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Dès que l’été fut venu ', les Macédoniens et les Achéens étant sortis do leurs quartiers, Antigone se mit à la tête de son armée, et s'avança vers la Laconie. Son armée montait b vingt-huit mille hommes de pied et douze
• An. M. 3781 ; ar. J C. 323. - Polyb. Ilb. S, psg. l.'iO- IM. — Plut. In Clcom. pag. 818-81V; idem io Phil. pag 358.
cents chevaux : celle do Cléomène n'était en tout que do vingt mille hommes. Dansrattente où il était de celte irruption, il avait fortifié tous les passages par des corps détachés, des fossés et des a bâtis d’arbres , el s’était campé b Sélasic. Il conjecturait, sur de bonnes raisons, que ce serait par IA que les emierois s'efforceraient d’entrer dans le pays; en quoi il ne fut pas trompé. Deux montagnes forment ce défilé; l'une s’appelle l'Êca, etl'aulrel’Olympe. Le fleuve OEnus coule entre les deux, et sur le bordent le chemin qui conduit A Sparte. Cléomène , ayant fait au pied de ces montagnes un bon retranchement, posta surle mont Eva son frère Euclidas à la tële des alliés , et SC mit lui sur le mont Olympe avec les Lacédémoniena et les étrangers ; au bas, la long du fleuve, des deux cétés, il plaça de la cavalerie avec une partie des étrangers.
Antigone, en arrivant, voit que tous les passages étaient fortiCés , et que Cléomène, en prenant ses postes, n’avait rien oublié pourse mettre également en état d’attaquer et de se défendre ; qu’enfln la disposition de son camp était aussi avantageuse que les approches eo étaient difficiles. Tout cela lui fit perdre l’envie de tenter une attaque et d'en venir si tét aux mains. Il fit camper à peu de distance et SC couvrit d’une petite rivière '; il resta IA pendant quelques jours A reconnaître la situatioa des différents postes, et les dispositions des peuples qui composaieut l'armée ennemie : quelquefois il faisait mine d’avoir certains desseins , et tenait en suspens les enneqiis sur ce qu’il devait exécuter; mais ils étaient partout sur leurs gardes , et tous les côtés étaient également hors d’insulte. Enfin, de part et d'autre, on prit le parti d'en venir à une bataille décisive.
On ne comprend pas comment Cléomène, posté avantageusement comme il était, inférieur d'un tiers aux ennemis pour le nombre des troupes, ayant par ses derrières une communication libre avec Sparte, qui pouvait bù envoyer des vivres, se détermina sans nécessité à donner une bataille qui devait décider du sort de Sparte.
Mais Polybc semble en insinuer la cause. Il remarque que Ptoléméc avait fait dire à Clco-
I Lp Corgilf.
mène qu'il iic lui enverrait plus de secours d'argeni, et qu'il l'avait fort cvliorté à s'accommoder avec Antigone. Or Clèomène n'avait plus de fonds pour cette guerre ; il était fort en arriére pour la paye des étrangers, cl il avait beaucoup de peine à entretenir ses propres troupes : c'est sans doute ce qui le détermina A hasarder ce combat.
Quand les signaux eurent été donnés de part et d'autre, Antigone lit marcher contre ceux qui étaient au mont Eva les Macédoniens et les lllyriens mêlés alternativement par bataillons. La seconde ligne était d'Acarnaniens et de Crétois ; derrière eux étaient deux mille Achéens, tenant lieu de corps de réserve. Il rangea sa cavalerie sur la rivière pour l’opposer A la cavalerie ennemie, et la fit soutenir de mille piétons achéens et d'autant de mégalopolitains. Pour lui, prenant les étrangers armés à la légère et les Macédoniens , il marcha vers le mont Olympe pour attaquer Clèomène. Les étrangers étaient à la première ligne. La phalange macédonienne suivait partagée en deux, une partie doublée sur l'autre, parce que le terrain ne lui permettait pas de s'étendre sur un plus grand front.
