CREMIER DEVOIR 00 1»R &DIC A T R OR
Instruire, et pour cela parler avec clarté.
Comme le prédicateur parle pour instruire, et qu’il e-| redevable à tous , aux ignorants et aux pauvres, autant et peut-être encore plus qu'aux savants et aux riches, il doit se rendre intelligible à tous, et dans ses discours s'attacher principalement à la clarté. Il faut que
* De Doct. ch. 1», u. 27.
tout y contribue : l’ordre , les peusées, l’expression, la prononciation.
CVsl un mauvais goût de certains orateurs 1 , que de croire qu’ds ont beaucoup d’esprit quand il en faut pour les entendre. Ils ignorent que tout discours qui a besoin d'interprèle est un très -mauvais discours. I.a souveraine perfection du style ’ d'un prédicateur serait que , plein de grâces pour les savants, plein de clarté -pour les ignorants , il plût également aux uns et aux autres. Mais si l’on ne peut réunir ces deux avantages , saint Augustin veut qu’on sacrifie le premier au second \ et qu’on négiige l'ornement et quelquefois même la pureté du langage, si cela est nécessaire pour se faire entendre, parce qu’en effet ce n’est que pour cela qu’on parle. Cette sorte de négligence, qui n’est pa. sans esprit et sans art , comme il le remarque après Cicéron 1 , et qui vient d’un homme plus attentif aux choses mêmes qu’aux mots , ne doit pas aller néanmoins jusqu’à rendre le discours bas et rampant , mais seulement plus clair et plus intelligible.
Saint Augustin avait d’abord écrit contre les manichéens, d’un style plus orné et plus sublime, qui faisait que ceux qui avaient peu de science n’entendaient passes écrits, qu ne les entendaient qu’avec beaucoup de difficulté. Ou lui représenta s que , s’il voulait
« « T«»nc dcmùm ingeniosi sdllcet, si ad inietligendos 0 nos opua sil tngenio. » (Qi int. In Proam. Üb. 8 )
« Oliosum (ou viliosuni) scrmoucm diacriin, quetu aua dltor suo ingenio non intellig't. » (Id. I. 8, c. â.J * •, lia et serrno doclis probabilis, et planus imperltii « erit. » (Ibid.)
8 « Cujus csidentiæ diligens appetllus aliquandô ne-» « gligii verba culliora, ncc curai quid benè sonet, srd a quid benè indicel alque intime! quod ostendere inlen- <t du. lîntlè ait quidam, quum de lali generc locuiionU 0 agerct, ea.se in eâ quamdam diligenlem negllgeuliam. 0 H*r tamen sic detrabii ornatum. ut sordes non coua tribal. « (JB. AN. de Doctr. Chrùt. I. 4. n. 24.) wi « Melius est reprebeiid.nU nos gramrnatiri, quàm non « intelligent populi. » (Idem, <» Psalm. 138. î 8 a Indicat non ingnitam negligenliam de re bominis a mugis, quum de verbis, (abonnit is... Quærlam cliam « negügcntis est diligens. » (Cic. Orat. n.77 et"8.);
5 u Me kenevolcntissiaià monucrunl, ul communem « loqnemlt coiisuetudincm non desererem, si errores lla los mm perniciosos ab animi* etiarn imperitorum el- 0 pellero cogilarem. Ilunc coim sermoneui usiUtum et 0 simpliccm etiarn dopli inlelliguol, ilium aulcm indocLi ' 0 non intelliguut. » (De tien, contra ilanich . 1. 1, c 1.)
«•«fr 331 <#s*«
que ses ouvrages fussent utiles à un plus i attentif. 11 ne faut pas ' même supposer qu'il grand nombre de personnes, il devait de- le soit toujours; et la clarté du discours doit meurer dans le style simple ci ordinaire , qui être telle, qu’elle puisse porter la lumière à cet avantage au-dessus de l'autre d’être in- ' dans les esprits les plus inappliqués, comme tclligible en même temps auv savants et auv \ le soleil frappe nos jeux sans que nous y sonignorants. Le saint reçut cet avis avec son hu- gioiis et presque malgré uous. L’effet souvemililé ordinaire, et il en lit usage dans les rain de celle qualité n’est pas qtl’on puisse livres qu’il composa depuis contre les liérêli- entendre ce que nous disons , mais qu’on ne ques, et dans les discours qu'il prononça de- puisse pas ne point l'enlendre. iant son peuple. Son exemple doit Cire une
règle pour tous ceux qui instruisent. Combien iàeUrlê est nécessaire dons le» otécnisies.
Comme l'obscurité est le défaut que le prédicateur doit éviter avec le |>lus de soin, et La nécessité du principe que je viens d’eque ceux qui écoutent n’ont pas la liberté de latilir parait dans tHule son évidence par raprinierrompre quand ils trouvent quelque : port aux premières instructions qu’on donne titose d'obscur, saint Augustin veut qu’il lise aux jeunes gens , que je regarde comme unè dans les yeux et dans la contenance de ses première espèce de prédication , plus dillii ile auditeurs s'ils l’entendent ou non et qu’il ■ qu’on ne pense , et souvent plus utile que les répété la même chose en lui donnant différents i discours les plus travaillés et les plus brillants, leurs, jusqu’à ce qu'il s’aperçoive qu’il est j On convient qu'lut catéchiste, qui apprend parvenu à se faire entendre ; avantage que ne aux enfants les premiers éléments de la relipeuvenl avoir ceux qui, servilement attachés gion, ile peu! parler trop clairement. Aucune îleürmémoire, apprennent leurs scrutons mot ; pensée, aucune expression, qui, soit ott-desà inot , et les récitent comme line leçon. sus de leur portée, ne lui doit échapper, tout
Ce qui cause ordinairement l'obscurité du doit être mesuré sur leur force, ou plutôt sur discours ’, c’est de vouloir toujours s’expli- ; leur faiblesse. Il faut leur dire peu de choses; quer avec brièveté. Il vaut mieux pécher par le dire en termes clairs et Ië répéter plusieurs trop d'étendue que par trop peu. Un style qui fois; ne poiiit prononcer rapidement, articilfcerail partout vif et cbhcis, ici, par exemple, j 1er toutes les syllabes; leur donner dés dtüque celui de Salliisie, oli tel que celui de Ter- j hiilubs Helles et courtes, cl toujours dans les lulliun, peut convenir à des buvrages qui, j thèmes termes ; leilr rendre les vérité:! seiisin'étant pas faits pour être prononcés, laissent blés par les exemples connus , èt j.àr des comfau lecteur le loisir et la liberté de revenir sur paraisons familières; leur parler peu , et les ses pas; faiais non à une prédication qui, par faire beaucoup parler, ce qui esi un des desa rapidité , échapperait à l’auditeur le plus volts le* plus essentiels du catéchiste , et des
moins pratiqués; et surtout se souvenir *, '«Obi omnes lacent ufaudlàlurunns, et In cura in- cofaifate lè dit si bien Qtiihtilien, qu’il en est « tanta «ta convenu,,.. IU nt requin,, qiiisque qu.„l nnn de resj,ri j des cj|fan(j coihh,c d’uu vase dont « Intelleieril, nec morts esl, nec decorts : ac per hoc do- « brt maiiinè lacenli subvenir** cura dirent is. Solet au-
a tem motu suo significare ulrùm intellexcrit coguo- * « Id ipsum in consilio est babendum, non semper tain
« scendi avida mulliludo : quod donre siguiflcel . « esse àciern ^auditons) Inlêntioncrn, ut obs-rufilaieii)
<r verundum rsl quod agitur mu'timodd varlelnlc dl- « apud se ipse dlseuliat, H teoebfls braiionis inférât
é cèndl : quod In potestate non babeni, qui prxparala cl « quoddam inlciligrniix su* lumen ; sed multis eum fre-
« ad verbuta memorltcr retenta pronùriliànt. » ($. À tu « queuter cogltatlonibu» avocarl, nisi tain clara fuerint
de Doctr. Christ. I. 4, n 25.) « qu* dicemui, ut in animum ejus oralio, ut col In ocu-
* « Cavcnda, qu* hitniûm corrl|denîcs omnla séquitûr, « los, etiamsi non intendatur, incurrat. Quare, non ut
e obscurités; sallu«que est alitjuid joratlonl) superesse, « Intelliçere posait, sed ne omninb posait non inlclligere,
a quim dresse... Vltanda illâ sallusilana {qu.unqii.ini « curanduin. » (Quint. lib. 8, cap. 2.) , . , ,
« In ipso vlrtutis loeum oblinet) hrevila», et abrupttim 1 « Mngistri hoc opusest, quum adbuc rudia trartabit
« sermobis genus, quod oliosum foriassi leclorem minus a ingénia, non statim, onerarc inftrmilalem disceniium,
« fallu, audientem transvolat. nec dum repetatûr ex- « se<l temperare vires suas, et au intellcrtum audientis
« spécial » (Quint, lib. 4, cap. 2.) a dcsccndere. Nam ut vascula oiis angusti superfusam
l'entrée est étroite , où rien n'enlre si l’on y verso l’eau avec abondance et précipitation , | au lieu qu’il se remplit insensiblement si l’on y verse celte même liqueur doucement , ou même goutte à goutte. De celle première simplicité le i aléehiste passera peu à peu el par degrés à quelque ehuse de plus Tort et de plus relevé, selon le progrès qu’il remarquera dans les curants : mais il aura toujours soin de s’accommoder b leur portée, de se proportionner à leur faiblesse, et de descendre jusqu'à cm. parce qu’ils ne sont point en état de s'élever ju qu’à lui.
Cet emploi , l'un des plus importants qui soient dans le ministère ecclésiastique, n'est pas ordinairement assez estimé ni assez respecté. Il est rare qu'on s'y prépare avec tout le soin qu'il mérite; et tourne on en connaît peu la difficulté et l'importance, on néglige assez souvent les moyens qui pourraient en fieilcter le succès. Quiconque est chargé de cet emploi doit lire avec grande attention l’admirable traité de saint Augustin sur la méthode d’instruire les catéchumènes, où ce grand homme, après avoir donné d’excellentes règles sur celle matière , ne dédaigne pas de proposer un modèle de la manière dont il croit qu’il faut leur apprendre les principes de la religion.
Il me semble que ce serait une chose fort utile que dans les différents catéchismes qui se font dans une paroisse il y eût un plan général et commun, qui servit de fondement a toutes les instructions , et qui en réglât la matière el l’ordre, de sorte que dans tous les catéchismes ce fussent toujours les mêmes instructions, mais traitées avec plus ou moins d’étendue , selon que les enfants seraient plus ou moins avancés. On peut les diviser en trois classes, dont la première serait des enfants qui commencent; la seconde, de ceux qui ont déjà reçu quelque instruction; la troisième enfin, des plus forts, que l’on prépare à la première communion , ou qui l’ont faite de-
« bumorls copiant respuunt, sensitn aulem influonlibus.
« vel cilam instillait», romplcntur : sic animi puerorum « quantùm accipere po&sint vldendum est. Nam majora « iotcllrctu vctul par uni aptos ad pcrcipiendum annno»
« non subibunt. a (Qoixt. lib. 1, cap- 3.)
I puis peu. Je suppose que dans chaque classe on y demeure deux ans ou environ, pendant lesquels on expliquerait la religion aux enfants suivant le plan don! je parie, quel qu’il fût (car il est bien juste de le laisser au choix et à la prudence de celui qui est à la télé des catéchistes), en y joignant toujours le catéchisme du diocèse. D’abord les matières sont traitées plus brièvement, et en général, parce que ce sont des enfants. Le catéchisme de ’M. Fleury est excellent pour les commencements, et l’on peut le regarder comme l'exécution du plan que saint Augustin donne dans son traité. Dans la seconde et la troisième classe on répète les mêmes matières, mais d’une manière nouvelle, qui enchérit tou ours sur le passé, en y ajoutant de nouveaux éclaircissements et des vérités plus fortes. Ne serait-ce pas IA un moyen d'apprendre la religion b fond? J'ai vu des enfants, même parmi les pauvres, répondre sur des matières trèsdifTiciles avec une netteté merveilleuse : ce qui ne pouvait venir que de l’ordre el de la méthode que le maître avait employés en les enseignant, et ce qui montre que les jeunes gens sont capables de tout quand ils sont bien instruits.
