CHAPITRE I
UISTOIBE DK DAHieS JOINTE A CELLE DES GRECS.
Darius s'appelait auparavant Ochus. Il prit le nom de Darius *, qui , selon Hérodote, signifie en langue persane un vengeur , un homme qui s'oppose aux entreprises de quelqu’un , peut-être parce qu’il avait arrêté et puni l’insoleuce du mage. Il régna trente-six ans.
I I. — aUBIACU ne Uaiiics. Ihpoiitio.v DKTBiBin.s. IsaOLESCI ET PDSITIOS U ISIAPUEESE. MOBT D'O- BtTts. Histoire de UaHocEoE, «toEcis. Persis-
SIOS DOSSÉE At’I Jt'in DE COSTISVER LE lATIREST DD TEMPLE. titiSLROSITÉ DE STLOSON RÉCOMPENSÉE.
Avant que Darius ftU nommé roi, il avait
* llcrod. tib. 6, cap. SB. — Vit. Max. lib. 9. cap. S.
épousé une fille de Gobryas, dont le nom n’est point connu. Artabazanc, l’ainé des trois fils qu'il en eut, est celui qui dans la suite disputera l'empire à Xerxés.
Quand Darius fut monté sur le Irène ' , il épousa, pour s’y affermir davantage, deux filles de Cyrus, Atossc et Artystone. Im première avait été d’abord femme de Cambysc, son propre frère, et ensuite du mage Smerdis, tandis qu’il occupa le Irène. Artystone était encore fille lorsqu’il l’épousa, et ce fut de toutes ses femmes celle qu’il aima le plus. Il épousa aussi l’armys, fille du véritable Smerdis, frère de Cumbyse, et l’hèdymc, fille d’OIane, par l'adresse de laquelle l’imposture du mage avait été découverte. Il eut de ces femmes un grand nombre d’enfants de l’un et de l’autre sexe.
On a vu que les 9^t conjurés qui avaient fait mourir le mage étaient convenus que celui d’entre eux dont le cheval , en un certain jour marqué, hennirait le premier au lever du soleil , serait déclaré roi ; et que celui de Darius *, par l’industrie et l’ingénieuse précaution de son écuyer, lui avait procuré cet honneur. Il voulut transmettre aux siècles futurs sa reconnaissance pour cet insigne bienfait , et se fit ériger une statue équestre avec cette in.scription ; daril's fils d’uvstaspe a
AflQl'lS LE EOYAl'ME DK PERSE PAR LE MOYEN DE SON cuEVAL ( le nom en était marqué ) ET d’oebarés son ÉCUYER. Il y t dans celle inscription , où l’on ne rougit point de devoir à un cheval cl h un écuyer un bienfait tel que
■ An.M.3W3;ar.J. C.bat.-IIerod. lib. S.cap. 88.
• Utrud. llb. 3, cap. 88.
^?^îè
la royauté, que l’on aurait , ce semble , intérêt de faire regarder comme le fruit d’un mérite extraordinaire, il y a , dis je, dans cette inscription une simplicité et une sincérité qui ressent tout à fait le caractère des temps anciens , et qui est fort éloignée du faste des nôtres. fV -
Un des premiers soins de Darius *, quand il se vit établi sur le trône, fut de régler l’état des provinces , et de mettre de l’ordre dans ses finances. Avant lui, Cyrus et Cambyse se contentaient de recevoir des peuples conquis des dons gratuits qu’on semblait offrir volontairement, et d'exiger d’eux certain nombre de troupes dans le besoin. Darius comprit qu’il ne lui était pas possible de maintenir dans la paix et dans la sûreté toutes les nations qui lui étaient soumises, sans avoir sur pied des troupes réglées, ni d’entretenir ces troupes sans les soudoyer , ni de payer exactement cette solde sans mettre des impositions sur les peuples.
Pour mettre donc plus d’ordre dans l’administration de ses Gnances , il divisa tout l’empire en vingt départements ou gouvernements , dont chacun devait payer tous les ans une certaine somme au satrape commis pour cet effet. Les sujets naturels, c’est-à-dire les Perses, étaient exempts de toute imposition, Hérodote fait un dénombrement exact de ses provinces, qui peut beaucoup servir pour connaître l’étendue de l’empire des Perses.
Voici à peu près l’idée que l’on s’en peut former. Ils possédaient en Asie tout ce qu’y possèdent aujourd’hui les Perses et les Turcs ; en Afrique, l’Égypte , et partie de la Nubie , et de plus les côtes de la Méditerranée jusqu’au royaume de Barca ; en Europe , partie de la 'f hrace , et de la Macédoine. Mais il est bon de remarquer que dans cette vaste étendue de pays il y avait plusieurs peuples qui étaient plutôt tributaires que sujets : ce qui a lieu aussi maintenant par rapport à l’empire des Turcs.
L’histoire observe que Darius*, en imposaht ces tributs, montra une grande sagesse et une grande modération. 11 fil venir les princij aux de chaque province, qui en pouvaient le mieux
« llcrod. lib. 3,cnp. 80-W.
* Flul. in Apopliih. u. pag. 172.
connaître le fort et le feible, et qui avaient intérêt de parler avec sincérité. 11 leur demanda si une certaine somme, qu’il proposait à chacun d’eux pour leursprovinces, ne montait point trop haut, et n’excédait point leurs forces ; son intention, leur disait-il , n’étant pas d’accabler ; ses sujets, mais de tirer d’eux des secours proportionnés à leurs revenus, et qui étaient absolument nécessaires pour la défense de l’état. Ils répondirent tous que celle somme leur paraissait fort raisonnable, et qu’elle ne serait point à charge aux peuples. Il en rabattit pourtant encore la moitié , aimant mieux demeurer beaucoup en deçà des justes bornes que de s’exposer peut-être à passer au delà.
Malgré une si étonnante modération, comme les impôts ont toujours quelque chose d’odieux, les Perses, qui avaient donné à Cyrus le surnom de père, à Cambyse celui de maître, n’en trouvèrent point d’autre pour caractériser Darius que celui de marchand Les sommes que Darius lirait par l’imposition des tributs montaient à peu prés , autant qu on peut le conjecturer par le calcul d’Hérodote, qui souffre de grandes difficultés, à quarante-quatre million?. '
Après la mort du mage *, on était convenu que les seigneurs persans qui avaient conspiré contre lui , outre plusieurs autres marques de distinction , auraient les entrées libres chez le roi en tout temps, excepté lorsqu’il serait seul avec la reine. Intaphcrne, l’un de ces seigneurs, à qui l’on avait refusé pour celle raison de 1 admettre dans l’apparlemcnl du prince, transporté de colère contre les officiers du palais , les maltraita d’une manière étrange, leur ayant balafré tout le visage à coups de sabre. Darius sentit vivement une telle injure. Il craignit d’abord que ce ne fût un complot entre les seigneurs. Mais ayant été assuré du contraire, il fil arrêter Intapherne avec ses enfants, et tous ceux de sa famille, et les Gl condamner à mort, confondant, par un excès aveugle de sévérité, es innocents avec le coupable. La femme du criminel venait tous les jours aux portes du
* Kânr/loç porte une Idée plus basse et plus mépiisabie; mais je n'ai su comment l'exprimer. II peut signifier, un courtier, un revendeur, un homme qui achète pour revcndfC.
