‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 4)Chapitre 52 sur 61 · EST TI É DAT.S LE COMBAT AVEC UVB PAKTIE DE SOS · texte numérisé non relu

EST TI É DAT.S LE COMBAT AVEC UVB PAKTIE DE SOS

AR.MÉE. MÊTELLIIS, QLT LDI SDCCfeOE. BÈPARB CETTE

PEBTE. L’i.'SI'BPATEEE ESTTAISCU, PBIS ET BNTOVÉ

A Roue. Us secosd et us tdoisiEjib usdbpatedb

SONT PAEEILLEHEST TAISCUS.

Quinze ou seize ans après la défaite et la mort (le Perséc ‘ , un certain Andriscus d’ Adramytle, ville de la Troadc dans l’Asie Mineure, homme de la plus basse naissance , se donnant pour un fils de Porsée , prit le nom de Philippe, et entra en Macédoine dans l’espérance de s’ J- faire reconnnilrc pour roi par les habitants du pays. Il avait composé sur sa naissance une fable qu’il débitait partout où il passait, prélendanl qu’il était né d’une concubine de Persco, et que ce prince l’avait fait élever secrètement à Adramytte, afin qu’en cas de malheur dans la guerre qu’il faisait contre les Romains , il restât quelque rejeton de la race royale ; qu’aprés la mort de Persée , il avait été nourri et élevé à Adramytte jusqu’à l’âge de douze ans ; et que celui qui passait pour son père, se voyant près de mourir, avait révélé le secret à sa femme , lui avait confié un é< ril signé de la main de Persée , qui attestait tout ce qui vient d’élre dit. el qu’elle devait remettre entre les mains de lui Philippe lorsqu’il serait en âge do se sentir. Il ajoutait que, son mari l’ayant conjurée de tenir la chose absolument cachée jusque-là , elle avait été très-fidèle à garder le secret, et lui avait remis cet écrit important dans le temps marqué, en le pressant de sortir du pays avant que ce bruit fût parvenu aux oreilles d’Euméne, ennemi déclaré de Persée, de peur qu’il ne le fit mourir. Il avait espéré qu’on le croirait sur sa parole, et qu’il se ferait dans la âlacédoine un grand mouvement en sa faveur. Quand il vit que tout y demeurait tranquille, il se retira en Syrie, chez Démétrius Soter , dont la sceur avait épousé Persée. Ce prince , qui connut tout d’un coup la fourbe, le fit arrêter et l’envoya à Rome.

Comme il ne produisait aucune preuve de

I An. M. 3S.'>2: ar. J. C. 1S2. - Kpllum. LIvli . Iib.48sn. — Zonar. n Diona. Patcccut. lit). 1, cap. 11. — Floru5, bb. % cap. 14.

t> «fîN»

sa prétendue noblesse, et qu’il n avait rien dans l’extérieur ni dans les manières qui ressentit le prince, on n’en fit pas grand cas à Rome, et il y fut traité avec beaucoup de mépris , sans qu’on se mît en peine de le garder exactement et de le tenir resserré de fort près. Il profita de la négligence de scs gardes et s’échappa de Rome'. Ayant trouvé le moyen de lever une assez grosse armée chez les Thraecs, qui entrèrent dans ses vues, pour se délivrer ensuite par son moyen du joug des Romains, il se rendit maître de la Macédoine, soit de gré, soit de force , et prit les marques de la dignité royale. Non content de cette première conquête, qui lui avait peu coûté, il attaqua la- 'Thessalic et en soumit une partie à ses lois.

La chose pour lors commença à paraître plus sérieuse aux Romains. Us nommèrent Scipion N’asica pour aller apaiser ce tumulte dans sa naissance, le jugeant très-propre pour cette commission. En effet, il avait l’art de manier les esprits, et de les amener à son point par la persuasion ; et si l’on se trouvait obligé de décider cette affaire par les armes, il était très-capable de former un projet avec sagesse et de l’exécuter avec courage. Dès qu’il fut arrivé en Gréi e, et qu’il cul été exactement instruit de l’état des affaires dans la Macédoine et dans la Thessalie, il en donna avis au sénat , et sans perdre de temps , il parcourut les villes des alliés afin de lever promptement des troupes pour la défense de la Thessalie. Les Achéens, qui étaient encore pour lors les plus puissants de la Grèce, furent ceux qui lui en fournirent le plus grand nombre, oubliant leurs mécontentements passés. Il enleva bientôt au faux Philippe toutes les villes qu’il avait prises dans la Thessalie, en chassa ses garnisons, el le repoussa lui-méme dans la Macédoine.

Cependant à Rome on vit bien * sur les lettres de Scipion, que la Macédoine avait besoin d’un prompt secours. Le préteur P. Juvenlius Thaina eut ordre d’y passer au plus tôt avec une armée. Il s’y rendit sans perdre de temps. Mais ne regardant Andriscus que comme un roi de théâtre, il ne crut pas devoir prendre de grandes précautions contre lui , et

I An. M.3851;av. J. C. 160.

« An. M. 3855;«v. J. C. 140.

■I s’engagea témérairement dans un eonihnl, où il perdit la vie avec une parlic de sot) armée : le reste ne se sauva qu'à la faveur île la nuit. I,e vainqueur, enorgueilli par rel licureus sucrés, et rroyanl son autorité suffisamment établie, s'abandonna à tous ses mauvais pencliants sans mesure et sans retenue, comme si c'était être vérilablcinent roi de ne a'connaitre d'autre loi ni d'autre règle que sa passion. Il était avare, lier, cruel. On ne voyait partout que violences, que conflseations de biens, que meurtres. Profitant de la terreur que la défaite des Romains avait jetée dans les esprits, il recouvra bientét tout ce qu'il avait perdu en Thessalie. Une ambassade que les Carthaginois, qui étaient actuellement attaqués par les Romains, lui envoyèrent, avec promes.se d'un prompt secours, lui enfla extrêmement le courage.

Q. Cécilius Metellus ‘, nommé récemment préteur, avait pris la place de Juventius. Andriscus avait résolu d'aller à sa rencontre; mais il ne crut pas devoir s'éloigner beaucoup de la mer, et il s'arrêta à Pydna, où il fortifia son camp. I.e préteur romain l'y suivit bientôt. I.es deux armées étaient en présiuicc. Il SC donnait tous les jours des escarmouches. Andriscus remporta un avantage assez cuiusidérahlc dans un , dit combat de cavalerie. Le succès aveugle ordinairement ceux qui ont peu d'expérience, et leur devient funeste. Andriscus se croyant supérieur aux Humains , lit un gros détachement pour défendre ses con- ' quêtes en Thessalie. Ce fut une faute grossière; et Métellus, qui était attentif à tout, ne manqua pas d'en profiter. L'année restée en Haràdoinc fut battue, et Andriscus obligé de prendre la fuite. Il s'était retiré chez les Thraces, d'où il revint bientôt avec une nouvelle armée. Il cul la témérité de liasarder une seconde bataille, qui fut encore moins heureuse pour lui que la première, il y eut dans ces deux combats plus de vingt-cinq mille hommes de tués. Il ne manquait à la gloire du Romain que de se saisir d'Andriscus, qui s'était réfugié chez un petit roi de Thrace, à la bonne foi duquel il s’était abandonné. Mais les Thraces ne se piquaient pas trop de bonne foi, et

1 An.Jti.3Sü6;ar. J.C.iVS.

la faisaient céder à leurs intérêts. Celui-ci remit son hôte cl son suppliant entre les mains de Métellus, pour ne point s’attirer la colère et les armes des Romains ; il fut envoyé à Rome.

l'n autre aventurier, qui se disait aussi fils de Perséc, et qui se faisait nommer Altxandrr, eut le même sort que le premier, si ce n'est que Métellus ne pot l’arrêter : il s’était retiré dans la Uardanie, où il se tint caché.