J'avoue qu'il n’y a rien de plus ennuyeux ui du plus rebutant pour un homme d’esprit, qui souvent a beaucoup de vivacité, que d'enseigner ain-i les premiers cléments de la religion à des enfants, qui manquent assez ordinairement d’ouverture ou d'attention. Mais n'a-t-il pas fallu qu'on ait eu la même patience à notre égard quand il s’est agi de nous faire connaître les lettres, épeler les syllabes, joindre les mots, el quand on nous a appris à nous-mêmes le catéchisme? Est-ce une chose bien agréable pour un père 1 , dit saint Augustin , que de balbutier des demi-mots avec son fils pour lui apprendre à parler? ce-
‘ ■ Nam deleclal, nisi amor imrltet, decurtata el muli- « lata verba immurmurare? El lamen optant bomines « baberc Infantes quibus id eihibeani : cl suaviu* est ma- « iri minuit mansa Inspuere parvulo fillo, qiiam ipum a maudere ac devorare graodiora. Non ergo reced.it de n peclore etiam cogiUtio gallinæ illias. quæ languidulis « peimis teneros fœtus operit, et susurrantes pullos con- « fractA voce ad vocal; cujas Mandas alas refugienles su- « perbi , prasila Qunl olitibus. » ( De Catechis. rudib. cap. x et xu )
pendant il en fait sa joie, lîne mère ne prendelle pas plus de plaisir à verser dans la bouche de son enfant un aliment proportionné à sa faiblesse , que de prendre pour elle-même la nourriture qui lui convient? Il faut nous rappeler'sans cesse dans l’esprit le souvenir de ce que fait une poule, qui couvre de ses plumes traînantes ses petits encore tendres , et qui, entendant leurs faibles cris, les appelle d’une vois entrecoupée pour les mettre à couvert de l’oiseau de proie , qui enlève impitoyablement ceux qui ne se réfugient pas sous les ailes de leur mère *. La charité de Jésus-Christ , qui a bien daigné s’appliquer & lui-même celle comparaison , a été infiniment plus loin : et ce n’est qu’à son imitation que saint Paul 1 se rendifit faible avec les faibles , pour gagner les faibles , et qu’il avait pour tous les fidèles 1 la douceur et la tendresse d'une nourrice et d'une mère.
Voilà ‘ , dit saint Augustin, ce qu’il faut se représenter à soi-même quand ou se sent tenté d’ennui et de dégoût; qu’on a de la peine à descendre jusqu’à la petitesse et à la faiblesse des enfants, et à leur répéter sans cesse des choses fort communes et cent fois rebattues. Il arrive souvent, continue, le même Père, que nous nous faisons un plaisir singulier de montrer à des amis, arrivés nouvellement dans la ville où nous demeurons, tout ce qui s’y trouve de beau, de rare, de curieux ; et la douceur de l’amitié répand des charmes secrets sur des choses qui sans cela nous paraîtraient infiniment ennuyeuses, et leur rend pour nous toute la grâce de la nouveauté. Pourquoi la charité ’ ne ferait-elle pas eu nous ce qu’y fait l’amitié, surtout quand il s’agit de montrer et de faire connaître aui
« Miltb. iî-37. — • 1 Cor. », 22.
hommes Dieu même , qui doit être le but de toutes nos connaissances et de toutes nos études?
J’ai cru devoir donner un peu plus d’étendue à ce qui regarde la manière de faire les catéchismes, qui n’est pas étrangère au but que je me propose dans cet article, d’instruire les jeunes gens de ce qui a rapport à l’éloquence de la chaire. Il est temps de passer au second devoir des prédicateurs.
9ICOSD DEVOIR DO PRfeDICATFCR.
Plaire» et pour cela parler d'une manière ornée et polie.
Saint Augustin recommande au prédicateur de s’altachcr avant tout et surtout à la clarté , mais il ne prétend pas qu’il doive s’y borner. Il n'a garde d’interdire à la vérité les ornements du discours , qu’elle seule a droit d'em> ployer. Il veut ' qu’on fasse servir l'éloquence humaine à la parole de Dieu , et lion qu'on rende la parole de Dieu esclave de l’éloquence humaine. Il sait que souvent on ne peut arriver au cœur que par l’esprit, et que pour remuer l'un il faut plaire à l’autre. C’est une excellente qualité *, selon lui, de n'aimer et de ne chercher dans les mots que les choses mêmes , et non les mots : mais il avoue eu même temps que celle qualité est fort rare; que si la vérité est montrée nùment et simplement, elle touche peu de personnes; qu’il en est de la parole comme de la nourriture *, qui doit être assaisonnée pour êlre reçue avec plaisir; et que, par rapport à l’une et à l'autre, il faut avoir égard à la délicatesse des hommes, et donner quelque chose à leur goût.
C’est pour cela que les Pères ont été bien
» 1 Taux. *, 7.
3 « Si usiiala et parvulii congmentia svpè repetere « factidimus... cl ad inürmitatem dicrentium pigel de- « scenderc... cogitemus quid nobis praerogatum cil ab « illo... fut, quum in forma Dei essst. semelipsumexi - « nam ut r formata servi accipiens. 0 (De Caleehis. rudib. c. X.)
* a Quantô ergo magic delectari doc oportet, quum a Ipsum Deumjam dUcere boni mes «ccedunt, propter « quem dUcenda cunt , quxeumque dUceuda sunt l » (Ibid. c. xii.)
1 h Nec doclor vcrbls serviat.ced verba doclori. » (De Dortr. Christ. Ilb. I, n. 61.)
* n Bonorum ingenlorum inclgnisest indolec. In verbia « verum amare. non verba... Quod lamen si fiat in-ua- « vkler, ad paucos quidem studioslssimos suus pervenit n rmetus. n(lbid. n. 26.)
3 « Seri quoulam Inter ce habenl nonnullam siniilitudl- « nom vscenles nique discenles, propter fastidia pluri- « morum ellarti ipsa, sine quibus vlvi non polest, ali- « menu condienda sunt. » (Ibid.)
éloignés d'interdire à ceux qui sont sont appelés nu ministère de la parole la lecture des ' anciens auteurs et l'érudition profane. Saint Augustin dit' que toutes les vérités qui se trouvent (jars les auteurs païens nous appartiennent , et que par conséquent nous avons droit de |es revendiquer comme notre bien propre, en les retirant d'entre les mains de ces injustes possesseurs pour en faire un meilleur mage. Il veut qu’à l'exemple des Israélites*, qui, par l'ordre de Dieu même, dépouillèrent l’Égypte de son or et de ses plus précieux vêtements sans loucher à ses idoles, nous laissions aux auteurs païens leur profane langage et leurs superstitieuses fictions , que tout bon chrétien doit avoir en 'horreur : et que nous leur enlevions les vérités qu'on y trouve, qui sont comme de l’or et de l’argent, et les grâces du discours , qui sont comme les vêtements des pensées , pour faire servir les unes et les autres à la prédication de l’Evangile. Il cite un grand nombre de Pères qui en ont fait cet usage*, 6 l'exemple de Moïse même , qui fut inslruil.avcc soin dans toute la sagesse des Égyptiens.
Saint Jérôme Iraile la même matière avec encore plus d'étendue , dans une belle lettre où il sé défend ( outre les reproches de scs adversaires *, qui lui voulaient faire un crime de ce qu’il employait dans ses écrils l'érudition profane. Après avoir indiqué plusieurs passages de l'Ecriture où l'on cite des auteurs
< De Dort. cbr. I. S. n. 30.)
s « Sic docirinæ omocs gcnlilfum, non soliim simulât a a et superstition figmenta.. qu* unutqui.xque no-trum a duce Cbrislo de socielate genlilium exiens delièl nbo- « raina ri atque devitare : sed cliam liberales disciplinas « usul verilatls apliores, et quædam morum præci-pta u utilissinia conliuent... quæ lanquani aurum et argrn- « tum debet ab eis auferre chnslianus ad usum justum « pradlcandi Evangclii. Yesiein quot|uc lllorum... acci- « pere atque habere licierit in usum ronvertenda rhri- « sliannm. » (Ib. lib. 2, n. 60.)
3 « Nonne aspicimus quanto auro et argento et reste « sofTarcinalus exierit de Ægypto Cyprianus doclorsua- « visslmus, et martyr beatlssimus?» (De Docf. Christ.) Hb. 2. n- 61.)
• Vir cloquentiâ pollens et marlyrlo.» (S. Il if. bots )
4 u Quæris cur In opusculis nostrls secularium littera- « rum interdùm ponamus exempta, et candorem eccle- ■ aicethnicorumsordibuspoliuatuus.» (S-Ujeh. Epist. ad Magnum.)
païens, il fait un long dénombrement de? écrivains ecclésiastiques qui en ont aussi fait valoir les témoignages pour la défense de la religion chrétienne. Entre les écrivains sacrés il ntajl nommé saint Paul , qui cite plusieurs endroils des poêles grecs. » C’est-*, dit-il, a qu’il avait appris du véritable David è arr*- « cher d'entre les mains des ennemis leqrs « armes pour les cnmballpe, et ô couper la # tête du superbe Goliath de sa propre épée. »
Il est donc fort à souhaiter que ceux qui sont destinés au ministère de la prédication aient d'abord puisé l'éloquence dans les sources mêmes, c'e-l- A-dire dans les auteurs grecs et latins, que l'on a toujours regardés comme les maîtres dans l'ait de bien parler. L'orateur sacré doit avoir appris d'eux à dispenser à propos les ornements du discours’, non pour plaire simplement è l’auditeur, et encore moins pour se faire de la réputation, motifs que la rhétorique païenne même a jugés indignes de son orateur : mais pour rendre |a vérité plus aimable aux hommes, en la leur rendant plus agréable; et pour les engager par celte espèce d'nppfll innocent è en goûter plus volontiers la sainte douceur, et â en pratiquer plus Odèlement les salutaires leçons.
Tout le monde sait que l’éloquence de saint Ambroise produisit cet efTet sur l’esprit d'Augustin encore enchanté des beautés de l’éloquence profane. Ce grand évêque prêchait i son peuple la divine parole avec tant de grâces et de charmes3, que tous les auditeurs, comme par une sainte ivresse , étaient ravis el enlevés hors d'eux-mêmes. Augustin ne
■ a Dtdtcmt à vero David eitorqucro de omnibus hoa siiutn gladium, fl Goli<e soperbissiml caput proprio « mucrone truncare. » (S-.lli r.n. Epist. ati Magnum.)
* « Illud, quod agilur généré irmperato. id est. nt « eloquenila ips.i deleclet, non est propterse ipxum u$ur- « pandum, sed ut rebux quæ militer honeslèque dlcon- « tur... aliquanlô prompilùs et delocUuione Ipsâ elocua tionis accédât, vel tenaciù» adtaærcscat assensus... lu « Gt ut etiiun temperati gencrU ornalu non jnctanler, sed n prudenter utamur, non eju* fine contenu , quo tan- « tummo'iù delectalur audiior : sed hoc potius agentes. a ut eliam ipso ad bonum, quod persuadere vol uni us, « aujuveiur. » (S. Adg. De Doctr. Christ, lib. 4, a. 55.)
3*«Yeniad AmbroMum epi*copuni... cujus lune elo- « quia strenuè ininislrabaot adipem frumenll toi... et a sobriam yini ebrieUlem populo tuo. » ( Confits . Ub. 5. cap. 13.)
•*4f» ï»5«> «ta*»
cherchait dans ses prédirai ions que les agréments du discours 1 , et non la solidité des choses : mais il n'était pas en son pouvoir de faire celte séparation. 11 croyait n'ouvrir son esprit et son coeur qu'à la beauté de la diction : mais la vérité y entrait en même temps, et elle s'en rendit bientôt la maîtresse absolue.
