‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciensChapitre 104 sur 298 · Éloge de la clémence de César · texte numérisé non relu

Éloge de la clémence de César

Marcellus , en toute occasion , s'êlait déclaré contre César d'une manière tout à fait injurieuse , et sans garder aucun ménagement. Néanmoins , quand ce dernier fut revenu vainqueur à Rome , il voulut bien , à la prière du sénat , pardonner à Marcellus, et lui rendre ses bonnes grèces.

Il s’agit de faire valoir cette action. Pour cela , il est assez naturel de la comparer avec les victoires de César , et de lui donner la

préférence. Ce sera donc là comme la proposition , h laquelle tout ce lieu commun se rapporlera : La démener que Cé sar vient de faire paraître en pardonnant d Marcellus l'emporte de beaucoup sur toutes ses victoires.

Mais cette proposition doit êlre traitée avec beaucoup d’art et de délicatesse. On demande aux écoliers s’il n’est point 4 craindre que celte comparaison , qui va, ce semble, è diminuer l’êclal des victoires, ne blesse un conquérant fort jaloux ordinairement de celle gloire. On leur fait entendre que le moyen de prévenir ce mauvais effet , est de commencer par accorder de grandes louanges aux actions guerrières de César , cl c’est ce que Cicéron fait d’une manière merveilleuse. Cetle règle de rhétorique sera expliquée dans la suite sous le titre de précautions oratoires.

1 Nullius tantum est (lumen ingenii, nulla direndi aut scribendi tanta vis tantaque copia, quæ, non diront exornare, sed enarrare, C. Cssar, res tuas gestas posait : tamen hoc aflirmo, et hoc pace dicam tuâ, nullam in his esse laudem ampliorem, quàm eam quom hodierno die consecutus es. Soleo sæpè ante oculos poucre, idque libcnler crebris usurpare sermonibus, omnes nostrorum imperatorum . omnes exterarum genlium potentissi-

1 < Jamais l'éloquence avec toute» us richesses et toute se pompe, jamais le* plus beaux génies ne pourront. César, soutenir le grandeur de vos exploits, loin d'y pouvoir ajouter un nouveau lustre par la manière de les racontar. J'ose cependant sssurer, et vous ma permettras de le dire Ici en voire présence, que parmi tant d'actions ti éclatantes II n'en est point qui vous soit plu* glorieuse que celle dont non* venons d'étre les témoins. Je pen*e souvent en moi-méme, et Je me fais un vrai plaisir de le publier, que le* hauts faits de nos plus célèbres guerriers, ceux des plus Illustres potentats, ceux des plus belliqueuses nations de l'univers ne peuvent entrer en comparaison avec les vôtres, soit qu’on examine la grandeur des guerres, ou la multitude des batailles, ou ta variété des pays, ou la rapidité du succès, ou la diversité des entreprises. Vous avez soumis par vos victoires un grand nombre de régions séparées les unes des autres par de vastes espaces, et vous les avez parcourues en conquérant, avec autant de vitesse qu'aurait pu faire un voyageur. Il faudrait s'aveugler volontairement pour ne pas convenir que de tels exploit sont une grandeur qui passe presque tout ce que nos Idées nous en peuvent représenter 11 y a néanmoins encore quelque chose de plus grand e Ide plus admirable. >

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foorumqué populonim, omnci clarissimorum regum res geslns.cum luis nec conlenlionum magniludiue, ncc numéro præliorum, nec vsrietale rcglonum , nec cclerilale conficiendi, nec dissimililudine bcllorum posse conferri : nec verô disjunclissimas lerras ciliés rujusquam passlbus potuis.se peragrari, quàm luis , non diram eursibus , sed vicloriis illuslralæ sunl (Alias luslralæ sunl). Quæ quidem ego nisi ila magna esse fntcar, ut ea vii cujusquam meus aul eogitatio capcre possit, amena sim , sed tamen sunl alia majora

