‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 4)Chapitre 28 sur 61 · ENTRER DANS LE SANCTUAIRE. ANTIOCHCS PAIT LA · texte numérisé non relu

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PAIX AVEC Ptolémée. Il tourne ses armes contre

ACUÉUS. QUI S'ÉTAIT RÉVOLTÉ l IL S'EN SAISIT ENFIN PAR TRASISON . BT LE FAIT MOURIR.

J'ai marqué dans le livre précédent, qu'en Égypte Ptolémée Philopator avait succédé à

• An. M. 3778:ar.J. C. S28.-Polyb. lib. 4. paji.315i cl llb s, pag. 386. — Hicron. in Daniel. Applin. in Syriac. pag. 131. — JiuUn. lib. 29, cap. t. .

Ptolémée Évergète, son père. D'un autre côté, Séleucus Callinicus était mort chez les Parthes. Il avait laissé deux fils, Séleucus et Antiochus. Le premier, qui était l'ainé, lui succéda, et prit le surnom de Céraunus, ou le Foudre, qui lui convenait très-mal ; car c'était un prince très-faible de corps et d'esprit, et qui n'a jamais rien fait qui réponde à l'idée que donne ce nom. Son règne fut fort court, et son autorité fut mal établie dans l'armée et dans les provinces. Ce qui l'empècha de la perdre tout à fait fut qu'Âchéus, son cousin, lils d'Andromaque, frère de sa mère, homme de cœur et de tête, prit le maniement de ses affaires, réduites à un fort triste état par la mauvaise conduite de son père. Pour Andromaque, il fut pris par Ptolémée dans les guerres qu'il eut avec Callinicus, et retenu prisonnier à Alexandrie pendant tout son règne et une partie du suivant.

Attale ', roi de Pergeme, s'étant saisi de toute l'Asie Mineure, depuis le moutTaurus jusqu'à l'Hellespont , Séleucus marcha contre lui , et laissa la régence de la Syrie à Hermias, Carien. Achéus l'accompagna dans cette expédition, et lui rendit tous les services que le mauvais étal de ses affaires lui permettait.

Comme il n'y avait pointd'argcnt pour payer l’armée *, et que la faiblesse du roi le faisait mépriser des soldats, Nicanor et Apaturius, deux des premiers officiers, firent une conspi-

• An.M.3Ti80:av.J. C.æU.

• An. M.3781;av.J. C.223

ralion contre lui pendiml qu'il était dans la l’iirjpio, et rempoisouiièrent. Acliéus vengea sa mort. 11 en fit mourir les deux principaux auteurs, et tous ceux qui y avaient trempé avec eux. 11 ménagea ensuite l'armée avec tant de prudence et de résolution, qu'il la retint dans le devoir, et empêcha Altale de profiter des av antages que lui donnait cet accident , qui , sans sa honne cominite, aurait fait perdre à l'emiiirc de Syrie tout ce qui lui restait de ce côté-là.

Séleiicns ét.-iiit mort sans enfants , l'armée offrit la couronne à ,\cliéus; |)lusieurs des provinces en firent autant. Il fut assez généreux pour la refuser alors, quoique, dans la suite, il SC crût forcé d'en user autrement. Dans la eonjonclure pré.scntc, non-seulement il n'accepta pas la couronne, mais il la conserva soigneusement à l'héritier légitime, Anliochtis, frère du défunt roi , qui u'étail que dans sa (piitiziènie année. Séleuciis, en partant pour l'Asie .Mineure, l'avait envoyé en Babylonie ' pour lui procurer une éducation digue de sa naissance. Il y était quand son frère mourut. On le fit venir de là à Antioche, où il monta sur le trône, et le remplit pendant trente-six ans. A cause de ses grandes actions, on lui a donné le surnom de Grand. Achéus, pour lui assurer la succession , lit un détachement de l'armée, qu'il lui envoya en Syrie, avec Kpigéne, un (les plus habiles généraux du feu roi. Il "irda le reste pour les besoins de l'état du côl,’ m'i lui-m('imc il se trouvait.

Dès qu'-Vntiochus eut pris possession de la couiV’.me ’, il envoya en Orient deux frères. Moine, et .Vlexandre; le premier pour gouverner la ôlédie, et le second lu Perse. .\chèus fut chargé des provinces de l'Asie .Mineure. Epigène eut le commandement des lroup(!s qu'on tint aupnès de la personne du roi ; et Ilermias le (’.arien fut déclaré son premier ministre, comme il l'avait été sous .son frère. Achéus reprit bientôt tout ce qu'.Vtlalc avait enlevé à l'empire de Syrie, et l'obligea à se réduire à .son royaume de Pergame. Alexandre c! ôlolon, méprisant la jeunesse du roi, ne furent

* A . qui clans rcUe province . el la c.ipî-

laic (le rOnenl.au lieu de irilijlonc. qui ne subsisUit plus . ou du moins calait déserte.

» Ah. M. 3782; av. i. C. 222. - Po^b. Ub. 5. pag- 380.

pas plutôt affermis dansleurs gouvernements, qu'ils ne voulurent [dus le reconnaître, et chacun d'eux se rendit souverain dans la proviiic(! qui lui avait été confiée. Les sujets de mécontenteineiit qu'Hermias leur avait donnés contribuèrent beaucoup à leur révolte.

Ce ministre était (iur. Des plus petites fautes il en faisait des crimes, et les punissait avec la dcrui('‘re rigueur. C'était un petit esprit, mais fier, plein de lui-méme, attaché à son sentiment, et qui aurait cru se désiionorcr s'il eût , demandé on suivi conseil. Il ne pouvait souffrir ([UC personne partageât avec lui le crédit et l'autorité. Tout mérite lui était suspect, ou, pour mieux dire, lui était odieux, lien voulait surluul à Épigéne, qui passait pour un des plus habiles capitaines de son temps, et en qui les troupes avaient une entière confiance. C'était celte réputation même qui faisait om- | tirage au ministre, et il ne pouvait dissimuler sa mauvaise volonté à son égard.

Antiochus avait assemblé son conseil au sujet de la révolte de .Molon ', pour savoir quel parti il devait prendre, et s'il était nécessaire qu’il marchât lui-inéine contre ce rebelle, ou s'il devait tourner du côté de la Célésyrie pour arrêter les entreprises de l’iolèmée. Épigène parla le premier, et dit qu’il n'y avait point de temps à perdre : que le roi devait incessamment se transporter eu personne dans l’Orient, afin de profiler des moments et des occasions favorables pour agir contre les révolli^s; que, quand il y serait, ou .Molon ii'aurait pas la hardiesse de remuer sous les yeux de son prince et d’une armi’c, ou, s’il persistait dans son dessein, les peuples, touchés de la présence de leur prince, réveillant leur zèle et leur affection pour son service, ne manqueraient pas de le lui livrer bientôt, mais que l’important était de ne lui point laisser le lemps de se fortifier. llermias ne put s’empéclier de rinlcrroinprc, et, avec un ton d’aigreur et de suffi- .sauce, il dit que de faire marcher le roi contre Molou avec si peu de troupes, c'était liv rer sa personne entre les malus des révoltés. Sa véritable raison était la crainte qu'il avait de courir les risques de celte expédition. Plolémée était pour lui beaucoup moins redoutable. On

I An. M. 3783; av. }. C 221. - Polib. lib. 5. pag. 38(i-39â.

pouvait, sans rian i-raimlrc.aUaqupr un (irincc qui ne s’occupait que de plaisirs. L’avis d’Ilermias l’emporta. Il fit donner la conduile de la guerre contre Molon.et d’une partie des troupes , ù Xtinon et ù Tliéodnte ; et le roi mnrclia, avec l’autre partie de l’armée, du cdlé de la Célésyrie.

