Première partie
On doit d'abord rcconnatlre et admirer dans Alexandre un naturel heureux , cultivéel perfectionné par une excellente cMlucation. Il avait de la grandeur d’âme , de la noblesse , de la générosité. Il aimait à donner, à répandre . à faire plaisir '. Il avait appris dés sa plu:. tendre jeunesse à en user de la sorte. Un jeune garçon , qui servait à ramasser et à jeter des balles quand il jouait à la paume , à qui il ne donnait rien, lui fit sur ce sujet une bonne leçon. Comme il jetait toujours la balle aux autres joueurs , le roi , d’un ton (àclié et colère , lui cria ; Tu ne me la donnes point à moi? Non, seigneur, répliqua le jeune garçon , car vous ne me la demandez pas. Celle réponse vive et prompte , et pleine d’esprit , fit plaisir au prince : il se mil à rire , et lui fit depuis plusieurs pré.sents. Il ne fut plus besoin dans la suite d'inviter et de provoquer sa libéralité : il se fàcliail véritablement contre ceux qui ne voulaient pas en profiler. II écrivit à Phocion , qui demeura toujours roide et inflexible sur ce point , gu'il ne serait plus désormais son ami , s'il refusait les grâces qu'il voulait lui faire.
Comme si dés scs premières années il eût senti à quoi il était destiné, il voulait primer en tout, et l’emporter sur tous les autres. Personne ne porta jamais si loin que lui l’ardeur pour la gloire ; et l'on sait que l’ambition , qui est parmi nous un grand vice , était ordinairement regardée cliez les païens comme une grande vertu. Elle lui fit soutenir avec courage tous les travaux et toutes les fatigues nécessaires pour se distinguer dans les exercices et du corps et de l’esprit. On l’accoutuma de bonne heure à une vie sobre , dure , simple , éloignée de tout luxe cl de toute délicatesse, ce qui est un excellent apprentissage pour le métier de la guerre.
Je ne sais si jamais jeune prince eut l’esprit plus cultivé qu’Alexandrc. Eloquence , poésie , belles-iettres , arts de toutes sortes . sciences les plus abstraites et les plus sublimes , tout lui devint familier. Quel bonheur de trouver un maître comme il en cul un! Il
* IMul. io Alci. pdg. 0H7.
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fiillait un Aristote pour un Alexandre. Je suis ravi de voir le disciple rendre un illustre témoignage à son maître en déclarant qu’il lui était en un certain sens plus redevable qu'à son père même. Pour penser et parler ainsi , il faut connaître tout le prix d'une bonne éducation.
On en vit bientéi les effets. Peut-nn trop admirer la solidité d'esprit de ce jeune prince dans les conversations qu'il eut avec les ambassadeurs de Perse; sa prudence prématurée , lorsqu'en qualité de régent pendant l'absence de son père il contint, encore tout jeune, et pacifia la Macédoine ; son courage et sa bravoure dans la bataille de Chéronée , où il se distingua d'une manière si marquée 7
Je le vois avec peine manquer de respect pour son père dans un repas public, et lui insulter même d'une manière indigne par une raillerie outrageante. Il est vrai que l'affront que Philippe faisait à sa mère Olympias en la répudiant le transporta hors de lui-méme; mais nul prétexte, nulle injustice, nulle violence , ne peuvent justifler ni excuser un tel emportement à l'égard d'un père et d'un roi.
Il Qt paraître plus de modération dans la suite lorsqu'à l’occasion des discours insolents et séditieux que tenaient ses soldats dans une mutinerie, il dit que Rien n’était plus royal que d'entendre tranquillement dire du mal de soi en faisant du bien On a remarqué que le grand prince de Condé n’admirait rien plus dans ce conquérant que la noble lierté avec laquelle il parla aux soldats mutinés qui refusaient de le suivre. Allez, lâches, leur dit-il , allez , ingrats , dire en votre pays que tous ate- abandonné cotre roi parmi des peuples qui lui obéiront mieux que vous. « Alexandre, dit M. le prince, abandonné K des siens parmi des barbares mal assujettis ,
« se sentait si digne de commander, qu’il ne « croyait pas qu’on pùt refuser de lui obéir.
« Être en Europe ou en Asie, parmi les Grecs « ou les Perses , tout lui était indifférent : il « pensait trouver des sujets où il trouvait des K hommes, a La patience et la modération d’Alexandre , dont j’ai d’abord parlé, ne sont pas moins admirables.
■ Plul. in Alei. pap.G88.
* S. Kvremond.
Les commcncciDcnls de son rùf^nc sont peut-être ce qu’il y a eu de plus glorieux dans toute sa vie : qu’à l’àge de vingt ans il ait pu paciüer les troubles intérieurs du royaume ; qu'il ait abattu ou soumis les ennemis du dehors , et quels ennemis ! qu’il ait désarmé la Grèce liguée presque entière contre lui , et qu’en moins de deux ans il se suit mis en état d’exécuter sûrement ce que son prédécesseur avait sagement projeté : tout cela suppose une présence d’esprit, une fermeté d'àme, un courage, une intrépidité, et, plus que tout cela encore , une prudence consommée ; qualités qui font le vrai caractère d’un héros.
11 le soutint merveilleusement, ce caractère de héros , dans toute la suite de son expédition contre Darius, jusqu’au temps que nous avons marqué Plutarque a raison d’en admirer le projet seul comme l’acte le plus héroïque qui ait jamais été. Il le forma dès qu’il fut monté sur le trône , regardant ce dessein comme faisant partie, en quelque sorte , de la succession de son père. A peine alors Dgè de vingt ans, environné de périls extrêmes au dedans et au dehors de son royaume ; Ironvant l’épargne épuisée , et chargée même de deux cents talents ' de dettes que son père avait contractées; avec un corps de troupes beaucoup inférieures pour le nombre à celles des Perses : dans cet état , Alexandre tourne déjà ses vues du côté de Bnbylone et de Snse , et ne se propose rien moins que la coniiuèle d’un si vaste empire.
Etait- ce sullisancc et lémèrité de jeune homme? demande Plutarque. Non, sans doute, réplique-t-il. Jamais personne ne forma entreprise guerrière avec de si grands préparatifs et de si puissants secours. J’entends [ c’est toujours Plutarque qui parle ] la magnanimité , la prudence , la tempérance , le courage ; préparatifs et secours que lui fournit la philosophie, qu’il avait étudiée à fond ; de sorte qu’on peut dire qu’il ne fut pas moins redevable de ses conquêtes aux leçons d’Aristote , son maître , qu’aux instructions de Philippe, son père.
On peut ajouter que, selon toutes les règles de la guerre, rciilreprisc d’Alexandre devait
' De Fortuné Alex oral. 1. pig. 327.
* Six ccnl mille francs. 1 130 i)00 fr. E. B
, ,ii
«voir UH heureuï succès. Une «rmée comme la sienne, quoique peu nombreuse, composée de Macédoniens et de Grecs, c’est-à-dire de ce qu’il y avait alors de plus excellentes troupes ; aguerrie de longue main, endurcie à la fatigue et aux dangers ; formée par une heureuse expérience à tous les exercices des sièges et des combats ; animée par le souvenir de ses anciennes victoires, par l’espérance d’un butin immense, et plus encore par sa haine héréditaire et irréconciliable contre les Perses: une telle armée, conduite par Alexandre, était comme sûre de remporter la victoire sur des troupes où il y avait, à la vérité, des hommes sans nombre, mais peu de soldats.
