CHAPITRE II
aiSTOlRB DB XEBXÈS , JOl.NTE A CBLU DES GBBCS.
Lb régne de Xerxès n'a élé que de douze ans, mais il est rempli de grands évënemenU.
S 1. — XCRXiM, APRES AVOIR RÈOL'IT L’EoVPTX . «R PRÊPARB A PORTER LA GUr.RRK CONTRE LES ÜRECS. Il TIENT CONSEIL. SaGE DISCOCR9 D'ArTARANE. La GUERRE EST RÉSOLUP..
Xerxés, étant monté sur le trône ', employa la première année de son régne à continuer les préparatifs que son père avait commencés
' Am M. 3510; à%. J C. 185. — lleroft. Mb. 7, rap- 5.
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poar la rhiuclion de l’ÉpTile Il roiiflrma ' aux Juifs de Jérusalem (ous les priTilégea qui ! leur ovaicnl été aeenrdéspnr son père, el par- , liculiéremenl celui qui leur assignai! le Irihut de Samarie pour sc fournir de vielimes dans le culte qu'ils rendaient A Dieu dans son temple.
La seconde année de son régne’, il marcha contre les Égyptiens, el, après avoir vaincu et subjugué ces rebelles , il appesantit le jong de leur sen itnde: et ayant donné le goiivernemeat de cette province h son frère Achèmène, il revint vers la On de l’année A Su«e.
Le fameux historien Hérodote naquit celte année A llalicarnasse en Carie’; car il avait cinquante-trois ans lorsque la guerre du Péloponnèse commença.
Xerxès*, enflé du succès qu'il avait en contre les Égyptiens, rèsolul de fbirc la guerre aux Grecs. (Il ne prèlendait plus, disait-il, qu'on achetAlpour lui des ligues de l’Alliqne, qui étaient excellentes, et ne voulait en manger que lorsque le inv'S lui appartiendrait.) Avant que de s'engager dans une entreprise de celte importance , il crut devoir assembler son conseil , et prendre les avis de tout ce qu'il y avait de plus grands et do plus illustres personnages à sa cour. Il leur proposa le dessein qu'il avait de porter In guerre contre la Grèce. Ses motifs étaient, le désir d'iniite.r ses priVlèccsscurs, qui tous avaient illustré leur nom et leur règne par de nobles entreprises ; l'obligalkm où il était de venger l’insolence des Athéniens, qui avaient osé attaquer Sanies, cl l'avaient ré-duite en cendres ; la néccs.silé de réparer l'airrnul reçu A la baUiille de Alaratliou ; l'espérance des grands avantages qu'on pourrait tirer de cetté guerre, qui entraînerait après elle la conquête de l'Europe, le plus riche el le plus fertile pays qui fdt dans l'univers. Il ajoutait que cette guerre avait déjà i été résolue par son père Darius , dont il ne faisait que suivre et exécuter les intentions ; et il Qnil en promettant de grandes rétoni|)cnses à ceux qui s'y distingueraient par leur valeur.
Mnrdonius, le même qui sous Darius avait
* Joseph. Anllq. iib. il. cap. 5.
* An. .M. âv. J.C. »l. - neroi!. lib. 7, cap. 7.
’ Aul. Gel. ilb. 15, cap. 23.
* An. M. 3521 ; a». J. C. W3. - lierai I b \ cap. »• tH. — IMut, lu A|K)])hlh. iî.’l
si mal réussi, mais que scs mauvais succès n’avaient pas rendu plus sage ni moins ambitieux, et qui désirait extrêmement d’avoir le commandement des Ironpes, parla le premier, il commença par élever Xerxès au-dessus de tous les rois qui l’avaient précédé, et de tous ceux qui devaient le suivre. Il montra l’indispensable nécessité de venger l’injure faite au nom persan. Il décria les Grecs comme des [leuples lAches cl timides, sans courage, sans force, sans expérience de la guerre : il en apporta pour preuve la conquête que lui-même avait faite de la Macédoine, qu’il exagéra avec des termes pleins de faste et de vanité, mon- Intnl qu’il n’avait trouvé aurune résistance. Il ne craignait pas d’assurer qu’aneun pmiple de la Grèce n’oserait venir A la rencontre de Xerxès, qui marchait avec toutes les forces de l’Asie : et que, s’ils avaient la témérité de se présenter devant lui, ils apprendraient A leurs dépens que les Perses étaient les peuples de la terre les plus guerriers el les plus courageux.
Comme on s’aperçut que ce discours flalleur plaisait extrêmement au roi, personne, dans le conseil, n’osait le contredire, cl tous gardaient le silence. C'élail une suite presque inévitable de la manière dont Xerxès s’était expliqué. Un prince sage, quand il propose une allbire dafls son conseil, et qu’il dèsiresincéremenl qu’on loi dise la vérité, a une extrême alUmlion A cacher ses propres sentiments pour ne point gêner ceux des autres, el (lour leur laisser une entière liberté. Xerxès, au contraire, avait marqué ouverlemenl son penchant ou plulAt sa déterminalion pour la gvicrre. Quand cela est ainsi, les flatteurs, qui sont arlilicieux, empres.sés A s’insinuer cl A plaire, toujours prêts A entrer' dans les passions de relui qui eonsulle, ne manquent pas d’appuyer son sentiment par des raisons spéeû'u.ses el plausibles, pendant que ceux qui seraient capables de donner de lions conseils sont retenus par la crainte, y ayant peu de courtisans qui aiment assez le prince el qui soient assez courageux pour oser lui déplaire en rnmbnltanl son goAl.
Les louanges excessives que .Mnrdonius donnait A Xerxès , langage ordinaire des flall •ors, auraient dû le lui rendre suspect, cl lui faire craindre que ce seigneur, sous une apparence de zèle |)our sa gloire, ne caehAI son
ambition et le désir violent qu'il avait de commander l’armée. Mais ces paroles douces et Hattcuses, qui se glissent comme mi serpent sous les fleurs, loin de déplaire aux princes, les charment et les entraînent. Ils ne savent pas qu’on ne les loue que parce qu’on les croit faibles et assez vains pour se laisser tromper par des louanges disproportionnées à leur mérite et à leurs actions.
Voilà ce qui ferma la bouche à tous ceux qui étaient dans le conseil. Dans ce silcnco général, Artabane, oncle de Xcrxés, prince recommandable par son âge et |)or sa prudence, eut le courage de prendre la parole : « (îrand roi, « dit-il en s’adressant à Xerxés, souffrez que « je vous dise ici mon sentiment avec la li- « berlé qui convient à mon âge et à vos inlé- R réts. Uuand Darius, votre père et mon frère, <t songea à porter la guerre contre les Scy- R thes„je fis tout mon possible pour l’en dé- R tourner. Vous savez ce que lui coûta celte R entreprise, et quel en fut le sucrés. Les R peuples que vous allez' attaquer sont inflni- R ment plus ù craindre que les Scythes. Ia:s R Grecs passent pour être, et sur mer et sur R terre, les meilleures troupes qu’il y ait. Si R les Ailhéniens seuls ont pu défaire l'armée R nombreuse commandée par Dalis et |Mir Ar- R tapherne, que faut-il: attendre de tous les R peuples de la Grèce réunis ensemble? Vous R songez à passer d’Asie en Luro|icen jetant R un pont sur la mer. Et que deviendrons- R nous, si les .Vthéniens vaini)ueurs font avan- R cer leur flotte vers ce pont, et le rompent? R Je tremble encore, quand je pense (|ue, dans R l’expédition deSrythic, on Ut dépendre la vie R du roi votre père et le salut de toute l'armée R de la bonne foi d'un seul homme, et que, si R tlystiée le Milésicn eût, comme on f y exhorta R forlement, rompu le pontqu’on avait jeté sur R le Danube, c’en élaitfaitde l’empire persan. R Ne vous exposez point, seigneur, à un pa- R reil danger, d'autant plus que rien ne vous R y oblige. Prenez du temps pour y réfléchir. R Quand on a délibéré mûrement sur une af- R faire, quel qu’en soit le succès, on n'a rien R à SC reprocher. I.a précipilalion , outre R qu’elle est imprudente, est prt'sque toujours R malheureuse, et suivie du funestes effets. R Surtout, grand prince, ne vous laissez point
R éblouir ni par le vain éclat d’une gloire R imaginaire, ni par le pompeux appareil de R vos troupes. Ce sont les arbres les plus éle- R vés qui ont le plus à craindre de la foudre '. R Comme Dieu seul est grand,, il est ennemi R de forgucii, et il se plaît ù abaisser tout ce H qui s’élève; et souvent les plus nombreuses R armées fuient devant une poignée d'bunt- « mes, parce qu’il remplit ceuirsii. de courage, R et jette 1a b-rreur parmi lus auti^ »
Apres qu’Arlabane eutaiasii|Kii'bl au roi, il se tounia vers Mardouius, q( lui reproclia le peu de sincérité ou de jugement qu'il avait fiii paraître en donnant au roi une idée des Grecs entièrement contraire à la vérité,, ei le tort ci- Iréme qq'il avait de vouloir engager témivairement les Perses dans une guerre qu’il ne souhaitait que par des vues d’ambition et d’intérêt. R Au reste, ajouta-t-il, si l’on coaclul R pour la guerre, que le roi-, dont la vie nous R estchérc, demeure en. Perse: et pour vous, R puisque vous le désina si fortemeol, ro.n^ R chez à la télé des années les plus nombroo- R ses que vous aurez pu amaasor. Gependinl, R qu’oii mette quelque part en.dépût vos en- R faiits et lesmiens, pour répondre du succès R de la guerre. S’il est favorable, je coascas R que mes enfants ' soient mis à mort: auis R s'il est tel que je le prév ois, je demande que R vos enfànls, et vuus-naéme à voliiu retour, R soyez traités comme le mérite le léméraiie R conseil que vous donnezà votre maître. > X.crxés , qui n'était pas accoutumé à se voir coolrediro de la sorte, entra en fureur : r Ke- R merciez les dieux, dit-il à Arlnliane, de ce R que vous êtes le frfTe de mon p«'‘m, sans R quoi vous porteriez ilans le moment même R la juste peine de votre audace. Jtloisje vous H en punirai autrement, en vous laissant ici R parmi les femmes, à qui t ous ressemblez |uir R votre lâche timidité, pendant qu’à la télé de R mes troupes, je marcherai où mon devoff R et la glaire m’appelhmt. »
Le discours d’ Artabane était Irés-mesurécI très-respectueux ; cependant Xerxés en fut ei-
* 0 Biô; TR jcûvtu xolvûov... oé
y»p iâ fpovittv üilov .RÔ/R ô eSfôc. 0 j'wOrùv.
s Pourquoi rnlliilil que les eolXjiU rusesot ponUdeb foule de leurs pères !
irénemeal cboqué. C’est le malheur des priivces gâtés par la (laiterie ‘ , de t^ouve^ sec et .lusIéM tout ce (|ui est. sincère cl ingèiHi, et, de Initier do hardiesse séditieuse tout cunsed libre et généreux. Ils ne font pas réHcxiou <|u'un homme de bien même n'ose jamais leur dire loul ce qu’il pense, ni leur découvrir la siérihè tout entière, surtout dons les choses qui |>euveut leur être désagréables; et que le plus, pressant besoin qu'ils aient, c'est de trouver un ami sincère et lidélp qui ne leur coche rien- In prince se doit croire trop heureux quand il naît un seul homme sous son régne ovec cette générosité, qui est le plus précieux, trésor de l’étol, et, s’il était permis de s'exprimer ainsi*, l’iiislniment de la royauté le plus nécessaire cl le plus rare.
Xenés le reionnul dans l’occasion dont- il s’agil. Quand son premier emporlemcnt de colère fnl passé , et que la nuit lui eut laissé le loisir de faire réflexion sur les deux différents avis qu’on lui avait donnés, il reconnut qu’il avait eu tort de mallrailcr de puroles son oncle, cl il ne rougit pas de réparer sa faute le lendemain en plein conseil, avouant m‘ltement que le (eu de la jeunesse et son peu d’expérience l’avaient (bit manquer h ce qu’il- devait ù un prince aussi respcx.-lnhlc qu’ était .ârlabanc et |itr son âge et par sa sagesse; qu'il se cangeait de son avis malgré un songe qu’il avait eu In nuit, on un fantôme l'avait vivement exhorté à entreprendre celte guerre. Tous ceux qui composaient le conseil furent ravis d'entendre ce discours , et témoignèrent leur joie en se proslernant tous devant le roi , cl relevant à lénvi la ghare de celle démarehe , «ins que ! de telles louanges pussent être suspectes * ; car on discerne aisément si celles qu’on donne aux liriiices parlent du cœnr cl nais.senl de la vérité , ou si elles ne sont que sur les lèvres , cl un pur eflet de la flatterie. Ol aven, si situérc et si humiliant, loin de leur paraître une faihlesse dans Xcrxès, fut regardé comme l'effori
* m Itn romanis piincipum aurtbus, ut aspera qiuc utia lia , Dec (|uici|uam nlsl Jurundum et Ictum acciplaul. n (Tacit. Hiit. llb. 3 , cap. MU
* «Nullum maJUB boni impcâl instrumcntuni , quàm • bonoa anikoa. » (Tacit. HUt. llb. *, cap. 7.)
’ a Nec occnltam est quantlo exTerlIate, quaodo adunia bralA IriIiU facu Imperaiorura celebrcnlur. » (Tacit. Annal, lib. V , cap. ll.|
d’une gramte âme , qui s'élève au-dessus do ses propres fautes , eu les avouant avec cou rage pour les réporce. Up atlnurùreut dfaulanl (dus in noblesse de celte dénagelve , qu’ils savaient que les princes élevés comme Xerxés dans une vainc hauteur et une fausse gloire- I RC veulent jamais avoir tort , et n’cmploienl pour l'ordinaire leur aulorilë qu’â soutenir avec Kerlë les fautes qu’ils ont faites par ignorance ou par imprudcoce. On. peut dire qu’il est |ilus glorieux de se relever- ajual. que de n’étre jamais lombé. Kn clfet, qieii n'esl plusgaand, ni. eu même temps phis.rwo que de vojr un roi puissant, et dans le leotpa de sa plus grande pros|iérité, rccotmollre-scs fautes quand il lui arrive d’en Caire, sansclieiH-her ni prétexte ni excuse pour les couvrir ; rendre hommage à la vérité, kirs même qu'elle le l'ondnrone ; et laisser h des princes faussement délicqts sur la grandeur la honte d’étre loujoiirs pleins de défauts et- de n’eu jamais convenir.
I.a nuit snivante, Ip mémo ianlômc, si L’on en croit Hérodote , se montra encore au roi , ajoutant *au premier discours qu’il avuil lenu de nouvelles menaces. Xerxés en lit part à son oncle; et , pour rctonnallre si ce songe venait des dieux ou non, il le presse vivement de se revêtir des habits royaux , de monter sur le iTône , et do passer ensuite la nuit dans son lit à sa place. Arlabane lui parla très sensément sur la vanité des songes, puis, venant A ce qui le regardait personnellement • n J’estime n presque également ', dit-il , do bien penser « par soi-méme, et de se rendre docile aux « bons avis d'nn autre. Vous avei ces deux « qualités, grand prince: cl, ri vous suiviex « votre naturel , vous ne vous porteriez qu’à a des seiilimenti de sagesse et de modération. « Il n'y n que les discours empoisonnés des a flatteurs qui vous poussent A des partis vio- « lents*, comme la mer, tranquille pnrollc- « même , n’esl troublée que par une impres-
I Cctk pensée C8l ilans Hésiode (Opero et Diee, v. 293; Oe. pro rinent, n. K»; el Tit.-Liv. 22. n. 2»): «S»p* ■ eso audivi , millies . ciim prlmum esse vkum , qui l|tfe « consulat quid in rem ail ; serundum eum, qui benè mo- « nenii obodial : qui nec Ipse ronsulere , nec allerl parère
« sciai, eum extremi Ingenil case. A
a Celle pciiaëc est aussi dans Tite-LIve . lie. 28, n.27.
« sion èlranR^re. Au reste , ce qui m'a « dans le diseonrs que vous avei tenu è mon « (‘gard, n'a pas été mon injure personnelle, « mais le lorl que vou!: vous faisiei à vous- « nrfme par voire mauvais choix entre deux « conseils qu'on vous donnait, rcjelanl celni « qui vous portait h des sentiments de modé* « ration et d'équité, et embrassant l’autre, qui « ne tendait au contraire qu’à nourrir l'orgueil « et à irriter l’ambition. »
Arlabane , par complaisance , passa la nuit dans le lit du roi , et y eut la même vision qu'avait eue Xerxés, c’est-à-dire qu’en dormant il vit un homme qui lui faisait de violents reproches , et qui le menaçait des plus grands malheurs, s'il continuait à s'opposer au dessein do roi. Il céda pour lors, et se rendit, croyant qu'il y avait en celn quelque cliose de divin ; et la guerre contre tes Grecs fut résolue. Je rapporte les choses telles quo je les trouve dans Hérodote.
Xerxés soutint mal cette gloire dans la suite. Nous ne verrons en lui que de courtes luears de sagesse et de raison qui brillent un moment, et font pinceaux excès les plus'condamnabics. On peut juger par là qu'il avait un b<Mi fonds et un naturel heureux, àlais les qualités les plus excellentes sont bientôt gâtées et corrompues ]>ar le poison de la flatterie , et par celui d’une puissance souveraine et sans bornes : t'i daminaliouis convulsus '.
C’est un beau sentiment dans un ministre, d'étre moins touché de l'alfront qu'on lui fait que du tort qu'on faisait à soti maître eu lui donnant un funeste conseil.
I>e conseil de Manlonins était funeste en ce que , comme le remarque Arlabane , il n'était propre qu'à nourrir et à augmenter dans le prince une pente à la hauteur et à la violence , qui ne lui était déjà que trop naturelle , KvîoùTQc'; et en ce qu’il accoutumait son esprit à porter toujours ses désirs au delà de sa fljrluiu! présente, à vouloir toujours aller en avant, et à ne mettre aucune borne à son ambition. Cest la pas.sion* de ceux qu’on appelle conquirants , et qu'on nommerait à plus juste titre ,
* Tacll. [AdiiaI. C, 4S.Î
* Ûç Kaxbv lus Siôciiffxuv t%v irAiov t(
Cat âm tyjtv tov fraj&Mvro;.
^ cNec bor Alriamlri laiiiom >iUutn fuit, qticm p^r
2 rfSw»
avec l'Écriture sainte, brigands des naliont', Parrourei , dit Sénéque, toute la suite des rois de Perse , en trouverei-vous quelqu’un qui se soit arrêté de Ini-méme dans sa course, qui ail été content de ses premières conquêtes, et que la mort n’ait pas surpris formant encore quelque nouveau projet? Et cette disposition ne doit pas étonner, ajoute-t-il; car l'ambition est un gouffre et un abîme sans fond , oii tout se perd , et oà l’on entasse en vain des provinces et des royaumes , sans en pouvoir remplir le vide.
8 H. — Xemtf sb met kh MAmciiK , rr pamb d'Aui
EN EüMOPE B?I TMAVEEflATIT LS DETROIT UE L'Uu-
LB»P0RT StS V5 PORT DE EATEACX.
La guerre étant résolue, Xerxés *, pour ne rien omettre de ce qui pouvait faire réussir son dessein, entra en confédération avec les Carthaginois, le plus pui.ssant peuple qui fût alors en Uccident, et convint avec eux que, pendant que les Perses attaqueraient la Grèce, les Carthaginois tomberaient sur les nations grecques qui étaient en Sicile et eu Italie, pour les empêcher de venir au secours des autres Grecs. Les Carthaginois élurent pour général Amilcar, qui ne se contenta pas de lever autant de troupes qu'il put en Afrique, mais, avec l'argent que Xerxés lui avait envoyé, engagea à son service un grand nombre de soldats tirés d’Espagne, de Gaule et d'Italie; de sorte qu'il assembla une armée de trois cent mille hommes, et des vaisseaux à proportion , pour exécuter les projets de la ligue.
Ain.si Xerxés, conformément à la préJiclion de Uauiel * , ayasil , par sa puissaiiet tl
<t Uberi Uerculisque vcillgk fclix lemrriuif egtl . om* « niutn quos fortuua IrrUavU impltodo. Tolum regot pcT' « sld slrnima {M'ircnsp , qurm ln\enlcs.cui routîumim* « périt u(lel«5 Rrerit , qui non riUm tn aHqufl iiheriài « procerieodl cogimiEne finieri t ? Nec Id nitrom e*t. (>«*• a qutd cuphliUU cooUffti. pcoicùs haurUur eiroorUuir: « nec tniereslquaiilum eô , qucNl itirxpirbile rsl. coog^* « Fw. M (8erbc. lib. 7 . dê Benef, cap. 3.)
I a Predooes Renttum. • ,Jrri:m. 4 , 7.)
> An. U.352};ar. J.C. 481. - Uiod. lib. 11. pig l rtS.
* a Erre a tliac 1res regrs slaliunt In Prrsifte ; el qnartus U (Itl Xenrs) dltaüllur opitMis nimils Miprr omnrit n et. qoum Invalucrit divltds sn'i, eoDcluUt « v.'r-sùni rrgmirn G «ri». » (I) vt. cap. 1 ! , v. i)
par Ui grandes riehesm, soulevé contre le rogaume delà Grèce tous les peuples du monde «loncoonu, c'egt-è-dire tout l’Occident sons le commandement d’Àroilcar,eltout l'Orient sous le sien propre, partit de Suse pour commencer la guerre, l'an cinquième de son règne ' , qui était le dixiéme depuis la bataille de Maralboo, et marcha vers Sardes, ou était le rendes-vous de l’année de terre, pendant que celle de mer s’avançait aussi le long des cétes de l’Asie Mineure vers l’Uellespont.
Il avait donné ordre qu’on perçât le mont Alhos. C*est une montagne de Macédoine, province de la Turquie en Europe, qui s'avance dans l'Archipel en forme de presqu’île. Elle ne tient à la terre que par un isthme d'une demi-lieue. Noos avons déjà vu que la mer en cet endroit était fort orageuse , et que les naufrages y étaient fréquents. Ce fut là le prétexte de l’ordre qu’avait donné Xenés de couper cette montagne; mais la véritable raison était de se signaler par une entreprise extraordinaire et d’une exécution difficile, comme Tacite le dit de Néron ; erat inrredibilium eupilor. Aussi Hérodote remarque-t-il que ce travail était plus fastueux que nécessaire, puisqu'il aurait pu à moins de frais foire transpoisterses vaisseaux par-dessus l’isthme, comme c’était l’usage de ce temps-là. La fosse qu’il y fit creuser était de largeur à y faire passer deux trirèmes de front, c’est-à-dire deux vaisseaux à trois rangs de rames. Ce prince, qui avait la folie de croire qu’il était le maître des éléments et de tonte la nature ’ , avait en conséquence écrit une lettre au mont Athos en ces termes, pour lui intimer ses ordres : Superbe Athos, gui portes ta tête jusqu’ au ciel, ne sois pas si hardi que d'opposer à mes travailleurs des pierres et desrockesqu'ilsne puissent couper. Autrement, je te couperai loi-mcmc en entier, et te précipiterai dans la mer*. 11 contraignit en même temps ses travailleurs , à force de coups de fouet, A avancer l’ouvrage.
Un voyageur, qui vivait du temps de François I", et qui a composé en latin un livre tou-
* Herod.Itb. V.cap.at.
* AD.H.a’ât;iT. J. C.480.
> Plut, de Irà cohlb. pag. 4âô.
* Plut, de enlm. tranq. pag. 470.
chant 1rs foits singuliers ‘, révoque celui-ci en doute, cl marque qu’eu passant auprésdu mont Atlios, il n'y a vu aucune trace du travail dont il est parlé ici. . j,-
Nous avons déjà dit que Xerxés s’avançait vers Sardes '. Au .sortir de la Cappadoce, ayant passé le fleuve Halys, il vint à Célène, ville de la Phrygie, prés de laquelle le Méandre prend sa source. Pythius, Lydien, faisait sa résidence dans cette ville : c'était le prince le plus opulent qui nu alors, après Xerxés. Il le reçut, cl toute son armée, avec une magnificence incroyable, cl lui offiril tous ses biens pour fournir aux frais de son expédition. Xerxés , sui^ pris et en même temps charmé d'une offre si généreuse, eut la curiosité d’apprendre à quoi montaieul donc ses richesses. Ce prince lui répoudil que, dans la vue de les lui offrir, il en avait fait un compte exact, cl qu'elles montaient , pool l'argent, à deux mille talents (c’est-à-dire six millions ‘) ; cl pour l’or, à quatre millions do dariques, moins sept mille (c'està-dire quarante millions, moins soixante-dix mille livres, en comptant le darique sur le pied de dix livres *). Il lui offrit toutes ces sommes, ajoulaut que scs revenus lui suflisaicul pour renlreticn de sa maison. Xerxés lui naarqua une vive reconnaissance, fil une amitié particulière avec lui; et, pour ne pas se laisser vaincre en générosilé, au lieu d'accepter ses offres, il l’obligea de recevoir les sept mille dariques qui manquaient à sa somme pour foire uu compte rond.
Après un trait comme celui que je viens de rapporter, qui ne croirait que la vertu particulière et le caractère personnel de Pythius' aurait été la générosité et le mépris des biens? Cependant c'était le prince du monde le plus ménager, et qui à une sordide avarice pour luimême joignait une dureté inhumaine à l'égard de scs sujets, qu’il occupait sans cesse à des travaux pénihlûi et infructueux, en les obli-
* Bolon. singul. r(T. obserr. p»g.7S.
* Hrrofl. Itb. 7, fap.ü^S^.