En arrivant à Sélencie , près du Zeugma , il y trouva Ijvodice, fille de Mithridatc, roi de Pont, qu’on lui amenait pour l’épouser. 11 s’y arrêta quelque temps pour célébrer ce mariage , dont la joie fut bientét troublée par la nouvelle qu’on reçut d'Orient, que scs généraux , trop faibles pour faire tète à Molon et à Alexandre, qui s'étaient joints, avaient été obligés de se retirer , et de les laisser maîtres du champ de bataille. Antioclius vit alors la faute qu’il avait faite do ne pas suivre l’avis d’Épigène , et voulait abandonner le dessein de la Célésyrie pour aller avec toutes ses forces arrêter cette rébellion. Ilermias persista avec opiniiUrclé dans son premier sentiment. Il crut dire des merveilles en déclarant , d’un ton emphatique et sentencieux , qu’il convenait au roi de marcher en personne contre des rois, et d’envoyer ses lieutenants contre les rebelles. Le roi eut encore la faiblesse de se rendre à l’avis d’Hermias.

On a peine à comprendre combien toutes les expériences sont inutiles à un prince inappliqué, et qui vit sans réile.xion. Ce ministre adroit, insinuant, artificieux, qui savait s'accommoder à tous les goûts et à toutes les inclinations de son maître, inventif et industrieux pour trouver de nouveaux moyens de lui plaire, avait eu l’art de se rendre nécessaire en te déchargeant du poids des alTaires; de sorte qu’Antiochus ne croyait pus pouvoir se passer de lui ; et , quoiqu’il entrevit dans sa conduite et dans scs conseils piu.sieurs choses qui le choquaient, il ne voulait point se donner la peine de les approfondir, et il n’avait pas la force de reprendre l'aulorité qu’il lui avait abandonnée. Ainsi, se rendant encore ici à son avis, non par conviction, mais par faiblesse et i>ar indolence , il se contenta d’envoyer un général et des troupes dans l’Orient, et reprit l’expédition de la Célésyrie.

Le général qu’il envoy a fui Xénétas, Achéen, dont la commission oortait que les deux pre-

miers généraux Un donneraient leurs troui'.e.s. et .serviraient sous lui. Xénétas n'avait jam.ais commandé en chef, et tout son mérite était d’élre ami et créature du mini.stre. Parvenu il une place é laquelle il n’avait jamais osé aspirer, il devint fier à l’égard desantri-s olliciers , et plein d’audace et de témérité à l’égard des ennemis. Le succès fut tel qu’on devait l’attendre d’un si mauvais choix. I o passant le Tigre, il donna dans une, embibcade où l’ennemi l’attira par un stratagème , et il y périt lui et toute son armée. Celte victoire ouvrit aux rebelles la province de IJabylonie et toute la Mésopotamie, dont iis se virent par lé les maîtres sans aucune cj qiosilion.

Antiochus cependant s’était avancé dans la Célésyrie jusqu’à la v allée qui est entre les deux chaînes de montagnes du Liban et de l’.Vnti- Liban. Il trouva les passages de ces montagnes si bien fortifiés , et si bien défendus par Thèodote , Etolieii , à qui Ptolémée avait confié le gouvernement de cette province, qu’il fut obligé de retourner sur ses pas sans pouvoir passer outre. La nouvelle qu’il reçut de la défaite de ses troupes dans rOrienl hâta encore sans doute sa retraite. Il assembla son conseil, et remit de nouveau l'alTaire des rebelles en délibération. Epigène, après avoir dit, d'im ton modeste , que ie parti le plus sage aurait été de marcher d’abord contre eux pour ne leur point laisser le moyen de se fortifier comme ils avaient fait , ajouta que c’était une nouvelle raison maintenant do ne pins perdre de temps , et de donner tous ses soins à une guerre qui pouvait entraîner ia ruine de l’empire si on la négligeait. Ilermias, qui se crut offensé par ce discours , commença par s’emporter violemment contre Epigène en le chargeant de reproches et d’injures , et conjura le roi de ne (loinl renoncer à l’entreprise de lu Célé.syrie, qu’il ne pouvait abandonner sans marquer de la légèreté et de l’inconstance, ce qui ne convenait point du tout à un prince aussi sage et aussi éclairé qu’il était. Tout le conseil baissait les yeux de honte. Antiochus lui-mème souffrait beaucoup. 11 fut conclu . d’une voix unanime, qn il fallait marchera grandes journées contre les rebelles. Alors Ilermias, qui vil bien que la résistance serait

inutile , changé tout d'un coup en un autre homme , embrassa le scutiment commun avec une sorte d’empressement , et se montra plus ardent qu'aucun autre à en presser l'exécution. Les troupes marchèrent donc vers Àpamée , qui était le lieu du rendez-vous.

A peine en était-on sorti , qu'il s’éleva une sédilion dans l’armée au sujet d’un reste de paye qui était dû aux soldais. Un contre-temps si rècheux jeta le roi dans une grande consternation et dans une mortelle inquiétude. En effet le péril était pressant. Hermias , trouvant le roi dans cet embarras , le rassura , et lui promit de payer sur-le-champ tout ce qui était dû à l'armée ; mais il lui demanda par grâce qu’il ne menét point Épigène avec lui à cette expédition , parce qu’après l’éclat qu’avait fait leur brouillerie on ne pouvait plus espérer d’agir de concert dans les opérations de la guerre comme le bien du service le demandait. Sa vue était de commencer par refroidir l’estime et l’affection d’Antiochus à l’égard d’Epigène par son absence, sachant bien que les princes oublient facilement la vertu et les services d’un homme éloigné.

Cette proposition lit une peine extrême au roi , qui sentait le besoin qu’il avait de retenir auprès de lui , dans une expédition si importante, un général aussi habile et aussi expérimenté que l’était Épigène. Mais, comme Hermias s’était étudié de loin à l’obséder et à s’emparer de lui par toutes sortes de voies, en lui fournissant des vues d’économie ‘ , en le gardant è vue , en le gagnant par ses complaisances et scs flatteries , ce prince n’était point son maître. Le roi consentit donc , quoique avec beaucoup de répugnance, è ce qu’on lui demandait , et Épigène eut ordre de se retirer à Apamée. Cet événement surprit et effraya tous les courtisans , qui craignirent pour eux un pareil sort ; mais l’armée , qui venait de recevoir sa paye, s’en consola , et se crut fort obligée au ministre qui l’avait fait payer. Ainsi, s’étant assuré des grands par la crainte , et des

* lUpiî^è^ivoç Si xai irpoxaTïcl>î^^iwr o«ov&— , xKt f'j'/axaîf , xat OTjjfaTCiîatf v?rô tkS Uiiov xetxortOiiecç , oùx aÛTOÛ xûpio;.

« Circamvenlus et prcocrupatus œconoroUs. et cusw todiis, et obticquils. Ilcrmi» malignilaie, «ul noncrat « dominuf. s (VoLvn C*est une iraduclion h'itéi-a/e.)

troupes par ce paiement , il se mit en marche avec le roi.