La promptitude de l’exécution répondit à la sagesse du projet. Après s’ôlre concilié tous ses généraux ut scs oüiciers par une libéralilé qui est sans exemple, et tous ses soldats par un air de bonté, d’affabilité, et même de familiarité, qui , loin d’avilir la majesté du prince, ajoutent au respect qu’on lui porte un attachement et une tendresse à l’épreuve de tout ; il s’agissait d’étonner les ennemis par des coups hardis, de les etfraj er par des exemples de sévérité , et de les gagner enOn par des actes d’humanité et de clémence. C’est à quoi il réussit merveilleusement. Le passage du Granique, suivi d’une célèbre victoire, les deux fameux sièges de Milet et d’Halicamasse, montrèrent à l'Asie un jeune conquérant à qui nulle partie de la science militaire ne manquait. Cette dernière ville, rasée jusque dans ses fondements, jeUi partout la terreur : mais l’usage de la liberté et de leurs anciennes lois, rendu à celles qui se soumirent de bonne grâce , fit croire que le vainqueur ne songeait qu’à rendre les peuples heureux, et à leur procurer une paix tranquille et assurée.
Son impatience de se baigner, encore tout trcm|)édc sueur, dans la rivière de Cydnus, jmurrait être regardée comme une action do légèreté et de jcunes.se qui convenait peu j à sa dignité ; mais il n’en faut pas juger par nos mœurs : les anciens, qui rapportaient tous leurs exercices à ceux de la guerre, s’accoutumaient de bonne heure à se baigner et à nager. On sait qu’à Rome les jeunes gens, parmi ia noblesse , après s'étre fort échaulTés aux
exercices militaires dans le champ de Mars, à la course, à la latte, à lancer le javelot, se jetaient, tout couverts de sueur, dans le Tibre, qui coule à cété. C'est par U qu’ils se disposaient à passer les rivières et les lacs dans les pays ennemis ; car ces passages ne se font qu’aprés de pénibles marches , et après avoir été longtemps exposé aux ardeurs du soleil sons des armes pesantes ; ce qui n’arrive guère sans sueur. Ainsi l’on peut faire grâce à Alexandre de ce bain , qui pensa lui coûter cher, d’autant qu’il pouvait ignorer l’extrême froideur de cette rivière.
Les deux batailles d’issus et d’Arbelles, joignez-y le siège de Tyr, l’un des plus fameux dont il soit parlé dans l’antiquité, achevèrent de prouver qu’Alexandre réunissait en lui toutes les qualités d’un grand capitaine : habileté à choisir son terrain pour un combat , et à savoir profiler de tous ses avantages; présence d’esprit , dans le feu de l’action même, pour donner ses ordres à propos; courage et bravoure, que les dangers les plus évidents ne font qu’animer ; activité impétueuse, tempérée et réglée par une sage retenue pour ne pas selivrerànnenrdeur indiscrète ; enfin une fermeté et une constance qui n’est ni déconcertée par les contre-temps imprévus, ni rebutée par les dillicultés, quelque insurmontables qu’elles paraissent, et qui ne connaît d’autre issue que la victoire.
Les auteurs ont remarqué une grande différence entre Alexandre et son père pour la manière de faire la guerre '. La ruse, et souvent la fourberie , étaient le goût dominant de Philippe, qui cheminait sourdement et par des souterrains : son fils agissait de meilleure foi, et marchait la tête levée. L’un cherchait à tromper les ennemis par la finesse ; l’autre, à les abattre par la force. Le premier montrait plus d’adresse, le second plus de grandeur d’âme *. Nul moyen de vaincre ne paraissait honteux à Philippe : jamais Alexandre ne songea à employer la trahison. Il tenta de
( R VinrffKJi railo ulriqao (llvrrn. Ilic aperté. ilie ar- R libus. belia iraiiatMt. l>ucvplU illc gaudere boslibus. hic n |Milnm fusis Prudpnlior ilUM'oruilio , hic aniinu magfliri* <1 crnliur... Nulla ipud FhUippum lurpU raüo ^inccodl. » (Ji’STi!*. Ul). 9, rap. 8. )
=* l'ausati- lih.7. pg- H5.
détacher du service de Darius le plus habile de scs généraux, rosispnr des voies d'honneur. Passant avec son armée près des terres de Memiion, il défendit sévèrement à ses soldats d'y faire le moindre désordre. Son but était de l'attirer dans son parti, ou du moins de le rendre suspect aux Perses '. Memnon, de son cété, se piquait de générosité envers Alexandre; et, un jour, entendant un soldat qui parlait mal d'Alexandre, je ne t'ai pas pris à ma solde, lui dit-il en le frappant de sa javeline , pour parler mal de ce prince , mais pour eombailre conlre lui.
Ce qui met Alexandre au-dessus de presque tous les conquérants, et, on peut le dire sans exagération, au-dessus de lui-méme, c’est l’usage qu'il flt de la victoire après la bataille d’issus. C'est ici le bel endroit d’Alexandre ; c'est le point de vue par lequel il a Intérêt qu'on le considère, et sous lequel il n’est pas possible qu'il ne paraisse véritablement grand. La victoire d'issus l'avait rendu maître , non encore de la personne de Darius, mais de son empire. Il avait entre les mains , outre Sysigambis, mère de ce prince , sa femme et scs filles, princesses d’une beauté qui n'avait rien de pareil dans toute l'Asie. Alexandre était jeune, il était vainqueur, il était libre et non encore tmgagé dans les liens du mariage, coutme un auteur le remarque du premier Scipion l'Africain * dans une occasion toute semblable. Cependant son camp devint pour les princesses un asile sacré , ou plutôt un temple, où leur pudeur fut mise en sûreté comme sous la garde de ta vertu même, et où elle fut respectée à un tel point , que Darius , apprenant la manière dont elles avaient été traitées, ne put s'empêcher de lever ses mains vers te ciel, et de (aire des vœux pour un vainqueur si généreux, si sage, si maître de scs passions.
Dans le dénombrement des bonnes qualités d'Alexandre, je n'en dois pas oublier une, qui est très-rare dans les grands, et qui néanmoins d’un côté fait bonneur i l’humanité , et de l'autre procure la plus grande douceur de la vie ; c'est d'avoir été capable d’une amitié tendre , ouverte, eire<tive, constante, sans dédain,
' Plut. In Apopliihrs. pxg. I7(.
' «Etjuv»ls,elc«lel», cl Victor. > (Tu. Uxx. lib. t, cap. 3. )
sans faste , dans une si haute fortune , laquelle ordinairement se renferme en elle-même, met sa grandeur à abaisser tout ce qui l'environne, et s’accommode mieux d'tlmes serviles que d’amis libres et sincères.
