SUS
(oiûoan prêts à prendre les amies et à se révolter. Les Romains en usèrent avec bien plus de sagesse , en incorporant à l'état les peuples qu’ils subjuguaient, en tes associant au droit de bourgeoisie, et par tà, d'ennemis qu’ils avaient été , tes rendant leurs concitoyens et leurs frères.
g II. — LtCDKSOK. LiGMLATEIIS US5 LAcéDÉaGIUEHi.
Eurylion ' , d’autres le nomment Eurypon, succéda è Soüs. Pour gagner l’amitiè du peuple , et faire mieux goûter son gouvernement , il jugea à propos de relâcher quelque chose de la puissance absolue des rois : ce qui le lit tellement aimer du peuple , qu’on donna son nom â tous ses descendants , qui furent appeiès Eurytionidei. Ce relâchement produisit dans Sparte une horrible confusion et une licence effrénée , qui y causèrent des maux inlinis pendant un assez tong temps. Le peuple devint si insolent, que rien ne pouvait l’arrêter. Si les rois qui succédèrent à Eurylion voûtaient employer la force pour recouvrer leur autorité, ils se faisaient haïr; et si, par complaisance ou par faiblesse , ils prenaient le parti de dissimuler, leur bonté ne servait qu’ù leur attirer le mépris de la part de ces rebelles : de manière que tout était en désordre , et qu’on n’écoulait plus les lois. Ces troubles avancèrent la mort du père de Lycurgue. Il se nommait Eunomus , et fut tué dans une émeute populaire. Polydeclc, son fils atné, qui lui succéda, étant mort bientôt après sans enfants, tout le monde crut que Lycurgue allait être roi. Il le fut en effet pendant que la grossesse de sa belle-sœur fut inconnue : mais sitôt qu'elle parut , il déclara que la royauté appartenait à l’enfant qui en naîtrait. si c’était un Qls; et dés ce moment il administra le royaume comme son tuteur , sous le titre de prodicot , que les Lacédémoniens donnaient aux tuteurs des rois. Quand l’enfant fut venu au monde’, Lycurgue le prenant entre ses bras , et adressant la parole â ceux qui étaient présents: Voict, dit-il, It roi qui nous vient de naître , seigneurs Spar-
< Plut. In I.JC. pag. 40.
• An. M.aiSO.ar.J.C.SM.
tiates; et en même temps il le mit daasli place do roi , et le nomma Charilaüs , â caose de la joie que tout le peuple témoigna de 9 naissance. On peut voir au commencemeat de ce volume tout ce qui regarde rhistoirede Lycurgue , la réforme qu’il fit dans Sparte, et les lois qu’il y établit. Agésilas régnait poar lors dans la branche aînée.
6 in. — CoeiKR ENTRE LES AKCIENI |
BT LES Lacédémoniens.
Quelque temps après', sous le règne de Tliéopompe, il s’éleva une guerre entre les Argiens et les Lacédémoniens au sujet ifni petit pays appelé Thyréa , qui confinait au deux peuples, etqu’ils prétendaient chacunleiir appartenir. Les deux armées étant prés d'en venir aux mains, on convint, pour épargner le sang , de vider la querelle par trois cents des plus hraves qu’on choisirait de chaque côté, i condition que la terre en litige demeurerait au parti vainqueur. Pour laisser aux combattants plus de liberté, les troupes se retirèrent. Aiors ces généreux champions, qui avaient tout le courage de deux grandes armées, s'avancèrent fièrement les uns contre les autres, et combattirent avec tant d’acharnement, qu'ils restèrent tous sur la place , excepté trois , deu du côté des Argiens , et l’autre de celui des Lacédémoniens : encore fut-ce la nuit qui les sépara. Les deux Argiens , se comptant poor vainqueurs , coururent en porter la nonvelle i Argos: le Lacédémonien ( ii s’appelait Olhryade ) , ayant dépouillé les corps morts des Atgiens , et porté leurs armes dans le camp des siens, demeura dans son poste. Le lendemsis. les troupes revinrent de part et d’autre. Ch»cun prétendait avoir la victoire de son côté: ies Argiens, parce qu’ii était resté plus de soldats de leur part que de l’autre; les Lacédémoniens, parce que le peu d’Argiens qui étaient restés avaient pris la fuite , au lieu que leur unique soldat était demeuré mallre du champ de bataille , et avait dépouillé les corps morts des ennemis. 11 fallut en venir aux mains pour décider la question. Le sort se déclara pour les Lacédémoniens, et le champ
* llerocl. Ub. 1, np. ftL
Tyréale leur demeura . Olhryade , ne pouvant se résoudre à survivre il scs braves compni;nons, ni soutenir apres leur mort la vue de Sparte, se tua lui-meme sur le champ de bataille, et voulut avoir avec eux un sort et un tombeau commun.
g IV. — Gurrre e^ttre les MESsimexs
BT LEt LACÉDéMORIERS.
