‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 3)Chapitre 8 sur 125 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

TUKBAIDE.

Tliébes, qui donna son nom à la Thébalde , le pouvait disputer aux plus belles villes de l’univers. Ses cent portes chantées par Homère ^ sont connues de tout le monde , et lui font donner le surnom d’Hécatompyle, pour la distinguer d’une autre Thébes située en Réolie. Elle n’était pas moins peuplée qu’elle était vaste , et on a dit qu’elle pouvait faire sortir ensemble deux cents chariots et dix mille combattants par chacune de scs portes. Les Grecs

' Strab. lib. 17. pag. 787.

s Tarit. Ano. lib. 2. cap. 61.

> IIiHn. I. liv. 1 . vers 381.

et les Romains ' ont célébré sa magniflcencc et sa grandeur, encore qu'ils n'en eussent vu que les ruines, tant les restes en étaient augustes.

On a découvert ’ dans la Thébalde (on l’appelle maintenant le .Sayd) des temples et des palais encore presque entiers, où les colonnes et les statues sont innombrables. On y admire surtout un palais dont les restes semblent n’avoir subsisté que pour effacer la gloire des plus grands ouvrages. Quaire allées à perte de vue, et bornées de part et d’autre par des sphinx d’une matière aussi rare que leur grandeur est remarquable , servent d'avenues à quatre portiques dont la hauteur étonne les yeux. Encore ceux qui nous ont décrit ce prodigieux édifice ii’ont-ils pas eu le temps d’en faire le tour, et ne se sont pas mémo assurés d’en avoir vu la moitié ; mais tout ce qu’ils ont vu était surprenant. Une salle , qui apparemment faisait le milieu de ce superbe palais, était soutenue de six-vingt ct>lonnes de six brassées de grosseur, grandes à proportion, et entremêlées d’obélisques que tant de siècles n'ont pu abattre. La peinture y avait étalé tout son art et toutes ses richesses. I.es couleurs mêmes, c’est-à-dire, ce qui éprouve le plus tôt le pouvoir du temps , se soutiennent encore parmi les ruines de cet admirable édifice, et y conservent leur vivacité : tant l’Égypte savait imprimer un caractère d’immortalité à tous scs ouvrages. Strabon’, qui avait été sur les lieux, fait la description d'un temple qu’il avait vu en Egypte , presque entièrement semblable à ce qui vient d’étre rapporté.

Le même auteur *, en écrivant les raretés de la niébalde, parle d’une statue de Memnon , fort célèbre, dont il avait vu les restes ®. On dit que cette statue, lorsqu’elle était frappée des premiers rayons du soleil levant , rendait un son articulé. En effet Strabon entendit ce son; mais il doute qu'il vint de la statue.

• fSIrab. lih, 17. paa. RIO. — TacU. Aim. lib. 2. cip. 60

• Vojage de Thê\cool.

» l.ib. 17 . jwg. 805.

« Pag. 816.

B K Gcrmanicus alils quoque miracutis iDlenditaoimuni. quorum præcipua fuérc Memnonis aaiea effigies , ubi ra* fliis solis trta est, voralem bonum reddeos, etc. » Taux Annal, lib. 2. cap. 01.

CHAPITRK II.

l^GYPTR DU MILIEU , OU UEPTANUHE.

Celte partie de l’Kgypte avait pour capitale Memphis. On voyait dans cette ville plusieurs temples maj^niflques, entre autres ci'lui du dieu Apis, qui y l'tait honoré d’une manière particulière. Il en sera parlé dans la suite, aussi bien que des pyramides, qui étaient dans le voisinage de Memphis, et qui ont rendu celte ville si célèbre. Elle était située sur le bord occidental du Nil.

