‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 4)Chapitre 29 sur 61 · SI · texte numérisé non relu

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Achéons. Quelque temps auparavant, il l'avait envoyé dans le Péloponnèse pours yformersous s(*s veux et par ses avis. Aralus lui lit le meilleur accueil qu'il lui fut possible, le traita avec toutes les distinctions que méritait son rang, et s'appliquaà lui inspiri'r tous les principes et les sentiments capables de le mettre cm état de gouverner sagement un aussi grand royaume que celui auquel il était destiné. Aussi ce jeune ])rincc était retourné en Macédoine plein d'afl'ection pour Aratus, et dans les dispositions les plus favorables pour les intérêts de la Grèce.

Mais les courtisans, qui avaient intérêt d'é*l arter un homme d'une probité aussi reconnue que l'était Aratus, pour s'emparer seuls de l'esprit du jcuneqvrincc , le lui rendirent suspect , et lu portèrent à se déclarer ouvertement contre lui. Kientôt après néanmoins , ri'connaissîuit qu’on l'avait trompé , il punit sév èrement les délateurs , unique moyen d'é>carter pour toujours d’auprès des princes la calomnie , que l’impunité et quelquefois la récompense eidiardissent et arment contre 1(îs plus gens de bien. Philippe rendit à Aratus toute sa confiance, et résolut de ne se plus conduire que par ses conseils. On s'en aperçut en plusieurs occasions, mais surtout dans l’alfairc de Lacédémone. Cette ville malheureuse était continuellement agitée de séditions. Dans une de ces émeutes ' on tua un des éphores , et avec lui plusieurs autres citoyens , parce qu'ils tenaient le parti de Philippe. Quanil ce prince fut arrivé de Macédoine, il écouta les députés de Sparte à Tégée , où il les avait mandés. Dans le conseil, plusieurs étaient d’avis qu’il traitât cette ville comme Alevandrc avait traité celle de ’fhèbes. Il rejeta celte proposition avec horreur , et se contenta de faire punir les principaux autours de la sédition. On admira cette modération et celle sagesse dans un jeune roi , qui n’avait que div-sept ans , et l’on ne douta point que ce ne fut l’elTet des Inms conseils d'Aratus. Il n’en lit pas toujours le même usage.

Etant arrivé à Corinthe’, il reçut les ])lainles de plusieurs villes contre les Etoliens, cl d’un

' Polyb. pae. 292-29I.

t « An. il. U78i; av. J. C. — Polyb. lib. I. pag.21»tüjy

commun consentement la guerre leur fut déclarée ; c’est ce qu'on appelle la guerre des allies. Elle commença à peu près dans le temps qu'Annibal songeait è assiéger Sagonte. Ce décret fut envoyé à toutes les villes , et ralibé dans l’assemblée générale des Achéens. Ceux d’Elolic, de leur côté, se préparèrent à la guerre, et mirent à leur télé Scopas , le principal auteur des troubles qu’ils av aient excités cl des violences qu’ils avaient commises. Philippe ramena ses troupes en Slacédoine, et pendant les quartiers d’hiver travailla sérieusement aux préparatifs de la guçrre. Il songea à sc fortifier du secours d(‘s alliés , dont peu répondirent à ses vues, colorant de faux prétextes leur retardement. Il envoya aussi vers le roi Ptolémt-c, pour le prier de ne point aider les Etoliens ni de troupes ni d’argent.

Cléomèiic ' était actuellement en Egypte ; mais, comme une licence alTrcusc régnait dans celte cour, et que le roi ne s’occupait que de plaisirs cl de débauches, il y menait une vie fort triste. Cependant Ptolémé-e, dans le commencement de son règne , ne laissa pas de se servir de Cléoméne ; car , comme il craignait son frère Magas, qui, é cause de sa mère, avait beaucoup de crédit et de pouvoirparrai lesgens de guerre, il approcha de lui Cléoméne, et l’admit dans ses conseils les plus secrets, où il cherchait les moyens de SC défaire de son frère. CltM)mène seul s’y opposa, représentant qu’un roi ne saurait avoir des ministres plus affectionnés à son service, et plus obligés à l’aider à porter le pesant fardeau de la royauté , que scs propres frères. Cet avis prévalut pour lors : mais bientôt Ptolémée revint à ses craintes cl à ses défiances , et il s’imagina ne pouvoir s’en délivrer qu’en ôtant la vie à celui qui en était la cause. Alors il se crut en sûreté se flattant de n’avoir plus d’ennemis à craindre ni au dedans ni au dehors . parte qu’.Aiiligonc et Séleucus n’avaient laissé , en mourant , pour suci:esseurs que Philippe et Anliochus, que leur Age lui fliisail mépriser. Dans cette sécurilé, il se livra tout entier aux plaisirs. Nul soin , nulle applitalioti ii’cn iiilerrompail le cours. Ni ses eourlisans, ni ceux qui avaient des charges dans l’élat, n’oMicnl l'approcher.

• Plut, in Cleoiii. pjig. ftia-Sil.

• Pollb. Iib. 5, |>.ig 3i0 ÔSi.

