‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 4)Chapitre 20 sur 61 · BOIS DB PONT · texte numérisé non relu

BOIS DB PONT

Le royaume de Pont dans l’Asie Mineure, était un démembrement ancien que Üarius , fils d’Hystaspe , roi de Perso , fit lui-même de sa monarchie en faveur d’Artabaxe , que quelques historiens disent avoir été fils d’un des

• An. M. 37U ; ar. J. C. »3.

» An. M.Î703;ar.J.C. 2»l.

« An.M. 38ir!;av. J.C. 197.

• An. .M. ;«t5;av.J. C. 1»

• An. XI.:tMiO;av.J. C.1S8.

• An. M.nH7t;av. J.C. ISl.

’ An. M. 3190; iï. J.C. 51».

seigneurs perses qui avaient conspiré contre les mages.

Le Pont est une région de l’Asie Mineure , située en partie sur les bords du Pont-Euxin , d’où elle a tiré son nom. Elle s’étend depuis le fleuve Halys jusqu’à la Colchide. Plusieurs princes y régnèrent depuis Artabaze.

Le sixième fut Mithridatc I ' ; et c’est lui proprement qu’on regarde comme le fondateur du royaume de Pont. La plupart de scs successeurs portèrent le même nom.

Ariobarzanc son fils, lui succéda. Il avait le gouvernement de Phrygic sous Artaxcrxe Mnémon. Il régna 26 ans.

Mithridate II Antigone , soupçonnant qu’il favorisait Cassandre, voulut, sur un songe qu’il eut, le faire mourir. Il évita ce danger par la fuite. C’est lui qui est appelé xTiaris ou fondateur. Il régna 35 ans.

Mithridate III '. Il ajouta à ses étals la Cappadoce et la Paphlagonie. Il régna 36 ans.

Après deux autres rois régna Mithridatc IV. bisaïeul du grand Mithridate. Il épousa une fille de Séleucus Callinicus, roi de Syrie, dont il eut Laodicc, qui fut mariée à Antiochus-lc- Grand.

Pharnacc, son fils, lui succéda *. Il eut quelques différends avec le roi de Pergame. Il se rendit maître de Sinope.qui, dansla suite, devint la capitale du royaume de Pont.

Mithridate V fut surnommé Èvergèle. C’est le premier qui fut appelé ami des Romains . parce qu’il Icuravait envoyé du secours contre les Carthaginois dans la troisième guerre punique.

Mithridatc VI, son fils, lui succéda'"'. Il fut surnommé Etipalor. C’est le grand Mithridate qui fit si longtemps la guerre aux Romains. Il régna 66 ans.

nois DE CXri’XDOCE.

Slrabon nous ajiprend’ cjuc, sous les Perses,

I An.M. 3(!n0;«v. J.C. »0».

< An. M.3a3S:av. J C. 3nG.

» An. AI. 3007; aï. J.C. .337.

* An. M. 3702; av. J.C. :«>2.

s An. M. 3SI'.l;aï. J.C. OC>.

« An. XI. 3SKI ; nv. J.C. I>3.

f S:ub. ):b. l'i, pag. 531.

nall peu l’origine , fiil placé sur le Irène par les Epiroles.

Pyrrhus, rap]>elé par ses sujets à l’âge de douze ans, partagea d’abord le royaume avec Néoptolémc; puis, s’en étant défait, il régna seul.

L’histoire nous apprendra les diflêrentes aventures de ce prince'. Il fut tué dans la ville d'Argos , dont il voulait se rendre maître.

Hélénus , son fds , régna après lui quelque temps en Épire, qui fut dans la suite réunie â l’empire romain

TVaiSS D'ilÉRtr.LKI.

Héraclée est une viHe du Pont , bâtie anciennement par les Béotiens , qui , sur l’ordre d’un oracle, y envoyèrent une colonie.

Dans le temps que les Athéniens*, vainqueurs des Perses , imposèrent un tribut aux villes de la Grèce et de l’Asie Mineure pour l’équipement et l’entretien d’une flotte destinée â défendre la liberté commune , les habitants d’Héracléc, par attachement pour les Perses , furent les seuls qui refusèrent d’entrer dans une si juste contribution. Lamachus fut envoyé contre eux , et ravagea leurs terres : une rude tempête cependant ayant ruiné toute sa flotte, il se vit abandonné à la merci de ces peuples , dont la férocité naturelle devait être beaucoup aigrie par le mauvais traitement qu’ils venaient d'en recevoir; mais iis crurent ne devoir s’en venger que par des bien- Wits’, en lui fournissant des vivres et des troupes pour s’en retourner. Ils regardaient le ravage de leurs terres comme un gain pour eux, s’ils pouvaient, à ce prix, d’ennemis qu’étaient les Athéniens , s’en faire des amis.

Il s’excita, quelque temps après*, à Héracléc une violente émeute de la populace contre les riches et contre les sénateurs. Ceux-ci , ayant imploré inutilement le secours, d’abord

< An. M. 3733;av. J.C. 271.

* Justin, lib. 16. cap. 3-5. — Dlod. llb. 15, pag. 390.

* « lleracllenses bonesllorcm beDCficü, quâm ullionis, « occasioiiem ra(l , lostruclos commeaUbus auxiliisque • dimlilunt; benè agrorum suorum populaiionein Impen- « sam eiisUmaulcs, ai, quoa hosles habuerant, amicos « reddidissent. O (Jdsti!«.)

« An. H. 30U):av. J. C.36I.

de Timothée, Athénien, puis d’Epamlnondns, Thébain , se virent obligés de rappeler , pour la défense de leur patrie, un sénateur qu’euxmémes en avait exilé ; il s’appelait Cléarque. L’exil ne l’avait pas rendu plus honnête homme ni meilleur citoyen. Profitant du trouble où il trouva la ville pour s’en rendre maître, il SC déclara ouvertement pour le peuple , se fit donner la première magistrature, et s’attribua bientêtune autorité souveraine. Uevenu tyran déclaré, il n’y eut point de violences qu’il n’exerçât contre les riches et contre les sénateurs pour assouvir son avarice et sa cruauté ; et il SC proposa pour modèle , en tout , Denys le tyran, qui dans le même temps avait établi son empire â Syracuse.

Après douze ans d’une dure et inhumaine servitude, deux jeunes citoyens, disciples de Platon et instruits dans scs maximes, formèrent une conspiration contre Cléarque , et , l’ayant tué, délivrèrent leur patrie du tyran , mais non de la tyrannie.

Timothée, son fils, prit sa place’, et s’y conduisit comme son père pendant l’espace de quinze ans.

Denys, frère de Timothée, lui succéda*.

Il avait été en danger d’être dépossédé par Perdiccas ; mais comme celui-ci fut bientêt tué, il SC fit ami d’Antigone, auquel il donna du secours contre Ptolémée dans la guerre de Cypre.

Il épousa Amastris, veuve de Cratère et fille d’Oxiathre frère de Darius : et cette alliance lui releva tellement le courage , qu’il prit le titre de roi, et augmenta son état par la prise de quelques places qui étaient aux environs d’Hêraclée.

Il mourut deux ou trois ans avant la bataille d’Ipsus’, et après un règne de trente-trois ans, laissant deux fils et une fille sous la tutelle et la régence d’Amastris.

L’administration de cette princesse fut heureuse par la bonne volonté qu’Antigonc eut pour elle. Elle fit bâtir une ville, appelée de son nom Amastris , dans laquelle elle transporta les habitants des trois autres villes et ,

• A. M. 3052 ; âv. J. C. 352. — Dlod. lib. 15 , pag. 435.

• An. M. 3667; av. J. C. 337.- Dlod. Hb. 15. pag. 478

V Ad. 51.3700; av. J. C. 301.

• Dlod. llb. 20. pag. 633.

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après la mort d’Antigone, elle sc remaria à Lysimaquc.

Àl'TBES BOM.

Il y a eu aussi des rois particuliers au Bosphore cimmèricn, dans la Thrace, à Cyrène dans rAfrique, dans la Paphlagonie , la Col-

chide , ribèric , l'Albanie , et dans plusieuis autres endroits ; mais leur histoire n’est pas fort connue, et ils ont eu peu de suite.

Il n’en est pas de même du royaume des Parthes, que nous verrons dans la suite se former, et qui se rendra terrible h l’empire romain. Celui des Bactriens prendra aussi naissance dans le même temps. Je parlerai de l’un et de l’autre, en son lien.

la Cappadocp était divisée en deui satrapies, ou gouvenieinenls.ct qu’elle le fut aussi de même sous les Maeédüiiiens. La Cappadote maritime était celle où se forma le royaume de Pont , dont je viens de parler. L’autre était la Cappadocc proprement dite.ou la grande Cappadoce, qui s’étendait le long du mont Taurus et beaucoup encore par delà.

Quand les capitaines d’AIevandrc partagèrent entre eui les provinces de son empire', la Cappadoce était pos,sédée par un prince nommé Ariaratlie. Perdiccas l'attaqua, le vainquit, et le lit mourir.

Ariaratlie , son fils , quelque temps après , rentra dans le royaume de son père , et s’y affermit si bien, qu'il le laissa à sa postérité.

La plupart de ses successeurs portèrent le même nom : il en sera parlé dans le corps de l'iiistoire.

Après la mort d’ArcliélaOs, le dernier de ses rois, la Cappadoce fut ré-duitc en province de l'empire romain, comme tout le reste de l'Asie le fut aussi à peu près dans le même temps.

au» D'isaisia.

L'Arménie , qui est un vaste pays de l’Asie en deçà et au delà de l’Euphrate , fut soumise par les Perses , puis elle passa avec leur empire aux Macédoniens , et enfin elle devint le partage des Romains. Elle a conservé longtemps ses rois. Le plus considérable de tous est Tigrane , qui épousa la tille du grand mithridate, roi de Pont, et qui fit aussi longtemps la guerre aux Romains. Ce royaume se maintint longtemps entre les deux empires des Romains et des Parlhes, dépendant tantôt des uns et tantôt des autres , jusqu’à ce qu’ enfin les Romains en devinrent les maîtres.

■OIS D'imi.

L'Epirc est une province de la Grèce, séparée de la Thessalie et de la Macédoine par le mont i’indus. Les plus puissants de ses peuples étaient les Molosses.

• An. U 30S2; av. J. C. 3<i.

Les rois d’Epire prétendaient descendre de Pyrrhus, fils d’Achille, qui était venu s’établir dans ce pays ; ils s’appelaient Èaeides , du nom d’Æacus, grand-père d’Achille.

La généalogie, des derniers rois , les seuls qui soient connus, est rapportée diversement par les auteurs', cl devient , par cette raison, fort douteuse et obscure.