Le choc commença par le mont Eva. Les armés à la légère, qui d'abord avaient été postés pour couvrir et pour soutenir la cavalerie du cété de Cléomëne, voyant que les derrières des cohortes achéennes n’étaient pas couverts, vinrent les charger en queue. Ceux qui s’efforcaient de gagner le haut de la montagne se virent alors fort pressés et dans un grand péril, menacés en même temps de front par Euclidas, qui était en haut, et chargés en queue par les étrangers , qui donnaient avec fureur. Philopémen était avec ses citoyens dans la cavalerie d’Antigone, soutenue par les lllyriens ; ils avaient ordre de demeurer dans leur poste sans branler , jusqu’A ce qu’on eût donné un certain signal. Philopémen voyait qu’il n’était ipas dilllcile de tomber sur celte infonteric légère d'Eoclidas et de la renverser, el que c'était IA le moment de le faire. Il en dit d’abord son avis aux ofHciers du roi qui commandaient la cavalerie; ils ne daignèrent pat seulement réconter , par la raison qu'il n'avait jamais commandé et qu’il était fort jeune, et le Iraitèrent de visionnaire. Il ne te rebuta point ;
et, seul avec ses citoyens qu’il entralua, d alla attaquer celle infanterie, la Qt plier, la mit en fuite, et en Ql un grand carnage.
Par cette manœuvre , les Macédoniens et les lllyriens , débarrassés de ce qui les arrêtait , montèrent hardiment et avec conQance aux ennemis. Euclidas avait A combatire une phalange, dont toute la force consistait dans l’union étroite de ses parties, dans le serrement de ses rangs, dans la roideur égale de ses piques hérissées et multipliées , dans l’impétuosité nniforme de ce corps massif, qui par son poids renversait et accablait tout ce qui s’opposait à SB rencontre.
Pour prévenir cet inconvénient , un habile capitaine serait descendu, avec ses troupes moins pesantes et moins embarrassées , fort loin au-devant de celle phalange : il l’aurait été attaquer dès qu’elle commentait à monler ; il l'aurait harcelée de toutes parts; el, aidé des inégalités de la montagne et de la dilTiculté de la monler ainsi A découvert , ii aurait cherché A l'entamer par quelque endroit, el à s'y faire jour , pour en troubler la marche , en confondre les rangs , en rompre l'ordre de bataille; el en même temps il aurait reculé peu A peu et regagné ainsi te haut de la montagne, A mesure qu’elle s’avançait. Après lui avoir ainsi fait perdre l'uuique avantagequ’eUe attendait de la qualité de ses armes, et de la disposition de ses gens, profitant de la commodité du poste qu’il ticcupait , il les aurait facilement mis en fuite.
Au lieu de cela , se fiallant que la victoire ne pouvait lui manquer , et croyant apparemment qu'on ne pouvait laisser monter trop liant les ennemis, afin de les hire fuir ensuite par une descente roide et escarpée, il resta sur lo sommet : mais, comme il ne s’ëlail pas réservé assez de terrain pour faire un mouvement en arrière, el pour éviter le choc redoutable de la phalange qui venait fondre sur lui en bon ordre , il se vit si serré , qu’il fut contraint de combatire sur le sommet de la moii- Uigne. Ses troupes ne soutinrent pas longtemps la pesanteur de l’armure cl l’ordre de balailie de celte infanterie illyricnDC,qui s’était aussilét formée sur la hauteur et mise en état de combattre ; et Euclidas, qui n’avait de terrain ni pour reculer, ni pour changer de place, fut hicntôl renversé.
Pendant ce temps-U la cavalerie était aux mains. Celle des Achéens se battait virement, et surtout Philopémen , parce que cette bataille devait décider de la liberté de leur république. Celui-ci eut dans cette action un cheval tué sous lui ; et , combattant à pied , il reçut un coup qui lui traversa les deux caisses. Cette blessure n'était point mortelle , et elle n'eut point de suites.
Au mont Olympe, les deux rois firent commencer le combat par les troupes armées à la légère , et par les étrangers , dont ils avaient chacun environ cinq mille. Comme l'action se passait sous les yeux des deux rois et des deux armées, ces troupes s'y signalèrent, soit qu'elles combattissent par parties, soit que la mêlée fût générale. Homme contre homme , rang contre rang , ils se battaient avec la dernière opiniâtreté. Cléomène, voyant que son frère avait été mis en fuite , et que la cavalerie qui était dans la pleiue commençait â plier , craignit que l'armée ennemie ne vint fondre sur lui de tous les cûtés, et se crut obligé de renverser tous les retranchements de son camp , et d'en faire sortir par un cèté toute son armée de front. Les trompettes ayant donné aux soldats armés à la légère le ^nal de se retirer de l’espace qui était entre les deux camps , les phatenges s'approchent avec de grands cris de part et d'autre, changeant leurs piques de main , et commencent â charger. L'action Alt vive ; tantôt les Macédoniens reculaient pressés par la valeur des Lacédémoniens : tantôt ceux-ci étaient repoussés par la pesanteur de la phalange macédonienne : enfin les troupes d'Antigone, s'avançant piques serrées et baissées , et tombant sur les Lacédémoniens avec cette violence qui fait la force de la phalange doublée, les chassèrent de leurs retranchements ; ce fut une déroute générale. Une grande partie des Lacédémoniens furent tués ; le reste prit la fuite en désordre.