Ce fut pour lors que la Macédoine fut entièrement soumise aux Romains, et réduite en province.

Un troisième usurpateur, quelques années après, p.vrut encore sur les rangs, et se donna pour fils de Perséc, sous le nom de Philippe. Sa prétendue royauté fut de peu de durée. Il fut vaincu et tué en .Macédoine par Trémilius, .surnommé Serofa ‘ yiarce qu’il avait dit qu’il dissiperait les ennemis, ut serofa porcos.

8 IV. ^ ThOCRI-FH DANS l’ACUAÏB : ELI. B DECLARE LA r.lKRItE AI'X I.ACLnf.»ONIKX$. M^:TeM.l’S r.NVOIB DES DÉEl'THS A (lORINIIIK MOt'R APAISER LES TROU- BLES : ILS SONT BALIRAITÈS. ThBBBS ET CUAI.CIS SB JOIONCNT AUX ACUÉENS. MÉTELLUS, APRÈS LES AVOIR EXHORTÉS INUTILKMRXT A LA PAIX. LEUR LI- VRE L'N COMBAT , BT LES ufeP.UT. I.K CONSUL MuM> MIUSLLT SUCCÈDE, ET.APRfeS LE GAIN D'uNE BATAILLE. PREND (lOHJNTHE. V MUrr LE FEU, CT LA UÊTRITT f>K POND EN COHIM.tl l.AGnfcCK CST RÉDUITE EN PRO- VINCE ROMAINE. Diverses actions et mort de I'o- LVBE. Triomphes de Métellus et deMummics.

Métellus, après avoir pacifié la Macédoine , y demeura encore quelque temps*. Il s’était élevé da. J la ligue des Achéens de violents troubles, excités par la témérité et l’avarice de ceux qui y occupaient les premières places. Ce n'étaieiil plus la raison , la prudence , l'équité, qui formaient les résolutions des nssemhlècs, mais l’intérêt et la passion des magistrats, et le caprice aveugle d’une multitude intraitable. La ligue achéenne et Sparte avaient envoyé des ambassadeurs à Rome sur une affaire qui les partageait. Damocrilc cepeu^

‘ Varro. de Rc Rmlie. lib. Il, rap. i.

• An. XI. 38.‘,7 :av. J.C. H7. - l'ausan. io Aclialc. pas. tîM».- Polyb. Leg. 113. IH.- Id. ioF.ierrpl. do Viri. rtVtt. pag. 181-188. - Justin. Ub. ît, cap. 1. — t'iofus. lib. Z. rap. 10.

dant (c'était le premier magistrat des Achéens) avait fait déclarer la guerre à Sparte. Métellus le fit prier de surseoir les hostilités, et d’at^ tendre l’arrivée des commissaires que Home avait nommés pour terminer leurs querelles. Il n'en fit rien , non plus que Dixus , qui lui avait succédé. L’un et l’autre entrèrent à main armée dans la Laconie, et la ravagèrent.

Les commissaires étant arrivés, l’assemblée fut convoquée i Corinthe. ( Aur^ius Orestes était à la télé de la commission.) Le sénat leur .avait donné ordre d’affaiblir le corps de la ligue, et pour cela d’en séparer le plus de villes qu’iU pourraient. Orestes notifia è l’assemblée le décreli du sénat , qui tirait de la ligue Sparte, Corinthe, Argos, Béraclée, près du mont OEla, et Orchomène d’Arcadie, sous prétexte que ces villes n’avalent point lait d’abord partie du corps des Achéens. Quand les députés, sortis de l’assemblée , eurent rendu compte de ce décret à la multitude, elle entra en fureur, se jeta sur tous les Lacédémoniens qui se rencontrèrent à Corinthe, et les massacra, arracha delà maison des commissaires ceux qui s’y étaient réfugiés , et les aurait eux-mémes maltraités s’ils ne s’étaient dérobés à sa violence par la fuite.

Orestes et ses collègues, de retour à Rome, exposèrent ce qui leur était arrivé. Le sénat en fut très-indigné , et députa sur-le-champ Julius dans l’Achaïe, avec quelques autres commissaires ; mais il les chargea de se plaindre modérément , et d’exhorter simplement les Achéens de ne pas prêter l’oreille i de mauvais conseils, de peur que , par imprudence , ils n’encourussent la disgrftce des Romains , malheur qu’ils pouvaient éviter en punissant eux-mémes ceux qui les y avaient exposés. Carthage n’était pas encore prise, et l'on avait intérêt de ménager des alliés aussi puissants que les Achéens. Les commissaires trouvèrent en chemin on député que les séditieux envoyaient i Rome : ils le ramenèrent avec eux à Êgium , où la diète de la nation avait été convoquée. Ils y parlèrent avec beaucoup de modération et de douceur. Dans leur discours ils n’insérèrent pas un mot du mauvais traitement fait aux commissaires, ou ils l’excusèrent mieux que les Achéens eux - mêmes n’auraient fait, lis ne firent point mention non

plus des villes qu’on voulait soustraire à la ligue. Ils se bornèrent à exhorter le conseil à ne pas aggraver leur première faute, à ne pas irriter davantage les Romains, et è laisser Lacédémone en paix. Des remontrances si modérées furent extrêmement agréables à tout ce qu’il y avait de gens sensés. Mais Diæus , CritolaOs, et ceux de leur faction, tous choisis dans chaque ville entre ce qu’il y avait de gens les plus scélérats , les plus impies, et les plus pernicieux, soufllaient dans les esprits le feu de la discorde , faisant entendre que la douceur des Romains ne venait que du mauvais état de leurs affaires en Afrique, où Us avaient eu du dessous en plusieurs rencontres, et du la crainte qu’Us avaient que la ligue achéenne ne se déclaiÂt contre eux.

Cependant on prit avec les commissaires des manières assez polies. On leur dit qu’on enverrait Théaridas à Rome; qu’ils n’avaient qu'à se rendre i Tégée ' , qu’à traiter là avec les Lacédémoniens , et les disposer à la paix. Ils s’y rendirent en effet , et amenèrent ceux de Lacédémone à s’accommoder avec les Achéens et à suspendre toute hostilité , jusqu’à ce que de nouveaux commissaires vinssent de Rome pour pacifier tous leurs différends. Mais la cabale de CritolaOs fit en sorte que personne , excepté ce magistrat , ne se rendit au congrès. Pour loi , il y arriva lorsqu’on ne l’attendait presque plus. On conféra avec les Lacédémoniens ; mais CritolaOs ne voulut se relâcher sur rien. Il dit qu’il ne lui était pas permis de rien décider sans l’aveu de la nation , et qu'il rapporterait l’affaire dans la diète générale , qui ne pourrait être convoquée que dans six mois. Cette mauvaise ruse , on plutôt cette mauvaise foi , choqua vivement Julius. Après avoir congédié les Lacédémoniens , il partit pour Rome , où il dépeignit CritolaOs comme un homme extravagant et furieux.

