i'iaventa , était fort propre pour un style véhément et énergique : au-ssi voyons-nous qu'Ilorace, en parlant de ce poète, dit que sa colère, ou plutôt sa rage , l’arma de l’iambe posf exercer sa vengeance ,

Arrbilochuin proprfo râbles annavll tanibo’.

Et Quinlilien • nous apprend qu’il avait aae force d’expression extraordinaire, des pensées hardies , de ces traits qui sont courti, mais vifs et perçants; en un mol, un strie plein de force et de nerf. On disait * de scs pièces de poésie que les plus longues étaient te

* Ub.l.np.S.

’ Ad.M. sa«;âï.j. C.Til.

* lib. 10.c«p. 1.

* Art. pwl.

* a Sumnu in boc vU elocutiooit. f üm valide, ton fen*

« ves > ibrâfite»que scnlenlia . plurismm Moguinift attr** c nervoruro. » (Qoiimt. lib. 10, cap. 1.)

* « Ut Arislophani Arrbilorhi iambus . sic rpistola JH*

« giuima queque opiima vldelar. » (Cic. Episi. lis lib. 10, ad

pins belles. On a porté le mémo jugement des harangues de Démosthéno et de celles de Cieéron. Celui-ci en dit autant des lettres de son ami Atticus.

Les vers d’Arcliiloque • étaient mordants et licencieux , témoin ceux qu'ii écriril contre Lycambe, qui le réduisirent au désespoir. Par cette double raison * , ses poésies , quelque excellentes qu'elles fussent jugées d'ailleurs , forenl absolument bannies de Sparte, comme plus capables de corrompre les moeurs et le cœur des jeunes gens qu'utiles pour former leur esprit. Il ne nous en reste que de très-courts fragments. Cette délicatesse d'un peuple païen, sur la qualité des livres dqnt on doit permettre la lecture aux jeunes gens, est bien digne de remarque et fera la condamnation de plusieurs ebréliens.

Ce poète était d'Êphése. Il se s'ignala quelques années après Archiloque, dans le même genre de poésie, et avec la même violence. Il était laid *, petit et d’une taille fort menue. Deux frères, célèbres sculpteurs, nommés Bupalus et Alhénis (d’autres nomment celui-ci Anthermus), égayèrent leur imagination é son sujet, et 1e représentèrent sous une forme ridicule. II est dangereux de s'attaquer à des poètes satiriques. Hipponax lança contre les deux frères des traits de satire si piquants, qu’ils se pendirent de dépit ; d'autres disent qu'ils quittèrent seulement la ville d’Êphése où demeurait Hipponax. Sa plume otrabilaire* n’épargna pas même ceux à qui il devait la vie.

* lloraL Epod. od. 6 , et Episl. 10 , lib, 1.

* « LKfdcmoDlilibrMArchlIochièciTiUlefuâeiper- « Uri jusscruot . quôd eorum partira verecuDdam ac pudi- «r cam lectttMieoi arblirabaotur. Neluerunl enlro eà Ubero* « niin loomm anlmot imbui » ne plus roorUms ooctrcl « quam Ingentia prodeaseL Itaque maiimum poclam «aul « ccr(è summo proxlmum » quii domum albl inviaara • obaceoli roaledlcUi Uceniveral , rarmiDum eilUo mulcm. làrunt. (Val. Max. Ub. 6, cap. 3.}

s « Uippeoacli nolabllU vuUùxfœdile» eral : quamobrem « iinagineni qjus lasdviâ jocimun H proposu^re ridentiuin « cIrculU. Quod Hipponax indlgnalus amaritudinera car- « minuni dUlrlnxil in tantum , ul credalur aiiquJbns ad « laqQeameealiupuUaae: quod Cdaura cet • (Fuji. Ub. 36, cap. 5.)

* Aoihot. itb. 3

Quel monstre! Horace' joint Hipponax i Archiloque et les représente comme deux poêles égalcrocut dangereux. Il y a dans rAiilhologie trois ou quatre épigrarames qui représentent Hipponax comme encore terrildeapréssa mort. On y exhorte les passants à s'éloigner de sou tombeau, comme d’un lieu d'où il sort une grêle épouvanlable, aiüvt tàv râfo«,

T» fpaxiy. Fuge grandinaitlem lumuJum, horrtndum.