Arymbas , après une longue suite de rois , monta sur le trône*. Comme il était encore enfant , les étals de l’Êpirc , qui savaient que le bonheur des peuples dépend de la bonne éducation des princes , l’envoyèrent à Athènes , qui était comme le centre et le domicile des beaux-arts et des sciences, pour puiser dans cette excellente école toutes les connaissances propres à former l’esprit et le cœur d’un roi. Il y apprit effectivement l’art de régner; et comme il surpassa tous scs ancêtres en habileté et en science*, aussi fut-il infiniment plus estimé et chéri des peuples qu’ils ne l’avaient été. A son retour il fit des lois , établit un sénat et des magistrats, et régla k forme du gouvernement.

Nêoptolèrae, dont la fille, Olympias , avait épousé Philippe, roi de Macédoine, parvint, par le crédit de son gendre, à partager k royauté avec Arymbas, son frère aîné. Après k mort de celui-ci , Eacide , son fils , devait loi succéder. Philippe eut encore le crédit de le faire chasser par les Molosses, qui établirent Alexandre, fils de Néoptolème , seul roi d’Epire.

Alexandre épousa Cléopâtre , fille de Philippe. Il porta k guerre en Italie , et y périt dans le pays des Rrutiens. Eacide alors monta sur le trône , et régna seul en Epire. Il épousa Phthk , fille de Ménon le Thessalien , dont il eut deux filles, Déidamie et Trolade, et un fils qui est le célèbre Pyrrhus.

Comme Éaeides marchait au secours d’Olympias , ses troupes se révoltèrent contre lui, le firent condamner à l’exil , et tuèrent la plupart de ses amis. Pyrrhus , encore enfant , échappa heureusement de ce meurtre.

Néoptolème , prince du sang , dont on con-

■ Dlod. lib. iO, pig. 4«5

* J ust. lib. 8. cap. 6. — Plut, in Pyrrbo.

* <^uant6 doctior majoribus , tant6 et graüor populo

« fuit. P Ub. 17, cap. 3.}

LIVKE XVI

HISTOIRE DES SUCCESSEURS D' ALEXANDRE, DEPUIS LA MORT DE CE PRINCE JUSQU’A LA BATAILLE D’IPSUS.

Ce livre renferme les disputes et les guerres entre les généraux d'Alexandre , depuis la mort de ce prince jusqu’à la bataille d’Ipsus en Phrygie , qui décida de leur sort. Cet espace est de vingt-trois ans , qui sont les vingttrois premières années du régne de Ptolémée, fils de Lagus , depuis l’an du monde 3681 jusqu’à l’an 370V.

g I. — TaOniLEX «DI >CIVK!<T LÀ Hoax o'Alexàkdm. Partage ors provircbe entre lEsaÈRiRACX. Asi>

OAb CUOIS] ROCR ROI. PbBOICCAS ÉTABLI COHIIB SON TtnXDR, BT COMME RÉGENT 1>B L’BMRIRB.

En rapportant, dans ce volume, la mort d’Alexandre-le-Grand , j'ai marqué combien , à la première nouvelle qui s’en répandit , il s’excita de mouvements et de troubles dans l’armée. Tous généralement, soldats et officiers, occupés d'abord uniquement de la perte qu'ils venaient de faire d’un prince qu’ils aimaient comme un père, et qu’ils respectaient presque comme un dieu, se livrèrent sans mesure à la douleur et aux larmes. Un morne silence régna d'abord dans tout le camp , qui fut bientôt suivi de cris et de gémissements aifreux, vrai langage du cœur, où n’avait aucune part une vaine ostentation de tristesse , accordée à la bienséance cl à la coutume, comme il arrive souventen pareilles occasions '. Quand ces premiers sentiments de tristesse

• « Fisaim allenUa et gemitiu ; nlbll eomposiluni in a oalenUlionem... allias mærebaiit. » (Tacit.)

et de regrets eurent fait place à la réflexion , ils envisagèrent avec frayeur et tremblement l’état où les laissait la mort d’Alexandre. Ils se trouvaient infiniment éloignés de leur patrie , au milieu de peuples récemment assujettis, peu accoutumés au nouveau joug, qui connaissaient à peine leurs nouveaux maîtres , et qui n avaient pas eu le temps d’oublier leur première liberté , leurs anciennes lois, et la forme du gouvernement sous lequel ils avaient toujours vécu. Comment maintenir dans l’obéissance tant de pays , et d’une si vaste étendue ? Comment arrêter les séditions et les révoltes qui devaient naturellement éclater de tous cêt& dans ce moment décisif? Comment même contenir dans le devoir des troupes accoutumées de longue main aux plaintes et aux murmures , et commandées par des chefs qui avaient chacun des vues et des prétentions bien différentes?

L’unique remède à tant de maux était, ce semble , de donner le plus promptement qu’il serait possible un successeur à Alexandre. Lesl troupes , les officiers , tout l’état macédonien , marquèrent d'abord beaucoup d’empressement pour ce parti. En effet , leur intérêt commun, leur conservation mutuelie, la sûreté des nouvelles conquêtes au milieu de tant de nations barbares, exigeaient qu’ils regardassent celte élection comme le premier et le plus important de leurs soins , et qu’ils songeassent à choisir quelqu’un capable de remplir une si grande place , de porter un si grand poids , et de maintenir partout l’ordre et la paix. Mais

5ÔÜ

il était écrit que le royaume d'Alexandre , après sa mort serait partagé, qu'il serait déeiiiré, Itegiium ejus lacerabitur. .. regnnm ejus cunlfretur ; et qu'il ne passerait point, eomine c'est la coutume , à un de si's descendants : Sed non in posteras ejus. Nulle sagesse hu- 'maine ne pouvait lui donner un successeur unique. Us avaient beau délibérer, consulter, 'dé*cider : rien de contraire ne devait être exécuté *, ou du moins ne pouvait subsister. Une puissance supérieure et invisible avait déjà disposé de ce royaume , et en avait fait le partage sans retour, comme on le verra dans In suite. Les circonstances du démembrement en avaient été annoncées près de trois cents ans auparavant : les portions étaient déjà assignées aux différents possesseurs , et rien ne pouvait mettre obstacle à leur prise de possession, qui ne sera différée que de quelques années. Jusqu'à ce temps les bommes se remueront, s'agiteront , se donneront bien des mouvements ; mais tous leurs efforts n’aboutiront qu'à l'accomplissement de ce que le souverain maitre des royaumes avait ordonné, et qu'il avait fait prédire par son propliétc.

Alexandre avait eu de Barsine un (ils , à qui il donna le nom d'IIercule. Itoxane , une autre de ses femmes, était grosse quand ce (irincc mourut. Outre cela il avait un frère naturel, appelé Aridee. Mais, en mourant, il ne voulut disposer de ses états en faveur d'aucun liéritiîr. Ainsi ce vaste empire, qui n'avait plus de maître, devint une source de discordes et de guerres, comme Alexandre l'avait bien prévu , en disant que ses amis célébreraient scs funérailles avec des batailles sanglantes.

Ce qui augmentait la division était l’égalité qui se trouvait entre les généraux de l’armée, dont aucun n'était tellement supérieur à ses coliègues, ou par ta naissance , ou par le mc*l ite , que les autres voulussent lui céder l’empirt! et se soumettre à son autorité. La cavalerie voulait qu’on donnât pour successeur à A- Icxandre Aridée, son frère bâtard ". Il n'avait pas le jugement bien sain depuis une grande maladie qu'il avait eue dans son enfance, cau-

• Iran. H.l.

> R Xun etit... Don subit., non fict. » (lâAi.)

» i'Iui. In Ale», pag. 707

séc, à ce qu’on prétendait, par des breuvages que lui avait fait donner Olympias, et qui lui troublèrent l’esprit. Cette irrincesse ambitieuse, craignant que les bonnes qualités qu’elle voyait paraître dans Aridée ne devinssent un obstacle à la grandeur de son fils Alexandre , crut devoir prendre les criminelles précautions dont je viens de parler. L'infanterie s'était déclarée contre ce prince , et elle avait à sa téta l’tolémée, et d'autres chefs d’un grand nom, qui commencèrent à songer, chacun de son cèlé , à leur propre établissement ; car il se Dt alors une subite révolution dans l’esprit de ces officiers , qui leur Qt dédaigner tout d’un coup l’état de particulier, et tout établissement dépendant et subalterne, pour aspirer à la .souveraineté , à laquelle aucun d’eux n’avait jamais pensé , et ne se serait pas même cru capable de prétendre.

Ces disputes qui occupaient tous les esprits , furent cause que le corps d’Alexandre demeura sept jours sans être enseveli, et, si l'on croit quelques auteurs, sans éprouver la corruption. Il fut ensuite livré aux Kgyptiens cl aux Chaldéens, qui l’embaumèrent à leur manière; et un Aridée, autre que celui dont je viens de parler, fut chargé du soin de le faire transporter à Alexandrie.

Après beaucoup d’agitations cl de troubles, les princip.iux officiers s'étant abouchés dans une conférence dont on était convenu, il fut arrêté, d'un commun consentement, qu'Aridée serait roi , ou plutôt qu’il aurait l’omhre de la royauté. Ce qui devait l’exclure du trône , je veux dire l'imbécillité de son esprit, ftit précisément la raison qu’on eut de l’y faire monter, et qui réunit tous les suffrages en sa faveur. Elle laissait à chacun ses espérances et scs prétentions, et les couvrait. On convint dans la même assemblée que, si Roxane , qui était grosse de six ou huit mois, avait un fils , il serait joint à Aridée , et mis sur le trône avec lui. Perdiccas, à qui Alexandre en mourant avait laissé son anneau , fut chargé de la personne du prince comme une espèce de tuteur, et fut établi régent du royaume.

La même assemblée, quelque respect qu’elle

I Q. Clin. lib. 10, [cap. 16], - Justin, llb. 13, [cap. 1.

- niiMl. lib. 18.

oflt pour la mémoire d'Aloxaiidre, cassa quclqucs-uncs de ses dispositions énoncées dans ses registres, qui auraient été ruineuses à l’état , et qui en auraient épuisé les finances. Il avait ordonné qu’on éléverait sii temples magniliques en certaines villes qu’il marquait, et il avait fixé le prix de chacun à cinq cents talents', c'est-i-dire à cinq cent mille écus. il voulait qu’on bétlt, au tombeau de Philippe, son père , une pyramide qui ne le cédât en rien , pour la grandeur et la magnificence , h celle d’Égypte , qui passait pour une des sept merveilles du monde. Il y avait encore d’antres dépenses de ce genre, qui furent sagement abrogées.

Peu de temps après, Roiane accoucha d’un fds, qu’on appela Alexandre, et il fut reconnu pour roi conjointement avec Aridée; mais l’un et l’antre n’en avaient que le nom. L’autorité était tout entière* entre les mains des grands seigneurs et des généraux, qui avaient partagé entre eux les provinces.

