‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 3)Chapitre 70 sur 125 · CI.ÉOBUC.C · texte numérisé non relu

CI.ÉOBUC.C

Il n’est pas plus connu. Il était de Lindos, ville de l’île de Rhodes , et selon d’autres , de Carie. Il invita Solon à venir se retirer avec lai, lorsque Pisistralc se fut emparé de l’autorité à Athènes.

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On le met parmi les sages, quoiqu’il fût tyran à Corinthe. Quand il s’en fut rendu maître.

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Çüdùcu pii «'jTÔv, «),A vnip «Otov. ( Plct. in conv. tcp(. sap. pag. 1.52. )

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il écrivit à Thrasybule, tyran de Mllet, pour savoir comment il devait se conduire. Celui-ci, pour toute réponse, mena le courrier dans une pièce de blé, et en s'y promenant aballil avec sa canne tous les épis qui étaient plus élevés que les autres. Périandre comprit sans peine le sens de celle espèce d’énigme, qui l’avertissait de se défaire des citoyens les plus puissants de Corintlie pour mettre sa vie en sûreté. Mais , si l’on en croit Plutarque *, il ne put goûter un avis si cruel.

Il avait vouÀ aux dieux une statue d'or *, s’il remportait la victoire aux jeux olympiques. Pour s’acquitter de son vœu, il dépouilla les dames de Corinthe de. tous leurs ornements, de tous leurs bijoux , et de tout ce qu’elles avaient de plus précieux. Voilà une belle manière d’honorer les dieux 1 Il écrivit une lettre circulaire à tous les sages pour les inviter à venir passer quelque temps chez lui, comme ils avaient été l'année précédente à Sardes chez Crésus. Les princes alors se croyaient fort honorés de recevoir chez eux de tels hûles. Plutarque ^ décrit le repas qu’il leur donna , dont il fait remarquer que l’honnéte simplicité, proportionnée au goût cl au caractère des conviés, lui fit plus d’honneur que n'auruil pu faire la plus grande magnificence. Les propos de table étaient tantôt graves et sérieux, tantôt gais et enjoués. «Quel est, proposa quelqu’un, le gouvernement populaire le plus parfait ? Celui, répondit Solon, où l’injure faite à un particulier intéresse tous les citoyens ; Bias : où la loi lient lieu de tyran ; Tlialès : où les habitants ne sont ni trop riches, ni trop pauvres; Anacharsis : où la vertu est en honneur et le vice abhorré; Pitlacus : où les dignités ne soûl accordées qu’aux gens de bien, et jamais aux méchants; Cléobule : où les citoyens craignent plus le blâme que la loi; Chilon ; où les lois sont écoulées et ont du crédit, non les orateurs. » Sur tous ces avis, Périandre conclut que le gouvernement populaire le plus parfait serait celui qui approcherait le plus de l’aristocratique, où l’autorité est entre les mains d’un petit nombre de gens de bien.

Pendant que ces sages étaient assemblés chez

‘ In conv. sept. sap.

* Diog. Lacrt. in vit. Periand.

* In conv. sept. sap.

Pêriandre, il arriva un courrier de la pari d’Amasis , roi d'Égyple , chargé d’une lellre pour Bias, avec qui ce prince était en grand commerce. Il le consultait sur la manière dont il devait répondre à une proposition que lui avait faite le roi d'Éthiopie, de boire toutes les eaux de la mer, moyennant quoi il lui céderait un certain nombre de villes de ses états, sinon Amasis lui en céderait autant des siens. Il était pour lors ordinaire aux princes de se proposer les uns aux autres de ccs questions énigmatiques et embarrassantes. Bias lui répondit surle-champ d'accepter l'offre, à condition que le roi d’Éthiopie arrêterait tous les fleuves qui se jettent dans la mer; car il ne s'agissait que de boire la mer, et non les fleuves. On attribue à Ésope une pareille réponse.

Je ne dois pas omettre que les sages dont je viens de parler furent tous amateurs de la poésie , et composèrent tous des vers , quelquesuns même en assez grand nombre, sur des sujets de morale ou de politique, qui sont un objet véritablement digne de la poésie. On reproche cependant à Solon * d'avoir fait des vers licencieux ; ce qui nous apprend quelle idée nous devons avoir de ces prétendus sages du paganisme.

A la place de quelques-uns des sept sages que j'ai cités on en substitue d'autres, comme Anacharsis, Myson, Épiménide, Phérécyde.

Le premier est le plus connu.

ANACIIARnS.