Après qu'on a pris celle précaution, on vient à comparer les aclions guerrières de César avec la clémence qu’il a fail paraître en rétablissant Marcellus; et l'on préfère celle-ci aui autres par trois raisons, qui peuvent aisément venir dans l'esprit des jeunes gens, du moins les deui premières,

I" Raison. Un général n'a pas seul toute la gloire d’une victoire, au lieu que celle de la clémence que César vient de montrer lui est propre et personnelle. Voilà la proposition simple. L’éluquencç consiste à l'étendre, à la développer, et à la mettre dans tout son jour. Par des interrogations faites à propos, on conduit les jeunes gens à trouver eui- mêmes plusieurs choses qui partagent avec le général la gloire des combats : et ils ajoutent qu’il n’en est pas ainsi de celle que César s’est acquise en pardonnant à Marcellus.

1 Nain bellicas laudes soient quidam eilenuare verbis, easque detralierc ducibus, communies re euro militibus, ne propriæ sint irnperatorunt. Kl certè in armis mililum virlus, locorum opportunités , auvilia soejoruin , classes, commcatus , mullùm juvant. Maii-

1 Pro Marcello, n. 4, 10.

* « Car pour ce qui est îles actions guerrières , il se trouve des gens qui prétendent en dimiuuer l’éclat en soutenant que le soldai en partage la gloire avec le chef, qui dès lors ne peut ic l’approprier. Eu effet, la valeur des troupes, t'avantage des lieux , les secours des aillés, les armées net aies, la facilité des convois, tout cela uni doute contribue beaucoup à la victoire. La fortune surtout se croit en droit de s'en attribuer la plus grande partie, et se regarda presque comme U seule et unique cause des heureux succès, a

mam verô partem quasi suo jure forluna sibi vimlicat , el quicquid est prospéré gestum , id penè omne ducit suum.

1 AI verô hujus gloriæ, C. Cæsar, quara es paulô antè adeptus, socium habes neminem. Totum hoc, quantumeumque est, quod cerlè maximum est, tolum est, inquam, tuum.

N'ihil sibi ex istû laude cenlurio, nihil præfeetus, nihil cohors, nihil turma decerpil. Quin eliam ilia ipsa rerum humanarum domina fortuna , in istius se socielatem gloriæ non offert. Tibi cedil : tuam esse tolam et propriam fatetur. Nunquam enim temerilas cum sapientiâ commiscetur , nec ad consilium casus admittitur.

IIe Raison. Il est moins difficile de vaincre des enuemis que de surmonter ses passions.

8 Domuisli genles immanitatc barbaras, multitudine innumerabiles, locis infinilas, omni copiarum genere abundantes : sed tamen ea vicisli quæ et naluram et conditionem ut vinci possenl hnbebanl. Nulle est enim tanta vis , tanta copia, quæ non ferro ac viribus debilitari frangique possit. Verùm ani—

• « Mais ici vous n'avez point de compagnon ni do concurrent qui puisse vous disputer la gloire que votre clémence vient de vous acquérir. Quelque brillante qu'elle soit, et elle l’est Infiniment, vous la possédez seul tout entière. Ni le soldat, ni l'officier, ni les troupes de pied, ni celles de cavalerie, ne peuvent y prétendre. La fortune même, cette fiire maîtresse des événements humains, ne peut rien vous dérober de cet honneur ; elle vous le cède entièrement, et avoue qu'il vous appartient en tout et en propre, puisque la témérité et le hasard ne se trouvèrent jamais où président la sagesse et U prudence »

1 « Vous avez soumis des peuples Innombrables, répandus en beaucoup de pays différents, formidables par leur férocité, pourvus abondamment de tout ce qui est nécessaire pour se défendre : mais après tout, vous n'avez vaincu pour lors que ce qui était de nature el decondU lion a être vaincu ; car il n’est rien de si puissant ni de &i redoutable dont le fer et la force ne puissent enfin venir a bout : mais 6e dompter soi-méme, étouffer son ressentiment. mettre un frein à la victoire, relever uu ennemi abattu, un ennemi considérable par sa naissance, par son esprit, psr son courage, et non-seulement i« relever, mais le faire monter à un plus haut point de fortune qu’il n'était avant sa cbnte; en user ainsi, c’est se rendre, je ne dis pas comparable aux plus grandi hommes, mais presque semblable aux dieux. »

mum vincere, iracundiam cohiberc , victoriam temperare , adversarium nobililale , ingenio, virlule præstanlem, non modù exlollore jacentem , sed etiam ampliGcnrc cjus pristioam dignilatem : hæc qui facial, non ego eum cum summis viris comparo, sed similli— mum dco judico.