* llcj ü<!. lih. 3 , cap. 118.110.
palais, se lamenlant, versant des larmes en abondance, jetant des cris , poussant des sanglots, et ne cessant d’implorer la clémence du roi. Il ne put résister à un spectacle si touchant, et lui accorda la grâce de celui de sa famille qu'elle lui désignerait. Ce fut un grand embarras pour cette femme infortunée, qui aurait souhaité les pouvoir tous sauver. Enfin, après une longue délibération , elle se détermina en faveur de son frère. Ce choix, où il paraissait qu’on avait peu consulté les sentiments que la nature doit inspirer à une mère et à une femme, étonna le roi ; et comme il lui en fit demander la raison , elle répondit qu’un second mariage pouvait lui procurer un mari et des enfants, mais que son père et sa mère étant morts, elle ne pouvait pas recouvrer un frère. Darius, outre son frère, lui accorda l’aîné de scs enfants.
J’ai marqué plus haut par quelle perfidie Orétés ‘ , l’un des gouverneurs de l’Asie Mineure pour le roi, avait fait mourir Polycrate, tyran de Samos. Un crime si noir et si détestable ne demeura pas impuni. Darius apprit que ce satrape abusait d’une manière étrange de son autorité, et qu’il ne comptait pour rien le sang de ceux qui avaient le malheur de lui déplaire. Orétés porta l’insolence jusqu’à faire mourir un courrier que le roi lui avait envoyé, parce que l’ordre dont il était chargé lui était désagréable. Darius , qui ne se croyait pas encore bien affermi sur le trône, n'osa pas l’attaquer ouvertement. Ce satrape n'avait pas moins de mille soldats armés pour sa garde, sans compter les secours qu’il pouvait tirer de son gouvernement, qui comprenait la Phrygie, la Lyilie et l’ionie. 11 s’y prit donc d’une manière sourde et cachée pour se défaire d’un ennemi si dangereux. 11 chargea de l’exécution de cet ordre l’un de scs officiers les plus fidèles et les plus affectionnés à sa personne. Cet officier, sous un autre prétexte, se rendit à Sardes. 11 pressentit habilement les esprits. Il commença par présenter aux principaux officiers de la garde des lettres du roi qui ne renfermaient que des ordres généraux. Bientôt après, il en produisit de secondes qui étaient plus précises ; et quand il se fut parfaitement assuré de la disposition des troupes, il leur fit la lecture d’une
> Ilerod. lib. 3, cap. 130, 1*28.
dernière lettre par laquelle le roi leur ordonnait de mettre à mort le satrape, et cet ordre fut exécuté sur-'.c-champ. 'fous scs biens furent confisqués au profit du trésor royal , et tous ceux qui se trouvèrent dans sa maison furent transportés à Suse. De ce nombre était un célèbre médecin de Crolone, nommé Démocède. L'histoire de ce médecin est fort singulière, cl elle donna lieu à de grands événements.
Il arriva, quelque temps après *, que Darius, étant tombé de son chcvàl à la chasse, se donna une violente entorse au pied, et que son talon se déboîta. Les Égyptiens passaient alors pour les plus habiles dans la médecine , et le roi en avait plusieurs auprès de lui *. Ils entreprirent de le traiter, et déployèrent tout leur art dans une occasion si importante : mais ils s’y prirent si maladroitement et si durement en lui maniant le pied , qu’ils lui causèrent des douleurs incroyables; cl il fut sept jours et sept nuits sans dormir. Quelqu’un pour lors indiqua Démocède, dont il avait entendu parler à ^rdes comme d’un médecin très-habile. 11 était actuellement en prison. On le fit venir sur-le-champ dans l’étal où on le trouva, c’està-dire avec ses chaînes , et avec un habit fort malpropre. Le roi lui demanda s’il avait quelque connaissance de la médecine. 11 le nia d’abord par la crainte qu’il avait que , s’il faisait preuve de son art, on ne le retînt en Perse, et qu'il ne fût privé pour toujours de la vue de sa patrie , pour laquelle il avait une extrême passion. Darius , mécontent de sa réponse , ordonna qu’on le mît à la question. 11 fallut avouer la vérité. Voilà donc Démocède reconnu pour médecin. Il commence par appliquer des fomentations douces sur la partie malade. L’effet du remède fut prompt; le sommeil revint au roi, et en peu de jours il fut parfaitement guéri, et le talon fut remis à sa place. Darius lui fil présent de deux paires de chaînes d’or. Démocède lui demanda s’il prétendait le bien récompenser de l’heureux succès de sa cure en doublant son mal. Ce mot fit rire le roi : il le fit conduire par ses eunuques chez ses femmes, pour leur montrer celui à qui il était redevable de sa santé. Elles le com-
‘ An. M. 3483. - Herod. lib. 3, cap. 1*20-130.
* Anciennement les mOmes exerçaient la médecine et ta chirurgie.
blèrcnl loulcs de présents magnifiques , et ce jour seul l'enrichit extrêmement.
Ce Démocéde était de Crotone', villedela grande Grèce en Italie , dans la Calabre ultérieure, d’où les mauvais' traitements de son père l’avaient obligé de sortir. II avait passé en Égine *, où il commença 6 se faire connaître par plusieurs cures fort heureuses. Les habitants lui assurèrent par an un talent : le talent avait soixante mines, et revenait à trois mille livres de notre monnaie ’. Quelque temps après il fut appelé à Athènes , où l’on fit monter ses appointements ù cinq mille livres par an *. Enfin il s’établit chez Polycrale, tyran de Samos, qui lui donna deux mille écus '. Il est honorable aux villes et aux princes de s’attacher, par des établissements honnêtes et par des pensions considérables , des personnes utiles au public, en les attirant même des pays étrangers. Les Crotoniates , depuis ce tcmps-là , passèrent pour les plus habiles des médecins , et après eux ceux de Cyrène dans l’Afrique. Les Argiens , dans le même temps, avaient la réputation d’exceller dans la musique.
Démocéde , depuis la guérison du roi , devint fort puissant à Suse^ et il avait l’honneur de manger à sa table. Il obtint la grice des médecins d’Égy'ptc, qui avaient tous été condamnés à être pendus pouravoirèté moins habiles que le médecin de Grèce, comme s’ils eussent été tenus de répondre du succès, et que ce fût un crime de ne pouvoir guérir un prince : étrange abus et effet assez ordinaire d’une puissance sans bornes qui n’est point conduite par la raison ni par l’^uité, qui est accoutumée à voir tout plier sous ses ordres, et qui prétend que ses volontés , quelles qu’elles soient, ne doivent jamais demeurer sans exécution ! On a vu quelque chose de pareil dans l’histoire de Nabuchodonosor , qui prononça un arrêt de mort généralement contre tous
* Herod. tib. 3, cap. 131.
* lie entre le Péloponnèse et l'Attlqne.
V Un talent attique était de cinquante mines et valait 6790rr. E.B.
a Cenlmtnca.«=^Cent mines alUquet qui ralaleni 9580 llr. E. B.
> Deoi talents. Deui laJcnls aUiqnes qui valaient 11 500 Ir. E. B.