La disgrâce d’Epigèiie, bornée à un simple éloignement , outre qu’elle ne satisfaisait pas pleinement sa vengeance , ne calmait pas scs inquiétudes pour l’avenir, et lui faisait craindre un retour. Il travailla efficacement à le prévenir. Alexis , gouverneur de la citadelle d’Apamée, lui était entièrement dévoué; et qui ne le serait pas à un ministre tout-puissant et maître de toutes les grâces? Il le charge de le défaire d’Epigène, et lui en prescrit les moyens. En conséquence, Alexis gagne un des domestiques d’Epigène, et, à force de présents et de promesses, l’engage à glisser dans les papiers de son maître une lettre qu’il lui donna. Elle était écrite et signée, à ce qu’il paraissait, par Molon, l’un des chefs des rebelles, qui remerciait Epigène de la conspiration qu’il avait formée contre le roi, et lui communiquait des moyens sûrs pour l’exécuter. Quelques jours après, Alexis l’alla trouver, et lui demanda s’il avait reçu quelque lettre de Molon. Epigène, surpris d’une telle demande, marqua son étonnement, et en même temps son indignation. L’autre répondit qu’il avait ordre de fouiller dans scs papiers. On y trouva en effet la prétendue lettre , et , sans autre examen ni autre formalité, Epigène fut mis â mort. Le roi, sur la simple inspection de la lettre, crut le crime bien avéré et bien prouvé. La cour n’en jugea pas de même; mais la crainte tenait toutes les langues liées et muettes. Que les princes sont malheureux, et qu’ils sont â plaindre!

Quoique la saison fût déjà fort avancée, Antiochus passa l’Euphrate , rassembla toutes scs troupes, et, pour être plus à portée et entrer de bonne heure en campagne au printemps, il les mit en quartier d’hiver dans le voisinage en attendant la belle saison.

Dès qu’elle fut venue *, il les fit marcher du cété du Tigre, pa.ssa ce fleuve, força Molon d’en venir â une action , et remporta sur lui une victoire si complète, que le rebelle, voyant tout perdu, se tua lui-même de désespoir. Son frère Alexandre était alors en Perse, où Néolas, un autre de leurs frères, qui s’était échappé de cette bataille, lui en apporta la triste nou-

I An.M,T;8t:5». J. r.‘i>0.

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vclle. Se voyant sans ressource, ils tuèrent premièrement leur mère , puis leurs femmes et leurs enfants , et enfin se tuèrent eui-mèmes pour ne pas tomber entre les mains du vainqueur. Voilà la fin qu'eut cette rébellion , qui causa la ruine entière de tons ceux qui y avaient eu part; digne récompense de quiconque ose prendre les armes contre son prince!

Après cette victoire, les débris de l'armée vaincue se soumirent au roi , qui se contenta de leur faire une forte réprimande, et leur pardonna leur faute. Il les envoya dans la Médie, sous le commandement de ceux qu'il avait chargés du soin des affaires de cette province; et retournant delà à Séleucie sur le Tigre, il y passa quelque temps à donner les ordres nécessaires pour rétablir son autorité dans les provinces où s'était faite la révolte, et ramener tout à l'ancien ordre.

Tout cela s'étant exécuté par les personnes qu'il jugea propres à le faire, il marcha contre les Àtropatiens , qui occupaient le pays situé à l'occident delà Médie et qu'on appelle à présent la Géorgie. Leur roi, nommé Artabazane, était un vieillard fort cassé, qui fut si effrayé de l'approche d'Antiochusavec une armée victorieuse , qu'il envoya faire sa soumission , et fil la paix aux conditions qu'on jugea à propos de lui imposer.

On re(ut dans ce temps-là ’ la nouvelle qu'il était né un fils au roi ; ce qui fut un grand sujet de joie pour toute la cour et pour toute l'armée. Hermias, dès ce moment, songea aux moyens de se défaire du roi, dans l'espérance qu'après sa mort il ne manquerait pas d'être nommé tuteur du jeune prince , et que , sous son nom, il exercerait un empire absolu. Il était devenu odieux à tout le monde par sa hauteur et son insolence. I-es peuples gémissaient sous un gouvernement que l'avarice et la cruauté du premier ministre leur rendaient insupportable. Leurs plaintes n'arrivaient point jusqu'au trône , dont toutes les avenues leur étaient fermées. Personne n'osait faire connaître au roi l'oppression des peuples. On savait qu'il craignait de voir la vérité, et qu'il abandonnait à la cruauté d'Hermias tous ceux qui entreprenaient de parler contre lui. Il avait ignoré

‘ Poljb. Hb. 5,|iag,309-«)l.

jusque-là les injustices elles violencesqu’Hermias exerçait sous son nom. Il commença enfin à ouvrir les yeux : mais il craignait luimême ce ministre , dont il s'était rendu dépendant, et qui avait pris sur lui une autorité absolue en profitant du caractère indolent de ce prince, qui d'abord était bien aise de se décharger sur lui du soin et de l'embarras de toutes les affaires.

Apollopbane, sou médecin , en qui il avait grande confiance, et qui, par sa place, avait un libre accès auprès de lui , prit son temps pour lui représenter le mécontentement général des peuples, et le danger où il était lui-même de la part d'un tel ministre. Il l'avertit de prendre garde à sa personne, de peur qu'il ne lui arrivât, comme à son frère en Phrygie, d'être la victime de l'ambition de ceux en qui il avait le plus de confiance ; qu'il était visible qu'IIcrmias formait quelque dessein, et qu'il n'y avait point de temps à perdre si on voulait le prévenir. Voilà les services réels qu'un officier attaché à la personne du prince, et véritablement affectionné, peut et doit lui rendre ; voilà l'usage qu'il doit faire de l'accès libre que son maître lui donne, et de la confiance dont il l'honore.

Antiochus était environné de courtisans qu'il avait comblés de bienfaits, dont aucun n'osait hasarder sa fortune en lui disant la vérité. On a bien raison de dire qu'une des grâces les plus signalées que Dieu puisse accorder aux rois, est de les délivrer de la langue des flatteurs et du silence des gens de bien.

Le roi, comme je l'ai déjà dit, avait commencé à former des soupçons sur son ministre; mais il ne s'en était ouvert à personne, parce qu'il ne savait à qui se fier. Il fut bien aise que son médecin lui eût donné cet avis; et il prit des mesures avec lui pour se défaire d'un ministre si généralement haï et si dangereux. Il s'écarta un peu de l'armée , sous prétexte de sa santé, et il emmena Hermias pour lui tenir compagnie; et dans une promenade où le roi l'avait attiré assez loin de tons ceux qu'il croyait disposés à prendre son parti, il le fit assassiner par sa suite. Cette mort causa une joie universelle dans tout l'empire. Cet homme cruel et hautain availgouverné tout avec dureté et violence : il n'avait jamais pu souffrir qu'on

ouvrit d'avis coniraireau sien,ou qu'oii apporUt d'opposition à scs desseins , sans perdre ceux qui avaient eu ie courage de le faire ; aussi s'étail-il fait universellement haïr : celte haine parut surtout à Apamée; car, dès qu'on y eut la nouvelle de sa mort, toute la ville en furie courut lapider sa femme et ses enfunls.

Antiuchus *, après avoir rétabli si heureusement ses affaires dans l'Orient, et avoir rempli les gouvernements des provinces de personnes de mérite et en qui il avait le plus de confiance, ramena encore son armée en Syrie, et l'y mit en quartier d'hiver. Il passa le reste de l'année à Anliochç à tenir de fréquents conseils avec scs ministres sur les opérations de la campagne suivante.

Ce prince avait encore deux entreprises Lien dangereuses à exécuter pour rétablir cnlièrement la sûreté et la gloire de l'empire de Syrie : la première contre Ptolémée pour recouvrer la Célésyrie ; et l'autre contre Achéus, qui venait d'usurper l'Asie Mineure.