En Europe, la Thrace et les régions voisines furent confiées à Lysimaque ; la Macédoine , l’Épire et la Grèce, à Antipater et à Cratère.

En Afrique, l’Égypte et les autres conquêtes d’Alexandre dans la Libye et la Cyrénarque V furent laissées è Ptolémée, fils de Lagus, avec la partie de l’Arabie qui avoisine l’Égypte. Et c’est de ce temps, vers l’automne , au mois de iThot , qu’on commence à compter les années de l’empire des Lagides en Égypte , quoique Ptolémée n’ait pris le nom de roi qu’environ dix-septans après, conjointement avec les autres successeurs d’Alexandre.

Dans l’Asie Mineure, la Lycie, la Pamphylie et la grande Phrygie furent données à Antigone; la Carie, à Cassandre; la Lydie, à Ménandre ; la petite Phrygie, à Léonat ; l'Arménie, à Néoptolème : la Cappadoce et la Paphlagonie, à Eumène. Ces deux provinces n’avaient jamais été bien soumises aux Macédoniens. Ariarathc , roi de Cappadoce , continuait â les gouverner commeauparavant, Alexandre ayant passé avec tant de rapidité à ses autres conquêtes , qu’il ne voulut pas s’amuser à le ré-

• cinq cenis tslcnu ou 2 875 000 IVinrs.

• Dl«l. IU>. 18, pog. 587, 588. - Justin. Ilb. 13. cap. 4. — Q. Curl. Hb. 10, cap. 10.

(luire tout h fait , et se contenta d une légère soumission.

La Syrie et la Phénicie échurent à Laomédon; des deux Médies, l’une à Atropate, et l’autre â Perdiccas; la Perse, à Peuc('slc; la Babylonie, è Archon; la Mésopotamie, à Arcésilas; la Parthie et l’Hyrcanie, à Phratapherne ; la Bactriane et la Sogdianc, â Philippe ; et d’autres régions , à des généraux dont les noms sont peu connus.

Sélcucus , fils d’Antiochus, fut mis à la tête de toute la cavalerie des alliés, ce qui était une place considérable; et Cassandre, fils d’Antipater, à la tête des compagnies des gardes.

La haute Asie qui approche des Indes , et les Indes mêmes, furent laissées entre les mains de ceux qu’ Alexandre y avait établis pour gouvenieurs.

Il en fut de même presque généralement pour toutes les provinces que je viens de nommer ; et c'est dans ce sens que la plupart des interprètes expliquent l’endroit des Machabées où il est dit ‘ qu’Alciandrc, ayant appelé les grands de sa cour qui avaient été nourris avec lui , leur partagea son royaume de son vivant. Eu effet , il est assez vraisemblable que ce prince . se voyant près de mourir, et ne voulant pas se désigner lui-même parmi eux un successeur unique , se contenta de les confirmer tous dans les gouvernements qu’il leur avait donnés; ce qui sutlitpour dire qu'il leur) partagea son rogaume lorsqu'il vivait encore.

Ce partage n’était que l’ouvrage des hommes, et il ne sera pas de longue durée. Celui qui règne seul , et qui est seul roi des siècles , en avait fait un autre ; il avait assigné â chacun sa portion , et en avait marqué l’étendue et les bornes. II n’y aura que cette disposition qui subsistera.

I.e partage arrêté dans l’assemblée fut la source et la cause de bien des divisions et des guerres, comme la suite nous le fera connaître , chacun des gouverneurs prétendant exercer dans son département une autorité souveraine et indépendante. Aucun pourtant*, par respect pour la mémoire d'Alexandre, ne prit le nom de rot, tant que ceux de sa race qui

> Michab. lib.l. n.6el7. j;.

< Juitin. Ilb. 15, cap. 2.

«|iÿ& 5-10

nvaicnt tlé places sur le Irônc dcincurcreiil en vie.

Parmi les gouverneurs de province que j’ai nommt^, quelques-uns se dislinguèrent audessus de tous les autres par leur crédit , leur mérite , leurs cabales , et formèrent différents partis, auxquels les autres s'altaclièrent , chacun selon ses vues particulières d’intérél et d'ambition ; car il ne faut pas s'attendre que , dans un tel mouvement , les motifs du bien public aient beaucoup de port aux résolutions qui s'y prennent.

J’en excepte pourtant Eumène*,le plus vertueux sans contredit de tous ces gouverneurs, et qui ne leur cédait point en bravoure ; lequel , par principe de probité, demeura toujours constamment attaché au parti des deux rois. Il était de Cardie, ville de Thrace. et d'une naissance fort obscure. Philippe , qui avait remarqué en lui , dès sa jeunesse , de rares qualités , sc l’était attaché en qualité de secrétaire . et avait pris en loi une grande confiance. Il ne fut pas moins en crédit sous Alexandre, qui lui donna une grande marque d'estime et de considération. Barsiiie , la première personne que ce prince aima en Asie, et dont il eut un fils nommé Hercule, avait une sœur de même nom; il la fit épouser ù Euméne'. Nous verrons que ce sage favori répondit dignement à l'affeclion de ces deux princes, même après leur mort. Ses sentiments et ses actions nous montreront qu’on peut être roturier par la naissance , et très-noble par le cœur.

J’ai rapporté , dans ce môme volume , que Sysigambis^, qui avait supporté avec patience la mort de son père , de son mari et de son fils , ne put survivre à celle d’Alexandre*. La mort de cette princesse fut suivie de près de celle de ses deux petites-filles, Statira, veuve d’Alexandre , et Drypétis , veuve d'Ëphestion. Roxanc , qui appréhendait que Statira ne se trouvât enceinte d’Alexandre aussi bien qu’elle, et que la naissance d’un garçon ne dérangeât les mesures prises pour assurer la succession au fils dont elle espérait être grosse , engagea

* PIul. tn Eumen. pag. 583 — Cornet, Nep. fo Eumen. cap. 1.

* Arrten loi donne une autre feinmc. Ilb. 7, pag. 278.

' » y. Curt. Ilb. 10. cap. 5.

a Plut, in Alex. pag. 707.

les deux sœurs â la venir voir; et elle s’en défit secrètement par le secours de Perdiccas, seul confident d’un si noir attentat.

Il est temps d’entrer dans le détail des actions des successeurs d’Alexandre. Je commencerai par la révolte des Grecs dans l'Asie supérieure, et par la guerre qu’Antipater eut à soutenir contre la Grèce, parce que ces matières sont plus isolées et presque entièrement séparées des autres.

8 If. révolte DB9 Grecs dats l'Asie scpÉRiecRE.

Mouvements a AthEnes sur la nocvellr de la

MORT d'Alexandre. Expédition d’Antipater dans

LA Grèce. Il est d'abord vaincu, puis vainqueur.

Il se rend maître D'.iTIlENBS. ET T LAISSE GARNI- SON. Fuite et mort db Démostuène.

Les Grecs qu’Alcxandre avait établis ‘ en forme de colonies dans les provinces de l’Asie supérieure n’y demeuraient qu’avec regret, parce qu’ils n’y trouvaient pas les douceurs et les agréments dont ils s’étaient flattés , et ils conservaient dans leur cœur depuis longtemps un vif désir de retourner dans leur ]>atrlc. Ils n'avaient pas osé témoigner leur mécontentement, du vivant d’Alexandre ; mais, dès qu'ils curent appris la nouvelle de sa mort, ils sc déclarèrent ouvertement. Ayant armé vingt mille hommes d’infanterie , tou gens aguerris et expérimentés, avec trois milU chevaux , ils mirent à leur tête Philon , et se préparèrent au départ , sans prendre de conseil ni recevoir d’ordre que d’eux-mêmes , comme s’ils n’eussent plus été soumis â aucune autorité et qu’ils n'eusseut plus reconnu de maître ni de supérieur.

Perdiccas , qui prévoyait les conséquences d’une telle entreprise dans un temps où tout était en mouvement, et où les troupes , aussi bien que la plupart des ofiiclers, ne respiraient que l’indépendance , envoya contre eux Pithoii , officier d’un mérite généralement reconnu. Celui-ci se chargea volontiers de cette commission , dans l’espérance de gagner ces Grecs, et de se procurer par leur moyen un établissement considérable dans l’Asie supérieure. Perdiccas, averti de son dessein, donna

> An. U 3CSI ; ». J. C. 323.-Dlod. lib. 18, pag. MH.

un élrntige ordre au* Macédoniens qu’il envoya avec lui, qui était d'extcmiiner généralement tous les révoltés. Quand Pitlion fut arrivé, il gagna par argent troismille des Grecs, qui, ayant lAclié le pied dans le combat, lui procurèrent une pleine victoire. Les vaincus se rendirent, 1 condition qu'on teur conserverait la liberté et la vie, et c’était l’intention de Pithon. Mais il n’en fut pas le maître. Les Macédoniens, se croyant obligés d’exécuter les ordres de Perdiccas , égorgèrent sans pitié tous ces Grecs , sans avoir égard à la parole qu’ils leur avaient donnée. Pithon, frustré de son espérance , retourna avec les Macédoniens vers Perdiccas.

Cette expédition fut suivie de près ', de la guerre de Grèce. La nouvelle de la mort d’Alexandre, étant arrivée à Athènes, y avait excité de grandes rumeurs et causé une joie presque universelle. Le peuple, qui depuis longtemps portait avec peine le joug que la Macédoine avait imposé à ta Grèce , ne parlait que de liberté, ne respirait que guerre, et se livrait sans mesure aux emportements d'une joie fnlle et excessive. Phocion, qui était d’un caractère sage et modéré, et qui craignait que la nouvelle ne se trouvât pas véritable, tâchait de calmer les esprits et d’arrêter ces saillies fougueuses qui ne laissaient point de lieu â la réflexion et au conseil. Comme, malgré scs efforts, la plupart des orateurs criaient que la nouvelle était véritable , qu’Alexandre était certainement mort, Phocion se leva et leur dit :

• Mais , s’il est mort aujourd’hui , il le sera « encore demain , et encore apn>s demain , de a sorte que nous aurons tout le temps de dé- « libérer en repos et avec plus de sûreté. » Léosthène, qui te premier avait répandu cette nouvelle â Athènes, ne cessait de parler devant le peuple avec beaucoup d’arrogance et de vanité. Phocion, las de l’entendre, lui dit :

B Jeune homme , vos discours ressemblent à B des cyprès ; ils sont grands et hauts, mais ne B portent point de fruit, n On lui savait mauvais gré de s’opposer si fortement aux volontés du peuple. Hypéride, s’étant levé, lui demanda; a Quand sera-ce donc que vous conseillcrcx a aux Athéniens de faire la guerre? Ce sera, a lui répondit PhOcion , quand je verrai les

B jeunes gens prendre une ferme résolution B de garder une exacte discipline, les riches a contribuer selon leur pouvoir aux frais de la a guerre , et les orateurs s’abstenir de voler B les deniers publics. »

Les remontrances de Phocion furent inutiles. La guerre fut résolue , et il fut arrêté qu’on députerait vers tous les peuples de la Grèce pour les exhorter à entrer dans la ligue. C’est la guerre que tous les Grecs, excepté les Thébains , unis ensemble pour la liberté de l.n Grèce, firent sous la conduite de Léosthène contre Antipater, et qui fut appelée /a ijuei-re tamiaque , du nom d’une ville où ce dernier fut défait dans une première bataille.