Le grand Caire ’, qui semble avoir succédé à Memphis, a été b.^li de l’autre côté du Nil. Le chttteau du Caire est une des choses les plus curieuses qui soient en Egypte. 11 est situé sur une montagne hors de la ville. Il est béli sur le roc qui lui sert de fondement , et entouré de murailles fort hautes et fort épaisses. On monte à ce chAleau par un escalier taillé dans le roc , si aisé A monter, que les chevaux et les chameaux tout chargés y vont facilement. Ce qu’il y a de plus beau et de plus rare à voir dans ce château , c’est le puits de Joseph. On lui donne ce nom, soit parce que les Egyptiens se plaisent â attribuer â ce grand homme ce qu’ils ont chez eux de plus remariiuablc , soit parce qu’en effet celle tradition s’est conservée dans le pays^ C’est une prouve au moins que l’ouvrage est fort ancien ; et certainement il est digne de la magniQeence des plus puissants rois de l’Égypte. Ce puits est commeâ double étage , taillé dans le roc vif, d’une profondeur prodigieuse. On descend jusqu’au réservoir qui est entre les deux puits par un escalier qui a deux cent vingt marches, large d’environ sept â huit pieds, donlla descente, douce et presque imperceptible, laisse un accès très facile aux bœufs qui y sont employés pour faire monter l’eau. Elle vient d’une source qui est presque la seule qui se trouve dans le pays. Les bœufs font tourner conlinuellemcnt une roue où lient une conle à laquelle sont attachés plusieurs

* Voyage de Tbi5vcnol.

* Il eal reconou aujourd'hui que ce puits a tUd bdU tous le célèbre sultau Saladiu . qui avait le surnom de Joseph (lousouf). Sa profondeur est d environ 100 mèlrcs.

seaux. L’eau tirée ainsi du premier puits, qui est le plus profond, se rend par un petit canal dans un réservoir qui fait le fond du second puits , au haut duqiiid elle est portée de la même manière; et de lâ elle se distribue par des canaux en plusieurs endroits du château. Comme ce puits passe dans le pays pour être fort ancien , et qu’effcclivcmenl il se sent bien du goût antique des Egyptiens , j’ai cru qu’il pouvait ici trouver sa place parmi les raretés de l’ancienne Egypte.

SIrabon' parle d’une machine pareille, qui, parle moyen de roues cl de poulies, faisait monter de l'eau du Nil sur une colline fort élevée, avec celte différence qu’au lieu de bœufs c’élaictil des esclaves, au iiombn' de cent cinquante , qui étaient employés â faire tourner ces roues.

La partie de l’Egypte dont nous parlons ici est célèbre par plusieurs raretés qui méritent d’élre examinées chacune en particulier. Je n’en rapporterai que les principales : les obélisques, les pyramides, le labyrinthe, le lac de Mœris . et ce qui regarde le Nil.

S I. — ÛBél.ISQEES.

L’Egypte semblait mettre toute sa gloire à dresser dis monuments pour la postérité. Ses obélisques font encore aujourd’liui, autant par leur beauté que par leur hauteur, le principal ornement de Rome ; et la puis.sance romaine , désespérant d’égaler les Égyptiens, a cru faire assez pour sa grandeur d’emprunter les monuments de leurs rois.

Un obélisque est une aiguille ou pyramide quidrangulaire , menue , haute, et perpendiculairement élevée en pointe, ijour servir d’oniement â quelque place, cl qui est souvent chargée d'inscriptions ou d’hiéroglyphes. Ou appelle hiéroglyphes , des figures ou des symboles mystérieux, dont se servaient les Égyptiens pour couvrir et envelopper les choses sacrées cl les mystères de leur théologie*.

' I.ib. 17, pue. S07.