* Herod. 11b. 3, cap. 132.
les mages, parce qu’ils n’avaicut pu deviner le songe qu’il avait eu pendant la nuit et qu'il avait iui-mérac oublié. Démocéde lira aussi de la prison plusieurs de ceux qu’on y avait mis avec lui. Il était dans une abondance universelle et avait un crédit extrême auprès du roi; mais il était éloigné de sa patrie, et il tournait sans cesse scs regards et scs désirs vers la Grèce.
Une autre cure contribua encore beaucoup à augmenter la réputation et le crédit de Dèmocéde '. Atosse, fille de Cyrus et l’une des femmes du roi , fut attaquée d’un cancer au sein. Tant que la douleur fut médiocre , elle la supporta avec patience , ne pouvant, se résoudre, par pudeur, à découvrir son mal. Mais enfin elle y fut forcée ; elle lit venir Démocéde, qui lui promit de la guérir, et la pria en même temps de vouloir bien de son côté lui promettre de lui accorder uue grâce qu’il lui demanderait, laquelle ne préjudicierait en rien à son honneur ; elle s’y engagea et fut guérie. Celte grâce était de lui procurer un voyage dans sa patrie. La reine n’oublia pas sa promesse il n’est pas inutile* de se rendre attentif à ces sortes d’événements, peu considérables en euxmémes , mais qui souvent donnent occasion aux plus grandes entreprises des princes, et qui en sont le mobile secret et la cause éloignée.
Un jour qu’Alosse s’entretenait avec Darius, elle lui représenta qu’étant è la fleur de l’âge , d’une complexion forte et capable de soutenir les fatigues de la guerre, et ayant à sa disposition des armées nombreuses, il était de son honneur de former quelque grand projet et de montrer aux Perses qu’ils avaient pour roi un homme de courage. Vous avez deviné ma pensée, répliqua Darius, cl je roulais dans mon esprit le dessein d’aller attaquer les Scythes. J’aimerais bien mieux, dit Atosse, que vous tournassiez d’abord vos vues du côté de la Grèce. J’entends fort parler des femmes de Lacédémone, d’Argos, d’Athènes, de Corinthe; je souhaiterais fort en avoir pour me servir. D’ailleurs vous avez un homme qui pourrait vous être d’un grand secours pour cette en-
• Herod. tib. 3, cep. 135-137.
• « Non sine usu fecril inlrosplcere ille primo edspcf Ui ■ levia , ei quels nasnarum sepé remm malus oriimlurji (Tac. tib. 4. cas. 3î.)
Irepnse et vous donner une porfàilc connaissance du pays : c’est Démocéde, qui nous a guéris vous et moi. Il n’en fallut pas davantage ; l'aflaire fut conclue sur-le-champ. Le roi chargea quinze des principaux des Perses de suivre Démocéde en Grèce et d’en examiner avec lui, le plus exactement qu’il leur serait possible , les places maritimes ; et il leur recommanda surtout de ne point perdre de vue ce médecin, de peur qu'il ne s’échappât, et de le ramener avec eux.
Ce prince, en donnant un tel ordre, faisait voir qu'il ignorait comment il fallait s’y prendre pour attirer dans ses états et pour arrêter auprès de sa personne des gens d’esprit et de mérite. Prétendre employer pour cela l’autorité et la contrainte, c’est un moyen sâr d’étouffer dans un royaume toute industrie et d’en écarter les beaux-arts, qui sont libres comme l’esprit dont ils partent. Pour un homme habile qu’on relient de torce , on en éioigne des miniers , que la liberté et les bons traitements auraient attirés.
Quand Darius eut formé le dessein d’envoyer en Grèce, il fit venir Démocéde. Il lui exposa ses vues et le besoin qu’il avait qu’il conduisit les seigneurs persans dans la Gr^e, et principalement dans les villes maritimes , pour en connaître la situation et les forces, et le pria instamment , quand cela serait fait , de revenir avec eux. Il lui permit d’emporter avec lui tous ses meubles pour les donner à ■on père et à ses frères, lui promettant de lui en rendre à son retour de plus magnifiques ; et il ajouta qu’il ferait charger la galère dans laquelle il partirait des présents les plus précieux, pour en faire part â sa famille. L’intention du roi, en parlant ainsi, paraissait simple et sans artifice : mais Démocéde craignit que ce ne fût un piège qu’il lui tendit pour connaître s’il avait dessein de revenir on non ; et pour écarter tout soupçon, il laissa ses meubles â Suse et accepta seulement les présents qui étaient destinés pour ses frères.
Les députés arrivèrent d’abord â Sidon en Phénicie, oiû ils équipèrent deux grands vaissaui,et transportèrent dans un vaisseau de charge tout ce qu’ils avaient apporté. Après avoir parcouru et examiné avec soin les principales villes de la Grèce, ils passèrent â Ta- |
rente en Italie. Les seigneurs persans y furent arrêtés comme espions : Démocéde, profitant de ce moment , leur échappa et s’enfuit h Grotone. Les Persans, ayant recouvré leur liberlè, l’y poursuivirent ; mais ils ne purent persuader aux Croloniates de leur livrer leur concitoyen. Ceux-ci se saisirent même du vaisseau de charge ; et les députés, n’ayant plus leur guide , ne songèrent pas davantage â parcourir le reste de la Grèce, et prirent la route de leur pays. Démocéde leur fil dire , ft leur départ, qu’il épousait la fille de Hilon , célèbre athlète de Crotone , dont le nom était fort connu du roi , et dont il sera parlé dans la suite. Le voyage des seigneurs persans en Grèce n’eut pas de suite alors , parce qu’à leur retour ils trouvèrent le roi occupé d’aulres soins.
La troisième année do règne de ce prince*, qui n’élait que la seconde selon le calcul des Juifs, les Samaritains suscitèrent de nouvelles affaires aux Juifs. Ils avaient obtenu contre eux, sous les règnes précédents, et leur avaient fait signifier une défense de passer outre à la construction du temple de Jérusalem. Mais, sur les vives exhortations des prophètes, et sur l’ordre exprès de Dieu , les Israélites avaient depuis peu recommencé l’ouvrage interrompu pendant plusieurs années, et le poussaient avec beaucoup d’ardeur. Les Samaritains eurent recours à leurs anciennes intrigues pour y mettre obstacle. Ils s’adressèrent à Thatanal, à qui Darius avait donné le gouvernement des provinces de Syrie et de Palestine. Ils se plaignirent à lui de l’audace des Joifii, qui, de leur propre autorité, et malgré les défenses qui leur en avaient été faites , relevaient le temple ; ce qui ne pouvait qu’être préjudiciable aux intérêts du roi. Sur leurs plaintes, ce gouverneur se rendit à Jérusalem. Comme il était modéré et équitable, après qu’il eut pris connaissance de l’ouvrage, il ne crut pas devoir l’arrêter brusquement et avec violence, et il s’informa des anciens des Juifs qui leur avait permis de l’entreprendre. Les Juifs lui ayant produit l’édit de Gyrus , fine voulut rien ordonner de lui-même qui y fût contraire ; mais il en écrivit au roi , pour sa-
• An. M. 3W&; tv. J. C. 519. - Eidr. cap. S.