> B<«x oiltte lâienu sans doute euboiquct. raUienl 7fiû0û0arr.E.B. t
* Quatre millions de doriques, moins sept mille da> riques : cbacim de vingt dradimes eubolques . feraient 50600000 fr.E. B.
* llesiappelé P) ibis dans Plutarque Firt. rntilier.
C^M.olc
géant de creiiscr pour lai de» mine» d'or et d'ai^ent qui se trouvaient dan» son domaine. 'Pendant son absence, fondant tous en larmes, ils portèrent leurs plaintes devant la princesse, èponse de Pylbius, et implorèrent son secours. Elle employa un moyen fort eilraordinaire, pour tbire sentir à son mari et lui fiiire loucher au doigt l'injustice et le ridicule de sa conduite. A son retour, elle lui fit servir uO Vepa», magnifique en apparence , mais qui n’ètail rien moins qtie rejwts. Entrée, service, rôti, entrémets, tout était d'or ou d’argent, et le prince, au milieu de ces riches mets et de ce» viandes en peinture, demeura affamé. Il devina fccilemenl le sens de l’énigme, et comprit que la de^ination de l’or et de Targent n'ètait pas le simple spectacle, mais l'usage ; et quenègliger, comme il feisait , la culture de» terre», en occupant tou» scs sujet» an travail de» mines , c’étail réduire le pays et se réduire lui^méihe S la famine, il se contenta doiic dans bi suite d'y en faire travailler seulement la cinquième partie. C'est Plutarque qui nnu» a conservé cC fait dons un traité, oA il en ramasse beaucoup d’antres pour prouver l’habileté et l'industrie de» dames. Fji fable a voulu marquer le mémo caractère dans ce qu'elle raconte d’un prince qui avait régné dans le même pays ', pour qui tout ce qu’il touchait se changeait sur-le-champ en or, selon ht demande qu'il en avait faite aui dieux , et qui par là courut risque dé périr de faim.
Ce même seigneur, qui avait fait des offres si obligeantes à Xerxés*, lui ayant demandé eu grâce, quelque temps après, que de cinq de ses fils qui servaient dans l’armée il voulût bien lui lai.sser l’alné pour être l'appui et la consolation de sa vieiBesse, le roi, outré jus^ qu’à la fureur d’une proposition si raison nable, fit égorger ce fils aîné sons lés yeux de son père, lui ftlsOnt fentendre que 'c’était par grâce qu'il lui laissait la vie à lui et au reste de ses eid'ants; et ayant fait couper le corps mort en deux ports, qu’on plofa à droite et à ganche, d fil passer an milieu toute son armée, comme pour l'expier par un tel sucH-^ flcc. Quel monstre dans la nature qu’un prince
* MllUi , roi d« Pfaryglf. I
* Horod. Ub. 7. eap. 3M9. — Senoc. <lft ht Ub. 3 » { rap. 17.
de cette sorte! Quel fonds est-il poteible de faire sur l'amitié des grands, etsurlesproie»lations le» plu» vivei de service» et de reconéfaîssancc?
De Phrygie, Xerxés arWva à Sarde» oà I passa l'hiver. De là il envoya <fcs héiuutsi toutes lésvilles de la Gréce^ excepté à Athènes et à I^aeédémone, pour denurnder qn'on lui donnât l'ean et la (erre, ce qui était la marqmde soumistdoh.
Dés que le printemps fut venut (I portk île Sardess feltoorna sa marche vers l'IieilespenL Quand il y fut «Trivé, il vouhil se donner le plaisir de voir un combat naval. On lui artit préparé un Irène sur une hauteur. Voyant de là toute h mer chargée de ses vaisseaux, et toute la terre couverte de ses troupes, II seafit d'abord un mouvement secret dé joie en mesarant ainsi de ses propres yeux toute l'étendae de sa puissance, et se regardant comme le pha fortuné de tous les mortels ; mais, faisaat réflexion quedetanide milliers d’hommes il n'ea resterait pas un seul dans cent ans, H ne put refuser des larmes à l’instabilité dés chbséshimnines. Un autre objet aurait mérité plusjUftemcnl ses larmes, et il aurait dû ae faire dts reproches d’abréger lui-méme ce terme fauU des miliions d'hommes, que sa craellc ambè (ion allait faire périr dans une guerre entreprise sans justice et sans nécessité.
Artabaue, qui ne perdait aucune octasioa de SP rendre utile au jeune prince, et de lui inspirer des sentiments de bonté pour son peuple, profitant de ce moment oû il le (rMvld louché cl attendri, lui fit faire une antre réflexion sur les misères qui accompagnent b vie de la plupart des hommes, et qui la lenr rendent si triste et si ennuyeuse ; et il lui 81 sentfr en même temps l'obligalinn d’un princ* qui, no pouvant prolonger la vie à ses sujets, devait bu moins emjdoyer tous ses soins à leur en adoucir les peines elles amertotnes.
Dans la même conversation *, Xeraés demanda A sou oncle s'il persévérerait dans soa premier sentiment, qui était de ne point perler la guerre contre la Grèce, supposé qu’il n’eût pas vu les songes qui le lui avaieul fait
> Urroil. Mb. T . rap. OMI
* Id. ibid. . ra|t.
.««f» us <|»4»
qniUer. Celui-ci avoua qu'il n’élait poiot sans crainte , et que deux choses l’effrayaient. Hé quoi donc ? reprit Xerxés. La terre et la mer , dit Artabane : la terre , car il n'y a point de pays qui puisse nourrir une si nombreuse armée ; la mer, car il n’y a poiot de ports capables de contenir un si grand nombre de vaisseaux. Le roi sentit bien la force de te raisonnement ; mais , ne pouvant plus reculer , il dit que, dans les grandes entreprises, il ne fallait pas examiner de si prés tous les inconvénients : qu'autrement on n'entreprendrait jamais rien; et que, si ses prédécesseurs avaient suivi une politique si scrupuleuse et si timide , l'empire de Perse ne serait pas parveua à ce point de grandeur oit on le voyait.
Artabaae lui donna encore un antre avis 6>rt sage, mais qui ne fut pas plus suivi : c'était de ne point employer les Ioniens contre les Grecs, dont ils tiraient leur origine ; ce qui devait les loi rendre saspecta. Xerxés, après ces disconn, lui fil beaucoup d'amitié , le combla de marques d’honneur et le renvoya à Suse , pour vriller en son absence i li garde de l’empire , en le rendant déposilairc de tonte son autorité.
Xerxés* availfoitoonstraireé grands fraisun pont de bateaux sur la mer pour faire passer les troupes d’Asie en Enrope. L'espace qui sripare les deux continents , appelés antrefois ÏUellespont et matolananl le dëtroH des Dardmillei on de GaUipoU, depuis Abyde jnsqn’k l'autie côté, est de sept stades, p’est-é-dire de plus d’un quart de lieue. Une violente tempête survint tout à coup et rompit te pont. Xerxés, ayant appris à son arrivée cette nonvelie, fut transporté de colère ; et, pour se venger d'un si cruel affront , il commanda qu’on jetât dans la mer deux paires de chaînes, comme ponr II mettre anx fers, et qn’on loi donnât trois cents coups de fouet , en l’spostrophanl ainsi : a Ûamer et malheureux élément, « Ion maître te punit aiini ponr l'avoir outra- € gé sans raisoa. Xerxés sanra bien , soit que < tu le veuilles ou non , passer à travers tes « flots. O 11 ne s’en tint pas là, et rendant les entrepeoeurs responsables des événements qui dépendent le moins de la puissance des
hommes , il fit couper la tête à tous ceux qui avaient eu la conduite de l’ouvrage.
On cooslruisil de vtouvem deux ponts l'un ponr les troupes , l'autre pour le bagage et les bétes de charge. Xerxés choisit des ouvriers plus habiles que les premiers; et voici comme ils s'y prii'eni : ils mirent en travers trois cent soixatfie vaisseani , les uns à trois rangs de rames , les autres è cinquante rames , dont les flancs regardaient le Ponl-Euxin ; et du côté qui regarde la mer Égée, ils en mirent trois cent qualone ; ensuite Ils jetèrent dans l’eau de grosses ancres de part et d'autre , pour affermir tous ces vaisseaux contre la violence des venis . et contre le courant ‘ de l'eau. Ils laissèrent du côté de l'orient trois passages entre les vaisseaux , par où de petites barques pussent aller au Pont-Euxin et en revenir facilement. Après cela , ils plantèrent des pieux en terre ferme avec de gros anneaux , et y attachèrent de |>arl et d'autre six gros cables sur chacun des ponts, deux faits de chanvre, et quatre faits d’une sorte de roseaux appelés ^iOo;, dont on se servait pour faire des cordages. Il fallait que ceux de chanvre fussent d'une force extraordinaire , puisque cliaque coudée pesait un talent *. Les cébles , placés sur la longueur des vaisseaux, allaicnl d'un coté de la mer à l'autre. Cet ouvrage étant achevé , ils rangèrent en travers , sur la largeur des vaisseaux et sur les cables dont il a été iMirlé , des troncs d’arbres coupés exprès |M)urcel usage, et niirciil dessus des planches liées et jointes ensemble , [lour lenir lieu de sol et de planclicr : puis ils eouvrireiit le tout de terre , et ajoutèrent de côté et d'autre des barrii'res (c’est ce queuousappelonsdcs gardefous) , afin que les bêles et les chevaux ne s’é- (louvnnlasseul point en voyant la mer. Telle fui la construction du fameux pont de Xerxés.
Quand l'ouvrage fut achevé , on inarqun le
* Herod. lib. 7,fip. 36.
* Polybc rofnari(ur «ja'll 7 a un courant dVnu du lae MéotUeida Pont-Kuiin dans la mer Kg6e . ctuaé par les fleuves qui voul se retMirc dans ces deux mers. (Polvb. lib. 4,pag. 30Î-3OR.
* Le talent, pour le poids, était de 60 mines» c'cst«> Mire , de 42 llv. de notre poids, et la mine de lOOdragmes. <=3 Le poids du utent, sans doute euboique, est de
[ 18 kilogrammes. E. B.
> Herod.Ub.T.eap.SS-aS.
*Sr^ 4 K!
jour du passage. Dés que les premiers rayons du soleil eonimenrérenl à paraître, on répandit sur l’un et l'autre poul des odeurs de toutes sortes, et l’on jonehalescheminsde myrte. Xerxés en même tem|>s versa des libations sur la mer, et, se tournant vers le soleil , la prineipale divinitëde l’empire, il implora son secours pour l’entccprise qu’il commençait, et le pria de lui continuer sa protection jusqu’à ce qu’il eût fait la conquête entière de l’Europe , et qu’il l’eût tonte soumise à son empire : après quoi il jeta dans la mer le vase qui avait servi aux libations, une autre coupe d’oCj et un cimeterre persan. L'armée employa sept jours cl sept nuits à passer le détroit; ceux qui étaient préposés pour cela faisant avancer les soldats à grands coups de fouet, selon l’usage de la nation, qui n'était, à proprement parler, qu’un ossembinge d’esclaves.
g HT. — K^xoHtiiEMENT rir i.’AnMÉf; de XERxks. Ilt-
UAM4TB H.ilQI'E LIKREÜIEXT SA PENttÉE SCR
TBUPRME RR CB PUINCE.
Xerxès ' , prenant sa marche ou travers de la Cliersonêse de Thrare , arriva à Dorisque , ville située à l’embouchure de l’Hébre dans la Thrace, où , ayant fait camper son armée, et ordonné à la flotte de le suivre le long du rivage , il flt la revue de Tune et de l’autre.
il trouva son armée de terre qu’il avait amenée d'Asie, forte de dii-.sept cent mille hommes de pied, et de quatre-vingt mille chevaux, qui, joints à vingt' mille hommes qu’il fallait au moins pour la garde et la conduite des chariots et des chameaux, faisaient en tout dixhuit cent mille hommes. Quand il eut passé l'Hellespont , les nations qui se soumirent à loi forliOérent son armée de trois cent mille hommes. Ce qui fait en tout pour l’armée de terre deux millions cent mille hommes.
Sa flotte , telle qu’elle était partie d’Asie , consistait en douze cent sept vaisseaux de com-' bal appelés Irirémeê, c’est-è-dire à trois rangs de rames. Chaque vaisseau portait deux cents hommes originaires du pays qui les avait fournis, cl outre cela trente Perses, ou Mêdes, ou Saces; ce qui faisait en tout deux cent soixante
' lliMoU. Iih.7, csp. jO-'JOel 18i-iST.
et dix-eept mille six cent dix hommes. Les peuples d’Europe augmentèrent sa flotte de six-vingls vaisseaux, dont chacun portail deai cents hommes, ce qui en fait vingt-quatre mille ; et le tout ensemble trois cent un laillr six cent dix hommes.
Outre la flotte composée de grands vaisseaux, les petites galères de trente et de cinquante rames , les vaisseaux de transport, ceux qui portaient les vivres, et autres sortes de bâtiments, montaient à trois mille. En mettant dans chacun , l’un portant l'autre , quatre-vingts hommes , cela en faisait en tout deux cent quarante raille.
Ainsi quand Xerxès arriva aux Thermopyles , ses forces de terre et de mer faisaient ensemble le nombre de deux millions six cent quarante et un mille six cent et dix hommes, sans compter les valets, les eunuques, les femmes , les vivandiers, et ces auh-es soriesde gens qui suivent l’armée , et qui montaient à un rrambrcégal. Desorteqneletotaldespersoones qui suivirent Xerxès dans cette expédition était de cinq millions deux cent quatre-vingt-trois mille deux cent vingt personnes. C’est le calcul que nous en donne Hérodote : Plutarque et Isocrale s’accordeut avec lui. Diodore de Sicile, Pline, Élien ', etd’aulres, rabattent beaacoupde ce nombre: en quoi ils peraissem moins croyables qu'Hèrodote, qui a vécu dansie siècle même où se flf celte expédition, et qui rapporte une inscription mise , par l’ordre des Amphiclyons , sur le lonobeau de ces Grecs qui Airenl lués uux Thermopylea. laquelle marque qu’ils coraballireul coulre trois millions d’hommes.
Pour nourrir toutes ces personnes’, il fallait chaque jour , selon ta supputation qu'en fait Hérodote , plus de cent dix radie trois cenl quarante médimnes, mesure qui, sdon Budé, vaut six de nos boisseaux , eu comptant pour chaque tète un chaenix, qui> était la portiofl journalière que les mailres donnaient à leuis esclaves chez les Grecs, L’histoire ne fait mention d’aucune autre année aussi nombreuse que celle-ci. De tant de millions d’hommes nul ne le disputait â Xerxès pour ta beauté du
I Diod. Mb. Il pag 3, ri!n. Mb. 33 . cap. 10. - Ælian. lih. Il), rap. 3.
) * llfrod. lib. 7. rap. 187. .î
ogle
visage, niponr la grandeur de la laillc : faible louange pour un prince , quand elle est seule. Aussi Justin, après le dénombrement de ces troupes, ajoute-t-il qu’une si grande armée manquait de chef : hiiic lanlo agmini dux defuil.
On aurait peine & comprendre comment il était possible de trouver des vivres suffisamment pour un aussi grand nombre de personnes, si riiistorien ‘ ne nous avait avertis que Xerxès avait employé quatre années entières à faire les préparatifs de cette guerre. Nous avons vu combien il y avait de vaisseaux de charge qui cétoyaient toujours l’armée de terre; et il en arrivait sans doute tous les jours de nouveaux qui metlaieut l’abondance dans le camp.
Hérodote ' marque la manière dont se fit le calcul de ces troupes, qui étaient presque innombrables. On assembla dix mille hommes , que l'on serra le plus qu’il fut possible ; après quoi l'on décrivit un cercle autour d’eux , et l'on éleva sur ce cercle un petit muré hauteur de la moitié du corps d’un homme; on Ht passer dans ce même intervalle toute l’armèc, et l’on connut par là à quel nombre elle montait.
Le même Hérodote 'marque en détail lus différentes armures de toutes les nations qui composaient cette armée. Outre les chefs de chaque nation qui commandaient chacun les troupes de leur pays , l’armée de terre avait six généraux persans, savoir ; Mardonius, lils de Gobryas; Tirintatechme, fils d’Artabane, et Smerdune, fils d’Otane , tous deux proches parctils du roi; Masiste, fils de Darius et d’Atosse; Gergis, fils d’Ariaic et Magabyse, fils de Zoiiyre. Les dix mille Perses qu’on appelait les immorteh étaient commandés par Hydarne. La cavalerie avait ses commandants particuliers.
La flotte avait aussi quatre généraux persans, ün lient voir dans Hérodote * le détail des nations qui la fournirent. Arlémise *, reine d’Halicamasse , qui , depuis la mort de son mari , gouvernait pour son Qls encore pupille , n’a-
' lltrofl. Mb. 7,cap.20.
* M. M)lü.c«p.60.
* Cap.ei-88.
* Cap. 8»-09.
4 11 ne faut pas coofondre celte princesse avec Arté*
mena avec elle que cinq vaisseaux ; mais c’était les mieux équipés et les plus lestes de toute la flotte, après ceux des Sidoniens. Kllc se distingua dans cette guerre par son courage , et encore plus par sa prudence. Hérodote remarqua qu’entre tous les officiers de Xerxès, aucun ne lui donna des conseils si sages que cette reine : mais il ne sut pas en profiter.
Xerxès , ayant fait le dénombrement de ses troupes de terre et de mer, demanda à Dèmarnte s’il croyait que les Grecs osassent l’attendre. J’ai déjà dit que ce Démarate était un des deux rois de Lacédémone, qui, ayant été exilé par la faction de ses ennemis, s’était réfugié en Perse, où il avait été comblé de biens et d’honneurs. Comme on s’étonnait un jour qu’un roi se fût laissé exiler, et qu’on lui en demandait la cause ; C'esl, dit-il , qu’à Sparte la loi est plus forte que les rois' . 11 lut fort considéré en Perse; mais* ni l’injustice de scs citoyens, ni les bons traitements du roi, ne purent lui faire oublier sa patrie. Dés qu’il sut que Xerxès travaillait aux préparatifs de ta guerre, il en avait donné avis aux Grecs par une voie secréte. Obligé, dans cette occasion, de s’expliquer, il le fit avec une noblesse et une liberté dignes d’un Spartiate, et d’un roi de Sparle.
Démarate ’, avant que de répondre à la question du roi, lui avait demandé si son intention était qu’il lui parlât selon la vérité, ou avec flânerie; et Xerxès ayant exigé de lui une grande sincérité, « Puisque vous me l’ordou- « nez , grand prince , reprit Démarate , la vé- « rilé va vous parler par ma bouche. Il est vrai « que de tout temps la Grèce a été nourrie >< dans la pauvreté : mais on a introduit chez n elle la vertu que la sagesse cultive, et que la « vigueur des lois mainlienl. C’est parfusage « que la Grèce sait faire de celte vertu qu’elle « se défend également des incommodités de n la pauvreté cl du joug de la domination. « Mais, pour ne vous parler que de mes Laeè- « dèmoniens, soyez sûr que, nés et nourris « dans la liberté , ils ne prêteront jamais l’omise , femme de Mausole . roi de Carie , qui vivait plus do qualre-vingt-diï ans après eelle haiailie.
• Plut. In Apophlheg. Laenn. pag. 2M.
• a Amiclor pairie posi fugim , quàm régi posi benefi- « cia. »(JcsT. [2,10].)
» Herod. lib. 7 , cap. 101-t05,
SI
« reille fc ancnne proposition qui tende U la « servitude. Fussent-ils abandonnés par tous « les autres Grecs , et réduits h une troupe de « mille soldats, ou è un nombre encore moin- « dre, ils viendront au-devant de vous, et « ne refuseront point le combat. » Ee roi , entendant un tel discours , se mit à rire ; et comme il ne pouvait comprendre que des hommes libres et indépendants , tels qu'on lui dépeignait les Lacédémoniens, qui n’avaient point de maître qui pût les contraindre, fussent capables de s’exposer ainsi aux dangers et à la mort: « Ils sont libres et indépendants de tout « homme , répliqua Démarate ; mais ils ont « au-dessus d’eux la loi qui les domine , et ils « la craignent plus que vous-méme n’étes « craint de vos sujets. Or cette loi leur défend « de fuir jamais dans le combat, quelque grand « que soit le nombre des ennemis ; et elle leur « commande, en demeurant fermes dans leur « poste, ou de vaincre, ou de mourir. »
Xeriès ne fut point choqué de la liberté avec laquelle Démarate lui avait parlé, et il continua sa marche.
8 IV. — Les Lacédéhosiess et les AtuLsiets népc-
TBST raCTILEMEST VEBS LES ALLIES EOCR DEMASUKR
DE SECOURS. COMHARDEMBRT DB LA FLOTTE ACCOBDl:
AUX LACÊUÉXOnlRRS.
î.acédémone et Athènes ' , qui étaient les deux plus puissantes villes de la Grèce, et celles à qui Xerxés en voulait le plus, ne s’étaient pas endormies à l’approche d’un ennemi si redoutable. Averties depuis longtemps des mouvements de ce prince, elles avaient envoyé des espions à Sardes, pour s’informer plus exactement du nombre et de la qualité de ses troupes. Ils furent arrêtés, et, comme on était jirét de les faire mourir, Xerxés commanda au contraire qu’on les menât au travers de l’armée, et qu’on les reuvayftt sans leur faire aucun mal. Leur retour apprit aux Grecs ce qu’ils avaient à craindre.
On envoya en même temps des députés à Argos, en Sicile, vers Gélon, tyran de Syracuse, aux Iles de Corcyre et de Crète, pour de-
* llcrod Mb. 7, cap. 145, IW.
mander du secours et faire une ligue conln l’ennemi commun.
Les Argiens offrirent un secours considérable, à condition qu’ils partageraient par moitié l’autorité et le commandement avec les Lacédémoniens. Ceux-ci consentirent que le roi d’Argos eût la même autorité que chacun dos deux rois de Ijicédémone. C'était leur accorder beaucoup ; mais que ne peut pas un point d’honneur mal entendu , et une vaine jalousie de commandement ! Les Argiens ne se contentèrent point de cette offre, et refusèrent de secourir les Grecs ligués, sans penser que , s’ils les laissaient périr, la perte de la Grèce entraînerait infailliblement la leur.
Les députés passèrent d’Argos en Sicile, cl s’adressèrent â Gélon ‘ : c’était le plus puissant prince qui fût alors parmi les Grecs. Il promit de fournir deux cents vaisseaux â trois rangs de rames, vingt mille hommes d’infanterie , deux mille de cavalerie , outre deux mille soldats armés à la légère , autant d’archers et de frondeurs, et d’entretenir de vivres l’armée des Grecs pendant tout le temps de la guerre, â condition qu’on l’élirait généralissime des troupes de terre et de mer. Les Lacédémoniens se carièrent à une telle proposition. Il se rabattit à demander qu’au moins il eût le commandement ou de la flotte, ou de l'armée de terre. Les Athéniens s’y opposèrent fortement, en répondan t que le commandement de la flotte leur appartenait de droit, si les Lacédémoniens y renonçaient. Gélon avait une raison bien plus forte de ne pas dégarnir la Sicile de troupes, qui était l'approche de la formidable armée des Carthaginois, commandée par-âmilcar, et qui montait â trois cent mille hommes.
Ceux de Corcyre, appelée aujourd’hui Corfou, Urent aux députés une réponse favorable, et SC mirent aussitôt en mer avec une flotte de soixante vaisseaux. Mais ils ne s’avancèrent pas au delà des côtes de la Laconie, apportant pour prétexte les vents contraires, mais en effet attendant quel serait le succès du combat pour se ranger ensuite du côté du vainqueur.
Les Crétois, ayant consulté l’oracle de Dol-
' lliTod. lik 7, r.ip. 15.1-162. 16.S.
phes sar le parti qu'ils avaient à prendre, refusèrent absolument d’entrer dans la ligue.
Ainsi les Lacédémoniens et les Athéniens se trouvèrent réduits presque à eux seuls, tous les autres peuples s’étant soumis aux hérauts que Xerxès avait envoyés pour demander la terre et l’eau, excepté ceux de Thespie et de Platée. Dans un danger si pressant on songea avant tout à faire cesser toute discorde et toute division, et les Athéniens firent la paix avec les Éginètes, contre qui ils étaient actuellement en guerre.
Un de leurs premiers soins fut de nommer un général *. Jamais il n’avait été plus nécessaire d’en choisir un qui piU dignement remplir cette place que dans la conjoncture présente, où toute l’Asie était prête à fondre sur la Grèce. Les plus expérimentés et les plus habiles, efTrayés de la grandeur du danger, avaient pris le parti de ne point se présenter. Il y avait à Athènes un citoyen nommé Épicyde, qui avait quelque talent pour la parole, niais d’ailleurs homme sans mérite, décrié pour son peu de courage, et encore plus pour son avarice. Cependant on appréhendait que dans l’assemblée les sulfitages ne lui fussent favorables, Thémistocle, qui savaitque*dansun grand calme tout marinier presque est propre à conduire un vaisseau, mais que dans un temps d’orage et de tempête les pilotes les plus habiles ne le sont pas encore assez, comprit que la république était perdue si l’on nommait pour général Kpicyde, dont l’ûme vénale donnait tout lieu de craindre qu’il ne fût point à l’épreuve de l’or des Perses. Il y a des occasions où, pour agir sagement, et je dirai presque régulièrement, il faut s’élever au-dessus des règles. Thémistocle, qui sentait bien que dans l’état où étaient les affaires il était le seul capable de commander, ne fit point difficulté d’écarter son compétiteur à force de présents et de libéralités, et ® ayant ainsi trouvé moyen de dédommager l’ambition d’Épicyde en satisfai-
* Plut. fnThemIst. pag. lli.