* M. Champollion le jeune a trouvé avec beaucoup de bonheur la clé des hiéroglyphes. La mort de ce savant a été une perte immen.se |>our la science hiéroglyphique : heureusement que sa grammaire nous reste. E. B

by Googlt

S^sosfris avait fait élever ’ dans la ville d’Héliopnlis deux obélisques d’une pierre très dure , tirée des carrières de la ville de Syéne , à l’cxlrémilé de Ttsypte. Us avaient chacun cent vingt coudées de haut*, c’est-à-dire trente toises ou cent quatre-vingts pieds. L’empereur Auguste , après avoir réduit l’Egypte en province , fit transporter à .Rome ces deux obélisques , dont l’un a été brisé depuis. Il n’osa pas en faire autant à l’égard d’un troisième, qui était d’une grandeur énorme. Il avait été construit sous Uamessès ’ : on dit qu’il y avait eu vingt milb‘ hommes emidoyés à le tailler. Constance, plus hardi qu’Auguste, le fit transporter à Rome. On y voit encore ■* deux de ces obélisques , aussi bien qu’un autre de cent coudées ou vingt-cinq toises de haut, et de huit coudéus ou deux toises de diamètre. Calus César l’avait fait venir d’Egypte sur un vaisseau d’une fabri(]uc si extraordinaire, qu’au rapport de Pline on n’en avait jamais vu de pareil.

Toute l’Egypte était pleine de ces sortes d’obélisques *. Us étaient pour la plupart baillés dans les carrières de la haute Egypte, où l’on en trouve encore (|ui sont à demi laillé'S. Mais ce qu’il y a déplus admirable , c’est que les anciens Égyptiens avaient su creuser jusque dans la carrière un canal , où montait l’eau du Nil dans le temps de son inondation ; d’où ensuite ils enlevaient les colonnes , les obélisques, et les statues sur des radeaux ® proportionnés à leur poids , pour les conduire dans la basse Egypte. Et , comme le pays était

* Diod. lib. 1 , pag. 37

* iiOroudt^es royales égyptiennes valent 63 métros.

Nota. Toutes les réductions de mesures ont été Lite*

d'après Ifi Traité de Métrologie ancienne et mcnlerne, publié on IKVi par M. Saigoy. Nou.s renvoyons à la fin do l'iiistoirc do chaque peuple reiplic.Mion «lu Sun système de mesures. A moins d'indications contraires et posillves. tous les nombres donnés par les auteurs anciens seront considérés comme sc rapportant à des mesures, poids et monnaies en u.<age dans le pays dont I Itisloire est racontée par ces auteurs. E. B.

> IMin. lib. M). cap. 0 cl R.

* Ibid, cap 9.

> Paris possède depuis 1835 I un des beaux obélisques de I/»uqsor. E. B

® Le radeau est un assembliKc de plusieurs pièces de bois plates , ([ui sert à voUurer des iiiarchnudiscs sur une rivière. *

tout coupé d’une infinité de canaux , il n’y avait guère d’endroits où ils ne pussent transporter facilement ces massifs énormes, dont le poids aurait fuit succomber toute autre sorte de machines.

S II. — Ptiahides.

Une pyramide est un corps solide ou creux, qui a une base large el ordinairement carrée, qui se termine en pointe.

Il y avait ' en Égypte trois pyramides plus célèbres que toutes les autres, qui, selon Diodore de Sicile, ont mérité d’étre mises au nombre des sept merveilles du monde. Elles n’étaient pas fort éloignées de la ville de Memphis. Je ne parlerai ici que de la plus grande des trois. Éllc était , comme les autres , bâtie sur le roc qui lui servait de fondement , de figure carrée par sa base, construite au-dehors en forme de degrés , et allait toujours en dinninuant jusqu’au sommet. Elle était bâtie de pierres d’une grandeur extraordinaire, dont les moindres étaient de trente pieds, travaillées avec un art merveilleux, cleouverlos de figures liiéroglypliiques. Selon plusieurs des anciens auteurs, chaque côté avait huit cents pieds (le largeur, et autant de hauteur. Le haut de la pyramidequid’cii bas semblait être une pointe, une aiguille, était une belle plate-forme île dix ou douze grosses pierres , el chaque côté de celte plate-forme était de seize à dii-sept pieds.

Voici la mesure qu’en a donnée feu M. de Chazclles, de l’Académie des Sciences, qui avait été exprès sur les lieux en 1693 :

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