On croit que c’est lui qui a inventé le vers scaxon, où le spondée a pris la place de l'iambe, qui se trouve tuqjours au sixième pied du vers qui porte ce nom.

•réiicHoiB.

Il était d'Himére, ville de Sicile, cl se distingua dans la poésie lyrique, aussi bien que les poètes dont il va être parlé dans In suite. On appelle |ioésie lyrique celle dont les vers, c’est-à-dire, des odes ou des stances, se chantaient sur la lyre, ou sur d’aulres inslnirociils pareils. Slésichorc a vécu entre la 37* et la '»7* olympiade. Pausanias", après plusieurs autres fables, raconte que Slésichorc, ayant perdu la vue, en punition des vers mordants et saliri(|ues qu’il avait faits contre Hélène, ne la recouvra qu’après avoir rétracté ses médisances par une nouvelle pièce contraire à la première, ce qu’on appelle depuis palinodie. Quiiitilien* dit qu’il chanta des guerres considérables et d’illusircs héros, cl qu’il Süulitik sur la lyre la noblesse cl l’élévation du poêmu épique.

Il était de Lacédémone . on , selon d’autres, de Sardes en Lydie , et vivait à peu prés du même temps que Slésichore. Quelques-uns le font auteur des vers tendres.

■ Cave . cave ; namque in malet aiperrtaMia Pirata (ollo cornua :

Quales L;camba tpretui iofUo geoer*

Auucer battis Bupala.

(£po<l. 6 [T. IS, sq.])

* PauMii. hi LacoD. pag. 200.

* sSlcfirhonim. quam sU iagenio vafidus, malfrie « quoqae oslemluni, maiima bellaetclariMiinoscaaeotein « duces, et epici carminia ooera lyrè susUsentcB. » (Lib. 10, cap. 1.)

AUlis.

.'îr.2 49^

Sa patrie Hait Milji^ne, ville de Ijîsbo*. C'esI, de lui que le vers alralquc a tiré son nom. Il fut l’ennemi déclaré des tyrans de Lesbos, et en particulier de Pitlacus, qu'il ne cessa de déchirerdans ses vers. On dit que dans un comtwt où il se trouva *. saisi de frayeur, il jeta »as ses armes et se sauva par la fuite. Horace’ raconte de lui-même une («reille aventure. Les poêles se pi(|uent moins de bravoure que de bel-esprit. Quintilien’ dit que le style d’Alcée était serré , magniflque , châtié ; et , ce qui met le comble à son éloge, qu'il ressemblait fort A Homère.

liMUXIDC.

Simonidc était deCéos, lie de la mer Égée. Il llorissait encore au temps de l’expédition de Xerxés. Il réussit principalement dans les élégies’. On lui attribue l’invention de la mémoire locale. J’en ai parlé ailleurs’. A l’âge de quatre-vingts ans* il disputa le prix de la poésie, et l’emporta.

Iji réponse qu’il lit à un prince qui lui demandait la définition de Dieu, est fort célébré. Ce prince est Hiéron, roi de Syracuse’. Il le pria de lui dire ce que c’est que Dieu. Le poète demanda un jour pour examiner la question qu’on lui proposait. Le lendemain , il en demanda deux ; et A mesure qu’on le sommait de répondre, il doublait toujours le temps. Le roi , surpris de cette conduite , en voulut savoir la cause. « J’en use ainsi , lui répondit Simo- « nidc, parce que, plus j’examine celle ma- « tiére, plus elle me semÜe obscure : > quia,

* llorod. llb. 5,ctp. 9s.

• Tfcum Phitippos et cfirmn tu*™

Sens! . rctlcit non bené parnuU.

llloixT. Od.T.lib.9.)

’ fl In HoquenAo breviv. et niagnincn», et diligeni. fl plcrurnquè llomero simtl'f. >

a Std ne rtllrlia. musa procai . Jods Cec relracl» munera nrnlv.