Ptolémée Évcrgéle s'étant emparé de toute la Célésyrie au commencement du régne de SéleucusCallinicus, comme il a été dit ci-devant, le roi d'Égypte était encore en possession d'une bonne partie de cette province , et Antiochus trouvait ce voisinage bien incommode.

Pour ce qui est d'Achéus, on a déjà vu comment il avait refusé la couronne qu'on lui avait offerte après la mort de Séicucus Cérau- 'nus , et l'avait mise sur la tète d'Autiochus, le successeur légitime , qui , pour récompenser ses services, lui avait donné le gouvernement de toutes les provinces de l'Asie Mineure. Sa valeur et sa bonne conduite les avaient toutes enlevées à Attale , roi de Pergame , qui s'en était saisi , et qui s’y était déjà assez bien fortiüé. faut de succès lui attirèrent l’envie de ceux qui avaient l’oreille du prince. I.e bruit se répandit à la cour qu’il songeait à usurper la couronne, et que , dans cette vue , il entretenait des liaisons secrètes avec Ptolémée. Soit que ces soupçons fussent fondés ou non , il crut devoir prévenir les mauvais desseins de ses ennemis ; il prit la couronne qu'il avait refusée auparavant, et se fit déclarer roi.

• Tut» b. Ilb. j tug. toi.

Il devint bientôt l'un des plus puissants princes de l’Asie , et chacun rechercliait avec empressement son alliance. Cela parut clairement dans une guerre qui survint pour lors entre les Rhodiens et les Byzantins , à l’occasion d'un tribut que ceux-ci avaient imposé sur tous Icni vaisseaux qui passaient par le détroit; tribut qui était fort à charge aux Rhodiens, à cause du grand commerce qu’ils faisaient dans la mer Noire. Achéus, sollicité vivement par ceux de Byzance , avait promis de les secourir. Cette nouvelle consterna les Rhodiens, aussi bien que Prusias , roi do Rithynie, qu'ils avaient attiré dans leur parti. Dans l’eitréme embarras où ils se trouvaient, il leur vint dans l’esprit un expédient pour détacher Achéus des Byzantins et l'engager dans leurs intérêts. Andromaque son père, frère de Laodice, que Séleucus Callinicus avait épousée , était actuellement retenu pri.sonnier à .àlevandric. Ils députèrent vers Ptolémée pour lui ilcmander en grdee sa liberté. Le roi , qui était bien aise aussi de s’attacher Achéus , de qui il pouvait tirer de grands services contre Antiochus, avec qui il était en guerre, accorda volontiers aux Rhodiens leur demande, et leur remit entre les mains Andromaque. Ce fut un présent bien agréable pour Achéus, mais qui lit perdre courage aux Byzantins. Ils consentirent à remettre les choses sur rancicn pied, cl à ôter le nouveau droit qui avait causé la guerre. U paix futuinsi rétablie entre les deux peuples, cl Achéus en eut tout l’honneur.

C’est contre lui et contre Ptolémée qu’Antiochus songeait à tourner scs armes^. Voilà les deux guerres dangereuses qu'il avait sur les bras, et ce qui faisait le sujet des délibérations du con.scil pour savoir laquelle des deux il entreprendrait la première. Après une mûre délibération, on résolut de commencer par marcher contre Ptolémée avant que d’attaquer Achéus, à qui l’on se contenta pour lors de faire de grandes menaces; et toutes les troupes curent ordre de se rendre à Apamée, pour être employées contre la Célésyrie.

Dans un conseil qui s’y tint avant que l'armée se mit en marche , Apollophanc, médecin

' Polvb. lib. I. p»«, 3'i-310.

« An. M. 3783 ; av. J C. -319. - Poljb. lU). 5, pag. 9fi-

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du roi, représciila qu'on allait faire une grande faute si l’on s'avançait dans la Célésyric en laissant derrière soi Séleucie entre les mains de l'ennemi, et si près de la capitale de l'empire. Son avis entraîna tout le conseil par l'èvidcncc des raisons dont il était soutenu ; car cette ville est sur la même rivière qu'Antioclie, et n'est qu'à cinq lieues au-dessous, près de l'embouchure. Quand Ptoléméc Évergète fit l'invasion dont on a parlé pour venger la mort de sa sœur Bérénice, il avait pris cette ville, et y avait mis une bonne garnison égyptienne, qui avait conservé celte place importante vingtsept ans entiers. Outre les autres incommodités qu'elle causait à ceux d'Antioche, elle leur coupait entièrement la communication avec la mer, et mimait tout leur commerce; car Séleucie, étant située prés de l'embouchure de rOronte, était le port d'.Vntioche, et cette dernière ville souffrait evtrémcment par là. Toutes ces raisons, clairement et fortement exposées par Apollophanc, déterminèrent le roi et son conseil à suivre son plan, et à làire l'ouverture de la campagne par le siège de Séleucie. Ou y mena toute l’armée, on investit la place, un la prit d'assaut, et un eu chassa tous les Égyptiens.

Ensuite Antiochus marcha en diligence dans laCélésyrie, où Théodote, l'Élolien, qui en tenait le gouvernement de l’iolémée , lui promettait de le mettre en possession de tout le pays. On a vu comment il l’avait repoussé vigoureusement deux ans auparavant. Cependant on n’avait pas été content à la cour d’Égypte de ce qu’il avait fait dans cette rencontre. Ceu.x qui gouvernaient le roi avaient attendu davantage de son courage, et s'étalent imaginéqu'il n’avait tenu qu’à lui de faire quelque chose de plus. Un le fit venir à Alexandrie pour rendre compte de sa conduite, et on ne parlait pas de moins que de lui faire perdre la tête. A la vérité, quand on eut oui scs raisons, il fut absous, et renvoyé dans son gouvernement; mais il ne leur pardonna pas l’injure qu’ils lui avaient faite de l’accuser si injustement. Il fut si piqué de cet affront, qu’il résolut de s’en venger.

Ladis.solution cl la mollesse de toute la cour, qu’il avait vues de prés , augmentaient encore son indignation et son ressentiment. Il ne pou-

vait s’assujettir servilement au caprice de gens si vils et si méprisables. Enfin, il ne se peut rien imaginer de plus débauché cl de pins abominable que la vie de Philopalor pendant tout le cours de son règne; et sa cour répondait parfaitement aux exemples qu’il lui donnait. On croit qu’il avait empoisonné son père, et c’est ce qui lui fit donner le surnom de Philopalor', par antiphrase. Il fit mourir ouvertement sa mère Bérénice, et »on frère unique -Magas. Quand il se fut défait des personnes qui pouvaient lui donner des avis ou de la jalousie, il s’abandonna aux plaisirs les plus infâmes, et ne songea plus qu’à satisfaire son luxe, sa brutalité et les passions les plus honteuses. Son premier ministre était Sosilie , homme tout propre à servir un maître comme lui, et qui ne songeait qu’à se maintenir, à quelque prix que ce fût, dans sa place. On conçoit aisément que dans une telle cour les femmes étaient toutes-puissantes.

Théodote ne imt se résoudre à dépendre de pareilles gens, et résolut de chercher un autre maître plus digne de scs services. Il ne fut pas plutét de retour dans son gonvernement , qn’il s’assura de la ville de Tyr et de celle de l’toléniaide, et se déclara pour le roi Anliocbiis, vers qui il dépécba incessamment l’exprès dont j’ai parlé pour l’inviter à y venir.