* « QuiUbet'Qnularum vecluruinque tranqaillo mari * gutiernare polcsl : ubi orla sœva icinpcstas est . ac tur> '« lialo mari rapitiir vento navis . tum viro et gubernatorc ff opus est M (Liv. lib. *21, n. 8.)
* \prilXU<Tl tT^V ftXoTtuisCV n«pà TOV
ErtZ'j'îoy.
sont son avarice, il «e fil élire en sa place. Il me semble qu’on peut appliquer ici bien justement ù 'l’hémistocle ce que TittvLive dit de Fabius dans une occasion toute pareille. Ce grand^ homme, voyant que, dans le temps qu’Annibal était dans le cœur de l'Italie, on songeait à nommer pour consul un homme sans mérite, employa tout son crédit et celui de ses amis pour se faire continuer dans le consulat, sans se mettre en peine de tout ce qu’on pouvait dire contre lui, et il en vint à bout. L'historien ajoute : « La conjoncture ‘
« du temps, et l’extrême danger où se trou- « vail la république, firent que personne ne « fut blessé d’une conduite qui pouvait pa- « raltre contraire aux règles, et écartèrent des « esprits tout soupçon qu’en cela Fabius eût « agi par aucun motif d’intérêt ou d’ambition.
« Onadmiraitau contraire sa grandeur d'âme,
« en ce que, sachant que la république avait « besoin d’un général accompli, et ne pouvant « se dissimuler à lui-même qu'il était ce géné- « ral, il avait mieux aimé hasarder en quoique « sorte sa réputation, et s’exposer peut-être « aux traits de l’envie, que de manquer â ce « qu’il devait ù sa patrie. »
Les Athéniens firent aussi un décret qui rappelait tous les hannis. Ils craignirent qu’Aristide ne se joignit à leurs ennemis, et n’en entraînât avec lui beaucoup d’autres dans le parti des barbares. Ils connaissaient bien peu leur citoyen, qui était infiniment éloigné d’une telle perfidie. Quoi qu’il en soit, ils songèrent à le rappeler. Thémistocle, loin de s'opposer à ce décret, l’appuya de tout son crédit, La haine et la division de ces grands hommes n’avaient rien d’implacable, d’amer, d’outré, comme chez les Domains des derniers temps de la république. Le salut de l’état les réconciliait, sans qu’ils gardassent de jalousie ni de* rancune : et nous verrons bientôt qu’Aristide, loin de traverser secrètement son ancien rival, concourut
* n Tempus ac nécessitas bclll , ac discrimen summs « rcruin , faciebant ne quis aul In eiemplum exquircrel ,
« aut saspectum cupiditalis irnpcrii consulcm habcrct.
« Quin laudabant potiùs magnitulidincm animi ; quAd , • « quum summo im|>era(ore esse opus rcip. sclret , seqpe « cum haud dubiô esse , minoris invidiam suam , si què ex « rc oriretur, quâm ulllitatem rcip.. fecisset. n ^ Llv. lib. *21. n. 9.)
«TOC lèle au succès de ses entreprises et à sa gloire.
L'alarme augracnlail dans la Grèce à mesure qu'on apprenait que l'armée des ennemis était plus près. Si les Athéniens et les Lacédémoniens n'avaient eu que leurs troupes de terre à lui opposer, c'en était lait de la Grèce. On sentit pour lors tout le prix de la sage prévoyance de Thémistocle, qui, sons un autreprétexte, avait Tait bâtir cent galères. Au lieu que le reste des Athéniens avait regardé la journée de Marathon comme la ün de la guerre, lui, au contraire, la regarda comme le commencement et le signal de plus grands combats auxquels il devait préparer son peuple : et dès lors il songea à rendre sa patrie supérieure i Lacédémone, qui depuis longtemps dominait sur toute la Grèce. Dans cette vue, il crut devoir tourner toutes les forces d'Athènes du côté de la mer, voyant bien que, faible par terre comme elle était, elle n'avait que ce seul moyen de se rendre nécessaire aux alliés et formidable aux ennemis. Son avis passa malgré les efforts de Miltiade, arrêté sans doute par le peu d'apparence qu'il y avait qu'un peuple tout neuf aux combats de mer, et qui n'était en état d'armer que de petits vaisseaux, pût résister à une puissance aussi formidable que celle des Perses, qui, avec une flotte de plus de mille vaisseaux, avaient encore une nombreuse armée de terre.
Les Athéniens avaient accoutumé de distribuer entre eux tous les revenus qu'ils liraient des mines d'argent ', qui étaient dans un lieu de l'Attique appelé Launiim. Thémistocle eul le courage de proposer au peuple d'abolir ces distributions, et d'employer cet argent i bâtir des vaisseaux à trois rangs de rames pour faire la guerre aux Éginètes, contre lesquels il réveilla leur ancienne jalousie. Le peuple nesacriGe pas volontiers ses intérêts particuliers à l'utilité publique, et n'aime pas û acheter le bien de l'état par ses pro]>res pertes. Il le fit pourtant en cette occasion, et, touché par les vives remontrances de Thémistocle, il consentit que l'argent qui revenait des mines fût employé & bâtir cent galères. On doubla ce nombre & l'arrivée de Xerxés, et ce fut cette flotte qui sauva la Grèce.
■ Plut, ta Tbemltl. tu;. 113.
Quand il fut question de nommer on généralissime pour commander la flotte ' , les Athéniens, qui seuls en avaient fourni les deux tiers, prétendirent que cet honneur Icurapparpartenait, et rien n'était plus juste que leur prétention. Cependant tous les suffrages des alliés se réunirent en faveur d'Eurybiade., Lacédémonien. Thémistocle, quoique fort avide de gloire, crut que dans cette oaaision il devait oublier scs propres intérêts pour le bien commun de la patrie ; et ayant fait entendre aux Athéniens que, pourvu qu'ils se conduisissent en gens de courage, bientôt tous les Grecs leur déféreraient d'eux-mêmes le commandement ; il leur persuada de céder, aussi bien que lui, aux Ijicédémoniens. On peut dire encore que cette sage modération de 'Thé mistocle sauva l'état. Car les alliés menaçaient de se séparer, si l'on prenait un autre parti ; et c'en était fait de la Grèce, si cela fût arrivé.
8 V. — COHIXT DBS Tdebxopvles. Mo»
DE LAoSIOB.
Il ne s'agissait plus que de savoir où l'on attendrait les Perses pour leur disputer l'entrée de la Grèce '. Les Thessaliens représentèrent qu'étant les premiers exposés à l'attaque des ennemis, il était juste qu'on pourvût à leur sûreté, qui faisait aussi celle de la Grèce, sans quoi ils seraient obligés de prendre d'autres mesures qui seraient contre leur inclination, mais qu'un tel abandon rendrait absolument nécessaires. Il fut résolu qu'on enverrait dix mille hommes pour garder le passage qui sépare la hlacédoinc de la Thessnlic, prés du fleuve Pénéc , entre les monts Olympe et Ossa. Mais Alexandre, fils d'Amyntas, roi de Macédoine, leur ayant fait savoir que, s'ilsattendaient en cet endroit les Perses, ils seraient infailliblement accablés par leur nombre, ils se retirèrent vers les Thermopyles. Les Thessalicns, se voyant ainsi abandonnés, ne délibérèrent plus, ils se soumirent aux Perses.
Les Thermopyles sont un défilé ou passage du mont OEla , entre la Thessalie et la Pho-
* llcrod. lib. 8, cap. âl3.
« Ad. M. ; av. J. C. 480.- Ilcroü. lib. 7. cap. ITâ. 173, 175. in
eide, qui ii'a que vingt-cinq pieds de largeur, qu’un petit nombre de troupes pouvait défendre, et qui était l’unique endroit par où l’armée de terre des Perses pouvait entrer en AchaTe, et venir assiéger Athènes. Ce fut donc là que l’armée des Grecs s’arrêta. Elle avait |K)ur chef Léonide , l’un des deux rois de Sparte.
Xerxés cependant était en marche '. Il avait ordonné à sa flotte de le suivre le long de la côte, et de régler ses mouvements sur ceux de l’armée de terre. Partout il trouvait des vivres et des rafraîchissements, qu’on avait préparés de loin, selon les ordres qu'il avait envoyés, et chaque ville, à son arrivée, lui donnait un magnifique souper, qui coûtait des sommes immenses. C’est ce qui donna lieu à un assez bon mot d’un citoyen d'Abdére, ville de Thrace, qui, après qu’il fut parti, dit qu'il fallait rendre grâces aux: dieux de ce que Xerxés ne faisait qu’un repas.
11 y eut, dans le même pays de Thrace *, un prince qui témoigna une grandeur d’âme extraordinaire : c’était le roi des Bisaltcs. Pendant que tous les autres couraient à la servitude, et se soumettaient bassement â Xerxés, il refusa néreraerit de subir le joug et d’obéir. 11 n'était pas en état de résister à force ouverte ; il se retira sur le haut du mont Rhodope, dans un lieu inaccessible, et défendit à ses enfants de porter les armes contre la Grèce : ils étaient au nombre de six. Soit crainte de Xerxés, soit curiosité de voir une telle guerre, ils le suivirent. A leur retour, leur père, oubliant cette qualité, punit d’une manière bien cruelle la désobéissance de scs üls, en leur faisant crever les yeux à tous. Xerxés continua sa marche à travers la Thrace, la Macédoine et la Thessalie. Tout plia devant lui Jusqu'au défilé des ïhermopyles.
On ne peut voir sans étonnement combien ét.iil pelit le nombre de troupes que la Grèce opposa ù l'armée innombrable de Xerxés On en trouve le dénombrement dans Pausanias. Toutes ces troupes, jointes ensemble, ne faisaient que onze mille deux cents hommes. On n’en plaça que quatre mille aux Thermopyles
' Herod.lib. 7, cap. 108-132.
• 1(1. lib. 8. rap. 116.
* I*ausân. lib. 10, 6to.
pour en déféndre le passage. Mais tous ces soldats, ajoute l'historien, étaient délerminés â vaincre ou ù mourir. Que ne peut point une telle armée !
Lorsque Xerxés fut arrivé prés des Thermopyles, il fut étrangement surpris d'apprendre qu’on se préparait à lui disputer le passage. Il s’était toujours flatté qu’au premier bruit de son arrivée ‘ les Grecs prendraient la fuite, et il n’avait pu se mettre dans fesprit ce que üémarate, dés le commencement de la guerre . lui âvait dit, qu’une poignée d’hommes arrêterait tout court son armée au premier passage. Il envoya un espion pour reconnaître les ennemis. Cet espion rapporta qn’il avait trouvé les Lacédémoniens hors des retranchements , qui se divertissaient aux exercices militaires , et qui peignaient leur chevelure : c’était leur manière de se préparer au combat.
Le roi , ne perdant pas encore toute espérance’, attendit quatre jours pour leur donner le temps de se retirer. Il essaya , pendant cet intervalle , de gagner Léonide par de magnifiques promesses, en le faisant assurer qu’il le rendrait maître de toute la Grèce, s’il voulait embrasser son parti ; une telle proposition fut rejetée avec hauteur et indignation. Puis Xerxés lui ayant écrit qu’il eût â lui livrer ses armes, Léonide lui répondit en deux mots, d’un style et d’une fierté véritablement laconiques : Tiens /es prendre ’. Il ne fut plus question que de se préparer au combat contre les Ivicédémoniens. Le roi fit marcher d’abord contre eux les Méde* * , avec ordre de les saisir tout vivants, et de les lui amener. Les Mèdes ne purent soutenir l’effort des Grecs, et, ayant été honteusement mis en fuite , ils montrèrent, dit Hérodote, que Xerxés avait "beaucoup d’hommes, mais peu de soldats. Ils furent relevés par les Perses surnommés les immortels, qui formaient un corps de dix mille hommes : c’étaicnl les meilleures troupes de l’armée. Elles n’eurent pas un meilleur succès que les premières.
< Herod. lib. 7. np. 207-231.- Diod. lib. 11, pag. 5-10.
* Plut, in Lacon. Apopht. pag. 225
* Avri'/paipi, MoÀftiv
* Ilcrod. Ilb.7, cap. 210-230,
* drt îToXXoi [J-h avOfUTot etev , oXiy^t Si av5or^,
A Quùd muIU esicnl, pauci autem Tiri. »
Xerxès , désespérant de pouvoir forcer des troupes si déterminées à vaincre ou à mourir , était dans un grand embarras, et ne savait quel parti prmdre, lorsqu’un habitant du pays vint lui découvrir un sentier détourné * , vers une éminence qui était au-dessus des ennemis, et qui les commandait. On y envoya un détachement, qui, ayant marché toute la nuit, y arriva é la pointe du jour, et s’en empara.
Les Grecs en furent bientôt avertis. Léonide , voyant qu’il était impossible de résister aux ennemis, obligea le reste des alliés de se retirer, et demeura avec ses trois cenLs Lacédémoniens, résolus de mourir tous, à l’exemple de leur chef, qui , ayant appris de l’oracle qu'il fallait que Lacédémone ou son roi pértt , n’hésita |)as à se sacrifier pour sa patrie *. Ils étaient donc sans espérance de vaincre ni de se sauver, et ils regardaient les Thermopyles comme leur tombeau. Le roi les ayant exhortés à prendre de la nourritnre , en ajoutant qu’ils souperaient ensemble chez Pluton, ils jetèrent tous des cris de joie, comme .si on les eût invités à un festin. Il les mena ensuite au combat pleins d’ardeur. Le choc fut trés-rude et très-sanglant. Léonide tomba mort des premiers. Li“s Lacédémoniens firent des efforts incroyables de courage pour défendre son corps mort. Enfin, accablés par le nombre plutôt que vaincus, ils périront tous, excepté un seul qui se sauva h Lacédémone, où il fut traité comme un lâche et comme un traître â sa patrie, sans que personne voulût avoir commerce avec lui, ni lui parler. Mais peu de temps après il répara avantageusement sa faute dans la bataille de Platée, où il se distingua d’une manière particulière. Xerxés ’ , outré de dépit contre Léonide, qui avait osé lui tenir tète, fil attacher son cadavre à une potence , et se rouvrit lui-4néme de honte en voulant désholorer son ennemi.
Qa éleva dans la suite , par ordre des ,\mphictynns, un superbe monument, tout prés des Thermopyles , à ces braves défenseurs de
* Quand les Gaulois, deux cents ans après, vinrent atta-
quer la Grèce, lia l’emparèreiil du diTiié des Thermopyles par le même sentier que les Grecs avaient encore nègli^^è de garder. ( Ilb. 1. pag. 7 et 8. )
* Senec. eplal. 83.
* Ueroil. Hb. 7, cap. 238-
la Grèce, avec deux inscriptions, dont l’nne regardait en général tous ceux qui étaient morts aux Thermopyles, et portait que les Grecs du Péloponnèse , au nombre seulement de quatre mille, avaient tenu tète à l’armée des Perses composée de trois millions d’hommes. L’autre inscription était particulière aux Spartiates. La simplicité en est remarquable ; elle était du poète Simonide. fji voici ;
çïi> , â'/ytù.'iV ôxt rjî*
KuufOa, TOtff xtivbv irrtOôuttfot
C’est-à-<lire ; Passant , ra annoncer à Lacédémone que nous sommes morts ici pour obéir à ses lois *. Quarante ans après, Pausanias, qui remporta la vicloire de Platée, fd transporter des Thermopyles à Sparte les ossements de Léonide, et lui érigea un magnifique tombeau. Le sien fut placé aussi tout prés. On y prononçait tous les ans une oraison funèbre en leur honneur, et l’on y célébrait d(>s jeux auxquels les fju édémonicns seuls avaient droit d’assister, pour marquer qu’eux seuls avaient eu part à la gloire remportée aux Thermopyles.
Xerxés y avait perdu plus de vingt mille hommes , du nombre desquels se trouvèrent deux frères du roi Il sentit bien qu’une si grande perte, qui était une preuve sensible du courage des ennemis, était capable de jeter l’alarme et le découragement dans ses Iroiqves. Pour leur en dérober la connaissance, il fil enterrer dans de grandes fosses, que l’on couvrit après de terre et d’herbes , tous ceux de .son parti qui avaient été tués dans le combat , excepté mille, dont il laissa les corps dans la campagne. Cette ruse lui réussit mal ; et lorsque dans la suite ceux de la Hotte , curieux de voir le champ de bataille , eurent obtenu la permission d’y venir, elle ne servit qu’ù décou-
* Pari .inimu LacedxmoDü In Tbcrmopylii occtdenuit. In quos Sitnonides :
Dir, hospes. Spartæ nos tehir vidissc jacentet, l)um sanctis pairiæ Icgibus obsequimur.
( Cic. Tuac. Quast. Ilb. 1, n. lOi.J
X Pausan. Ilb. 3, itag. 185.
a llcrod. Ilb. 0, cap. *21-25.
' byC(“>gle
vrir la petitesse de son esprit, et non à cacher le nombre des morts.
ElTrayë d'une victoire qui lui avait coùtA si cher ' , il demanda à Dëmaratc si ies Lacëdëmoniens avaient encore beaucoup de pareils soldats. Celui-ci lui répondit que la république de Lacédémone avait un assez grand nombre de villes dont tous les habitants étaient fort braves ; mais quo ceux de Lacédémone, qu'on appelait proprement .Spartiates, et qui montaient à peu prés à huit mille, surpassaient tous les autres en bravoure, et étaient tels que ceux qui avaient combattu avec Léonidc.
Je rev iens encore un moment ou combat des Tbermopyles , dont l'issue , funeste en apparence, pourrait laisser dans les esprits une idée peu favorable aux Lacédémoniens, et faire regarder leur courage comme l'cITet d'une témérité présonnptueu.se et d’une hardiesse désespérée.
L'action de Léonide avec scs trois cents Spartiates n’était pas un coup de désespoir, mais une conduite sage et généreuse , comme Diodorc de Sicile * a soin de le faire rcmarqaer, en relevant par un éloge magnifique la gloire de cette fameuse journée , et lui attribuant le succès de toutes les campagnes suivantes. Sachant que Xerxés marchait à la tête de toutes les forces de l'Orient pour accabler un petit pays par le nombre, il comprit, par une sopériorilé de lumière, que, si l’on faisait l'onsistcr le succès de cette guerre à opposer la for« à ta force et le nombre au nombre , jamais tous les Grecs rassemblés ne pourraient égaler les Perses ni leur disputer la victoire : qu’il était donc nécessaire d'ouvrir à la Grèce alarmée une autre voie de salut : qu'il fallait montrer à tout l’univers attentif ce que peut la grandeur d'flmc contre la force de corps, le véritable courage contre une impétuosité aveugle , l’amour de la liberté contre une oppression tyrannique , une troupe aguerrie et disciplinée contre une multitude confuse. Ces braves Lacédémoniens crurent qu'il convenait il l'élite du premier peuple de la Grèce de se dévouer à une mort certaine, pour faire sentir aux Perses ce qu'il en coûte pour réduire des
• llctoii;iib.7. rnp.!231.237.
* bioü. lib. 11, |iag. 9.
hommes libres en servitude, et pour apprendre aux Grecs à vaincre ou à périr comme eux.
Ce ne sont point ici des sentiments que je tire de mon propre fonds , et que je prête à Léonide ; ils sont renfermés dans la courte réponse que fit ce digue roi de Sparte à un Ijicédémonien , lequel , effrayé de la généreuse résolution où il le Voyait , lui dit ' : « Quoi « donc , seigneur ! est-ce que vous songez à « marcher avec une petite poignée de gens « contre une armée innombrable 1 S'il s’agit « du nombre, répliqua Léonide, la Grèce en- « liére n’y suffirait pas, puisqu’elle n'égale « qu’une petite partie de l’armée persane; « mais, s’il s’agit du courage, ma petite troupe R est plus que suffisante, a
La suite fit voir combien il pensait juste. Cél exemple de courage étonna les Perses et ranima les Grecs. La mort de ces braves soldats et de leur chef fut utilement employée, et produisit un double effet , plus grand et plus durable qu’ils ne l’avaient espéré. D’un cété, elle fut comme le premier germe des victoires suivantes, qui firent perdre aux Perses pour toujours la pensée de venir attaquer la Grèce; et, pendant les sept ou huit régnes suivants, il ne se trouva aucun prince qui osât en former le dessein, ni aucun flatteur qui osât en donner le conseil. D'un autre côté, cette hardiesse intrépide laissa une persuasion profondément gravée dans lu cœur de tous les Grecs, qu'ils pouvaient vaincre les Perses et détruire leur vaste monarchie. Cimon en fit d’abord avec succès le premier essai ; Agésilas poussa plus loin ce projet , et le porta jusqu'à faire trembler dans 'Suse le grand-roi; et Alexandre enüu l’exécuta avec une facilité incroyable ; il ne douta jamais, non plus que les Macédoniens qui le suivaient, ni que toute la Grèce, qui l’avait nommé sou chef pour cette expédition , qu’il ne pût avec trente mille hommes renverser l’empire des Perses, après que trois cents Spartiates avaient suffi pour en arrêter toutes les forces réunies.
S VI. — CoMiAT ivAVAr. PKÈf u’Autémibb.
Le jour même de l’action des Tbermopyles,
* riut. in [lag. 225.
il se donna aussi un grand combat sur mer La lloUe des Grecs, sans compter les petites galères et les barques , était composée de deux cent soiiante-onze vaisseaux. Elle s’était arrêtée A Artémisc, promontoire de l’Eubéc, sur la côte septentrionale, vers le détroit. Celle des ennemis, beaucoup plus nombreuse, était tout prés de là; mais elle venait d'essuyer une rude tempête, qui avait fait périr plus de quatre cents vaisseaux. Cependant , comme clic était encore infiniment supérieure à celle des Grecs, qu'ils se préparaient à attaquer, ils détachèrent deux cents vaisseaux , avec ordre de se tenir vers l’Eubée, afin qu’aucun des vaisseaux ennemis ne pût leur échapper. Les Grecs , en ayant eu avis, mirent à la voile de nuit, pour attaquer ce détachement à la pointe du jour. Ne l’ayant point rencontré, ils allèrent, vers le soir, attaquer le gros de la llotte ennemie : elle fut fort maltraitée. La nuit étant survenue, il fallut se séparer, et chacun se retira à son poste. Mais cette nuit même fut encore plus rude pour les Perses que le combat qui l’avait précédée, à cause d’une violente tempête, accompagnée de pluies et de tonnerres , qui les tint dans le mouvement et l’agitation jusqu’à la pointe du jour; et les deux cents vaisseaux qui avaient été détachés se brisèrent presque tous sur les côtes de l’Eubée ; les dieux , dit Hérodote, voulant que les deux flottes devinsseut à peu prés égales.
Un renfort de cinquante-trois vaisseaux étant survenu ce jour-là même aux Athéniens, et les Grecs, ayant eu avis du débris d’une partie de . la flotte ennemie , attaquèrent encore , à la Imémc heure que la veille, les vaisseaux des Ciliciens, et en coulèrent à fond un grand lombrc. Les Perses , honteux de se voir ainsi ‘insulter par un ennemi beaucoup inférieur en nombre , se mirent le lendemain les premiers en mer. Le combat fut fort opiniâtre, et le suc- «■(•s à peu près égal des deux côtés , si ce n’est que les Perses, se trouvant embarrassés par la grandeur et le nombre de leurs vaisseaux , firent une bien plus grande perle. On se relira en bon ordre de part et d’autre.
Toutes ces actions, qui se passèrent auprès d’ Artémisc , ne furent pas absolument décisi-
< UercKl.lib.S, r»p.|.)8. -Diod. lit. Il, pag. 10-11.
’ ves ' ; mais elles servirent beaucoup è aninier les Athéniens, en les convainquant, par leur propre expérience, que ni le grand nombre et les magnifiques décorations des vaisseaux, ni les cris insolents et les chants de victoire des barbares, n’ont rien de formidable pour des hommes qui savent en venir aux mains, et qui ont le courage de combattre de pied ferme; et en leur faisant voir qu’il ne faut que mépriser toute cette vaine montre, aller droit à l’ennemi, et l’attaquer vivement sans jamais lâcher prise.
Les Grecs, ayant pour lors appris ce qui s'était passé aux Thermopyles , ne délibérèrent plus sur le parti qu’ils avaient à prendre, lis ])artirent d’Artémisc, et, s’avançant vers fintéricur de la Grèce, ils s’arrêtèrent à Salaminc, petite lie tout près et vis-à-vis de l’Allique. Dans celle retraite , Thémislocle , passant par les lieux où il fallait nécessairement que les ennemis abordassent pour s’y rafraîchir et pour y faire de l’eau , grava en grosses lettres sur des pierres et des rochers ces mots, qu’il adrev sait aux Ioniens : Peuple» d’Ionie, ranj/rjrouj de notre côté ; reprenez le parti de ros pères, qui n'exposent leur vie que pour le maintien de votre liberté : ou, si cela cous est impossible, au moins faites aux Perses, dans la mêlée, le plus de mal que vous powrrc:, ft jetez le désordre dans leur armée, l’ar là* il espérait, ou attirer les Ioniens, ofi les rendre snspecLs aux barbares. On voit que Thémi.-tocle, toujours attentif à son but, ne négligeait rien de ce qui pouvait contribuer au succès de ses entreprises.
S VU. — Les Atiiémess ab.vsdossest leur vair;
LA PBLND LT LA BUt LL.