Alexandre chérissait ses officiers et ses soldats , .se communiquait familièrement i eux ; les admettait à sa table , à ses exercices , à ses entretiens ; s'intéressait véritablement et de cœur à leurs dilTérentes situations ; s’inquiétait sur leurs maladies , se réjouissait de leur guérison , et prenait part i tout ce qui leur arrivait. On en a des exemples dans Éphestion, dans Ptolémée , dans Cratère, et dans beaucoup d’autres. Un prince qui a Un vrai mérita ne perd rien de sa dignité en s'abaissant et se familiarisant de la sorte; il n’en devient que plus respectable et plus aUnable. Tout homme d'une grande taille ne craint pas de se mettre de niveau avec les autres , il est bien sAr qu'il les passera de la tête. Il n'y a qu'une petitesse réelle qui ait intérêt de ne pas se mesurer avec des hommes d'une taille plus haute , et de ne pas se trouver dans la foule.
Alexandre était aimé parce qu'on sentait qu'il aimait le premier. Cette conviction remplissait les troupes d’ardeur pour lui plaire et pour réussir, de docilité et de promptitude pour l’exécution des Ordres les plus dirâciles , de constance dans les situations les plus rebutantes , d'un déplaisir sensible et profond de l'avoir mécontenté en quelque chose.
Que manque-t-ii jusqu'ici i la gloire d’Alexandre ? La vertu guerrière a paru dans tout son éclat; la bonté, la clémence, la modération , la sagesse , y ont mis le comble, et y ont ajouté un lustre qui en relève infiniment le mérite. Supposons que. dans cet état , Alexandre , pour mettre en sûreté sa gloire et ses victoires , s'arrête tout court , qu'il nieUe luiméme un frein à son ambition , et que de la même main dont il a terrassé Darius , U le rétablisse sur le trône ; qu’il rendu l’Asie Mineure , habitée presque tout entière par de» Grecs, libre et indépendante de la Perse; qu’il se déclare le protecteur de toutes II*» villes et de tous les étals de la Grèce pour leur as.surer leur liberté et les laisser vivre selon leurs lois; qu’il rentre ensuite dans la Macédoine, et que lé, content des bornes légitimes de son empire.
il mette toute sa gloire et toute sa joie i le rendre heureux, à y procurer l'abondance, à y faire fleurir les lois et la justice , à y mettre la vertu en honneur, à st; faire aimer de scs sujets; qu'cnfm, devenu par la terreur de ses armes, et encore plus par la renommCe de ses vertus , l'admiration de tout l’univers , il se voit en quelque sorte l’arbitre de tous les peuples, cl exerce sur les coeurs un empire bien plus stable et bien plus honorable que celui qui n'est fondé que sur la crainte ; en supposant tout cela, y aurait-il eu jamais un prince plus grand, plus glorieux, plus respectable qu'Alcxaudrc?
l’our prendre un tel parti , il faut une grandeur d’àrae et un goût épuré sur la vraie gloire, dont l'histoire fournil peu d'exemples. On ne fait point réllcxion que la gloire ' qui suit les conquêtes les plus brillantes n’approche point de la réputation d’un prince qui a su mépriser et dompter l'ambition , et mettre un frein à une puissauec qui était sans bornes. Alexandre était bien éloigné de cette disposition. Son boidieur continuel , qui ne fut interrompu par aucune adversité , l'enivra cl le changea à un |)oinl qu’on ne le reconnut plus ; et je ne sais si jamais le poison de la prospérité eut un effet plus prompt et plus efficace.
Seconde iMrlie.
Depuis le siège de Tyr, qui suivit de près la bataille d’issus , et oh Alexandre fil paraître tout le courage et toute l’habileté d’un grand I capitaine, on voit les vertus elles grandes qualités de ce prince dégénérer tout i coup , et faire place aux vices les plus grossiers et aux passions les plus brutales. Si, il travers les excès où il se livre , on voit encore briller de temps en temps des marques de bonté, du douceur, de modération , c’est l’elTct d’un naturel heureux, qui n’est pas entièrement étouffé I>ar te vice, mais qui en est dominé.
Y eut-il jamais une entreprise plus folle et
* e Scis ubi vera principis, ubi seinpUerna sll gloria... « Arcus, etataluai. aras eliam lemptaqiie tJcir>t)|iiur et « obscura(oblivio:cootra, cooiomptoramblUonU. et inti- « U ta» tiomitor ac frefialor auiiuui ip«â tc(u<ta(e
• llorwcil ■ (PiLt. (n Pantj. Trajani )
plus extravagante que celle de traverser les plaines sablonneuses de la Lybie , d’exposer son armée à périr de soif et de fatigue, d’interrompre le cours de ses victoires, et de laisser il son ennemi le temps de mettre sur pied de nouvelles troupes , pour aller au loin se faire nommer le flls de Jupiter Ammnn , et acheter à grands frais un titre qui ne pouvait servir qu’à le rendre méprisable ?
Quelle petitesse pour Alexandre de retrancher de ses lettres', depuis qu’il eut défait Darius, le mot grec qui signifie «a/iit*, excepté de celles qu’il écrivait à Phocion et à Antipater! comme si ce titre, parce qu’il était employé par tous les autres hommes, eût pu dégrader un roi , qui par son état même est obligé de procurer on du moins de souliaiter à tous ses sujets le bonheur désigné par ce terme.
De tous les vices il n'en est point de si bas ni de si indigne , Je ne dis pas d’un prince , mais d’un honnête homme , que l’ivrognerie ; le nom seul en fait horreur , et ne peut se souffrir. Quel honteux plaisir, que de passer les jours et les nuits à boire , de continuer des débauches pendant des semaines entières, de se piquer de vaincre tous les autres en intempérance , et de risquer sa vie pour une telle victoire ! Sans parler des infamies qui accompagnaient ces débauches , quelles oreilles peuvent soutenir les discours insensés d'un flls qui , la tête échauffée par le vin , prend à tâche de décrier son père, d’avilir sa gloire, et de se préférer à lui sans ménagement et sans pudeur’? L’ivresse n’est que l’occasion, non hi cause, de ces excès. Elle découvre ce qui est dans le cœur , mais ne l’y met pas. Alexandre , enflé par ses victoires , avide et insatiable de louan ges , enivré de son propre mérite, plein de jalousie ou de mépris pour tous les autres, pouvait , lorsqu’il était de sang-froid , dissimuler ses sentiments ; le vin nous le montre tel qu’il est.
Que dire du meurtre cruel d’un ancien ami, indiscret à la vérité et téméraire , mais ami ? de la mort du plus honnête homme qui fût à la suite de ce prince, dont tout le crime était de n’avoir pu lui rendre des hommages
I PluUn Pliuc. p.ip. 719.
* Xaiprcv.
ilivins? du supplice de deux de ses principaux olUciers , condamnais sans preuves et sur les plus légers soupçons?
Je passe sous silence beaucoup d'autres vices , dont on no peut juslifier la mémoire d'Alexandre, et qui lui sont assez généralement imputés, pour n'examiner plus en lui que le guerrier et le conquérant , qualités sous It'squelles seules on a coutume de le considérer et qui lui ont attiré l'estime de tous les siècles et de tous les peuples. Il s'agit de savoir si cette estime est aussi bien fondée qu'on le pense assez communément.