Il (il lui-méme dans la suite un pareil usage de l’éloquence. On voit dans la plupart de ses sermons que le peuple, ravi en admiration, se récriait et applaudissait. (I était bien éloigné de rechercher et d’aimer ces applaudissements .* son humilité sincère et profonde en était véritablement affligée , et lui faisait craindreja contagion secrète et subtile de celte vapeur empoisonnée. Mais d’où peuvent venir de si fréquentes acclamations», sinon de ce que la vérité , mise ainsi en évidence , et placée dans tout son jour par un homme solidement éloquent, charme et enlève les esprits?
Je ne puis m’empêcher ici d'exhorter les lecteurs à se donner la peine de lire un peiil traité de M. Arnaud, qui a pour litre : Réflexions sur l'éloquence des prédicateurs. Il y réfute une partie de la préface que M. Dubois, son ami, avait mise à la tète de sa traduction des sermons de saint Augustin, où il prétendait montrer que la manière de prêcher de la plupart des prédicateurs était contraire à celle de ce saint docteur, en ce qu’on y faisait trop d'usage de l'éloquence humaine , qu'il croyait ne devoir pas être employée dans les prédications. Cette préface avait ébloui benucoupde personnes, et avait reçu de grands applaudissements. On fut fort étonné, quand le petit traité de M. Arnaud parut , de voir qu’elle était presque tout entière fondée sur de faux principes et sur de faux raisonne-
1 « Quum non salagerem discere que diceba*., led lao- € tùtn quecnadinodiim diccbat aadire... veniebani in
• ammum meum simul cum verbis que dlltgebam res
• eliam quas negligebam : neque eoim ea dirimere po- « leram. El dum cor aperirem ad eie’pieodum quain a diseriè diccrci, panier intrabat el quain verè diceret. » [Conftts. iib. 6, cap. 11.)
1 « Undc auto m crcbrô el mullùm acciaroalur ita dicen- « libus, niai quia ventaj sic deiuonslrata , sic defensa , « sic Jnyicta deleclal? » Doctr. Chrût. iib. 4, n. W.)
menu. II est utile et agréable dq comparef ensemble ces deux ouvrages , ep lisant d'abord la préface, pour voir sj |’on y remarquera soi-même quelques dêfaqls , en examinant ensuite (a réfutation , pojir juger si el|e est solide et appuyée sur dq bopnes rqjfOfij.
Le principe que j'ai établi en snivanf ies f£gles de saint Augustin, que l'orateur chrqliet) peut et doit même quereller à plaire à l'auditeur, a besoin d'être renfermé tjaps de certaines bornes , et demande quelque éclaircissement. Il y a dans la prédicaljon deqq défaq!$ à éviter : dont l'un est de trop rechercher lej ornements et les grâces du discours, et l'autre de les trop négliger, je tjirai quelque chose de l’un et de l’autre de ces défauts!
PBEMIËH DÉPACT.
Trop rechercher te. oroeraeon du discours.
C est une disposition bien condamnable dans un orateur ctirétien que de songer davantage à plaire à son auditeur qu'à l'instruire; de plus s’occuper des mots que des choses ; de trop compter sur son travail et sur sa préparation; d'énerver la force des vérités qu’il annonce, par une affectation puérile de pensées brillantes ; enfin de frelater el de corrompre la parole de Dieu par un mélange vicieux de frivoles ornements.
Saint Jérôme', dont le goût pour l’éloquence cl pour les grâces du discours est connu, ne pouvait souffrir que l’orateur chrétien , négligeant de s’instruire lui-méme et d’instruire les antres du fond même des vérités de la religion , s'occupât uniquement , cmnme un déclamaleur, du soin de plaire ; ni que l'auguste éloquence de la chaire dégénérât en une vaine pompe de paroles, capable tout au plus d’exciter quelques légers applaudissements. Saint Ambroise pensait comme lui , et voulait qu’on jtanuit absolument de la prédication celte sorte de parure qui n’est propre qu’à affaiblir les pensées.
1 « Note te declaroetoretn esse et rabulam, garrulum- «I que sioe ratione...»
« Verba voJvere, el celerl laie dicendi apud imperium a vulgus adaiiralionem nul facere, ImJoclorum bominuni a est. » (.S. Hurox. Epitt, ad Dt epot.)
Aufer mihi lenocinia fucumque vtrborum , quia iolml enervare senlenliat'.
Dieu nous marque dans Ezéchiel combien il détestait la malheureuse disposition des Israélites captifs A Babylone. qui', au lieu de profiter des tristes prédications que son prophète leur faisait de sa part , et d’en élre utilement effrayés . allaient l’entendre uniquement pour le plaisir comme on va ft un concert de musique. Quels reproches n'eût-il point faits au prophète même, si par sa faute il eût donné lieu è un si indigne abus , en ne s'appliquant qu’a flatter l'oreille de ses auditeurs par une douce harmonie el un vain son de paroles 1 C'est la peinture naïve de ces sermons , dont il ne reste rien que le stérile souvenir dn plaisir qu'on a eu en les écoutant.
Un païen se plaignait de ce que de son temps ces sortes de délices et d’aménités du slyle , qui doivent être réservées pour des matiètes moins graves et moins sérieuses, avaient fait une es| èce de violence nu bon sens et A la droite raison, el s'étaient emparés comme par force des causes même où il s'agissait fies biens et de la vie des hommes : In ipsa capilis aut [ortunarum pericula irrupil voluplas 3.
Combien plus ce même abus serait-il condamnable dans des discours de religion , où l’on traite les matières les plus graves en même temps et les plus enrayantes ! où l’on se propose , par exemple, d’intimider salutairement et d’abaltre le pécheur en lui représentant les horreurs d'une mort plus prochaine peul-êire qu’il ne pepse, le cri du sang de Jésus-Christ qui demande vengeance d’avoir été si longtemps profané , la colère d un Dieu justement irrité prêle è éclater sur sa tête , et l'enfer ouvert sous ses pieds pour l’engloutir! Au milieu de si grandes vêrilés *, un prédicateur
' 1 Comment. I. 8.
* « El es els quasi carmen muslcum, quod auavi «lui— « cique aono canilur : el audiunt verba tua, el non fart dont. » (Ezectl. 33, 32.) ■
> Quint. I. 4. c. 1.
* « An qut<qii.m lulertl réuni in discrimina rapilia, de- « currentibus perlodt-i, quam lælissimls loris senti n- « Iliaque dlcenlemt... Quo rugcilt Intérim dolor llle? « Dbi lacrym® subslilerint? Unité se In medium tmn see cura obaervallo.arttuin mlaerii? Non ,.b eiordio u<que
est-il excusable de ne s'occuper qu’A faire un vain étalage d'élocution , A chercher des pensées brillantes, A arrondir des périodes, A eniasser de vaincs ligures? Que deviennent cependant cette douleur el cette trislessedont il doit être pénétré en parlant de tels sujets , et qui devraient ne faire de tout son discours qu'un continuel gémissement? N’aurait-on pas lieu de s’indigner s'il se menait en peine de montrer de l'esprit, et s'il avait le loisir de songer A faire le beau parleur dans un temps où il ne faut que tonner . foudroyer, et employer les mouvements les plus vifs el les plus animés?
SECOSD DérACT. •
Trop négliger les ornements du discours.
Il y a un autre défaut en matière de prédicaliou beaucoup plus commun que le premier, el qui a des suites infiniment plus pernicieuses : c’est de trop négliger le talent de la parole ; de ne point assez respecter son auditoire ; de se présenter devant lui presque i-ans aucune préparation; de dire les choses comme elles viennent sur-le-champ, souvent «mis ordre, saos choix, sans justesse; cl, par celte négligence affectée, d'inspirer A ses auditeurs du dégoût et du mépris pour la parole de Dieu, qui est digne par elle-même de s’attirer l'eslimeet le respect des hommes, et qui devrait faire leur plus solide gloire ellcur plus douce consolation.
Le but que se propose tout pasteur, tout prédicateur, en parlant aux fidèles, est de les persuader, pour les porter A la vertu el les détourner du vice : mais tous ne prennent pas les moyens propres pour parvenir A ce but. et tte s'appliquent pas à parler d'une manière capable de persuader. C’est ce qui fait la différence des bons et îles mauvais prédicateurs. Les uns, comme dit saint Augustin', le font
« ad uttlmam vocrm rontinuus quidam gcmltus, el idem a irisiiiiæ vulta* lenabltur?.. Commovcatar ne qai*- « qumn ejus fo.lunà quem lutnidum ae tul jaeUnlem , c et .iinbitioMim intütorem cloquent i« in aocipili sorte m vidcat? .Non imô oderil réuni verba «ucupanicm, el a amium de faroA ingenil, el oui «»c di-erto vacel?» (Qui.nt. lib 1, cap. 11.)
• !»e Ik>eir. chr. 1.4, n. 7.
Diqi
grossièrement, désagréablement, froidement, obtuse, deformiler, frigide : les outres le fonl ingénieusement, agréablement , fortement, aculé, ornalé, c ehtmtnler.
Le salut de la plupart des chrétiens, aussi bien que la foi, est attaché 6 la porole : mais celte parole doit être maniée avec art , avec habileté, pour lui préparer une entrée dans les esprits. L'ornement du discours est Un des moyens propres à produire cet effet ; et la raison en est bien claire. Il faut que l'auditeur non-srulcmenl entende ce qu’on dit, mais qu’il l’écoute volontiers : Volumus non solùm intelligenler, cerùm etiam libenler audiri'. Or comment écoutera-t-il volontiers, s’il n'est attiré et gagné par l’amorce du plaisir? Quit lenelur ut audiat, si non delectalur1f... Quis eum ( oratorem ) vetil audire, nisi audilorem non nulld eliam suavitate detineal 5 ? Cet ornement n'esclut point la simplicité du discours; car il ne faut pas une simplicité rude et grossière, qui rebute et fatigue : Nolumut faitidiri eliam quod submissé dicimus1. Il y a un milieu entre un style recherché, fleuri, brillant, et un style bas, rampant, négligé : et ce milieu est l’éloquence qui convient èun pasteur. Ilia quoque etoquenlia generit temperati apud eloquenlem ecclesiaslicum, nec inomalarelinquitur, ne c indecenter omatur s.
Les fidèles seraient tout autrement instruits qu’ils ne le sont, s’ils assistaient régulièrement aui prônes de leurs paroisses, ce qui est pour eux un devoir d’une plus étroite obligation qu’on ne pense; et si les prônes se faisaient comme il faut, ce qui n’en est pas un moins essentiel pour les pasteurs. Quelle douleur, quelle peine pour ceux qui ont quelque idée de l'importance de ce ministère, de voir le plus souvent leur auditoire vide, ou très-peu rrmpli. cl d’avoir peut-être il se rerocher que c’est leur manière de parler froide, languissante, ennuyeuse, et souvent trop longue, qui rebute et écarte les auditeurs ! Ils manquent par là à la fonction la plus importante de leur état. Ils trompent i’attente des peuples, qui accourent avec avidité pour remplir leurs besoins, cl qui sont
1 N. 5#. — * N. 58. — » N. 66. — * Ibiil. - *N. 57.
TRAITÉ DES ET
obligés de s’en retourner à jeun. Ils avilissent la parole de Dieu par la manière négligée dont ils l’annoncent , et ne la font plus regarder qu’avec mépris et dégoût. Ils déshonorent la majesté divine, dont ils tiennent la place', et dont ils sont les ambassadeurs; et ne font point d'attention qu’un envoyé d'un prince, qui eu userait ainsi, serait regardé avec raison par son maître comme un prévaricateur.
Us sont bien éloignés de la disposition de cet orateur grec* qui ne parlait jamais au peuple qu’il ne s’y fût beaucoup préparé , et qu'il n’eût prié les dieux, avant que de sortir de sa maison, de ne pas permettre qu'il lui échappai une seule parole qui fût indigne de son auditoire : et de celle de l'orateur romain, qui, tout habile qu’il était, déclare ■’ qu’il ne plaidait jamais aucune cause sans s’y être disposé avec tout le travail nécessaire. Je. n’o.-erais marquer clairement de quels termes se sert Quinlilien * pour condamner la négligence d'un avocat qui manquerait à ce devoir essentiel à sa profession, et qui l’est beaucoup plus à celle d'un ministre de la parole, d’où dépend le salut des peuples.