III* Raison. Il y a dans les combals quelque chose de tumuliueux qui , même dans le récit qu'on en entend faire, cause je ne sais quel trouble; au lieu que les actions de bonté et de clémence flattent agréablement l’esprit, et gagnent le coeur de tous ceux qui en entendent parler.

1 Itaque, C. Cæsar, bellicæ luæ laudes celebrabuntur itlæ quidem non solùm nostris, sed peué omnium genlium lilleris atque linguis; neque u lia unquam ætas de tuis laudibus conticescet : sed tamen ejusmodi res, etiam dum audiuntur sut dum leguritur, obstrepi clamore militum videntur et tubarum sono. At vero quum aliquid clementer, mansuetè, justè, moderatè. sapienter factum , in iracnndifi præserlim, quæ est inimica consilio. et in vicloriA. quæ nalurft insolens et superba est, aul audimus, aut Icgimus; quo studio incendimur, non modo in gestis rebus, sed etiam in Dctis , ut eos sæpè , quos nunquam vidimus, dilignmus!

2 Te veiô, quem præsentem intuemur, rujus mentem sensusque et os cernimus, ut,

> o Vof conquête», CéSAr, »e liront à U vérité dan» no» annale» el dan» celle» de presque tou» les peuple», et la postérité la plus reculée ne »e taira jamais sur vos louanges. Mais lorsqu’on lit ou qu’on entend le récit des guerres et des batailles, il arrive je ne sais commenl que t’adinlralion qu’elles eiclienl est en quelque sorte troublée par le cri tumultueux des soldats et par le son éclatant des trompettes. Au contraire, le récll d’une action où paraissent la clémenre. la douceur, la jusliee, la modération. la sages», principalement at elle est faite malgré la colère toujours ennemie des réflexions, et dans la victoire naturellement superbe el Insolente; le récll, disje, de cette action, même dans 1rs histoires qui sont Teintes. produit en nous uue si douce el si vive Impression d’estime et d’amour pour ceux qui en sont les suleuri, que nous ne pouvons nous empêcher de les chérir, quand bien même nous ne les curions jamais connus- »

x a Vous donc que nous avons le bonheur de voir de nos yeux, dont nous connaissons les dispositions et les

quicquid belli fortnni reliqtmm reipublicæ feceril, id esse snlvum velis, quibus laudibus efTeremus? quibus studiis prosequemur? qui tient volent iA complectemorî Parictes, médius Fldius, C. Cæsar, utmihi videlur, hujus ru ri, t tibi gratias agere gestiunt, quôd brevi lempore futura sit ilia aucloritas in his majorum suorum et suis sedibus.

Madère de composition Irançalse donnée par écrit.

Il s’agit de faire voir combien H. de Turenne faisait paraître de piété et de religion au milieu même des combats et des victoires.

L’orateur commencera par an lieu commun. où il montrera combien il est difficile A un général qui se trouve A la tête d’une armée nombreuse de ne pas s’élever par l’orgueil, et de ne pas se croire infiniment audessus des autres. Les dehors même de la guerre, le bruit des armes, les cris, etc., contribuent à lui faire oublier ce qu’il est, el ce qu’est Dieu. C’est pour lors que les Salmonées, les Antiochus, les Pharaons, ont l’audace et l’impiété de se regarder comme des divinités. Mais aussi la religion et l'humilité ne paraissent jamais avec plus d’éclat que lorsque, dans ces occasions, elles rendent l’homme soumis A Dieu.