Longtemps avant Solon , les Scythes nomades étaient en grande réputation pour leur simplicité, leur frugalité, leur tempérance et leur justice. Homère * les appelle ia nation trèsjuste. Anacharsis était un de ces Scythes , et de la race royale. Comme quelqu’un d’Athènes lui faisait un reproche sur le pays dont il était : a Ma patrie, dit-il, me fait, selon vous, peu d’honneur ; et vous, vous en faites peu à votre patrie. » Son bon sens, son profond savoir et sa grande expérience le firent passer pour un des sept sages. Il avait écrit en vers sur l’art militaire , et avait fait un traité des lois des Scythes.

• PIul. in Solon, pag. 79.

• II. lib 4, Y. fi.

Il rendit visite à Solon. C'est dans une conversation qu’il eut avec lui qu’il compara les lois à des toiles d'araignées, qui n'arrêtent que les petites mouches, et que les grandes rompent aisément.

Accoutumé à la vie dure et pauvre des Scythes, il faisait fort peu de cas des richesses. Crésus l’avait invité à le venir voir, et sans doute lui laissait entrevoir qu’il était en étal de l'enrichir ; « Je n’ai nul besoin de votre or, « lui répliqua-t-il. Je ne suis venu dans la « Grèce que pour m’y enrichir du côté de « l’esprit , et je serai fort content si je re- « tourne dans ma patrie, non plus riche, mais « plus habile et plus homme de bien. » 11 se rendit pourtant à la cour de ce prince.

Nous avons déjà remarqué qu’Ésope ai’aii été fort étonné et fort mécontent de l’air froid et indifférent avec lequel Solon ‘ avait considéré les trésors de Crésus et la magnificence de son palais, parce que c’était le maître même de la maison que ce philosophe aurait souhaité dé pouvoir admirer. « Il faut, dit Ana- « charsis à Ésope, que vous ayez oublié votre « fable du renard et de la panthère. Celle-ci, « pour se faire valoir, ne pouvait que montrer « sa peau brillante et marquetée de différentes « couleurs : la peau du renard était simple, « mais cachait des ruses et des finesses d’un « prix infini. Je vous reconnais , dit le Scy- « the, à celle image. Vous n’êles frappé que « de ce qui brille au dehors, et vous comptez « pour peu ce qui fait véritablement l’homme, « c’est-à-dire, ce qui est en lui, et par consé- « quenl à lui. »

Ce serait ici le lieu d’exposer en abrégé la vie et les sentiments de Pythagore, quia vécu dans le temps dont je viens de donner l’hisloire. Mais je remets à en parler dans un autre endroit, où je joindrai ensemble plusieurs philosophes, pour mettre le lecteur plus en étal de faire la comparaison de leur doctrine et de leurs principes. ’

Je joins Esope aux sages de la Grèce , nonseulement parce qu’il s’est souvent trouvé avec

IMul. in f<*nT. wpl. snp. png. 1.S5.

eux, comme nous l'avons vu, mais * parce qu'il enseignait la véritable sagesse avec bien plus d’art que ceux qui en donnent des définitions et des régies.

Ésope était Phrygien. H avait beaucoup d'esprit, mais était tout contrefait : petit de corps, bossu, horriblement laid de visage , yaiit & peine figure d'homme , et ne pouvant presque parler dans les commencements. Il était esclave, et le marchand qui l'avait acheté eut bien de la peine i s'en défaire, tant on était choqué de sa mine et de sa taille.

Le premier maître qu’il eut l’envoya aux champs labourer la terre, soit qu’il le jugeât incapable de toute autre chose, soit pour s’éter de devant les yeux un objet si désagréable.

Il fut vendu dans la suite à un philosophe nommé Xanthus. Je ne finirais point si je voulais rapporter tous les traits d’esprit et de vivacité dont scs paroles et sa conduite étaient pleines. Un jour que son maître avait dessein de régaler quelques amis , il lui commanda d’acheter ce qu’il y aurait de meilleur. Il n’acheta que des langues, qu’il fil accommoder à toutes les sauces. Entrée, premier et second service, entremets tout ne fut que langues. « Ne t’avais-je pas commandé, lui dit Xanthus tout en colère, de prendre au marché tout ce qu’il y auraK de meilleur? Et qu’y a-t-il de meilleur que la langue? reprit Ésope. C’est le lien de la \ ic civile , la i;lcf des sciences, l’organe de la vérité et de la raison. Par elle on bâtit les villes et on les police, on instruit , on persuade , on règne dans les assemblées ; on s’acquitte du premier de tous les devoirs , qui est de buer les dieux. Hé bien (dit Xanthus, qui prétendait l’attraper), achéle-moi demain <-e qu’il y a de pire : ces mêmes personnes viendronl chez moi, et je veux diversifier. Le lendemain Ésope ne fit servir que le même mets, en disant que la langue est la pire chose