Nicolas, un des généraux de Ptolémée, quoique du même pays que Tliéodote , ne voulut pas le suivre dans sa désertion, et demeura attaché à Ptolémée en suivant son premier engagement. Dès que Théodote eut pris PlolCmaïde , Nicolas alla l’y assiéger, sc saisit des passages du mont Liban pour arrêter Antiochus qui s’avançait dans le dessein de le dég.iger, et les défendit jusqu’à la dernière extrémité. Il fut enfin contraitd par la force d<' les abandonner, et. per sa retraite, Antiochus .se trouva maître de ’l’yr et de rtoléniaîd'e, où Théodote reçut scs troupes.

Il trouva dans ces deux places les magasins que Ptolémé-e y avait mis pour le service do son armée, et une flotte de (|uarantc voile.s. Il donna le commandemcid de ces vaisseaux à son amiral Diognèle, qui eut ordre de se rendre devant Pélusc, oi'i le roi av ait dessein d’aî-

* Co mol sisniric , a'malcur de ion père

1er aussi par lerre pour entamer l'Egypte de ce c6té-là. Mais, étant informé que c’était la saison où l’on inondait le pays en ouvrant les digues du >’il, et qu'ainsi il lui serait impossible de s’avancer alors dans l’Egypte, il abandonna ce dessein, et employa toutes ses forces à réduire le reste de la Célésyric. 11 emporta plusieurs places par la force ; d’autres se soumirent à lui ; cnQn , il se rendit maître de Damas, capitale de la province, ayant trompé par un stratagème Dinon , qui en était gouverneur'.

La dernière action de cette campagne fut le siège de Dora , place maritime dans le voisinage du mont Carmel. Cette place se trouva si forte d’assiette , et avait été si bien fortifiée par Nicolas, qu’il lui fut impossible de la prendre. Il fut obligéd’accepter la proposition qu’on lui Qt d’une trêve de quatre mois avec Ptolémée, et ce fut un prétexte honorable pour ramener son armée à Séleucie sur l’Oroute, où il lui assigna des quartiers d’hiver. Il donna le gouvernement de toutes les conquêtes de cette année à Théodote l’Étolien.

Pendant cette trêve, on travailla à un traité entre les deux couronnes*; mais les deux partis ne cherchaient qu’à gagner du temps. Ptoléméc en avait besoin pour travailler aux préparatifs de la guerre, et Anliochus pour réduire Achéus. Celui-ci ne se contentait pas de l’Asie Mineure, qu’il avait déjà; il voulait détrêner Antiochus, et lui enlever tous ses états. Il fallait donc, pour arrêter ses desseins, qu'Antiochus ne fût pas occupé sur la frontière, ou engagé dans des conquêtes éloignées.

Dans ce traité, le principal point à démêler fut de savoir à qui avaient été données la Célésyrie, la Phénicie, la Samarie et la Judée, dans le partage de l’empire d’Alexandre qui s’était fait entre Ptolémée, Séleucus, Cassandre et Lysimaque, après la mort d’Antigone, tué à la bataille d’ipsus. Ptolémée les réclamait,«omme ayant été assignées par ce traité à Ptolémée Soter, son bisaïeul. Antiochus , de son cAté , prétendait que ç’avait été à Séleucus Nicator, et qu’ainsi elles lui appartenaient de droit, comme à l’héritier et au successeur de ce^ roi à

I Polyœn. lib. i. cap. 15.

> Polfb. lib. 5, pag.

l’empire de Syrie. Une autre difficulté arrêUil les commissaires. Ptolémée voulait qu’ Achéus fût compris dans le traité ; et Anliochus s’y opposait absolument, disant que c’était une chose indigne et crianle qu’un roi comme Ploléméc prit le parti d’un rebelle el voulût le soutenir dans sa révolte.

Pendant ces contestations où personne ne voulait céder, le temps de la trêve s’écoula, et, n’étant convenus de rien, il fallut de nouveau avoir recours à la voie des armes. Nicolas l’Étolien avait donné tant de preuves de valeur et de fidélité pendant la dernière campagne, que Ptolémée lui donna le commandement en chef; el il fut chargé de tout ce qui pouvait regarder le service du roi dans les provinces qui faisaient le sujet de la guerre. Périgène, l’amiral, se mil en mer avec la flotte, pour agir de son cité contre l’ennemi. Nicolas choisit Gaza pour le rendez-vous de ses troupes. On y avait envoyé d’Égypte toutes les provisions nécessaires. De là il mena son armée au mont Liban , où il se saisit de tous les passages entre celte chaîne de montagnes el la mer, par lesquels il fallait nécessairement que passât Antiochus, résolu de l’y attendre et de l’y arrêter par la supériorité que lui donnaient les postes avantageux qu’il occupait.

Anliochus cependant ne demeurait pas dans l’inaction. Il disposait tout, par mer et par terre, pour une attaque vigoureuse. Il donna le commandement de sa flotte à Diognèle, son amiral, et se mit lui-même à la tête de son armée de terre. Les flottes côtoyaient les armées de part el d’autre, de sorte que toutes les forces de mer et de lerre des deux partis se rencontrèrent aux passages que Nicolas avait saisis. Pendant qu’ Anliochus attaquait Nicolas par terre, les flottes commencèrent aussi à se bal- Ire. L’action s’engagea donc en même temps par mer et par terre. Sur mer , les choses furent assez égales; mais, sur terre, Anliochus cull’îvantage, et obligea Nicolas à se retirer à Sidon aprèsavoir perdu quatre mille hommes tués on faits prisonniers. Périgène l’y suivit avec la (loi le égyptienne. Anliochus les y poursuivit par mer et par terre, dans le dessein de les y assiéger. Il trouva cependant que cette conquête

> An.M,3ï80;av.J, C. 21».

<#«{> ao7

serait trop difficile, à cause du grand nombre de troupes qui étaient dans la place , où elles avaient en abondance tout ce qui leur était nécessaire ; et il ne voulut pas en former le siège. Il envoya sa flotte à Tyr, et marcha en Gatilée. Après s’en être emparé par la prise de plusieurs vilies, il passa le Jourdain, entra dans le pays de Galaad , et prit possession de tout ce pays, autrefois l’héritage des tribus de Ruben cl de Gad et d’une moitié de la tribu de Manassé.

La saison était trop avancée pour tenir plus longtemps la campagne. Il repassa donc le Jourdain, laissa le gouvernement de la Samarie à Ilippolochus et à Chéréas , qui avaient quitté le parti de Plolémée pour prendre ie sien, et leur donna cinq mille hommes pour la tenir en bride. Il ramena le reste des troupes à Ptolémaide , où il leur donna des quartiers d’hiver.

Au printemps on se remit en campagne '. Ptoléméc lit marcher vers Pélnse soixante et dix mille hommes d’infanterie, cinq mille chevaux, et soixante et treize éléphants. Il se mit à leur télé, et les conduisit au travers des déserts qui séparent l’Egypte de la Palestine, et vint camper à Raphia , entre Rhinocorura et Gaza. Ce fut là que les armées ennemies se rencontrèrent. Celle d’Anliochus était un peu plus nombreuse que l’autre. Il avait soixante et douze miile hommes d’infanterie, six mille chevaux, et cent deux éléphants. Il vint camper d’abord à dix stades’, et bientôt après à cinq seulement de l’ennemi. Pendant qu’ils furent si prés les uns des autres , il y avait continuellement des actions entre les partis pour l'eau ou pour le fourrage, et entre des particuliers qui voulaient se distinguer.