\ peine daignait-il Ikire la moindre aUenüon à ce qui se passait dans les états voisins de son royaume. C’était cependant sur quoi ses prédécesseurs veillaient plus que sur les alTnircs tn mes de l’intérieur de l’état. Maîtres de la Célésyrie et de Cypre, ils tenaient les roLs de Syrie en respect par mer et par terre. Comme les villes les plus considérables , le» postes et les ports qui sont le long de la cAte, depuis la Pamphylic jusqu'à l'Uellespont, et les lieux voisins de Lysimachie, leur étaient soumis, de là ils observaient les puissances de l'Asie, et les Iles mêmes. Dans la Thracc et la Macédoine , comment aurait-on o.sé remuer pendant qu’ils commandaient dans Ènc , dans Maroiiée , et dans des villes encore plus éloignées? Avec une domination si étendue , et tant de places fortes qui leur tenaient lieu de barrières, leur propre royaume était en sûreté. C’était donc avec grande raison qu'ils tenaient toujours les yeux ouverts sur ce qui se passait au dehors. Ptolémée , au contraire, dédaignait de se donner cette peine. La débauche et le vin faisaient toutes scs délices comme toutes scs occupations.

Dans cette disposition, on juge aisément quel cas il faisait de Cléoméne. Quand celui-ci eut nouvelle qu’Antigone était mort, que les Achéens étaient engagés dans une grande guerre contre les Etoliens , que les Lacédémoniens s'étalent unis avec les derniers contre les peuples d’Achale et de Macédoine , et que tout semblait le rappeler dans sa patrie , alurs il demanda avec empressement de sortir d’Alexandrie. Il supplia le roi de lui donner des troupes et des munitions suflisantes pour s’en retourner. Ne pouvant obtenir cette grâce, il pria qu’on le laissât du moins partir avec sa famille, et qu'on lui permit de profiter de l’occasion favorable qui se présentait de rentrer dans son royaume. Ptolémée était trop occupé de ses plaisirs pour daigner prêter l’oreille à celte prière de Cléomène.

Sosibe , qui pour lors avait dans le royaume une grande autorité, assembla ses amis; et, dans ce conseil, il fut résolu de ne donner à Cléoméne ni flotte ni provisions. Ils croyaient cette dépense inutile, parce que depuis la mort d’Antigone les affaires du dehors du royaume no leur paraissaient d’aucune importance. J

D’ailleurs ce conseil craignait qu’Antigone n’étant plus, et n’y ayant plus personne pour résister à Clcomène, ce jirince, après s’ftre soumis en peu de temps la Grèce, ne devint pour l’Egypte un ennemi fâcheux et redoutable; d’autant plus qu’il avait étudié 6 fond l’état du royaume , qu'il en connaissait le fort et le faible, qu'il avait un souverain mé|)ris pour le roi, et qu’il voyait quantité de parties du royaume , séparées et fort éloignées , sur lesquelles on pouvait trouver mille occasions de tomber. Ce furent là les raisons sur lesquelles on ne jugea pas à propos d’accorder à Cléomène la flotte et les secours qu’il demandait. D’un autre côté, laisser partir, après un refus méprisant , un prince hardi et entreprenant comme celui-ci, c’était s’en faire un ennemi qui tét ou tard se ri-ssouviendrait de cette insulte. Sosibe ne crut pas même qu’il y eût sûreté de le laisser libre dans Alexandrie. Un mot échappé imprudemment à Cléomène lui revint alors dans l’esprit. Dans un conseil où l’on délibérait au sujet de .Magas, le ministre avait témoigné craindre que ce prince n’excitât du tumulte par le moyen des soldats étrangers : Je vous réponds d'eux, dit Cléoméne, en parlant de ceux du Péloponnèse , et vous pouvez compter qu'au premier signal que je leur donnerai , ils prendront les armes pour vous. Sosibe n’hésita plus. Surune accusation inventée à plaisir, et qu’il appuya d’une fausse lettre que lui-même avait supposée à ce malhenreux prince , il détermina le roi à le faire arrêter, et à l’enfermer dans une maison sûre , où il lui fournirait toujours le même entretien , et où il lui laisserait la liberté de voir ses amis , mais non celle do sortir.

Ce traitement jeta Cléomène dans un chagrin mortel et dans une noire mélancolie. Comme il ne voyait aucune Hn ni aucune issue à scs maux , il prit avec scs amis , qui le venaient visiter, une résolution que le seul désespoir povivait lui suggérer ; c’était de repousser par les armes l’injustice de Ptolémée, de soulever contre lui le peuple, de mourir d’une manière digne de Sparte , et de ne pas attendre, comme des victimes engraissées , qu'on vint les immoler.