* « Ævopus illc è Phryglà fabuUtor , haud Immcrild M- « picni e&niimaïua : quum. qua ulilia monilu auaau- « qua erant, Dun &everé , non imperiusé prrcapft et ceo- « suit , ut philoMpbU nu» est ; .<ed festivos ddectabilcsque a apologos commcnlus, rea salubrilcr ar proapicienlcr anla niadverui, in mentes animotque bominum cumaudiendi « quàdam illecebrt induit. » (Acl. Gau. Nocl. ail. lib. g, cap.».)

qui soit au monde. C’est la mère de tous les débats , la nourrice des procès , la source des divisions et des guerres. Elle est l’organe de Terreur, du mensonge, do la calomnie , des blasphèmes, u

Ésope eut bien de la peine à obtenir sa liberté. lin des premiers usages qu’il en fil , fut d’aller chez Crèsus, qui, sur sa grande réputation , désirait depuis longtemps de le voir. Sa taille et sa mine rabaltirenl beaucoup d’abord de l’opinion qu’il eit avait conçue. Mais la beauté de son esprit éclata bienlét à travers ces v oiles et ces dehors grossiers qui la couvraient; et ce pritice comprit , comme le disait Ésope dans une autre occasion, qu’il ne fallait pas considérer la forme du vase, mais la liqueur qui y est enfermée.

11 fit plusieurs voyages dans la Grèce, soit pour son plaisir, soit pour les affaires de Crèsus. Passant par Athènes ', peu de temps après que Pisislrate y eut usurpé la puis.sance souveraine et aboli l’état populaire, et voyant que les Athéniens portaient ce nouveau joug fort impatiemment, il leur raconta la fable des grenouilles qui demandèrent un roi à Jupiter.

On doute que les fables d’Ésope, telles que nous les avons, soient tontes de lui, du moins pour l’expression. On en attribue une grande partie à Planude, qui a écrit sa vie, et qui vivait dans le quatorzième siècle.

Ésope est regardé comme l’auteur et l’inventeur de celle manière simple et naturelle d'instruire par des apologues et des fictions; et c'est ainsi qu'en parle Phèdre

ƻopas auctor qutm reateriAin repptrit ,

I Uanc ego poUvl vctsUmu senarüs.

Mais *, à proprement parler, la gloire da cette invention est duc au poète Hésiode ; invention peu importante, ce semble, et d’un mérite fort médiocre, et qui a pourtant été Irés-estimée et mise en usage par les plus su-

• Pbadr. Ilb. 1 , fab. 2.

* « 111» quoqae fkbul» , qa» . etlamni originein non ab

« Ætopo accepeniDt ( nam earum piiinus auctor

« Ucsiodus}. Domine Umm Æsopl maiimé ceiebrantur, a üuccre animas soient . prceipuo ruslicorum et imperllo- «I ;um ; qui et simpticiùs qu» ficUi sunt audiunt , et , c«ptl a volupUle g Ibcilê Ib quibtu debetantur consentlidit. » ^QciraiL. Ub. ft,«ap. 110

bllines philoso[)hes et les plus habiles politiques. Platon ‘ nous apprend que Soerale.peu de moments avant sa mort, mit en vers quelques fables d'Èsope; et Platon lui-même ’ recommande avec beaucoup de soin aux nourrices d’en faire apprendre de bonne heure aux enfants , pour leur former les mœurs et leur inspirer l’amour de la sagesse.

11 faut que les fables, pour être adoptées généralement par toutes les natioiis comme nous voyons qu’elles l’ont été , cachent un grand fonds de vérité sous cet air simple et négligé qui fait leur caractère. En effet , le Créateur, voulant instruire l’hommepar lespectacle même de la nature , a répandu dans les animaux diverses inclinations et propriétés pour être comme autant de tableaux raccourcis des différents devoirs dont il doit s’acquitter, et des bonnes ou mauvaises qualités qu’il doit rechercher ou fuir. Ainsi il a peint une image sensible de la douceur et de l’innocence dans l’agneau , de la lidélitè et de l’amitié dans le chien : au contraire, de la violence , de la rapacité , de la cruauté dans le loup, dans le lion, dans le tigre, et ainsi du reste ; et il a voulu faire une leçon et un reproche secret à l’homme, s’il était insensible pour lui-même à des qualités qu’il ne peut s’empêcher d’estimer ou d’abhorrer dans les animaux mêmes.