Cependant Xerxès était entré dans la Pliocidi' par le haut de la Doride, brûlant et saccageant les villes des Phocéens. Les peuples du Péloponnèse, ne songeant qu’à sauverleurpays, avaient résolu d’abandonner tout le reste , et d’assembler toutes les forces de la Grèce au dedans de l’isthme , qu’on prétendait fermer d’une grosse muraille depuis une mer jusqu'à l’autre : cet espace était de près de deux
• Plut, lu Thcmisl. i>.ig. ll.">-117. — Ilerod. lib. 8. cap. 21-31.
a llctod. Ilb. 8, cap. tO-tl.
4Ui> <9^
(ieups. Les Alhéniens, irrités d’une si Iftchc désertion, se voynienl tout prés de tomber eI^ Ire les mains des Perses, et de porter tout le poids de leur colère et de leur vengeance. Ils avaient consulté quelque temps auparavanl, l'oracle de Delplics, qui leur avait répondu que la ville ne trouverait son salut que dansdes murs de bois. Cette expression ambiguë partagea les esprits. Quelques-uns l’interprétaient de la citadelle, parce qu’autrefois elle avait été environnée de palissades de bois. Tbémislocle lui donnait un autre sens bien plus naturel , l’entendant des vaisseaux, et montrait que le teul parti qu’ils eussent à prendre était d’abandonner leur ville et de s’embarquer; mais c’est a quoi le peuple ne voulait nullementcntendre, comme ne se souciant plus de vaincre , et ne voyant aucun moyen de se sauver après avoir abandontié les temples de leurs dieux et les tombeaux de leurs ancêtres. Tbémislocle eut ici besoin de toute son adresse et de toute son éloquence pour ébranler le peuple. .Après leur avoir représenté qu’Athénes ne consistait ni dans les murs , ni dans les maisons, mais dans les citoyens, et que conserver ceux-ci , c’était sauver la ville, il chercha à les toucher par le motif qui était le plus capable de faire impression .sur eux dans l’état de malheur, d’affliction et de danger où ils se trouvaient , je veux dire parle motif de l’autorité divine, leur faisant entendre par les paroles mêmes de l’oracle , et par les prodiges qui étaient arrivés, que la volonté des dieux était i]u’ils s’éloignassent d’Athéues pour un temps.
On lit donc un décret , par lequel , pour adoucir ce qu’il y avait de dur dans la résolution d’abandonner la ville *, il était ordonné ; « qu’on mettrait Athènes (.'ii dépôt entre les « mains et sous la sauvegarde de Miiu'rvc , « patrone des Athéniens; que tous ceux qui « étaient en état de porter les armes montc- « raient sur les vaisseaux ; et que chacun « pourvoirait comme il pourrait au salut et ô « la stireté de sa femme, de ses enfants et de n scs esclaves.»
Lue démarche singulière de Cimon =*, en-
core jeune ponr lors, fut d’un grand poids dans cette occasion.
On le vit , suivi de ses camarades , et avec, un visage gai , monter le long de la rue du Céramique A la citadelle , pour y consacrer dans le temple de Minerve un mors de bride qu’il portail à la main, voulant faire entendre par cette cérémonie religieuse, mais frappante, qu’il n’était plus question de troupes de terre, et qu’il fallait se tourner du côté de la mer. Après avoir fait l’oITrande vie ce mors , il prit un des boucliers (|ui étaient appendus aux parois du temple, lit ses prières à la déesse, descendit sur le rivage, et fut le premier qui , par son exemple, inspira la conliance h la plupart des autres , et leur donna 1e courage de s’embarquer.
La plupart firent passer leurs pères et leurs mères, qui étaient Agés, avec leurs femmes et leurs enfants, dans la ville de Trézéne ', dont les habitants les reçurent avec beaucoup de générosité et d’humanité ; car ils tirent ordonner qu’ils seraient nourris aux dépens du publie , et leur assignèrent à chacun deux oboles par jour, qui valaient A peu pri's trois sous et demi de notre monnaie’; ils permirent outre cela aux enfants de prendre des fruits partout, et établirent encore un fonds pour le paiv'menl des maîtres qui les instruiraient. Il est beau de voir une ville, exposée comme celle-ci aux plus grands maux, étendre son attention et sa libéralité, au milieu de telles alarmes, jiisqu’A l’éducation des enfants d'autrui.
Quand toute la ville vint A s’embarquer , ce spectacle, le plus triste et le plus touchant qui fut jamais, tirait les larmes des yeux de tous les assistants, et excitait en même temps des sentiments d’admiration pour la fermeté et le courage de CCS hommes qui envoyaient ailleurs leurs pères et leurs mères, et qui, sans être ébranlés par leurs gémissements, ni par les tendres embrassements de leurs enfants et de leurs femmes, passaient avec tant de résolution A Salamiiic. Mais ce qui augmentait inlinimcnl la compassion, c’était un grand nombre de vieillards qu’on était forcé de laisser dans la
* lïcrud. Iis. 7. c.ip. 139 -11.').
* Tiut. in Thcnièt. pag. 117.
> Plut, in Cinv. |>ag. 181.
V C'est une petite vitle situSe sur le boni de U mer, deiu la partie du Ptilupuniièsc appelée iArffolido. s Deux oboles, c'est-à-dire 32 cenUmee. E. B.
ville à cause de leur Age et de leur faiblesse, el dont plusieurs même voulurent y rester par un motif de religion , entendant de la citadelle ce que l'oracle avait dit des murailles de bois. Il n'y eut pas (car l'iiisloire a jugé celte circonstance digne d'être ra|>portêe ) , il n’y eut pas jusqu'aux animaux domestiques qui neprissent part à ce deuil public , cl l'on ne pouvait s'empêcher d'être louché elallenilri en les voyant courir avec des liurlements après leurs maîtres qui s’embarquaient. Entre tous les autres , on remarqua le chien de Xanthippe, père de Pèriflès , qui , ne pouvant supporter de se voir abandonné de son maître , se jeta à la mer, nagea toujours près de son vaisseau , jusqu’A ce qu'il aborda presque sans force à Salamine , el mourut incontinent sur le rivage. On montrait encore dans le même lieu , du temps de Plutarque , l’endroit où l’on prétend qu’il fut enterré , el qu’on appelait la sépulture du chien.
Pendant que Xerxès' continuait sa marche, quelques transfuges d’Arcadie vinrent se rendre dans son armée. I.eur ayant demandé ce que faisaient alors les Grecs, il fut bien surpris d'apprendre qu’ils étaient occupés à regarder les jeux el les combats qui se célébraient à Olympie; cl il le fut encore plus quand on lui cul dit que la récompense du vainqueur n'étail autre qu’une couronne d'olivier. Quels hommes, s’écria par admiration l’un des seigneurs persans, qui ne sont sensibles qu’à l'honneur , el point A l’argent !
Xerxès avait fait un détachement assez considérable |H)ur aller piller le temple de Delphes où il savait qu’il y avait des richesses immenses, cl n’ayant pas intention de Irniler Apollon plus favorablement que les autres diiMix, dont il avait saccagé les temples. Si l'on en croit Hérodote cl Üiodore de Sicile, à peine ce détachement s’élait-il avancé jusqu’au temple de Minerve , surnommée la Prévoyante , que l'air s’obscurcit tout à coup, el qu’il s’éleva une furieuse tempête , accompagnée de vents impétueux , de tonnerres, d’éclairs et de foudres : cl que deux gros rochers s’élanl détachés de la montagne , écrasèrent la plupart de ces troupes.
( llerod. lib. 8. cap. '2ü.
^ Diod. lib. 11, pag. 12.
I.e reste de l’armée marcha vers la ville d'.\thénes ',que ses habitants avaient abandonnée, excepté un petit nombre de citoyens qui s’èlaient retirés dans la citadelle, où ils se défendirent jusqu’il la mort avec un courage incroyable , sans vouloir entendre à aucun accommodement. Xerxès, ayant forcé laciladelle, y mil le feu el la brûla. Il dépêcha aussitôt un courrier à Suse pour pot 1er celle agréable nouvelle à Arlabanc , son oncle ; el il lui envova en même temps un grand nombre de lableauv et de statues. Celles d’éarmodius el d’.\ristogilon, libérateurs d’Athènes, en faisaient p.irti:'. L'n Anliochus, roi de Syrie’ (je ne sais pas lequel, ni en quel temps), les renvoya auv Atliéniens, ne croyant pas leur pouvoir faire un présent plus agréable.
8 VIII. — BaTAII.I.K DK SaLAMI!«K. RkTOVR PRÉCIPni DE XKRXfeS DA?(!) I.'AMK. bt.OGE DE TllÉMIâTOCLC ET D'AniâTlDE. DÉFAITE DES ('Ar.TIIAGIXOlS EM SI- CILE.
Alors la div ision se mil dans la flotte des Grecs ’ ; et les alliés, dans un conseil de guerre qui SC tint, se trouvèrent fort partagés pourdélerminer l’endroit où se devait donner le comhal. Les uns, c'était le plus grand nombre, qui avaient pour eux Eury biade, généralissime (le la flotte, voulaient qu’on s’apprrreliAt de l’isthme de Corinthe, pour être plus prés de l'armée de terre qui gardait celle entrée sous la conduite d(! Cléombrote , frère de Léonide, el plus à portée de défendre le Péloponnèse. D’autres, cl ils avaient Thémislocle à leur tète, prétendaient que c’était trahir la patrie que d'abandonner un poste aussi avantageux que celui de Salamine : et comme celui-ci soutenait son sentiment avec beaucoup de chaleur, Eurybiade leva la canne sur lui. L’Athénien, sans s'émouvoir , Frappe , dit-il , mais écoute ; cl , continuant de parler, il montra de quelle importance il était pour la flotte des Grecs, dont les vaisseaux étaient plus légers el beaucoup moins nombreux que ceux des Perses, de donner la bataille dans un détroit comme celui de Salamine, qui mellrail l’ennemi hors d'état de
' llcroil. lib 8. cap. 5D-51.
* Pausan. Mb. 1, i\.
I » Hcrod. lib. 8, fiip. l’lut. !n Thcmisl. p»ft- II”
faire usage d’une grande partie de ses forces. Euryl)iade, qui n’avail pu voir sans surprise la niod^ralion de Tlitmi.slode, se rendil ù scs raisons, el sans doute encore, plus à la crainte qu'il eut que les Alliduieus, dont les vaisseaux faisaient plus de la moitié de la flotte , ne se séparassent des alliés, comme le,ur général l'atail laissé entrevoir.
Du cété des Perses ', on avait tenu aussi un conseil de guerre pour savoir s'il fallait hasarder un combat naval : Xerxés était venu à la llolli’ pour prendre avis de ses capitaines. Tous fureid pour donner la bataille, parce qu'ils savaient que le roi peuebait de cùté-là. 11 n’y cul que la n'ineArlémise qui s'opposa à ce dessein. Elle représeiila qu'il était daugereui d'eu venir aux mains avec des gens beaucoup plus cspérimenlés et plus habiles dans la marine que les Perses; que la perte d'une bataille sur mer serait suivie de la ruine de l'armée de lcrre; qu'en trabiant la guerre en longueur, et s'approchant du Péloponnèse, ils feraient naître, ou plutôt augmenteraient parmi les ennemis la division qui y était déjà fort grande ; que les alliés ne manqueraient pas de se séparer pour aller défendre chacun son propre pays ; el qu’alors le roi se rendrait maître sans peine, et presque sans coup férir, de toute la Grèce. Cet avis si sage ne fut point suivi, el l'on résolut de donner la bataille.
Comme Xcrxès attribuait à son absence le mauvais succès des premiers combats qu'on avait donnés sur mer, il voulut être témoin de celuH:i du haut d'une éminence où il lit placer son trône. Ce pouvait être un moyen d'animer les troupes; mais il en est un autre plus sùr el plus eflicace , je veux dire la présence même et l'exemple du prince qui prend part au péril , el qui par là se montre digne d'étre Tâme et le chef de tant de gens de cœur prêts à mourir pour lui. Quand un prince n'a pas celle sorte de fermeté qui ne s'étonne de rien , et que le péril même réveille, il peut avoir d'ailleurs de bonnes qualités, mais il n’est pas propre àcommander une armée. Dans un général, rien ne peut suppléer le courage; el plus il tâche ’ d’en montrer l’apparence quand il n’en
V llerod llb. 8, cap. 67-70,
> « Quanto raagiioccgllareac abdare pavoiem Dileban- • lur, mauirestiùs pavkli. » (Tacit. BiUor.)
a pas la réalité, plus il découvre sa peur. Il y a à la vérité une extrême dilTèrencc entre un général el un simple soldat. Xerxés ne devait s’exposer que comme il convient à un prince; comme la tête, et non comme la main ; comme celui qui doit donner les ordres, el non comme ceux qui doivent les exécuter. Mais se tenir enlièremeul écarté du danger, et se réduire à la simple fonction de spectateur,, c’est renoncer à la qualité de général.
Thèraislocle ‘ , saibant que dans la flotte grecque ou songeait eucoreà aller vers rislbrne, fil donner avis sous main à Xerxés que, les alliés grecs rtant réunis dans le même lieu, il lui serait facile de les vaincre et de les accabler tous ensemble ; au lieu que, s'ils se séparaient, comme ils étaient près de le faire, il manquerait pour toujours une occasion si favorable. Le roi le crut, et, par son ordre, un grand nombre de vaisseaux euvironnèrent de nuit Salamine, pour Oter aux Grecs tout moyeu de sortir de ce poste.
Personne ne s’aperçut que l'armée fût ainsi enveloppée *. Aristide vint la nuit même d’Egine , où il commandait quelques troupes , el traversa avec un très-grand danger toute la flotte des ennemis. Quand il fut arrivé à la lente de 'Tbéinistocb*, il le tira à part , et lui parla ainsi : « Thémislocle , si nous sommes « sages, nous renoncerons désormais à celle « vaine el puérile dissension qui nous a divi- « sés jusqu’ici ; et , par une plus noble el plus « salutaire émulation , nous comballrnus à « l’envi à qid servira mieux la patrie : vous , « en commandant el en faisant le devoir d'un « bon el sage capitaine ; et moi , en vous « obéissant et en vous aidant de ma personne « cl de mes conseils.» Il lui donna ensuite avis que l’armée était enveloppée par les vaisseaux dcsl’erses.etrexborlaforlànc pnijildiffèrerdo donner le combat, rhémistocle, étonné jusqu’à l'excès d’une telle grandeur d'àme el d'une si noble franchise , eut quelque honte de s’étre laissé vaincre par son rival; et, ne rougissant point d’en faire l'aveu, promit bien d’imiter sa générosité, et même, s'il le pouvait, de la surpasser par tout le reste de sa conduite. Puis , après lui avoir fait conQdcnce de la ruse
* llerod. lib. 8, cap. 71-78.
» Plul. in .Xrisl. p#g. 323. — i*— ea us g, cap. 78-82.
qu'il avait imaginée pour tromper le barbare , il le pi'ia d'aller trouver Kurybiade , pour lui représenter qu'il n'y avait d'autre salut pour eux que de combalire par mer à Salamiiie; ce qu'il lit avec joie et avec surcés, car il avait beaucoup decrédit sur l'esprit dore général.
On se prépara donc de part et d'autre au combat *. I,a Hotte des Grecs était composée de trois cent quatre-vingts voiles. Elle suivait en tout l'impression et les ordres de Tliémistocle. Comme rien n'échappait é sa prévoyance, et qu'en habile capitaine il savait profiter de tout , il attendit , pour engager l'action, qu'un veut qui se levait tous les jours régulièrement à une certaine heure , et qui était tout à fait contraire aux ennemis, commençât à souffler. Alors on donna le signal. Les Perses , qui savaientque le roiavait les yeux attentifs sureux, s’avancèrent avec une impétuosité et un courage capables de répandre partout la terreur ; mais ce premier feu se ralentit bientôt quand on fut dans la inélée. Tout leur était contraire: le vent, qui leur donnait directemoat dans le visage ; la hauteur et la pesanteur de leurs vaisseaux qui se remuaient difflcilement; le grand nombre d ' ces vaisseaux , qui , loin de leur être utile, ne servait qu’à les embarrasser dans un lieu étroit et serré : au lieu que , du côté des Grecs, tout se faisait avec ordre et mesure , sans trouble et sans confusion, parce que tout obéissait à un seul ordre. I.cs Ioniens, que Thémistoclc avait avertis par des caractères gravés sur des pierres le long des côtes de f Eubée de se souvenir d'où ils liraient leur origine, furent les premiers qui prirent la fuite , et ils furent bientôt suivis du reste de In flotte, Artémise se signala par des efforts incroyables de hardiesse , en sorte que Xerxés, la voyant ainsi combattre, s’écria que *, dans celte bataille, les hommes avaient paru des femmes, et que les femmes avaient montré un courage d'hommes. Les Athéniens, indignés de ce qu'une femme avait osé venir porter les armes contre eux, avaient promis dix mille
* Hero)!. l!b. 8. cap. 8i-90.
* Ot uiv êlvop’ç ys’/ôvavt uoh/’jveiîxîç^ ai Si yjv«ravoptç,
« Artemii^ia inter primos dures bellum ocerrime rirhat.
Quipiie. ulin tiro inulicbrem timorem. Ha in muliorc « virilem audadam cerncrc?. » ( Hb. 2, cap. 12.)
dragmes de récompense ' à quiconque la pourrait prendre en vie ; mais elle échappa à leur poursuite. S’ils l'eussent prise, elleii’auraitmérilé que d’être comblée de louanges et d'honneurs.
La manière dont celle reine s<* sauva’ ne doit pas être omise®. Se voyant vivement poursuivie par un vaisseau athénien , auquel il ne paraissait pas qu’elle pût échapper, elle arbora le pavillon grec , et attaqua un vaisseau des Perses monté par Uaraasithymus, roi de Calynde *, avec qui elle avait eu une querelle, et le coula à fond : ce qui fil croire à ceux qui la poursuivaient que son vaisseau était du parti des Grecs , et ils ne songèrent plus à I nllaquer.
Tel fut le succès de In bataille d(> Salamine, l'une des plus mémorables dont il soit i«irlé dans l’histoire ancienne, et qui a rendu à jamais célèbre le nom et le courage des Grecs. Il y c t beaucoup de navires des Perses de pris , un plus grand nombre encore qui furent coulés à fond. Plusieurs des alliés, qui ne craignaient pas moins la cruauté du roi que l'ennemi , se retirèrent dans leur pays.
Thémistocle ’, dans un entretien secret qn’il cul avec Aristide, mil en délibération, pour le sonder et pour connaître ses véritables sculiments, s'il ne serait pas utile d’envoyer des vaisseaux pour rompre le pont que Xmt's avait fait bâtir, afin , disait-il, de prendre l’Asie dans l'Europe : il pensait tout le contraire. Aristide lui fil de vives remontrances sur un tel projet , et lui exposa combien il était dangereux de réduire au désespoir un ennemi si
• Cinq mille livres.— 'is mliie drachmes font 9.V80rr.
a 11 parait qu'Arlémise ne se piquait p,as moins de rare que de courage, et en même tem|is qu'elle n'avait pas bcaacoup de dCIicQlcsse sur le choix des ruses qu'elle emplovait. On dit que voulant se rendre maîtresse de Latmus, pelile ville de Carie qui était à sa bienséance, elle mit ses trouprs en embuscade, et que, sous prétexte de célébrer la fétr de la mère des dieux ilaiis le bois qui lui étall consacré aupiis de la ville, elle s'j rendit avec un grand équi|>age d’ennuqurs , de a-mmes, de lrom[)Ctles et de tambours. I.et baiètanls accoururent pour voir cette cérémonie religieuse; et pendant ce temps les troupes d'Artémise s'emparèrent de Latmus. ( Polvæv. strateg. lib. 8, cap. ü3.)
a llerod. lib, 8, cap. 87 et 88. — Poipen. lib. 8, cap. M
* Ville de Lycie.
s llerod. Mb'. 8. cap. 97-110.
puissant, dont on ne pouvait être trop tôt dëlivrë. Thëmistocle parut céder à ses raisons; et, pour hâter le départ du roi, il le lit avertir sf'crélcnient que les Grecs songeaient à faire rompre le pont. Il paraît que le but de Thémislode, dans celle fausse confidence, était de s'autoriser du sentiment d’Aristide , qui était d’un grand poids , contre celui des autres généraux, s'ils songeaient à aller rompre le pont. Peut-être aussi cherchait-il à se mettre à couvert de la mauvaise volonté de ses ennemis , qui pourraient un jour l’accuser de trahison devant le peuple, s'ils venaient jamais à savoir qu’il eût fait donner cet avis secret à Xerxès.
Ce prince , effrayé d’une telle nouvelle , ne perdit point de temps, et partit de nuit, ayant laissé Mardonius avec une armée de trois cent raille hommes , pour réduire la Grèce , s’il le pouvait. Les Grecs, qui s’attendaient que Xervès donnera it le lendemain un nouveau combat , ayant appris sa fuite , le poursuivirent , mais inutilement. Ils avaient détruit deux cents vaisseaux ennemis , sans compter ceux qu’ils prirent '. Le resU; de la flotte persane , après avoir été fort maltraité en chemin par les veiiL«, se retira vers la côte d’Asie, où elle entra dans le port de Cume, ville d’Éolie, et y passa l’hiver, sans oser depuis revenir en Grèce.
Xerxès emmena avec lui le reste de son armée, et prit le chemin de l’IIellespont. Comme il n’y avait point de vivres préparés, elle souffrit infiniment pendant toute la marche, qui fut de quarante-cinq jours. Après avoir consumé tous les fruits qui se rencontrèrent, les soldats furent obligés de se nourrir d'herbes, et même de feuilles et d’écorces d'arbres. La maladie se mil dans l’armée. dyssenlerie et la peste en firent périr une grande partie Leroi, impatient de se sauver, avait pris les devants avec peu de monde afin d’arriver plus promptement ; mais il trouva le pont rompu par une rude tempête qui s’élail élevée, et fut obligé de passer le trajet dans une barque de pécheur. C'était. un spectacle * bien propre
» nernd, !ih. 8. cap. ii:>. 120. 130,
• « Eral res spectnculo <ligna , et æslimalione sortis huo manæ, reruiu varicinte tniraiida , in exigiio Inlontcm vin (Icre navigio, quein paulo aniè vlx æquor omne rapiebal ; O rarentem clianiomDi servorurn mini.stcrio, cnjusexerci- " ms. propter maltitudinem, terris graves eraiit. ( Justin. lib. 2, cap. 13.)
à faire connaître rinstabilité des choses humaines, que de voir dans une petite barque, presque sans suite et sans équipage, un prince aux armées et aux vai.s.seaux duquel, peu de temps auparavant, à peine la terre et la mer avaient pu suffire. Tel fut le succès de l’expédition de Xerxès contre la Grèce. >
En rapprochant Xerxès de lui-méme en deux différents temps, on a peine à le reconnaître. Quand il s'agissait de délibérer, rien de plusi courageux ni de plus intrépide que ce prince : il est .surpris et même indigné qu’on envisage dans l’avenir aucune diflicullé, et qu’on témoigne aucune alarme. Mais lorsque l’heure de l’exécution et du péril est venue, il fuit lâchement , et ne songe qu'à mettre sa vie en sûreté. On voit ici sensiblement la différence qu’il y a entre le véritable courage, qui n'est jamais sans prudence, et la témérité, qui est toujours aveugle et présomptueuse. Un prince habile et sage pèse tout, examine lout avant que de s’engager dans une guerre * qu’il ne craint pas, mais qu’il ne souhaite pas aussi; et, dans le temps de l’action, la vue du danger ne sert qu’à l’animer. La présomption change cet ordre *. Comme elle a mis la bravoure et la hardiesse où devaient être la sagesse cl la circonspection, elle place l’épouvante et le désespoir où devraient être le courage et l’intrépidité.
Le premier soin des Grecs'’, après la bataille de Salaminc, fut d'envoyer à Delphes les prémices du riche butin qu’ils avaient fait. Cimon, encore tout jeune, se signala particulièrement dans celle journée, et y fil des actions d’une valeur distinguée, qui lui ullirérenl une grande réputation, et le firent regarder dés lors comme un citoyen capable de rendre un jour d’imporlanb services à sa patrie.
Mais Thémistocle * eut presque lout l’honneur de celte victoire, la plus signalée que les Grecs aient jamais remportée contre les Perses. La vérité força ceux qui étaient les plus jaloux de sa gloire, à lui rendre ce témoignage. C’é-
* « Non times boll.i, non provocas.» < Plin. de Traj. )
« Fortissiinus in ipso disrrimine, qui anic üiscrimeo
a quicU&simus. »tTACiT. Hitt. lib. 1, cap. K|. )
> « Ante discrimen Teroccs , in pcriculo pavidi. » ( Ibid, cap. 68. )
> Hcrod. Hb. 8, c.ip. 12^125. — Plut in Cim. pag, i8l.
* Id. inTbemIst. pag. 120.
tait une coutume dans la Grfee qu’après un combat les capitaines dWarassent ceux qui s'y étaient le plus dislinsnés, en marquant sur un billet le nom de celui qui avait mérité le premier prix, et le nom de celui qui avait mérité le second. Ici, par un jugement qui marque la bonne opinion qu’il est naturel d'avoir de soiméme, chacun s’adjugea le premier rang, cl accorda le second à Tliémistocle ; ce qui était le mettre réellement au-dessus de tous les autres.
Les Lacédémoniens, l’ayant mené à Sparte pour lui rendre les honneurs qui lui étaient dus, décernèrent i leur général Eurybiade le prix de la valeur, et A Thémistoclc celui de la sagesse, qui fut une couronne d’olivier pour l’un et pour l’autre. Ils firent aussi présent à Tliémistocle du plus beau char qui fiU dans la ville; et, à son départ, ils le firent accompagner par trois cents jeunes hommes des plus considérables de la ville jusqu’aux frontières du pays ; honneur que jusque-là ils n’avaient encore rendu à personne.