(IIoeàt. lOd. II.1.38.]) MffsUiu lacr^mts simonldcis.

(Càtdl.)

a Manière d'enseigner.

a Ptut. In Moral, pag. 78V

s etc. de Nat. deor. lib. 1 . n. aOl

quaiito diutiût tontidero, tantà miAi rei ride fur obscurior. Iji réponse était sage, si elle venait d’une grande idée de la majesté divine, que* nulle intelligence ne peut comprendre, et nulle langue expliquer.

Après avoir parcouru plusieurs villes de l’Asie’ et y avoir amassé beaucoup d’argent en célébrant par scs vers les louanges de ceni qui étaient en état de le bien récompenser, il s’embarqua pour l’Ile de Céos sa patrie. U vaisseau fit naufrage. Chacun , en se sauvant, emporia ce qu’il put. Simonidc ne se charges de rien; et lorsqu’on lui en demanda la raison, « C'est, répondit-il, parce que tout ce que j’ai « est avec moi : » Mecum, inquil, mra siul runcta. Plusieurs de ses compagnons de naufrage se noyèrent, accablés du poids des choses qu’ils avaient voulu sauver. Ceux qui abordèrent furent pillés par des voleurs. Chacun m a*lira A Clazomènc, qui n’élail pas loin du lieu où le vaisseau élail péri. Un bourgeois, qui aimait les lettres, et qui avait lu les poésies de Simonidc avec beaucoup d’admiration , se fil un plaisir et un honneur de le recevoir cbei lui, et lui fournit abondamment toutes les choses nécessaires, pendant que les autres furent obligés de mendier par la ville. Le poêle, les rencontrant, n’oublia pas de leur faire ivmsrquer la justesse de la réponse qu’il leur avii! laite : Dixi, inquil, nua mecum use runcta; vos quod rapuiêtii, péril.

ün lui n reproché d’avoir déshonoré la poésie par son avarice, en rendant sa plume vénale, et ne faisant des versqu’après avoir stipulé qu’on lui donnerait une certaine somme’. Ce qu’on lit dans Aristote * en est la preuve, et ne lui fait pas d’honneur. Quelqu’un qui avait gagné le prix de la course pria Simonide

* « Onè boc P5( IVin . qood et quurn dicilor , nee

« lest dici : quoin ««tiiiiatur. non potestesUnuri; qen « eomparalur. nnn polest compirail ; qanm drflnbv. « ipsâdrflnlÜODe rresciL»(S.Aofl..serm de femp. os.)

« Nobis ad intellertum iieclos angustom est. El ktesfk « Deum) riigné rslimamus, dum inarslimaWletn dIdM» « EkH|uarquemadmodùmseoUo. Maftnimdiiiero M. qd

« se pulnl nosse . minuit : qui non voll minuere . ooa la- « vit. •(Mim't. Fblix.)

* PhSilr. Ilb. «.

> «MercedraccepU laudeoiviclontmciBeM-a Pasa**

QuelquesHins lisent merrgdâ pactd.

* Rbetor. lib. 3, rap. 2.

de romposer sur ce sujet un chant de triomphe. Le poCte , ne Ironvnnl po.s que la récompense qu’on lui proposait fût assez grande, répondit qu'il ne pouvait bien traiter ce sujetlà. Celle victoire avait été remportée à la course des mules : et il prétendait que cet animal ne fournissait pas une belle matière de louange. On lui fit des offres plus avantageuses, qui anoblirent la mule ; et alors il fit le poème qu’on lui demandait. Il y a longtemps que l’argent est en possession de donner de la noblesse et de la beauté ;

El grmu cl fomum réglai pecunla donat.

Les mules naissent d’une finesse et d’un cheval. l,e poêle, comme le remarque Aristote, ne les avait d’abord considérées que par le vilain endroit. L’argent les lui fil regarder du bon côté , et il les appela U$ nobles filles des courstera rapides ; Xaipir àiUoirôfiuv so—

yarptç îjrwwv.

aariio.