Théodote l’Etolien, qui avait longtemps servi sous les Egyptiens, entra un soir dans leur camp à ia faveur des ténèbres pour n’ètre pas reconnu , accompagné seulement de deux personnes. On le prit pour un Egyptien. Il passe, et va jusqu’à la tente de Plolémée dans le dessein de le tuer et de Gnir la guerre par un coup si hardi; mais le roi ne s’y trouva pas. Il tua son premier médecin au lieu de lui,

* Ad. 2T87 ; av. J. C. *217 — Poljb. lib. Ô , pag. i2l-

* L^ijp ticmi-lîrup.

blessa deux autres personnes, et, pendant le bruit et l’alarme que cette action causa, il se sauva et revint à son camp.

Enfin les deux rois, résolus de décider leur querelle, rangèrent leurs armées 'en bataille. Ils allaient devant leurs lignes, d’un corps à l’autre, pour animer leurs troupes. Arsinoé, soeur et femme de Plolémée, ne se contenta pas d’exhorter les soldats avant faction ; eile ne quitta point son mari pendant le fort même du combat. L’issue de la balaille fut qu’Antiochus, à la tète de son aile droite, défit l’aile gauche des ennemis ; mais pendant que , par une ardeur inconsidérée, il s’échautfail à la poursuite, Ptolémée, qui avait eu le même succès à l’autre aile, chargea en liane le centre d’Antiochus qui se trouva découvert, et le rompit avant que ce prince pût revenir à son secours. Un vieil offleier, qui vil où roulait la poussière, conclut que leur centre était battu , et le montra à Antiochus. Quoique dans le moment même il fît faire voite-face, il arriva trop tard pour réparer sa faute, et trouva tout le reste de son armée rompu et mis en fuite. Il fallut songer à faire lui-même sa retraite. Il se retira à Raphia, d’où il regagna ensuite Gaza, après avoir perdu dans celte batoille dix mille hommes tués, et quatre mille faits prisonniers. Se voyant par là hors d’état de tenir la campagne contre Plolémée , il abandonna toutes ses conquêtes , et ramena à Antioche ce qu’il put ramasser des débris de son armée. Cette bataille de Raphia se donna en même temps que celle où Annibal battit le consul Flamioius sur le bord du lac Trasymène en Etrurie.

Après la retraite d’Antiochus, tous les peuples de Célésyrie et de Palestine s’empressèrent de se rendre à Ptolémée. Ayant été longtemps soumis aux Egyptiens , ils aimaient mieux leurs anciens maîtres qu’Antiochus. La cour du vainqueur fut bientôt pleine de députés de toutes les villes , qui venaient lui faire leurs soumissions et lui apporter des présents. Il y en avait, entre autres, de la Judée. Us furent tous bien reçus.

Ptolémée voulut faire un tour dans les provinces qu’il avait reconquises'. Jérusalem fut une des places qu’il visita. Il y vit ie temple’ ;

* Machab. Hb. 3, cap. 1.

* Le trotsléoïc livre des Mocbabi^es , d'où celle histoire

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il y olTrit môme des sacrifices au Dieu d’Israël, et y fit des oblations et des dons considérables. Mais, ne se contentant point de le voir delà cour de dehors , au delà de laquelle il n’était permis à aucun gentil de passer, il voulait absolument entrer dans le sancliiaire, et jusque dans le lieu très-saint où personne n’entrait que le souverain sacrificateur, u[ie fois l’an, au grand jour de l'expiation . Le bruit qui s’en répandit causa une grande émeute. Le souverain sacrificateur lui représenta la sainteté du lieu, et la loi formelle de Dieu qui lui en défendait l’entrée. Les prêtres et les lévites s’assemblèrent pour s’y opposer , et le peuple pour le conjurer de ne le pas faire. Partout on n’entendait que lamentations qu’arrachait l’idée de la profanation du temple, et partout on levait les mains au ciel pour ]irier Dieu de l’empècher. Toutes ces oppositions, bien loin d’arrêter le roi , ne servirent qu’à augmenter le désir qu’il avait de satisfaire sa curiosité. Il perça jusque dans la seconde cour ; <‘t comme il se mettait en devoir d’avancer pour entrer dans le temple même. Dieu le frappa d’une terreur subite, qui le mil dans un si grand désordre qu’il fallut l’emporter à demi mort. Il quitta la ville, le cœur plein de rage contre toute la iiation juive à cause de ce qui lui était arrivé , et la menaça hautemcul de s’en venger. Il le lit en elfet; et, l’année suivante, il excita une cruelle persécution , surtout contre les Juifs d’.\lexandrie, qu’il voulut contraindre d’adorer les fausses divinités.

Dèsqu’.VnIiochus' , après la bataille de Raphia, fut arrivé à Antioche, il envova une ambassade à Ptolèmée pour lui demander la paix. Ce qui le porta à faire cette démarche , c’est qu’il SC défiait de si's peuples , car il s’aperçut que son autorité et son crédit avaient fort diminué depuis sa dernière défaite. D’ailleurs il était temps de songer à.Vchéus, et d’arrêter ses progrès qui augmentaient tous

est Urée, nVsl |>oinl reçu , dans l'Kglisn . au nombre rfes iivrci» ranoniquc'i. non plus que le quatrième. Ils sont , |Ki(ir l’ordic dos temps, antèilcurs nus deus premiers. M. Pridenux , en parlant du troisième . dit qu'il est indubitable que le fond de l'histoire est vrai , quoi<|UC l'AUlour en ait altéré quelques dreonslanccs par des récits fabuleux.

' Poljb. Hb, 5, pag. — Jusün. lib. 3^. cap. J. — Uicrun. iu Daniel, cap. 11

les jours. Pour prévenir le danger qui le menaçait de ce côto-là , il jugea que le meilleur parti était de faire la paix avec Ploléraéc i quelque prix que ce fût , de peur d'avoir en même temps sur les bras deux ennemis si puissants , qui, l’attaquant des deux cAlés, m manqueraient pas à la fin de l’accabler. Ildonnv donc plein pouvoir à scs ambassadeurs décéder à Ploléméc les provinces qui causaient leur différend , c’est-à-dirc toute la Célêsyrie et la Palesliue. Iæ Célésyrie eomprennil la partie de la Syrie qui est entre les montagnes du Liban et celles de l'Aiiti-Liban ; et la Palestine, tout le pays qui était autrefois l'héritage des enfants d’Israël ; cl la côte de ces déni provim es était ce que les Grecs appelaient la Phénicie. Antioehus consentait à céder tout ce pays-là nu roi d’Egypte pour acheter la paii dans cette conjoncture , aimant mieux céder celle partie de ses états que de courir risque de tout perdre. On conclut donc une Ircie pour un an; et, avant quelle fût expirée, la paix fut faite sur ce pied-là. Ploléméc, qui aurait pu profiter de sa victoire et faire la conquête de tout l’empire de la Syrie , désirait aussi de sou côté de terminer la guerre pour se livrer sans partage et sans distraction à scs plaisirs. Les peuples , qui connaissaieut sa mollesse et sa lâcheté , ne pouvaient corapmidre comment il avait eu de si heureux succès; cl eu même temps ils lui savaient mauvais gré de ce qu’il concluait ainsi une paix par laqnellt' il SC liait les mains. Le méconlentcmcnl qu’on en conçut fut la principale source des disordres qui é'elatèrenl eiifiii daus l’EgvpIc par une rébellion ouverte; de sorte que Ptoléniée.cn voulant éviter une guerre élr.ingère, en attira une au milieu de ses propres étals.