Je sais que l’accablement des affaires, presque inéiitaLle aux pasteurs sérieusement appliqués à leurs devoirs, leur laisse quelquefois peu de temps pour préparer leurs discours; mais il ne s’agit pas ici de pièces d’éloquence travaillées et polies avec un extrême soin, qui demandent un long travail, et par conséquent un grand loi-ir. Un pasteur qui uvec quelque fonds d'esprit a de l’élude cl de la lecture, cl qui joint à ces qualités un grand zèle pour le salut des fidèles, ne manque jamais de réussir et d’être goûté par le peuple, quand il met de l'ordre dans ses discours, qu’il dit des choses solides et touchante', qu'il les appuie de passages tirés de l'Ecriture, et qu'il a soin de se renfermer dans des bornes raisonnables
1 l’ro ChiUlo It'galtone fungimur.
* Pcrlclès.
* « Ad lllam rausarum opérant nunquam nisi paralus « cl molli talus acccdo. » iClC. de Leg. 1, n 12.)
4 a AiTci tel ad diccndum cur* se m pur quantum plaît rinmm potcril. Nequc enlrn solùm négligent!», sed et m malt, cl in susccpli eau? à peifldi oc prodiioris est, « pejùs tgere quan» posait. »* IQuimtil. Hb. 12, cap. fl.)
pour ne point fa|ignor son auditoire. l ue telle préparation n'emporte pas beaucoup de temps, et elle est d'nn devoir indispensable.
Y a-t-il dans le ministère ecclésiastique quelque fonction qui paraisse plus importante. plus nécessaire, plus digne du rèle pastoral, que le soin des pauvres et celui d'administrer les sacrements? Cependant d’un côté nous voyons que les apôtres , assemblés en corps pour remédier aui plaintes que la dispensation des aumônes avait fait naître parmi les fidèles, se croyaient obligés de renoncer à ce ministère, quelque saint qu'il Tôt, plutôt que de quitter la prédication de la parole de Dieu, dont ils étaient chargés spécialement et préférablement il tout le reste : et de l'autre, saint Paul, si instruit des devoirs de l'apostat, et si infatigable dans le travail, déclare nettement que Jésus-Christ ne l'a point envoyé pour baptiser, mais pour prêcher l'Evangile *. Le ministère de la prédication est dune la principale fonction des apôtres, des évêques, et de- tous les pasteurs : à laquelle ils doivent donner toute l'application dont ils sont capables, en écartant avec une sévérité inflexible tout ce qui est incompatible avec ce premier et ce plus essentiel de leurs devoirs.
C’est le précepte et l’exemple que nous ont donnés tous les grands saints qui ont fait tant d'honneur au christianisme par leurs savantes et éloquentes prédications, quoique la plupart fussent placés dans les plus grands sièges de l’Eglise, et fussent occupés à la défendre contre les hérésies.
Saint Grégoire de Nuzianze *, plein de mépris pour l’arrangement des paroles et pour les vaines délicatesses du discours, qui ne servent qu'à flatter l'oreille, était bien éloigné de négliger ce que l'éloquence pouvait avoir d’utile, comme i| le marque en plus d’un endroit3. « Je ne me suis réservé, dit-il, que o l'éloquence’, et je ne me repens point des
Act. 6, 2.
• 1 Cor. l, 17.
* Oral. 15. — * Oral. 3.
v Salai Grégoire de Nazianze avait fait plusieurs voyagea pour aller étudier l'éloquence sous les plus habiles maîtres.
« peines et des fatigues que j’ai souffertes sur « mer et sur terre pourTacquérir. Je souhaite ternis pour mes amis et pour moi que nous o en possédassions toute la force'... C’est de u tous mes biens le seul qui me soit resté. « Je l'offre, je le dévoue, je le consacre à <t mon Dieu. La voit de son commandement « et le mouvement de son esprit m’opl fait « abandonner toutes les autres choses, pour o faire avec la pierre précieuse de l’Evangile « un échange de tout ce que je possédais. Je « suis donc ainsi devenu, ou , pour mieux « dire, je désire ardemment de devenir cet « heureux marchand qui avec des choses vi- « les et périssables en achète d’excellentes et « d'éternelles. Mais, comme ministre de la « porole, je m’attache uniquement A l’art (je « parler. J'en fais mon partage, et je ne l'a- « bandonnerai jamais... » Dans un autre endroit, il remercie son peuple de ce que, par sot) ardeur incroyable pour Iq parole de Dieu, il le consolait des discours jpjurieux et pleins de malignité que la jalousie de scs ennemis répandait contre son éloquence, qu’i| avait acquise dans l’élude des auteurs profanes, mais qu'il avait ennoblie par la lecture des livres sacrés, et par le bois vivifiant de la croix, qui lui avait ôté tout ce qu'elle ava|[ eu (j'amertume. Et ij ajoute qq'jj n'était pas du sentiment de beaucoup d'autres, qui voulaient qu'on se contentât d'un discours sec , simple, sans ornement, sans élévation; qui couvraient leur paresse ou leur ignorance par un mépris dédaigneux de leurs adversaires, et qui prétendaient en cela imiter les apôtres, sans considérer que les miracles et les prodiges leur tenaient lieu d’éloquence.
Saint Ambroise, dans l’endroit même où il recommande que le discours d'un ecclésiastique soit pur3, simple, clair, plein de poids et de gravité , ajoute que, comme i’élégance n'y doit point être affectée, il ne faut pas aussi y mépriser l'agrément. El il pratiqua toujours lui-mème ce qu’il avait enseigné.
Y eut-il jamais un pasteur plus occupé que
■ Oral. 12. - » Oral. ».
1 « Oratio ait para, simplex, dilucida, atque maôlfesla, o plena gravitons fl ponderis , non affectai* eleganliâ, « Kd non Intermlssà gratis. » {Off ic. iib. 1, cap. 22 )
snjnt fqgœjljj) , Cf J>|1(3 ijévoqû tjpy b0||iies œuvres >? ijais son zè|e, non [poii)S *cl«|ré que feryenf , qp <|érofiait rien tfu |emps qu’j) lui (bllnit pour préparer les choses pécpssajres A !’jns(rqdioi| Je s jjijcles. Il partit que dans les topirpencÉpienls ses sermops ejajenl écpjs mot à iqo|, pt appris par cœup, pnpce qu'j] avait alops p|qs ije leqips , et plus t)e (icsoiq d'user de epf jp précaution, ppns |a suite. i| se cpplpptafje rjierdier )*■ spffs desepijrpjjsderp- Cffiure qu'il ovajl desseiq J’efpliqqer. d'apprpfondiflps vérités flM’jl? contenaient, et de trouver I®* pqssqgej nécessaires pour |ps appuyer et les éçlqj'rpir ; e( cette rec|ierrhe pc laissait pas (je lu| coùfep beaucoup , aussi (dep que la fatigue de parler, tqpinip il le marque lui-méqie à la lit) ijP quatrième discoqrs qu'il |jl sur le psaume lt)3 : 4tal/l10 tobore quiçsifa et in- Vftflq sunt, fnaÿnti (qpore rtunfiala p( disputqtq sunt ; sit (a(ior nqster fnnluosus colis , e( ppnedifqt qiiiipq nostra Oominum. L'ardeur ipsa|iable de ses amjileurs pour t’écflBlef csf un garapt (tien sûr dq talent qp’ii avait pour la parole, et du sojp qu’j| y donnait.
fai réservé eiprès’sqjnj fdtnsfsiûms p°nr >n «jernrei dp me* témoins, parce qp'ji est l’un dps Rûrpi qpj opf |g plus jpsisté sur la matière que je traite. Dans son beau traité sqf le sa-
cerdpee , qpi est retardé avec raiap» comme sqn cjjpf-d'mqvrç , il élaûl't, comipp uq principe ipFOOttalabie.qqela principale partie du devoir dçs évêques, et par conséquent de tous les pasteurs, consiste dans l'instruction qui se donne par |a parole , parce que c’est par elle seule qp'ils sont en état d’enseigner au* lidèles les vérités de la religion , de les animer & la vertu , de les retirer du vjee, et 4e lés soutenir dans les rudes épreuves qu’ils ont à souffrir, et dans les combats qu’ils opta liv rer (pus les jours contre les ennemis de leur salut- Sans ce secours, mie pauvre ég|jse e.-t semblable é une ville attaquée de toutes parts, et qui se trouve sans défense; ou à nn vaisseau battu de la tempête , et qui est sans pilote. La parole , daps la fipucfie dû jiasfeuf, es) copime l'épée (laps la main d’q» capitaine ; mais cette épée demande d'étre maniée avec art et avec adresse : c'est-à-dire , pour parler plus
< Eplil. 73.
c|airemept, qu'un pasjeur doit se préparer ayee beaucotip'dc soin aux' prédications et aux attires discours qu’il est obligé de faire cri puldic, et qu’il doit employer tous ses efforts poup acquérir ce talent puisque c'est de là que dépend le salut Je la plupart des Ames qui lui sont confiées.
Mais , dit-on , si cela est ainsi . pourquoi saint Paul ne s'est-il point soucié u’aequèrifce talenl?e[ pourquoi ne rougil-jl point d’avouer qu'i/ est ignorant et peu instruit pour la parole *; et cela en écrivant au* Corinthiens qui faisaient tant de cas de l'éloquence?
Celle parole , dit saint Çhrysostômc , dont on n’a point pénétré le sens, ni connu la profondeur, en a trompé plusjcurs, et a servi de prétexte pl de voile A leur paresse. Sj saint Paul était ignorant , comme vous le prétendez, comment a-l-ij confondu tés Juifs de Damas, n’ayant point encore fait île miracles!? Comment a-t-i| terrassé les Grecs? et poprquoi se relira-t-il à farsc1? ne fut-ce pas après en litre demeuré tellement victorieux par la puissance de la parole, que, lie pouvant souffrir la Itonlc d’étre vaincus, ils résolurent de le faire mourir? De quoi se servit-il pour combattre et pour disputer contre ceu* d’Antioche, qui s’efTorçaieht d’embrasser les cérémonies des Juifs? Ce sénateur de l’Aréopage, qui demeurait dans la ville du monde la plus superstitieuse et la plus savante, ne le suiyiti| pas avec sa femme, après avoir ouj seulement un de ses discours?... (Jue fit cet <3|>^tre à Thessalnnique, à Corinthe, à Ephèse, et à Borne même? Ne passa-t-il pas les jours et Ips nuits à eipliquer les Ecritures divines? Est-il besoin de raconter toutes les disputes qu’il a eues avec les épicuriens et les stoïciens?... De quel front ose-l-on encore aptes cela l’appeler ignorant, lui qui a été admiré de tout lé monde , et dans scs disputes, et dans scs sermons; lui que les f.yc«ontens prirent pour Mercure , sans doute à cause de son éloquence?
11 peut se faire que des peslpurs pleins de zèle, de charité, et très-propres d’ailleurs
* N CS TÔv tifiîet irâïTa vrctitv -J- 10 ;v; 70 >rcj ïffïiffaTrJ«[ T t i 17/- jv.
*« Impt-rilus sermone. » ( ifor . 11. G.)
pour le gouvernement, manquent du latent de la parole et ne puissent pas instruire leurs peuples par eux-mêmes. Alors l’exemple de Yalère, êvéque d'Uippone.qui, pour suppléer au peu d'usage qu’il avail de la langue ialine, fil prêcher saint Augustin en sa place et en sa présence, devient pour eux une règle, et les autorise à chercher ailleurs le supplément de ce qui leur manque. I.es rurés de campagne, qui ne peuvent point emprunter la voix d'autrui, ont le secours deslivres ‘.On a fait exprès pour eux des homélies courtes , faciles , à la portée des plus grossiers , qu’ils peuvent débiter à leurs peuples de vive voix ; ou au moins leur en faire la lecture. Saint Augustin ne blâmerait point cette pratique , lui qui croit qu’un pasteur *, incapable de composer lui-même un bon discours, peut le faire composer par un autre, et, après l’avoir appris, le prononcer comme s’il en était l’auteur. C’est que, de quelque manière que ce soit, il est d’une indispensable nécessité que les peuples soient instruits.
TROISltlIE DEVOIR DD PREDICATEUR.
Toucher et émouvoir par la force du discourt ceux à qui il parte.