Ses amis ayant trouvé le moyen de le tirer

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«le sa prison , ils conront tous ensemble les armes à la main dans toutes les rues . exhortant et appelant le peuple à la liberté ; mais personne ne s'émeut. Ils tuent le gouverneur de la ville, qui venait à leur rencontre, et quelques autres seigneurs. Ils prennent le chemin de la citadelle pour en enfoncer les portes , et délivrer les prisonniers ; mais ils trouvèrent ces portes bien fermées et bien barricadées. Cléomène, déchu de son espérance, allait errant çà et là par toute la ville , sans que personne se présentât pour le suivre, ni pour le combattre, mais ils prenaient tous la fuite, saisis de frayeur. Alors , voyant que leur entreprise ne pouvait réussir, ils la terminèrent par une fin tragique et sanglante, en s'entre-égorgeant tous les uns les autres pour se dérober à la honte du supplice. Ainsi finit Cléomène , après avoir régné seize ans à Sparte. Le roi fit mettre son corps en croix,cl condamna à la mort sa mère, ses enfants, et toutes les femmes qui l'accompagnaient. Quand on eut mené cette malheureuse princesse au lieu du supplice, elle ne demanda d’autre grâce, sinon qu'on la fit mourir avant scs enfants. .Mais ce fut par eux qu’on commença , tourment plus cruel pour une mère que la mort même : après quoi elle présenta la gorge à l’exécuteur , sans avoir prononcé d’autres paroles que celles-ci : Ah mes enfants, où êtes-vous venus?

Le dessein que formèrent Agis et Cléomène de réformer Sparte , et d’y rétablir l’ancienne discipline , était certainement très-louable en lui-même , et ils avaient raison l’un et l’autre de croire que , dans un état entièrement infecté et corrompu comme était alors celui de Sparte, vouloir corriger les abus en détail , et retrancher peu à peu les désordres , c’était couper les têtes de l'hydre , et qu'il fallait aller tout d’un coup à la racine du mal. Mais je ne sais si la maxime de Platon ' n’aurait pas lieu ici, qui est de n’entreprendre dans une république libre que ce que l’on peut faire accepter aux citoyens par la voie de la persuasion , sans jamais employer celle de la vio-

• « Jubet PI«lo , qutm CRa aacloroin vcliemanicr se- « qnor . uniiim conlcnilerc In rrpubl.cl, quaniiini pro- « bare civibus lui) pouit : vim neqiic lurcnll neqiic « palriB afferre oporlcrc.» (Cic. jid Famil. 11b. i .

I pUI. S). )

lence. N’est-il pas quelquefois des maladies désespérées à un point , que les remèdes ne peuvent qu’avancer la mort? N’y a-t-il pas aussi quelquefois des désordres qui ont tellement pris le dessus dans un état , que de tenter alors une réforme c’est une entreprise qui n’aboutit qu’à faire sentir la faiblesse des magistrats et des lois ‘? Mais ce qui ne peut s’excuser dans Cléomène, c’est d’avoir, contre toute raison et toute justice , égorgé les éphores pour faire réussir son entreprise: conduite absolument tyrannique, et indigne d’un Spartiate , et encore plus d’un roi , et qui semblv autoriser les tyrans qui depuis firent tant souffrir Lacédémone. Aussi a t- il été traité luimême, par certains historiens, de tyran *. et c’est à lui qu’ils ont commencé la succession des tyrans de Sparte.

Depuis trois ans que Cléomène avait quitté Sparte ’ , on n’avait point songé à y nommer des rois , parce qu’on espérait toujours qu’il pouirnit revenir , et qu’on conservait pour lui une grande estime et un grand respect. Dès qu'on eut appris sa mort , on procéda à l’électioii des rois. On nomma d’abord Agésipolis, encore enfant, qui était de l’une des deux familles royales , et on lui donna pour tuteur Cléoméne. son oncle. Ensuite on choisit Lycurgue, dont aucun des ancêtres n’avait régné, mais qui avait gagné les éphores en leur donnant à chacun un talent*. C’était mettre la royauté à un bien vil prix. Ils eurent bienWt lieu de se npentir de ce choix , qui était contre toutes les lois, et qui jusque-là n’avait point eu d’exemple. Le parti des factieux , ouvertement opposé à Philippe , et qui exerçait dans la ville les dernières violences, avait présidé à ce choix. Aussitôt après ils firent déclarer Sparte en faveur des Etoliens.

' « Dccebol omiucre poUlis prævoUda et arfulu Tilb . tf quâm boc adsegui . ul i>elam Bcret quibus flagllils Im- « parcs essemas. a (Tac. Jnna/. lib. 3. cap.53.)

* a Post morlem Clcomenis . qal primus lyranoiis U- « cfüvmoiic Tuil. B (Liv. llb. 3i , n. 20.)

a Polyb. lib. 4. pag. 304

• Mille écus.= b 7ô0 Fr. E. B.

8 III. — DlTEKftBS BlBÉDITtOXS T>E PHILIPPE CO!«TRB LES ENNEMIS DBS .4CUÉEN». EtHANGB ABU# Qü’A- PELLB, BON MINI9TBK, FAIT DE SA CONFIANCE. IH- MUPTION UB PnilJPPB DANS L>:tOLIB Î ThERME PRIS D’BMBLÈE; excès Qt’v commirent les SOLDATS DE Philippe ; prudente retraite de ce prince. Trocsles dans le camp; punition de ceux qui en Paient les auteurs. Irruption de Philippe dans LA Laconie. >'outei.le intrigue des conjurés ; leur punition. On parle de paix entre Philippe

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