Antioehus ‘ , après avoir fait la paix avec Ptolèmée , doiiun toute sou application à la guerre contre Aehéus , et fit tous 1rs préparatifs pour la commencer. Il passa câlin le mont Taums , et entra dans l’Asie Mineur'' pour la réduire. Il y fit une ligue avec .\tuli' roi de Pergame , eu vertu de laquelle ils joignirent leurs forces contre leur ennemi commun. Us le pressèrent si fort, qu’il leur ahaa-

• .Vn. M. 378S; av. J. C. 211). - Polvb. lit (Mi;. lit

iiOî) <§®>i9»

donna la campagne et se renferma dans Sardes. | .\ntiochus en forma le siiSge. .\rhéiis le soutint plus d’un an. Il faisait souvent des sorties, et il y eut quantité d'actions nu piinl des murailles de la ville. Knfin , par une ruse de I.igorns.un diw commandants d’Anlioctms, on ! prit la ville. Acliéus se retira dans le cliâleau , et s'y défendait encore quand il fut livré par deux traîtres crélois. Cette histoire mérite d’étre rapportée , et confirme la véritf^ du proverbe qui disait que les Cretois ' étaient des menteurs et des fourbes.

Ptolémée Philopator avait fait un traité avec Achéus*, et était fort fdché de le voir si étroitement bloqué dans le château de Sardes. Il chargea Sosibe du soin de l’en tirer à quelque prix que ce fût. Il y avait alors à la cour de l’tolémfte un Crétois fort rus*- , nommé Bolis, qui avait demeuré longtemps h Sardes. Sosibe le consulta , et lui demanda s’il ne saurait point (jiielquc expédient pour réussir à faire échapper Arhéus. Le Crétois lui demanda du temps pour y songer ; et , quand il revint trouver Sosibe, il offrit de l’entreprendre, et lui expliqua la manière dont il voulait conduire l’affaire. Il lui dit qu’il avait un ami intime , qui était aussi son proche parent, nommé Cambyle, capitaine dans les troupes de Crète au service d'.fintiuchus; qu’il commandait alors dans un fort, derrière le château de Sardes; qu’il l’engagerait à laisser sauver Achéus par ce côlélà. Sun plan fut approuvé. On l'envoie en diligence a Sardes pour l’exécuter, et on lui compte dix talents* pour scs besoins, avec ])romesse d’une somme plus considérable s'il réussit. Après son arrivée, il communique l'affaire à Cambyle. Ces deux malheureux conviennent , pour en tirer plus de profit , d’aller déclarer leur dessein â Antiochus. Ils offrirent à ce prince , comme ils l’avaient résolu , de jouer si bien leur rèlc , qu’au lieu de faire sauver Achéus, ils le lui amèneraient, moyennant une récompense considérable qu’ils partageraient entre eux aussi bien que les dix talents ([UC Bolis avait déjà reçus.

* KtrtTiç àti ‘.jflvffrat , yaxA Cr.pist. (Sxl.VT Pacl. PplsladTlt. 1.12.)

^ Polyb. !ib. 8, pag. 5Ü-531.

> Dix mille <<cus. » 10 lalcnla ptolémaliurs raleul DU 3»0 fr. E. «

Antinclius fut ravi de retle ouverture, et leur promit une récoinpi'ns»! sullisanle ' pour les engager à lui rendre cet iinporlant .service. Bolis, par le moyen de Cambyle, (mira sans peine dans le château , où les lettres de créance qu’il avait de Sosibe et de quelques autr(‘s amis d’.Vchéus lui gagnèrent la conliam c entière de ce prince inforluné. Il se mit entre les mains de ces deux scélérats , qui , dès (|u’il fut hors du château , se saisirent de sa |icrsoniie, et le livrèrent à Antiochus. Il lui fit aussitôt trancher la tète , et termina par là cette guerre d’Asie; car, dès que ceux qui tenaient encore bon dans le château apprirent la mort d’Achéus , ils se rendirent, et peu de temps après toutes les autres places des provinces d’A.sie en firent autant.

Il est rare que les rebelles aient une fin heureuse ; et , quoique la perfidie de ces traîtres fasse horreur et excite l’indignation, on ne SC sent point porté à plaindre le sort nial- Inmreux d’Achéus, qui s’eu était rendu digne l>ar son infidélité à l’égard de son prince.

Ce fut a peu près dans ce temps-là ’ qu’éclata le mécontentement des Égyptiens contre Philopator. Polybe dit qu’il causa une guerre civile ; mais ni lui ni aucun autre n’en donnent le détail.

On lilaussi dans Tite-Live que lesRomains*, quelqu((s années après, envoyèrent des députés vers Ptolémée et Cléopâtre , la même sans doute que celle qui est appelée auparavant Arsinoé, pour renouveler avec l’Égypte leur ancienne amitié cl leur ancienne alliance. Ils portèrent pour présent au roi une robe et une tunique de pourpre , avec une chaise d’ivoire *, et à la reine une robe brodée et une écharpe de pourpre. De tels présents nous marquent l’heureuse simplicité qui régnait alors parmi les Romains.

Philopator eut alors’ d’Arsinoè'', sa femme

‘ .Xn.M.3789;av.J. C. 215.

* Polyb. Ilb. 5, pag. 4il.

i An. M. 3TDI. - Av. J. C. 210. - Uv- lib. 27, n. i.

* Elle D'étail accordée à Rome qu'aux premières dignités.

» Ad. M. 37DÔ ; av. J. C. 209.— Justin, lib. 30. cap. 30.

* Ju-ilin l'appelle Eurydice. S’il ne sc trompe point , i’iitc même reine avait trois noms: Arsinoé, Cléopâtre ,

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Rt sa soeur , un fils , qui fut nommé PtoUmte Èpiphane , et qui lui succéda é l’âge de cinq ans.

Philopator ‘ , depuis la célèbre victoire qu’il remporta à Raphia sur Antiochus , s'était livré â toutes sortes de plaisirs et de débauches. Agathoclée sa concubine , Agathocle frère de cette concubine , et leur mère , le gouvernaient entièrement. Le jeu , les excès du vin, les dérèglements les plus infâmes, faisaient toute son occupation. Il passait les nuits en débauches, et les jours en festins pleins de dissolutions. Oubliant absolument qu’il était roi , au lieu de s’appliquer au gouvernement de son royaume , il se piquait de conduire la musique et de jouer lui- même des instruments. Les femmes disposaient de tout : elles seules donnaient les charges* , les commandements, les gouvernements , et personne n’avait moins de crédit dans le royaume que le roi même. Sosibe, vieux ministre rusé , qui avait servi sous trois règnes , conduisait les affaires de l’état , où la longue expérience l’avait rendu fort habile , non pas tout à fait comme il voulait , mais comme les favoris le lui permettaient ; et il était assez scélérat pour suivre aveuglément les volontés les plus injustes d’un prince corrompu et de scs indignes favoris.

Arsinoé, sœur et femme du roi, n'avait aucun pouvoir à la cour^ Les favoris et le ministre n'avaient ni égards ni ménagements pour elle. Elle , de son côté , n’avait pas assez de patience pour souffrir tout salisse plaindre. On s’ennuya de ses plaintes continuelles. Le roi et les personnes qui le gouvernaient ordonnèrent à Sosibe de les en défaire. Il le Qt, et se servit pour cela d’un nommé Philammon , dont un assassinat si cruel et si barbare ne fut pas apparemment l'apprentissage.

Cette dernière action ajoutée à tant d’autres, déplut si fort au peuple, que Sosibe fut obligé, avant la mort du roi, de quitter son emploi.

EQT7dicf. Mftis Cléopatri était un nom roromun aux reines d’Égypte . comme celui de Ptolimte aux rois.