Quoiqu'on doive fort estimer un discours qui joint à une grande clarté , de la grâce et de l’éloquence, cependant il faut avouer que ce qui produit les grands et les merveilleux effets de l’éloquence n'est ni le genre simple et médiocre, ni le genre orné et fleuri, mais le sublime et le pathétique. Par les deux premiers l’orateur vient â bout d’instruire et de plaire ; et il peut se contenter de ces deux effets quand il ne s'agit que de vérités spéculatives , qu’il suffit de croire, qui ne demandent que notre consentement, et qui regardent plutôt l'esprit que le cœur, si pourtant il y en a de (elles dans la religion. Mais il n’en est
1 M. l'abbé Lambert.
* « Sont quidam, qui beué pronuoUare poisunt, quid « autrui pronuntient eicogilaru non posruut. Quod si ab « allia sumaol eloqueuter sapiculerquc conicrtptum, mev inoria-que commendenl, atque ad populum proférant : « si eam perionam gerunt, uuu improbè fociuDl. » (Oe Vor.tr. C/triit. tib. V, n. Oâ.)
10 <§ jfcrn
pas ainsi quand on propose des vérités de pra tique, qui doivent être mises en exécution. Que servirait en effet que l’auditeur fût convaincu de ce que l’on dit , et qu’il applaudit à l’éloquence de celui qui parle, s’il n’allait jusqu'à aimer, embrasser, pratiquer les maximes qu'on lui prêche? Si l’orateur n’arrive à ce troisième dégré , il demeure eu chemin. Il n’a dû songer à instruire et à plaire que pour toucher. C’est en cela que saint Augustin, après Cicéron , fait consister la pleine victoire de l’éloquence. Tout discours qui laisse l'auditeur tranquille, qui ne le remue et ne l’agite point, et qui ne va pas jusqu’à le troubler, l'abattre, le renverser, et vaincre son opiniâtre résistance , quelque beau qu’il paraisse , n'est point un discours véritablement éloquent. II s’agit de lui inspirer de l’horreur de ses péchés et de la crainte des jugements de Dieu ; de dissiper le charme séducteur qui l'aveugle, et de le forcer d'ouvrir les yeux ; de lui faire haïr ce qu'il aimait, et aimer ce qu’il haïssait ; de déraciner de son cœur des passions vives, ardentes, enflammées , dont il n’est plus le maître , et qui ont pris sur lui un empire absolu; en un mot, de l’enlever et de l’arracher à lui -même , à ses désirs , à ses joies , à tout ce qui fait sa vie et son bonheur.
Je sais qu'il n’y a que la grâce toute-puissanle de Jésus-Christ qui soit capable de toucher ainsi les cœurs et d'y faire des changements si merveilleux. Penser autrement , et attendre , en quelque dégré que ce soit, l’efllcacilé de la parole, ou des grâces du discours, ou de la solidité des raisons , ou de la force des mouvements, ce serait ', selon le langage de saint Paul , anéantir la croix de Jésus- Christ , et lui dérober l’honneur de la conversion du monde pour l'attribuer à la sagesse humaine. C'est pour cela * que saint Augustin veut que l’orateur chrétien compte beaucoup plus sur la prière que sur ses talents; et qu'a-
1 « Misit me Cbrislus evangelizare, non in sapienliâ « mbi, ut non evacuelur crux Cbrlsto. » (I Cor. 1, 17.)
* « No»ier iste cloquera... bec se poise pie la le magis a oratiouum, quant oralorum facultate, non dubitet. nt « orando pro «e. ac pro illis quos est altocuturus , si t « orator, antequèm dictor... Kl quls facit ut quod opor- « tel, et queinadmodùm oporlet, dicatur à nobls, nui in aijus manu /uni et nos et sermonei noetrif... »
vaut que de parler aux hommes, il s’adresse à Dieu, qui seul peut nous inspirer et ce qu’il faut dire , et la manière dont il le faut dire. Mais1, comme on ne laisse pas d'employer les remèdes nalurels que prescrit la médecine , quoiqu'on sache que leur effet dépend uniquement de Dieu , à qui il a plu d'y attacher la guérison ordinaire des maladies, sans pourtant s’v astreindre lui-mémc ; ainsi l’orateur chrétien peut et doit mettre en usage tous les moyens, tous les sei ours que lui fournil la rhétorique, mais sans y mettre sa confiance, et étant bien persuadé qu’en vain il parlera au* oreilles si Dieu ne parle aux cœurs.
Or c'est le style sublime et pathétique , ce sont les grandes et vives figures, les passions fortes et véhémentes, qui emportent le consentement et entraînent les cœurs. L’instruction, les raisons 2, ont éclairé et convaincu l’esprit. Les grâces du discours l'ont gagné, et par leur plaisir flatteur ont préparé la voie pour arriver au cœur. Il s’agit d'y entrer et de s'en rendre maître : c’est ce qui est réservé à la grande et forte éloquence. On peut voir ce qui en a été dit ci-devant dans l’article qui regarde le sublime. Je me contenterai de rapporter ici quelques extraits des Pères , qui seront plus instructifs que toutes les réflexions que je pourrais faire sur ce sujet.
Extrait de aalnt Augustio.
Ce grand saint mit en usage les préceptes de cette éloquence victorieuse, dans une occasion importante dont il nous a lui-mémc
1 a Sicut enim corporis médicamenta, quæ bomlnlbus c ab bomlnlbus adblbciilur, nunni-i eis prosunl, quibus « Deus operatur salutem, qui et sine illis inederi pulest, « quum sine Ipso ilia non possint, cl lamrn adhibentur... m lia et adjumenta doctrinal lune prosunt animai adbl- « bila per bominem, quum IXeus opcralur ul provint, qui « potuit Evangelium dure hominl ctiam non ab bomini- « bus. neque per bominem. a (8. AD*, de Doctr. Christ. lib. 4, cap. 1 5 et 10.)
* a Oportet igitur eioquentem eeeieeiastteum , quendo a suadet allquid quod egendum est , non solttm doccre a ul Intimai, et deleciare ut leneat, verùm etiam Hectare a ut rincil. Ipse quippè jam rcmanei ad consensionem a Heciendus etoqueollB grandlisie , In quo Id non egll a usque ad rjns coufesstonem démons! rata veritas , ada Juncta eUam suavrtate dtctlonie. (Ibid. cap. 13.)
conservé l'histoire1. Ce fut à Hippone , dans le temps qu’il n'était encore que prélre, et que l’évêque Valérc le faisait parler à sa place. La fête de saint Léonce, évêque d’Hippone, étant proche, le peuple murmurait de ce qu’on voulait l'cmpéchcr de la célébrer avec les réjouissances ordinaires, c’cst-è-dire de faire dans l’église des festins qui dégénéraient en ivrogneries et en débauches. Saint Augustin , sachant le murmure du peuple , commença dès le mercredi, veille de l'Ascension, à lui parler sur ce sujet à l'occasion de l'évangile du jour, où l’on avail lu ce passage : JVe donnez pas les choses saintes aux chiens, et ne jetez pas vos perles devant les pourceaux' .
Comme ce premier discours avait eu peu d'auditeurs, et dans ce petit nombre beaucoup de contradicteurs, il parla encore du même sujet le jour suivant , fête de l’Ascension , dans une plus nombreuse assemblée où l’on avait lu l'évangile des marchands chassés du temple. Il le relut lui même, et montra combien Jésus-Christ aurait eu plus de zèle pour bannir du temple des festins dissolus, qu’un commerce innocent par lui-méme. Il lui encore divers endroits de l'Ecriture contre l'ivrognerie. Il accompagna ce discours de ses gémissements et de toutes les marques de la vive douleur que lui causait sa charité, et, après l’avoir interrompu par quelques prières qu'il fil faire , il recommença à parier avec toute l i véhémence dont il était capable, leur représentant le péril commun des peuples et des prêtres qui doivent rendre compte de leurs Ames au chef des pasteurs. « Je vous « conjure, leur dit-il, par ses humiliations, « ses souffrances, sa couronne d’épines, sa « croix et son sang : ayez du moins pitié de « nous ; et considérez la charité du vénéra- « blc Valére, qui, par tendresse pour vous , « m'a chargé du redoutable ministère de a vous annoncer la parole de la vérité. Il vous > a témoigné plusieurs fois la joie qu’il avait « de ce que j'étais venu ici ; mais c'était dans « la vue que je serais le ministre de votre u salut, et non le témoin de votre perte et
> 8. August Epiai. SU. ad Alypitim.
> Mallb 7, 6.
« de lolre djimnalioii. » Saint Augustin njmiîa qu'il espérait que ce malheur n'arriverait pas, et que, s'ils ne cédaient point à l'autorité de la parole divine qu’il leur avait annoncée, ils céderaient ayx châtiments dont il ne pouvait douter que j)ieu ne les pqnit en ce monde pour ne pas les damner en l'autre. Il dit cela d'une manière si touchante, qu’il tira les larmes des yeux de ses auditeurs, et ne put retenir les siennes. « Ce ne fut point, dit-il, en « pleurant sur eux, que je les lis pleurer; o mais, pendant que je parlais, leurs larmes « prévinrent les miennes. J'avoue que je ne « pus point alors me retenir. Après que nous « eûmes pleuré ensemble , je commençai à o espérer fortement leur correction. •
Le lendemain, qui était le jour du festin’, il apprit que quelques-uns murmuraient encore, cl disaient : « De quoi s'avise-t-on « maintenant? Ceux qui ont souffert jus- « qu'ici cette coutume n’étoienl-ils pas chréa liens? » Saint Augustin, ne sachant quel ressoct faire jpucr pour, les ébranler *, se trouva fort embarrassé. Il avait pris la résolution de lipc ô ces obstinés l'endroit du prophète Çzérhiel \ où il est dit que la sentinelle est déchargée quand elle a annoncé le péril ; cl ensuite, de secouer ses, «étetnepjs sur le peuple, et de se retirer chez tui. Mais Dieu lui épargna cette douleur, et les murmura leurs lie purent résister plus longtemps à une charité si vive et si éloquente.
La solidité et l'agrément du discours servirent sans doute à préparer ce changement et à ébranler les esprits. Mais ce qui terrassa, pour ainsi dire, les murmurateurs, et ce qui proenra à saint Augustin une pleine victoire, fut le sublime et le |>alhé!iqvc mélé à ces manières douces et tendres dont nous avons parlé ailleurs. Les deux .autres parties peuvent exciter des acclamations * ; le sublime,
.> « Quum illutisSet fîtes, ettljsolebxtit ftacei venircs- « qlle se panne. » ........ , „ ...
* « Quo illdilu, quas majores ypmniovendi eos machia nas prxpararern. omninô nesciebaiit. »
* Ezn h. 33, d.
4 a Non sanè, si dicenti erebriùs et vehementiùs accta- « melur, Idcb grandller putaii'Iiis est (if. rre ; hoc cnim « cl acumma submlssi generis, el ornementa fd ri II [il « îeraperuli. Grande aulcm genus plerumque pondéré
42 i$fri<»
le .pathétique accdbleiit hodime (ihr Ifcur poids, el, au lieu d'àjvpliiidlsscntfeHls, îi Hachent îles (iléurs.
Elirait de Mini Cjpnen.
L’êîtr&ii uué je doi^ne ici est tiré de la bel|p lettre de ce grand évêque au jvapc Corneille, au sujet de ceux qui, étant tombés pendant la persécution, (h mandaient avec fierté d’être rétablis dans l'usage des sacrements sans avoir hui une pénitence convenable, et employaient même pour cela lèâ menaces.