Démosthène, qui était alors eu exil à Mégare‘, mais qui dans son malheur conservait toujours un lèle vif et ardent pour les intérêts de sa patrie et pour la défense de la liberté commune, so joignit aux ambassadeurs d’Athènes envoyés vers le Péloponnèse, et les ayant merveilleusement secondés par la force de son éloquence , il engagea dans la ligue Sicyoue , Argos, Corintlic, et les autres villes du Péloponnèse.

Le peuple d’Athènes, admirant un zèle si noble et si généreux , fit sur-le-champ un dé-cret pour le rappeler de son exil. On lui envoya â Eginc une galère à trois rangs du rames. Quand il fut entré au port du Pirée, il n’y eut ni magistrats ni prêtres qui restassent dans la ville : tous les citoyens sorlirent en foule pour aller au-devant de cet illustre exilé, et le reçurent avec toutes Ira démonstrations possibles d’affection et de joie , et en même temps de douleur et de repentir de l’injure qu’on lui avait faite. Uémosthène, vivement touché des honneurs extraordinaires qu’un lui rendait, et rentrant comme en triomphe dans sa patrie au milieu des acclamations publiques, levait les mains vers le ciel pour remercier les dieux d’une protection si éclatante, et se félicitait lui-méme d’une journée plus glorieuse encore pour lui que n’avait été pour Alcibiade celle du retour de son exil : car scs citoyens le recevaient de leur pur mouvement et de leur bon gré ; au lieu que la réception d’Alcibiade n’avait pas été pleinement

* Plut. iD Pboc. pag. 7^1 , 752

1 Plut. Id Deiuobth. pag. 858. — JosUn. lib. 13, cap. &

volontaire , et qu'il y était entré de la contrainte.

La plupart des anciens ‘ redoutaient extrêmement les suites d’une guerre, où il leur paraissait qu’on s’était engagé avec trop de précipitation et sans en avoir examiné les conséquences avec toute l’attention et toute la maturité que demandait une entreprisede cette importaticc. Ils trouvaient qu’il n’y avait encore aucune nécessité de se déclarer ouvertement contre lesSlacédoniens, dont les troupes aguerries de longue main étaient à craindre ; et l’exemple de Thébes, détruite par une pareille témérité, les effrayait. Mais les orateurs, (jui trouvaient leur avantage dans les trouilles publics , cl ù qui , comme le disait Philippe , la guerre tenait lieu de paix , et la paix de guerre, ne laissaient pas au peuple le temps de délibérer mûrement sur les affaires qu’on lui proposait, et l’entraînaient dans leurs sentiments par une éloquence flatteuse qui ne lui montrait dans l’avenir que victoires et triomphes.

Ici Démosthéne et Phocion , qui ne manquaient ni de zèle ni de prudence , et qui n’axaient en vue que le bien public , sc trouvèrent d’avis différent; ce qui ne leur était pas extraordinaire. Il ne m’appartient point de prononcer lequel des deux avait raison. Dans une conjoncture aussi embarrassante que celle-ci, il n’est pas étonnant qu’on sc sépare, quoi- <|u’avcc de bonnes intont ions de part et d’autre. Le parti de Phocion était peut-être le plus prudent; celui de Démosthéne , le plus glorieux.

Quoi qu’il en soit , on leva une armée considérable , et l’on équipa une flotte très-nombreuse. On enrôla tous les citoyens en âge de porter les armes, qui étaient au-dessous de quarante ans. Des dix tribus qui composaient ta république , trois furent Inisséra pour la défense de l’Alti(|ue, le reste marcha au dehors avec les autres alliés sous la conduite de Léostbéne.

Antipater, sur tous les mouvements qu’il avait su qu’on sc donnait dans la Grèce , ne s’était pas endormi, et avait envoyé en Phrygie vers Léonal, et en Cilicie vers Cratère , pour les presser de venir à son secours. En les at-

1 llinl. Iib. lS,|.ag. ■VJl.j;».

tendant , il se mit en marche avec treize mille Macédoniens seulement , et six cents chevaux : les fréquentes recrues qu’il avait envoyées à Alexandre ne lui avaient pas laissé plus de troupes du pays.

Il est étonnant qu’ Antipater ait entrepris de combattre toute la Grèce liguée , avec cette poignée d’hommes. Il comptait sans doute que les Grecs n’avaient plus cet ancien zèle et cette ancienne ardeur pour la liberté ; qu’ils ne la regardaient plus comme un avantage inestimable , pour la conservation duquel il fallait sacriGer ses biens et sa vie : qu’ils commen- Ceient à se familiariser avec la servitude , et par là s’en rendaient dignes. C’était en effet la disposition présente des Grecs , à laquelle on ne reconnaît pas les enfants de ceux qui avaient soutenu courageusement tous les efforts de l’Orient , cl combattu un million d’hommes pour se conserver libres.

Antipater s’avança vers la Tbessalie , suivi de sa flotte qui rangeait les côtes de la mer. Elle était composée de cent dix galères à trois rangs de rames. Les Thessaliens s’étaient d’abord déclarés pour lui ; mais bientôt après , ayant changé de sentiment , ils se joignirent aux Athéniens, et leur menèrent une forte cavalerie.

Comme l’armée des Athéniens et des alliés était beaucoup plus nombreuse que celle de Macédoine, Antipater n'en put soutenir le choc , et fut vaincu dans un premier combat. N’osant en hasarder un second , et ne pouvant pas se retirer en sûreté dans la Macédoine , il se renferma dans Lamia , petite ville de Tliessalie, pour allendrc le secours qui lui devait venir d’Asie , et s’y fortifia. Les Athéniens en formèrent le siège.

L’attaque de Lamia était fort vive , et la résistance non moins vigoureuse. Léosthène, après plusieurs tentatives , désespérant de la pouvoir emporter de force , se réduisit à la bloquer pour la prendre par famine. Il l’environna d’un mur de contrevallation , avec un fossé très-profond , cl par ce moyen lui coupa les vivres. La disette se lit bientôt sentir dans la ville; et les assiégés songeaient sérieusement à sc rendre , lorsque , dans une sortie qu’ils firent , Léosthène reçut une blessure considérable qui obligea de le porter dans sa

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tente. On donna le commandement de l'armée à Anliphile, également estimé des troupes pour sa valeur et pour sa prudence.

Cependant Léonal' s’élait mis en marche pour aller au secours des Macédoniens assiégés dans Lamia. 11 était chargé , aussi bien qu'Antigone , par l'accord fait entre les généraux , d'établir à main armée Eumène dans la Cappadocc; mais des vues particulières leur firent prendre un autre parti. Léonat, qui avait pris une entière confiance dans Euméne , lui déclara en partant que la promesse de secourir Antipater n'était pour lui qu'un vain prétexte, et que son véritable dessein était de passer en Grtec pour se rendre maitre de la Macédoine ; et il lui nt voir des lettres de Cléopâtre, sœur d'Alexandre , qui le sollicitait de venir à l’clla, et lui promettait de l’épouser. Léonat , étant près de Lamia , marcha droit à l’ennemi avec vingt mille hommes d'infanterie et deux mille cinq cents chciaux. La prospérité avait mis le désordre dans l’armée des Grecs. Plusieurs, sous différents prétextes , s’étaient retirés chez eux ; ce qui avait beaucoup diminué le nombre des troupes , qui se trouvaient réduites à vingtdeux mille hommes d'infanterie. La cavalerie montait à trois mille cinq cents chevaux , dont deux mille étaient de ïhessalie, qui faisaient la principale force de l'armée et toute l’espérance du succès. En effet , le combat s'étant donné , ce fut cette cavalerie qui eut la plus grande part à la victoire ; elle était commandée par Ménuii. Léonat, couvert de blessures, tomba mort sur le champ de bataille , et fut emporté par les siens dans le camp. La phalange macédonienne , qui craignait extrêmement le choc de la cavalerie , se retira sur des hauteurs où les Thessaliens ne purent la suivre. Les Grecs , ayant enlevé leurs morts , érigèrent un trophée , et se retirèrent.

On ne parlait à Athènes que des glorieux exploits de Léosthène * , qui ne survécut pas longtemps è sa gloire. Toute la ville était dans lo joie , et ne œssait de célébrer des fêtes et d’offrir des sacrifices pour remercier les dieux de tous les avantages qu’elle remportait. Les ennemis de Phocion, croyant lui faire

• An.M.3*îS2;av. J.C. 322. — Plul. iDEum». pag.Wr

* IMul- in Phoc. pag. 752.

beaucoup de dépit, cl le réduire à ne savoir que répondre sur l’opposition qu’il avait toujours apportée à cette guerre , lui demandaient s’il ne voudrait pas avoir fait toutes ces bclies choses : « Oui , sans doute , répondit Phocion, « je voudrais les avoir faites , mais je ne vou- « drais pas n’avoir point conseillé ce que j’ai O conseillé. » Il ne croyait pas qu’on dût juger d’un conseil par le succès , mais par le fond même et par la qualité du conseil ' ; et il m“ renonçait pas A son avis , quoique l’avis contraire eût réussi ; ce qui prouvait seulement que de ce cûté-là il y avait eu plus de bonheur, mais non pas jilus de sagesse. Et comme ces bonnes nouvelles se suivaient de fort près , et arrivaient du camp coup sur coup , Phocion , qui en craignait les suites, s’écria : Quand cesserons-nous donc de vaincre ?

Antipater fut obligé de se rendre par capitulation. L’histoire ne nous apprend point quels furent les articles du traité. Iji suite nous fait connaître seulement que Léosthène exigea de lui qu’il se rendit A discrétion. Ce dernier mourut , peu de jours après , de la bles,surc qu’il avait reçue au siège. Antipater, élant sorti de Lamia le lendemain de la bataille, car il parait qu’on le traita favorablement , se joignit aux débris de l’armée de Léonat, et prit le commandement des troupes. Il se donna bien de garde do hasarder une seconde bataille ; mais, en capitaine sage et expérimenté, il conduisait ses troupes sur des hauteurs inaccessibles A la cavalerie ennemie. Aniipbilc , le général des Grecs, retint les siennes dans la ’fhessalie , se contentant d’observer les mouvements d’Antipater.