C’est un langage muet que toutes les iialions entendent ; c'est un sentiment gravé dans la nature, que chacun porte en soi-même. Esope est le premier, entre les écrivains profanes , qui l’a saisi , qui l’a développé , qui en a fait d’heureuses applications, et quia rendu les hommes alicniifs à cette sorte d'instruction naïve , qui est à la portée de toutes les conditions et de tous les âges. 11 est le premier qui , pour donner du corps aux vertus , aux vices , aux devoirs , aux maximes de la société , a imaginé , par un ingénieux artifice et par un innocent mensonge, de les revêtir d’images gracieuses empruntées de la nature, en donnant de la voix aux bêtes , et du sentiment aux plantes, aux arbres, et à toutes les choses inanimées.

* In Ph»(l. paft. 60.

* Ub. 2. (te Rrp. p«|{. 378.

Les fables d’Esope sont dénuées de tout ninement et de toute parure , mais pleines de sens, et à la portée des plus petits enfants, pour qui elles étaient composées. Celles de l’hédre sont un peu plus relevées cl plus étendues , mais cependant d’une simplicité et d'une élégance qui ressemble beaucoup à ratticisme dans le genre simple, c'est-à-dire, è ce qu'il y avait de plus lin et de plus délicat cher les Grecs. M. de La Fontaine , qui a bien senti que notre langue n’était point susceptible de celle simplicité ni de celle élégance , a éga;é scs fables par un tour naïf et original qui lui est particulier, et dont personne n’a pu approcher.

11 est malaisé de comprendre pourquoi Sénèque ‘ pose en fait que, de son lcm|)s, les Romains n’avaient point encore essayé leur plume sur celte sorte de composition. Les fables de Phèdre lui élaienl-elles inconnues?

Plutarque ’ nous apprend la manière dont Ésope mourut. Il était allé à Delphes, chargé d’or et d’argent, avec ordre d’offrir, au nom de Crésus , un grand sacrifice à Apollon , et de donner à chaque habitant une somme considérable Lue querelle qui s’éleva entre lui et ceux de Delphes, fut cause qu’aprés avoir fait le sacrifice il renvoya à Crésus l’argent qu’il avait reçu de lui , prétendant que ceux à qui ce prince l’avait destiné s’en étaient rendus indignes. Les habitants de Delphes le tirent condamner comme coupable de sacrilège, cl le prr^dpilérent du haut d’un rocher. Le dieu , irrité de celle action , h-s châtia par la peste et par la famine: de sorte que, pour faire cesser ces maux, ils firent signifier dans toutes les assemblées de la Gn'-ce que , si quelqu’un venait exiger, pour l’honneur d'Éso|tc, la vengeance de sa mort , ils lui donneraient satisfaction. K la troisième génération il se présenta un homme de Samos*, qui n’avait

* « >'on audeo le usque pO producpre , ut fabetla» qna- « que et Ktnprm loqos , istettatcsi KOMAsia iseasi» « oprs, solitâ tihi vcmi$Uite connocUs. » (Sbîtec. Consol ad Polyb. pap. 27.)

* Do serâ XuminU vimlicii , pag. 556-557.

* Quatre mines, qui fai&aioDlüouxccnt yuartnlc livres. “ Quatre mines ( probabiemenl cuboiques ) valent iCSfr-

* lloro-J. |lb.2.cap. 131.

d’aulre relation à Esope , sinon qu’il était issu des personnes qui avaient acheté ce fabuliste. Les Delphiens donnèrent contentement à cet homme , et se délivrèrent ainsi des maladies et de la disette qui les tourmentaient.

Les Athéniens, justes estimateurs de la vraie gloire , érigèrent à ce savant et spirituel esclave une statue magnifique, pour faire savoir, dit Phèdre ' , que la carrière de l’honneur

' Lib. 8.

était ouverte indifreremmenl à tous les hommes, et que c’était , non à la naissance, mais au mérite, qu'on rendait ce glorieux hommage.

Æsopo (ngeoteiD sUtuam posu^re Attlci .

&er>'umque coIlocAruol cleruA io basi ;

Paterc boDoiis «cirent ut cnneU viaœ ,

Nee generi trlbui , led Tlrtuü glarUm.

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