Mais ce qui lui causa un plaisir encore plus sensible , furent les acclamations publiques qu’il reçut aux premiers jeux olympiques qui se célébrèrent après la bataille de Salamine, où toute la Grèce était assemblée. Dés qu’il parut, tout le monde se leva pour lui faire honneur. Personne n’était attentif aux jeux ni aux combats ; Thémistocle seul faisait le spectacle. Tous les yeux étaient tournés vers lui, et chacun s’empressait de le montrer de la main aux étrangers qui ne le connaissaient pas. Il avoua depuis à ses amis qu’il regardait ce jour comme le plus beau de sa vie; que jamais il n’avait ressenti une joie si douce ni si vive, et que celte récompense, juste fruit de ses travaux, passait tous ses désirs.
On a sans doute remarqué dans Thémistoclc deux ou trois traits principaux, qui doivent lui donner rang parmi les plus grands hommes. Le dessein qu’il forma, et qu’il exécuta, de tourner toutes les forces d’Athènes du cOté de la mer, marquait en lui un génie supérieur, capable des plus grandes vues, pénétrant dans l’avenir, et saisissant dans les affaires le point décisif. Il comprit qu’ Athènes, ne possédant qu’un territoire stérile cl peu étendu, n’avait que ce seul moyen pour s’enrichir et s’agran-
dir. On peut regarder ce projet comme la source et la cause de tous les grands événo ments qui rendirent dans la suite la république d’Athènes si florissante.
Mais je mets encore infiniment au-dessus de celte sage prévoyance la rare modération qu’il fil paraître en deux occasions décisives, où c’en était fait de la Grèce s’il eût écoulé les conseils d’une ambition mal entendue, et qu'il se fût piqué d’un faux point d’honneur, comme il est si ordinaire aux personnes de sa profession et de son âge. La première est lorsque, malgré l’injustice criante qu’on commettait i l’égard de sa république et de sa propre personne en nommant pour généralissime de la flotte un I.acédémonicn, il porta les Athéniens à SC désister de leur prétention, quelque juste qu’elle fût, pour prévenir les funestes effets que la division entre les alliés n’aurait pas manqué d’avoir. Et combien est admirable sa présence d’esprit et son sang-froid, lorsque ce même Eurybiade, avec un geste menaçant cl des p» rôles piquantes, leva la canne sur lui ! Qu'm) se souvienne que Thémistocle n’était pas alors fort âgé; qu’il était plein d’ardeur pour la gloire ; qu’il commandait une flotte nombreuse; qu’il avait pour lui la raison. Que feraient nos jeunes officiers dans une pareille conjoncture? Celui-ci souffrit, et la victoire de Salamine fut le frnit de sa patience.
J’aurai lieu dans la suite de parler avec plus d’étendue du mérite d’Aristide. C’était, à proprement parler, l’homme de la république. Pourvu qu’elle fût bien servie, il lui imporlail peu par qui elle le fût. Le mérite des autres, loin de le blesser, devenait le sien propre par l’approbation qu'il lui donnait. Nous l’avons vu traverser la flotte ennemie, non sans risque de sa vie , pour aller donner un avis salutaire à Thémistocle; cl Plutarque obsene que', pendant tout le temps du commandement de ce dernier, Aristide faida en toute occa.skmde ses conseils et de son crédit, quoiqu’il pût le regarder comme son rival, et même comme son ennemi. Qu’on compare celle noblesse et cette grandeur d’âme avec la petitesse d’esprit
* nâ’vra ffwtTrpaTTî x«î o’vv£Ço*j)£Wîv,
«jri currioiu xotvÀ froeûv riv «ÿ'&tarov, ( In vit. pag. 323. )
PI la bassesse de cœur de ces himimes poinlilleux, dflicals, cl jaloux sur ce qui regarde le commandement; incompatibles avec leurs collègues; uniquement allentirs à s’attirer la gloire de tout; toujours prPIs à sacrifier les inlPrPIs publics i leurs inlPrPts particuliers, et i laisser faire des fautes h leurs rivaux pour en tirer avantage.
Le jour inPme de l'action des Thermopyles ' , la formidable armt'c des Carthaginois , cnmiiosfc de trois cent mille hommes, avait PIP enliPremenl dPfaile par GPlon, tyran de Syracuse. HProdole place ce combat au jour que se donna celui de Salamine. J'en ai marquP les circonstances dans l'histoire des Carthaginois.
Aprps la bataille de Salamine*, les Grecs Plant revenus de la poursuite des Perses, ïliPmistocle parcourut les Iles qui avaient suivi leur parti , pour y faire des exactions et pour en tirer de l’argent. 11 commença par celle d'.tndros, et demanda une somme considPrable à ses habitants, leur ayant dit : Je viens à cous accompagné de deux puissantes divinités, la Persuasion et la Force. Ils répondirent : Nous avon s aussi de notre côté deux autres (livinite's , t/iti ne sont pas moins puissantes que les vôtres, et qui ne nous permettent pas de donner Forgent que t'oiis nous demandez, la Pauvreté et l'Impuissance. Sur ce refus, il fd mine de les assiéger, et les menaça de ruiner entièrement leur ville. Il traita de la même sorte plusieurs autres tics, qui n’osPrenl pas lui résister comme Andrns, et il en tira de grosses sommas à l’insu des autres capitaines; car il passait pour aimer l’argent et vouloir s’enrichir.
g IX. — Bataille de Platée.
Mardonius, qui était resté eu Grèce avec un corps d’armée de trois cent mille hommes, fil passer l’hiver à ses troupes dans la Thessalie ; et le printemps suivant |l les mena dans la Béolie *. Il y avait dans le pays un oracle fort c6-
■ Ilerod. lib. 7, cap. iC.'>-i(77.-Dio<l. lib. 11. pag.l(>-g2.
* Uerod. Hb.8. cap. 111-112. — Plul. inThcmisl. pag.
* An. M. :Ci25;av. J. C. 179. — Ileroil. lib. 8. cap. 113- 131-13C, cl nivni. - nul. In AiUt. |>ag. 32i. - Dioil. Ub. il, |>ag. ±2e23.
lèbre, c’était celui de Lébadie, qu’il crut devoir consulter pour savoir quel serait le succès de la guerre. Le. prêtre , dans l’enthousiasme dont il fut saisi , répondit en une langue que personne des assistants n’entendait '. comme pour insinuer que l’oracle ne daignait pas s’expliquer à un barbare. Il envoya dans le même temps Alexandre, roi de Macédoine, avec idusieurs seigneurs persans è Athènes, et fil faire à ses habitants, de la part de son maître, des offres très-avantageuses pour le détacher du reste des alliés. Il leur promettait de rétablir entièrement leur ville qni avait été brûlée, de leur fournir de grandes sommes d’argent, de leur permettre de vivre selon leurs lois, cl de leur donner le commandement sur toute la Grèce. Alexandre les exhorta en son nom , et comme leur ancien ami, à profiter d’une occasion si favorable de rétablir leurs affairt's, leur marquant qu’ils étaient hors d’étal de tenir tète à une puissance aussi formidable que celle des Perses, et qui était infiniment supérieure il celle des Grecs. Les Lacédémoniens , sur le premier bniil de celte ambassade, avaient aussi de leur côté envoyé des députés il Athènes pour en détourner l’effet. Ils assistaient à l’audience. Après qu’Alexandre se fût lu, ils prirent la parole en s’adressant aux Athéniens, les exhortèrent fortement il ne pas abandonner l'inlérét commun de la Grèce, et il ne se point séparer du corps des alliés, leur représentant que l’union, dans la conjoncture où se trouvait la Grèce , faisait toute leur force , et les rendrait invincibles. Ils ajoutèrent que la république de Sparte était fort sensible à la triste situation des Athéniens, qui étaient sans maisons et sans retraite, et dont les moissons avaient été minées deux années consécutives; qu’elle s’oIIVail il nourrir et à entretenir pendant tout le temps de la guerre leurs femmes, leurs enfants, leurs vieillards, et à pourvoir abondamment i tous leurs besoins. Ils finirent par ce qui regardait Alexandre , dont ils dirent que le discours avait été tel qu’on devait l’attendre d'un tyran qui parlait eu faveur d'un tyran; mais qu’il semblait avoir oublié que le peuple auquel il s’adressait s’était montré en toute occasion le plus zélé défenseur de la liberté commune.
' Plul. de Oral, defor. pau. 112
Aristide était pour lors en charge , c’est-àdire le premier des archontes. 11 répondit qu’il pardonnait aux barbares, qui n’estimaient que l’or et l’argent, d’avoir espéré de pouvoir corrompre leur fidélité par de magnifiques promesses; mais qu’il ne pouvait voir sans surprise et sans quelque sorte d’indignation que (les r.acédéinoniens , n'envisageant que la pauvreté et la misère présente des Athéniens , et oubliant leur courage et leur grandeur d’ûme , vinssent les exhorter à combattre généreusement pour le salut commun de la Grece , par la vue de quelques récompenses et de quelques nourritures qu’ils leur ofl'raicnl : qu’ils déclarassent à leur république que tout l’or du monde n’était pas capable de tenter les AUiéniens , ni de leur faire abandonner la défense de la liberté commune ; qu’ils étaient sensibles, <ômmc ils le devaient, aux oflres obligeantes de Lacédémone , mais qu’ils feraient en sorte de n’étre à charge à aucun de leurs alliés. Puis se tournant vers les députés de Mardonins , et leur montrant de .sa main le soleil : « Sachez , leur dit-il , que, tant que cet astre « continuera sa course, les Athéniens seront « mortels ennemis des Perses, et qu’ils ne « cesseront de venger sur eux le ravage de « leurs terres , et f incendie de leurs mai.sons « et de leurs temples. » H pria le roi de Macédoine, s’il voulait être véritablement leur ami, de ne plus se rendre auprès d’eux le porteur de telles paroles, qui ne pouvaient que le déshonorer sans produire aucun fruit.
' Aristide ne se contenta pas d’une déclaration si forte et si précise. Pour inspirer encore plus d’horreur de semblables propositions, et pour interdire à jamais tout commerce avec les barbares |>ar un motif de religion, il ordonna que les prêtres maudissent et chargeassent d’anathémes quiconque oserait proposer de faire alliance avec les Perses ou d’abandonner celle des Grecs.
Quand Mardonius eut appris *, par la réponse des Athéniens, que nul prix, nul avantage ne pouvait les porter à vendre leur liberté il marcha avec toute son armée vers
‘ PoslPaquàm nullo pretio Ilbcrtalcm his videt venalem, Hc. ( JusT. lib. 2, cap. 14. )
• Herod. Hb. 9, cap. 1-13. — Plut, in Arisl. pag. 321.— Diud. lili. 11, pag. 23.
l’Attique , détruisant tout ce qu’il rencontrait dans son chemin. Les Athéniens, n’étant pas en état de résister à ce torrent, s’étaient retirés à Salomine , et avaient une st^conde fois abandonné leur ville. Mardonius, ne perdant pas encore toute espérance d’accommodement avec eux, leur envoya un député pour leur faire les mêmes propositions qu’aupuruvaiil, Un Athénien, nommé Lycidas , étant d’avis qu’on l’écoutât, fut lapidé sur-le-champ ; et les femmes athéniennes coururent en même temps à sa maison , et lapidèrent aussi sa femme et ses enfants : tant la paix avec les barbares paraissait un crime d^estable. Ün respecta néanmoins dans le député le caractère dont il ôtait revêtu , et on le renvoya sans lui faire aucun mauvais traitement. Mardonius connut alors qu’il n’y avait point de paix à attendre. 11 entra dans Athènes, brûla et démolit tout ce qui avait échappé au saccagenient de l’année précédente.
Pausanias ' nous apprend que dans la suite on laissa exprès quelques temples dans l’étal où les Perses les avaient rnis, sans les rétablir, afin que ces ruines sacrées fussent des motifs toujours subsistants de la haine irréconciliable qui devait être entre les Grecs et les barbares.
Les Lacédémoniens , au lieu de conduire leurs troupes dans l’Altiquc, comme ils s’y étaient engagés, songeaient à se renfermer dans le Péloponnèse pour s’y défendre; et, dans celle vue, avaient commencé à élever un mur sur l’isthme pour en fermer feutrée à feiinemi , et par là ils comptaient qu’ils seraient en sûreté , et n’auraient plus besoin des Athéniens. Ceux-ci députèrent à Sparte pour se plaindre de la lenteur et de la négligence de leurs alliés. Les éphores ne parurent pas fort' touchés de leurs remontrances ; et comme ce jour était 1a fôlecl’Ilyacinlhe *, ils le passèrent en festins et en rejouissances , remettant leur réponse au lendemain ; et traînant faffaia* eu
* Diod. Ilb. iO, png. 679.
* Chez les Lacédémoniens, la Télé d'IIyacinlhe durail trois jours. Le premier cl le dernier étaient des jours de tristesse et de deuil pour la mort d'Ilyacintbe; mais le second était un jour de réjouissance : il y avait des festins, des jeux, des sirectac les, cl toutes sortes de dlvcrlisscnicnts. Celle fête se célébrait toutes les années au mois d’aoùt , en l'honneur d’Apoüoii cl d’Hyacinthe.
longueur sous diflifrouU pr^lexles , ils gagniS- j renl dix jours , pcndanl lesquels In muraille fui achevée. Us èlaicnt près de renvoyer lion- (cusemcnl les dèpulès, lorsqu’un parlieulier leur ayani rcprèsenlé quelle indignilè il y aulail 4 Irailer ainsi les Athéniens après toules les perles volontaires qu’ils avaient soulTerlcs si généreusement pour la défense eommunc de la liberté, et tous lés services importants qu’ils avaK’nt rendus à la Grèce , ils ouvrirent les veux, et eurent honte d’une si noire perfidie. Ij nuit même qui suivit , ils firent partir b l’insu des Athéniens cinq mille Spartiates, qui avaient avec eux chacun sept ilotes. Le lendemain matin, les députés, renouvelant leurs plaintes avec beaucoup de vivacité , furent trèssorpris d’apprendre que le secours était en chemin cl s’approchait de l’Atliquc.
Mardonius l’avait quittée pour reprendre le chemin de la Béotie '. Il crut que, ce pays étant ouver t et uni , il lui convenait mieux d’y combattre que dans l’Attique, pays rude et raboteux, plein de hauteurs et de défilés , qui , par cette raison , ne pourrait lui fournir de terrain propre h ranger en bataille sa nombreuse armée , ni donner lieu d’ngir b sa cavalerie. Il campa b son retour sur la rivière d’Asopc. I.es Grecs l’y suivirent sous le commandement de Pausanias, roi de I.acédémonc, et d’Aristide, général des Athéniens. 1/armée des Perses était, selon Hérodote, de trois cent mille hommes; ou, selon Diodore, de cinq cent mille. Celle des Grecs n’était que de soixantesix mille hommes. Il n’y avait que cinq mille Spartiates : mais ils étaient accompagnés de trente-cinq mille ilotes, sept pour chaque Spartiate; ces derniers étaient des troupes armées b la légère : les Athéniens n’étaient qu'au nombre de huit mille. Tout le reste était des alliés. Les Spartiates commandaient l’aile droite, et les Athéniens la gauche; honneur que les Tégéates leur disputèrent, mais inutilement.
Pendant que la Grèce* était en suspens dans l’attente d’une bataille i|ui allait décider de son sort , un complot secret , formé au milieu du camp des Athéniens par ((uelques citoyens mécontents, qui songeaient b ruiner le gou-
< lirrod. Ilb. a, cap. IS-Tfi. — Plut. In Arlsl. pag. 32â- Sm. - DIml. Ilb. 11. paS!.2t-‘2B.
• Plut. iôld. pag. 320.
vemement populaire ou b livrer la Grèce aux Perses , jeta Aristide dans un grand embarras. Il eut besoin ici de toute sa prudence. Ne sachant pas au juste le nombre de ceux qui pr>uvaicnl avoir trempé dans cette conjuration , il se contenta d’en faire arrêter huit , et de ces huit , les deux seuls contre lesquels il fit faire des informations , parce qu’ils étaient les plus chargf*s , se sauvèrent ilu camp pendant qu’on faisait leur procès , Aristide sans doute favorisant leur fuite, de peur d’étre obligé de les faire punir, et que leur punition ne causbt quelque émeute. Pour les autres , il les relAcha , leur laissant penser qu’on n’avait rien trouvé contre eux, et il leur dit que la bataille serait le tribunal où ils pourraient se justifier pleinement, et montrer qu’ils étaient bien éloignés d’avoir songé b trahir leur patrie. Otte sage dissimulation, qui donnait lieu au repentir, et qui évitait de pousser au désespoir les coupables , apaisa tout le mouvement.
Mardonius, pour tbter les Grecs, envoya sa cavalerie escarmoucher contre eux , en quoi il était te plus fort. Les Mégariens, qui étaient campés dans la plaine, en soulTrirent beaucoup; et quelque vigoureuse résistance qu’ils lussent, ils étaient près de plier, lorsqu’un détachement de trois cents Athéniens , avec, quelques gens de trait , s’avança pour les soutenir. Masistius , général de la cav’alerie des Perses , l’un des plus considérables seigneurs de la nation , les voyant venir b lui en bon ordre, tourna bride et poussa contre eux. Les Athéniens l’attendirent de pied ferme. Il y eut Ib un choc fort rude, les deux partis cherchant également b montrer par le succès de ce combat quel serait celui de la balaillc générale. Iji victoire fut longtemps disputée : mais enfin le cheval de Masistius , ayant été bless»’;, jeta son maître par terre, qui fut tué sur-lechamp ; et aussitôt les Perses prirent la fuite. Quand on eut appris sa mort chez les barbares, la douleur fut extrême. Us se coupèrent les cheveux, coupèrent les crins de leurs chevaux et de leurs mulets , et remplirent tout le camp de cris et de gémissements, comme ayant perdu le plus brave homme do leur armée.
Après ce combat contre la cavalerie des Perses, les deux armées furent longtemps sans eu venir aux mains , parce que les devins, sur
riiispetUoii lies ciilrailles des liclimcs, leur prt'disaiciil ^’golemeiil aux uns el aux autres la xieloirc , s'ils ne faisaient que se défendre, au lieu qu'ils les menaçaient également d'une défaite enliére , s'ils altaquaicnl.
Ils passiTont ainsi dix jours à se regarder. Mardonius , qui était d'un earactére vif et liouitlani, siian'iail avec peine un si long délai. D'ailleurs il ne lui restait plus de vivres que pour peu de jours , el les Grecs se fortiriaient de plus en plus par de nouvelles troupes qui leur arrivaient journellemeul. Il assembla donc son eonseil pour délibérer si l'on donnerait la bataille. Artabaze, seigneur d'un rare mérite el d'une grande expérience, était d'avis qu'on ne hasardiH point de bataille, mais qu'on se rclirtU sous les murs de Tliébes, où l'on aurait soin d'amasser des vivres el des fourrages. Il représentait que le seul délai était capable de ralentir beaucoup l'ardeur des alliés; qu'on Iravaillcrail à en délaehcr plusieurs par l'or et l'argent qu'on répandrait parmi les chefs , et parmi ceux qui avaient le plus de crédit dans chaque ville ; et que, par ce moyen, ils pourraient plus facilement el plus sùremetu se rendre maîtres de la Grèce. Cet avis était fort sage; mais l'avis contraire l'emporta, parce que c'était celui de Mardonius, que personne n'osait contredire. Il fut résolu qu'on donnerait la bataille le lendemain. Alexandre, roi de Macédoine , qui était dans le cœur pour les Grecs , s'approcha secrètement de leur camp vers minuit, et instruisit Aristide de tout ce qui s'élail passé.
Aussitôt l’ausanias donna ordre aux ofllciers de se préparer nu combat, et il communiqua à Aristide le dessein qu'il avait formé de changer son ordre de bataille, en faisant passer les Athéniens de l'aile gauche à l'aile droite pour les opposer aux l’erses, contre lesquels ils étaient accoutumés à combattre. Soit prudence, soit timidité qui lui eût fait proposer ce parti , les Athéniens l'acceptèrent avec joie. On n'ciitcndait parmi eux que des exhortations qu'ils se faisaient les uns aux autres de se montrer gens de cœur ; que ni eux , ni leurs ennemis, n'étaient point changés depuis la bataille de Marathon , si ce n’est que la victoire avait augmenté le courage des Athéniens, et abattu celui des Perses. Nous ne combattons pas ,
comme eux, disaient-ils. pour uu pays et pou, une ville seulement , mais pour les trophées érigés à Marathon el h Salaminc, afin qu'ils ne paraissent pas l’ouvrage de Miltiade el de la fortune , mais l'ouvrage des Athéniens. En parlant ainsi ils allaient galment changer de poste. Mais Mardonius, sur l'avis qu’il en eut. ayant pareilleraenl cliangë son ordre de b>laille , on remit les choses de part el d'autre dans leur premier étal. Ainsi tout ce jourlàse passa sans rien faire.
Le soir on tint un conseil parmi les Grecs, où il fut résolu qu’on décamperait, el que l’on irait chercher un lieu commode pour les eani. La nuit étant venue, el les capitaines commençant à s’avancer ù lo tête de leurs corps vers le camp qu’on avait marqué, il y eut beaucoup de confusion parmi les troupes, dont les unes allaient d’un côté , et les autres d'un autre, sans garder d'ordre dans leur marche. On s'arrêta près de la petite ville de Platée.
Au premier bruit du départ des Grecs, Mardonius mil toute son armée en bataille, el s'avança contre l'ennemi avec de grands cris et d'horribles hurlements des barbares, qui pensaient marcher bien moins pour combattre que pour dépouiller des fuyards; et leur général, se tenant sùr de la victoire, insultait néremenl i la timide et lâche prudence d’ Artabaze, el à la fausse idée qu’il avait conçue des Lacédémoniens, que l'on prétendait ne prendre jamais la fuite devant l'ennemi; et cependant ou voyait ici le contraire. 11 sentit bientôt que celle idée n'ëlait pas fausse. Il tomba sur les Lacédémoniens, qui étaient seuls et séparés du corps de l'armée, au nombre de cinquante mille hommes , avec trois mille Tégéates. Le choc fut des plus rudes: de part et d'autre on montra un courage de lions , el les barbares connurent qu'ils avaient affaire b des snIdaU déterminés b vaincre ou b mourir. Les Athéniens, vers qui Pausanios avait dépéclié nn oITicier, s’étaient mis en marche pour l’aller secourir; mais les Grecs qui tenaient le parti des Perses, au nombre de cinquante mille hommes, vinrent b leur rencontre, et les empêchèrent de passer outre. Aristide avec » petite troupe soutint de pied ferme leur attaque , cl leur fit voir que le grand nombre ne peut rien contre le courage cl la bravoure.
45JÎ
Lu bataille étant ainsi parta$;ée en deux endroits, les Ijirédémoniens furent les premiers qui rompirent les Perses , et les mirent en déroule. Mardonius leur ehef étant tombé mort d'une blessure qu'il reçut, toute l'armée prit la fuite , cl les Grecs qui combattaient contre .Aristide en firent autant , dés qu'ils eurent appris la défaite des barbares. Ceux-ei s’étaient réfugiés dans leur premier camp, et s’y étaient enfermés d’une enceinte de bois. Les Ijicédémoniens les y avaient poursuivis , et ils attaquaient le relranehemcnt, mais avec faibles.se et nonchalance , comme des gens peu accoutumés à faire des sièges et à forcer des murailles. Les Athéniens, qui en eurent avis, cessant de poursuivre les Grecs, marchèrent vers le camp, remjmrtérent après plusieurs assauts , et firent un grand carnage.
Arlabazc , qui avait prévu ce malheur sur la mauvaise manœuvre qu'il voyait faire à Mardoniu.s, après avoir donné dans le combat toutes les marques possibles de courage et d'intrépidité , se sauva de bonne heure avec quarante mille hommes qu’il commandait, et prévenant par sa prompte marche le bruit de sa défaite , arriva en sAreté à Byzance , et passa de lé en Asie : de tout le reste de l'armée il n'y en eut pas quatre mille qui échappèrent au carnage de celle journée: tous furent tués et taillés en pièces par les Grecs , qui se délivrèrent par là une bonne fois des invasions de ces peuples , aucune armée persane ne s'étant plus fait voir depuis ce temps-lù en deçà de rilellesponl.
Cette bataille fut donnée ' le quatre du mois boédromion', selon la manière de compter des Athéniens. Aussitôt après, les alliés, pour marquer leur reconnaissance , firent faire à frais communs une statue de Jupiter qu'ils posèrent dans son temple d’OIympie. Les noms de tous 1» peuples de la Grèce qui s’étaient trouvés an combat étaient gravés sur le côté droit du piédestal de la statue , les I.acédémonieus à la tète, les Athéniens après eux , et tous les autres de suite.
l'n des premiers citoyens d'Egine vint trouver Pausanias’, et l'exhorta ù venger l'affront
' Aa. M. 3Ô25: ». J. C. 4T9. -Pauun. Ilb. 5, pag. 332. s O jour répond au dlx-uruf de notre moii de W|>- Ifrabre.
