‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciensChapitre 101 sur 298 · II. -XJ · texte numérisé non relu

II. -XJ

> Ibid. 365.

v Ibid. xx. 434-417.

• Odyl. XIV. 160.

• Ibid, xiu, 38U-391.

Pi 26

ail contraire, on voit qoe plusieurs manquent la victoire, parce qu'ils ont manqué de prier les dieux.

Qu'il me soit permis de copier ici tout au long ce que dit Homère du pouvoir et de l'efficace des prières sur l'esprit des dieux , et de rapporter l’admirable caractère qu’il leur donne. C’est dans le neuvième livre de l’Iliade, où Phoenix lèche d'apaiser la colère inflexible d’Achille.

« Mon cher Achille, domptez cette impé- • rieuse colère qui vous domine. Il ne vous « sied p8S d’avoir un rœur impitoyable. Les « dieux , plus puissants que vous et d’une « nature plus excellente , les dieux mêmes « se laissent fléchir. L’encens , les humbles « vœux, les libations, la douce odeur des sa- « orifices , les prières des hommes, tout cela a détourne leur colère quand on les a offena sés. quand on a violé leurs commande- « ments. Les Prières sont des déesses. Toutes a difformes qu’elles paraissent , boiteuses . a louches, ridées, elles sont filles du grand a Jupiter. Elles marchent sur les pas de l’in- « jurieuseAlé, et prennent soin de remédier a aux maux qu’elle fait. La déesse malfai- « saute est forte et robuste. Elle a le pied « ferme. Elle les devance toutes de bien loin, a Elle court légèrement par toute la terre. « Elle imprime ses pas sur les têtes des or- « gueilieux mortels. Elle prend plaisir à offli- « ger les hommes. Les Prières viennent « après, et réparent ses outragés. Quicon- « que a reçu avec respect les saintes tilles de « Jupiter dès le moment qu’il les a vues ap- « procher, elles l’ont toujours récompensé « libéralement , elles l’ont exaucé à leur tour a dès qu’il les a invoquées. Mais, lorsqu'on a les a rebutées par un dur refus, alors ces a déesses s’en vont trouver le fils de Saturne-, « alors elles prient Jupiter leur père du punir a celui qui les a méprisées, cl de lui donner « pour compagne l’outragcuse Até. O mon « cher Achille , ne refusez pas aux filles de « Jupiter un honneur qui leur appartient’ ! »

On sera bien aise de trouver ici les réflexions du madame Douer sur cet endroit

> 11. Il, 492-ato.

d’Homère, l’un des plus beaux qui se trouvent dans les auteurs anciens.

Dans tout ce que nous avons de plus belle poésie, dit-elle, je ne crois pas qu’il y ait rien de plus noble, de plus poétique et de plus heureusement imaginé que cette fiction qui personnifie les prières et l'injure, en leur donnant toutes les qualités, tous les sentiments. et tous les traits de ceux qui font l’injure , et qui ont recours aux prières.

Les Prières sont filles de Jupiter. Car c’est Dieu qui inspire les prières . et qui enseigne aux hommes h prier. Elles sont boiteuses , ridées, etc. Ceux qui prient ont un genou en terre, le visage ridé et baigné de pleurs, n’osent lever les yeux , sont tremblants et humiliés.

L' Injure altière , etc. Celte déesse est appelée Até dans le grec, et l’on en voit une belle description dans le dix-neuvième livre de l'Iliade, que l’on pourra consulter. L'Injure au pied léger marche la première : car les violents et les emportés sont prompts à commettre le mal. L’humble Prière la suit , et il n’y a que la Prière qui puisse réparer les maux que l'Injure a laits.

Elles l'écoutent à leur tour dans ses besoins , Ptc. Voilà une grande vérité marquée bien clairement, que , pour être exaucé des dieux et en obtenir le pardon , il faut écouter les prières des hommes qui nous ont offensés, et leur pardonner leurs fautes.