« Si ces pêcheurs, dit saint Cvprien, veulent être reçus dons l' Eglise , voyons quel sentiment ils ont de la satisfaction qu’ils doivent faire, et quels fruits de pénitence ils apportent. L'Eglise n’est ici fermée à personne : l'évêque ne rejette personne. Nous sommes prêts à recevoir avec patience , avec indulgence elavec douceur, tous ceux qui se présentent à nous. Je désire que tous retournent 6 l'Eglise. Je desire que tous ceux qui combattaient avec nous se rallient sous les enseignes de Jésus-Christ, et reviennentdans son camp céleste et dans la maison de Dieu son père. Je me relâche dans tout ce que je puis. Je dissimule beaucoup de choses , dans l’arderit désir que j’ai de réunir nos frères avec nous. Je n'examine pas même , avec toute la sévérité que la piété el la religion chrétienne demanderaient, les offenses qu’oh a commises contre Dieu; el je pèche peut-être moi-même en remettant trop facilement les pétllês des aulres. J’embrasse avec l'ardeur et â'cc la tendresse d'uiic entière
charité ceux qui retournent avec des gpiitiments de pénitence, ceux qui confessent leurs pêchés, et eh font SMlsfitclion avec humilité el simplicité de cieur. Que s’il y en à dui croient pouvoir rentrer dans i’Eglisc par les menaces et non par les prières, et qui songent â en forcer les portes par la terreur et iidii {dis [K se les otlvflt jutt lit salislUclibn et par les larmes, qu’ils sàclieill tjiié l'Eglise de-
« suo vocès |ircrail; sed lacrfiiiâ» esprimil. » (5. Au<*. de Doct. Çhr. lib. 4, cap. 24.)
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meure toujours fermée à de» personnes de cette sorte, et que le camp invincible de Jésus-Christ, forliDé pur In toule-puissance de ijieu.ijui en est le protecteur, ne se force point pur l’insolence des hommes. Le prêtre du Soigneur, qui suit là régie de l'Evangile , et qui garde les précojites île Jésus-Christ, peut être tué, mais il ne peut être vaincu. Sacerdos Dci, Evangelium tenens, et Christi prœrepla custodiens, occidl potesl, non point vinci. «
Il me semble que cet extrait, qui ne ressent pas moins la douceur paternelle d’un saint évêque que le courage invincible d’un grand martyr, peut être proposé comme un modèle parfait de la plus forte et de la plus sublime éloquence, qui ne le cède en rien à celle de Démosthine.
Extraits de saint Jean Cbrysostdme, contre tes serments.
Saint Chrysoslême. dans ses homélies au euplc d’Antioche, parle souvent avec beauoup de force contre ceux qui, pour des intérêts temporels, obligeaient leurs frères à prêter serment sur l’autel, et par là souvent leur donnaient lieu de se parjurer.
« Que faites-vous, malheureux? dit-il1 :
vous exigez un serment sur la sainte table, et tous Immolez criiellemeiit votre frère sur ie même autel oû reposé Jésus-Christ, qui s’est immolé pour vons ! Les voleurs commettent des meurtres, mais c’est en secret : et vous , ën pféscncedel’feglise, notre mère commune, tous égorgez un de ses enfants! pire |en cela que Catri : car enfin il cacha son crime dans fë désert, et ttç tavil à son frère qu'une viê de pctl de durée ; et vdlis, au milieu du temple , et sous les yeux de Dieu, vous causez à votre prochain unë mort éternelle! Est -ce donc pour jurer qiie là maison du Seigneur est établie, et non jiôüf prier? L’autel sacré èst- ■I destiné à donner occasion aux crimes , et non à les expier? SI tout aiiire sentiment de
■ Homil. xt. ad popul. Aulioco.
religion est étouffé en vous , respectez au moins le livre sacré que vous présentez à votre frère pour jurer. Ouvrez le saint Evangile, sur lequel vous êtes prêts à lui faire prêter serment, et. écoutant ce qu’y dit Jésus-Christ sur lesjilrrhients, trchablcz, èl hëtirei-vous. Et qu’y dit Jésus Christ? Il a été ail au.c anciens : foui ne tous parjurerez point... Et moi je vous dis que toits ne juriez en aueitne sorte Quoi! vous faites jurer sur ce même livre qui vous interdit les Jurements? I) impiété! ôélràngc sacrilège ! C’est eoriitne si l’on prenait pour complice d’un meurtre le législateur même qui le condamne.
« Je répands moins de larmes quand j’apprends què quelqu’un a été assassiné dans le grand chemin , que lorsque je vois un homme approcher de l'autel, porter sa main sur le saint livre des Evangiles, et prohonëer h haute voix le serment. Car pour lors je ne puis m'empêcher de pâlir, de trembler, de frissonner, butant pour celui qui ëxige le serment que pour celui qui le prête. Misérable! pour t’assurer quelque somme d'argent douteuse, tu perds Ion âme ! Le gain que tu fais pgut-il entrer en comparaison avec la perte de Ion frère et la tienne? Si lu sais que celui dont lu exiges le serihent est homme de bien , pourquoi ne te pas conlebter de sa parole? et s’il ne l'est pas , pourquoi le forces-tu à faire un parjure?
• Mais sans cela , dites-vous , votre preuve était imparfaite, et l’on ne vous croyait point, lié! que vous importe? C’est en craignant d’exiger le serment, que vous paraîtrez véritablement digne de foi , et que vous vous mettrez l'esprit en repos. Car enfin, quand vous êtes de retour chez vous, votre conscience ne vous fait-elle point de reproches? Ne dites-vous point en votis-même : Ai-je eu raison de lui faire prêter serment? ri’a-t-il point tbil un parjure? n’ai je point donné lieu ii un crime si horrible? Au contraire , quelle consolation n’esl-ce point pour vous quand, de retour dans voire maison , vous pouvez dire : ttieii sdil béni! je me suis retenu, j'ài épargné à mon frère f occasion d'un crime, et lui ai peut-être sauvé un faux serment. Que
> Matlh. a, 33-31.
toul l’or, que toutes les richesses de lu teric, périssent plutôt que de m'obliger è enfreindre la lui, et i forcer les autres de la violer. »
Dans l'homélie précédente 1 , saint Chrysoslômc , après avoir raconté aux auditeurs comment le saint précurseur avait été mis à mort à cause du serment d’Hérode, les exhorte à conserver la mémoire d'un si tragique événement , et a proOlcr d’un si terrible exemple ; et il emploie pour cela les figures les plus vives et les plus sublimes.
« Je vous dis hier d'emporter chacun en votre maison la tête de Jean-Baptiste encore toute sanglante, et de vous représenter ses yeux animés d’un saint xèlc contre les serments, et sa voix qui, s’élevant encore contre celte habitude criminelle, semble vous dire : Fuyex et détestez le jurement, qui a été mon meurtrier , et qui est la cause des plus grands crimes. En effet, continue saint Chrysostôme , ce que ni la généreuse liberté du saint précurseur , ni la violente colère du roi, qui se voyait repris publiquement, n’avaient pu faire, la crainte mal entendue du parjure le fit, et la mort de Jean-Baptiste fut l'effet et la suite du jurement. Je vous répète encore aujourd'hui la même chose : envisagez toujours cette tête sacrée, qui fait de continuels reproches aux blasphémateurs : et cette seule pensée sera comme un frein salutaire qui arrêtera votre laugue, et la détournera du blusphème. »
Extrait du discourt de saint ChryioslOme sur la disgrâce d 'Eutrope.
Eutropc était un favori lout-puissant auprès de l’empereur Arcade, et qui gouvernait absolument l’esprit de son mallre. Ce prince, aussi faible & soutenir ses ministres qu’imprudent è les élever, se vit obligé malgré lui d abandonner son favori. En un moment Eutropc tomba du comble de la grandeur dans l'extrémité de la misère. Il ne trouva de ressource que dans la pieuse générosité de saint
1 Homll. xiv.
Jean Chrysostôme , qu’il avait souvent maltraité, et dans l’asile sacré des aulcls, qu'il s’était effercé d’abolir par diverses lois, et où il se réfugia dans son malheur. Le lendemain, jour destiné à la célébration des saints mystères, le peuple accourut en foule à l’église, pour y voir dans Eutrope une image éclatante de la faiblesse des hommes, et du néant des grandeurs humaines. Le saint évêque parla sur ce sujet, d’une manière si vive et si louchante, qu’il changea la haine et l’aversion qu’on avait pour Eutrope, en compassion , et fit fondre en larmes tout son auditoiie. Il faut se souvenir que le caractère de saint Chrysostôme était de parler aux grands et aux puissants, même dans te temps de leur plus grande prospérité, avec une force et une liberté vraiment épiscopales.
« Si l’on a dû jamais s'écrier , Vanité des vanités, et tout n'est que vanité 1 , certainement c’est dans la conjoncture présente. Où est maintenant cet éclat des plus hautes dignités ? où sont ces marques d'honneur et de distinction? qu’est devenu cet appareil des festins il des jours de réjouissance! où se sont terminées ces acclamations si fréquentes et ces flatteries si outrées de tout un peuple assemblé dans le Cirque pour assister au spectacle? En seul coup de vent a dépouillé cet arbre superbe de toutes ses feuilles, et, après l’avoir ébranlé jusque dans ses racines , l’a arraché en un moment de la terre! Ou sont ces faux amis, ccs vils adulateurs, ces parasites si empressés à faire leur cour, et à témoigner par leurs actions et leurs paroles un servile dévouement? Tout cela a disparu et s'est évanoui comme un songe, comme uoe fleur, comme une ombre. Nous ne pouvons donc trop répéter cette sentence du Saint-Esprit : Vanité des vanités, et tout n’est que vanité. Elle devrait être écrite en caractères éclatants dans toutes les places publiques, aux portes des maisons, dans toutes nos chambres : mais elle devrait encore bien pins être gravée dans nos cœurs, et faire le couliouel sujet de nos entretiens.
« N’avais-je pas raison, dit saint Chrysos-
1 Eccles. i, 2.
lime en s’adressant à Eulrope , de vous représenter l'inconstance et la fragilité de vos richesses? Vous connaisses maintenant, par votre expérience, que, comme des esclaves fugitifs, elles vous ont abandonné, et qu’elles sont même en quelque sorte devenues perfides et homicides à votre égard , puisqu'elles sont la principale cause de votre désastre. Je vous répétais souvent que vous (levier faire plus de cas de mes reproches, quelque amers qu’ils vous parussent , que de ces fades louanges dont vos fialleurs ne cessaient de vous accabler, parce que les blessures que fait celui qui aime valent mieux que les baisers trompeurs de celui qui liait Avais-je tort de vous parler ainsi? Que sont devenus tous ces courtisans? ils se sont retirés; ils ont renoncé à votre amitié; ils ne songent qu'à leur sûreté , à leurs intérêts , aux dépens même des vûlres. il n’en est pas ainsi de nous. Nous avons souffert vos emportements dans votre élévation ; et dans voire chute nous vous soutenons de tout notre pouvoir. L’Eglise, à qui vous avez fait la guerre , ouvre son sein pour vous recevoir; et les théâtres, objet éternel de vos complaisances , qui nous ont si souvent attiré votre indignation, vous ont abandonné et trahi.
• Je ne parle pas ainsi pour insulter nu malheur de celui qui est tombé, ni pour rouvrir et aigrir des plaies encore toutes sanglantes, mais pour soutenir ceux qui sont debout, et leur faire éviter de pareils maux. Et le moyen de les éviter, c'est de se bien convaincre de la fragilité et de la vanité des grandeurs humaines. De les appeler une fleur, une herbe , une fumée , un songe , ce n’est pas encore en dire assez, puisqu’elles sont au dessous même du néant. Nous en avons une preuve bien sensible devant les yeux. Qui jamais est parvenu à une plus haute élévation? N’avait-il pas des biens immenses? lui manquait-il quelque dignité? n'était-il pas craint et redouté de tout l’empire? Et maintenant, plus abandonné et plus tremblant que les derniers des malheureux , que les plus vils esclaves, que les prisonniers enfermés dans de noirs cachots, n'ayant devant les yeux que
> Prov. *7,8.
les épées préparées contre lui , que les tourments et les bourreaux . privé de la lumière du jour nu milieu du jour même, il attend à chaque moment la mort, et ne la perd point de vue.
o Vous fûtes témoins, hier, quand on vint du palais pour le tirer d'ici par force, comment il courut aux vases sacrés, tremblant de tout le corps, le visage pâle et défait, faisant à peine entendre nne faible voix entrecoupée de sanglots, et plus mort que vif. Je le répète encore, ce n'est point pour insulter à sa chute que je dis tout ceci, mais pour vous attendrir sur ses maux , et pour vous inspirer des sentiments de clémence et de compassion à son égard.