» llerod. Ilb.»,cap.77-T8.
que Mardonius et X.erxès avaient fait à Léonide , dont le corps mort avait été attaché par leur ordre à une potence, et le pressa de traiter de la même sorte le corps de Mardonius. Pour l’y porter plus fortement , il ajoutait que satisfaire ainsi aux mânes de ceux qui avaient été tués aux Thermopyles , c'était un moyen sûr d'immortaliser son nom parmi tous les Grecs , et pendant la durée de tous les siècles. « Portez ailleurs vos lâches conseils , lui « répliqua Pausanias. Il faut que vous vous « entendiez bien mal en vraie gloire, de pen- « ser que j'en doive beaucoup acquérir en me « rendant semblable aux barbares. S’il faut R agir ainsi pour plaire à ceux d’Égine, j'aime H mieux me conserver l’estime des Lacédémo- R nions, chez qui l'on ne met point en com- R paraison le bas et indigne plaisir de la ven- R geance avec celui de montrer de la clémence R et de la modération à l'égard de nos enne- R mis , et surtout après leur mort. Pour ce R qui regarde les mânes des Spartiates, ils sont R sutTisamment vengés par la mort de tant de R milliers de Perses qui sont demeurés sur la R place dans le dernier combat. >
Une contestation qui s’éleva entre les Atliéniens et les Lacédémoniens', pour savoir auquel des deux peuples on assignerait le prix de la valeur, et lequel poserait un trophée, pensa souiller lu gloire et troubler la joie de la victoire qu'on venait de remporter. Ils allaient décider ce différend par les armes, et se porter aux dernières extrémités, si Aristide, par ses bonnes raisons , ne leur eût persuadé de remettre au jugement des Grecs la décision de cette affaire. La proposition fut acceptée. Les Grecsètantdonc assemblés dans ce lieu-là même pour juger ce différend, Tliéogilon de Mégare dit, dans son avis, qu'il ne fallait adjuger ce prix de la valeur ni à Athènes, ni à Sparte , mais à une troisième ville , s'ils ne voulaient allumer une guerre civile plus funeste que la guerre qu’ils venaient de terminer. Après lui, Glèoerite de Corinthe s’étant levé pour parler, personne ne douta qu'il n'allàt demander cet honneur pour sa patrie ; car Corinthe était la première ville de la Grèce en puissance et en dignité après celles d'Athènes et de Sparte.
■ Plu(. In Arisc. pag. 331.
Dkjiîiz'
Mais on fui agr^nblrmciit (romp^, quand on vil que son discours fiait tout entier à la louange des l’ialécns , et qu’il conclut que, pour f teindre cette contention si dangereuse, il fallait leur décerner à eux seuls ce prix , dont ni les uns ni les autres des conlendants ne pourraient être jaloux ni fâchés. Ce discours fut n'çu de toute rassemblée avec applaudissement. Aristide SC rangea le premier à cet avis pour les Athéniens, et après lui Pausanias pour les Lacédémoniens.
Étant ainsi tous d’accord', avant que de partager le butin , ils mirent à part quatrevingts talents’ pour les Platéens, qui les employèrent à bâtir tin temple à Minerve, â lui élever une statue , et â enrichir ce temple de beaux tableaux qui duraient encore du temps de Plutarque, c’est-à-dire plus de six cents ans après, et qui étaient aussi frais que s’ils fussent sortis des mains du peintre. Pour ce qui est du trophée, les Lacédémoniens en érigèrent un en leur particulier, et les Athéniens un autre.
Le butin fut immense. On trouva dans le camp de Mardonius des sommes inllnics d’or et d’argent monnayés; des coupes, des vases, des lits , des tables, des colliers , des bracelets d’or cl d’argent, sans nombre et sans prix, l’n historien remarque que’ ces dépouilles devinrent funestes à la Grèce , cl commencèrent â y jeter l’amour des richesses et le goût du luxe. On commença, selon la religieuse coutume des Grecs, |>ar mettre à part la dimc de tout le butin pour les dieux : le reste fut partagé également entre les villes et les peuples qui avaient fourni des troupes ; et les chefs qui s’élaicnt distingués dans le combat le furent aussi dans cette distribution. On envoya un trépied d’or â Delphes. Pausanias avait marqué dans l’inscription *, qu’if avait défait les barbares à Platée , et qu'en reconnaissance de cette victoire, il avait fait ce présenté Apollon. I>tle inscription fastueuse, où il s’attribuait à lui seul et la victoire et l’olTrande , blessa les
< lirrod. Ilb.9, cap.T9.Sa.
’ (tualre-vlngl mille Scat.=Qiulr«-viDgU lalcnls attlques reraient VMIOOO franei. E. B.
s a VIcto Mardonio. easira referla regalla opulenü» a capta ; undc primùm Grccoa , divlio Inter ae auro peia tlco. dlviiiarura luvurla cepU.» (Jeans. Ilb. S, cap. 14.)
a r.om. Nep. in Panaan. cap. 1
Idicédémoniens : et pour punir son orgueil par l’endroit même par lequel il prétendait s’élever, et pour rendre en même lem|is justice aux alliés, ils rirent effacer son nom, et mirent à sa place relui des villes qui avaient contribué à la victoire. Un désir de gloire trop ardent lui laissait ignorer qu’on ne perd rien par une sage modestie qui évite de faire trop valoir les services*, et qu’en mettant à couvert de l’envie, elle ne sert qu'à augmenter la réputation.
Pausanias* avait fait paraître davantage l'esprit et le goût sparlain dans un double repu qu’il fit préparer peu de jours après le curobil, l’un su|terbc et magnifique, où l’on avait élalé tout ce qui servait à |>arer la table de Mardonius; l’autre simple et frugal, à la manière des Spartiates. Puis , les comparant ensemble, et en faisant remarquer la dilféreoce à ses officiers qu’il avait mandés exprès ; « Quelle folie, « leur dit-il, â Mardonius accoutumé à de tels « repas de venir attaquer des gens qui savent, « comme nous, se passer de tout ! »
Les Grecs envoyèrent en commun à Delphes consulter l’oracle sur le sacrifice qu’ils devaient faire’. Le dieu leur répondit qu’ils éle\as.senl un autel â Jupiter libérateur, mais qu'ils se ganlns.scnl bien d’y offrir aucun sacrifice avant que d’avoir éteint tout le feu qui était dans le pays, parce qu’il avait été poilu et profané par les barbares, et qu’ils vinssent prendre à Delphes même un feu pur sur l’autel appelé l'antel commun.
Cet oracle ayant été rapporté aux Grecs, les généraux allèrent d’abord dans tout le pays , et firent éteindre tout le feu ; et Euchidas de la ville de Platée , s’étant chargé d'apporter, avec toute la diligence possible, le fini du dieu , alla à Delphes. Il se purifia d'abord, s’aspergea d’eau sacrée, se couronna de laurier , s’approcha de l’autel , y prit avec révérence le feu sacré , et reprit le chemin de Piatée , où il arriva avant le coucher du soleil , ayant fait ce jour-là mille stades (cinquante lieues * ). En arrivant il salua ses concitoyens , leur remit le feu , tomba à leurs
* « IpsAdlssImulallone fiimc faman aaïU. (TacitO
* Ilerod. llb. 0, cap. 81.
* Plul. In Arlst. pag. 3:11-332.
* Mille itadet repn^senirRl 11 lieuef et demie. K. B.
pieds , et un momciil après il remlil l'espril. I.CS Plalècns l’emporlèrcnl , et renlcrrèrenl dans le temple de Diane , surnommée Eucltia (de la bonne renommée ) , et mirent sur son tombenn celle èpilaphe en un seul vers : Ci-ÿil Eiichidas, qui fil une course à Delphes, et retint ici le même jour.
Dans In première asst'mblèe générale de In Crète, qui se Uni quelque lemps après, Arislidc proposa ce dècrel ; que cbaque année Inules les villes de la Grèce enverraient è IMalèc leurs députés , pour faire des sacrilîces h Jupiter libérateur et aux dieux de la ville (telle assemblée se Icnait encore régulièrement du temps de Plutarque) ; que de cinq ans en cinq ans on y célébrerait des jeux , qu’on appcllerail les jeux de la liberté ; qu’on lèverait par tonie In Grèce dix mille hommes de pied , ol mille chevaux ; qu’on équiperai! une llolle de cent vaisseaux , qui seraient en- Irelenus pour faire la guerre aux barbares ; cl que les l'Ialéens , dévoués uniquement au service du dieu , seraient regardés comme sacrés et inviolables, n'ayanl d’aulre fouclion que d’olfrir des prières et des sacriüces pour le snlul dus Grecs.
Tous ces articles étant approuvés et passés, les Plaléens se chargèrent de faire tous les ans l’anniversaire de ceux qui avaient été tués à cette bataille ; et voici l’ordre et la manière de ce sacrifice. Le seizième jour ' du mois de maimactérion (qui répond à notre mois de détembre ) , on fiiil à la pointe du jour une procession, précédée par un trompette qui sonne In charge. Après ce trompette marchent plusieurs chariots pleins de couronnes et de branches de myrte. Ces chariots sont suivis d’un taureau noir ; apn's le taureau marchent des jeunes gens , qui portent des cruches pleines de vin et de lait , effusions ordinaires qu’on fait aux morts , et des fioles d’huile cl d’essence. Tous ces jeunes gens sont de cotidiliun libre ; car il n’est permis à aucun esclave de se mêler dans celle cérémonie , (|u’un fait |>our des hommes qui sont morts pour la liberté. Knfin , celle |>ompc est
fermée par l’archonte , rvu le premier magistral des Platéens , àqui, en tout autre lemps, il est défendu de loucher seulement le fer , et de porter d’autre vêlement qu’un vêlement blanc. Mais ce jour-là , revêtu d’une robe de pourpre , ceint d’une épêe , et tenant dons ses mains une urne qu’il a prise dans le grelTe public, il s’avance au travers de la ville vers le lieu où sont les tombeaux. Dés qu’il y est arrivé , il puise de l’eau avec son urne dans In fontaine , lave lui-même les petites colonnes qui sont à ces tombeaux , les frotte d’essence , et égorge ensuite le taureau sur un brtcher qu’on a ivréparé. Après avoir fait des prières à' Jupiter et à Mercure terrestres, il invite ces vaillants hommes à ce Ibstin funèbre cl à ces effusions mortuaires , et remplissant de vin une coupe , il la verse , et dit à haute voix : Je présente cette coupe à ces taillants hommes qui sont morts pour la liberté des Grecs. Voilà les cérémonies qui s’observaient encore du lemps de Plutarque.
Diodore * ajoute que les Athéniens en particulier décorèrent avec magnificence les tombeaux de ceux qui étaient morLs dans la guerre contre les Perses , instituèrent en leur honneur des jeux funèbres , et établirent un panégyrique solennel qui se réitérait apparemment tous les ans.
On sent assez , sans que je sois obligé de le faire remarquer , combien ces témoignages solennels et perpétuels d’honneur , d’c*stime , de reconnaissance envers ces soldats morts pour la défense de lu liberté, contribuaient à relever le mérite de la valeur et des services rendus à la patrie , et à inspirer du courage aux spectateurs ; et combien tout cela était propre à perpétuer la bravoure dans un peuple , et à former des troupes invincibIc'S.
On ti’aura pas moins été frapi>é sans doute de l’attention merveilleuse de ces peuples à s’acquitter en tout des devoirs de religion. L’événement que je viens de rapporter , c’està-dire la bataille de Platée , eu fournil des preuves bien éclatantes dans le sacrifice annuel et perpétuel 'j Jupiter libérateur , qui
' Trois mo>s après celui où la bataille de Platée sYlali doooée. Apparemtovnl qu’on ne flt rcs runéralllcs pour ta première foisqu'aprés que les ennemis ic furcnl enliè'Cnwni retirés . ci <|uc le |<a>s fut libre.
* Jupiter terrettre ti’csl autre que Pluton ; cl J/ercura était aussi appelé terrestre, à cause de son emploi de cou-* duire les ombres dans les cnrers.
* Lib. fl , pag. âO.
conlinuait encore du temps de Plutarque: dans le soin de consacrer aux dieux la dtme de tout le butin ; dans le décret proposé par Aristide , d’établir à perpétuité , tous les ans , une fête solennelle. Il est beau, ce me semble, de voir des peuples idolâtres protester ainsi publiquement qu’ils attendent tout de la Divinité ; qu’ils se croient obligés de lui rapporter tout ; qu’ils la regardent comme la source des succès et des victoires , comme l’arbitre souveraine des états et des empires ; comme donnant les conseils salutaires , et inspirant la prudence et le courage ; comme digne , par tous ces titres , d’avoir la première part au butin , et méritant une reconnaissance éternelle pour des bienfaits si importants.
S X. — Combat près de Mygale. Défaite DBS Perses-
Le même jour que les Grecs combattirent ô Platée ’ , leur armée navale remporta en Asie une mémorable victoire sur les restes de la flotte des Persw;car, pendant que celle des Grecs était à Égine sous le commandement de Léotychide , roi de Lacédémone , et de Xanthippe l’Athénien , il leur vint des ambassadeurs de la part des Ioniens pour les inviter à venir en Asie délivrer les villes grecques de la servitude des barbares. Sur cet avis, iis ûrenl voile pour l'Asie, et prirent leur route par Délos. Pendant qu’ils y étaient , d’autres ambassadeurs vinrent de Samos les y trouver, et leur apprirent que la flotte des Perses , qui avait passé l’hiver à Cume , était alors à Samos, et pouvait y être facilement défaite et détruite , les priant instamment de ne point négliger une occasion si favorable. Les Grecs flrenl donc voile vers Samos. Mais les Perses , ayant eu avis de leur approche se retirèrent â Mycale , promontoire du continent d'Asie , où campait leur armée de terre , forte de cent mille hommes , qui était le reste de ceux que Xerxés avait ramenés de Grèce l’année précédente. Ils tirèrent là leurs vaisseaux à terre , ce qui é^l ordinaire aux anciens , et les environnèrent d’un fort rempart. Les Grecs, les ayant suivis jusque-là, défirent,
» Berod.lib.ÿ,cap.81>-105.- Dio l. lib. Il, pag. 2G-28.
par le secours des Ioniens , leur armée de terre , forcèrent leur rempart , et brûlèrent tous leurs vaisseaux.
La bataille de Platée fut donnée le malin , et celle de Mycale l’aprés-midi du même jour. Cependant tous les écrivains grecs rapportent qu’on apprit à Mycale la victoire de Platée avant le commencement du combat, quoiqu’il y eût entre-deux toute la mer Égée, qu’on ne pouvait traverser qu’en plusieurs jours de navigation. Mais Diodore de Sicile nous explique ce mystère. 11 nous apprend que Léotychide , remarquant que ses soldats étaient fort troublés par la crainte que leurs compatriotes ne succombassent à Platée sous la nombreuse armée de Mardonius, imagina un stratagème pour relever leur courage; et que, sur le point qu’il devait donner le premier assaut*, il fit répandre le bruit parmi ses troupes que les Perses avaient été défaits, quoiqu’il n’eu eût aucune connaissance.
Xerxés*, ayant appris ces deux grandes défaites , abandonna Sardes avec la même précipitation qu’il avait fait Athènes après la bataille de Salamine , et se relira précipitamment en Perse, pour se mettre le plus. loin qu’il était possible hors de la portée de ses ennemis victorieux. Mais avant que de partir*, il donna ordre de brûler et de démolir tous les temples des villes grecques d’Asie ; ce qui fut exécuté, n’y ayant eu d’épargné que le temple de Diane à Éphése *. Il en usa ainsi à l’instigation des mages , ennemis déclarés des temples et des simulacres. Le second Zoroastre l’avait instruit à fond de leur religion, et l’en avait rendu un ardent défenseur. Pline * nous apprend qu’Ostane , le chef des mages et le patriarche de celte secte, qui en soutenait les maximes cl les intérêts jusqu’à la fureur, accompagna Xerxés dans son expédition contre la Grèce Ce prince , passant par Babylone dans son retour à Suse, y détruisit aussi tous les temples,
* Ce qu’on dll aussi de la victoire de Paul Émile sur le» Macédoniens , qui fut sue à Rome le jour même qu’elle avait été gagnée, arriva sans doute de la même sorte. (Plut, in Paul. Æmil. , pag. 2G8, et Ljv. Ub. 45, n. U
* Diod. lib. 11 , pag. 28.
* Strab. lib. li, pag. 634.
• * t^ic. lib. 2, de Lcg. 0. 29.
* Plln. lib. 3o, cap. 1. ’
« Arrian, lib, 7.
fommc il avait Tait dans la Gn-cc cl dans l’Asie Mineure, jiarle marne principe sans doute, et en haine de la secte des Sabecns, qui adoraieid Dieu par des images , culte que les mages délestaient souverainement. Peut-être aussi que le désir de st> dédommager des frais que lui avait contés son expédition contre la Grèce le porta à piller et h détruire ces temples pour profiler de leurs dépouilles ; car il y trouva des richesses immen.ses, que la superstition des peuples et des princes y avait amassées pendant une longue suite de siècles.
Iji flotte grecque après la bataille de Mycale, lit voile vers l’Ilellespont , pour se saisir des ponts que Xenés avait fait jeter sur ce détroit , les croyant encore dans leur entier ; mais, les ayant trouvés rompus par la lcm|)éte, I>olychide, cl ceux du Péloponnèse reprirent le chemin de leur pays. Pour Xanthippc , il resta avec les Athéniens et h*s confédérés d’Ionie, et ils se rendirent maîtres de Sesté et de la Chersonèse de Thrace, oii ils firent un grand butinet un grand nombre de prisonniers. Après quoi , aux approches de l’Iiiver , ils retournèrent chacun dans leurs villes.
Depuis ce tcmps-lâ toutes les villes d’Ionie se révoltèrent contre les Perses; et étant entrées en confédération avec les Grecs, elles conservèrent la plupart leur liberté pendant tout le temps que cet empire subsista.
I Kl. — IsiICMVISe VT B.tRVAKR VESCVASCB
D'AMr<Tiit , FEUur. ne Xevxas.
Pendant que Xcrxès était il Sardes il y avait eoiifu une violente passion pour la femme dcMasiste, son frère, prince d’un rare mérite , qui l’avait toujours servi avec zèle , et ne lui avait jamais donné aucun sujet de mécontentement. La vertu de cette dame, sa fidélité et sa tendresse pour son mari l’avaient rendue inébranlable à toutes les sollicitations du roi. Il espéra la pouvoir gagner en la comblant de bienfaits ; et entre autres griccs qu’il lui accorda, il fit épouser à Darius son fils aîné, qu’il destinait pour son successeur, .Vrtalnlc ,
■ Hero.l.Ub.O,rap. 112-120.
■ An. Kl. .Tii'.; av. J. C. tT9. - IlcroJ. lib. il, 107-112.
fille de cette princesse , et dès <]u’il fut arrivé à Suse, il voulut que le mariage filt consommé. Slais Xcrxès , malgré toutes ces avances, ne la trouvant pas moins inaccessible 6 ses attaques , changea tout à coup d’objet , et devint passionné i l’excès pour la fille , qui n’imita pas la sage et vertueuse fermeté de sa mère. Pendant toutes ces intrigues, Amestris, femme de Xcrxès. lui fit présent d’une riche et magnifique robe (lu’elle ava l faite elle-même. Xerxès, trouvant cette robe fort fl son gré, la prit la première fois qu’il rendit visite à .Artatnte. Dans la conversation, il la pressa de marquer ce qu’elle désirait de lui, avec promesse et même serment de lui accorder tout ce qu’elle voudrait. Artainte lui demanda la robe qu’il portait. Xerxès, qui prévoyait les malheurs \ que ce présent entraînerait après soi, fit tout ce qu’il put pour en détourner l’effel, offrant toute autre chose en la place ; mais ne pouvant la persuader, cl se croyant lié par rengagement imprudent de sa promesse et de son si'r ment , il lui donna sa robe. Cette femme ne l’eut pas plus tôt reçue, (|u’ellc la porta publiquement par manière de trophée.
Cette action ayant confirmé Amestris dans scs soupçons , elle en fut irritée au dernier point; mais, au lieu de porter sa vengeance sur la fille, qui était la seule coupable, elle résolut de la faire tomber sur la mère, fi qui elle attribuait toute cette intrigue, qiioiipi’elle en fut entièrement innocente. Elle allendit le temps de la grande fêle , qui se célébrait tous les ans le jour de la naissance du roi , cl ipii n’était pas loin , dans la(|uelle le roi , selon la coutume établie , devait lui acconler tout ce qu’elle demanderait. Le jour donc étant venu, elle lui demanda que la femme de Masistc lui fut livrée. Xerxès, qui comiirit le dessein de la reine, et qui en frémit d’horreur, tant par considération pour son frère, qu’fi cause de l’innocence de cette dame , contre laquelle il voyait que sa femme était violemment irritée, lui refusa d’abord sa demande, et fit tout ce qu’il put pour l’en détourner ; mais n’ayant pu ni la gagner, ni prendre sur soi d'agir avec fermeté , U céila , par une complaisance également faible et cruelle, préférant aux devoirs inv iolables de la justice et de riiiimanité les droits arbitraires d'une coutume établie iiei-
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qucmciil pour donner lieu à la libéralité cl à la bonté.
Celle dame fui donc saisie par les gardes du roi, cl livrée à Ameslris, qui lui Hl couper les mamelles, la langue, le nei, les oreilles el les lèvres; les fil jeter aux chiens en sa présence, et la renvoya ainsi mutilée en In maison de son mari. Cependant Xcrxés l’avail mandé, pour le préparer i celle triste nouvelle. Il lui témoigna qu’il désirait qu'il se séparai de sa femme, et qu’il lui donnerait en sa place une de ses filles en mariage. Masistc, qui avait un allachcment extrême pour sa femme, ne put se résoudre h l’abandonner : ce qui fit que Xerxés lui dit tout en colère que, puisqu’il refusait sa fille, il n’aurait ni elle ni sa femme, et qu’il apprendrait à ne pas rejeter les offres de son maître : cl il le renvoya avec celle inhumaine réponse.
Un tel procédé ayant jeté Masistc dans un grand trouble, el lui faisant tout craindre, il se bâta de retourner chez lui pour voir ce qui s’y passait. Il y trouva sa femme dans le déplorable étal que nous venons de marquer. En étant irrité au point que l’on peut s’imaginer, il assembla toute sa famille, ses domestiques, el tous ceux qui étaient dans sa dépendance, cl fit toute la diligence possible pour gagner la llactrianc, dont il était gouverneur, résolu, dès qu’il y serait arrivé, de lever une armée, et de faire la guerre au roi pour se venger de ce traitement barbare. Mais Xer.vès, informé de son départ précipité, cl soupçonnant |iar lé ce qu’il avait dessein de faire, le fit suivre par un parti de cavalerie , qui , l’ayant atteint, le mil en pièces avec ses enfants, cl tous ceux qui étaient avec lui. Se trouve-t-il un exemple plus Iragiciue de vengeance que celui que je viens de rapporter?
On rapporte d’.Vmcslris une autre action non moins cruelle ni moins impie '. Elle fit brûler vif.-i quatorze enlanls des meilleures maisons de Perse , en sacrifice aux dieux infernaux , pour obéir à une coutume superstitieuse usitée chez les Perses.
Masistc étant mort ’, Xcrxés donna le gouvernement de la nactriaiic à Hyslaspc, son se-
* It'-rot. lib. 7 , cap. lit.
* Dlo !. lil). 11 . 53.
cond fils, qui, se trouvant par là obligé de vivre loin de la cour, fournit à Artaxene, son plus jeune frère, l’occasion de monter à son préjudice sur le trône après la mort de leur père, comme on le verra ci-après.
Ici finit l’histoire d’Hérodote, c’est-à-dire à la bataille de Mycalc, et au siège de la ville de Sesle par les Athéniens.
S XII. — Les Atiiétue:^» BfcTABLtssEET i.es unis m
LEim VILLE, MAL6EÉ L’OPPOSITION DES LacÉDCIIO*
KIETVS
la guerre , appelée vulgairement la pttrre de Médit ' , qui n’avait duré que deux ans, ayant été terminée comme on l’a vu, les Albéniens, de retour dans leur patrie, y firent revenir leurs femmes el leurs enfants, qu’ils avaient mis en dépôt ailleurs pendant la guerreet ils songèrent à rétablir leur ville, qui avait été presque entièrement détruite par les Perses, el à l’environner de bonnes murailles, pour la mettre hors d’insulte. Les Lacédénioniens, en ayant eu avis, entrèrent en jalousie, cl commencèrent à craindre qu’Alhènes, déjc trop puissante sur mer, venant à se fortifier de jour en jour, n'enlrcprlt de leur faire la loi, el de leur enlever l'autorilé et la prééminence qu’ils avaient toujours eue jusque-là dans la Grèce. Ils députèrent donc vers les Athéniens, pour leur représenter que l’inlérét commun de la Grèce demandait qu’on ne laissât hors du Péloponnèse aucune ville fortifiée, de peur qu’en cas d’une seconde irruption elle ne servit de place d’qrraes aux Perses, qui ne manqueraient pas de s’y établir , comme ils avaient fait auparavant à Thébes, el qui de là infesteraient tout le pays , el s’en reridraieni bientôt maîtres. Thémisloclc, qui. depuis la bataille de Salaminc , avait un grand crédit à ■Uthènes , pénétra sans peine dans le vérilabic dessein des Lacédémoniens, caché sous le faux prétexte du bien public: mais comme ils étaient en état , en se joignant aux alliés , d’emi>échcr par la force l’ouvrage commencé, si on leur donnait une réponse absolue et négative, il
• .Xn. SI. a:,2': av. J. C.. 178. - Thiir)il. üb. I. IMg. 50-0S.