Les commissaires ne furent pas plutôt sortis du Péloponnèse , que CritolaOs courut de ville en ville pendant tout l’hiver, et convoqua des assemblées sous prétexte de faire connaître ce qui avait été dit aux Lacédémoniens dans les conférences tenues à Tégée, mais,

< Ville située sur les tienb de l'Earolas.

dans le fond , pour invectiver contre les Koinains, et pour donner un tour odieux à tout ce qu’ils disaient , afin d’inspirer contre eux la haine et l’aversion dont il était animé Iniméme , et il n’y réussit que trop. Il défendit de plus aux juges de poursuivre aucun Achéen, et de l’emprisonner pour dettes , jusqu’à ta conclusion de l’affaire commencée entre la diète et Lacédémone. Par là il persuada tout ce qu’il voulut , et disposa la multitude à recevoir tous les ordres qu’il voudrait lui donner. Incapable de faire des réflexions sur l’avenir , elle se laissa prendre aux amorces du premier avantage qu’eHe lui proposa.

Mételtus , ayant appris en Macédoine les troubles dont le Péloponnèse était agité, y députa quatre Romains d’une naissance distinguée , qui arriv èrent à Corinthe dans le temps que le conseil y était assemblé. Ils y parlèrent avec beaucoup de modération , exhortant les Achéens à ne pas s’attirer par une légèreté imprudente et téméraire la colère des Romains. Ils furent moqués , et chasr sés ignominieusement de l’assemblée. Il s’assembla une troupe innombrable d'ouvriers et d’artisans autour d’eux pour lesinsnlter. Tontes les villes d’Achale étaient alors comme en délire : mais Corinthe l’emportait sur toutes les autres , et était livrée à une espèce de fureur. On leur avait persuadé que Rome voulait les asservir toutes, et détruire absolument la ligue arhéenne.

Critolaos, voyant avec complaisance que tout réussissait à son gré , harangue la multitude, l’irrite contre ceux des magistrats qui n’entraient pas dans ses vues , s’emporte contre les ambassadeurs mêmes , soulève les esprits contre Rome, et fait entendre que ce n’est point sans avoir pris de bonnes mesures qu’il avait entrepris de faire tête aux Romains; qu’il avait des rois dans son parti , et que des républiques aussi étaient prêtes à s’y joindre. Par ces discours séditieux , il vint à bout de faire déclarer la guerre aux Lacédémoniens , et par contre-coup aux Romains. Alors les ambassadeurs se séparèrent. Un d’eux se rendit à Lacédémone pour observer de là les démarches de l’ennemi ; un autre partit pour Naupacte ; et deux restèrent à Athènes , jusqu’à ce que Métellus y fût arrivé.

Le magistrat des Béotiens ( il s’appelait Pylheas ) , aussi téméraire et aussi violent que Critolaos , entra dans ses vues , et engagea les Béotiens à joindre leurs armes à celles des Achéens ; ils étaient mécontents d’un jugement que Rome avait rendu contre eux. La ville de Chalcis se laissa aussi entraîner dans leur parti. Les Achéens , avec de si faibles secours , se crurent en état de soutenir tout le poids de la puissance romaine , tant leur fureur les aveuglait!

Les Romains avaient choisi pour l’un des consuls Mummius , et l’avaient chargé de la guerre d’Achale'. Métellus, pour lui enlever la gloire d’avoir terminé cette guerre , envoya de nouveaux ambassadeurs aux Achéens , et leur fit promettre que le peuple romain oublierait tout le passé, et leur pardonnerait leurs fautes, s’ils rentraient dans leui devoir, et s’ils consentaient que certaines villes . qu’on avait designées auparavant , fussent démembrées de la ligue. Cette proposition fut rejetée avec hauteur. Alors Métellus fit avancer scs troupes contre les rebelles. Il les atteignit près de ^arphée , ville de la Locride , et remporta sur eux une victoire considérable, où il fit plus de mille prisonniers. CritolaOs disparut dans la bataille , sans qu’on ait su depuis ce qu’il était devenu. On croit qu'en fuyant il tomba dans des marais , où il fut noyé. Diæus prit le commandement à sa place , accorda la liberté aux esclaves, et arma tout ce qui se trouva d’hommes , cher les Achéens et les Arcadiens, capables de porter les armes. Ce corps de troupes montait à quatone mille fantassins, et sixeents chevaux. Il ordonna encore à chaque ville d'autres levées. Les villes épuisées étaient dans la dernière désolation. Plusieurs particuliers réduits au désespoir se donnaient la mort; d’autres abandonnaient une pairie malheureuse, où ils voyaient pour eux une perte assurée. Malgré l’extrémité de ces maux , ils ne songeaient point à prendre l’unique parti qui pouvait les en délivrer. Ils détestaient la témérité de leurs chefs, et cependant la suivaient.

Métellus, après le combat dont il a été parlé, rencontra mille Arcadiens dans la Béo-

< An.M.38ô8:av.J.C.»6.

4*^ 7iîO

(ie près de Chéronéc , qui cherchaient è retourner dans leur pays ; ils furent tous passés au fil de l’épée. De là , il marcha avec son armée victorieuse vers Thébes, qu'il trouva presque enliérement déserte. Touché du triste état de cette ville, il défendit qu'on touchât au% temples ou aux maisons , et qu'on tuât ou qu'on fit prisonniers aucuns des habitants qu'on trouverait dans la ville ou dans la campagne. 11 excepta de ce nombre Pytliéas, l'auteur de tous leurs maux , qui lui fut amené, et mis à mort. De Thébes, après avoir pris Mégare , dont la garnison s'était retirée à son approche, il fit marcher scs troupes vers Corinthe , où Diseus s'était enfermé. Il y envoya trois des principaux de la ligue qui s'étaient réfugiés vers lui , pour exhorter les Arhéensà revenir à eux, et à accepter les conditions de paix qu'on leur offrait. Métellus souhaitait passionnément de terminer l'affaire avant l'arrivée de Mummius. I.es habitants , de leur côté , désiraient avec ardeur de voir finir leurs maux : mais ils n'étaient pas les maîtres , et la faction de Diæus disposait de tout. Les dépulés furent jetés en prison , et auraient été mis k mort , si Diæus n'eût vu la multitude extrêmement irritée du supplice qu'il avait fait souffrir à Sosicrate, qui parlait de se rendre aux Romains. Ainsi les prisonniers furent renvoyés.

Les choses étaient en cet état lorsque Mummins arriva. Il avait hâté sa marche, dans la crainte de trouver tout pacifié à son arrivée. Vît qu'un antre que lui n'eût la gloire d'avoir terminé celle guerre. Métellus lui laissa le commandement, et retourna en Macédoine.