voir quelle serait sa volonté sur ce sujet. Il lui exposa le fait de bonne foi: il lui marqua que les Juifs alléguaient en leur faveur l’èdit de Cyrus , et le pria d'ordonner qu’on consultât les registres pour savoir si en effet Cyrus avait donné un tel édit , et qu’il lui plét lui prescrire ce qu’il avait à faire dans celte rencontre. Darius ayant fait faire cette recherche , l’édit fut trouvé à Ecbalane dans la .Médic , où Cyrus était lorsqu’il le donna '. Comme il était plein de respect pour la mémoire de ce prince, il le confirma , et en fit dresser un où celui de Cyrus était rappelé. Ce motif, quand il aurait été seul , serait fort louable; mais l’Écriture nous apprend que ce fut Dieu lui-mémc qui agit sur l’esprit et le cœur du roi, cl qui le rendit favorable aux Juifs; Converleral Vominus cor Régis Assur mteos, tit adjuraret mantts eorum in opéré domûs Domini Ihi Israël. La teneur de l’édit le fait assez connattre. Premièrement il onlonne qu’on fournisse abondamment toutes les victimes, les oblations, et les autres dépenses du temple .selon que les prêtres le demanderont. En second lieu , il exige que les prêtres de Jérusalem , en offrant ces sacrifices au Dieu du ciel, prient pour la conservation de la vie du roi et des princes scs enfants. Enfin il va jusqu’à faire des imprécations contre les rois et les peuples qui troubleront le travail du bâtiment du temple, ou qui entreprendront de le détruire ; par où il reconnaît clairement que le Dieu d’Israél est le maître de renverser les royaumes de la terre et de détrôner les plus grands rois.
En vertu de cet édit, non-seulement ce peuple fut autorisé à poursuivre le bâtiment du temple, mais encore les frais lui en furent fournis des impôts de laprovince. Que seraient devenus les Juifs accusés de désobéissance et de révolte, si dans cette occasion on n’avait écouté que leurs ennemis, et qu’on ne leur eût point donné lieu de se justifier ?
I.e même prince , quelque temps après , donna une preuve bien plus éclatante de son amour pour la justice , et de l’horreur qu’il avait des délateurs , ces hommes détestables , ennemis par état de tout mérite et de toute vertu. On sent bien que je veux parler du cé-
' Esdr. cap. 6.
lébre édit qu'il publia contre Aman, en faveur des Juifs , à la sollicitation d’Esther, qui avait été substituée à Vasthi , épouse du roi. Selon Ussérius, cette A'asthi est la même que celle qui est appelée Atosse par les historiens profanes, et l’Assu^rua de l’Ecriture sainte, le même que Darius. D’autres croient que c’est Arlaxerxe. Le fait est connu de tout le monde, et appartient à Thistuirc sacrée ; je l’ai rapporté ailleurs en abrégé.
Ces actions de justice rendent la mémoire d’un prince respectable. Darius fit paraître de la reconnaissance dans une occasion qui lui fait aussi beaucoup d’honneur. Sylosou, frère de l’olycrate , tyran de Samos avait fait autrefois présent à Darius d'un habit de couleur rouge, dont il témoignait beaucoup d’envie, et n’avait jamais voulu en recevoir le prii. Darius était pour lors simple particulier, officier dans les gardes de Cambyse , qu’il avait suivi à Memphis en Égypte. Quand il fut monté sur le trône, Syloson alla à Susc, se présenta à la porte du yralais, et se fit annoncer comme un Crée à qui le roi avait obligation. Darius, surpris de cette annonce et curicui d’en approfondir la vérité , le lit entrer. Il reconnut en effet que c’était son bienfaiteur, et loin de rougir d’une aventure qui paraissait ne lui être pus fort hontiorable', il loua avec admiration une générosité qui n’avait eu d’autre motif que celui de faire plaisir à un homme de qui il n’avait rien à attendre , et lui promit de lui donner beaucoup d’or et d’argent. Ce n’était point ce que Syloson désirait: l'amour de la patrie était sa passion. Il demanda au roi de vouioir fy rétablir, mais sans répandre le sang des citoyens, et en chassant seulement de Samos celui qui en avait usurpé la domination depuis la mort de son frère. Darias chargea de cette expédition ütane, l’un des premiers seigneurs de sa cour, qui s’cii acquitta avec joie et avec succès.
8 II. — Révolte et eédcction de BAiTtoni*
Au commencement de la cinquième aunée de Darius * arriva la révolte de Babylone',
* Herod. lib.,3, cap. I39-H9.
* An. M. 3188; tv. J. C. 516 - Hcrod. Ub. 3. cap. 150>160.
dont la rédaction lui coûta vingt mois de siège. Cette vilte autrefois la maîtresse de l’Orient , ne pouvait supporter le joug des Perses, surlout depuis que ie siège de l’empire avait été transféré à Suse, ce qui lui avait fait beaucoup perdre de sa grandeur et de son opuiencc. Les Babyloniens, profitant de ta révolution qui arriva en Pers? , premièrement à la mort de Cambyse , et ensuite après le massacre des mages, firent secrètement pendant quatre ans toute sorte de préparatifs de guerre. Lorsqu’ils crarent leur ville suffisamment pourvue de provisions pour plusieurs années, ils levèrent l’étendard de la rébellion ; ce qui obligea Darius à les assiéger avec toutes ses forces. Dieu continuait d’accomplir les terribles menaces qu’il avait faites contre Babylone, qui consistaient, non-seulement à dégrader et à humilier cette ville superbe et impie , mais è ia dépeupler, & la mettre à feu et à sang, à l’eiterminer, à la réduire en une solitude étemelle. Pour accomplir ces prédictions. Dieu permit que les Babyloniens se révoltassent contre Darius, et attirassent contre eux toutes les forces de l’empire ; et ils furent les premiers à mettre ces prophéties à exécution, en égorgeant eui-mémes une partie des habitants, comme on le verra dans un moment. Il y a apparence que les Juifs, qui étaient restés k Babylone en asset grand nombre, en sortirent avant que le siège en fût formé, comme Isaïe et Jérémie *, longtemps auparavant, et Zacharie tout récemment, les y avaient exhortés. Voici les paroles du dernier; 5ion, qui demeures avec la fille de Babylone, sauve-toi, et fuis du pays.
Les Babyloniens, pour faire durer plus longtemps les provisions, et soutenir plus vigoureusement-le siège, prirent la résolution la plus désespérée et la plus barbare dont on eût jamais oui parler : ce fut d’exterminer toutes les bouches inutiles. Ils rassemblèrent donc toutes les femmes cl tous les enfants, et les étranglèrent. Tout ce qui ne pouvait servir à la guerre fut mis à mort. Il fut seulement permis à chaque homme de consen er celle de ses femmes qu’il aimait le plus, et une servante pour faire l’ouvrage de la maison.
• lui. ts. X). - la. 50, 8. cl 51. 6-9, 13. - Zariur. 9. 6-9.