On compte jusqu’à trois guerres entre les Messéniens et les Ija-edomonicns, toutes trèsvives et très-sanglantes. La Messènic était une région du Péloponnèse, au couchant et assez prés de Sparte, qui était puissante et qui avait ses rois particuliers.
Première guerre de Meuènie.
La première guerre de Messénie dura vingt ans entiers cl commença la seconde année de la 9* olympiade ‘. Les Lacédémoniens prélendaicnl avoir plusieurs griefs considérables contre les Messéniens , entre autres , l'injure faite à leurs filles, qui furent déshonorées par les habitants de la Messénie lorsqu'elles allaient , selon la coutume . à un temple limitrophe des deux peuples, et le meurtre de Telécle leur roi , qui en fut la suite. Peut-être l'envio d'étendre leur domination et de s'emparer d'un terrain qui était si fort à leur bienséance, fut-elle la véritable cause de cette guerre. Quoi qu'il en soit , elle éclata sous le régne de Polydore et de Thèopompe , rois de Sparte , dans le temps qu’à Athènes les archontes étaient encore dix ans en charge.
Euphaès*, treizième descendant d’Hercule, était pour lors roi de Messénie. Il confia le commandement de son armée à Cléonnis. Les Ijicédémoniens commencèrent la campagne par le siège d'Amphée, petite ville cl peu considérable, mais qui leur parut fort propre à en faire leur place d'armes. Elle fut emportée d’emblée, et tous les habitants furent passés au fil de l'épée ; ce premier échec ne servit qu’à animer les Messéniens , en leur faisant
< An. M. 3301 ; a*. J. C î 13.-Pansan. lib. », pig. 210- 212. — Juviln. lib. 3, cap. »
« Paua-n. pag. !2i-220
voir ce qu’ils avaient à craindre s’ils ne se défendaient courageusement. Les I.acédémoniens, de leur côté, s’engagèrent par serment à ne point mettre bas les armes, et à ne point retourner à Sparte qu’ils ne se fussent rendus mattres de toutes les villes et de toutes les terres des Messéniens, tant ils comptaient sur leurs forces et sur leur courage.
Il se donna deux combats *, où la perle fut à peu prés égale de part et d’autre. Après le second , les Messéniens furent alTligés de maux extrêmes par la disette de vivres , qui donna lieu à une grande désertion dans leurs troupe.» et ensuite y causa la peste.
Us consultèrent l’oracle de Delphes, qui leur ordonna, pour apaiser la colère des dieux, de leur immoler une vierge du sang royal. Aristoméne , qui était de la race des Epytides , offrit sa fille. Alors les .Messéniens, voyant bien que, s’ils laissaient des garnisons dans toutes leurs places, ilsaffaibliraicnlcxlrêmemenl leurs forces, abandonnèrent toutes les autres villes, et allèrent se camper prés d’ilhome, petite ville située sur le haut d’une montagne de même nom , et s’y fortifièrent. Il se passa sept années entières où il n’y eut que de légères escarmouches de part et d’autre , sans que les Ijicédêmoniens osassent présenter bataille à l’ennemi.
Ils désespéraient presque de pouvoir le vaincre , et il n’y avait que la religion du serment qui les contraignit à continuer une guerre qui leur était devenue si onéreuse. Ce qui les inquiétait le plus ’ était la crainte que leur absence, qui les tenait éloignés de leurs femmes depuis plusieurs années, et qui pouvait encore durer longtemps, ne fit périr leurs familles et ne laissât Sparte destituée de citoyens. Pour obvier à ce malheur, ils y envoyèrent ceux des soldats qui étaient venus à l’armée depuisqu’on avait prêté le serment rapporté ci-dessus , et ne firent pointdilTicullé de leur prostituer leurs femmes. Ceux qui naquirent de ces conjonctions illégitimes furent appelés parihenient , nom qui désignait la honte de leur naissance. Quand ils furent dans un âge plus avancé, ne pouvant souffrir cet opprobre, ils se bannirent