Clitus, qui commandait la flotte macédonienne, remporta, environ dans ce même temps, deux victoires près des Iles Ecbinades sur Éétion, amiral de celle des Athéuiens.

Enfin Cratère’, qu’on attendait depuis longtemps, arriva en Tbcssalic, et s’arrêta près du fleuve Pénée. Il céda le commandement A Antipater, et voulut bien servir sous lui. Les troupes qu’il avait amenées , jointes A celles de Léonat, montaient A plus de quarante mille

I R Non daronavllquod reclè viderai, quia, quod alius R malècontiulucnil, bcnc crs&eral: rdicius boc ciUtimaiii. M illuil eiilm sapipiiUu». »(V.vi.. Mai. Hb. 3, cap. 8.)

• Diod. lib. I8.pag.59ü-G02.

Diùilizf

hommes d’infanleric , k trois mille archers ou frondeurs, et i cinq mille chevaux. L’armée des alliés étaitbeaucoup inférieure en nombre. Elle n’était que de vingt-cinq mille hommes de pied , et de trois mille cinq cents chevaux. La discipline y était mal observée depuis les victoires qu’elle avait remportées. Il se donna une balaiüe assez considérable , près de Cranon , où les Grecs furent battus. La défaite ne fut pas grande , et ils ne perdirent pas beaucoup de monde; encore cet échec n’arriva-t-il que , par la licence des soldats , et par le peu d’autorité des capitaines qui ne savaient pas se faire obéir.

Le lendemain, Àntiphile et Ménon, les deux généraux de l’armée des Grecs , assemblèrent le conseil pour savoir si l’on attendrait le retour des troupes qui s’étaient retirées dans leur pays, ou si l’on ferait è l’ennemi des propositions d'accommodement; ce dernier parti l'emporta. Les députés partirent sur-le-champ, portant parole pour tout le corps des alliés. Antipalcr répondit qu'il voulait traiter séparément avec chacune des villes, comptant qu’il en viendrait à bout plus facilement; et il ne se trompait pas : cette réponse rompit la négociation. 11 ne se fut pas plutôt présenté devant les villes des alliés, qu’ils se débandèrent et abandonnèrent lôchement la liberté, chacun ne songeant qu’à son accommodement particulier.

Ce qu’on voit ici confirme bien ce que j’ai dit auparavant de la disposition présente des peuples de la Grèce. Ce ne sont plus ces anciens zélateurs de la liberté, uniquement attentifs au bien public et à la gloire de la nation, qui regardaient le danger de leurs voisins et de leurs alliés comme le leur propre, et qui, au premier signal, volaient à leur secours. Un redoulable ennemi est aux portes d’Athènes : toutes les républiques de la Grèce sont sans action et sans vigueur; tout le Péloponnèse demeure immobile, et il n’est non plus parlé de Sparte que si elle ne subsistait plus : triste effet de la jalousie des peuples les uns contre les autres, de leur indifférence pour la liberté commune, d’un funeste engourdissement au milieu des plus grands périls, qui annonce et qui prépare une décadence cl une ruine prochaine.

Antipater, profitant de cette dés'ertion*, marcha incontinent avec son armée vers Athènes, qui se trouvait abandonnée de tous ses alliés, et par conséquent hors d’état de se défendre contre un ennemi puissant et victorieux. Avant qu’il y entrât, Démostliéne et tous ceux &e son parti, qu’on pouvait regarder comme les derniers des Grecs , et comme les défenseurs d’une liberté mourante, sortirent de la ville ; et le peuple, pour se décharger sur eux du reproche de fui avoir déclaré la guerre , et pour gagner ses bonnes grâces, les condamna à mort , sur le décret que Démade en dressa. Le lecteur n’a pas oublié que c’est ce même peuple qui venait de rappeler Démosthène par un décret si honorable, et de le recevoir en triomphe.

Par un second décret , le même Démade fit ordonner qu’on enverrait à Antipater, qui était pour lors à Thèbes, des ambassadeurs avec de pleins pouvoirs pour traiter avec lui de la paix ; Phocion était à leur tête. Le vainqueur déclara qu’il fallait que les Athéniens s’en remissent entièrement à lui, comme luimême , lorsqu'il fut assiégé dans la ville de Lamia , s’était entièrement remis de la capitulation à Laosthène leur général.

Phocion alla rapporter cette réponse à Athènes , qui fut obligé d’accepter la condition , quelque dure qu’elle fût. Il s’en retourna donc à Thèbes avec les autres ambassadeurs, auxquels on avait joint Xénocratc , dans l’espérance que la vue seule d’un philosophe si célèbre inspirerait dn respect à Antipater, et le forcerait à rendre hommage à sa vertu. C’était bien mal connaître le cœur humain, et, en particulier, le caractère violent et cruel d’Antipater, que de se flatter qu’un ennemi à qui on faisait une guerre ouverte renoncerait à ses avantages par respect pour la vertu d’un seul homme , et sur la harangue d’un philosophe , lequel apparemment s’était déclaré contre lui. Antipater ne daigna pas le regarder; et, quand if voulut entrer en discours, car il était chargé de porter la parole, il l’interrompit brusquement, et, voyant qu’il continuait, il lui imposa silence; Une traita pas de la même sorte Phocion. Après qu’il eut parlé, Antipater leur fit réponse «qu’il

' Plul. In Phoc. pag. 753-751.

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( était prêt à faire amitié et alliance avec les « Athéniens à ces conditions : qu'ils lui livreci raient Démosttiène et Hypéride ; qu'ils rè- € labliraient le gouvernement sur l'ancien « pied , où les charges étaient données aus ri- « ches; qu'ils recevraient garnison dans le il port de Munychia ; qu'ils paieraient tous les ■ frais de la guerre, et, outre cela, une grosse O amende dont on conviendrait, n Ainsi , selon Diodore , il n'y eut que ceux qui avaient plus de deux mille dragmes ‘ de revenu qui curent part au gouvernement et droit de suffrage. Antipater, par là , prétendait se rendre maître absolu d'Athènes , sachant bien que les riches qui po$sé*daient les charges et avaieut de grands revenus, seraient beaucoup plus dans sa dépendance qu'une pauvre et vile populace, qui n'avait rien à perdre , et qui n'écoutait que son caprice.

Tous les autres ambassadeurs étaient fort contents de ces conditions, qu'ils regardaient comme fort douces , vu l'état où ils se trouvaient. Xénocrate seul en jugea autrement. Elles sont Irés-doxtces , dit-il, pour des esclaves, mais très-dures pour des hommes libres.

Les Athéniens furent donc obligés de recevoir dans Munychia la garnison macédonienne, qui était commandée par Ménylle, très-honnète homme , et des amis particuliers de Phocion. Elle entra pendant la fête des grands mystères, et le propre jour que l'on mène en procession, de la ville à Éleusiue, le dieu lacchus; triste conjoncture pour les Athéniens , et qui les pénétra de douleur, k llélas ! di- « saicnt-ils en comparant les temps pas.sés à « ce qu'ils voyaient, anciennement, dans nos. « plus grandes adversités les dieux se mani- « festaicnt à nous , pendant cette sainte céré- « roonie, par des visions mystiques", et par « des voix qu'ils faisaient entendre, au grand « étonnement de nos ennemis , qui en étaient « effrayés; et aujourd'hui , à la même solen- « nité , les dieux voient tranquillement le plus « grand des malheurs qui pouvaient arriver à « la Grèce : ils voient le plus saint de tous les « jours de l’anné-e, et celui qui nous est le

* Mille livres. === 1 017 francs. E. B.

* Le« Athéniens étalent fort superstitieux, et, par cette raison , très-crédules a tout ce qu'on leur disait de leurs dieux.

« plus agréable , souillé et marqué par la plus « affreuse de toutes les calamités , qui lui don- « nera même sou nom jusqu'à la fin des siè- « des ! »

La garnison , commandée par Ménylle , ne fit aucun mal aux habitants-, mais il y en eut plus de douze mille qui furent , à cause de leur pauvreté, exclus du gouvernement par un des articles du traité. Une partie de ces malheureux demeura dans Athènes, traînant une triste vie dans l'opprobre et le mépris qu'ils s’étaient justement attirés ; car c’était, pour la plupart , des esprits brouillons et mercenaires, sans vertu, sans justice, flattés d'une fausse idée de liberté dont ils ne savaient pas user , et dont ils ne connaissaient ni les bornes, ni les devoirs , ni la fin. Les autres citoyens pauvres, pour éviter cette boute, abandonnèrent la ville , et se retirèrent en Thrace, où Antipater leur assigna une ville et des terres pour leur habitation.

Démétrius de Phalère fut obligé de s’enfuir '. Il se retira vers Nicanor, en qui Cassandre, fils d’Antipater, avait beaucoup de confiance , et qu’il fit gouverneur de Munychia après la mort de son père, comme nous le verrons bientôt. Ce Démétrius avait été , non-seulement le disciple, mais l'ami intime du célébré Théophraste. Sous un aussi savant maître, il perfectionna les talents naturels qu’il avait pour l’éloquence , et se rendit liabiledans la philosophie, la politique et l'histoire*. Il était fort estimé à Athènes. Il avait commencé à y entrer dans le gouvernement des affaires dès le temps qu’Harpalus s'y était rendu , après s’ôtre déclaré contre Alexandre. Dans le temps dont nous parlons, il fut obligé de sortir d'Athènes , qui le condamna même bientôt après, quoique absent, sous un vain prétexte d’irréligion.

Tout le poids de la colère d'Anlipater tomba principalement sur Dèmosthène ", Hypéride , et quelques autres Athéniens qui les avaient suivis. Quand il sut qu’ils s’étaient dérobés à sa vengeance par la fuite , il envoya après eux des gens pour les reprendre , et mit à leur tête un certain Archias , qui avait joué autre-

' Alhcn. Ilb. 12, [Mp r>t2.

■ ÜioK. iii Deritclr.

* Plul. in IK'Qio»lb. fLTg. KÔ9, 800.

Digitizea oy vjuu^Ic

fuis des trauôdies. Cet Archins , ayant trouvé B Kgiiie l’orateur Hypéridc, Aristonieus de Marathon, et Himérée, frère de Démétriiis de Phalére, qui tous trois s'étaient réfugiés dans le temple d'Ajax , les arracha de leur asile , et les envoya à Antipaler , qui était alors à Cléotu's, où il les fit mourir. On dit même qu’il lit couper la langue à Hypéride.