Il ne resta autour de Cléomène que quelques cavaliers, avec lesquels il se retira à Spûrte. IMularque assure que^ la plupart des troupes étrangères périrent à cette bataille, et que de six mille Lacédémoniens il ne s'en sauva que deux cents.
On peut dire qu'Antigone, en un certain sens , fut redevable de cette victoire au cou-
rage et è la prudence do jeune Philopémen. La résolution hardie qu’il prit d’aller avec sa troupe seule attaquer l'infanterie légère des ennemis donna lieu à la déroute de l'aile commandée par Ëuclidas , et celle-ci entraîna la déroute du reste de l’armée. Cette action, entreprise par on simple capitaine de cavalerie , non-seulement sans ordre, mais malgré les officiers supérieurs, et contre l’ordre même du général , paraît contraire aux règles ; mais il en est une supérieure à tout , qui est le salut de l’armée. Si le général eût été présent , il aurait loi-méme ordonné ce mouvement ; un moment de délai pouvait en faire manquer le succès. Il paraît bien qu'Antigone en jugea ainsi ; car, après la bataille, faisant semblant d’étre fâché, il demanda â Alexandre, qui commandait sa cavalerie , pourquoi il avait chargé avant le signal, contre l'ordre qu’il avait donné. Alexandre ayant répondu que ce n’était pas lui, mais un jeune officier de Mégalopolis qui avait commencé contre ses ordres, Antigone loi dit ; Ce jeune homme, en taittteanl l'oecation, s'eit conduit en grand ec^itaine; et votu , capitaine , voue vous êtes conduit en jeune homme.
Sparte, dans ce désastre, fit paraître celte ancienne fermeté et cet ancien courage qui semblent tenir un peu de la férocité , et qui , dans tons les temps , ont distingué ses citoyens. Nulle femme ne pleura la perte de son mari. Les vieillards louaient la mort de leurs enfants ; les enfants félicitaient leurs pères qui avaient été tués dans le combat; tous déploraient leur propre sort de n'avoir pu sacrifier leur vie à la liberté de la patrie. Us ouvraient leurs maisons à ceux qui revenaient de l’armée couverts de blessures, et en prenaient un soin particulier, leur fournissant avec empressement tout ce qui leur était nécessaire. 11 n'y eut nul trouble, nulle confusion dans la ville ; chacun était plus occupé à pleurer les maux publics que les siens particuliers.
Cléomène , arrivé à Sparte , conseilla â ses citoyens de recevoir Antigone , et leur dit qu’en qaelque état qu’il se trouvât , s'il pouvait faire quelque chose qui fût utile â Sparte, U le ferait avec un très-grand plaisir. Étant ensuite entré dans sa maison, il ne voulut ni boire , quoiqu'il eût grand soif, ni s’asseoir ,
«laoiqn'il fAt très-las ; mais, s'appuyant tout armé sur une colonne , la tête sur le coude , «près avoir repassé en lui-même pendant quelque temps les divers partis qu’il pouvait prendre, il sortit tout d'un coup, et alla avec ses amis au port de Gythium , et , s'étant embarqué sur des vaisseaux qu’il avait fliit préparer, il Gt voile vers l’ÉRypte.
Un Spartiate lui ayant représenté vivement les tristes suites du voyage qu’il méditait en Égypte , et la honte qu’il y aurait pour un roi de Sparte d’aller ramper bassement devant un prince étranger , l’exhorta fortement à prévenir ces justes reproches par une mort volontaire et gtorirnse, et à se justiOerpar là auprès de ceux qui étaient morts dans les champs de Sélasie pour la liberté de Sparte. « Tn te ■ trompes , lui répondit Cléomène , de croire « qu’il y ait de la force et du courage à affrona ter la mort par la crainte d’une fausse hon- « te, ou par le désir d’une vaine louange ; dis « plutôt que c’est faiblesse et lâcheté. Il faut U que la mort que l’on choisit ne soit pas la « suite d’une action .mais une action', n’y « ayant rien de plus honteux que de ne vivre « et de ne mourir qnc pour soi-méme. Pour « moi, je tâcherai d’être utile à ma patrie jns- « qu’au dernier soupir; quand cette espérance « nous manquera, alors il nous sera aisé de « mourir, si nous en avons tant d’envie. »
A peine Cléomène était-il parti , qu’ Antigone arriva dans Sparte’, et s’en rendit maître. Il parut la traiter non en vainqueur , mais en ami , déclarant qn'il avait fait la guerre non aux Spartiates, mais à Cléomène, dont la fuite avait satisfait et désarmé sa colère. Il ajouta qu’il serait glorieux pour son nom que l’on dît dans la postérité que Sparte avait été sauvée par le prince qui seul avait eu le bonheor de la prendre. Il appelait avoir sauvé Sparte, a avoir aboli tout ce que le tèle de Cléomène avait fait pour le rétablissement des anciennes lois de Lycurgue ; et c’est ce qui causa sa ruine. Sparte perdit tout par b débite et par b rc-
• C'ëult un principe cliei les anciens, qnels mondes hommes d'eist ne devsU pu être inutile à la répuldique, ni oisive , mais une suite de leur ministère . et une de leurs plus imporlantes actions. ( Plot, in Lycurgo, pag. 67.‘
s An. M. 3781; av. J. C. 223.— Plut, in Cleom, pag. 810. — Polyb. lib. 2 , pag. 155. — Justin, lib. 28. cap. S.