1 PauMin. pag. S37-23I.
« Dioü. lib. ih, pag. *J7H. ^
eai-m('in<'s de Sparte, et , sous la conduite do l’haiante, ils alItTent s’établir en ilalie, à Tareiite, aprt-s en avoir chassé les anciens habitants
Knfin, In huiliéme année de la guerre’, qui éRiit la treiziéme du régne d'Eupliaès , se donna le sanglant combat prés d’Ithoine. £uphaés eiirmivn les bataillons tle Théopotnpe aveu ti'op d'ardeur et de précipitation pour un roi. Il y fut percé de coups dont plusieurs étaient mortels. Il tomba et semblait rendre l'Ame. Alors ou lit de part et d’autre des efforts extraordinaires de courage , les uns pour enlever le roi , les autres pour le sauver. Cléonnis tun huit Spartiates qui l'entraînaient, et, les ayant dépouillés, mit leurs armes en garde entre les mains de ses soldats. Il avait reçu plusieurs blessures et elles étaient toutes par devant, preuve certaine qu'aucun des ennemis ne lui avait fait lAcher le pied. Aristoméno , combattant dans la même occasion et pour le même sujet, tua cinq Lacédémoniens, dont il emporta aussi les dépouilles, et il ne reçut aucune blessure. Le roi fut emporté par les Messémiens, et, tout sanglant et percé de coups, il témoigna sa joie de ce qu’ils n'avaient pas eu du dessous. Aristoméne, après la bataille, rencontra Cléonnis, qui ne pouvait, à cause de ses blessures, marcher ni de lui-méme, ni avec le secours de ceux qui lui donnaient la main. Il le cliargea sur scs épaules, sans quitter ses armes, et le porta au camp.
Après qu’on eut mis le premier appareil aux plaies du roi de Messénie et des ollicicrs, il s’éleva parmi les Messéniens un nouveau coral>al, non mgins vif que le premier, mais d’une espèce bien différente et qui en était la suite. Il s’agissait d’adjuger le prix de la gloire A celui qui s’y était le plus distingué par sa bravoure. C’était pour lors un usage déjà assez ancien de faire proclamer publiquement le plus brave de la journée après chaque bataille. Uien n’étalt plus propre à animer le courage des ofliciers et des soldats, à leur inspirer une audace intrépide, à étouffer en eux toute crainte
' El rrmHiln pclam Lacooi
Bura PhoJanlo.
( IloBxT. Od. a', lib. S. )
* Pauvsn. 2At-2Aâ. — DIod. In Frcgm. [loin. 8, pag. 26. eü. DiponL}
des dangers et du la mort. Deux illustres rhaiapions entrèrent en lice, savoir Cléonnis et Aristomène.
Le roi, tout blessé qu’il était, présida avec les principaux ollicicrs de l'armée au conseil où cette importante dispute devait être décidée. Chacun des contendants plaida sa cause. Cléonnis appuyait sa prétention sur le plus grand nombre d’ennemis qu’il avait tués, et sur les plaies qu’il avait reçues dans le combat, témoins non douteux du courage avec lequel il avait affronté la mort; au lieu que l’état dau lequel Aristoméne était sorti du combat sam v avoir reçu aucune blessure laissait entrevoir qu’il avait été fort attentif à conserver sa personne, ou prouvait tout au plus qu’il avait été plus heureux, mais non pas plus brave que lui. Quant à ce qu’il l’avait transporté sur scs épaules dans le camp, c’étuit une action qui pouvait montrer la force de son corps, mais rien de plus ; et ici, di.sail-il, il s’agit de bravoure.