Elle était du même l|eu et vivait du même temps qu’Alcée. Le vers saphique lui doit son nom. Elle avait composé un très-grand nombre de pièces; il ne nous en reste que deux, qui font juger que les louanges que lui ont données tous les siècles pour la beauté, la tendresse, le nombre , l’harmonie , et les grfices infinies de ses vers ne sont point sans fondement. Aussi lui donna-t-on le nom de dixième musc , et ceux de Mitylënc firent graver son image sur leur monnaie. Il serait à souhaiter que la pureté de ses mœurs eût répondu à In beauté de son génie , et qu’elle n’eùl pas déshonoré son sexe par ses vices et par ses dérèglements. *

AkACR^OK.

Ce poêle était de Tèos, ville d’Ionie. Il vivait dans la 78* olympiade. Il passa beaucoup de tempsà la cour de Polycrate', cet heureux tyran de Samos ; et il fut non-seulement de tous ses plaisirs, mais encore de son conseil. Platon* nous apprend qu’IIipparque , l’un des

> Ilrrod. Iib.3,pag. ('21.

* lii Ilipp. pag. ±2Ki*l2:!9.

fils de Pisistrate , envoya un vaisseau à cinquante rames à Anacréon , et lui écrivit fort obligeamment pour le conjurer de vouloir bien venirù Athènes, où ses beaux ouvrages seraient estimés et goûtés comme ils le méritaient. On dit que la joie et le plaisir faisaient son unique étude , et ce qui nous reste de ses ouvrages en fait foi. On voit partout dans ses vers que sa main écrit ce que son cœur sent. Leur délicatesse se fait mieux sentir qu’on ne peut l’exprimer. Rien ne serait plus estimable que sus poésies , si elles avaient un meilleur objet.

TKUPIS.

Il fut l’auteur de la tragédie. Je me réserve a en parler lorsque je traiterai des poêles tragiques.

bis Sin SASES DE LA ClECE.

Ces hommes sont trop célèbres dans l'antiquité pour être omis dans l’histoire que je traite. Leur vie est écrite par Diogène Lacrce.

THALjU LC

Si l’on en croit Cicéron', il tenait le premier rang entre les sept sages. Ce fut lui qui jeta en Grèce les fondements de la philosophie, et forma une secte nommée iioiiigue, parce qu’il était d’Ionie.

Il croyait* que l’eau est le principe de toutes choses, et que Dieu est cette intelligence par qui tout est formé de l’eau. Il avait emprunté la première de ces opinions des Égy|>liens, lesquels, voyant que c’est le Nil qui cause la fertilité de leurs terres, pouvaient s’imaginer que l’eau est le principe de toutes choses.

Il est le premier des Grecs qui se soit appliqué à l’astronomie. Il avait marqué le temps précis de l’éclipse de soleil qui arriva sous le régne d’Astyage, roi de Médie, dont il a été parlé ci-devant.

• a Prinreps Thalci . uniis è Kplcm , cul set rcliqui» n ronm»U^ primas fcrunl. » (IJb. 1. Jrad. (fuirst. n. 1IK.)

* IJb. 1 «le Nal. üi'or. n. 23.

ti

r e*l aussi le premier (^i a fixé les termes I piade ‘ ; et il mourut la première année de et la durée de l’année solaire parmi les Grecs, la 58*, flgé par conséquent de plus de quatre- En comparant la grandeur du corps du soleil vingt-dix ans.

avec celui de la lune , il crut avoir trouvé que le corps de la lune n’était en solidité que la sept cent vingtième partie du corps du soleil , et par conséquent que le soleil surpassait en solidité le corps de la lune plus de sept cenis fois. Ce calcul est bien éloigné de la vérité , puisque la solidité du soleil surpasse non-seulement sept cents fois, mais plusieurs millions de fois la solidité ou grosseur de la lune. Mais on sait combien , en toutes sortes de matières, et surioat dan: celles dont il s’agit ici , les premières observations et découvertes qu’on y fait sont iuiparfaiie:.