<juand Mummius eut rassemblé toutes ses troupes, il s'approcha de la ville, et dressa son camp. Un corps-de-gardc avancé se tenant négligemment dans son poste, les assiégés (1rt'iit une sortie , l'attaquèrent vivement , en tuèrent plusieurs, et poursuivirent le reste jus- ;que près du camp. Ce petit avantage enfla le courage des Achéens, et par li leur devint funeste. Diæus offrit la bataille au consul. Celui-ci, pour augmentcT sa témérité, retient Vies troupes dans le camp, comme si la crainte l’arrêtait. La joie et l’audace des Achéens s’accrurent à un point qui ne peut s’exprimer. Ils s’avancent fièrement avec toutes leurs trou- ;

pes, ayant placé leurs femmes et leurs enfants sur des hauteurs voisines pour être témoins du combat, et se faisant suivre d’un grand nombre de chariots destinés à porterie butin qu'on ferait sur les ennemis, tant ils comptaient sur une victoire assurée! i

Jamais confiance ne fut plus téméraire ni plus mal fondée. Les factieux avaient écarté du service et des conseils tout ce qu’il y avait de gens capables de commander lus troupes eide conduire les affaires, et leur en avaient substitué d’autres sans talents et sans habileté, afin d’ètre plus maîtres du gouvememeiil, et de dominer sans résistance. Les chefs , sans connaissance de l'art militaire, sans courage , sans expérience, n’avaient pour tout mérite qu'une fureur aveugle et frénétique. C’était déjà la dernière des folies de hasarder sans nécessité une bataille qui devait décider de leur sort , au lieu de songer à se défendre longtemps et bravement dans une place aussi forte qu’était Corinthe, et à obtenir de bonnes conditions par une vigoureuse résistance. Le combat se donna prés de Leucopétra ' et du défilé de l’isthme. Le consul avait placé une partie de sa cavalerie dans une embuscade , d’où elle sortit à propos pour attaquer en flanc celle des Achéens, qui, surprise par une attaque imprévue, plia dans le moment. L’infanterie fit un peu plus de résistance : mais comme elle n’était plus ni couverte ni soutenue par la cavalerie , elle fut bientôt rompue, et mise en fuite. Si Diæus s’était retiré dans la place , il aurait pu y tenir encore du temps, et obtenir une capitulation honorable de Mummius , qui ne cherchait qu’à terminer celle guerre. Mais, livré au désespoir, il courut à toute bride vers Hégalopolis sa patrie, et, étant entré dans sa maison, il y mit le feu, tua sa femme pour l’cmpècher de tomber entre les mains des ennemis, avala du poison, et mit ainsi lui-roémc à sa vie une fin digne de tous les crimes qu'il avait commis.

Apres la déroule, les habitanis perdirent l'espérance de se défendre. Comme ils se trouvaient sans conseil, sans chefs, sans courage , sans dessein, personne ne songea à rallier les débris de la défaite pour faire encore quelque

< Ce lieu est Inconnu.

-■qli-

résistance, et pour obliger le vainqnear à leur accorder quelque condition supporlable. Ainsi Ions ceux des Achécns qui s'élaieiil relirés à Corinthe , et la plupart des citoyens, en sortirent la nuit suivante , et se sauvèrent où ils purent. Le consul étant entré dans la ville, l’abandonna au pillage. On fit main-basse sur tout ce qui était resté d'hommes : les femmes et les enfants furent vendus : après avoir placé à l'écart les statues, les tableaux, et les meubles les plus précieux , pour les envoyer à Rome, on mit le feu h toutes les maisons, et la ville entière ne fut plus qu’un incendie générai qui dura plusieurs jours. On prétend , mais sans fondement , que l’or , I argent et l’airain, fondus ensemble dans cet incendie, formèrent un métal nouveau et précieux. Ensuite on abattit les murailles, et on les détruisit Jusque dans les fondements. Tout cela s’exécutait par ordre du sénat, pour punir l'insolence des Corinthiens, qui avaient violé le droit des gens en roaltrailant les ambassadeurs que Rome leur avait envoyés.

Ainsi périt Corinthe , la même année que Carthage fut prise et détruite par les Romains, neuf cent cinquante-deux ans depuis qu’elle eut été fondée par Alétès , fils d’Hippotes , le sixième des descendants d’Hercule. Il ne parait point , ni qu’on songeât à lever de nouvelles troupes pour la défense du pays, ni qu’on convoquât aucune assemblée pour délibérer sur le parti qu’il fallait prendre, ni que personne se mit en devoir de proposer quelque remède aux maux publics, ni enfin qu’on cherchât à apaiser les Romains par quelques députés qui auraient imploré leur clémence. On aurait dit , â voir cette inaction , que la ligue achéenne entière avait été ensevelie sous les ruines de (ktrinthe, tant l’affreuse destruction de cette ville avait jeté l’alarme dans tous les esprits, et abattu généralement les courages!

On punit aussi les villes qui avaient pris part à la révolte des Achécns, en abattant leurs murailles, et leur ôtant les armes. Les dix commissaires envoyés par le sénat pour régler , conjointement avec le consul, les affaires de la Grèce, abolirent dans toutes les villes le gouvernement populaire, et y établirent des magistrats , qui devaient avoir de leur fonds un ^ certain revenu. Du reste, ils leur laissèrent

leurs luis et leur liberté. On abolit aussi toutes les assemblées communes qui se tenaient chez les .âchéens, les Héotiens, les Phocéens , et autres peuples : mais elles furent rétablies peu de temps après. Depuis ce tcmps-là , la Grèce fut réduite en province romaine, sous ic nom de province d’Achaïe, parce que , lors de la prise de Corinthe , les Achéeus étaient le peuple le plus puissant de la Grèce : le peuple romain y envoyait tous les ans un préteur pour la gouverner.

Rome, en détruisant Corinthe, crut devoir donner cet exemple de sévérité pour jeter la terreur parmi les peuples , que sa trop grande clémence rendait hardis et téméraires par l’espérance qu’ils avaient d’obtenir du peuple romain le pardon de leurs fautes. D’ailleurs la situation .avantageuse de cette ville , où des peuples révoltés auraient pu se cantonner et en faire une place d’armes contre les Romains, les détermina à la ruiner absolument. Cicéron , qui n’improuvait point qu’on eût traité de la sorte Carthage et Numance , aurait souhaité qu’on eût épargné Corinthe.

On vendit le butin pris dans Corinthe et l’on en tira des sommes considérables. Parmi les tableaux il y en avait un de In main du peintre le plus renommé de la Grèce’, qui représentait Bacebus, dont la beauté ne fut point connue des Romains : ils ignoraient alors tout ce qui regarde les beaux-arts. Polybe, qui était pour lors dans le pays, comme je le dirai bientôt , eut la douleur de voir ce tableau servir de table aux soldats pour jouer aux dés. 11 fut adjugé à Attale, dans la vente qu’on fil du butin, pour six cent mille sesterces, c’est-à-dire soixante-quinze mille livres*, Pline parle d’un autre tableau du même peintre , que le même Attale acheta cent talents ,

1 . Mvjorei no»Ui... Carlhagincm clNumaatUni fun- <t diiù sualuleruDl. Nollem Corinlhum. S«1 credo illos « seculos opporluniuicni locî mailmè. ne possel allquan- « dô ad txiUum taclendura locus Ipse adhot Uri. » (Cic. dt Offle. Mb. 1, n. ». )

• gtcab. Ilb. 8 , ptR. 381. - Pli". Hb. T, cap. 38 ; et lib. », cap. 4 et 10.

a Ce pelnue i'appelill AriaUde. Le tableau dont il est parlé Ici était si estimé , qu’on disait communément : roua tea labltauw ne tant rien en comparaison de Baeehsu.