Le mémeArchias, ayant appris que Démosthène, retiré dans l’ilc de Calaurie, s’était rendu suppliant dans le temple de Neptune , y passa sur des esquifs ; et , étant descendu à terre avec quelques soldats deThrace, il alla dans le temple , et Ht tous ses efforts pour persuader îi Démosthéne de venir avec lui vers Antipaler, l’assurant qu’il ne lui serait fait aucun mal. Démosthéne connaissait trop les hommes pour se fier à sa parole. II savait que ces âmes vénales etvendues à l’iniquité, ces infâmes ministres d’ordres également injustes et cruels, ne se piquent pas, non plus que leurs maîtres, de sincérité et de vérité. Pour éviter de tomber entre les mains d’un tyran qui aurait exercé sur lui toute sa fureur, il avala du poison qu’il portait toujours sur lui. Ce poison produisit son effet asseï promptement. Se sentant affaiblir, il s’avança soutenu sur les bras de quelques domestiques , et tomba mort au pied de faute!.

Peu de temps après, les Athéniens, pour lui marquer leur estime et leur reconnaissance , lui tirent ériger une statue de bronze , et ordonnèrent, par un décret, que, d’âge en âge, l’ainé de sa famille serait nourri dans le Prytanée aux dépens du public ; et an bas de la statue ils firent graver cette inscription , qui était conçue en deux vers élegiaques : ürmosthène , ji tu acats eu autant de force que de bon sens , jamais Mars le Macédonien n'aurait triomphé de ta Grèce. Quel cas doit-on faire du jugement d’un peuple capable de se porter, presque dans le même temps, à des extrémités si opposées; qui condamne aujourd’hui un citoyen à mort, et qui le lendemain le comble d’honneurs et de louanges?

Ce que j’ai dit de Démosthéne en plusieurs occasions me dis|>ense ici de faire au long son imrtrait et son caractère. Il était, non-seulement grand orateur, mais grand homme il’élat. Il avail de nobles et du grandes vues, un zèle

à toute épreuve pour l’honneur et les intérêts de sa patrie , une haine irréronciliable contre tout ce qui simtait la tyrannie, cl un amour de la liberté tel qu’on peut se l’imaginer datis le républicain le plus ennemi qui f^ul jamais de toute servitude et do toute dépendance. Une sagacité merveilleuse le faisait percer dans l’avenir, et lui montrait les événements futurs et éloignés comme s’ils eussent été présents. Il paraissait informé de tous les desseins de Philippe, comme s’il eût été admis â son conseil ; et, si les Athéniens eussent voulu suivre ses avis, jamais ce prince ne serait parvenu à ce degré de puissance qui causa la perle de |a Grèce, comme Démosthéne favail souvent prédit.

Il connaissait parfaitement Philippe ' , et était bien éloigné de le louer comme faisaient la plupart des orateurs. Deux ambassadeurs , avec qui il avait été député vers lui , ne cessant , à leur retour , de vanter le roi de Macé-doine, et de dire que c’était uu prince trèséloquent, très-beau, et très-grand buveur; Quelle louange! reprit Démosthéne; la première qualité est d'un rhéteur , ta seconde d'une femme, la troisième d’une éponge, mais nulle d'un roi.

Pour ce qui regarde l’éloquence , on ne peut rien ajouter â ce qu’en dit Quintilien dans le parallèle qu’il fait de Démosthéne et de Cicéron. Après avoir montré que les parties essentielles et les grandies qualités de l’orateur leur sont communes , il marque en particulier la diflérence qui se trouve entre eux pour le style et l’élocution. « L’un ’, dit-il , est plus précis, « l’autre plus abondant. L’un serre de plus « prés son adversaire ; l’autre, pour le com- « baltre , se donne plus do champ. L’un songe U toujours â le percer , pour ainsi dire , par lu (< vivacité de son style ; l’autre souvent l’acca- « ble aussi par le poids du discours. Il n’y a « rien à retrancher à l’un , et rien â ajouter à « l’autre. On voit en Démosthéne plus de simii « et d’étude ; en Cicéron , plus de naturel et « de génie. »

* Plut. In Dcmo»lh. pag. 853.

■ « In eloqurndoest aliqua dWcrMla». Dcnsiorüle, hir

O copimiur. Ilti coiii liifiitastririmft. lue latiùs Ilie

« auuiuim* semper, hiv fréquenter et |Miii.lerf. Illinili!l *lv- •« trahi liuir niliii atljii i tlunr plus lu illo, iu hue

«I iiatuiff. â» i.NTiL. lib. iO, cap. I.f

J'ai marqué ailleurs ' un autre trait de différenee entre ces deui grands orateurs, qu’on me permettra de rapporter encore ici. O qui caractérise Démosthéne plus que tout le reste, et en quoi il n’a point en d’imitateur, est un oubli si parfait de lui-méme, une exactitude si scrupuleuse à ne faire jamais parade d’esprit, un soin si perpétuel de ne rendre l’auditeur attentif qu’à la cause et point do tout à l’orateur, que jamais il ne lui échappe une expression, un tour, une pensée, qui n’ait pour but simplement que de plaire et de briller. Cette retenue, cette sobriété dans un aussi beau génie qu’était Démosthéne, dans des matières si susceptibles de grâce et d’élégance , met le comble à son mérite , et est au-dessus de toutes les louanges.

Cicéron connaissait bien tout le prix de l’éloquence de Démosthéne; il en sentait bien toute la force et toute la beauté. Mais, persuadé que l’orateur doit quand il ne s’agit que de choses non essentielles , former son style sur le goùl de ceux qui l’écoulent , il ne crut pas que son siècle fût susceptible d’une si rigide exactitude, et il jugea à propos d’accorder quelque chose aux oreilles et à la délicatesse de ses auditeurs, qui demandaientdaiis les discours plus d’élégance et plus de grâce. Ainsi *, quoiqu’il ne perdit jamais de vue l’utilité delà cause qu’il plaidait, il donnait pourtant quelque chose à l’agrément; et en cela même il prétendait bien travailler pour l’inlérèt de sa patrie, et il y travaillait en effet, puisqu’un des plus sûrs moyens de persuader est de plaire : mais il travaillait aussi pour sa propre réputation, et ne s’oubliait pas lui-méme.

* Dans le Traité des Études, en parlant de l'dloquence du barreau.

s • Semper oralarum eloqnenUc modcrairii nill audia torum prudcnlia. Omnes enlm qui prubari voluul, «oa lunlalem enrum qui audiunt intuemur. ad caniqucelaü a etiruni arbitriuui et nutum tolus se flaguntetaccunimoa daiit a(Crc. Orat. n.-2S.)

> U Ouaproplernc illlt quidam repngno, qui dandum a putant nouiilhil esse temporibus atquc auribus nitidius

a alIquM, atque airectatiua poatulantibus Atquc id fc-

a ciaae M. Tutllum video, nt quum omnia utilitatl, tum a parlem quanidam dcicctatloiii daret : quum et Ipsarn se a rem agerc diccret (agebat autem mallmé) illlgaloiis. a Piam boc Ipso pruderat, qudd jilacebat. a (tyeisT. lib td, cap. 10.)

La mort de Démosthéne et relie d’Mypéridc ' firent regretter aux Athéniens les régnes de Philippe et d’Alexandre , et leur rappelèrent dans l’esprit la magnanimité, la générosité et la clémence que ces deux princes conservèrent même dans leur courroux, toujours prêts â pardonner, à remellro les offenses, et â relever leurs ennemis; au lieu qu’.Anlipaler, sous le masque d’un homme privé, sous le vil manteau et sous les apparences d’une vie simple et frugale , affectant de ne prendre aucun titre d’autorité, se montrait en effet un maître dur et impérieux.

Cependant , malgré toute sa dureté , Phocion ne laissa pas d’obtenir de lui par scs prières le rappel de plusieurs bannis. Il y a lieu de croire que Déroéirius fut de ce nombre : ce qu’il y a de certain, c’est qu'il eut beaucoup de part aux affaires de la république depuis ce tcmps-lâ. Pour ceux que Plioc.ion ne put faire revenir, il leur procura des lieux plus commodes et moins éloignés; car il fit en sorte qu’ils ne fussent pas relégués, comme l'ordre en avait été d’abord expédié, au delà des monts Cérauniens et du promontoire de Ténare , et privés du doux séjour de la Grèce, mais qu’ils demeurassent dans le Péloponnèse. Qui pourrait s’empêcher ici d’admirer, d’un cûté le bon et généreux naturel de Phocion , qui emploie son crédit auprès des puissances pour procurer quelques soulagements â des mnllieuroux ; et de l’autre, une sorte d’humanité dans un prince qui ne s’en piquait pas néanmoins, mais qui sentait bien qu’il y aurait eu de la dureté d’ajouter encore de nouvelles peines aux incommodités de l’exil?

Du reste , Antipaler gouverna avec beaucoup de justice et de douceur ceux qui restèrent dans Athènes , pourvut des premières charges et des principaux emplois ceux qui lui parurent les plus honnêtes gens et les plus vertueux, se contentant d’éloigner de toute magistrature ceux qu’il croyait portés et propres ft exciter des troubles. 11 savait que ce peuple n’était point capable de porter ni une servitude ni une liberté entière : ainsi il crut devoir ôter â l’one ce qu’elle aurait eu de trop dur, et â l’autre ce qu’elle avait d’excessif et de licencieux.

• l’iul. in Plioc |iag. 75i.

Aprt's une campagne si glorieuse ‘ le vainqueur reprit la route de Macédoine pour y faire la cérémonie du mariage de Phila, sa fille, av(H: Cratère. Celte fête se passa avec la pompe la plus auguste. Phila étnil une des princesses de son siècle les plus accomplies. Sa beaulé faisait la moindre partie de son mèrile. L’éclat en élait beaucoup relevé par la douceur et la modestie qui brillaient sur son visage, et par un air de bonté et une pente è obliger qui lui gagnaient tous les coeurs. Klle joignait à des qualités si estimables un génie supérieur et une rare prudence, qui la rendaient capable des plus grandes alfaires. On dit que , toute jeune qu’elle élait , Antipater son père , l'un des plus habiles jiolitiques de son temps, n’entreprenait rien d'important sans la consulter. Elle n’employa le crédit qu’elle eut sur l’esprit de ses deux maris (car, après la mort de Cratère, elle épou.sa üèmétrius, fils d’Antigone) , que pour faire du bien aux officiers, ou à leurs filles, ou à leurs sreurs : si elles étaient pauvres, elle leur donnait de quoi se marier; si le malheur voulait qu’on vint à les calomnier, elle-même s’intéressait à leur justification. L'nc libéralité si généreuse l’avait rendue toutepuissante auprès des troupes : il n’était point de cabales (|u’elle ne dissipât par sa présence , ni de révoltes qu’elle n’assou])it par scs manières.

S III. — CosTOI d'AlcxASDRE; SON conps EST POnTÉ A Alexanorie. EcmEne est mis en PO.SSESSION oe I.A CapPADOCB par gERIJICCAS. PtOLÈmEe , CRA- TERE . Aniipater. Antigone, se liouent contre l’en et l'aETRE. ttloRT DE CRATERE. MaLIIEE REESE expédition de Perdiccas en Égvpte; il y estteé.