C’est dans ces occasions que M. deTurenoe faisait paraître plus de piété. On l’a vu souvent s’écarter dans les bois, et , malgré la pluie et la boue, se prosterner par terre pour adorer Dieu. Il faisait dire la messe tous les jours dans son camp, et y assistait avec une singulière dévotion.

Dans le feu même du combat, dans le temps où le succès paraissait infaillible, el où de toutes parts on lui annonçait une victoire assurée, il réprimait la joie des officiers en leur disant : « Si Dieu ne nous soutient , et

sentiments les plus Intimes; vous dont tous les dessein» ne tendent qu'a conserver à la république tout ce que la fureur de la guerre a épargné, par quelles louanges, par quelles démonstrations de zèle et de respect pourronsnous vous témoigner noire reconnaissance? Oui, César, tout est sensible à une telle générosité, même cas murailles qui voudraient, ce semble, marquer leur allégresse de ce que vous allez leur rendre leur ancien éclat et rétablir le sénat dans son ancienne autorité. »

« s'il n’achève son ouvrage, il y a encore as- « sez de temps pour être battus. »

En faisant relire celte matière , on avertit les jeunes gens des endroits qu'il faut étendre, et on leur donne des ouvertures pour les aider à trouver des pensées.

Kiliére précédente, traitée par H. Mascaron liant l'oraison funèbre de M. de Tnrtnne.

■ Ne pensez pas, messieurs, que notre héa ros perdit à la tête des armées, et au milieu a des victoires , ces sentiments de religion, a Certes, s’il y a une occasion au monde où ■ I Ame pleine d'elle-même soit en danger « d oublier son Dieu , c’est dans ces postes « éclatants où un homme par la sagesse de « fa conduite, par la grandeur de son cou- « rage, par la force de son bras, et par le « nombre de ses soldats, devient comme le « dieu des autres hommes, et rempli de « gloire en lui-même, remplit tout le reste « du monde d'amour, d’admiration, ou de « frayeur. Les dehors même de la guerre, le « son des instruments, l'éclat des armes, « l'ordre des troupes, le silence des soldats, « l’ardeur de la mêlée, le commencement, le

* progrès et la consommation de la victoire, « les cris différents des vaincus et des vain- « queurs, attaquent l'âme par tant d'endroits, « qu'enlevée à tout ce qu’elle a de sagesse « et de modération, elle neconnalt ni Dieu,

« ni elle-même. C’est alors que les impies « Salmonées osent imiter le tonnerre de « Dieu , et répondre par les foudres de la

* terre aux foudres du ciel : c’est alors que

* les sacrilèges Antiochus n’adorent que leurs

* bras et leurs coeurs; et que les insolents

* Pharaons, endés de leur puissance, s’é-

* crient : C’est moi qui me suis fait moi- « même. Mais aussi la religion et l'humilité « paraissent-elles jamais plus majestueuses

* que lorsque, à ce point de gloire et de « grandeur, elles retiennent le coeur de

* l’homme dans la soumission et la dêpen- « dance où la créature doit être à l’égard de « son Dieu?

“ M. de Turenne n'a jamais plus vivement « senti qu’il y avait un Dieu au-dessus de sa

« tête que dans ces occasions éclatantes où « presque tous les autres l’oublient. C'était « alors qu’il redoublait scs prières. On l’a vu « même s’écarter dans les bois, où, la pluie « sur la lête, et les genoux dam la bouc, il « adorait en cette humble posture ce Dieu « devant qui les légions des anges tremblent « et s’humilient. Les Israéliiês, pour s'assu- « rer la victoire, faisaient porter l'arche d'al- « liancc dans leur camp : et M. de Turenne « croyait que le sien serait sans force et sans « défense s’il n’était lotis les jours fortifié par « l’oblation de la divine victime qui a friotnk phé de toutes les forces de l'enfer. Il y a<- « sislailavec une dévotion et une modestie « capables d'inspirer du respect à ces âmes « dures â qui la vue des terribles mystères « n’en inspirait pas.