> 123000fraaca. E.B

ou cent mille écus'. Les richesses de ce prince éUienl immenses, et avnient passé en proverbe. Attaliris conditioniàus. Ces sommes néanmoins paraissent hors de vraisemblance. Quoi qu'il en soit , le consul , surpris qu’on eût Tait monter à un si haut prix le labh»u dont il s’agit , usa de son autorité , et le retint contre la foi publique , et malgré les plaintes d’Attale , parce qu’il s’imagina qu’il y avait dans cette pièce quelque vertu cachée qu’il ne connaissait pas. Ce n’était point pour son intérêt particulier qu'il en usait ainsi *, ni dans le dessein de se l’approprier, puisqu’il l’envoya à Rome pour y servir d’ornement i la ville : par où , dit Cicéron , il orna et embellit sa maison bien plus réellement que s'il y avait placé ce tableau. La prise de la ville la plus riche et la plus opulente qui fût dans la Grèce ne l’cnrichil pas d’un denier. Ce noble désintércs.sement était encore pour lors commun à Rome , et paraissait moins la vertu des particuliers que celle du siècle même. Profiler du commandement pour s’enrichir, c’était non-seulement une honte et une infamie , mais une prévarication criminelle. Le tableau dont je parle fut placé dans le temple de Cérés , où les connaisseurs l’allaient voir par curiosité comme un chef-d’œuvre de l’art , et il y demeura jusqu’à ce qu il périt dans l’incendie de ce temple.

Mummius était un grand homme de guerre et un grand homme de bien , mais sans littérature, sans connaissance des arts , sans goût pour lesouvrages de peinture et de sculpture, dont il ne discernait point le mérite, ne croyant pas qu'il y eût quelque différence entre tableau et tableau , statue et statue , ni que le nom des grands maitres de l’art y mit le prix.

Il le fit bien voir dans l’occasion dont il s’agit.

II avait chargé des eidrepreneurs de faire transporter à Rome plusieurs tableaux et plu-

< Ceol ulenu phlléiërkiu, préi de 1 mllHoo. E. B.

V « Numqoid L. Mammius cepiosior . quum coptoitt- O fiinum urbcin fuiidilù^ su>luli»«el7 luiiam ortiare, quàm « dunmm ittam. maiuit Quaoquain Italli ornaU domus « ipsa mihl ^idelor ornalior... laans abtUnenUe, non b<H « mtnUeslfiolàTn,f«dHiamlemporum,.. Habcrequeslui « rempubUcam non modô lurpt* ett, »ed scpteraum etlaoi a el Dcfhrlttm. » (Cic. d« O/fie. lib. % o. 76» 77.)

sieurs statues des plus excelieiils maîtres'. Jamais perte n’aurait été moins réparable que celle d’un pareil dépôt, composé des chebd’œuvre de ces artisans rares qui contribuent presque autant que les grands capitaines à rendre leur siècle respectable è la postérité. Cependant Mummius , en recommandant le:

soin de cet amas précieux à ceux à qui il le confiait, les menaça très-sérieusement, si les[ statues, les tableaux et les choses dont il les chargeait de répondre , venaient à se perdre ou à se gAter en chemin , de les obliger à en fournir d’autres A leurs frais et dépens.

Ne serait-il pas à souhaiter, dit un historien qui nous a conservé ce fait , que cette heureuse ignorance subsistât encore? et une telle grossièreté ne serait-elle pas infiniment préférable, par rapport au bien public, à celle extrême délicatesse où notre siècle a porté le goût pour ces sortes de raretés? Il parlait dans un temps où ce goût pour les pièces rares était aux magistrats une occasion d’exercer dans les provinces toutes sortes de vols et de brigandages.

J’ai dit que Polybe , en revenant dans le Péloponnèse, eut la douleur de voir la destruction et l’incendie de Corinthe, et sa patrie réduite en province de l’empire romain. Si quelque chose fut capable de le consoler dans une conjoncture si funeste*, ce fut l’occasioa qu’il eut de défendre la mémoire de Philopémen , son maître dans la science de la guerre. J’ai déjà marqué qu’un Romain, s’étant mis en tête de faire abattre les statues qu’on avait dressées à ce héros, eut la hardiesse de le poursuivre criminellement comme s’il eût été en vie, et de l’accuser devant Mummius d'avoir été l’ennemi des Romains, et d'avoir toujours traversé leurs desseins autant qu’il avait pu. Cette accusation était outrée ; mais elle avait quelque couleur, et u'était pas tout A lait

* « Mummlat tam rudls ftill, ot. caplâ Corimbo. quiim « maxlmonim artlflcum perfecut manibus tabulas ac O statuas tn luillam portandas locaret , juberel prsdict « cooducentibus. si eas perdidUseat, iM>va eos reddlturoa. a Non tamen puio dubiies. Viokl, quio magis pro repu- « blic-i fuerli, manere adbuc rudeio Corinibionim imei- « lectum.quâm in tanlum eaintelligi; elqulubic pru- (I dentti iiU impnidenüa de<*ori publico fuerit convenieo (f tior.N ( Vbll. Patirccl. lib.l, n. 13.)

* Pofyb. lu Eicerpl. p. 190>j93.

tans fondement. Polybe prit hautement sa défense. Il représenta Philopémen comme le plus grand capitaine que la Grèce eût produit dans ces derniers temps, qui pouvait peut-être avoir quelquefois porté un peu trop loin son cèle pour la liberté de sa patrie, mais qui, en plusieurs occasions, avait rendu des services considérables au peuple romain , comme dans les guerres contre Antkx-hus et contre les Etniiens. Les commissaires, devant qui il plaidait une si belle cause, touchés de ses raisons, et encore plus de sa reconnaissance pour son maître, décidèrent que l'on ne toucherait point aui statues de Philopémen, en quelque ville qu’elles se trouvassent, Polybe, profitant de la bonne volonté de Mumiiiius, lui demanda encore les statues d’Aratus et d’Achéus , et elles lui furent accordées, quoiqu'elles eussent déjà été transportées du Péloponnèse dans l’Acarnanie. Les Achéens furent si charmés du zèle que Polybe avait fait paraître en cette occasion pour l’honneur des grands hommes de son pays, qu'ils lui érigèrent i lui-mème une statue de marbre.

Dans le même temps, il donna une preuve de son désintéressement, qui lui fit autant d’honneur parmi ses citoyens que sa défense de la mémoire de Philopémen. Après la destruction de Corinthe, on songea à punir les auteurs de l’insulte faite aux ambassadeurs romains ; et l’on mit leurs biens à l’encan. Lorsqu’on en vint & ceux de Oiæus, qui y avait le plus de part , les dix commissaires ordonnèrent au questeur, qui les mettait en vente, de laisser prendre à Polybe parmi ces biens tout ce qu’il trouverait à sa bienséance, sans rien exiger de lui , et sans en rien recevoir. Il refusa cette offre , quelque avantageuse qu’elle parèt : et il aurait cru se rendre complice en quelque sorte des crimes de ce scélérat, s’ilavait pris quelque partie de ses biens ; outre qu’il regardait comme honteux de s’enrichir des dépouilles de son concitoyen. Non-seulement il ne voulut rien accepter, il exhorta encore ses amis de ne rien souhaiter de ce qui avait appartenu à Diæus , et tous ceux qui suivirent son exemple furent extrêmement loués.