\ers ce tomps-là * se fit le convoi d Aleiandre Aridée , ayant été chargé , par tous les gouvenieurs et par tous les graiids du royaume, de la pompe funèbre de ce prince , avait employé deux ans à disposer tout ce qui pou-

* Diod. lib. 18, pag. C02; cl lîb. 19. pag. 701.

s Ad.M. 3G83; av. J. C. 321.~Dioü. Mb. 18, pag. 608-

* J'aurais M)uhai(ë pouvoir m'fipMquer, en plusieurs

endroits de celle description , d'une manière plus claire cl ptu.s inicHigiblc que je o'iii fail ; mais cela ne m'a pas èlé possible , quoique j'aie eu recours aui iuiniéres «le personnes plut babUcs que moi. |

vait la rendre la plus riche et la plus éclatante qu’on eût encore vue. Lorsque toutes choses furent prêtes pour cette lugubre mais superbe cérémonie, l’on donna les ordres pour commencer la marche. Elle fut précédée par un grand nombre de pionniers et d’autres ouvriers , afin de rendre praticables tous les chemins par lesquels on devait passer.

Après qu’ils eurent èlë aplanis , on vit partir de Babylone ce magnifique chariot , dont l’invention et le dessin se faisaient autant admirer que les richesses immenses qu’on y découvrait. Le corps du chariot portail sur deux essieux , qui entraient dans quatre roues faites [ à la mode de Perse , dont les moyeux et les rayons étaient dorés , et les jantes revêtues de fer. Les extrémités des essieux étaient d’or , représentant des mutiles de lions qui mordaient un dard. Le cliariot avait quatre timons ; et à chaque timon élaieut attelés quatre rangs de quatre mulels chacun , en sorte qu’il y avait, pour tirer ce chariot, soixanle-quatre mulets. On avait choisi les plus forts et de la plus haute taille. Ils avaient des couronnes d’or et des colliers enrichis de pierres précieuses, avec des sonnettes d’or.

Sur ce chariot s’élevait un pavillon tout d’or, qui avait douze pieds de large sur dix-huit de long , soutenu par des colonnes d’ordre ionique embellies de feuilles d'acanthe. Il élait orné , au dedans , de pierres précieuses disposées en forme d’ëcaiUes. Tout autour régnait une frange d’or en réseau , dont les filets avaient un doigt d’épaisseur, où étaient attachées de grosses sonnettes, qui se làisaicut entendre de fort loin.

Dans la décoration du dehors on voyait quatre bas-reliefs.

Le premier représentait Alexandre assis dans un char et tenant à sa main un sceptre superbe, environné, d’un côté, d’une troupe de Macédoniens armés , et , de l’autre , d’une pareille troupe de Persans armés à leur manière. Devant eux marchaient les écuyers du roi.

Dans le serond on voyait des éléphants harnachés de toutes pièces, portant , sur le devant, des Indiens , cl , sur le derrière , des Macédoniens , armés comme dans un jour d’action.

Dans le troisième étaient représentés des

escadrons de cavalerie en ordre de bataille.

Le quatrième montrait des vaisseaux tout prêts a combattre.

A l'entrée de ce pavillon étaient des lions d'or qui semblaient la garder.

Aux quatre coins étaient posées des statues d'or massif, représentant des Victoires avec des trophées d'armes à la main.

Sous le pavillon on avait placé un trône d'or, d'une ligure carrée, orné de têtes d'aidmaux ' , qui avaient autour du cou des cercles d'or d'un pied et demi de largeur, d'où pendaient des couronnes brillontes des plus vives couleurs , telles qu'on en portait dans les pompes sacrées.

Au pied de ce trône était posé le cercued d'Alexandre, tout d'or, et travaillé au marteau. On l'avait rempli à demi d'aromates et de parfums, tant afin qu'il exhalai une bonne odeur , que pour la conservation du cadavre. Il y avait sur ce cercueil une étoffe de pourpre brochée d'or.

Entre le trône et le cercueil étaient les armes du prince , telles qu'il les portail pendant sa vie.

Le pavillon , en dehors , était aussi couvert d’une étoffe de pourpre à fleurs d'or. Le haut était terminé par une très-grande couronne d’or, composée comme de branches d’olivier. Le soleil, qui dardait ses rayons sur celle couronne, jqint au mouvement du chariot, la faisait briller d'une lumière étincelante et semblable à celle des éclairs.

On cun^oil aisément que dans une longue marche Icmouvemcnt d’un chariot aussi chargé que celui-ci devait être sujet à de grands inconvénients. Afin donc que le pavillon et tous scs accompagnements , soit que le chariot descendit ou qu’il monlAl , demeurassent toujours dans la même situation , malgré l’inégalité des lieux et les violentes secousses qui en étaient inséparables , du milieu de chacun des deux essieux s'élevait un axe qui soutenait le milieu du pavillon et tenait toute ta machine en étal.

Après le chariot marchaient les gendarmes, tous armés et superbement vêtus.

ün ne saurait croire combien cette cérémonie attira de monde , tant par le profond

* Le mot grec désigne une espèce de cerf

4UÎ a de la barbe au menton comme Ica betica.

respect que l’on avait pour la mémoire d’Alexandre que par la magnificence de cette pompe funèbre, qui n'avait point encore eu son égale dans le inonde.

Il avait couru une prédiction ' que l'endroit on serait enterré Alexandre deviendrait le plus heureux et le plus llorissant de toute la terre. Les gouverneurs se dispiiliiienl l’un à l'autre uu corps qui devait porter avec lui un si beau privilège. Perdiccas , par amour pour la jialrie , voulait qu'on le portât â Egc en ôlacèdoine , sépulture ordinaire de scs rois. Un proposa encore d'autres lieux. L'Égypte l'emporta. Ptolémèe, qui avait des obligations si essentielles et si récentes au roi de Macédoine , voulant signaler sa reconnaissance, partit avec une nombreuse escorte des troupes les plus lestes qu'il eût pour aller au-devant du convoi , et s'avança jusqu’en Syrie. L’ayant joint, il empêcha qu'on ne le portât au temple de Jupiter Ammon , comme on en avait dessein.

Le corps fut déposé d'abord dans la ville de Memphis , et de lâ conduit à Alexandrie. Ptolémèc lui construisit un temple magnifique , et lui rendit tous les honneurs que l’antiquité païenne avait coutume de rendre aux demidieux et aux héros.

rreinshêmius, dans scs suppléments de Tilc- Live*, rapporte, d’après Léon l’Africain’, que le tombeau d'Alexandrc-le-Grand subsistait encore du temps de cet auteur, et qu’il était révéré par les mahométans comme le tombeau , non-seulement d’un roi illustre, mais d'un grand prophète.

Dans le partage qui s’était faif des divers gouvernements de l’empire d’Alexandre , Eumène avait eu pour son département la Cappadoce et la Paphlagonie qui confine ù la mer du Pont; et il était expressément porté par le traité, que Léonatet Antigone, avec une grosse armée , y conduiraient Eumène, pour l’établir satrape de cette contrée , et pour en chasser le roi Ariaratbe. Cette résolution prise en commun d’envoyer ainsi, dans les divers départements, des troupes et d’iiabiles capitaines, était l’effet d’une politique très-judicieuse , afin que

• JHIIsn. Ilb. l'2, cap. 61.

• Ub. 133.

> Cet aulcur vivait dans te quinzième siècle.

• IMul. In Eumen. pag. 581. — Uiod. Ilb. 18, pag. 59D

.“itO

loutos Ips prirtiiirps i'<>ii(|uis(^ rp»lnss<-nl soiib I» dotninnlinn des Macédoniens, et que les ppiiplea, se voyant sans maîtres, ne songeassent point il se remettre dans leur première lilierlè, et ne s’apprissent point les uns aui autres à secouer le nouveau joug des Grecs.

Mais ni Léonal ni .\ntigone ne se mirent pas beaucoup en peine d'exécuter cet article du traité; et, songeant rbacun à leur intérêt et à leur agrandis.sement particulier, ils prirent d'autres mesures. Eumènc , ainsi abandonné par ceux qui devaient l'établir dans son gouvernement, partit avec tout son équipage, qui consistait en trois cents chevaux et deux cents de ses domestiques bien armés, et avec toutes ses ritliesses, qui étaient environ cinq mille talents' qu'il avait en or; et il se retira auprès de l’crdicras. Il en fut très-bien reçu , eut beaucoup de crédit auprès de lui, et entra dans tous ses conseils. En effet , Euméne était un bommc ferme , et la meilleure tête de tous les capitaines d'Alexandre.

l’eu de temps après, il fut mené en Gappadocp avec une grosse armée que Perdiccas voulut commander en personne. Ariaralhe s’était préparé i faire une bonne défense. Il avait trente mille hommes de pied, et une nombreuse cavalerie. Perdircas le battit, le fit prisonnier, extermina toute sa famille, et mit Euméne en possession de son gouvernement. Il voulait, par cet exemple de sévérité, intimider les peuples, et arrêter les séditions; conduite très-sage , et absolument nécessaire ilans la conjoncture d'un nouveau gouvernement , où tout fermente dans un état , et où tout est prêt à se soulever. Ensuite il s'avança pour cliMier Isaure et I.arande*, villes de Pisidie, qui avaient massacré leurs gouverneurs, et s’étaient révoltées. La dernière de ces villes périt d’une manière bien étrange. Comme elle se voyait hors d’état de résister, et qu'elle n’espérait aucun quartier du vainqueur, ses habitants, ayant enfermé dans leurs maisons leurs femmes, leurs enfants, leurs pères et mères et tout ce qu’ils avaient d’or et d’argent, y mirent le feu , et , après avoir combattu comme des lions, se jetèrent eux-mêmes dans

> Quinzr millions, s 28 750 000 0*. E. 0

t Diod. pAg. G05.

les riammcs. 1^ ville fut livrée au pillage; soldats , ayant éteint le feu , y ürent un grand butin , car elle était remplie de riches.ses.

De lé Perdiccas se rendit en Cilicic, et y passa l'hiver '. Pendant le séjour qu’il y fit, il forma le dessein de répudier .Nicéc, fille d’Antipater, qu'il avait épousée dans un temi>s où il croyait ce mariage utile pour ses vues. Mais, depuis que la régence de l'empire lui avait donné un crédit supérieur et fait nnttre de plus hautes espérances, il sc tourna d'un autre cèté, et songea à épouser Cléopâtre, sceur d’Alexmidre-le-Grami. Elle avait été mariée à Alexandre, roi d’Epire; et, ayant perdu son mari dans les guerres d'Italie, elle ne s’était point remariée. Eille était alors à Sardes en Lydie. Perdiccas y envoya Euméne lui en faire la proposition , et tfteher de la gagner. Cette alliance avec une sœur d'Alexandre , fille du même père et de la même mère , et fort chérie des Macédotiiens , lui ouvrait le chemin i l’empire par la faveur des Macédoniens , qu’elle devait naturellement lui procurer.