« Dans le progrès même de la victoire , et « dans ces moments d’amour-propre où un « général voit qu’elle se déclare pour son « parti, sa religion était en garde pour l’ein- « pêcher d’irriter tant soit peu le Dieu jaloux a par une confiance trop précipitée de vain— « cre. En vain tout retentissait des cris de « victoire autour de lui ; en vain les officiers « se flattaient et le flattaient lui-même de « l’assurance d’un heureux succès : il ar- « rêlait tous ces emportements de joie, où « l’orgueil humain a tant de part, par ces a paroles si dignes de sa pit?lé : Si Dieu ne « nous soutient, et s'il n'acliéve son ouvrage, a il y a encore assez de temps pour être « battus. >

Même matière. Urée de M. Flécbier.

L’orateur commencera pBr dire que M. de Turenne a montré par son exemple que la piété attire les bons succès, et qu’un guerrier est invincible quand il a beaucoup de foi. Il rapportait à Dieu seul la gloire de ses victoires, et ne mettait sa confiance qu’en lui.

Il citera un fait. Ce grand homme, avec peu de troupes, avait attaqué toutes les forces de l’Allemagne. Le combat fut rude et douteux. Enfin l'ennemi commençait à plier. Les Français crient que la victoire est a;s,trée. >1. de Turenne alors leur dit : Arrêtez, notre sort n’est pas en nos mains, et nous se-

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rons nous-mêmes vaincus, si le Seigneur ne nous favorise : el levant les yeux vers le ciel, il attend la victoire de Dieu seul.

I.’oralcur ajoutera ici un petit lieu commun, pour montrer combien il est difficile d’étre victorieux et d'être humble tout ensemble. Deux pensées, dont chacune sera tournée en différentes manières et montrée sous différentes faces, formeront ce lieu commun. Il est ordinaire que le vainqueur s'attribue à lui-même le gain de la bataille, et s'en regarde comme l’auteur. Et quand même il en rend à Dieu de publiques actions de grâces, il est & craindre qu'il ne retienne en secret pour lui-même une partie de la gloire qui n’est due qu'à Dieu.

M. de Turenne n’agissait pas ainsi. S'il marche, s’il défend des places, s'il se retranche, s’il combat, s’il triomphe, il allend tout de Dieu, et lui rapporte tout. Il faudra à chacune des parties mettre une pensée particulière.

a M. de Turenne a fait voir que le courage « devient plus ferme quand il est soutenu par « des principes de religion ; qu’il y a une « pieuse magnanimité qui attire les bonssuc- « cés malgré les périls et les obstacles; et s qu’un guerrier est invincible quand il « combat avec foi , et quand il prête des a mains pures au Dieu des batailles qui les « conduit.

« Comme il tient de Dieu toute sa gloire , a aussi la lui rapporte-t-il tout entière, et ne « conçoit d'autre confiance que celle qui est a fondée sur le nom du Seigneur. Que ne « puis-je vous représenter ici une de ces ima portantes occasions où il attaque avec peu « de troupes toutes les forces de l’Allema-

0 gnel II marche trois jours*, passe trois ri- « vières, joint les ennemis, les combat , et « les charge. Le nombre d'un côté, la valeur « de l’autre, la fortune est longtemps dou- « leuse. Enlin le courage arrête la multitude, « l’ennemi s’ébranle et commence à plier. Il

1 s’élève une voix qui crie Victoire! Alors « ce général suspend toute l’émotion que « donne l’ardeur du combat ; et d’un ton sé- < Vère : Arrêtez, dil-il, notre sort n'est pas

* Combat d Einlzen.