• DIoJ. lib. Il , [Mg. 30-31 - Justin, lib. S, ra;i 15.
conseilla an scnal d'user de ruse aussi bien qu'eut. La réponse fut donc qu’on enverrait des dOputOs à Lacédémone pour salisfairc la république sur les craintes et les soupçons quelle avail. Il se Ql nommer parmi les députés, et averlit le sénat de ne pas faire partir scs collègues avec lui , ni tous ensemble, allii de gagner du temps, et d’avancer l'ouvrage. La chose fut ainsi exécutée. Il arriva le premier i Lacédémone, mais laissa passer plusieurs jours sans rendre visite aux magistraLs, et sans se transporter au sénat. Et sur ce qu'on le pressait de le faire , et qu'on lui demandait les raisons d'un si long délai, il répondit qu’il attendait que tous ses collègues hissent arrivés pour se rendre conjointement avec eux dans le sénat, et témoigna beaucoup de surprise de ce qu'ils étaient si longtemps à venir. Ils arrivaient successivement les uns après les autres. Pendant tout ce temps-lé on pressait ex.lrémement l'ouvrage à Athènes. Les femmes, les enfants, tes étrangers, les esclaves, tous en un mot étaient occupés à ce travail , et l'on ne se donnait de repos ni jour ni nuit, ün ne l'ignorait pas li Lacédémone, et l'on en Ot de grandes plaintes à Tliémistotie , qui nia absolument le fait, et pressa les Lacémoniens d'envoyer à Athènes de nouveaux députés pour s’assurer par eux-mémes de ce qui en était, et de ne point s’arrêter à di's bruits vagues et confus qui étaient sans fondement. Il Ht donner avis sous main à Athènes d'y retenir les députés jusqu'é leur retour comme autant d'otages, craignant avec sujet qu'on ne l'arrélAt lui et ses collègues A Lacédémone. Pour lors, quand tous ses collègues furent arrivés, il demanda audience, et déclara en plein sénat qu’il était vrai que les Athéniens avaient résolu d’environner et de forliüer leur ville de bonnes murailles, que l'ouvrage était presque fini, qu'ils l’avaient jugé d'une nécessité absolue, et iKiur leur propre sûreté, et pour le bien commun des alliés : qu’aprés tout ce qui s’était passé on ne pouvait pas les soupçonner de manquer de zèle pour l'inlérét commun; mais que, la condition de tous les alliés devant être égale, il était juste que les Athéniens pussent, comme tous les autres, pourvoir A leur propre sûreté par tous les moyens qu’ils jugeraient uéi'essaires; qu'ils l’avaient fait, et qu’ils étaient
en état de défendre leur ville contre qui conque oserait l'attaquer : qu’au reste les Ijicédémoniens ‘ avaient fort mauvaise grAce de vouloir établir leur pouvoir, non sur leurs propres forces et leur courage, mais sur la faiblesse de leurs alliés. Ce discours déplut beaucoup aux Lacédémoniens : mais, soit par un sentiment d’estime et de reconnaissance pour les Atliéniens, qui avaient rendu de si grands services A la patrie, soit par impuissance de s’opposer A leur entreprise, ils dissimulèrent; et les députés, renvoyés de part et d’autre avec honneur, retournèrent dans leur ville.
Thémistocle*, toujours attentif A augmenter la puissance et la gloire de la république , ne s’en tint pas aux murs de la ville ; il s’appliqua, avec la même ardeur A achever de bAtir et de fortifier le Pirée , car, dès le temps qu'il entra en charge , il avait commencé ce grand ouvrage. Avant lui’, Phalère était l’unique port d’Athènes, peu spacieux et peu commode , et qui ne convenait point aux grands desseins qu'avait Thémistocle. Il tourna donc ses vues du cûtë du Pirée , qui $i?mblail l’y inviter par sa situation avantageuse , et par la commodité de ses trois grands ports, où il pouvait tenir plus de quatre cents vaisseaux. On y travailla avec un empressement et une vivacité qui avança l’ouvrage considérablement en assez peu de temps. Tlièmistocle fil ordonner aussi que tous les ans on bAlirait vingt vaisseaux pour augmenter la fiotte ; et , afin d’attirer un grand nombre d’ouvriers et de matelots dans la ville , il leur fit accorder des immunités particulières. Son dessein était, comme je l’ai déjA remarqué ailleurs, de tourner toutes les forces d’Alhènes du côté de la mer; en quoi il suivit une politique toute contraire A celle des anciens rois d'Athènes , qui , ne cherchant qu’A éloigner de la marine et de la guerre leurs citoyens, et A les employer uniquement A la culture de la terre et A la paix , publièrent celte fable : que Minerve, plaidant un jour contre Neptune , pour savoir qui d’elle ou de lui serait déclaré patron de l’At-
* «GravilM-railIgat cotquAd. non vlrtule, kc<1 lmbc> « clllitate aociorarn , potenllam quvrermt. » (JiaT. MU. 2, cap. t5.)
> Thuryd. pap. — Dtud. Ul>. Il , pag. 32-33.
> Pau»aii. lib. 1 , (Mig. !•
lique, cl donnerait son nom à In ville nouvcllemrnl bftlie, {ingna sa rause en monirant A ses juges le rameau d'olivier qu'elle nvail plniilA , lu'urcuv symbole de la paix el de l'aj)ondnu('C; nu lieu que Neplune avait fait sortir de In terre un cheval fougueux , image du trouble cl de la guerre.
g XIII. — Noib nE5Df:i?< Dr. ThIciiistoci.r rkjrtk d'l’m
COIIUVN ACCORD PAR l.R PEL'Pl.R D’.\Tnfc?(ES. C05-
D£SCS?(OA!<CB d’ArISTIDE POUR CE PECPLE.
Tliémisloclc qui avait forme' en lui-mfmc le desseiti de supplanter les l.arédAmonicns , el de subslüuer les AlliAiiiens à leur place dans le gouvernement delà GrAce, ne perdit point de vue ce grand projet. Peu dAlicnl sur le choix des moyens , il trouvait bonne el k'gilime toute voie qui pouvait le conduire A ce liul. Un jour donc il dAclarn eu pleine assemblée qu'il avait conçu un dessein im|>»rlant , mais qu’il ne pouvait le communiquer nu peuple, parce que, pour le faire réussir , il avait Ivesoin d'un ivrofond secret ; il demanda qu’on lui donnai quelqu’un avec qui il piH s’en expliquer. Tous nommèrent Aristide , el s’en rapportèrent entièrement A son avis, tant ils comptaient sur sa probité cl sur sa prudence. Thèmistoclc, l’ayant tiré A part , lui dit qu’il songeait A briller la llolledes Grecs, qui était dans un port voisin , et que par IA Athènes deviendrait certainement mallrcs.se de toute la Grèce. Arisllde retourna A l’assemblée , el déclara simplement que rien ne pouvait être plus utile que le projet de Thémisloclc , mais qu’en même temps rien n'était plus injuste. Tout le peuple , d’une commune voix , défendit A Thémislocle de passer outre.
On voit par IA que ce ne fut point sans quelque fondement qu’on accorda A Aristide , de son vivant même, le suniorn de juste: surnom , dit Plutarque , innniment préférable A tous ceux que les conquérauLs recherchent avec tant d’ardeur , el qui approche en quelque sorte riiummc de la Divinité.
Au reste , je ne sais si dans toute riiistnirc il y a un fait plus digue d'admiration que celui que je viens de rapporter. Ce ne sont point
des iihilosophes , A qui il ne coûte rien d’établir dans leurs écoles de belles maximes el de sublimes règles de morale , qui décident que jamais l’utile ne doit l’emporter sur l’honnétc; c’est un peuple entier , intéressé dans la proposition qu’on lui fait , qui la regarde comme très-importante pour le bien de l’étal , et qui néanmoins , sans hésiter un moment , la rejette d’un commun accord , par cette unique raison qu’elle est contraire A la justice. (Juellc noirceur nu conlmirc , et quelle perfidie dans le dessein que niémislocle propose , de brûler en pleine paix la (lotie des Grecs pour accroître la puissance des Athéniens! Eùl-il encore cent fois plus de mérite qu’on ne lui en donne, celle action sufiirail seule pour ternir tout l’éclat de sa gloire : car c’est le cceur , c’esl-A-dire la probité et la droiture , qui décide du vrai mérite.
Je suis filché que Plutarque , qui pour l’ordinaire juge fort saiii.vineut des choses , semble ici ne pas condamner Thémistocle. Après avoir parlé des travaux qu’il fil dans le Piréc. il passe ainsi A l’action dont il s’agit ; Themislocle imagina encore quehiue chose de plus grand pour augmenter ses forces de mer
Les fjicédémoniens ’ ayant proposé dans le conseil des Amphictyons que toutes les villes qui n'avaient pus pris les armes contre Xca''s fussi-nt exclues de celle assemblée , Thémislocle, qui craignait que , si les Thessalicns , les Argiens et les Thébaius n’y étaient plus reçus , les I.acédémonicns ne fussen les maîtres des suffrages , et ne disposassent de tout A leur gré , parla pour les villes qu’ils voulaient exclure , cl fil changer de scnliraenl aux députés , en leur remontrant qu’il n’y avait que trente el une villes qui fussent entrées dans la ligue , dont la plupart étaient fort petites cl fort peu considérables : que rc serait donc une chose fort étrange , cl même Irés-dangercuse , que , le reste de la Grèce vcnaul A être banni de cette assemblée , rcl auguslo conseil des ,\mphiclyons lombAt en Is disposition de deux ou trois villes les plus puissantes , qui , par celle exclusion , donneraient la loi A toutes les autres, cl aboli-
■ riul. In TlHniUl. pag. l-il-l±2 ; in Arisl. pag. 33i.
* Mnçâ. Tl HttvoaCn.
* Plul. tn TbrnilM. pjg.
rnieni I>pnlil6, que l’on regnrdnil avec raison comme l’flme de loulos les rf|iubliqnes. I.’ouvcrlure de ccl avis lui allira la haine des IacMfmoidens , qui sc déclarèrcnl ouvcrlemenl ronire lui.
Il s’^lait mis mal aussi avec les alli^ par la manière dure el avare avec laquelle il avail eiigé d'eux des contributions.
Quand la ville d’Athènes ftit entièrement rétablie ‘ , le peuple, sc voyant tranquille et paisible , cliercha par toutes sortes de voies è s’emparer du gouvernement, et è le rendre absolument populaire. Cette trame, quoique secrète, n’ècliappa pointé la vigilance d’Aristide, et il en vil toutes les suites. Mais faisant rèlleiion, d’un côté, que ce peuple méritait quelque considération é cause de la valeur qu'il avait témoignée dans toutes les Imiailles qu'on venait de gagner; cl de l’autre, qu’il n’était pas aisé de réduire cl de contenir ce même peuple , qui avait les armes é la main , cl qui était devenu plus fier que jamais par scs victoires , il crut devoir le ménager cl user de tempérament, fl fit donc un décret qui portait que le gouvernement serait commun é tous les citoyens, el que les archontes, qui étaient les premiers magistrats de la ré|)ublique, qu’on ne choisissait que parmi les plus riches de In république , el parmi ceux qui liraient nu moins de leurs terres cinq cents médimm-s, seraient choisis désormais indinTéremmentcl sans distinction parmi tous les Athéniens. En reléchant ainsi quelque chose au peuple, il prévint de funestes dissensions, qui auraient pu causer la ruine d’Athènes et de toute la Grèce.
il XIV.— La rienTÉ de Pacsatvus fait peidbe LE coiiMA?iDEiie:«T AUX LacIsd^momicns.
Les Grecs, animés par l’heureux succès qu’avaient eu |>artuut leurs armes victorieuses ' , envoyèrent une llolle pour délivrer du joug leurs alliés qui étaient encore sous le pouvoir des Perses. Elle était commandée, pour les I.acédémoniens, par Pausanias : Aris-
‘ Plut. In .\riit. ittig. 332.
• An. M. 362H; av. J. C. 476. — Thut jfl. Ilb. I. pag. 63 CIHM8.
lide et Gimon fils de Mlltiade y commandaient pour les Athéniens. Elle lit d’alvord voile vers riledeCypre, et mil toutes ses villes en lilierté; puis, tournant sa roule vers l’IIellespont, elle alUuiua et prit la ville de Byzance, oi’i l’on fil un grand nombre de prisonniers , dont plusieurs étaient des plus riches el des plus considéra iiles seigneurs de Perse.
Pausanias, qui dés lors songeait i trahir sa patrie, crut devoir profiler de celle occasion pour gagner les bonnes gréces de Xerxés. Il fil courir le bruit dans l’armée que ces seigneurs persans , qu’il avait confiés é la garde d’un de ses officiers, s’étaient échapi)À) de nuit, et avaient disparu. Il les avait lui-méme renvoyés ù ce prince avec une lettre où il s’engageait é lui livrer la ville de Sparte cl toute la Grèce, à condition qu’il lui donnerait sa fille en mariage. Le roi ne manqua pas de lui faire une réponse favorable, et il lui fit tenir do grosses sommes d’argent pour gagner ceux des Grecs qu’il verrait disposés ù entrer dans ses vues. Il chargea Arlalvazc de toute celle négociation, et, afin de le mettre é portée de la suivre plus facilement el plus sûrement , il lui donna ie gouvernement dos côtes maritimes de l’Asie .Mineure.
Pausanias ‘ , déjà enivré de sa grandeur future, changea dés ce moment de conduite. La vie pauvre , frugale et modeste de Sparte, el ra.ssujetlissement à des lois dures et austères, qui n’épargnaient et ne ménageaient personne, et qui étaient également inexorables pour les grands comme pour les petits el les pauvres , tout cela lui devint insupportable. Il craignit, en retournant à Sparte après les souverains commandements qu’il avait eus, de rentrer dans une égalité qui le confondrait avec les derniers des citoyens ; et c’est ce qui le porta à traiter avec les barbares, li quitta donc absolument les manières el les mœurs do son pays, prit rhubillemeul cl la fierté des Perses, imita leur somptuosité el leur magnificence. Il traitait les alliés avec une dureté insupportable, ne parlait aux officiers qu’avec hauteur et menaces ; se faisait rendre des honneurs extraordinaires, cl par celle conduite rendait odieux il tous les alliés le gouvernement de.s
> Plul.in.\tlU.|us.3'l2 333.
IjirNiémonipns. I.cs manières Joucos, lioiim'ies et prèvenniiles d'Arislidc et de Cimon ; un èluignemeiil iiiniii du tout air impérieux cl lier, tpii n’esl propre qu’à révoller les esprits ; une bonté, une aOiibililé qui ne se démenlail en rien, et |iar laquelle ils sa>aicnt tempérer l'autorité du commandement et le rendre aimable ; l'Iiumanité et la justice qui paraissaient dans toutes leurs actions; l’attention qu'ilsa\aientà n’ofrenscr personne elà faire du bien à tout le monde , tout cela nuisait infinimenl à Pausanias par le contraste, et augmentait le mécontentement. Enfin ce mécontentement éclata, et tous les alliés passèrent sous le commandement des Athéniens, et se mirent sous leur protection. Ainsi , dit Plutarque, Aristide , en opposant à la dureté et à la hauteur de Pausanias beaucoup de douceur et d'humanité, cl inspirant à Cimon son collègue les mêmes scnliroenls, détacha des Lacédémoniens, insensiblement et sans qu'ils s’en aperçussent, l’esprit des alliés, cl leur enleva enfin le commandement, non de vive force en employant des armées et des flottes , et encore moins en usant de ruse et de perfidie , mais en rendant aimable, par une conduite sage et douce, le gouvernement des AIhéniens.
Les loicédémoniens, dans celte occasion, firent paraître une grandeur d’àme dune modération qu’on ne peut assez admirer. Car, s’apercevant que la trop grande autorité rendait leurs capitaines tiers et in.snlenls, ils renoncèrent de bon cœur à la supériorité qu’ils avaient eue jusque-là sur les autres (irecs, et cessèrent d’envoyer de leurs chefs pour avoir le commandement des armées, aimant mieux, ajoute riiisloricn, avoir des citoyens sages, modestes, et parfaitement soumis à la discipline et aux lois du [lays, que de conserver la prééminence sur tous les autres Grecs.
S XV. .- Thahk scchète de Pagiasias avec LES I'eeses. Sa mobt.
Cependant, sur les plaintes qu’ils recevaient de tous côtés au sujet de Pausanias, ils le rappelèrent à Ijicédémone, pour lui faire rendre compte <1<! sa conduite '. Ils ne purent en-
• Ad. .M. ; av. J. C. 175. — Thurjd. lib. 1,
core le convaincre d’enlrelcnir des intelligences avec Xerxés. S’élanl tiré avec avantage de ce premier jugement, il retourna de son autorité particulière , cl sans l'aveu de la république, à Kyzance ; et de là il continuait ses praliques secrétes avec Artabaze. Comme il y exerçait encore beaucoup de violcmcs et d’injustices, les AIhéniens l’obligèrent d’en sortir. Il SC relira à Colone, petite ville de la Troade. I.à il reçut ordre des éphores de se rendre à Sparte, sous peine d’être déclaré, en cas de désobéissance, ennemi public et traître à sa patrie. Il s’y rendit, dans l’espérance de se tirer encore de ce jugement à force d’argent. On commença par le inetlre en prison, puis il fut produit devant les juges. On avait contre loi de violents soupçons et de forts préjugés. Plusieurs de scs esclaves avouaient que Pausanias leur avait promis la liberté, s’ils voulaient entrer dans tous ses desseins, et le servir avec zèle dans l’exécution de ses projets. Mais, comme les éphores étaient accoutumés à ne point prononcer peine de mort contre un Spartiate sans une entière évidence, ces preuves ne leur paraissaient point suffisantes, surtout contre un homme de la famille royale, et <|ui était actuellement en charge ; car Pausanias rrinplis.sail les fonctions de la royauté, comme tuteur cl le plus proche parent de Plislarque, fils de Léuiddc, encore enfant. Il fut duiH' élargi.
Pendant que les éphores étaient dans celle incertitude cl dans cet embarras, un esclave, nommé l’Argilicn, les vint trouver, et leurrerait en main une lettre de Pausanias au raides Perses, dont il était porteur, cl qu’il devait rendre à .Artabaze. Celui-ci et le Lacédémonien étaient convenus ensemble de ne laisser survivre à leur mcs.sage aucun des courriers qu’ils s’enverraient réciproquement , pour ôter toute trace de leur commerce. L’Argilien , qui ne voyait revenir aucun de scs camarades, cul quelque soupçon; cl , quand son rang fut venu , il ouvrit la lettre dont il était chargé, qui marquait eirectivement à Arintiaie de le faire mourir dés (|u’il la lui aurait reoduc. C’est cette lettre qui fut portée aux éphores. Ils ne se conlcnlèrenl pas encore de ct^le
patt.KÜ-Htf, — Diod. lib. 11. pag. 34-36. — Corn. N«p- io PauMo.
preuve, et vouturciit I» fortifier par le li'moignnge mPme de Pausanias. I.’eselave, de coneerl avec eux , se relira à Ti'narc dans le temple de Neptune , comme dans un asile où il serait en sùrelè. On y a\ ait ménagé secrètement deux petites loges , où îles èpliorcs et quelques Spartiates se cachèrent. Dès que Pausanias eu’ appris que l’Argilien s'ètait réfugié dans ce temple, il y courut aussilèl pour en savoir la raison. I,'es«-lnve avoua qu’il avait ouvert sa lettre, et que la crainte de la mort dont il èiail menacé lui avait fait prendre le parti de se réfugier dans ce temple. Pausanias, ne pouvant |ms nier le fait , s’excusa du mieux qu'il put , lui fil de grandes promesses, et lira de lui paride qu’il tiendrait la chose secréte. Ils se séparèrent de la sorte.
I.e crime de Pausanias n’était plus douteux. Dés qu’il fut rentré dans la ville , les éphores se mirent en devoir de l’arrêter. Il reconnut A l’air du visage de l’un d’eux cl à un signe qu’il, lui donna , qu’on axait pris quelque filcheuse résolution contre lui , et courut de toutes .ses forces dans le temple de Pallas , surnommée Chalciceros , qui était voisin , et où il arriva axant qu’on eût pu l’otleindre. L’entrée en fut fermée sur le-champ avec de grosses pierres , cl l’on dit que la mère du coupable fut la première A y en porter. On découvrit aussi le toit de la chapelle. Les éphores , n’osant pas l'en tirer de force, de peur de violer la sainteté de cet asile sacré, prirent le parti de l'y laisser mourir de faim et de misère , exposé comme il était aux injures de l’air : ils l’en tirèrent |H>urtant un moment avant sa mort. Son corps fut enterré dans un lieu voisin ; mais l’oracle de Delphes , qu’ils consultèrent bieniftt après, déclara que, pour apaiser la colère de la déesse. Justement irritée par le violeracnt de !mn temple , il fallait y ériger deux statues en l'honneur de Pausanias; ce qui fut exécuté.
Telle fut la fin de Pausanias.cn qui une folle ambition éloulfa tous les sentiments de probité , d'honneur, d’amour de la patrie , de léle pour la liberté, de haine et d’aversion contre l« barbares ; senlimenLs naturels en quelque sorte aux Grecs , et surtout aux Lacédémoniens.
rot'Hii'ixi PAU ip« Aiuéaies* Il LU I.Aii:oiiiosiiis> cowi! r.oapi ics dk l* CO.SJVaXtluS DK l’AUtxSI.Xi. <c kCpcuik ciikz Adiiüte.
Thémislotle se trouva aussi enveloppé dans l’accusation qu’on formi contre Pausanias '. Il était pour lors en exil. Une violente |>assion pour la gloire, accompagnée d’un vif désir de dominer seul , l’avait rendu fort odieux à scs citoyens. Il avait bâti, tout près de sa maison, un temple A Diane, sous le nom de /Jiaiie Àrisiobule^ cest-A^lire du bon conseif, comme IHJur avertir les Athéniens qu’il avait donné de bons conseils A leur ville et A toute la Grèce ; et il n’avait pas oublié d’y mettre sa statue, qu’on y voyait encore du temps de Plutarque; elle montrait, dit-il , qu’il avait la physionomie aussi héroïque que le courage. Voyant qu’on prêtait volontiers l’oreille A toutes les calomnies que ses ennemis répandaient contre lui, il ne cessait , |>our leur fermer la bouche, de parler dans toutes les assemblées des services qu’il avait rendus A sa patrie ; et comme on était las de l’entendre toujours re- Imttre les mêmes choses : Eh ! tout latseztous , leur disait-il , de recevoir souvent du bien des mêmes personnes 1 11 ne fai.sait pas réflexion que * leur remettre si souvent ses bienfaiu devant les yeux , c’était presque leur reprocher qu’ils les axaient oubliés, ce qui n’est point obligeant; et il paraissait ignorer que le moyen sûr d’être loué , c’est de laisser ce soin aux autres, et de ne songer qu’A faire des choses louables ; et qu’une fréquente mention de ses propres vertus et de ses grandes actions , loin de calmer l’envie , n’est propre qu’A l’irriter.
Thémistocle ’ banni d’Athènes par l’ostracisme, se retira A Argos. C’est pendant qu’il y demeurait que Pausanias fut poursuivi comme un traître qui avait conjuré contre sa patrie.
Il avait d’abord caché sa trame à Thémisto-
• An. M. 3531 : «r. J. C. 473. — Thuryd. Ilb. 1. pig. 8000. — Plut, in Themlil. csp. ]23-lSt. Com. Ncp. lu Tbemisi. cap. 8.
• a Hoc niolnlum cal. Nam ùihrc rommcmoralU) a quasi ciprobrallo eu Imrarinorls bcncAcll. a
(TtnEST. in Andr.)
» Plut. In Thrmlsl pag. ]I2.
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i AVI. — TiiChistoclk
C^i.oglc
*s&(^i§i> iiO <^.9^
(le, quoiqu'il fùl un de scs meilleurs nmis ; mais , d(*s qu’il le vil chassi'i , el plein de ressenlinienl pour celle injure, il lui communi- (pia ses projels , cl le pressa d'y cnlrcr. Pour l’y engager, il lui fil voir les lellres que lui éerivail le roi de Perse , el lâcha de l'animer conlre les Alhéniens, en lui exagCranl leur injuslice Cl leur ingralilude. Thémislocle rejela lien loin la proposition de Pausanias,el refusa ibsolumenl de prendre aucune pari à scs desseins; mais il lui garda le secrel, el ne d(Scouvrilü personne les discours qu’il lui a\ail lenus,ni l’enlreprise qu’il avait faite, soil qu’il csp(^râl qu’il y renoncerail de lui-môme, ou qu’il ne doutât pas qu’il ne fût biciit(M d(L*couverl par quelque autre voie : une entreprise aussi hasardeuse el aussi mal concertée que celle-là ne pouvant jamais avoir une bonne issue.
Pausanias ayant élé mis à mort , on trouva parmi ses papiers des lellres el d’autres écrits qui donnaicnl beaucoup de soupçon conlre Thémislocle. Les Lacédémoniens envoyèrcnl des députés à Athènes pour l’accuser el le faire condamner à mort ; el les envieux qu’il avail parmi ses citoyens se joignirent à ces occusa- Icurs. Aristide avait alors une belle occasion de .se venger des mauvais Irailcmcnls qu’il avail reçus de son rival , s'il eût élé sensible à ce cruel plaisir; mais il refusa conslammenl d’en- Irer dans un si noir complot, aussi éloigné de jouir avec une secréte joie de l’inforlune de son adversaire qu’il l’avait élé auparavant de s’aflllger do ses heureux succès. Thémislocle répondait par lettres à toutes les calomnies dont il était chargé, et représentait aux Alhéniens qu’ayant toujours cherché à dominer, el n’élanl pas d'humeur à se laisser maîtriser par d'autres , il n’y avait aucune apparence qu’il eût voulu se livrer lui-méme, el livrer la Grèce entière à des ennemis el des barbares.