J'ai déjà déclaré qne jusqu'à la bataille d'issus , et au siège de Tjr exclusivement , on ne pouvait refuser à Alexandre la gloire de grand capitaine et de grand guerrier. Je doute pourtant que , même dans ces premières années , on doive le mettre au-dessus de l’bilippe son père, dont les actions, pour être moins éclatantes, n'en sont pas moins estimées par les bons connaisseurs et par les gens du métier. Philippe, en montant sur le trône, trouva tout à faire. Il lui fallut jeter lui-méme les fondements de sa fortune , sans attendre d'ailleur.s ni facilité ni secours. Il fut seul l'auteur et l'artisan de sa puissance et de sa grandeur. Il se trouva obligé de former lui-méme ses troupes aussi bien que ses officiers ; de les dresser à tous les exercices de l'art militaire; de les discipliner, de les aguerrir : et c'est uniquement à ses soins et à son habileté que la 3Iacédoinc dut l'établissement de la fameuse phalange, c’est-à-dire des meilleures troupes qui fussent alors , et auxquelles Alexandre fut redevable de toutes ses conquêtes. Que d'obstacles Philippe n'eût-il point à surmonter pour se saisir de 1a domination qu'Atliénes , Sparte et Tliébes avaient successivement exercée dans la Grèce I Ck: ne fut qu'à force de batailles et de victoires (et contre quels peuples! ) qu'il réduisit les Grecs à le reconnaître pour leur chef. Voilà donc les voies toutes préparées à Alexandre pour l'exécution du grand dessein dont son père lui avait tracé le plan , et sur lequel il lui avait laissé d'excellentes instructions. ür, qui peut douter qu'il ne fût beaucoup moins dilGcile de soumettre l'Asie avec le secours des Grecs que de soumettre les Grecs si souvent vainqueurs de l'Asie?
Mais, sans s'arrêter à la comparaison d'Alexandre avec Philippe , qui ne peut être qu'à l’avantage du dernier dans l’esprit de quiconque ne mesure point les héros au nombre des provinces qu’ils ont conquises , mais à la juste valeur de leurs actions , quel jugement duiton porter d’Alexandre depuis scs victoire.s contre Uarius? et est-il possible de le proposer . dans ses dernières années , comme le modèle d’un grand homme de guerre et d'un glorieux conquérant ?
Je commence, dans cet examen, par ce qui est , du consentement de tous ceux qui ont écrit sur ce sujet , le fondement de la solide gloire d’un héros , je veux dire la justice de la guerre qu’il entreprend , sans quoi ce n'est plus un conquérant ni un héros , mais un usur|>ateur et un brigand. Alexandre , en portant la guerre dans l'Asie, et tournant ses armes contre Uarius, avait un prétexte plausible et honnête , parce que les Perses avaient été de tout temps et étaient encore les ennemis déclarés des Grecs , dont il avait été nommé le généralissime , et dont il se pouvait croire obligé en celle qualité de venger les injures ; mais quel titre avait-il contre une inlinité de peuples , à qui le nom même de la Grèce éUiit inconnu , et qui ne lui avaient jamais fait aucun tort ? L'ambassadeur des Scythes parlait fort sensément quand il lui disait: Qu'avonsnous à dêmiltr avec loi 7 Jamais nous n'avons mis le pied dans Ion pays. Ifesl-il peu permis à ceux qui viveni dans les bois d'ignorer qui lu es el d'où lu viens? Tu le vanles de venir pour exterminer les voleurs : lu es toi-méme le plus grand voleur de la Irrrc.Yoilà la juste délinition d’Alexandre , el dont il u’y a rien à rabattre.
Un pirate lui parla dans le même sens, et avec encore plus d'énergie '. Alexandre lui demandait quel droit il croyait avoir d'infester les mers. Le même que toi , lui répondit-il avec une üère liberté, d'infester l'univers.
I • El«g»nler et veraciler Aleuuxlra MU nugno com-
■ prebensus pireu mpoadli. Nam quum Idem rca faomt- « iicm Inlerrogawri, quid el vlderelur ut mare baberet U loCestum ; itie , IMierA conlumacii : tjuod Mbi , inquil, ut « orbem terrarum. 8ed quia Id ego eiiguo naviglo lario
■ latro vocor ; quia tu magnâ cbaae, imperator. a (Betert Nonlus Mare, ei Cieer. S de Rtp. )
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Mais , parte que je le fais avec un petit bâtiment , on m’appelle brigand ; et parce que tu le fais acte une grande flotte , on te donne le nom de conquérant. La rè)>oiisc , dit saint Augustin qui nous a conservé ce petit fragment de Cicéron , était pleine d’esprit et de vérité.
Si donc il doit demeurer pour constant , et nul homme raisonnable ne le révoque en doute, que toute guerre entreprise uniquejucnt par ambition est injuste , et rend le prince qui l’entreprend responsable de tout le sang qui y est répandu , quelle idée devoiw-nnus avoir des dernières conquêtes d’Alexandre? Il n’y eut jamais d’ambition plus folle, disons mieux, plus furieuse* que celle de ce prince. Sorti d'un petit coin de la terre, et oubliant les bornes étroites de son domaine paternel , après qu’il s’est étendu au loin, qu’il a subjugué, non-seulement les Perses , mais les Bactrinis et les Indiens, qu'il a entassé royaumes sur royaumes, il se trouve encore érélieit;et, déterminé é forcer, s’il le peut, les barrières de la nature , il songe à chercher un nouveau monde, et ne craint point de sacrifier des millions d’hommes ou à son ambition ou à sa curiosité. On dit qu’ Alexandre , lorsqu’il oull dire au philosophe Anaxarque qu’il y avait une inRnité de mondes* , pleura du déses|K)ir qu’il conçut de ne parvenir jamais à lus conquérir tous , puisqu’il n’en avait pas encore conquis un .seul. Sénèque a-t-il tort de comparer ces pri'tendus héros, qui ne se sont rendus illustres que pas le malheur des peuples*, à un
* De ClT. Del , Ifb. t . cap. I.
* « Agebai tnfrllrera Aleundmin fartir aUeM devMm (andl, et ad Iftnou nüUrlMt... Jam In unam n^num « mulia régna conjerll (au rongeMli) ; Jam Grvci Péri»- « que cumilcoi tlmcnt ; Jam cUam à Uario libère natioM*
« Jugum aecipiunt. Illc tamen , ultra Occanum ftolemque,
« indlgnatur ab llerculrs Llberique mtigUa Tictorlam « fleclere : lp.«l nalur» vlmparat.,. el.QlUa<ikMi,m«iKiJ • claustra perumpit. Tanta est ca»cius mcntluni. el tanta « ijiiUorum fcuorum oltUvio. Ille modù ignobilisangull non « line controversii doniinui. detccto One terrarum. p. r « siium rediturui orbein, triills est. a (Ssn. Epitt. 91 'ci lie.)
* <f Aleaantlro pectos inaatiabilc taudis, qui Anaur*
« clio...innuncrabilesnun(lMesscrefereoll : lieu! me,
« InquM, miscrum . quoi! ne uno quNlom adhuc poilius « Mm t Angusta bomiok poaaessio gloria ruU, que ücorura t ooinium dooiiciJlosuliecil.a(VAL. Max. Ub.S.rap. H.)
* 1 EiiUe genlium eUfi, non minori*» fuere pesirs mor«
incendie et à un déluge qui ravagent et détruisent tout, ou à des bétes féroces qui en vivent que de sang et de carnage.