Après celle cruelle exécution, ces malheureux habitants se croyant entièrement en sûreté, et par leurs fortiQcations qui paraissaient imprenables, et par l’abondance des vivres qu’ils avaient amassés, insultaient du haut des murs aux assiégeants, et les accablaient d'injures. Les Perses, pendant dix-huit mois mirent en usage tout ce que la ruse et la force peuvent dans les sièges, et n’oublièrent pas le moyen qui avait si heureusement réussi à Cyrus quelques années auparavant, c’était de détourner le cours du fleuve. Tous leurs eflbrls furent inutiles, et Darius commençait presque à désespérer de pouvoir se rendre maître de la place, lorsqu’un stratagème, inouljusque-là, lui en ouvrit les portes. Il futfort surpris un jour de voir arriver devant loi Zopire . l’un des plus grands seigneurs de sa cour , fils de Mégabyse, l'un des sept quiavait conspiré contre les mages, de le voir, dis-je, tout couvert de sang, le nez et les oreilles coupés, et tout le corps déchiré de plaies. Se levant de son trône, il s’écria : Hé! qui a donc pu vous traiter ainsi ? Yous-méme, seigneur, reprit Zopyre. I-e désir de vous rendre service m'a réduit en cet état. Persuadé que vous ne voudriez jamais y consentir, je n’ai pris conseil que de mon zèle. Il lui exposa ensuite le dessein qu’il avait de passer chez les enuemLs, et convint avec lui de tout ce qu’il faudrait faire. Ce ne fut point sans une extrême douleur que le roi le vil partir. Zopyre s’approcha de la ville, et ayant dit qui il était, il y fut admis. On le conduisit chez le commandant. Là il exposa son malheur, et la cruauté que Darius avait exercée à son égard, parce qu’il lui conseillait de ne pas demeurer davantage devant une ville qu’il lui serait impossible de prendre. Il fit offre de ses services, qui pourraient n'étre pas inutiles aux assiégé, parce qu'il était instruit de tous les desseins des Perses, et que le désir de la vengeance lui inspirerait un nouveau courage et de nouvelles lumières. Le nom et le visage de Zopyre étaient fort connus à Babylone. L’étal où il parais.sait. son sang, ses plaies, faisaient foi pour lui, et attestaient par des preuves non suspectes la vérité de tout ce qu’il avançait. On se fia donc pleinement à lui, et on lui donna autant de troupes qu'il en demanda. Dans une première sortie, il fit périr mille hommes des as-
3oa
siÿgeanls. Quelques jours aprfs U en tua le double. Une Iroisième fois, quaire mille demeurèrent sur la place. Tout cela se faisait de concert. Chez les Babyloniens on ne parlait que de Zopyre : c’était à qui l’exalterait le plus, et les termes manquaient pour exprimer le cas qu’on en faisait, et le bonheur qu’on avait de posséder un si grand homme. 11 fut déclaré généralissime des troupes, et on lui conQa la garde des murailles. Darius ayant fait approcher son armée dans le temps et vers les portes dont on était convenu, il les lui ouvrit, et le rendit ainsi maître d’une ville qu’il n'aurait jamais pu prendre ni par assaut, ni par famine.
Quelque puissant que fût ce prince, il se trouva hors d’état de pouvoir récompenser dignement un tel bienfait , cl il répétait souvent qu’il aurait sacrifié de bon cœur cent Babylones, s’il les avait, pour épargner 6 Zopyre le cruel traitement qu’il s’était fait lui-méme. Il lui bissa pendant sa vie le revenu entier de cette ville opulente dont lui seul l’avait rendu maître, et le combla de tous les honneurs qu’un roi peut accorder à un sujet. Hégabyse , qui commanda l’armée des Perses en Égypte contre les Athéniens, était son fils ; et Zopyre, qui passa chez les Athéniens en qualité de transfuge, son pelilrfils.
Dès que Iterius se vit en possession de Babylone, il fit enlever les cent portes, et abattre les murailles de cette superbe ville , pour la mettre hors d’ébt de pouvoir encore se révolter dans la suite. Il pouvait , usant des droits de vainqueur, exterminer tous les citoyens ; il se contenta d’en faire pendre trois mille de ceux qui avaient eu le plus de part à b révolte, et pardonna à tout le reste. Et pour empêcher que b ville ne fût bientôt sans habitants , il y envoya , de toutes les provinces de l’empire , cinquante mille femmes, pour remplacer celles dont ils s’étaient si cruellement défaits au commencement du siège. Voib quel fut te sort de Babylone , et la manière dont Dieu vengea , sur celte ville hnpie, le cruel traitement qu’elle avait fait aux Juifs, en attaquant sans raison un peuple libre ; en détruisant son gouvernement, ses lois, son culte; en l’arrachant à sa patrie pour le transporter dans un pays étranger, en le chargeant des travaux les plus hu-
miliants de b servitude, et employant tout son pouvoir pour accabler un peuple malheureux, mais chéri de Dieu, et qui avait l’honneur d’en porter 1e nom.
8 ITI. — DAHICS ts A MABCDKB COmi
XJI8 SCTTHEI. DIGBBSAION SUB LE» MOECES DB Cl pBcrut.
Après b réduction de Babylone ', Darius s’appliqua û faire de grands préparatifs de guerre contre les Scythes, qui habibient celle étendue de pays qui est entre le Danube et le Tanals. Le prétexte de cette guerre éUil de punir ces peuples de l’invasion que leurs ancêtres avaient faite autrefois dans l’Asie : prétexte également frivole et ridicule, qui réveillait une vieille querelle passée il y avaitenviron six-vingts ans. Pendant celte irruption , dont la durte fut assez longue*, les femmes des Scythes avaient épousé leurs esclaves. Quand leurs maîtres voulurent revenir dans leur pays, ces esebves allèrent au-devant d’eux avec de nombreuses troupes pour leur en disputer l’entrée , et il se donna quelques babilles où l’avanbge fut à peu près égal de part cl d’autre. Les Scythes, bisant réflexion que c’ébit faire trop d’honneur à leurs esclaves que de les traiter comme des soldab, marchèrent contre eux le fouet à la main pour les faire ressouvenir de leur condition. En effet , ib ne purent soutenir celle vue, et prirent tous b fuite.
J’imiterai ici Hérodote , qui prend occasion de cette guerre pour décrire ce qui regarde les Scythes ; mais j’abrégerai de beaucoup ce qu’il en dit.
DIgietilon snr lei Scythes.
Il y avait anciennement des Scythes en Europe et en Asie, situés pour b plupart vers le septentrion. 11 s’agit ici principalement des premiers , c’est-à-dire de ceux d’Europe.
Les historiens, dans les relations qu’ils nous ont laissées des mœurs et du caractère des Scythes, en disent des choses lonlà fait opposées, et
• An. M. 3W0 : av. J. C. M». - Heiod. Ub. 4, cap. 1- Juatin. Ub. 3, cap. 5.
> Vingt-huit AM
qui semblent absolument se contredire. D’un côté, ils les représentent comme les peuples du monde et les plus justes et les plus modérés : de l’autre, ils en font une nation féroce et barbare, qui porte la cruauté à des excès qui font horreur à la nature. Cette contrariété est une preuve évidente qu'il faut appliquer des traits si différents à différents peuples répandus dans ces contrées si étendues et si vastes, et, quoiqu’ils soient tous compris sous un même nom, ne les pas confondre sous une même idée.