« en nos mains ; et nous serons nous-mêmes » vaincus, si le Seigneur ne nous favorise. « A ces mots il lève les yeux au ciel, d’ou lui » vient son secours; et. continuant à donner » ses ordres, il attend avec soumission, entre n l’espérance cl la crainte, que les ordres du « ciel s’exécutent.

o Qu’il est difficile , messieurs, d’être vic- « torieux et d’être humble tout ensemble ! b Les prospérités militaireslais-ent dans l’àme a je ne sais quel plaisir louchant qui la remb plit el l’occupe tout entière. On s’attribue b une supériorité de puissance et de force : b on se couronne de ses propres mains : on b se dresse un triomphe secret à soi-même : b on regarde comme son propre bien ces b lauriers qu’on cueille avec peine, et qu on b arrose souvent de son sang ; cl lors même b qu’on rend à Dieu de solennelles actions a de grâces, H qu’on pend aux voûtes sacrées a de ses temples des drapeaux déchirés et b sanglants qu’on a pris sur les ennemis, a qu’il est dangereux que la vanité n’élouffc b une partie de la reconnaissance, qu’on ne a mêle aux voeux qu’on rend au Seigneur a des applaudissements qu’on croit se devoir b à soi même, el qu’on ne retienne au moins b quelques grains de cet encens qu’on va a brûler sur ses autels!

a C’est en ces occasions que M. de Tua renne, se dépouillant de lui-même, renb voyait toute la gloire à celui à qui seul elle a appartient légitimement. S’il marche, il b reconnaît que c'est Dieu qui le conduit et b qui le guide. S’il défend des places , il sait b qu’on les défend en vain si Dieu ne les b ganle. S'il se retranche, il lui semble que b c’est Dieu qui lui fait un rempart pour le b mettre à rouvert de toute insulte. S’il comb bat. il sait d’où il lire toute sa forcé: et b s’il triomphe, il croit voir dans le ciel une b main invisible qui le couronne. »

J'ajouterai ici quelques endroits tirés des meilleurs auteurs, et qui me paraissent fort propres à former le goût des jeunes gens, soit pour la lecture, soit pour la composition. Ce qui fait ordinairement la plus grande beauté des discours composés dans le genre démonstratif, sont les descriptions, les parallèles, les lieux communs. Pour en connaître fout

aïs

l’art et toute la délicatesse , il ne faut que les dépouiller de tous leurs ornements, et les exprimer d'une manière commune et ordinaire: c’est ce que j'oppelie réduire les choses & une proposition simple. J’essaierai d’en donner quelques modèles dans chaque genre.

UESCKIPTIOSS.

1. Vie prisée de M. de Lamoignon « la campagne, pendant la* vacation».

Proposition simple. Je souhaiterais pouvoir vous le représenter tel qu’il était, lorsque, après les travaux du palais, il allait passer tes vacations ti Basville. Vous le verrin tantôt s'appliquant è l’agricullure; tantôt méditant tes discours qu'il devait prononcer è la rentrée du Palais; tantôt accommodant dans quelque allée de son jardin les différends des paysans.

« Que ne puis-je vous le représenter tel « qu il était lorsqu’après un long et pénible • travail, loin du bruit de la ville et dn tu—

« multe des affaires, il allait se décharger du « poids de sa dignité et jouir d'un noble rc- « pos dans sn retraite de Basville 1 ! Vous le « verriez tantôt s'adonnant aux plaisirs innoa cents de l'agriculture, élevant son esprit « aux choses invisibles de Dieu par les mer- « veilles visibles de la nature; tantôt méditant « ces éloquents et graves discours qui ensei- « gnaient et inspiraient tous les ans la justice,

« et dans lesquels, formant l’idée d’un homme « de bien, il se décrivait lui-méme sans y « penser ; tantôt accommodant les différends « que la discorde, la jalousie, ou le mauvais « conseil font naître parmi les habitants de la « campagne : plus content en lui-méme, cl « peut-être plus grand aux yeux de Dieu,

« lorsque dans le fond d'une sombre allée ;

« et sur un tribunal de gazon, il avait assuré « le repos d’une pauvre famille, que lorsqu’il « décidait des fortunes les plus éclatantes sur « le premier trône de la justice. •

‘ Oraison funèbre de M. de Lamoignon, par U. Fléchi er.

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