Alexandre, violemment entraîné vers la gloire ', dont il ne connaissait ni bi nature ni les justes t)ornes, se piquait de marcher sur les pas d’Hcrcule, et même de porter encore plus loin que lui ses armes victorieuses. Quelle ri“sstmiblance y a>ail-il, dit le même Séni-que, entre ce sage conquérant et un jeune insensé à qui son heureuse témérité tenait lieu de mérite et de vertu ; Hercule, dans ses expéditions, ne lit point de conquéti's pour lui-méme. Il parcourut l’universcomme dompteur des monstres, comme ennemi des méchants, comnw vengeur des bons, comme pacificateur des terres et des mers. Alexandre au contraire , injuste brigand dès sa jeunesse, cruel ravageur dc-s jirovinccs, infâme meurtrier de scs amis, lit consister son bonheur et sa gloire è se rendre formidable à tous les mortels, oubliant que ce ne sont pas seulement les animaux féroces qui se font craindre, mais que dans les plus lâches même on redoute souvent leur venin.
.Mais laissons cette première considération, (|iii nous représente les ( onquérants comme des fléaux que la colère de Dieu envoie dans le monde |H>ur le punir; et examinons lt% dernières conquêtes d’Alexandre en elles-mêmes, IHiur voir ce qu’il en faut penser.
I.,es actions de ce prince, il faut l’avouer, ont un brillant qui éblouit el qui étonne l’imagination avide du grand el du merveilleux. Son enthousiasme de valeur transporte ceux qui lisent son histoire, comme il l’a transporté luimême. Mais doit-on donner le nom de courage et de râleur à une hardiesse aveugle, té-
« l«llum quàm Inondatlo ..qaàm conn«gniio.»(ftcfiBc. .\af. Qv0tit. Ifb. 3, \npriffat.)
< a llonto glorlc de<lltus, cuJms ncc aaiur«ni nec bm>* « duni noterai , llercalis vestlgU «cqncns , «c ne ibi guh* « dem rrsiMens ubi iHadefecefanl. Quid illi (llerculi) al» « nitle babrbat resanus adoiracens. cul pro >lr(ute crat M frlix U meritasî He rcoln nifali >ibf vieil ; orbem tai raruni « traïuitil. tMMi coDcupitcendo, »ed vIodh-aBdo. fjuUI vio> a rem maloruiii bostii, booorum vlndeju (errarum niarism que pacatori Al hic à pueritia iairo, gmliumquc vaala» « tor, (am boviium prrniclcf quam am eoruin, qut aum- «I mum bonwn doeem lerrorl eace ronrlU mortallbua ; « oblilus. non frroclMlma tantum led ignaviulma qooque « animalia ümeii ab virus nialum. a (Id. da Bmef. Ilb. 1 cap. 13.)
mérairc, impt'liiousn, qui ne roniiatt point du règles, qui nu consulte point la raison, et qui n'a pour guide qu’une ardeur insensée de fausse gloire et un désir effréné de se distinguer i queU|ue prix que ce soit? Ce caractère ne convient qu’à un aventurier , qui est sans suite, qui ne répond que de sa vie, et qui, par cette raison, peut être employé pour un coup de main. Il n'en est pas ainsi du prince. Il est responsable de .sa vie à toute l’armée, et à tout son royaume. Hors quelques occasions fort rares où il est obligé de payer de sa personne et de partager le danger avec les troupes pour les sauver , il doit se souvenir qu’il y a une extrême différence entre un général et un simple soldat. La véritable valeur ne pense point à se produire; elle n’est point occupée du soin de sa réputation , mais du salut de l’armée ; elle s’écarte également , et d’une sagesse timide qui prévoit et craint tous les inconvénients, et d’une ardeur brutale qui cherche et affronte gratuitement les périls. En un mot, pour former un général accompli, il faut que la prudence tempère et régie ce que la valeur a de féroce, et que la valeur à son tour anime et échauffe ce que la prudence a de froid et de lent.
Reconnall-on Aleiandreà ces traits?Quand on lit son histoire , et qu’on le suit dans ses sièges et dans ses combats , on est dans des alarmes continuelles pour lui et pour son armée , et l’on croit à chaque moment qu’il va périr. Ici c’est un fleuve rapide qui est prés de l’entraîner el de l’engloutir ; là c’est un roc escarpé où il grimpe et où il voit autour de lui des soldats ou percés par les traits des ennemis, ou renversés par des pierres énormes dans des précipices. On tremble quand on voit dans une bataille la hache prête à lui fendre la tête ; et encore plus quand on le voit seul dans une place où sa témérité l’a engagé, exposé à tous les traits des ennemis. Il comptait sur des miracles : mais rien n’est plus déraisonnable , dit Plutarque ; car les miracles ne sont pas sûrs , et les dieux se lassent enfin de conduire et de conserver des téméraires qui abusent de leurs secours.
Le même Plutarque dans un traité ’ où il
> Plut. (leForliu. Alex.or.3,pag. 3it.
t Ce traité, s'il rat de Plutarque, parait UD truil de sa Jeunesse , et resseut beaucoup la déclomatiou.
fait l’éloge d’Alexandre, pour le présentoi comme un héros accompli, fait un longdéiiomhrement de toutes les blessures qu’il a reçues, sans qu’aucune partie de son corps, depuis la tête jusqu’aux pieds, ait été épargnée, et il prétend que la fortune, en le criblant ainsi de coups, n’a fait que mettre son courage dans une plus grande évidence. Un grand capitaine ', dont il fait ailleurs l’éloge, n’en jugeait pas ainsi *. On le louait d’une blessure qu’il avait reçue dans une bataille ; et pour lui , il s’en excusait comme d’une faute de jeune homme, et comme d’une témérité condamnable. On a remarqué, à la louange d’Amiibal , et je l’ai déjà observé ailleurs , que , dans les différents combats qu’il donna, il ne fut point blessé Je ne sais si jamais César le fut.
Lne dernière observation , et qui regarde en général toutes les expéditions d’Alexandre dans l’Asie, doit beaucoup diminuer du mérite de scs victoires et de l’éclat de sa réputation; c’est le caractère des peuples contre qui il a eu à combattre. Titc-Livc, dans une digression où il examine quel eût été le sort des armes d’Alexandre s’il les eût tournées du côté de l’Italie, et où il montre que Rome sûrement aurait arrêté scs conquêtes, insiste beaucoup sur la réflexion dont je parle. Il 0|>pose à ce prince, pour le courage, un grand nombre d’illustres Romains, qui lui auraient tenu tête en tout ; et pour la prudence , cet auguste sénat , que Cinéas ,- pour en donner une juste idée à Pyrrhus, son maître, disait être composé d’autant de rois. « S'il était venu « contre les Romains, dit Tite-Live, il aurait « bientôt reconnu qu’il n’avait plus affaire à « un Darius *, qui chargé de pourpre et d’or,
« vain appareil de sa grandeur , et traînant
< TiiiK)lhé«.
* Plut, hi Pciop. pag. 278.
* On ne rail mention que d’une seule bicsaure.