Cette action Qt concevoir aux commissaires'

1 Polyb. lu Eircrpt p. 190, etc.

une si grande estime pour Polybe , qu’en sortant de la Grèce ils le prièrent de parcourir toutes les villes qui venaient d’être conquises, et d'accommoder leurs différends, jusqu'à ce ce que l'on s’y fût accoutumé au changemcnl qui s’y était fait, et aux nouvelles loisqui leur avaient été données. Polybe s’acquitta d’une commission si honorable avec tant de douceur, de justice et de prudence, que, soit pour le gouvernement général , soit pour les affaires des particuliers , il ne s’élevait plus dans l’Achate aucune contestation. En reconnaissance d'un si grand bienfait, on lui érigea des statues en différents endroits, une , entre autres, dont la base portait cette inscription ; Que la Grèce n'auralt pas fait de fautes, si dés te commencement elle eût été docile aux conseils de Polybe-, mais qu' après ses fautes, U avait été uul son libérateur.

Polybe, après avoir ainsi établi l’ordre et la tranquillité dans sa patrie , retourna joindre Scipion A Home, d’où il le suivit à Numance, au siège de laquelle il fut présent. Lorsque Scipion fut mort ' , il reprit la route de son pays; et ayant joui là pendant six ans de l’estime , de la reconnaissance et de l’amitié de ses chers citoyens, il mourut à l'Age de quatre-vingt-deux ans , d'une blessure qu’il s’était faite en tombant de cheval.

Mételtus, de retour à Rome, fut honoré du triomphe, comme vainqueur de la Macédoine et de l’Achaie, et il prit le surnom de Macèdonicus. Le faux roi Andriscus était traîné devant son char. Entre les autres dépouilles, il lit passer ce qu’on appelait la troupe d'Alexandrele-Grand. Oeprinc&, à la bataille du Granique, avait perdu vingt-cinq de ses amis : il leur nt faire à chacun, par Lysippe , le plus habile ouvrier en ce genre, une statue équestre, et y joignit la sienne. Ces statues avaient été placées à Dium , ville de Macédoine ; Métellus les Al transporter à Rome , et en décora son triomphe.

Mummius obtint aussi l’honneur du triomphe; et en conséquence de la conquête qu’il avait faite de l’Achale, il prit le surnom d’Achatcus. Il At passer dans son triomphe un grand nombre de statues et de tableaux , qui

< Lucian. In Macrob. pag. GU.

Il*

firent , depuis , l’ornemenl des édifices publics de Rome et de plusieurs autres villes d'Italie ; mais aucune n’entra dans la maison du triomplialcur.

9 V. — RÊFLEXIOlfS SCR LES CAOtU DC LA GRANDCVR,

CIS DE LA DiCADCRCE BT DK LA RUMB DE LA GRkCB.

Après avoir vu la ruine totale de la Grèce , qui nous a fourni pendant tant de siècles de si beaux exemples de vertu et des événements si mémorables , il doit nous être permis de retourner sur nos pas pour considérer en abrégé et d'un même coup d'œil la naissance , les progrès , la décadence des principaux étals qui la composent. On peut partager tout le temps de leur durée en quatre âges.

Premier H »eeonU üc la G»èce.

Je ne m’arrêterai point à l'ancienne origine des Grecs, ni aux temps fabuleux qui précèdent la guerre de Troie , et qui Composent le premier ège, et, pour ainsi dire, l'enfance de In Grèce.

Le second Age, qui s'étend depuis la prise de Troie jusqu’au régne de Darius 1” chez les Perses , fut comme son adolescence et sa jeunesse , où elle se forma , se fortifia , se prépara aux grandes choses qu’elle devait faire dans la suite , et jeta les fondements de celte puissance -et de celle gloire qui depuis portèrent si haut sa réputation.

Les Grecs*, comme l’observe M. Bossuet, naturellement pleins d'esprit, avaient été cultivés par des rois et des colonies venues d'Égypte, qui , s’étant établies en divers endroits du pays , répandirent partout cette excellente police des Égyptiens. C’est de là qu’ils apprirent les exercices du corps , la lutte , la course à pied , la course à cheval et sur des chariots , et les autres exercices qu’ils mirent dans leur perfection par les glorieuses couronnes des jeux olympiques: mais ce que les Egyptiens leur avaient appris de meilleur, était à se rendre dociles , et à se laisser former par les lois pour le bien public. Ce n’étaient pas des particuliers

1 llisi. oniverf.

qui ne songent qu’à leurs aCTairqs, et ne se;itent les maux de Télat qu’aulant qu’ils en souffrent eux-mêmes ou que le repos de leur famille en est troublé : les Grecs étaient instruits à se regarder et à regarder leur famille comme partie d’un plus grand corps, qui était le corps de l’état. Inespérés nourrissaient leurs enfants dans cet esprit; et les enfants apprenaient dès le berceau à regarder la patrie comme une mère commune , à qui ils appartenaient plus encore qu’à leurs parents.

Les Grecs, ainsi policés peu à peu , se crurent capables de se gouverner eux-mêmes; et la plupart des villes se formèrent en républiques , sous différenlcs formes de gouvernements , qui toutes avaient pour Ame la liberté, mais une liberté sage , raisonnable , et soumise à la loi. L’avantage de ce gouvernement était que les citoyens s’affectionnaient d’autant plus à leurpays qu’ils se conduisaient en commun, cl qu'ils pouvaient tous parvenir aux honneurs. D’ailleurs l’étal de simples particuliers où rentraient ceux qui sortaient de charge les empêchait d’abuser d’une autorité dont ils pouvaient bienlét être dépouillés , au lieu que souvent elle devient Hère , injuste et violente , quand elle n’est arrêtée par aucun ftein , et qu’elle doit avoir une lotigue ou continuelle durée.

L’amour du travail écartait les vices et les passions , qui causent ordinairement la ruine des états. Ils menaient une vie laborieuse et occupée , faisant cas de la culture des terres et des arts , n’excluant pas des premières dignités de l’état un laboureur ni un artisan , conservant entre tous les citoyens et tous les membres de l’état une grande égalité, sans faste , sans luxe, sans ostentation. Celui qui avait eu une année le commandement de l’armée , ou exercé la souveraine magistrature, combattait l'année suivante dans le rang de simple olBcier, et ne rougissait point des fonctions les plus communes, soit dans l’armée de terre, soit sur la flotte.

Le caractère dominant de toutes les villes de la Grèce était une estime particulière de la pauvreté , d’une fortune médiocre, de la simplicité dans les bâtiments, dans les meubles, dans les vêtements , dans les équipages , dans les domestiques, datis la table. On est étonné

^ 7.iii 4^

de voir les pelilcs rétributions dont ils se contentaient pour leurs peines dans les fonctions publiques et pour les services rendus & l'état.

Que nedevait-on point attendre de peuples formés de la sorte, élevés et nourris dans ces principes, imbus dés la plus tendre enfance de maiimcs si propres à Wever l'âme et à lui inspirer de grands et de nobles sentiments? L'etfet surpassa toute l'idée et toute l'espérance qu'on aurait pu en concevoir.

TroWéim âge de U Grèce.