traite forcée de Cléomène. Une journée ruina ces heureux commencements de puissance et de gloire, et lui ôta même l’espérance de pouvoir jamais SC rétablir dans son ancienne splendeur et dans sa première autorité , qui ne pouvaient plus subsister , dès qu’on lui interdisait l’usage de ses anciennes coutumes et de ses lois qui en avaient été le fondement. La corruption reprit son cours . et se fortifia de plus en plus jusqu’à son entière décadence , qui ne tarda pas longtemps. On peut dire que les vues et les entreprises hardies de Cléomène furent les derniers elTortg d’une liberté expirante.
Trois jours après qu’Anligone lût entré dans Sparte, il en partit sur les nouvelles qu’il reçut que la guerre était allumée dans la Macédoine, et que les barbares faisaient un dégât horrible dans tout le pays. SI cette nouvelle était arrivée trois jours plus tôt, Cléomène aurait été sauvé. Antigone était déjà attaqué d’nne grande maladie, qui dégénéra enGn en une phthisie totale , par un catarrhe général sur tout son corps, qui l’emporta deux ou trois ans après. Il ne se bissa pourtant point abattre au mal, et il trouva encore en lui des forces pour fournir à de nouveaux combats dans son propre royaume. On dit qu’après la victoire qu'il remporta sur les Illyriens , transporté de joie, il répéta plusieurs fois, O la belle, à rheureuie journée I et qu’il poussa ce cri avec un si grand effort , qu’il se rompit une veine, et perdit beaucoup de sang. Ce symptôme fut suivi d’nne Oèvre continue très-violente , dont il mourut. Il avait nommé auparavant pour son successeur Philippe , Ob de Démétrius , âgé pour lors de quatorze ans ; ou plutôt il lui remit le sceptre, dont il n’avait été que dépositaire. ^
Cependant Cléomène arriva à Alexandrie.
Quand il salua le roi pour la première fois , il en fut reçu assez froidement, et sans aucune distinction marquée. Mais, quand il eut donné des preuves de son grand sens, et qu’il eut fait voir dans sa conversation ordinaire b franchise et b simplicité laconiques , assaisonnées de grâce sans bassesse, et même d’une Berté noble, telle qu’elle convenait à sa naissance et à son rang, alors Ptolémée connut tout son prix, et l’estima itvGniman* olus que tous les cour-
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tissns , qoi ne cherchaient qu'à lui plaire par de basses flatteries. Il eut honte même et se repentit d'avoir négligé un si grand homme, et de l'avoir abandonné à Antigone , qui , par sa défaite , avait acquis beaucoup de réputation , et augmenté infloimeut sa puissance. Il tâcha donc de consoler et de relever Cléoméiie ' par toutes sortes d'honneurs, et l'encouragea en lui promettant qu'il le renverrait en Grèce avec une flotte et de l'argent, et qu'il le rétablirait sur le Irène. Il lui assigna une pension de vingt-quatre talents par an, dont il s'entretint lui et ses amis avec une grande simplicité, épargnant tout le reste pour l'employer à subvenir aux nécessités de ceux qui se retiraient de Grèce en Égypte. Mais Ptolémée mourut * avant qu'il eût pu accomplir la promesse qu'il avait faite à Cléomèue de le renvoyer dans sa patrie. Ce prince avait régné viugl-cinq ans*. C'est le dernier de cette race, qui ait eu de la < modération et quelque vertu. Presque tous ceux qui vinrent après lui furent des monstres de délüuche et de scélératesse. Depuis la paix avec la Syrie, il s'était appliqué principalement à étendre sa domination du côté du ’ midi. Aussi la poussa-t-il tout le long de la mer Rouge * tant du côté de l'Arabie que celui de l'Éthiopie, jusqu'au détroit'' qui la joint à l'Océan méridional. Ptolémée , son fils , surnommé Pkilopaior , lui succéda.