« Mais, disent quelques personnes dures et impitoyables, qui même nous savent mauvais grè de lui avoir ouvert l’asile de l’église, n’est-ce pas cet homme là qui en a été le plus cruel ennemi, et qui a fermé cet asile sacré par diverses lois? Cela est vrai, répond saint Chrysostômc; et ce doit être pour nous un motif bien pressant de glorifier Dieu de ce qu'il oblige un ennemi si formidable de venir rendre lui-même hommage et à la puissance de l’Eglise, et à sa démence : à sa puissance, puisque c’est la guerre qu’il lui a faite qui lui a attiré sa disgrâce; à sa clémence, puisque, malgré tous les maux qu'elle en a reçus, oubliant tout le passé, elle lui ouvre son sein , elle le cache sous ses ailes , elle le couvre de sa protection comme d’un bouclier, et le reçoit dans l'asile sacré des autels que luimême avait plusieurs fois entrepris d’abolir. Il n’y n point de victoires, point de trophées, qui pussent faire tant d’honneur à l'Eglise. Une telle générosité, dont elle seule est capable, couvre de honte et les Juifs et les infidèles. Accorder hautement sa protection à un ennemi déclaré, tombé dans la disgrâce, abandonné de tous, devenu l'objet du mépris et de la haine publique; montrer à son égard une tendresse plus que maternelle ; s’opposer en même temps et à la colère du prince, et à l’aveugle fureur du peuple , voilà ce qui fait la gloire de notre sainte religion.
« Vous dites avec indignation qu’il a fermé cet asile par diverses lois. O homme I qui que vous soyez , vous est-il donc permis de vous
souvenir des injures qu’on vous a faites? Ne sommes-nous pas les serviteurs d’un Dieu crucifié , qui dit en expirant : Mon pire, pardonnez-leur,car ils ne savent ce qu'ils font'. Et cet homme , prosterné au pied de l’autel , cl exposé cli spectacle à tout l'univers, ne vient- il pas lui-même abroger ses lois et en reconnaître l’Injustice? Quel honneur pour cet autel ! et combiéb est- il devenu terrible et resjæi table , dcjdiis iju’ii nos jeux il lient ce lion enchaîné! C’cSt ainsi que ce qui rehaus»e Ijeclat de l’image d’un prince n'est pas qu'il soit assis sur un Irène , revêtu de pourpre et ceint du diadème , mais qu’il foule aux pieds lés barbares Vaincus et captifs...
« Je vois dans notre temple une assemblée aussi nombreuse qu’à la grande fêle de Pâques. Quelle leçon pour tous, que le spectacle t^ui tous occupe maintenant ! et combien le Silence même de cet homme réduit en l’état où vous le voyez, est-il plus éloquent que tous nos discours ! Lé riche en entrant ici n’a qu’a ouvrir les yeux pour reconnaître la vérité de Cette parole: Toute chair n' est que de l’herbe, et toute sa gloire est comme la /leur îles cfiainps. L’herbe s’est séchée , et la fleur est tombée, parce que le Seigneur l'a frappée de Son souffle'1. El le pauvre apprend ici a juger de son étal tout autrement qu’il ne fait , et , loin de se plaindre , à savoir même bon gré à sa pauvreté, qui lui lient lieu d’asile, de port, de citadelle , en le niellant en repos et eu sûreté , et le délivrant des craintes et des alarmes dont il voit que les richess s sont la cause et l’origine. »
Le but qu’avait saint Chrysoslôme en tenant tout ce discours n’ëlail pas seulement S'instruire son peliple , mais de l’attendrir par le récit des niaux dont II ldi faisait une peinture Si vive. Aussi eut-il la consolation, comme je l’ài déjà dit, de faire fondre en larmes tout son auditoire, quelque aversion qu'on eût. pour Eutrope . qu’on regardait avec raison comme l'auteur de tous les maux publics et particuliers. Quand il s’en aperçut, il continua ainsi :
« Ai je calmé vos esprits? ai-je chassé la
i Luc. sa. 3t.
• lut. W-6.
colère? ai-je éteint l’inhumanité? ai-je excité la compassion? Oui, sans doute ; et l’état où je vous vois , et ces larmes qui coulent de vos yeux , en sont de bons garants. Puisque vos cœurs sont attendris ,et qu’une ardente charité en n fondu la glace cl amolli la dureté , allons donc tous ensemble nous jeter aux pieds de l’empereur : ou plutôt prions le Dietl de ritiséricorde île l’adoucir, en sorte qu’il tioùs accorde la grâce entière. »
Ce discours eut son effet, et saint Chrysostônie sauva la vie à Eutrope. Mais, quelques jours après, ayant cil l’imprudence de sortir de l’église pour se sauver, il fut pris et banni en Cypre , d’où on le tira dans la suite pour lui faire son procès à Calcédoine, et il v fut décapité.
Extrait tiré du premier livre du sacerdoce.
Saint Chrysostôme avait un ami intimé, nommé Basile, qui lui avait persuadé de quitter la maison de sa mère pour mener avec lui une vie solitaire cl retirée. « Dès que celle ntère désotee eut appris cette nouvelle , elle (ne prit pur 1a main, dit saint Chrysostôme, tne mena dans sa chambre ; et m'ayant Tait asseoir auprès d’elle sur le même lit où elle m’avait mis au inonde, elle commenta â pleurer et à me parler ën des termes qui me donnèrent encore plus de pitié <jue scs larmes.
« Mon fils, me dit-elle, Dieu h a pës voulu que je jouisse longtemps de la vertu de votre père. Su mort, qui. tuivildc près les douleurs qtle j'avais endurées pour vods mettre au inonde, vous rendit orphelin, et me laissa veuve plus tôt qu’il n'eùl été utile à l'un et à l’autre. J’ai souder! toutes les peines et toutes les incoihmodi.ês du veuvage, lesquelles certes Hc peuvent être composes par les personnes ijill He les ont point éprouvées. Il d’y à poitit de discours qui puisse représenter le troùble et I nrageoù se, voit une jeüite feihme qui ne VieHl q ue de sortir de là iuülshn dé soit pérfe , qiil lie sait point les affaires, et qui , étant plongée dans l’affliciiou, doit prendre de nouvëaux soins dont la faiblesse de soit âge et celle de son sexe sont peu capables. Il faut qu’elle supplée à la négligence de ses serviteurs, et se garde de leur malice; qu’elle se défendit Ses
mauvais desseins de ses proches; qu elle souffre constammment les injures des partisans , ctjl'insolenccet la barbarie qu’ils exercent dans la levée des impôts.
a Quand un père en mourant laisse des enfanls, si c'est une fille, je sais que c’est beaucoup de peine et de soin pour une veuve : ce soin néanmoins est supportable en ce qu'il n’èst pas mélé de crainte ni de dépense. Mais si c'est un fils , l'éducation en est, bien plus difficile, et c’est un sujet continuel, d'appréhensions et de soins, sans parler de ce qu'il coûte pour le faire bien instruire. Tous ces maux pourtant ne m'ont point portée à me remarier. Je suis demeurée ferme parmi ces orages et ces tempêtes; et, me confiant surtout en la grâce de Dieu , je me suis résolue de souffrir tous ces troubles que le veuvage apporte avec soi.
s Mais ma seule consolation dansccs misères a été de vous voir sans cesse, et de contempler dans votre visage l’image vivante et le portrait fidèle de mon mari mort; consolation qui a commencé dès votre enfance, lorsque vous ne saviez pas encore parler, qui est le temps où lesjpères et les mères rcçoivent pltls de plaisir de leurs enfants.
« Je ne vous ai point aussi donné sujet de me dire qu'à la vérité j'ai soutenu avec retirage les maux de ma Condition présente, mais aussi que J’ai diminué le bien de voire père pour me tirer de ces incommodités, qui est un malheur que je sais arriver souvent aux pupilles; car je vous ai conservé tout ce qu'il vous a laissé , quoique je n’aie rien épargné de tout ce qui vous â été nécessaire pour votre éducation. J'ai pris ces dépenses sur mon bien et sur ce que j’ai eu de mon pété Cn mariage. Ce que je ne vous dis point, mon fils , dahs la vue de vous reprocher les obllgaliorts que Vous m’avez. Pour tout cela Je ne tous demande qu’une grâce , ne me rendez pas veuve une seconde fols. Ne rouvrez pas une plaie qui commençait à se fermer. Attendez au moins le jour de ma mort; peut-être u’estil pas éloigné. Ceui qui sont jeunes peuvent espérer de vieillir; tnals 3 riibh âge je ri’ài plus que la mort 3 attendre. Quand Vous m'aurez ensevelie dans le lombenu de votre père , cl que vous aurez réuni mes os à ses
cendres , entreprenez alors d'aussi longs voyages , et naviguez sur telle mer que vous voudrez , personne ne vous en empêchera : mais , pendant que je respire encore , supportez ma présence , et ne vous ennuyez point de vivre avec moi ; n’attirez pas sur vous l'indignation de Dieu en causant une douleur si jen-ible à une mère qui ne l’a point méritée. Si je songe è vous engager dans les soins du monde, et que je veuille vous obliger de prendre la conduite de mes affaires, qui sont les vôtres, n’ayez plus d'égard , j’y consens,. ni aux lois de la nature, ni aux peines que j'ai essuyées pour vous élever, ni ou respect que vous devez à pne mère, ni à aucun autre mptif pareil; fuyez-moi comme l'ennemie de volrq repos, et comme une personne qui vous tend des pièges dangereux : mais si je fais tout ce qui dépend de moi afin que vous puissiez vivre dans une parfaite tranquillité, que cette reqsis dération pour le moins vous retienne, si toutes lesautres sont inutiles. Quelque grapd nombre d'amis que vousayez, nul ne vous laissera vivre avec autant de liberté que je fais. Aussi n’y en a-t-il point qui ail la même passion que moi pour votre avancement et pour votre bien. »
. i. Il-
Saint Cbrysoslôme ne put résister à un discours si touchant; et, quelque sollicitation que Basile son ami coutiuuât toujours à lui faire.il ne put se résoudre à quitter une mère si pleine de tendresse pour lui, et si digue d’être aimée.
L’antiquité païenne peut-elle nous fournir un discours plus beau , plus vif, plus tendre , plus éloquent que celui-ci , mais de cette éloquence simple et naturelle qui passe infiniment tout ce que l'art le plus étudié pourrait avoir de plus brillant? Y a-t-il dans tout ce discours aucune pensée recherchée, aucun tour eilraordinairè »u afTeciê? Ne voit-on pas que tout y coulé de source , ëi que c’est ta nature même c^ui l’a dicté? .liais ce qüe j’admire le pliis , cesl la tclèiiue mcoiicevable d’une nière afll gée à l’excès , et pénétrée de douleur, à qui, dans un état si violent, il n’échnppe pas un seul mot ni d’emportement, ni hiêrtie dé plainte contre l’Sutcilé de Ses peines et de ses alarmes, soit par rejpecl pour ' la vertu de Basile, soit par ia crainte d'irriter
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« Dieu , ou qui est entré dans le secret de ses « conseils? Qui a pénétré la profondeur des « trésors de sa sagesse et de sa science 1 * * * ? Qui « peut se vanter d'être rempli de toutes les « richesses d'une intelligence ferme et assu-
• rée pour connaître le mystère de Dieu le
• père et de Jésus-Cnrisl * ? Il n’y a que ceux ■ à qui Dieu a bien voulu faire connaître « quelles sont les richesses de la gloire de ce « double mystère, c'est-à-dire les évangélistes « et les apôtres, qui puissent dire: Nous « avons reçu l’esprit de Dieu5 * *; nous connais-
• sons les sentiments cl les pensées de Jésus-
• Christ. On sait que ce don a été accordé à « saint Paul dans uo degré éminent*. Il fait a profession de ne savoir autre chose qneJé- « sus Christ, et Jésus Christ crucifié...* Tout a le reste lui semble une perte au prix de cette a haute et sublime connaissance. Il déclare a en plus d’un endroit que sa vocation est a d’annoncer et de découvrir à tous les hom- « mes les richesses incompréhensibles du a mystère de Jésus-Christ , dont il a reçu une a intelligence particulière *, et de les éclairer « en leur découvrant combien est admirable a l'économie de ce mystère caché avant tous a les siècles eu Dieu 1 . »
Qu'est-ce qu'un prédicateur de l'Evangile , à proprement parler? sinon un député et un ambassadeur que Dieu envoie vers les hommes, pour leur parler de sa part, pour leur expliquer ses intentions , pour leur exposer les conditions du traité qu'il veut bien faire avec eux, et de la paix qu'il veut bien leur accorder; selon celte majestueuse parole de saint Paul ; Pro Christo legalione fungimur *. Or, de qui un ambassadeur doit-il tirer ses instruetions?de qui doit-il recevoir les paroles qu'il est chargé de porter à ceux avec qui il a à traiter, sinon du maître qui l'envoie? C’est
pour celaque saint Pauleihortail les Ephésiens à offrir pour lui de continuelles prières9, «afin
1 ColOM. 2, 72. — « Ibid. I,
• 1 Cor. », 12 et 14. — » Ibid. S, 2.