Le seul reproche qu’on faisait à Aristoméne, était de ce qu’il n’avnit (voint été blessé, et c’est à quoi il s’attacha. «On m’appelle heureux, « dit-il , parce que je n’ai point reçu de bles- « sures. Si j’en étais redevable à ma lAcbeli, « je ne mériterais point ce nom, et, au lien « d’étre admis à disputer le prix , je datais « subir la rigueur des lois qui punissent kt < lAches : mais ce qu’on m'objecte cointne un « crime, c’est ce qui fait ma gloire; car, soit « que les ennemis, étonnés de ma valeur, n’aioil B osé me résister, ce m’est une grande louange B de m’étre fait craindre d’eux ; soit, quand dt B ont combattu, que j’aie eu tout en.scmbleci B la force de les tailler en pièces, et la sage B précaution de me présence de leurs coupa, B j’aurai été tout à la fois cl vaillant et pra- B dent : cuir quiconque, dans lu chaleur méoc B du combat, s’expose au hasard avec sagesse B et retenue, montre qu’il possi'rdc en méoe B temps les vertus et du corps et de l'esprit. B Un ne peut pas cerlainemcnt reprocher i B Cléonnis qu’il ait manqué de courage; nuis B je suis fdché, pour son honneur, qu’il pa- B rais.se manquer de reconnaissance. »
Après ces discours on alla aux suffrages. Tout le monde demeure suspendu dans l’attente du jugement. Nulle dispute n’égale cfl^ ci en vivacité. Il ne s’agit point d’or ou (far-
(pogle
genl; l'honncar est ici tout pur. La gloire d^intéressée est le vrai salaire de la vertu. Ici les juges ne sont point suspects. Les actions parlent encore. C'est le roi , environné de ses ofliciers, qui préside et qui prononce : c’est toute une armée qui est témoin. Le champ de bataille est un tribunal sans faveur et sans cabale. Toutes les voix se réunirent en faveur d’Aristoméne, et lui adjugèrent le prix.
Euphaés ‘ ne survécut pas longtemps à ce jugement, et mourut quelques jours après. Il avait régné treize ans et lait la guerre |>endant presque tout ce temps contre les Lacédémoniens. Comme il mourait sans enfants, il laissa au peuple messènicn le soin de lui choisir un successeur. Cléonnis et Damis le disputèrent à Aristomène ; mais celui-ci fut élu préférablement aux autres. Quand il fut roi , il honora des plus grandes charges ses deux rivaux. Vifs amateurs du bien public encore plus que de la gloire, concurrents, mais non ennemis, ces grands hommes brélaient de zèle pour la patrie; ils n'étaient ni jaloux ni amis que pour la sauver.
J’ai suivi, dans le récit queje viens de faire, le sentiment de feu M. Boivin l’alné, et j'ai prolité de sa savante dissertation * sur un fragment de Diodore de Sicile qui était peu connu. Il y suppose et y prouve que le roi dont il est parlé dans le fragment est Euphaés, et qu’Aristoméne est celui que Pausanias appelle Aristodéme, selon la coutume des anciens, qui souvent avaient deux noms.
Aristomène, nommé autrement Arittodéme, régna prés de sept ans, et fut également estimé et aimé de ses sujets. La guerre continua toujours petidant ce lemps-là. Vers la fin de son régne ’, il battit les Lacédémoniens , prit leur roi Théopompe, et égorgea en l'honneur de Jupiter d’Ithome trois cents hommes, parmi lesquels le roi était la principale victime. Luiméme s’immola peu de temps après sur le tombeau de sa fille, pour satisfaire à la réponse d'un oracle. Damis lui succéda, mais sans porter la qualité de roi.
' PauMn. lib. 4 . pag. 235-îtl .
■ MCdi. de l'Arad. du Inserlp. tom. 2, pag. 8I-H3.
* rietn. Alex, to Protrept. pag. 20.— Euseb. in Prœpar. lib. i. cap. 16.
Depuis sa mort ', les affaires des Messéniens allèrent toujours fort mal, et ils se trouvèrent sans ressource et sans espérance. Réduits à la dernière extrémité, et manquant absolument de vivres, ils abandonnèrent llhome, et se retirèrent chez ceux de leurs alliés qui étaient les plus voisins. I,a ville aussitôt fut rasée , et tout le reste du pays se soumit. On obligea les Messéniens de s’engager par serment à ne jamais abandonner le parti des Lacédémoniens , et à ne se point révolter contre eux ; précaution bien inutile, et qui ne devait servir qu'à leur faire ajouter le parjure à la révolte. On ne leur imposa point de tributs, et on se contenta d’exiger d’eux qu’ils portassent à Sparte la moitié des gfains qu'ils auraient recueillis dans la moisson. Enfin il fut stipulé que, tant hommes que femmes, ils assisteraient en habits de deuil aux funérailles des rois et des principaux citoyens de Sparte ; ce qu’on regardait apparemment comme une marque de dépendance, et comme une sorte d'hommage rendu à la nation. Ainsi fut terminée la première guerre de Messénie *, après avoir duré vingt ans.
Seconde guerre de MessCnic.