* « Non Jam cum Daiio rem esse dliissel. quem molieu ruro ac spadonum agmen Inibenlem, liiler purpuram <1 alquc aurum, oneralum fortune sue apparaUhus, pre>
« dam Ycriiut quam hoslem , nihil aiiud quam bené au.sus « vana contemnerc , incrucnlus devicit. Longé aJlus luit lie, qunmindis, per quam (iimulcolo agmine cornes* a sabundusinre«>sit, Alsusilll habitus esset,suUus Apulie « ac montes lucanos certientl. el vestigia recentia doraes- « tice claiüs. ulii a>unrulus eju« miiier. Fplji rex, Alexan- « der abauniplus crat. » (Liv lib. 9, n. iT.)
« avec lui une troupe de remmes et d'eunua ques, était plutôt utie proie qu’un ennemi; « cl qu'il vainquit en effet sans presque ver- « ser de sang, et sans avoir besoin d’autre mé- « rite que celui d’oser mépriser ce qui n’était « digne que de mépris. L’Italie lui aurait paru « bien différente des Indes, qu’il traversa « dans une partie de débauche avec son ar- R mée noyée dans le vin ; surtout quand il au- « rait vu les forêts de l’Apulie, les montagnes K de la Lucanie, et les traces encore récentes R de la défaite d’Alexandre son oncle, roi R d’Épire, qui y était péri. » L'historien ajoute qu'il parle d’Alexandre non encore gâté et corrompu par la prospérité, dont le poison subtil ne se fit jamais sentir à personne plus vivement qu’à lui; et il conclut qu’après un tel changement, il serait arrivé en Italie bien différent de ce qu’il avait paru jusque-là.
Ce raisonnement de Tite-Live fait voir qu’Alexandrc dut ses victoires en partie à la faiblesse de ses ennemis, et que, s’il eût rencontré des peuples belliqueux et aguerris comme les Romains , et des généraux habiles et expérimentés comme ceux de cette nation , le cours de ses victoires n’eût été ni si rapide ni si continu. Cependant voilà par oû il faut juger du mérite d’un conquérant. Annibal et Scipion passent pour deux des plus grands capitaines qui aient jamais été. Pourquoi cela? Parce qu’ayant de part et d’autre tout le mérite guerrier , leur expérience, leur habileté, leur fermeté, leur courage ont été mis à l’épreuve, et ont paru dans tout leur jour. Donnez-leur à l’un ou à l’autre un antagoniste inégal, et qui ne réponde point à leur réputation : on n’en a plus la même idée; et leurs victoires, en les supposant les mêmes, n’ont plus le même éclat et ne méritent pas les mêmes louanges.
On se laisse trop éblouir par les actions brillantes et par un dehors fastueux, et on se livre trop aveuglément aux préjugés et aux préventions. Alexandre avait de grandes qualités, on ne peut le nier. Mais qu’on mette dans l’autre plat de la balance ses défauts et ses vices ' : une estime présomptueuse de lui-
* a Rcrerre in tanto rege pigcl superbam tnuUtioDem « vesUs, et desideratas bumi jacenUum adulationes. eliam « viclto Macedonibus graves, ncdùm vicloribus; et fœda « supplicia, et inter vinum etcpulas cedes amicorum , cl
même ; un mépris dédaigneux des autres , et même de son père ; une soif ardente de la louange et de 1a fiatteric ; la folle pensée de se faire croire fils de Jupiter, de se faire attribuer la divinité, d’exiger d’un peuple libre et vainqueur, des hommages serviles et de honteux prosternements; l’indigne excès des débauches et du vin ; une colère violente, et qui va jusqu’à une brutale férocité ; le supplice injuste et cruel de ses plus braves et plus fidèles officiers; le meurtre de ses meilleurs omis au milieu de la joie des festins : croit-on, dit Tite- Live, que tous ces défauts ne fassent point de tort à la réputation d’un conquérant? Mais l’ambition effrénée d'Alexandre, qui ne connaît ni régie ni mesure , l’audace téméraire avec laquelle il affronte les dangers sans raison et sans nécessité, la faiblesse et le peu de mérite guerrier des peuples qu’il a eu à combattre, tout cela n’affaiblit-il point les raisons qu’on croit avoir de lui donner le surnom de grand, et la qualité de héros? J’en laisse le jugement à la sagesse et à l’équité du lecteur.
Pour moi , je suis étonné que tous tes orateurs qui entreprennent de louer un prince ne manquent jamais de le comparer avec Alexandre. Ils pensent avoir épuisé l’éloge quand ils l’ont égalé à ce roi ; ils ne voient rien au delà, et ils croiraient avoir négligé un dernier trait pour la gloire de leur héros , s’ils ne le relevaient par celle comparaison, il me semble qu’il y a dans cet usage assez ordinaire un faux goût, un défaut de justesse, et, si j’osais le dire, une dépravation de jugement qui doit blesser tout esprit raisonnable ; car enfin Alexandre était roi, il en devait remplir les devoirs et les fonctions comme il en avait le caractère. On ne voit point en lui les premières, les principales, les plus excellentes vertus d’un grand roi, qui sont d’élrc le père, le tuteur, le pasteur de son peuple ; de le gouverner par de bonnes lois ; de le rendre florissant par le commerce de terre et de mer, et par le progrès des arts; d’y faire régner l’abondance et la paix; d’empôcber l’oppression et la vexa-
R vanliRlom cmcniipndæ slirpis. Quid ,1 viol amor in dics ff fierel aertor, quidii Irux ac iircfervidaira (liée quid- « quam duhium iiiler ftcriplorcs refero); iiullaiic bsc ■ demoa impcriloc ils virtulUHii ducimus. t » (Liv. lib. 9 . U. 17.)
lion (II! !<cs siijols; d'tMilrelenir une douce hnrmonie entre tous les ordres de rélat , de les faire tous concourir, selon leur mesure, au bien commun ; de s'occuper à rendre justice k tous ses sujets, à écouter leurs différends, t les accorder; de se regarder comme l’homme de son peuple , chargé de pourvoir à tous scs besoins et de lui procurer toutes les douceurs de la vie. Or Alexandre , qui , presque dés le moment qu’il fut monté sur 1e trône, quitta la Macédoine sans y avoir jamais depuis remis le pied , n’a eu rien de tout cela» ce qui est pourtant le capital , le solide, le principal dans un grand roi.
Un ne voit en lui que les qualités d’un second rang , qui sont les guerrières ; et il les a toutes outrées, poussées à des excès téméraires et oriieux , portées jusqu’è la folie et à la fureur, pendant qu’il laissait son royaume exposé aux rapines et aux vexations d’Antipater, toutes les provinces conquises livrées aux pHleries et à l’avarice insatiable et cruelle des gouverneurs , qui portèrent si loin leurs concussions, qu’ Alexandre fut contraint de les faire punir de mort. Il ne mit pas plus d’ordre dans son armée. Les soldats , après avoir pillé les richesses de l'Orient , après avoir été comblés des bienfaits du prince, devinrent si déréglés, si débauchés , si perdus de vices , qu’il se vit obligé de payer leurs dettes par une libéralité (le trente millions. Quels hommes ! Quelle école ! quel fruit des victoires ! Est-ce beaucoup honorer un prince et embellir son panégyrique , que de le comparer à un tel modÿcV
Il parait i la vérité que les Romains conservèrent un grand respect pour la mémoire d’Alexandre ; mais je ne sais si , dans les beaux temps de la république, il eût pas.sé pour un si grand homme. César, voyant sa statue dans un temple en Espagne', lorsqu'il en avait le gouvernement après sa prëlure , ne put s’empêcher de pousser des gémissements et des soupirs , en comparant le peu de belles actions qu’il avait faites jusque-là, avec les grands exploits de ce conquérant. On disait ' que Pom-
( Dion. lib. 37. pag. 58. — App. de Bell. Milhrld. pag. 253.