Ce sont ici les plus beaux jours de la Grèce, qui ont fait et qui feront l'admiration de tous les siècles. Le mérite et la vertu des Grecs , renfermés dans l'enceinte obscure de leurs villes , n’avaient encore paru que faiblement jusqu'ici , et avaient jeté peu d'éclat. Pour les faire éclore pleinement et les meltre dans tout leur jour , il fallait quelque grande et importante occasion, où la Grèce , attaquée par un ennemi formidable,et exposée aux dangers les plus extrêmes, fût contrainte en quelque sorte de sortir d'clleméme, etde se montrer au dehors telle qu'elle était. C’est ce que Ht l’invasion des Perses dans la Grèce , d’abord sous Darius , puis sous Xerxès. L’Asie entière , armée de toutes ses forces , SC déborde tout d’un coup comme un torrent impétueux , et vient fondre avec des troupes innombrables, tant de terre que de mer, contre un petit coin de la Grèce, qui parait devoirau premier choc être absorbé entièrement et abîmé. Cependant deux faibles villes, Sparte et Athènes, non- seulement résistent à ces armées formidables mais les attaquent , les défont , les poursuivent , et en exterminent la plus grande parlic. Qu’on repasse dans sa mémoire , car mon dessein n’est ici que d'en rappeler le souvenir , les prodiges de valeur et de fermeté qui éclatèrent alors , et qui continuèrent encore longtemps dans la suite. A quoi les Grecs furent-ils redevables de succès si étonnants et si fort au-dessus de toute vraisemblance, sinon aux principes dont j’ai parlé , gravés profondément dans leur esprit par l’éducation, par les exemples, par la pratique , et devenus on eux , par une tonguc liahiiude, comme une seconde nature?

Ces principes , on ne peut trop le réjiétcr , étaient ; l’estime de la pauvreté , le mépris des richesses, l'oubli de scs propres intérêts , rattachement au bien public ,1c désir de la gloire, l’amour de la patrie; mais surtout un zèle pour la liberté , que nul péril n'était capable d’intimider, et une haine irré'conciliable contre quiconque songeait à y donner la moindre atteinte , qui réun’issait tous les esprits , et faisait cesser dans le moment toute dissension et toute discorde.

Il y avait de la différence entre les républiques pour l'autorité et la puissance, mais il n'y en avait point pour la liberté : de ce cûlé l'égalité était parfaite. Les états de l’ancienne Grèce étaient exempts de celte ambition qui cause tant de guerres dans les monarchies , et ne songeaient point à s'agrandir aux dépens les uns des autres, ni à faire des conquêtes. Ils se bornaient à cultiver leur terrain, è le faire valoir, è le défendre , et ne cherchaient point à rien usurper sur leurs voisins. Les plus faibles villes, paisibles dans la possession de leur domaine , ne craignaient point l'invasion de celles qui étaient plus puissantes. C’est ce qui donna lieu i cette multitude de villes, de républiques, d’états de la Grèce , qui ont subsisté jusqu’aux derniers temps dans une parfaite indépendance, conservant leur gouvernement particulier , leurs lois propres, leurs coutumes et leurs usages héréditaires.

Quand on examine avec quelque soin la conduite de ces peuples, soit au dedans, soit au dehors , leurs assemblées , leurs délibérations, leurs motifs dans les résolutions qu'ils prennent, on ne se lasse point d'admirer la sagesse de leur gouvernement , et l'on est tenté de se demander à soi-méme d’où a pu donc venir è ces bourgeois de Sparte et d’Athènes cette grandeur d’âme , cette noblesse de sentiments , cette prudence consommée dans la politique, cette connaissance profonde et universelle de la science militaire, soit pour l’invention et la construction des machines , soit pour l'attaque et la défense des places, soit pour ranger une armée en bataille et en régler tous les mouvements ; enfin cette souveraine habileté dans la marine , qui rendit toujours leurs flottes victorieuses , qui leur procura si glorieusement l’empire de la mer , et obligea

7ÜC <§»<»

iTS Perses & y renoncer pour toujours par un traité solennel.

On voit ici une diOércnce remarquable entre les Grecs et les Romains. Ceux-ci, immédiatement après leurs conquêtes, se laissèrent corrompre par le faste et le luxe. Après qu’Antiochus eut subi te Joug des Romains , l'Asie, domptée par leurs armes victorieuses , dompta à son tour les vainqueurs par ses richesses et ses délices , et ce changement de mœurs fut très-prompt et très-rapide , surtout depuis que Carthage, la Gère rivale de Rome, eut été renversée. II n’en fut pas ainsi des Grecs. Rien n'était plus brillant que les victoires qu’ils remportèrent sur les Perses , tien de plu.s flatteur que la gloire qu’ils s’acquirent par leurs grandes et illustres actions. Après cette époque si glorieuse on voit encore persévérer longtemps chez les Grecs le même amour du la simplicité , de la frugalité , de la pauvreté , le même éloignement du faste et des délices , le même zèle et la même ardeur pour défendre sa liberté et pour conserver les mœurs anciennes. On sait combien les Iles et les provinces de l'Asie Mineure, dont les Grecs triomphèrent tant de fois, étaient livrées è la mollesse et au luxe : néanmoins Us ne se laissé rent jamais infecter par cette douce contagion, et ils se défendirent constamment des vices des peuples vaincus. Il est vra't qu’ils n’en taisaient pas la conquête : mais le commerce seul et l’exemple pouvaient leur devenir fort dangereux.

L’introduction de l’or et de l’argent dans Sparte, d’où jusque-lù ils avaient été bannis sévèrement, n’arriva qu’environ quatre-vingts ans après la bataille de Salaroine; et l’antique simplicité des mœurs s’y conserva encore trèstongtemps depuis , malgré ce violcment des lois de Lycurgue. 11 en faut dire autant du reste de la Grèce, qui ne s’affaiblit et ne dégénéra que lentement et par degrés. C’est ce qui nous reste à voir.

QuUrténK <l«k Grèci.

La principale cause de l’affaiblisscmcnl et de la décadence des Grecs fut la désunion qui SC mit entre eux. La Perse, qui les avait re-

connus invincibles du côlé des armes tant qu’ils demeuraient unis , mil toute son attention et toute sa politique à jeter parmi eux des semences de discorde. C’est à quoi depuis elle employa son or et son argent, qui lui réussirent bien mieux que n’avaient fait auparavant le fer et les armes. Les Grecs, attaqués sourdement de la sorte par les présents qu’on faisait couler de temps en temps dans les mains de ceux qui ava'ient le plus de part au gouvernement , se divisèrent par des jalousies intestines, et tournèrent contre eux-mêmes leurs armes victorieuses , qui les avaient rendus supérieurs à leurs ennemis.

Cet affaiblissemeat donna lien à Philippe et à Alexandre de les asservir. Ces princes, pour les accoutumer doucement à la servitude . prirent le prétexte de les venger de leurs anciens ennemis. Les Grecs donnèrent aveuglément dans ce piège grossier, qui porta le coup mortel à leur liberté. Leurs vengeurs leur d^ Tinrent plus funestes que leurs propres ennemis. Le joug imposé par les mains qui avaient vaincu l’univers , demeura toujours sur leurs têtes : il ne fut plus libre à ces petits états de le secouer. De temps en temps la Grèce, animée par le souvenir de son ancienne gloire , se réveillait de son assoupissement, et feisait quelques tentatives pour se rétablir dans son ancien état: mais c’étaient des efforts mal concertés et mal soutenus d'une liberté mourante, qui n’aboutissait qu’à la rendre encore plus esclave, parce que les protecteurs qu'elle appelait à son secours s'en rendaient aussitôt les maîtres. Ainsi elle ne faisait que changer de chaînes , et que les appesantir.