Les auteurs, cités par Strabon •, parlent des Scythes qui habitaient sur les bords du Pont- Euxin , lesquels égorgeaient tous les étrangers qui arrivaient chez eux , se nourrissaient de leur chair, et, après avoir fait dessécher leurs crânes, s’en servaient comme de pots et de vases pour boire. Hérodote^, en décrivant les sacrifices que les Scythes offraient au dieu Mars, dit qu’ils lui immolaient des victimes humaines. 11 rapporte une coutume assez bizarre de faire les traités, usitée parmi ces peuples *. Ils versaient du vin dans un grand vase de terre, et les deux parties corilractantes , 'après s’être découpé les hrasavec un couteau , y faisaient couler de leur sang , y teignaient leurs armes , et buvuienl du cette liqueur, eux et tous les assistants, en faisant de grandes imprécations contre celui qui violerait le traité.
Ce que le même historien raconte des cérémonies observées dans les obsèques des rois est bien plus extraordinaire. Je ne rapporte que celles qui font conlialtre la cruauté de ces peuples. Après avoir embaumé le corps mort du roi, et l’avoir enduit de cire, ils le promènent sur un chariot de ville en ville, et le montrent à tous les peuples qui étaient de sa dépendance. Quand cette course est achevée, ils le déposent dans le lieu destiné à sa sépulture, où ils font une large fosse, dans laquelle ils enterrent le roi, et avec lui une de ses femmes, son grand-échanson , son maltre-d’hôlel , son grand-écuyer, son chancelier, son secrétaire d’étal, après les avoir tous égorgés. Ils y met-
* Slrab.lib.7,pag.296.
* Herod. lib. 4, cap. 62.
* Celte coutume subsistait encore parmi les Ibériens , peuple Scythe d'origine , du temps de Tacite, qui en Tait menüon. ( Annal, lib. 12 , cap. 47. )
lent aussi plusieurs chevaux, grand nombre de coupes d’or, et quelque partie de chacun des meubles du défunt : après quoi ils ferment la fosse, et la couvrent de terre. Ce n’est pas tout : quand le jour de l’anniversaire est arrivé, ils égorgent encore cinquante des officiers du roi défunt, et autant de cl.evaux, dont ils préparent les corps en leur nettoyant le ventre, et le remplissant de paille; et ensuite ils placent ces officiers sur les chevaux autour du tombeau, apparemment pour lui servir de gardes. 11 parait que l’esprit de ces cérémonies était de regarder le roi comme vivant encore, et, dans cette vue, de laisser toujours auprès de lui sa cour et ses officiers ordinaires. Je ne sais pas si des charges qui aboutissaient à une telle tin étaient fort briguées.
11 est temps de passer à des mœurs plus douces et plus humaines : peut-être que, dansun autre sens, elles ne paraîtront pas moinssauvages. C’est Justin surtout qui fait la description que je vais rapporter *. Les Scythes, selon cet auteur, vivaient dans une grande innocence et une grande simplicité. Tous les arts leur étaient inconnus, mais ils ne connaissaient point non plus les vices. Ils n’ont point partagé entre eux les terres , dit Justin : inutilement l’auraient-ils fait, puisqu’ils ne les cultivent point. Horace, dans une ode dont je rapporterai bientôt une partie, noos marque que quelques-uns d’entre eux cultivaient une certaine portion de terre , mais pour un an seulement; après quoi ils étaient relevés par d’autres, qui leur succédaient aux mêmes conditions. Ils n’ont point de maisons, point de demeure tixe. Ils errent sans cesse de campagne en campagne avec leurs troupeaux. Ils transportent avec eux leurs femmes et leurs enfants dans des chariots couverts de peaux , qui leur tiennent lieu de maisons. La justice * y est observée et maintenue par le caractère propre et le goût de la nation, non par la contrainte des lois, qu’ils ignorent. Aucun crime parmi eux n’est puni plus sévèrement que le vol, et cela avec raison : car, leurs troupeaux, qui font toutes leurs richesses , n’étant jamais renfermés, comment pourraient-ils subsister , si le vol n’était rigoureusement interdit? Ils ne > Justin. lib. 2, cap. 2.
* « Justitiagentisingeniiscalta.nonlegibaa.
désirent point l’or et l'argent comme le reste des hommes. Le lait et le miel sont leur principale nourriture. Ils ne connaissent point l’usage de la laine et des étoffes, et, pour se défendre des froids violenis cl conlinucls de leur climat , ils n’emploient que des peaux de bêles.
J’ai dit que ces mœurs des Scythes pourraient paraître à plusieurs grossières et sauvages. En effet, pourrait-on dire, ils ont des leircs, et ne les cultivent point; ils ont des troupeaux , ils se contentent d'en tirer le lait , et en négligent la chair. La laine de leurs moulons leur pourrait fournir des habillements commodes, et ils n’ont d’autres vêlements que des peaux de bétes. Mais ce qui, dans l’esprit du plus grand nombre des hommes, est le plus capable de les convaincre de grossièreté et d’ignorance , c’est qu’ils n’estiment point l’or et l’argent, qui ont toujours été en si grand honneur parmi tous les peuples policés.
Heureuse ignorance ! grossièreté infiniment préférable à notre prétendue politesse ! Ce mépris de toutes les commodités de la vie continue Justin, leur a donné une droiture de mœurs qui les empêche de jamais rien désirer du bien d’autrui. Aussi la passion des richesses n’a lieu que lorsqu’on en peut faire usage. El plût à Dieu, dit le même auteur, que l’on vil régner parmi le reste des hommes une pareille modération, et un pareil éloignement de tout désir du bien d’autrui I L'on n’auntil pas vu les guerres se succéder sans cesse les unes aux autres dans tous les siècles et dans tous les pays ; et le nombre de ceux qui périssent par le fer et par les armes ne serait pas plus grand que celui des hommes qui sont enlevés par la nécessité inévitable de la nature.
Justin termine le portrait des Scythes par une rélleiion bien sensée ’. C’est une chose
■ a Hzc conUnenlia illis morum quoquejuslilljni indi- « dit . niliil alienum coDcapbcenlibus. Quipiw Itiidem di- > titiarum cupido est, ubi et usas. Atque ullnam reliquls « irioiialibus stuûiis moderatio et absiiaeotia alieoi toretl « prorecid nou tantiim bellorufu per omoia secuia tertis « omoibus contiouaretur , neque plus bomiDum remim et « arma .quant naturalis ralorum conditio raperet. »
s « Prorsùs ut admlrabile videatur , boc illis naturam « date, quod Grcci longà sapientium doctriol prBceptis- « que phikMopbonirD ceosequi uequeunt, cullosque mores a incultae barbante collatione superari : untd plus in illis a profitil vitiorum Ignoralio . quàm In bis cognilio vittu- • Ibl»
bien surprenante, dil^il, qu’un naturel heureux, destitué du secours de l’éducation , ait donné aux Scythes une modération et une sagesse où les Grecs n’ont pu parvenir, ni par les établissements de leurs législateurs, ni par les préceptes de leurs philosophes, cl que les mœurs d’une nation barbare soient préférables à celles de ces peuples cultivés et polis par les arts et par les sciences : tant l’ignorance du vice a de plus heureux effets dans les uns, que dans les autres la connaissance de la vertu!
Les pères croyaient avec raison laisser à leurs enfants une précieuse succession en leur laissant la paix et l’union entre eux Un de leurs rois (il s’appelait Scylure) , se voyant lires de mourir, fil venir s. s enfants, et, leur présentant à tous successivement an faisceau de dards liés fortement ensemble, les exhorta à les rompre. Quelque effort qu’ils fissent, ils n'en purent venir à bout. Quand le faisceau fut délié, ils rompirent tous les dards sans peine.