* Dloi). 111). 51. pag. 45t; Id. lib. 59, (Nig, 853; id, lib. 77. p.ig 873.
pée , dans un de s(î9 triomphes , parut revêtu de la casaque de ce prince. Auguste pardonna à ceux d’Alexandrie , en considération de leur fondateur. Caligula , dans une cérémonie où il SC donnait pour un grand conquérant , endossa la cuirasse d’Alexandre. Mais personne ne pousse ce zèle si loin que l’empereur Caracalla. Il se servait d’armes et de gobelets semblables à ceux de ce roi. Il avait dans ses troupes une phalange macédonienne. Il persécuta les péripatéticiens, et voulut jeter au feu tous les livres d’Aristote leur maître , parce qu’on l'avait soupçonné d’avoir été complice de l’empoisonnement d’Alexandre.
Je puis , ce me semble , assurer que , si une personne sensée et équitable lit de suite avec attention les vies des hommes illustres de Plutarque , il lui restera une impression secréte et profonde , qui lui fera regarder Alexandre comme un des moins estimables dans ce nombre. Que serait-ce si nous avions les vies d'Épamiiiondas , d’Annibal , de Scipion , dont on 1 ne peut trop regretter la perle’? Combien Alexandre , avec tous ses titres de grandeur et toutes scs conquêtes, paraltrait-il médiocre, même pour le mérite guerrier, auprès de ces hommes véritablement grands et dignes de toute leur réputalion !
g XX. — Biri.EX(0!(s de XI. Bomcst , avag(;E de
Mexdx, hie les Peeses. (.esGeeo et lu Macèdo-
niEKS.
On ne me saura pas mauvais gré d’insérer ici une partie des admirables réilcxions d(! M. Bossuet , évêque de Meaux , sur ce qui regarde le caractère et le gouvernement des Perses , des Grecs et des Macédoniens , dont l'Iiistoirc nous a occupés jusqu'ici.
Les Grecs ', dont plusieurs d'abord avaient vécu sous un gouvernement monarchique, s’étant policés peu à peu, se crurent capables de se gouverner eux mêmes, et la plupart des villes se formèrent en républiques. Mais de sages législateurs, qui s’élevèrent en chaque pays, un Thalès, un Pythagorc, un Pittacus, un Lycurgue , un Solon , et tant d’autres que
( DlKoun sur l'UUloire universelle, liotsiésne p.inle, chap. t.
«■ff» -24
l'hisloire marque, cmpfchùrcnt que la liberté ne ilégéiiérill eu licenee. Res lois simplement éerites, et en petit nombre, tenaient les peuples ilans le devoir, et les faisaient eoncourir au bien commun du pays.
L’idée d(^ liberté qu'une telle conduite inspirait était admirable ; car la liberté que se fleuraient les Grecs était une liberté soumise à la loi , c’est-ù-dire à la raison même reconnue par tout le peuple. Us ue voulaient pas que les hommes eussent du pouvoir parmi eux. Les magistrats , redoutés durant le temps de leur ministère, redevenaient des particuliers, qui ne gardaient d’autorité qu’autant que leur en donnait leur expérience. Iji loi était regardée comme la maîtresse ; c’était elle qui établissait Itïs magistrats, qui en réglait le pouvoir , et qui enfin châtiait leur mauvaise administration. L’avantage de ce gouvernement était que les citoyens s’affectionnaient d’autant plus à leur pays, qu’ils se conduisaient en commun , et que chaque particulier pouvait parvenir aux premiers lionneurs.
Ce que fit la philosophie pour consener l’état de la Grèce n’est pas croyable. Plus ces peuples étaient libres, plus il était nécessaire d’y établir par de bonnra raisons les règles des mœurs et celles de la société. Pythagore, Tha- 1(V, Anaxagore, Socrate, Architas, Platon, Xénophon , Aristote et une infinité d’autres, remplirent la Grèce de ces beaux préceptes.
Pourquoi parler des philosophes? Les poètes mémi^ , qui étaient dans les mains de tout le peuple, l'instruisaient plus encore qu’ils ne le diverti.ssaient. Le plus renommé des conquérants regardait Homère comme un maître qui lui apprenait à bien régner. Ce grand poète n’apprenait pas moins à bien obéir et îl être bon citoyen.
Quand la Grèce, ainsi élevée, regardait les Asiatiques avec leur délicatesse, avec leur parure et leur beauté semblables i celles des femmes, elle n’avait que du mépris pour eux ; mais leur forme de gouvernement, qui n’avait pour règle que la volonté du prince , maîtresse de toutes les lois et même des plus sacrées , lui inspirait de l’horreur ; et l’objet le plus odieux qu’eût toute la Grèce , étaient les barbares.
Cette haine était venue aux Grecs • dés les
» Isocr. in Pancçyr.
premiers temps, et leur était devenue comme naturelle. Une des choses qui faisaient aimer la imésie d’Homère c’est qu’il chantait les victoires et les avantages de la Gerèc sur l’Asie. Ru célé de l’Asie était Vénus, c’est-à-dire les plaisirs, les folles amours et la mollesse; du cûté de la Grèce était Junon , c’est-à-dire la gravité avec l’amour conjugal, Mercure avec l’éloquence, Jupiter et la sagesse |H>litique. Ru côté de l’Asie était Mars impétueux et brutal, c’est-à-dire la guerre faite avec fureur: du côté ■ de la Grèce était Pallas, c’est-à-dire l’art militaire et la valeur conduite par l’esprit. La Grèce, depuis ce temps , avait toujours cru que l’intclligeuce et le vrai courage étaient son partage naturel : elle ne pouvait souffrir que l’Asie pensât à la subjuguer ; et, en subissant ce joug , elle eût cru assujettir la vertu à la <blupté , l’esprit au corps, et le véritable courage à une force insensée qui consistait seulement dans la multitude.
La Grèce était pleine de ces sentiments quand elle fut attaquée par Rarius , fils d’Hystaspe, et par Xcrxès, avec des années dont la grandeur paraît fabuleuse , tant elle est énorme. La Perse éprouva plusieurs fois à .son dommage ce que peut la disc ipline contre la multitude et la confusion , et ce que peut la valeur conduite avec art contre une impétuosité aveugle.
Il ne restait à la Perse, tant de fois vaincue, que de mettre la division parmi les Grecs; et l’état même où ils se trouvaient par leurs victoires rendait cette entreprise facile'. Comme la crainte les tenait unis , la victoire et la confiance rompirent l’union. Accoutumés à combattre et à vaincre, quand ils crurent n’avoir plus à craindre la puissance des Perses, ils se tournèrent les uns conirc les aulres.
