Modestie de M de Turenne;at vie privée
Proposition simple. Personne n’a parlé de lui-même plus modestement que M. de Turenne. Il racontait ses victoires les plus éclatantes comme s'il n’y avait point en de part. Au retour de ses campagnes les plus glorieuses, il fuyait les applaudissements, et craignait de paraître devant le roi , de peur d’en être loué. C’est alors que dans une condition privée, et parmi un petit nombre d’amis , il s'exercait aux vertus civiles. Il se cache , il marche sans suite et sans équipage, mais tout le monde le remarque et l'admire.
« Qui fit Jamais de si grandes choses? qui « les dit avec plus de retenue '? Remporlait-il o quelque avantage, à l’entendre, ce n’était « pas qu’il fût habile, mais l’ennemi s'était « trompé. Rendait-il compte d’une bataille ,
« il n’oubliait rien , sinon que c’èlait lui qui « l'avait gagnée. Racontait-il quelques-unes o de ces actions qui l'avaient rendu si célèu bre , on eût dit qu’il n’en pvail été que le « spectateur, et l'on doutait si c’était lui qui o se trompait ou la renommée. Revenait-il a de ces glorieuses campagnes qui rendront « son nom immortel, il fuyait les acclamait lions populaires, il rougissait de ses vic- « toires ; il venait recevoir des éloges comme a on vient faire des apologies, et n’osait a presque aborder le roi, parce qu’il était a obligé par respect de souffrir patiemment a les louanges dont sa Majesté ne manquait « jamais de l’honorer.
« C’est alors que, dans le doux repos d'une « condition privée, ce prince, se dépouillant a de toute la gloire qu'il avait acquise pen- « dant la guerre , et se renfermant dans une « société peu nombreuse de quelques amis u choisis , s'exercait sans bruit aux vertus ci- « viles : sincère dans scs discours, simple » dans ses actions , fidèle dans ses amitiés , a exact dans scs devoirs , réglé dans ses dé- « sirs, grand même dans les moindres choses. « Il se cache, mais sa réputation le découvre, a 11 marche sans suite et sans équipage, mais « chacun dans son esprit le met sur un char
> Oraison funèbre do M de Turcnne, par M. Fléchler.
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« de triomphe. On compte, en le voyant, les a ennemis qu'il a vaincus , non pas les servi* « leurs qui le suivent. Tout seul qu'il est, on « se ligure autour de lui ses vertus et ses vic- « toires qui l'accompagnent. Il y a je ne sais « quoi de noble dons celte honnête simpli- « cité ; et moins il est superbe , plus il devient « vénérable. »
3. Réception honorable de M. de Turenne par e rot, au retour de ses caïupa purs. Sa moderne.
Proposition simple. Autrefois , sous les empereurs, les plus grands capitaines , au retour de leurs campagnes, étaient obligés d'éviter la rencontre de leurs amis, et de rentrer de nuit dans la ville , de peur de blesser la jalousie du prince, qui les recevait très-froidement, après quoi ils demeuraient confondus dans la foule. M. de Turenne a eu le bonheur de vivre sous un roi qui le comblait de louanges, et l’aurait comblé de bienfaits, s'il l’avait voulu souffrir. Il revenait de ses campagnes comme un simple particulier qui retournerait d’une promenade. Les regards , les louanges, les applaudissements de tout le peuple ne faisaient aucune impression sur lui.
« Permettez moi ' de rappeler dans votre a mémoire ces siècles funestes de l’empire « romain où il n’était pas permis aux parti « culiers d'être vertueux et illustres, parce « que les vices des princes ne laissaient ni « vertu ni gloire impunies. Après avoir con* « quis des provinces et des royaumes, bien « loin d’aspirer â l’honneur du triomphe , il
• fallait à son retour éviter la rencontre de « ses amis , et prendre la nuit de peur de o trop arrêter les yeux du public. Une ema brassade froide , sans entretien et sans dis- « cours , était tout l'accueil que le prince fai- « sait è un homme qui venait de sauver « l’empire. Du cabinet de l'empereur , où il « ne faisait que passer, il était rejeté et con- « fondu dans la foule des autres esclaves : « Exeeptusque brevi osculo , nulle sermone ,
# turba sercientium immixlus est s.
x Oraison funèbre de St. de Turenne, par M. Mascaron- • Tact!.
« M. de Turenne a eu le bonheur de vivre u et de servir sous un monarque dont la vertu « ne laisse rien à craindre h celle de ses sujets. « Il n’y a point de grandeur ni de gloire qui « puisse faire ombre à celle du soleil qui nous « éclaire; et l'importance des services n’est « jamais à charge è un prince convaincu par « sa propre magnanimité qu’il les mérite, u Aussi les distinctions d’estime et de cnn- « fiance de la part du roi valaient è M. de « Turenne la gloire d’un triomphe. Les ré- « compenses fussent allées aussi loin que ces u distinctions, si le roi eût trouvé en lui un » sujet docile è recevoir des grâces. Mais ce « qui était l'effet d’une sage politique dans « les temps malheureux où la vertu n’avait » rien tant à craindre que son éclat , était en « lui l'effet d’une modestie naturelle et sans « art.
« Il revenait de ses campagnes triomphan- « les avec la même froideur et la même tran- « quillité que s’il fût revenu d’une promenade,
0 plus vide de sa propre gloire que le public
1 n'en était occupé. En vain les peuples s'em- « pressaient pour le voir. En vain dans les « assemblées ceux qui avaient l’honneur de « le connaître le montraient des yeux , du e geste cl de la voix è ceux qui ne le con- « nni-saienl pas. En vain sa seule présence, « sans train et sans suite, faisait sur les âmes « cette impression presque divine qui attire a tant de respect, et qui est le fruit le plus a doux et le plus innocent de la vertu hërol-
• que. Toutes ces choses , si propres è faire a rentrer un homme en lui-même par une « vanité raffinée, ou à le faire répandre au a dehors par l'agitation d’une vanité moins
• réglée, n’altéraient en aucune manière la a situation tranquille de son âme; et il ne a tenait pas à lui qu’on oubliât ses victoires « et ses triomphes. » (Je crois qu’il faut, qu’on n'oubliât. Ce peut être uue faute d’impression.)