Voilà, leur dit-il, l’image de ce que ponin parmi vous la concorde et l’union. Pour lorlificr cl étendre ces avantages domestiques , ib y joignaient le secours des amis *. L’amitié chci eux était regardée comme une alliance sacrée et inviolable, qui approchait beaucoup de celle que la nature a mise entre les frères, et à laquelle on ne pouvait donner atteinte sans se rendre coupable d’un grand crime.
Il semble que les auteurs anciens se soient efforcés A l'envi de relever l’innocence des mœurs qui iégnail parmi les Scythes , par de magnifiques éloges. Je transcrirai ici en entier celui qu’on en lit dans Horace. Il assoc’ie ani Scythes les Gèles, qui en étaient fort voisins. G’csldans la belle ode où ce poêle s’élève contre le luxe et les désordres de son siècle. Après avoir dit que ni les plus immenses richesses, ni les plus superbes bâtiments ne peuvent procurer le repos et la tranquillité de l’esprit , il ajoute : « Plus heureux cent fois les Scythes qui
< Plul. de Garrul. pag. 5il.
* Luctan. In Tex. pag. 51.
X Campeslrex meliùsScylhe,
Quorum plaustra vagas riiè Irabunt (lomos,
Vivunt . et rigidi Gcts 1 Immelala quibus jugera libéras Frugea etCercrcm ferunl:
Nec cultura plarct longior annuA,
« rouicnl sur des ehariols leurs inaismis er- « railles! plus heureux lesG^'les, quihabilcnl « des terres glactcs par les frimas ! Chez eux « la lcrre, sans (Mrc parlagl'e par des liornes, a produit des grains et des fruits qui se rea cueillent en commun. Les travaux de la cama pagne ne durent qu'un an pour chacun a d’eux; et celui qui vient d’achever son ana née ne manque point d’élre relevé par un a successeur qui prend sa place aux mêmes a conditions. Ul, les belles-mères , loin de a faire tort aux enfants du premier lit, les méa nagent avec bonté , et ne se permettent a point d’attenter sur la vie des enfanis d'un a premier lit. Les femmes sont en garde cona Ire les discours séduisants de ceux qui chera client à les corrompre, et ne tirent point de a leur dot le droit de maîtriser leurs maris, a La plus grande dot d’une lille, c’est la vertu a de ses père et mère, c’est son inviolable ata lâchement pour son époux, et l’éloiguemcnl a quelle a pour tout a- tre ; c’est enfin la pera suasion où elle est que l’infidélité est un a crime, et que la mort en est le salaire. » Quand on examine sans prévention le caractère et les mœurs dra Scythes, est-il possible de refuser ,'i ces peuples son estime et son adiniralion? Leur maniér • de vivre, pour l’extérieur, est-elle fort éloignée de celle des pa- Iriarclics, qui n’avaient point de demeure fixe, qui ne cultivaient point la lcrre, qui ne s’appliquaient qu’à la nourriture des troupeaux, c.l qui habitaient sous des tentes '? Croit-on ce peuple fort à plaindre d’avoir ignoré et même méprisé l’usage de foret de l’argent? Ne serait-il pas à souhaiter' qu'ils fussent toujours
Def\inrUimque laboribus Æquali récréai so te vlcariuü.
tiic maire carcnlibus Pihlginis mulier lemporol innocens :
Nl’C douta régit virum Conjux, ncc nitido fldil adultero.
])o« est magna parcDtium Virtus , et melueus alterius \ iri Certo Tœdere caslitai ;
F.t pcccare nefas , eut pretium est mori.
(lIoR.lib. 3. od.2.)
' Aurum irrepertum, et sic mclius silum Quum terra celât , «pernerc fortior,
(^uiim cogéré bumino»in i luiie sacrum rapicntc dcitrâ.
(UoR. lib. 3,od.3.
demeurés dans les entrailles de la terre , et qu’ils n’en eussent jamais été arrachés pour devenir la cause et finslrumenl de tous les crimes? Quel usage les Scythes en pouvaient-ils faire, eux qui n'cslimaient que ce qui sert véritablement aux besoins de l’homme, et qui menaient à ces besoins des bornes si étroites? Il n’est point étonnant que, vivant sans maisons, ils ne fissent nul cas des arts si vantés ailleurs, telsque soûl f architecture, la sculpture, la peinture, non plus que de la somptuosité des vêtements cl des meubles, trouvant dans les dépouilles des Isétes de quoi se défendre des injures du temps. Après tout, peut-on direque ces avantages prétendus contribuent au bonheur réel de la vie ? Les peuples qui Icsavaient en parlage étaient-ils plus sains et plus robustes que les Scythes? vivaient-ils plus longtemps? menaient-ils une vie plus libre, plus tranquille, plus exempte de soius cl de chagrins? Avouons-le à la honte de l’ancienne philosophie, les Scythes, qui ne faisaient point une étude particulière de la sagesse, ravaienl portée plus loin que ni les Égy ptiens, iri les (irecs, ni les autres peuples policés. Ils ne donnaient le nom de biens et de richesses qu’à ce qui le mérite véritablement, en parlant selon le langage humain, je veux dire à la santé, à la force, au courage, à l’amour du travail et de la liberté, à f innncetice des mœurs, à la bonne foi, à l’horreur pour tout mensonge et toute dissimulation; en un mot, à toutes les qualités qui rendent fliomme meilleur et plus estimable. Ajoutez à ces heureuses dispositions la connaissance et l’amour du vrai Dieu et du SIédialeur, sans quoi elles leur étaient inutiles, ils devienneut un peuple parfait.
En comparant les mœurs des Scythes avec celles du siècle présent, on est tenté de croire qu’un si beau portrait est dallé, et que Justin, aussi bien qu’lloracc, leur prête des vertus qu’ils n’avaieul point. Toute l’antiquité leur rend le même témoignage: et Homère, dont le suffrage doit être d’un grand poids, les appelle les plus justes des hommes.
Mais (qui le croirait) le luxe, qui semblerait ne pouvoir subsister que dans un pays agréable et délicieux, pénétra dans celle région âpre et inculte; et fort,:ant les barrières que lui avait opposées jusque-là un usage constant d«
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plusieurs siècles, fondé dans la nature du cliinat cl dans le génie des habitants, il vint à bout enfin de corrompre aussi les mœurs des Scythes, et de les égaler en ce point aux autres peuples dont il s'était rendu maître. C'est Strabon ' qui nous apprend cette particularité très-digne de remarque: il vivait du temps d'Auguste et de Tibère. Après avoir beaucoup loué la simplicité, la frugalité, l'innocence des anciens Scythes, et leur extrême éloignement de toute fourberie et même de toute dissimulation, il avoue que le commerce qu'ils avaient eu dans les derniers temps avec les autres peuples avait substitué à ces vertus des vices tout contraires. Il semblerait, dit-il, que l'effet naturel d'un tel commerce avec des nations polies et civilisées n'aurait dé être que de les humaniser et de les apprivoiser , en leur faisant perdre cet air sauvage et farouche qu'ils avaient; et cependant il causa la ruine entière de leurs mœurs, et les transforma en d'autres hommes. C’est sans doute par rapport à ce changement qu’Athénéc ’ dit que les Scythes se livrèrent à la volupté et aux délices, en même temps qu’ils se livrèrent à l’amour du gain et des richesses.