Les Romains la soumirent enfin totalement , mais ce fut par degrés, cl avec beaucoup d’artiflee. Comme ils poussaient toujours leurs conquêtes de province en province, ils sentirent qu’ils trouveraient une barrière à leurs projets ambitieux dans la Macédoine , redoutable par son voisinage , par sa siluation avantageuse , par sa réputation dans les armes , et très-puissante par elle-même et par ses alliés. Les Romains su tournèrent adroitement du côté des petits étals delà Grèce, de qui ib avaient moins à craindre, et cherchèrent à les gagner par l’attrait et l’appêl de la liberté , qui était leur passion dominante , et dont ils su-

rent réveiller en eat les anciennes idées. Après s’ètre habilement servis des Grecs pour abaltre et détruire la puissance macédonienne , ils soumirent tous ces peuples les uns après les autres sous dilTérenls préteites. Ainsi la Grèce Alt enfin absorbée dans l'empire romain , et en devint une province sous le nom à'Arhate.

Elle ne perdit point avec sa puissance ce vif amour de la liberté qui faisait proprement son caractère. Les Romains, en la réduisant en province*, conservèrent i ces peuples presque tous leurs privilèges ; et Sylla ", qui les punit si cruellement soixante ans après pour avoir favorisé les armes de Milhriclate , ne touclia point à la liberté de ceux qui échappèrent à sa vengeance. Les guerres civiles de ritalic étant survenues, on vit les Athéniens embrasser avec clialeur le parti de Pompée , qui combattait pour la république. Jules César ne s'en vengea qu'en déclarant qu'il leur pardonnait à la considération de leurs ancêtres. Mais, après le meurtre de Jules César*, leurpcnchant pour la liberté leur Qt oublier sa clémence. Ils élevèrent des statues à Brutus et à Cassius , près de celles d'Harmodius et d'Aristogiton , anciens libérateurs d'Athènes , et ne les abattirent qu'à la sollicitation d'Antoine, devenu leur ami , leur bienfaiteur, leur magistral.

Après qu'elle eut été dépouillée de son ancien pouvoir, il lui resta une autre souveraineté que les Romains ne purent lui enlever, et à laquelle eux-mémes furent obligés de se soumettre et de rendre hommage. Athènes demeura toujours la métropole des sciences , l'école des beaux-arts, le centre et la régie du bon goût pour toutes les productions de l'esprit. Plusieurs villes , comme Bysance , Césarée, Alexandrie, Éphèse , Rhodes , partagèrent avec elle cette gloire , et ouvrirent à son exemple des écoles qui devinrent très-fameuses. Rome , toute fiére qu'elle élait , reconnut ce glorieux empire. Elle envoyait scs plus illustres citoyens se perfectionner et s’enrichir en Grèce. On y apprenait toutes les |iarties d'une bonne philosophie , la connaissance des mathématiques, la sciance des choses naturelles , les règles des moeurs et des devoirs ,

> Slrab llb. 0.

> Plut In Sylla.

> Dlad. Ub. m. pig. 191 ; cl llb. 17, pag. 339.

l'art de raisonner juste et conséquemment. On y puisait toutes les richesses de l’éloquence , et l'on apprenait à traiter les plus grands sujets avec méthode , avec justesse, avec force , avec agrément, avec clarté.

L'n Cicéron , déjà l'admiration du barreau , jugea qu'il lui manquait quelque chose , et ne rougit point de devenir le disciple des grands maîtres que la Grèce avait dans son sein. Pompée , au milieu de ses glorieuses conquêtes , ne crut pas se désiionorer, en passant par Rhodes , d'aller entendre les leçons des célèbres philosophes qui y enseignaient avec beaucoup de répulation , et de se rendre en quelque sorte leur disciple.

Rien ne fait mieux voir le respect que l'on conservait pour l'ancienne réputation de la Grèce , qu'une lettre de Pline le jeune*. Voici ce qu'il écrit à Maxime , nommé par Trajan au gouvernement de celte province : a Metteza vous devant les yeux , mon cher Maxime , a que vous allez dans l'Achale, la véritable « Grèce, la Grèce toute pure , d'où sont sora lies les lettres et la politesse, où l'agriculture a même a été inventée, suivant l'opinion coma mqnc. Souvenez-vous que vous êtes envoyé a pour gouvemerdes villcs,deshommes libres, a s'il y en eut jamais, et qui, par leurs vertus, a leurs actions, leurs alliances, leurs traités, a leur religion , ont su se conserver la liberté U qu'ils ont reçue de la nature. Révérez les a dieux leurs fondateurs : respectez leurs héa ros , l'ancienne gloire de la nation , et la a vieillesse sacrée des villes , la dignité , les a grands exploits, et jusqu'aux fables et à la « vanité de ce peuple. Souvenez-vous que a c'i^t dans ces sources que nous avons puisé a notre droit; que nous ne lui avons pas ima posé nos lois après l'avoir vaincu, mais qu'il a nous a donné les siennes quand nous l'etx a avons prié , et avant que de sentir le pou- U voir de nos armes. E]n un mot, c’est à Athés nés que vous allez , c'est à Lacédémone que « vous devez commander. 11 y aurait de l'in-^ < humanité et de la barbarie à les dépouiller a de cet ombre et de ce simulacre qui leur « reste de leur ancienne liberté. »

Pendant que l'empire romain s'alBiiblissait ,

^ Lib. 8, episl. 211.

cet empire des esprils se soutenait toujours, et ne se sentait point de ses révolutions. De toutes les parties du monde on venait en Grèce pour s’y former. On voit, dans les quatrième et cinquième siècles , ces grandes lumières de l'église, saint Basile, saint .Grégoire de Nazianze, saint Jean ChrysostOme, venir (luiser à Athènes, comme dans la source, toutes les sciences profanes. Les empereurs mêmes', qui ne pouvaient aller en Grèce, faisaient en quelque sorte venir la Grèce chez eux, en recevant dans leurs palais ses plus célèbres professeurs, pour leur confier l’éducation des princes leurs fils, et pour profiter eux-mêmes de leurs instructions. Marc-Aurèle, dans le temps même

* TU«, Aotonin, Ujrc-.Vurèlc, Lucius VCrus, eic.

qu’il était empereur, allait entendre les philosophes Apollone et Sextus, et prendre leurs leçons comme un simple disciple.

Par un nouveau genre de victoire et inconnu jusque-là , la Grèce avait imposé la loi à l’Égypte et à tout l'Orient, dont elle chassa la barbarie, et y introduisit à sa place le goût des arts et des sciences, obligeant comme par droit de conquête tous ces peuples à recevoir son langage et à adopter ses coutumes : témoignage bien glorieux pour une nation , et qui marque une supériorité bien plus flatteuse que celle qui n’est point fondée sur le mérite, mais uniquement sur la force des armes! Plutarque observe quelque part que jamais Grec ne songea à apprendre le latin, et qu’un Romain qui I ignorait le grec n’élait pas fort estimé.

FIM DU TOME DEUXIEME UE L’hISTOIBE ARCISNKE.

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