La douceur ’ que les Lacédémoniens avaient montrée d’abord à l’égard des peuples de Messénie ne fut pas de longue durée. Quand ils virent tout le pays soumis, et qu’ils le crurent hors d’état de leur susciter de nouvelles affaires, ils s’abandonnèrent à leur caractère naturel, qui était un caractère de fierté et de hauteur, qui dégénérait souvent en dureté , et quelquefois même en férocité; au lieu de traiter les vaincus avec bonté comme des alliés et des amis, et de s’attacher à gagner par la douceur ceux qu’ils avaient domptés par la force, ils ne semblaient attentifs qu’à ap|iesantir de , jour en jour leur joug, et à leur en faire sentir tout le poids. Ils les chargeaient du tributs, les livraient 4 l’avarice de ceux qui étaient commis |M)urcn faire la levée, n’écoutaient point leurs plaintes, ne leur rendaient aucune jus-
■ PaoMn. pag. 211-212.
> An.M. 0281 ;<r. J. G. 723.
a Pauxan. lib. 4 , pag. 2t2-264. — JusUa. lib. 3, cap. 5.
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lire , les trailaienl avec mépris comme de vils esclaves, cl emplovnienl contre eux les violences les plus crinnics.
L'homme, né pour la liberté, ne s’apprivoise point avec la servitude ; la plus douce l'irrite et le révolte. Que fallait-il donc attendre d’un esclavaj»c aussi dur qu'était celui des Messéniens? Après ' l'avoir supporté avec peine pendant prés de quarante ans , ils songèrent à secouer le joug, et à se rétablir dans leur ancien état. Celte année était la quatrième de la 23" olympiade * : la charge d’archonte à Athènes était pour lors réduite é l’espace d’un an ; Anaxandre et Anaxidame régnaient à Sparte.
Leur premier soin fut de se fcrlifler du secours des peuples voisins. Ils les trouvèrent ■fort disposés à entrer dans leurs vues. Leur propre intérêt les y portait : ce n’était point sans crainte et sans jalousie qu’ils voyaient s’élever au milieu d’eux une ville puissante, qui parais.sait manifestement vouloir étendre sa dominalioD sur toutes les autres. Les peuples •derÉlide, ceux d’Argos, ceux de Sicyonc, se déclarèrent en leur faveur. Avant qu’ils fusant assemblés, il se donna un combat. Arisloménc •, second de ce nom , était à la télé des Messéniens. C’était un chef d’un courage .intrépide , et d’une extrême habileté dans le métier de la guerre. Les I.acédémoniens furent battus. Arisloménc, qui voulait donner d’abord aux ennemis une idée avantageuse de lui-méme, sachant qu’elle influe sur tout le reste des entreprises, eut la hardiesse d’entrer de nuit à Sparte, cl d’attacher i la porte du temple de Minerve, surnommée Chalciœco$ , un bouclier dont l’inscription marquait que c’était un présent qu’Arisloméne offrait é la déesse, des dépouilles des Lacédémoniens.
Celte bravade en effet étonna les Lacédémoniens; mais ils furent encore plus alarmés de la puissante ligue qui se formait contre eux.
* O Quinn per cotnpiurcs annos gravla $er>’i(iHis ver- /r l.ern, p’etumque el vtnrula. Cffleraque capti\iuuis main « perpe5«i essenl« po>l lons.im ptrnanim palicnliain bêlât luni fiistaurant. a ( Jostim. lib. 3. cap. 5, )
* An.M.3220;aT. J. C. C8i
* Selon plusieurs historiens. Il y avait en un autre Ariiloméne dans la première guerre de Metisénie.(ÜiOD.Iib.lô. püg. 378.
L’oracle de Delphes, qu'ils consultèrent sar les moyens de réussir dans cette guerre , leur ordonna de faire venir d’Athènes un cliefpour leur donner conseil et les conduire. La démarche était humiliante pour une ville aussi fiére que Sparte ; mais la crainte de s'attirer le courroux du dieu par une désobéissance si marquée, l'emporta sur tout autre motif. On députa donc vers les Athéniens. Cettederaaode les embarrassa. Ils n’étaient pas fàchésdevoir ceux de Lacédémone aux mains avec leurs voisins, et n’avaient pas envie de leur fournir un bon général : d'un autre célé, ils craignaicot aussi de désobéir au dieu. Pour se tirer d’embarras, ils leur présentèrent Tyrlée. II était poète de profession, avait quelque chose d’original dans l’esprit, et de choquant dans le corps, car il était boiteux. Malgré ces défants, les Lacédémoniens le reçurent comme un chef que le ciel même leur envoyait. Le succès ne répondit pas d'abord à leur attente. Ils furent battus trois fois consécutivement.