Parmi tontes les républiques dont la Grèce était composée, Athènes et Lacédémone étaient sans comparaison les principales. Ces deux grandes républiques , absolument contraires dans leurs mœurs et dans leur conduite, s’embarrassaient l’une l’autre dans le dessein qu’elles avaient d’assujettir toute la Grèce; de sorte qu’elles étaient toujours ennemies, plus encore par la contrariété de leur* intérêts, que par l’incompatibilité de leurs humeurs.
Ijcj villes grecques ne voulaient la domina-
* l’I.il. de Lcg. llb, 3.
3r.iî
lion ni de l’une ni de l’aulrc ; car, outre que chacune souhaitait pouvoir conserver sa liberté , elles trouvaient l'empire de ces deux républiques trop rdcheux. On a vu que la, guerre du Péloponnèse et les autres furent toujours causées ou entretenues par les jalousies de Lacédémone et d’Athènes : mais ces mêmes jalousies qui troublaient la Grèce la soutenaient en quelque façon , et l'empêchaient de tomber dans la dépendance de l’une ou de l'autre de ces républiques.
Les Perses aperçurent bientôt cet état de la Grèce. Ainsi tout le secret de leur politique était d'entretenir ces jalousies et de fomenter ces divisions. Lacédémone , qui était plus ambitieuse, tut la première i les faire entrer dans les querelles des Grecs. Ils y entrèrenl, dans le dessein de se rendre maîtres de toute la nation ; et, soigneux d’alfaiblir les Grecs les uns par les autres , ils n’attendaient que le moment de les accabler tous ensemble'. Déjà les villes de Grèce ne regardaient dans leurs guerres que le roi de Perse, qu’elles appelaienl U yrand-riii ou le roi par excellence , comme si elles se fussent dèjù comptées pour sujettes. Mais il n'était pas possible que l’ancien esprit de la Grèce ne se réveillât à la veille de tomber dans la servitude et entre les mains des barbares. Agésilas , roi de Lacédémone , fit trembler les Perses dans l’Asie Mineure , et montra qu’on les pouvait abattre. Leur faiblesse parut encore davantage par le glorieux succès de la retraite des dix mille Grecs qui avaient suivi le jeune Gyrus.
Toute la Grèce vit alors, plus que jamais , qu'elle nourrissait une milice invincible à laquelle tout devait céder, et que ses seules divisions la pouvaient soumettre à un ennemi trop faible pour lui résister quand elle serait unie.
Philippe, roi de Macédoine , également habile et vaillant, ménagea si bien les avantages que lui donnait, contre tant de villes et de républiques divisées, un royaume, petit à la vérité , mais uni , et où la puissance royale était absolue , qu’ù la lin , moitié par adresse et moitié par force , il se rendit le plus puissant de la Grèce , et obligea tous les Grecs à mar-
• IMaL de Leu. lit* 3 — Ivo r iu ranegtr.
cher sous ses étendards contre l’eniiemi commun. II fut tué dans ces conjonctures ; mais Alexandre, son fils, succéda à son royaume et à ses desseins.
Il trouva les Macédoniens , non-seulement aguerris, mais encore triomphants, et devenus par tant de succès presque autant supérieurs aux autres (îrecs en valeur et eu discipline que les autres Grecs étaient au-dessus des Perses et de leurs semblables.
Darius , qui régnait en Perse de son temps , était juste, vaillant, généreux , aimé de ses peuples , et ne manquait ni d’c.sprit ni de vigueur pour exécuter scs desseins. >Iais , si on le compare avec Alexandre; son esprit, avec ce génie perçant et sublime ; sa valeur, avec la hauteur et la fermeté de ce courage invincible qui SC scniait animé par les obstacles, avec cette ardeur immense d’accroître tous les jours son nom , qui lui faisait sentir au fond de son cœur que tout lui devait céder coinine à un homme que sa destinée rendait supérieur aux autres, confiance qu’il inspirait non-sculemcnl à ses chefs , mais encore au moindre de ses soldats , qu’il élevait, par ce moyen, audessus des difficultés et au-dessus d’eux-mémes; on jugera aisément auquel des deux appartenait la victoire.
Si l'on joint à ces choses les avantages des Grecs cl des Macédoniens au-dessus de leurs ennemis, on avouera que la Perse, allaquéc par un tel héros et par de telles armées , ne pouvait plus éviter de changer de maître. Ainsi l’on découvre en même temps ce qui a ruiné l’empire des Perses, et ce qui a élevé celui d'Alexandre.
Pour lui faciliter la victoire, il arriva que la Perse perdit le seul général qu’elle pût opposer aux Grecs ; c’était Memnon , Rhodicn. Tant qu' Alexandre eut en tête un si fameux capitaine, il put se glorifier d'avoir vaincu un ennemi digne de lui. Au commencement d’une diversion , qui déjà inquiétait toute la Grèce , Memnon mourut, et Alexandre mit tout uses pieds.
Ce prince fil son entrée dans Babylonc avec un éclat qui surpassait tout ce que l’univers avait jamais vu; et, après avoir vengé In Grèce , après avoir subjugué avec une promptitude incroyable toutes les terres de In domination
persane, pour assurer de lous côlès son nouvel empire , ou plutôt pour contenter son ambition et rendre son nom plus fameux que celui deBaccIms, il entra dans les Indes, où il poussa ses conquôles plus loin que ce célèbre vainqueur. Mais celui que les déserts , les fleuves et les montagnes n'étaient pas capables d’arréler, fut contraint de céder à ses soldats rebutés, qui lui demandaient du repos.
Il revint à Babylone, craint et respecté, non pas comme un conquérant , mais comme un dieu. Mais cet empire formidable qu’il avait conquis ne dura pas plus longtemps que sa vie, qui fut fort courte. A l’ôge de trente-trois ans, au milieu des plus vastes desseins qu'un homme eût jamais conçus , et avec les plus justes espérances d’un heureux succès, il mourut sans avoir eu le loisir d’établir solidement ses alfaircs, laissant un frère imbécile et des enfants en bas ôge, incapables de soutenir un si grand poids.
Mais, ce qu’il y avait de plus funeste pour sa maison et pour son empire, c’est qu’il laissait des capitaines à qui il avait appris à ne
respirer que l’ambition et la guerre. Il prévit à quels excès ils se porteraient quand il ne serait plus au monde. Pour les retenir, et de peur d’en être dédit, il n’osa nommer ni son successeur, ni le tuteur de ses enfants. Il prédit seulement que ses amis célébreraient ses funérailles avec des batailles sanglantes, et il expira dans la fleur de son âge , plein des tristes images de la confusion qui devait suivre sa mort.
En eO'et, la Macédoine, son ancien royaume, tenu par ses ancêtres depuis tant de siècles, fut envahi de tous côtés comme une succession vacante ; et, après avoir été longtemps la proie do plus fort , il passa enfin è une autre famille. Ainsi ce grand conquérant, le plus renommé qui fut jamais, a été le dernier roi de sa race. S’il fût demeuré paisible dans la Macédoine, la grandeur de son empire n’aurait pas tenté ses capitaines, et il eût pu laisser â ses enfants le royaume de ses pères. Mais, parce qu’il avait été trop puissant, il fut cause de la perte de tous les siens : et voilà le fruit glorieux de tant de conquêtes !
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