Quelque temps auparavant il était arrivé à Rhodes’ un grand tremblement de terre qui y causa des dommages considérables. Tous les murs, tous les arsenaux , tous les endroits du port on les vaisseaux étaient eitfcrmés , furent ruinés en partie. Le fameux colosse , qui passait pour une des merveilles du monde, fut abattu , et entièrement détruit. Ou s'imagine aisément que ce tremblement n'épargna ni les maisons particulières, ni les édifices publics et les temples. La perte montait à des sommes immenses. Dans ce désastre commun ,
• Aa.àr.3VU:av.J.C.m
> VingHiulte nlllc tea». M utaBU pUMaaitaa, SaSOUOrranrt. E. B.
> An. M. Sisa^iT. J. C.Sîl
< Slrab. lib. 17. pag. TW.
■ Monom. AdulUan.
• Démit de Bab-el-Man<M.
> Aa. U. sm. IV. J. C. wa.- Mib. Ub. 6, pi(. 4W, «1.
les Rhodiens , réduits à la dernière exMnilé, députèrent chei tous les priuces voisins pour implorer leur secours. Il y eut entre eux, pour consoler et soulager cette ville désolée, une émulation bien digne de louange , et qui est sans exemple. Hiéron et Gékm en Sicile , et Ptolémée en Égypte , se signalèrent entee tous les autres. Les premiers fournirent plus de cent talents (cent mille écus)', et posèrent dans la place publique deux statues , l'une du peuple rhodien, l'autre du peuple syracusaia, dont la première était couronnée par l'autre, pour marquer , dit Polybe , que les Syracusains comptaient avoir reçu eux-mêmes une grâce et un bienfait d'avoir pu procurer quelque soulagement à ceux de Rhodes. Ptolémée, sans parler de beaucoup d'autres dépenses qui montaient à des sommes considérables, fournit trois cents talents* (trois cent mille écusj; un million de mesures de froment; de la matière pour bâtir dix galères à cinq rangs de rames , et autant à trois rangs ; une quantité inUnie de bois pour d'autres bâtiments ; en particulier , pour rétablir le colosse , trois mille talents’, c'est-à-dire oeuf millions. Antigone, Séleucus , Prusias , Milhridatc , et tous les autres princes , aussi bien que toutes les villes , signalèrent leur libéralité. Les particuliers voulurent aussi entrer eu part de cette gloire ; et l’on cite une dame appelée Chrysch * , véritabtement digne de son nom , qui seule fournit cent mille mesures de froment. Que les princes d'à présent, dit Polybe, qui croient avoir beaucoup fait quand ils ont donné quatre ou cinq mille écus, comprennent combien ils sont éloignés de ceux dont on vient de parler. En assex peu d'années Rhodes fut rétablie dans un état plus opulent et plus magnifique qu'elle n'avait jamais été , à l’exception du colosse.
Ce colosse était une statue d’airain d’une grandeur prodigieuse, comme je l’ai marqué ci-devant®. On prétend que l’argent qu'on leva dans la contribution dont je viens de pa^ 1er montait à cinq fois autant que la perte.
> STSononaoci. E. B.
• BMOOeOrrMMt. B. B.
> wMonoonnic*. e. b.
• CAryw'tilgaiaed'or.
> Tome iV . infc 137 de l'ddK. I7Ml (1H
de cc voîufne. 1
Les Rhodiens* , an lieu d’employer cet argent , comme c’était la principale intention de ceux qui l’avaient donné , à relever ce colosse , prétendirent que l’oracle de Delphes le leur avait défendu, et gardèrent cet argent, dont ils s’enrichirent. Le colosse demeura abattu comme il était, sans qu’on y touchât, pendant 875 ans, au bout desquels (l’an de Jésus-Christ 653) Moawias ^ , le sixième calife ou empereur
* Strab. lib. 14, pag. 6ô2.
■ Zonar. sub regno Conataolis lmp. et Cedreouj.
des Sarrasins , ayant pris Rhodes , le vendit i un marchand juif, qui en eut la charge de neuf cents chameaux : c’est-à-dire qu’en comptant huit quintaux pour une charge , l’airain de ce colosse , après le déchet de tant d’années par la rouille et ce qui vraisemblablement en avait été volé, se montait encore à sept cent vingt mille livres ou à sept mille deux cents quintaux.