Les rois de Sparte, abattus par tant de défaites, et n’espérant pas un meilleur succès pour l’avenir, voulaient absolument rcloumcr à Sparte, et y ramener les troupes. Tjrléc s’opposa fortement à ce dessein, et les lit revenir à son avis. Il parla aux troupes, et prononça des vers qu’il avait préparés dans celle vue, et travaillés avec un soin extrême. Il les consolait de leurs perles passées , qu'il attribuait, non à aucune faute de leur pari, mais à un malheur et à un destin que nulle sagesse humaine ne peut surmonter. Il leur représentait la houle qu’il y aurait pour des Spartiates à fuir devant l'eniiemi, et combien il leur serait glorieux de périr même, s’il le fallait , les armes i la main eu combalUinl pour la patrie. Comme si tout danger fût disparu, et que les dieux, pleinement satisfaits cl apaisés par les défoiles précédentes, se fussent tournés entièrement de leur célé, il leur faisait envisager la victoire comme certaine et comme déjà présente, cl comme si clle-méme les invitait au combat. Tous les anciens ' qui ont parlé du caractère de la poésie de Tyrlée remarquent qu'elle était pleine d'un feu, d’une ardeur, d’un enthousiasme qui enflammait les esprits.
' Pial, lib. J de Leg. pag, GgO.-PluU In Agid. eta»®p3g. 803.
qui les élcyail au-dessus d'eui-mémes * , qui leur inspirait je ne sais quoi de généreux et de marlial , qui éloufTait en eux tout sentiment de crainte des dangers ou de la mort, et qui les rendait uniquement attentifs au salut de la patrie et à leur propre gloire.
Ce fut véritablement l'elTet que les vers de Tyrtée produisirent dans cette occasion sur les soldats. Ils demandèrent tous d’une voix commune qu’on les conduisit contre l’ennemi. Uevenus indifférents pour la vie, ils ne songeaient qu’à s’assurer l’honneur de la sépulture. Ils attachèrent tous à leur bras droit des bandelettes où ils avaient inscrit leur nom et celui de leurs pères; afin que, s’ils périssaient dans le combat, et que les traits de leurs visages vinssent h se confondre par la longueur du temps, on pOt certainement les reconnaître à ces marques. Des soldats déterminés à mourir sont bien forts : cela parut dans la bataille qui se donna. Elle fut très-sanglante, et la victoire longtemps disputée; mais enfin les Messéniens cédèrent. Quand Tyrtée, dans la suite, passa à Sparte, il y fut reçu avec de grandes marques de distinction , agrégé au nombre des citoyens.
Le gain de cette battaille ne termina pas la
' Tyrtrusque mares aaimos la MarlUbelU Versibus cxaeuU.
( UoAAT. tn Art. po«(. ( t. 402 ]. )
guerre : elle avait déjà duré trois ans. Ariso)mènc ayant ramassé les débris de son armée , se relira sur une montagne qui était d'ua difficile accès appelée Ira. Les vainqueursavaienl compté l’emporter d’emblée ; mais ils s’y df-fendit pendant onze ans, et y fit des actions de bravoure extraordinaires. Ce ne fut même que par surprise et par trahison qu’il fut obligé d’en sortir, après avoir combattu comme un lion. Ceux des Messèniens qui tombèrent entre les mains des Lacédémoniensfurcnt réduits au sort et à l’état des Ilotes : mais les autres,, voyant leur patrie ruinée, allèrent s’établir à Zancle, ville de Sicile , qui depuis fut appelée de leur nom Messane ; et elle est encore aujourd’hui nommée J/essine. Arisloraéne, après avoir conduit une de scs filles à Rhodes, dont le tyran l’avait épousée, songeait à passer ou à Sardes, chez Ardys, roi des Lydiens, ou à Ecbatane, chez Phraortc, roi des Médes. Mais la mort le prévint.
La seconde guerre des Messèniens avait duré quatorze ans. Elle finit la première année de la 27* olympiade '.
Il y en eut encore une troisième , qui commença du temps et à l’occasion d’un grand tremblement de terre arrivé à Sparte. Il en sera parlé dans la suite.
• An. M.33»»;av.J. C.870.