Antigone démêla son dessein , et entrevit que sa perle était un des articles sur lestpiels on comptait pour y réussir. Aussitôt il passa en Grèce, alla trouver Aniipaleret Cratère, qui étaient alors occupés à faire la guerre aux Étoliens, et leur découvrit tout le plan de Per^ dicens. Ils s’accnmmo<lèrent aussitôt avec les Etoliens, et marchèrent du côté de l’IIellespont pour observer les mouvements de leur nouvel ennemi. Et , afin de fortifier leur parti , ils engagèrent dans leurs intérêts Ploléroée, gouverneur d’Égypte.

Cratère , un des plus distingués d’entre les capitaines d'Alexandre , était le plus aimé et le plus estimé des Macédoniens. Alexandre, un peu avant que de mourir, l’avait chargé de conduire en Macédoine les dix mille vétérans qu'il y renvoyait à cause de leur âge , de leurs blessures , ou de quelques autres infirmités qui les rendaient incapables de servir; cl il lui avait donné en même temps la charge de viceroi de Macédoine à la place d'Antipater, qu'il rappelait auprès de lui à Uahylone. Après la mort d'Alexandre , la Grèce, la Macédoine et

• DM. pag. aoeaoo.

l'Epirp ayant été données à lui et à Anlipalcr eonjninl(‘ment , ils les souvernaient cns»unble-, et de son cftté Cratère lit toujours ce que doit faire un lion et lidèle associé , surtout dans cette {tuerre oi'i ta découverte des desseins de Perdiccas les mit dans la nécessité d’entrer.

Perdiccas renvoya Euméne dans sa province, non-seulement pour y mettre tout en bon état, mais aussi en particulier pour avoir l’œil sur les mouvements de Nèoptolème , gouverneur d’Arménie, son plus proche voisin , que Perdiceas soupçonnait; et l’on verra que ses soupçons n’étaient pas sans fondement.

Ce Nèoptolème était un homme plein d’un sot orgueil , et que les vaincs espérances dont il se repaissait avaient rendu d’une fierté insupportable'. Euméne tAchait de le ramener par la raison et In douceur ; et , voyant que la phalange des Macédoniens , commandée par Nèoptolème, était devenue très-audacieuse et très-insolente, il travailla A assembler un corps de cavalerie qui pût la tenir en respect et lui résister. Pour cet effet, il donna toutes sortes d’immunités et d’exemptions dotons impôts A ceux du pays qui étaient en état de monter A cheval. Il acheta lui-même grand nombre de chevaux , qu’il donna A ceux de sa cour auxquels il se fiait le plus; releva leur courage par les honneurs et par les dons qu’il leur faisait ; les dressa cl les accoutuma au travail et A la fatigue par des revues, des exercices et des mouvements continuels. On fut fort surpris de voir qu’en si peu de temps il eût assemblé plus le six mille chevaux en état dé bien servir.

Au printemps ’ , Perdiccas ayant fait filer loutcs ses troupes vers la Cappadoce, tint conseil avec ses amis sur les opérations de la guerre qu’il entreprenait. Le sujet de la délibération était de savoir s’il fallait aller d'abord en Macédoine contre Antipater et Cratère, ou en Egypte contre Ptolémée. Ce dernier parti l’emporta. Il fut arrêté, en même temps, qu’Eumène, avec une partie de l’armée, demeurerait pour garder les provinces d’Asie contre Antipater et Cratère. Et, afin de le mieux engager A servir la cause commune, Perdicr.as ajouta A son gouvernement les pro-

' Plul. in Kuraene, p«g. 583

• An. H. 3683; «T. J. C. 321.

I vinces de Carie, de Lycie et de Phrygie. Il le déclara aussi généralissime de toutes les Irou- |>cs qui étaient dans la Cn|)padoce et dans l’Ari ménie, avec ordre A tous les gouverneurs de I lui obéir. Après cela, Perdiccas prit la roule j d’Egypte, par Damas et par la Palestine. Il mena aussi les deux rois mineurs dons celte expédition, jiour couvrir scs desseins de l’autorité royale.

Euméne n’oublia rien, pour avoir une bonne armée A opposer A Antipater et à Cratère", qui avaient déjA passé rUclIespunt et marchaient A lui. Ils essayèrent d’abord toutes sortes de voies pour le détaclier du parti où il était engagé, et lui promirent d’ajouter de nouvelles provinces A celles qu’il avait déjà. Mais il était trop ferme pour se laisser ébraider et pour manquer de parole A Perdiccas*. Ils réussirent mieux aiqvrès d’Alcétas et de Nèoptolème. lis engagèrent le premier, quoique frère de Perdiccas, à demeurer neutre; et l’autre A se déclarer pour eux. Euméne chargea celui-ci au passage, le battit, et lui enleva même tout son bagage. Il dut celte victoire à sa cavalcrii; qu’il avait formée avec tant de soin. Néoptoléme se sauva avec trois cenls chevaux, et joignit Anti|>aler et Cratère; le reste de ses troupes prit parti dans celles d’Euméne.

Antipater entra en Cilicie dans le dessein de passer en Égypte, et de secourir Ptolémée si ses affaires le demandaient. Il détacha Cratère et Nèoptolème avec le reste de l’armée contre Euméne, qui était en Cappadoce. Il s’y donna un combat considérable, dont Euméne dut le succès A une sage et industrieuse précaution qu’il prit, que Plutarque regarde avec raison comme le chef-d’œuvre d’un grand capitaine. La réputation de Cratère était très-grande; et, depuis la mort d’Alexandre, la plupart des Macé-doniens le désiraient pour leur chef, se souvenant que, pour l’amour d’eux et pour soutenir leurs intérêts, il avait encouru la disgrAre du prince. Nèoptolème, l’avait fiallé que, dès qu’il se montrerait, tous les Macédoniens du

* eiul. in Eunirnc, pig. 585-587. — DIod. lib. J8, pag. 010*ni3.

* « Quem (Perdiccâm) etsl lofinnum vidcbal, quèd « unuB omnibus resislcre cogebalur, amicum non de^eu mil, m*quc salulls quàmfldei fuit cupidior. i» (Coin. >'bp. in Kum. cap. 3.)

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parti opposé sc rangeraient sous scs drapeaux. Euméne lui-niéme le craignait cilrémement'. Mais, pour éviter ce malheur, qui aurait entraîné sa ruine, il fit si bien garder les avenues et les passages, que son armée ignora absolument contre qui on la menait, ayant fait courir le bruit que c’était seulement Néoptolème qui revenait l'attaquer. Dans l'ordonuance de la bataille, il n’opposa à Cratère aucun Macédonien , et défendit, sous de grandes peines, de recevoir de la part des ennemis aucun héraut, pour quelque raison que ce pût être.

Le premier choc fut très-rude. Les lances volèrent bientét en éclats , et on en vint aux épées. Cratère ne fit point de déshonneur à Alexandre dans ce dernier jour, car il tua plusieurs ennemis de sa main , et renversa plusieurs fuis tout ce qui osa lui faire tête. Enfin, blessé par un Thrace qui le prit en flanc , il tomba de son cheval. Toute la cavalerie ennemie passa sur lui sans le reconnaître; ce ne fut qu'à la fin qu’on sut qui il était , lorsqu'il rendait les derniers sonpirs. A l'autre aile , Néoptoléme et Enmène.qui se haïssaient tous deux personnellement , en étant venus aux mains, et leurs chevaux s'étant heurtés l’un contre l’autre , ito se prirent corps ù corps , et , leurs chevaux s'étant dérobés de dessous eux , ils tombèrent tous deux par terre. Là , comme des athlètes acharnés l'un contre l'autre, ils sc battirent longtemps avec une e.spècede fureur et de rage , jusqu’à ce qu’enfln Néoptolème reçut le coup mortel et expira.

Eumène alors , étant remonté à cheval , poussa son aile gauche, où il croyait que les ennemis tenaient encore ferme. Là , ayant appris que Cratère avait été tué, il courut àl’endroit où il était , et le trouva qui expirait. 11 ne put refuser des larmes à la mort d’un ancien ami, qu’il aviril toujours estimé et considéré. Il lui fit rendre les derniers honneurs avec toute la magnificence possible , et fit porter ses os en Macédoine pour être remis à sa femme et à ses enfants. Il gagna cette seconde bataille dix jours après la première.

l’erdiccas était cependant entré en Egypte*, et y faisait la guerre à Ptolémèc, mais avec

1 Corncl. Nep. cap. 3 et 4.

* l)iod. Ilb. 18, pag. 613-016. — PIul. In Eumea. |iag. 1)87. — Corncl. Ncp. cap. 5.

un sucrés bien dURrent. PteUmée , depuis qu'il avait le gouvernement de TEgyrpte, s’était conduit avec tant de justice et de bonté, qu'il avait gagné le cœur de tous les Egyptiens. Une infinité de gens, charmés de la douceur d’un gouvememeiit si sage, élaieat venus de la Grèce , et d'autres endroits , se ranger sous ses ordres. Ce double avantage le rendait très- puissant. L’armée même de Pcrdiccas avait tant d’estime et de penchant pour Ptoléméc , qu'elle n’allait qu’à regret contre lui , et que plusieurs désertaient tous les jours pour aller se joindre à ses troupes. Tout cela fit échouer le dessein de Pcrdiccas. il y perdit même la vie. Ayant malheureusemcul voulu faire passer à son armée un bras du Nil qui faisait une lie prés de Memphis, et ayant perdu à ce passage deux mille hommes, dont la moitié se noya et l’autre fut dévorée par les crocodiles , les Macédoniens, mécontents jusqu'à la fureur de se voir exposés si mal à propos , se soulevèrent contre lui. Cent des principaux officiers, dont Pitbon était le plus connu, l’abandonnèrent. H fut égorgé dans sa tente avec la plupart de ses amis et de ses confidents.

Deux jours après, on reçut la nouvelle de la victoire d’Eumène. Sans doute que , si on l’eùt suc deux jours plus tél , elle aurait arrêté ce soulèvement et prévenu la révolution dont il fut suivi bientôt après , et qui fut si favorable à Ptolémée, à Anlipater, cl à tout leur parti.

g IV. — La «écescx est doesSe a Aetivateb. Ec- ■ EEE ASSiéoé EAE Aetisoee dae> Noba. Siése et rEUEDEjÉBCIALBIl PAB PTOLÉUtE. DCMAUEHII A HOBT PAB CaSSAEOBE. AETIPATEB , EE HOL'BAET, BOMBE PuCYSPEBCUOE BÉGE.BT A SA PLACE. CeI.CI-CI

bappelleOlvmpiae. Aetigoee deveeufobt pbu-

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