Dans son voyage en Egypte * , il trouva un moyen facile, et sûr eu même temps, de mesurer la tiau'our des pyramides, en observant le jour où l'ombre de notre corps est égale à la hauteur même de notre corps.

Pourmon’rer que les philosophes * n’étaient pas si dépourvu: de talent, et si ineptes pour les affcir.'i qu’on le pensait, et qu’ils réussiraient eoir~e les autres à s’enrichir s’ils le voulaient, il acheta le fruit de tous les oliviers qui étaient dans le territoire de Milet avant qu’ils fussent en fleur. La profonde connaissance qu’il avait de la nature lui avait peutêtre fait connaître que l’année serait d’une extrême fertilité. Elle le fut en effet, et il fit un gain considérable.

Il avait coutume de remercier les dieux de trois choses : de ce qu’il était né créature raisonnable et non pas béte, homme et non pas femme. Grec et non barbare.

Sa mère le pressant de se marier, il répondit d’abord qu’il n’était pas encore temps; et quand plusieurs années se furent écoulées, il répondit qu’il n’était plus temps.

S’étant un jour lai^ tomber dans une fosse, pendant qu’il était attentif à contempler les astres, une bonne vieille lui dit : Eh ! comment connaîtriez-vous ce qui est dans le ciel , et si fort au-dessus de votre tête, vous qui ne voyez pas ce qui est à vos pieds et tout. prés de vous?

Il était né la première année de la 35‘ olym-

■ Plia. Ub.M.cap. «1.

> Cic. lib. 1 de Divin, a. lit

Sa vie a été rapportée fort au long.

cniLOir.

Il était de I.ecédémone. On ne sait pas beaucoup de choses de lui. Ésope lui demandinl un jour à quoi Jupiter s’occupait : « A abaisser, dit-il, ceux qui s’élèvent, et à élever «ai qui s’abaissent. »

11 mourut de joie à Fisc, ayant vu son fils remporter la victoire du pugilat dans les jeui olympiques *. 11 dit en mourant qu’il ne croyait point avoir cotnmis aucune faute pendant loal le cours de sa vie [sentiment digne de l’orgueil et de l’aveuglement d’un philosophe païen), si ce n’était peut-être d’avoir usé de délonrel de dissimulation dans un jugement pour faire plaisir à un ami , en quoi il ne savait s’il arail bien ou mal fait. Il mourut vers la 52’ olympiade.

PiTTiCCf.

Il était de Mityléne, ville de Lesbos. Uniani frères d’Alcée, fameux poCle lyrique, et à Alcée lui-méme, qui s’était mis à la tète deseiilés, il chassa de cette lie le tyran qui s’en élail rendu maître.

Ceux de Mityléne étant en guerre avec les Athéniens, Pittacus cul la conduite de l’armée. Pour épargner le sang de ses citoyens, il offrit dp se batire contre Phrynon , qui était le chef des ennemis. Ix parti fut accepté. Pittacus le vainquit et le tua. En reconnaissance, leshabé tants de Mityléne , d’un commun accord , lui donnèrent la souveraineté de leur ville. Il l’ao ccpla, et se conduisit d’une manière si sage et si modérée , qu’il fut toujours considéré et chéri de ses sujets.

Cependant Alcéc,cnncmidéclarédes tyrans, n’épargna pas celui-ci dans ses vers, quelque

• An. M. S»57 ; iv. 1. C. 517.

* Aol. Gfll. lib. 1, cap. 3.

douceur qu’il fU paraître, et l'altaqua vivement. Pitlacus, entre les mains de qui il était tombé, loin de s’en venger, lui rendit la liberté, et montra par celle action de clémence et de générosité qu’il n’avait que le nom de tyran.

Après avoir gouverné dix ans avec beaucoup d’équité et de sagesse , il abdiqua volontairement l’autorité, et se relira. 11 avait coutume de dire • que la preuve d’uii bon gouvernement était d’engager les sujets, non à craindre le prince, mais h craindre pour lui. 11 ne voulait pas qu’on se donnât jamais la liberté de médire d’un ami, ni même d’un ennemi. Il mourut dans la 52* olympiade.

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