Elles prient leur père de donner pour compagne à celui qui les a méprisées l’outrageuse Até. Que ce retour me parait beau ! Naturellement les Prières suivent l’Injure, pour guérir les maux qu’elle a faits. Mais quand on a méprisé et rejeté les Prièies, l’injure les suit à son tour pour les venger, et elle les suit pat l’ordre même de Jupiter, qui s’en sert pour faire exécuter les ordres de sa justice.

Je dois encore, en finissant cet article, avertir que c’est principalement sur la matière qui y est traitée qu’on peut voir à quelles ténèbres l'homme a été livré depuis le péché. Les païens attribuaient à Dieu seul généralement tous les biens , excepté celui qui en dépend davantage, qui est le plus estimable de tous, et qui seul , à proprement parler, mê-

rite ce nom , je veux dire la vertu. Cest pour cela qu'ils s’adressaient à leurs dieux pour en obtenir tous les autres avantages . comme le remarque Cicéron ; mais ils n'avaient recours qu’à eux-mêmes pour se procurer la vertu et la sagesse.- Judicium hoc omnium mortalium ett, fortunam à Deo pelendam, à te ipso sumendam esse sapientiam ’. Ils étaient fort fidèles à leur rendre grâce des autres biens : mais , persuadés qu’ils ne devaient leur vertu qu'à eui-mémes et à leur propre volonté . il ne leur venait pas même dans l’esprit d'en remercier les dieux. JYùm quis , quôd bonus vir estel , gralias dits egil unquam ? On peut consulter l'eudroil de Cicéron que j'ai cité , où ce principe est étendu fort nu long. Horace l'a abrégé eu un seul vers , où il parle de-Jupiler :

Det tiuni, detopes: animum equum ml ipseparabo.

Par où il marque clairement, que les biens qui ne dépendent pas de notre liberté sont au pouvoir des dieux , mais que l'homme n’a besoin que de soi-même pour devenir sage et tranquille. Et c’est dans le même sens qu’Homère fait ainsi parler Pélèe à Achille : Mon fils , lui dit-il , Minerve et Junon vous accorderont la victoire , si elles le jugent à propos-, mais c'est à vous de modérer votre fierté et de réprimer votre colère.

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iv mridiavi *.

û. Immortalité de l'âme. Peinai et récompenses après la mort

Il faudrait étrangement s’aveugler pour ne pas reconnaître partout dans Homère que

■ Ub. 3. de Nat. Deor. 86-88.

« a IX, 251-256

l’opinion de l’immortalité de l'âme èlait de son temps une opinion dominante, ancienne, universelle. Sans parler de beaucoup d’autres preuves, il ne faut que lire ce que dit ce poète de la descente d’Ulysse dans les enfers.

Cette antre vérité, qui est une suite de la première , que les vertus sont récompensées et les crimes punis dans l’autre vie , n’y est pas marquée moins clairement. Homère nous représente Minos dans les enfers qui, le sceptre à la main rend justice aux morts assemblés en foule autour de son tribunal , et prononce des jugements irrévocables qui décident pour toujours de leur sort.

Ce que dil Homère des profonds abimes du Tartare ténébreux *, de ces cavernes affreuses de fer et d’airain qui sont sous la terre , où les parjures sont êiernellemenl punis , et où Jupiter menace de précipiter quiconque des dieux mêmes osera désobéir à ses ordres, nous fait assez connaître ce que pensaient les païens des peines qu’on souffre dans l'autre vie.

Ce que dit le même poète de la déesse Alè*, fille de Jupiter, ce démon de discorde et de malédiction , dont l'emploi est de tendre des pièges et de Taire du mal à tous les hommes, que le mallre des dieux , dans sa juste colère, avait précipitée du ciel avec serment qu’elle n’y rentrerait jamais ; lout cela, dis-je, donne lieu de croire que l’histoire des anges apostats, ennemis des hommes, appliqués à leur nuire, opposés à leur bonheur, et relégués pour toujours dans les enfers , n’était pas inconnue aux anciens.

* Odys. XI, 567, etc.

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