* An. M. 3757 ; av. J. C. 207. - Justin. Ilb- 30, cap. 1 et 2. — Polyb. lu Excerpt. Vales. lib. et 16.

* « Tribunatus, prcfecturas. et ducatus mulierea ordi- « nabaot; nec quisquam in regno auo minus, qnàm ipse a rex. poterai. a (Justik.)

* Liv. Ub. 27, cap. I.

On lui donna pour successeur Tlépolène, jeune homme de qualité , qui s'était signalé i l’armée par des actions de valeur et de prudence. Il eut toutes les voix dans un grand conseil qui se tiul pour ce choix. Sosibe lai mit entre les mains le cachet du roi , qui était h marque de sa charge. Tlépolème , en Gt les fonctions, et gouverna toutes les aflaires du royaume tant que le roi vécut. Mais , quoique ce terme ne fût pas long, il ne Gt que trop voit qu'il n’avait pas les qualités nécessaires pour soutenir dignement un si grand emploi.II n'avail ni l’expérience , ni l’habileté , ni l’application de son prédécesseur. Comme il était chargé du maniement des Gnances , et que toutes les grâces du roi et tous les paicmeuts passaient par ses mains , tout le monde , comme c'est l’ordinaire , s’empressait à lui faire la cour. Il bisail de grandes largesses, mais sans chois et sans discernement , et presque toujours à ceux qui étaient de ses parties de plaisir. Les louanges outrées des flatteurs qui l'environnaient sans cesse lui Grent croire qu’il avait un mérite supérieur à tous les autres. Il prit des airs de hauteur; il donna daiss le faste et les dépenses , et se rendit à ia Qn iusupportabk à tout le monde.

Les guerres d’Orient m’ont fait suspendre le récit de ce qui s’esl passé pendant ce leinpslâ dans la Grèce; je vais maintenant le reprendre.

g II. — L» EtOLIISS DÊCLAaSKT CONTU U* Achéess. Kataili.8 I)B ÜAraVES rEADUE PAi Autos. Les Acuèess ost becoobs a Pbilippe. en

PEBSD I.EOH DfeFESSE. TroOILBS A LACÉdABOSS aioRT FOSESTE DE Cl.tlOMESE EU ECVPTB. OS CEP'' BIT DECT BOIS A LACiDa«0!«E. CetTE BÉPOIUe» SB JOIBT ADI EtOLIBUS.

Les Éloliens , surtout dans le temps dont nous parlons , étaient devenus un peuple fort puissant dans la Grèce'. Leur domaine primitif s’étendait depuis le fleuve Achéloüs jnsqu’au détroit du golfe de Corinthe, et jusqu’au pays das Locres surnommés Ozoles. Mais p»' la suite des temps ils s’étaient emparés de plusieurs villes dans l’ Acarnanie, dans la Thessalic.

• StrEb. Ilb. tO. pag. 450. - Poljb. 331 ct7J6. -P»’ MO. Ub. 10, pag. GôO.

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et dans d’autres contrées voisines. Ils vivaient à peu près sur terre comme les pirates sur mer, c’est-à-dire de brigandages et de rapines. Uniquement attentifs an gain , ils n’en trouvaient point de honteux ni d'illicite; et ils ne connaissaient ni les lois de b paix, ni celles de la guerre. Ils étaient fort endurcis aux fatigues , et intrépides dans les combats. Ils se distinguèrent particulièrement dans b guerre contre les Gaulois , qui firent une irruption dans la Grèce , et ils se montrèrent de lélés défenseurs de la liberté publique contre les Macédoniens. L’accroissement de leur paissance les avait rendus fiers et insolents. Cette fierté parut dans la réponse qu’ils firent aux Romains, lorsqu’ils leur envoyèrent des ambassadeurs pour leur ordonner de laisser l’Acamanie en paix. Ils témoignèrent, si nous en croyons Trogue Pompée, ou Justin son abrévialeur ' , un souverain mépris pour Rome , qui, selon eux, n’ëbitdans son origine qu’une honteuse retraite de brigands et de voleurs , fondée et bâtie par un fratricide, et formée par l’assemblage de femmes enlevées par force à leurs parenb. Ils ajoutaient que les Etoliens s’étaient toujours distingués dans la Grèce autant par leur courage que par leur noblesse ; qu’ils n’avaient redouté ni Philippe, ni Alexandre, son fils; et que , pendant que ce dernier faisait trembler toute la terre , ils avaient osé rejeter ses édits et ses ordonnances : qu'ainsi les Romains prissent garde de provoquer contre eux des armes qui avaient exterminé les Gaulois et méprisé les macédoniens. On peut juger , par ces traits , du caractère des Etoliens, dont il sera beaucoup parlé dans la suite.

Depuis que Cléomène de Sparte avait perdu son royaume*, et qu’ Antigone, par la victoire qu’il remporta à ^lasie , avaient en quelque sorte pacifié la Grèce, les peuples du Péloponnèse , qui étaient las des premières guerres , et qui croyaient que l’ébt présent des affaires durerait toujours, qyaient entièrement négligé les armes et le métier de la guerre. Les Etoliens songèrent à profiler de cette indolence. Ils ne pouvaient souffrir la paix , pendant b-

• Jiulin. lib. !28. c<p. 2.

* Polyb. lib. 4, pag 272-292. — PIul. in Arato, pag. 1049.

quelle ils étaient obligés de vivre à leurs dépens , eux qui ébient accoutumés à ne vivre que de brigandages. Antigone les avait tenus en respect , et les avait empêchés de rien entreprendre contre leurs voisins; mais, après sa mort, ils méprisèrent b jeunesse de Philippe, entrèrent à main armée dans le Péloponnèse, et ravagèrent les terres des Hesséniens. Aratus , irrité de cette insolence et de cette perfidie , et voyant que Timoiène, qui était alors capitaine général des Achéens, cherchait à gagner du temps parce que son année albit expirer, comme il était nommé pour lui succéder l’année suivante, il avança de cinq jours son généralat pour courir au secours des Hesséniens ‘. Ayant donc assemblé les Achéens, dont b vigueur et les forces avaient été affaiblies par le repos et l’inaction , il fut battu près de Caphyes, dans une grande bataille qui s’y donna.

On rejeta la cause de cette défaite sur Aratus, et ce n’était point sans fondement. Il tâcha de prouver que la perte qu’on lui imputait n’était pas arrivée par sa faute. Du reste, s’il avait manqué en quelque chose au devoir d’un bon capitaine, il en demanda pardon, et pria qu’on examinât ses actions avec moins de rigueur que d’indulgence. Cette modestie changea l’esprit de toute l’assemblée , dont b fiireur se tourna contre ses accusateurs, et on ne se servit ensuite que de ses conseils dans tout ce qu'on voulut entreprendre. Mais le souvenir de l’échec qu’il avait reçu ralentit beaucoup son courage. Il se conduisit plutôt en sage citoyen qu’en grand capitaine ; et, quoique les Etoliens lui donnassent souvent de grandes prises sur eux , il n’en profita point , et leur laissa ravager presque impunément tout le pays.

Les Achéens se virent donc obligés de tendre encore les mains à la Macédoine, et d’appeler à leur secours le roi Philippe, dans l’espérance que l’affection qu’il portait à Aratus et la confiance qu’il avait en lui le leur rendraient favorable. En effet, Antigone en mourant avait recommandé sur toutes choses à Philippe de s’attacher à Aratus, et de segonvemer par ses conseils quand il traiterait avec les

< An. M. 3783 ; av. J. C. 221.

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