Cependant le peuple, persuadé par ses accusateurs, envoya (les gens pour se saisir de sa personne et pour l’amener, alin qu’il fùl jugé par le conseil de la Grèce. Théraisl(x:le , qui en fut averti assez à temps , passa dans l’ile de Corcyre, à laquelle il avail rendu autrefois quelque service; mais, ne s'y trouvant pas en sûreté, il s'enfuit en Épire ; el se voyant encore poursuivi par les Alhéniens el par les
Lacédémoniens , il prit , par un coup de dés(»speir, un parti fort hasardeux , en sc réfugiant chez Admète, roi des Molosses. Ce prince, ayant autrefois demandé quelques secours aux Alhéniens , el ayant élé honteusement refusé par Thémislocle, qui avail alors la principale autorité, en avail conservé un vif ressenlimenl, el témoigné qu’il s'en vengerait , s’il en trouvait une occasion favorable ; mais Thémislocle, qui jugea que, dans l’étal où il se trouvait, l’envie encore toute récente de scs citoyens était plus à craindre pour lui que l’ancienne haine de ce roi, voulut bien en courir le risque Quand il arriva dans son palais, ayant appris qu’il était absent, il s’adressa à la reine, qui le reçut avec bonté, el lui enseigna la manière dont il devait faire sa supplique. Au retour d’Admète , Thémislocle prend entre ses bras le rds du roi, s’assied , au milieu de son foyer, entre ses dieux domestiques; cl là , déclarant qui il était, el pour quel sujet il s'éüdl réfugié chez lui , il implore sa clémence , reconnaît (|uc sa V ic el sa mort sont entre ses mains, l’eihorle à oublier le passé, et lui représente que rien n’est plus digne d’un grand roi que d’user de clémence. Admète , surpris el louché de voir à ses pieds, dans une posture si humiliante, le plus grand homme de la Grèce el le vainqueur de l’Asie, le releva aussitôt, el lui promit toute sa protection. En effet, les Athéniens el les Lacédémoniens étant venus le redemander, il refusa absolument de leur livrer un suppliant cl un hôte qui s'élail réfugié dans son palais dans l’espérance d’y trouver un asile sacré et inviolable.
Pendant qu’il était à la cour de ce prince, un de scs amis trouva moyen d’enlever d’Athènes sa femme cl ses enfanLs , qu’il lui envoya ; el pour cet enlèvement il fut traduit en justice quelque temps après, el condamné à mort. Pour ce qui est de ses biens, ses amis en sauvèrent la plus grande partie, qu’ils lui Grenl tenir dans lu suite au lieu de sa retraite; mais tout ce qu’on en put découvrir, qui montait à cent talents', fut porté au trésor public. Il ne possédait pas la valeur de trois talents lorsqu’il entra dans le gouvernement de la ré-
* Cent mille écus. a Cent talents attiques raient 5ï:ï0:)0 fr. E. B.
publique. Je laisse quelque temps cet illustre banni chez Admète pour reprendre la suite de l’hisloire.
£ XVII. — D^.snrT£BEsSEME7rr d’Abistide daxs le
MAXIBMBIVT UES DENIBBS PUBLICS; SA MOBT ; SOB
ÊLO€E.
J’ai dit auparavant que le commandement de la Grèce avait passé de Sparte ù Athènes *. Jusque-là les villes et les peuples de la Grèce avaient bien contribué de quelques sommes d’argent pour fournir aux frais de la guerre contre les barbares , mais celte répartition avait toujours causé de grands mécontentements, parce qu’elle ne se faisait pas avec assez d’égalité. On jugea à propos, sous le nouveau gouvernement, de placer dans l’tle de Délos le trésor pub lie et commun de la Grèce, d’établir un nouvel ordre pour les finances , et de fixer une taxe qui serait réglée sur le revenu de chaque ville et de chaque peuple, afin que, les charges étant également, réparties sur tous les membres qui composaient le corps des alliés , personne n’eût un juste sujet de se plaindre. Il s’agissait de trouver un homme capable de s’acquitter dignement d’une fonction si importante pour le bien public, si délicate, cl si pleine de dangers et d’inconvénients. Tous les alliés jetèrent les yeux sur Aristide; ils lui donnèrent un plein pouvoir , et s’en rapportèrent entièrement à sa prudence et à sa justice pour imposer à chacun .sa taxe.
On n’eut pas lieu de se repentir d’un tel choix. 11 administra les finances avec la fidélité elle désintéressement d'un homme qui regarde comme un crime capital de loucher nu bien d’autrui ; avec l’attention et l’activilé d'un père de famille qui gouverne son propre revenu ; avec la réserve et la religion d’une personne qui respecte les deniers publics comme sacrés. Enfin, ce qui est aussi difficile que rare, il vint à bout de se faire aimer dans un emploi où c’est beaucoup que de ne se pas rendre odieux. C'est le 'glorieux témoignage que Sénèque * rend à une personne chargée
‘ Plut, in Arist. pag. 333-335. - Dlod. lib. 11. pag. 3ft.
• O Tu quidem orbis terrarum rationes administras (am ■ abstinenter quàm aliénas, lam diligenter quàm tuas,
« tam religiosé quàm publlcas. In oIQcio amorcnl’ conse-
à peu près d’un pareil emploi , et le plus bel éloge que l’on puisse faire d’un surintendant ou contrôleur général des finances. On y reconnaît le portrait d’Aristide. Il montra tant d’équité et de sagesse dans l’exercice de ce ministère, que personne ne se plaignit; et dans la suite on regarda toujours ce temps comme le siècle d’or, c’est-à-dire comme le bon eli l'heureux temps de la Grèce. En effet, la taxe, qu’il avait fixée en tout à quatre cent soixante talents , fut portée par Périclès à six cents , et bientôt après jusqu’à treize cents talents * ; non que les frais de la guerre montassent plus haut, mais parce qu’on faisait beaucoup de dépenses inutiles en distributions manuelles au peuple d’Athènes , en célébrations de jeux et de fêles , en constructions de temples et d’édifices publics , et que d’ailleurs les mains de ceux qui louchaient les deniers publics n’étaient pas toujours si pures ni si nettes que celles d’Aristide. Celle conduite si .sage et si équitable lui assura le glorieux surnom de juste.
Plutarque néanmoins rapporte une action d’Aristide qui fait voir que les Grecs, cl il en faut dire autant des Romains, avaient une idée très-limitée et Irés-imparfailc de la justice. Ils en bornaient l’usage à l’intérieur de la société civile , et convenaient que de particulier à particulier on était tenu d’en garder rigoureusement toutes les règles. Mais, quant à la patrie, à la république , qui était leur grande idole à laquelle ils rapportaient tout , ils pensaient tout autrement , et croyaient, par principe, devoir lui sacrifier non-seulement leurs biens et leur vie, mais la religion même et les engagements les plus sacrés , au mépris des serments les plus solennels : c’est ce qui parait clairement dans le fait que je vais exposer.
Après la répartition des tributs dont je viens de parler, Aristide *, ayant réglé tous les articles de l’alliance , fit jurer les alliés qu’iU les
« qiicrls , in quo oüium vitarc dÜTlcile est. » ( Sebbc. lib. de Brevit. vit. cap. 18.)
* Le (aient vaut mille écus. = Qualre renia lulents attiques valent 2015 000 Tr. — Six cents talents atliques valent 3 450 000 Tr. — Treize cents talents atliques valent 7 475 000 fr. E. W.
• Plut, in A ri.<^t. |Mig. 333-334.
observeraient de point en point, et il jura luimême pour les Athéniens ; et , en prononçant les malédictions qui accompajjnaicnt les serments , il jeta dans la mer, selon la coutume , lies masses de fer tout ardentes ; mais dans la suite les affaires forçant les Athéniens à violer quelques-uns de ces articles, et à gouverner un peu plus despotiquement , il les exhorta ù rejeter sur lui ces malédictions , et à se décharger par là de la peine due à un parjure que la nécessité de leurs affaires exigeait nécessairement. En général ( c’est toujours Plutarque qui parle ), Théophraste écrit que cet homme, qui , dans tout ce qui le regardait en particulier, et dans toutes les affaires de ses ciloyeus, se piquait d’une exacte et rigoureuse justice, faisait dans le gouvernement de la république plusieurs choses selon l’exigence des cas, cl selon qu’il était expédient à la patrie , qui , selon lui , avait quelquefois besoin de recourir à l’injustice pour se soutenir ; et il en rapporte un exemple. En jour, comme on délibérait dans le conseil de faire portera Athènes, contre le traité, les trésors communs de la Grèce qui étaient en dipét A Délos, les Samiensen ayant ouvert l’avis , quand ce fut à lui à parler, il dit que cela était injuste , mais utile , et fil prévaloir l’avis. Ce fait nous montre de quelles ténèbres la prétendue sagesse des païens était accompagnée.
Pour ce qui regarde le mépris des nchesses , il est difficile de le porter plus loin qu’il le fil. Thémislocle , à qui les louanges d’autrui ne faisaient pas plaisir, voyant qu’on relevait avec beaucoup d’admiration le noble désintéressement d’Aristide dans l’administration des finances , ne fil que s’en moquer, faisant entendre que les louanges qu’on lui donnait sur cela ne marquaient en lui que le mérite d’un coffre-fort, qui garde fidèlement l’argent qu’on lui confie sans en rien retenir. Celte froide raillerie était une puérile vengeance d’un mot qui l’avait fort piqué. Car ’Thémistocle disant un jour qu’il estimait que la plus grande qualité d’un général d’armée était de savoir pressentir et prévoir les desseins des ennemis : « Celle qualité est nécessaire , repartit Aris- « lide , mais il en est une autre vérilablemeiil M belle et digne d’un général , c’est d’avoir (I les mains nettes, cl de ns sc laisser pas do-
« miner par l’argent. » Aristide était en droit de lui parier ainsi , lui qui , après avoir passé par des emplois si lucratifs pour les autres , était réellement pauvre. Il paraissait aimer la prauvreté par goût et par estime ; et, loin d’eo rougir, il n’en lirait pas moins de gloire que de tous ses trophées et de toutes les victoires qu’il avait remportées. L’histoire nous en fournil une preuve Irès-éclalante.
Callias , très-proche parent d’Aristide , et le plus opulent citoyen d’Athènes , fut appelé en jugement. Son accusateur, insistant peu sur le fond de la cause , lui faisait surtout un crime de ce que , riche comme il était , il n’avait pas de honte de laisser dans l’indigence Aristide, aussi bien que sa femme et scs enfants. Callias, voyant que ces reproches faisaient beaucoup d’impression sur l’esprit des juges , somma Aristide de venir déclarer devant eux s’il n’était pas vrai qu’il lui avait plusieurs fois présenté de grosses sommes d’argent , cl l’avait pressé avec instance de vouloir les accepter , cl s’il ne les avait pas toujours conslamment refusées, en lui répondant qu'il se pouvait vanter à meilleur titre de sa pauvreté que lui de son opulence ; que l'on pouvait trouver assez de gens qui usaient bien de leurs richesses, mais qu’on en rencontrait peu qui portassent la pauvreté avec courage, et même avec joie ; et qu’il n’y avait que ceux i|ui étaient pauvres malgré eux, on par leur faute, pour avoir été paresseux , intempérants , prodigues . déréglés , qui pussent en rougir. Aristide ' avoua que tout ce que son parent venait de dire était vrai, et il ajouta qu’une disposition d’âme qui retranche tout désir des choses superflues, et qui resserre les besoins de la vie dans les bornes les plus étroites, outre qu’elle délivre de mille soins importuns, et laisse une liberté entière de ne s’occuper que des affaires publiques^ approche en quelque sorte l’homme vertueux de la Divinité même, qui est sans soins et sans besoins. Il n’y eut personne dans l’assemblée qui n'en sortit avec celte pensée et ce sentiment intérieur, qu'il eût mieux aimé être Aristide avec sa pauvreté que Callias avec toutes ses richesses.
Plutarque rapporte ici en abrégé un témoi-
* Flul. in comiur. Arlu. et Cnlon. pig. 3&j.
gnsgc bien glorieux que Platon rend A In vertu d’Aristide , pour laquelle il le préfrf-re inGiiimcnl à tous les outres grands hommes qui ont vécu de son temps. Cor, dit-il , Thémi.slocle , Cimon et Périclés , ont rempli leur ville de superbes bâtiments, de portiques, de salues, de richesses, d’ornements, et d’autres vaincs superfluités de ce genre ; mais Aristide a travaillé à la remplir de vertus. Or, pour procurer A une ville un véritable bonheur, il faut In rendre vertueuse, et non pas riche.
Le même Plutarque observe encore un autre trait de ht vie d’Aristide, qui , tout simple qu'il est, lui fait beaucoup d’honneur, et peut être d’une grande instruction. C’est dans le beau traité ' où il examine si les vieillards doivent continuer à se mêler du gouvernement , et ntl il montre d’une manière admirable les différents services qu’ils peuvent encore rendre à l’état, quoique dans un Age avancé. Il ne faut pas s’imaginer, dit-il , que, pour rendre service à scs citoyens , il soit nécessaire de se donner beaucoup de mouvement, de haranguer le peuple, d’occuper les premières pinces, décommander les armées. Un sage vieillard , sans même sortir de sa maison, peut y exercer une sorte de magistrature, obscure et secrète à la vérité, mais qui n’en est pas moins importante, en formant la jeunesse par ses conseils, et lui tmfaiit la route qu’elle doit tenir dans le maniement des affaires. Aristide , ajoute Plutarque, ne fut pas toujours en charge , mais il fut toujours utile A sa patrie. Sa maison était une école publique de vertu , de sagesse , de politique. Elle était ouverte A tous les jeunes gens d’Athènes qui avaient bonne volonté , et qui allaient le consulter comme un oracle. Il les recevait avec bonté, il les écoutait avec patience, il les instruisait familièrement, et s'appliquait surtout A leur relever le courage et A leur inspirer de la confiance. On marque en particulier qu’il rendit cet inqiortant service A Cimon , dont le nom depuis devint si célèbre.
Plutarque ’ partageait en trois Ages la vie
■ Pis. 79.V797.
■ Il applique à ntle occasion ce qui te praliquall à Rome, où les vestales passaient les dix premières années à apprendre leurs foncliont dans une espèce de noviciat . les dix suivantes à les exercer, et les dix autres à les enseigner aux Jeunes novices.
des hommes d’état, des hommes ilc*8tinés A gouverner. Il voulait que, dans le premier, ils s’instruisissent tics principes du gouvernement; que , dans le second , ils les missent en pratique , et que , dans le dernier, ils en instruisissent les autres.
L’histoire ne nous dit rien de positif ni sur le temps, ni sur le lieu de la mort d’Aristide ‘ ; mais elle rend A sa mémoire un témoignage bien glorieux , en marquant que ce grand homme , qui avait eu les premières charges de la république, et qui avait manié les finances avec une autorité absolue, mourut pauvre , et ne laissa pas même de quoi se faire enterrer. Il fallut que l’ébit fit les frais de scs funérailles, et se chargeât de faire subsister sa famille. Scs filles furent mariées, et l.ysimaque sou fils entretenu aux dépens du Prytanêe , qui assigna aussi A la fille de ce dernier, après sa mort, le même entretien qu’on donnait A ceux qui avaient vaincu aux jeux olympiques. Plutarque rapporte*, A cette occasion, ce que firent les Athéniens en faveur de la postérité d’Aristogiton , leur libérateur, tombée dans la pauvreté; et il ajoute que de son temps encore, c’est- A-dirc près de six cents ans après, ils faisaient paraître la même bonté et la même libéralité. Grand éloge pour une ville, de s’être conservée si longtemps généreuse et reconnaissante ; et puissant motif pour enfiammer le courage des particuliers, qui se voyaient assurés de laisser A leurs enfants les récompenses que la mort les aurait empêchés de recevoir euxmêmes! Il était beau de voir les arrière-neveux des libérateurs et des défenseurs de la république , qui u’avaienl reçu de leurs pères d'autre héritage que la gloire de leurs kdlcs actions, entretenus encore longtemps après aux dépens du public , en considération des services que leur famille avait rendus A l’état. Ils subsistaient de la sorte bien plus honorablement , et rappelaient avec bien plus d’éclat la mémoire de leurs ancêtres , qu’une infinité d’autres citoyens A qui leurs pères n’avaient songé qu’A laisser de grandes richesses, lesquelles pour l’ordinaire ne survivent pas de beaucoup A ceux qui les ont acquises, et ne laissent souvent A leur postérité que fodieuse
( Plut. In ArUt pag. 33i-335.
* Voy. pag. 3)7 de ce rolume.
mémoire des injustices dont elles sont le fruil.
Le plus grand honneur que l’aiUiquilé ail fait k Aristide , est de l'avoir surnommé le jutte. Ce ne fut point quelque occasion particulière , mais le gros de sa conduite et le corps de scs actions qui lui valut ce titre illustre. Plutarque fait ici une rèdexion bien remarquable, et que je ne crois pas devoir omettre.
De toutes les vertus d’Aristide dit cet auteur sensé, la plus connue, et celle qui se fil le plus sentir, fut sa justice, parce que c’est la vertu dont l’usage est le plus continuel , dont les fruits se répandent sur un plus grand nombre de personnes, et qui est comme le fondement cl l’âme de tout emploi et de toute administration publique. De là vint que , quoique pauvre, et du simple peuple , il mérita le surnom de /liste ; surnom, dit Plutarque, vérilablemenl royal , ou, pour mieux dire, véritablement divin , mais que les princes et les grands n'ambilionncnl guère , parce qu'ils n’en connaissent pas la beauté et rcxcelicnce. Ils aiment mieux qu'on les appelle’ des preneurs de villes , des foudres de guerre , des vainqueurs et des conquérants, quelquefois même des aigles et des lions; préférant ainsi le vain honneur de ces titres fastueux, qui n’annoncent que violence et ravage, à la solide gloire de ceux qui marquent la bonté cl la vertu. Ils ignorent, continue toujours Plutarque , que des trois principaux attributs de la Divinité, dont les rois se fbnl honneur d'être l'image, je veux dire l’immortalité, la puissance, la justice; que de ces trois attributs, dont le premier excite notre admiration et nos désirs, le second nous remplit de crainte et de frayeur, le troisième nous inspire l’amour et le respect , le dernier est le seul qui soit véritablement et personnellement communiqué à l’homme, et le seul qui pui.sse le conduire aux deux autres, l'homme ne pouvant devenir véritablement Immortel et puissant qu’en devenant juste.
Avant que de rèprendre la suite de l’histoire, il n’est pas hors de propos de remarquer que c’est à peu près dans le temps dont nous parlons ici ’ que la réputation de la Grèce ,
* PIul. in vil. Arist.pag. 321-323.
* Poliorecifs. Ceraunus. Nicanur.
* Ad. V.3^2; dcRoin. 302.
plus célèbre encore par la sagesse de son gouvernement que par l’éclat de ses victoires , porta les Romains à avoir recours à scs lumières. Rome, formée sous les rois, manquait des lois nécessaires à la bonne conslitulinn d’une république. Elle envoya ' des dépuliSs pour rechercher les lois des villes de la Grèce, et surtout celles d’Athènes, plus conformes au gouvernement populaire , qui avait été établi depuis l'expulsion des rois. Sur ce modèle, dii magistrats, qu'on créa sous le nom de décemtirs avec une autorité absolue, rédigèrent les lois des douze tables, qui sont le fondement et la source du droit romain.
8 XVIII. — UOBT DE XeRXZs , ici AETÀllSt.
Sas CAIACTkBE.
Les mauvais succès qu’avait eus Xenèt dans son expédition contre la Grèce*, et qui avaient continué depuis , lui abattirent eniÎD le courage. Rcnon(anlà tout projet de guerre et de conquête, il se livra entiérument au laïc et à la mollesse , et ne pensa plus qu’à ses plaisirs. Arlabanc’, Hyrcanien de naissance, capitaine de scs gardes, cl depuis longtemps un de ses premiers favoris , s’aperçut que celle conduite lui avait attiré le mépris de ses sujets , cl crut que c’était une occasion favorable de conspirer contre son maître ; et il porta ses vues ambitieuses jusqu’à se fiallcr de remplir sa place et de monter sur sou trône *. Ine autre raison put bien aussi le |>orler à ce crime. Xerxés lui avait ordonné de faire mourir Darius, l’alné de scs fils : l'histoire ne noos apprend point pour quelle raison. Comme cet ordre avait été donné au milieu d'un repas et' dans la chaleur du vin , il crut que Xcriès l’oublierait , et il ne se hâta pas de l’exécuter. Mais il se trompa : le roi se plaignit de n’avoir
1 (t Hfssl Atbenas, jussique Inclyus legcsSoIoniJ a describere » et alierum Grecie civHatum infilMute .
• res.juraque noscere... Decem Ubularum li’gcs pertat* a 8unt (quibuü adjecir po«Ue.i duæ ) : qui nunr quot]Uf in a hoc immenso aliarum super albs privalai uni leguni ru- « rnulo , Tons omnis iHjlilici pri>j|iquc est juris. »(Lnlib. 3, n.3l ol3i.)
> An. M. 3ô^tl ; »v. J. C. 173.— GJe.sia.'S. cap. 2.— Dlod llb. it, pa^. 52. — Justin, lib. 3. cap. 1.
* Ce n'esl pa» .Vrlilmnc, oncle de Xeriè**.
* Arlslol. Poütic. lib. 5, cap. 10, jiag. 10t.
prinl été obéi. Artabanc cra^nil donc son ressenlimenl , cl crui devoir le prévenir. Il engagea dans son complot Mithridate, l'un des eunuques du palais , et grand chambelian du roi ; et , par son moyen , il entra dans la chambre où couc: ait le prince , et le tua pendant qu’il dormait. De là il alla trouver Artâxerxe, troisième (ils de Xerxès. 11 lui apprit le meurtre de son père , et en chargea Darius , son frère ainé , comme si l’impatience de régner l’eût porté à commettre ce parricide. 11 ajoutait que , pour se mettre pleinement en sûreté, son dessein était de se défaire encore de lui , qu’ainsi il était nécessaire qu’il SC tint sur ses gardes. Ces discours ayant fait sur Artâxerxe , encore jeune , toute l’impression que souhaitait Artabane, il alla sur-lecharap dans l’appartement de son frère , et , soutenu par Artabane et par ses gardes , il l’égorgea. Hyslaspe , second fils de Xerxès , était celui à qui la couronne appartenait après Darius ; mais comme il se trouvait alors dans la Baclriane , dont il était gouverneur , Artabane mil Artâxerxe sur le trône , dans l’intenlion de ne l’y laisser que jusqu’à ce qu’il eût formé un parti assez fort pour l’cn chasser et y monter lui-même. La grande autorité dont il avait joui lui avait acquis un grand nombre de créatures. 11 avait outre cela sept fils , tous grands de taille , bien faits , pleins de force cl de courage , et élevés aux plus grandes dignités de l'empire. Le secours qu’il s’en promettait était principalement ce qui l’avait porté à ce dessein ambitieux. Mais , pendant qu’il se hâtait de l’amener à sa fin , Artâxerxe, ayant découvert ce complot par le moyen de Mégabyze , qui avait épousé une de ses sœurs, travailla à le prévenir, et le tua avant qu’il eût pu exécuter sa trahison. Par sa mort , ce prince s’afTermil dans la possession du royaume.
Nous venons de voir périr Xerxès , un des princes les plus puissants qui aient jamais été. Je n’ai pas besoin de prévenir le lecteur sur le jugement qu’il en faut porter. On voit autour de lui tout ce qu’il y a de plus grand et de plus éclatant selon les hommes : le plus vaste empire qui fût alors sur la terre , des richesses immenses, des armées de terre et de mer
dont le nombre paraît incroyable. Tout cela est autour de lui , non en lui , et n’ajoute rien à ses qualités naturelles. Mais , par un aveuglement trop ordinaire aux grands cl aux princes, né dans l’abondance de tous les biens avec une puissance sans bornes , dans une gloire qui ne lui avait rien coûté , il s’élail accoutumé à juger de scs talents et de son mérite personnel par les dehors de sa place et de son rang. Il méprise les sages conseils d’Arlabane , son oncle , et de Démarate , qui seuls ont le courage de lui dire la vérité , et il se livre à des courtisans adorateurs de sa fortune , et uniquement occupés à le flatter dans ses passions. Il mesure et prétend régler le succès de ses entreprises sur l’étendue de son pouvoir. La soumission servile de tant de peuples ne pique plus son ambition , et , dégoûté d’une obéissance trop prompte et trop facile , il se plaît à exercer sa domination sur les éléments , à percer les montagnes cl à les rendre navigables , à châtier la mer pour avoir rompu son pont , à entreprendre follement d’en captiver les flots par des chaînes qu’il y fait jeter. Plein d’une vanité puérile et d’un orgueil ridicule, il se regarde comme le maître de la nature : il croit qu’aucun peuple n’osera attendre son arrivée ; il compte avec une présomptueuse et folle assurance sur les millions d’hommes et de vaisseaux qu’il traîne après lui. Mais quand, après la bataille de Salamine', il vit les tristes restes et les honteux débris de ses troupes innombrables répandus dans toute la Grèce , il comprit quelle différence il y avait entre une armée et une foule d’hommes. En un mol , pour bien juger de Xerxès, il ne faut que le mettre à côté d’un simple bourgeois d’Athènes , d’un Milliade , d’un Thémislocle , d’un Aristide. D’un côté est tout le bon sens, la prudence , l’habileté dans le métier de la guerre , le courage , la grandeur d’âme; de l’autre , on ne voit que vanité, orgueil , entêtement , une bassesse de sentiments qui fait pitié , et quelquefois même une brutalité et une barbarie qui font horreur.
< Stratusque per totam passim Grveiam Xcries inu llexit, quanlùm ab ciercitu turba dislaret. » (Sbrec. de henef. lib. G, cap. 32. )