Strabon, en faisant ta remarque que je viens de rapporter, ne dissimule pas que c'est aux Bomains et aux Grecs que les Scythes durent ce funeste changement. Notre exemple, dit-il, a perverti presque tous les peuples de la terre, en y portant avec le luxe l'amour des plaisirs et des délices, la mauvaise foi, et mille sortes de fourberies honteuses pour amasser de l’argent. C’est une triste distinction et tut malheureux talent pour un peuple que de devenir, par son habileté é inventer des modes, et à raffiner sur tout ce qui nourrit et entretient le luxe, le corrupteurde tous scs voi.sins, et leur maître pour le dérèglement et le vice.
Ce fut contre ces Scythes , mais encore entiers et dans leur plus grande vigueur , que Darius tourna scs armes. C’est ce que je dois maintenant exposer.
g IT. — Expiomos db Dxbics costbe les Sevtbis.
J’ai déjà fait observer que le prétexte dont se
< SIrsb. lib. 7, pag. 301.
■ Atbrn. 11b. 12, pag. 521.
servit Darius* pour entreprendre la guerre contre les Scythes , était l’irruption qu'ils avaient faite anciennement dans l'Asie; mais il n’avait d’autre but réellement que de salisfairc son ambition, et d’étendre ses conquêtes.
Son frère Artabane , pour qui il avait un grand respect, et qui, de son cété, n’aiait pas moins de zèle i>our les véritables intérêts du roi , se crut obligé dans cette occasion de lui découvrir ses sentiments avec toute la libcrlé que demandait l’importance de l’affaire. « Grand prince , lui dit-il , ceux qui formcul « quelque grande entreprise doivent considé- « rcr avec soin si elle sera utile ou préjudicia- (I ble à l’état, si l’exécution en sera aisée ou « difficile, si elle pourra contribuer ou nuire « à leur gloire ; enfin , si elle est conforme « ou contraire aux règles de la justice. Je ne « vois point, seigneur, quand même roo.s « seriez assuré du succès, quel avantage vous « pouvez attendre de la guerre que vous en- « treprenez contre les Scythes. Ce sont des « peuples séparés de votre empire par de « longs espaces de terre et de mer , qui habi- « tent de vastes déserts , qui sont sans villes, « sans maisons, sans établissements, sans ri- « chesses. Qu’y a-t-il à gagner pour vos tron- (I pes dans une telle expédition? ou pluWl « que n’y a-t-il point à perdre! Accoutumés « comme ils sont à passer d’une contrée dans « une autre, s’ils s’avisent de prendre la fuite « devant vous, non par crainte ou par lü- « cheté , car ils sont très-courageux et très- « aguerris, mais dans le dessein de harasser cl « de ruiner votre armée par de continuelles « et de pénibles courses, que deviendrons- « nous dans un pays inculte , stérile et dénué « de tout , ovi nous ne trouverons ni fourrage « pour nos chevaux, ni nourriture pour nos « soldats? Je crains, seigneur, qu’une fausse « idée de gloire et des conseils flatteurs ne « vous précipitent dans une guerre qui pourra « tourner à la honte de la nation. Vous jouis- « scz d’une paix tranquille au milieu de vos « peuples, dont vous faites l’admiration elle « bonheur. Vous savez que les dieux ne vous « ont placé sur le trône que pour être le coada juteur, ou plutôt le ministre de leur bonté
< Uerod. lib. 4, cap. 82-96.
« encore pins que 4e leur puissance. Vous « vous piquez d'étrej^ protecteur , le tuteur,
« le père de vos sujets ; et vous nous répétez « souvent, parce que vous le pensez ainsi, que
vous ne vous croyez roi que'pour les rendre H heureux. Quelle joie pour vous, grand « prince , d'étre la source de tant de biens , et « de faire vivre à l'ombre de votre nom tant « de peuples dans un si aimable repos ! La B gloire d’un roi qui aime son peuple et qui « en est aimé, qui, loin de faire la guerre a aux nations voisines ou éloignées , les em- « pèche de l'avoir entre elles , n’est-elle pas « intiniment plus touchante que celle de rava- « ger la terre en répandant par tout le car- « nage , le trouble , Fhorreur , la constema- « tion , le désespoir? Mais un dernier motif « doit encore faire plus d’impression sur votre a esprit que tous les autres; c’est celui de la « justice. Vous n’êtes point, grâces aux dieux, « de ces princes * qui ne reconnaisseot d’autre <( loi que celle du plus fort, et qui regardent « comme un privilège attaché â la royauté , à « l’exclusion des simples particuliers , d’enva- « hir le bien d’autrui. Vous ne faites point « consister • votre grandeur à pouvoir tout ce <i que vous voulez, mais à ne vouloir que ce « vous pouvez selon les lois , et ce que vous « devez- En efiFet, sera-t-on injuste et ravisseur « quand on ne prend que quelques arpents de « terre à son voisin ? et sera-t-on juste , sera- « t-on héros quand on usurpe et qu’on envahit « des provinces entières? Or j’ose vous deinan- « der, seigneur, quel titre avez-vous sur la « Scythie? Quel tort vous ont fait les Scy- « thés? Quelle raisou pouvez-vous alléguer 4c pour leur déclarer la guerre? GeHe que vous « avez portée contre les Babyloniens était en « même temps et nécessaire et juste ; aussi les « dieux l’onb-ils favorisée d’un heureux suc- « cés. C’est à vous, seigneur, de juger si celle *1 que vous entreprenez maintenant a les nié- « mes caractères . » . —
I! n’y avait que le zèle généreux d’un frère ûniquement occupé de la gloire de son prince
* a Id In saminà forlunà œquius, quod vaHdius : et sua « rêlinere , privalœ domùs ; de alienis certare, regiam lau- « dem esse. » ( Tacit. Annal, lib. 15. cap. 1.)
* « Ut feliritalis est quanlutn velis posse , sic magnitu- « diuis ^ellequaDlumpossis.» (Pun in Paneq. Trcij.i
et du bien public , qui pût inspirer une telle liberté ; mais aussi il n’y avait , du côté du prince, qu’une parfaite modération capable de la souffrir. Darius*, comme Tacite le remarque d’un grand empereur, avait su joindre deux choses qui , pour l’ordinaire, soitk inalliablcs , la souveraineté et la liberté. Loin de se choquer de celle que son frère avait prist;, il le remercia de son conseil, mais n’ep profita pas. L’engagement était pris. Il partit de Suse à la télé d’une armée de sept cent mille hommes : sa flotte était de six cents vaisseaux, composée principalement d’ioniens , et d’autres nations grecques qui habitaient les côtes de l’Asie Mineure et de l’Hellespont. 11 marcha vers le Bosphore de Thrace , qu’il passa sur un pont de bateaux : après quoi , s’étant rendu maître de toute la Thrace, il arriva sur les bords du Danube, appelé autrement hier, où il avait ordonné à sa flotte de le venir joindre. 11 érigea en plusieurs endroits de son passage des colonnes avec des incriptions magnifiques, dans l’une desquelles il s’appelait