• Philip. 3, 8.
• Coloss, 4. 3 et 4.
• Epbes. 3, 4, 8 et 9.
• 2 Cor. 5, 20.
> Epbet. 6. 19, 90.
« que le Dieu dont il exerçait la légation et « l'ambassade lui ouvrit la bouche et lui don- « nàl des paroles pour annoncer librement le « mystère de l'Evangile, o Et le même apôtre, dans un autre endroit, déclare que c'est Dieu lui-même qui a mis dans sa bouche et dans celle des autres apôtres la parole de la réconciliation : Potuit in tiol/is verhumrecondlialionii ' .
Quand les prédicateurs peuvent-ils dire véritablement aux peuples qui les écoutent * : « Nous faisons la charge d'ambassadeurs pour « Jésus-Christ ; et c’est Dieu même qui vous « exhorte par notre bouche5 : nous vous par- « Ions devant Dieu en Jésus-Christ, ou plu- « tôt c’est Jésus-Christ qui parle en nous*;» sinon lorsque les vérités qu’ils annoncent, et les preuves dont ils les appuient sont tirées de l'Ecriture sainte, et ont pour garants la parole de Dieu même? Elle est d'ailleurs d'une fécondité infinie, soit qu’on veuille enseigner le dogme ou expliquer les mystères; soit qu’on veuille développer les principes de la morale, ou attaquer les vices. « Toute écri- « ture qui est inspirée de Dieu est utile pour « instruire , pour reprendre , pour corriger, « et pour conduire à la piété et à la justice *. »
Il faut avouer que les vérités qu’on annonce aux fidèles ont tout une autre force, et font tout une autre impression, quand elles sont ainsi revêtues de l'autorité divine, parce que naturellement tout homme, avec l'iJée de la divinité , porte dans son cœur un fond de vénération pour elle. D'ailleurs ces vérités demeurent gravées bien plus profondément dans les esprits lorsqu’elles sont attachées à quelques passages de l'Ecriture sainte , dont on a soin d'approfondir le sens et de faire sentir l’énergie. L'auditeur peut avoir devant les yeux l'endroit qu’on explique; ce qui le rend bien plus attentif : du moius il le trouve chez lui; et, en le lisant, il rappelle facilement tout ce qu’on a dit pour le faire entendre. Mais une simple citation, souvent fort courte, dont pour l'ordinaire on n'avertit point, passe rapidement, ne laisse aucune trace, et se con-
> 2 Cor. 4, 48. — » Ibid. 20. — « Ibid. 12, 19. — * 1b. 13, S.
• 2Tlra<v. », 18.
Hft *?P
fond avec le reste du djseoum. Il pe faut pas attendre un graiicj fruit d'instructions qui ne sont fondées que sur des raisonnements humains.
« On suivrait », dit M. de Fénélon dans ses Dialogues sur l'Eloquence, où il établit d’excellentes règles sur la manière de prêcher, « on suivrait vingt ans bien <|cs prédicateurs, « sans apprendre la religion comme ou la « doit savoir.» — « J’ai souvent remarqué, » ajoute-t-il dans un autre endroit , qu'il n'y « a' ni art ni science dans le monde, que les « maîtres n’ensrigneut de suite par principes « et avec rnelhode. Il n'y a que la religion « qu’on n’enseigne point de < elle manière aux « lidèles. On leur donne dans l'enfance un
0 petit catéchisme sec , et qu'ils apprennent » par coeur sans en comprendre le sens : après
1 quoi fis n'ont pliis pour itistruc lion que des « sermons vagues et détachés. Je voudrais a quon enseignât aux chrétiens fes premiers o éléments dé leur religion et qu'on les menât « avec ordre jusqu’aux plus hauts mystères; « c’est ce que l’on faisait autrefois. On com- « mcriçait par les catéchèses , après quoi les « pasteurs enseignaient de suite l'Evangile par o tles homélies. Cela faisait des chrétiens tres- « instruits de toute la parole de Dieu. »
C’est ainsi que les pasteurs instruisaient anciennement leurs peuples ; et la principale préparation qu'ils croyâient devoir apporter â cet important ministère , qui leur paraissait très-redoutable , était l'étude de l'Ecriture sainte. Je me contenterai de citer ici le témoignage et l'exemple de saint Augustin. Valére, Son evêque, l'avâil ordonné prêtre malgré lui, dans le dessein principalement de lui faire exercer le ministère de la prédication ; en effet, il l’en chargea peu de temps après. Qui pourrait exprimer les craintes, les inquiétudes , les alarmes de saint Augustin à la vue de cette fonction, que plusieurs regardent maintenant comme un jeu, mais qui faisait trembler ce grand homme? Que lui manquait-il néanmoins, ou du célê des lalenls naturels , ou par rapport au fonds de science nécessaire â un prédicateur? et c'est ce que lui représentait son évê que. Luimême avoue1 qu'il savait assez toutes Jes cho-
• Eplsl. St, ad Vider.
scs qui regardent la religion : mais il croyait n’avôîr pas encore appris comment il fallait distribuer ces vérités aux autres pour contribuer à leur salut ; et c'e>t pour cela qu’il demandait avec tant d'instance qu'au moins on lui accordât quelque espace de temps pour s’y préparer par l'Ecriture sainte, par la prière, et parlés larmes. « Que si », disait-il dans la belle requête qu'il présenta à son évêque , « après que j'aî connu par expérience ce qui n est nécessaire à un homme chargé de là « dispensation des sacrements et de la' parole u de Dieu , vous ne voulez pas me donner le « lemps d'acquérir ce que je vois qui me « manque, vous voulez donc que je périsse? « Valére, mon cher père, où est votre thaïe rilé?.., car qu’aurai-je à répondre au Seio gneur quand il me jngcia? Lui dirai-je « qu’étant déjà embarqué dans les emplois a ecclésiastiques , il ne m'a plus été possible a de m’instruire de ce qui m'était nécessaire « pour m'en bien acquitter? »
Ce que saint Augustin n pensé sur ce sujet, tous les Pères qui ont été chargés du ministère de la prédication l’ont pensé et l'ont pratiqué comme lui : saint Basile, saint Grégoire de Nazionze, saint Chrysostéme; et ils ont marqué cette route à leurs successeurs. Cette élude est donc nécessaire à tous, et peut suffire à beaucoup. Il y a une infinité d'ecclésiastiques, peu habiles d’ailleurs, destinés cependant à instruite les enfants et les personnes du peuple ou de la campagne, que la seule leclure des livres saints, et surtout du nouveau Testament, mettra en état de s'acquitter avec sucrés de leur emploi , cl en qui celte lecture , faite avec quelque soin, suppléera à ce qui peut leur manquer du côté de la science et de la facilité de parler. Saint Augustin veut que plus ils se sentent pauvres de leur propre fonds 1 , plus ils nient recours aux rie liesses de l'Ecriture; qu'ils empruntent d’elle une autorité qu'ils hc peuvent avoir par euxmêmes, en appuyant leurs paroles de son témoignage ; et qu’ils trouvent dans sg grandeur
1 « Quant» se pauperiorrm cernil lu suis, tanloeurn « oportet in Isiis esse ciinorem : ul quod disent suis ver- « bis, probe! es ülls ; et qui propriis vertus liiinor orat. « nugnorum leslimoulu quodamtnodo crescat. » ( i)« Poct. chr. 11b. 4, cap. à. J
et dons sa force le moyen de croltro en quel- seraient pas moins bien insiruils, et jls ne que sorte et de se fortifier avec elle. seraient pas fort h plaindre d’avoir encore au-
jourd'hui pour maîtres et pour pasteurs saint Ambroise. saint Augustin, saint (’.hrysos-
% II. De l'étude des Pères
liais, pour remplir plus dignement un minjsléjre si sublime et sj important, il faut ajouter à lé|ude de l'Ecriture sainte eelje des docteurs de l'Eglise , qui en sont les véritable? interprètes, et que Jésus-Christ, l'unique maître des hommes , a daigné s'associer dans celle honorable qualité en les éclairant particulièrement de scs lumières.
L'éloquence de la chaire a au-dessus de celle du barreau un avantage et pn secours qu’on n’estime point assez, et dont il me semble qu'on ne fait point assez d’usage. Dans la dernière, l’orateur lire presque tout ce qu’il a à dire de son propre fonds. Il peut bien s’aider de quelques pensées, de quelques tours que lui fourniront les anciens, mais il né lui est pas permis de les copier; et quand il le pourrait, son- sujet, pour l’ordinaire, ne le comporterait pas. Il n’en est pas ainsi d’un prédicateur. Quelque matière qu’il ait à traiter, il a un vaste champ ouvert dans les écrits des Pères grecs et des Pères latins , où il est sùr de trouver tout ce qu’on peut dire de plus solide sur cette matière; non-seulement les principes et leurs conséquences, les vérités et leurs preuves , les règles et leur application , mais encore très-souvent le« pensées et les tours : en sorte qu’un orateur assez médiocre par lui même se trouve tout d’un coup riche du fonds d’autrui, qui devient en un certain sens son propre bien par l’usage même qu’il eu fait. El bien loin qu’on puisse lui taire un crime de se parer ainsi de ces précieuses dépouilles, on devrait au contraire lui savoir très-mauvais gré s’il osait préférer ses propres pensées & celles de ces grands hommes , à qui il a été donné, par un privilège particulier, d’instruire après leur mort tous les pays et tous les siècles.
> On ne prétend pas , quand on parle ainsi , borner le travail des prédicateurs a eztraire les plus beauz endroits des Pères , et à les débiter de la sorte à leurs auditeurs. Quand pourtant cela serait ainsi, les peuples n'en
trtme. J'ai entendu un curé de Paris, qui étaif fort goûté et fort suivi, dont ies prônes priaient presque composés que de morceaux de M. (.,■ Tourneur et de M. Nicole. En eftej , qu’importe au peuple d'où soit tiré ce qu’on lui dit , pourvu que ce soit excellent et propre à l’instruire ‘! Mais rien n’empèche un prédicateur de prêter, ou plutôt de joindre son éloquence à celle de ces grands hommes, en tirant d’eux le fond des preuves et dq raisonnement, et le tournant à sa manière saps s’en rendre esclave. S’il entreprend, par exemple, de montrer pourquoi Dieu permet que les justes soient affligés dans cette vie, saint Chrysostôme. dans sa première homélie au peuple d’Antioche, lui en fournil dix ou douze raisons différentes, toutes appuyées de pas-ages de l’Ecriture sainte, et en ajoute encore un plus grand nombre dans d’autre^ discours. Saint Augustin dit aussi des choses merveilleuses sur cette matière, dont il parlai! souvent, parce que de tout temps cette instruction et celle consolation ont été nécessaires aux justes. Un prédicateur, qui d’ailleurs a de l’esprit et du talent qiour la parole, se trouvant au milieu de ces richesses immenses; dont il lui est permis de preqdre tout ce qui lui plaira, peut-ij manquer de parler d’uPS manière grande , nob|e, nqîljesjpeuse , et èj) qiéme temps instrpcjjvp ej Sfdiije? Quand oq est un peu versé <|sns la lecture des pèrps, qq sent bien si un discours est puisé cjn ns pes sources, si les preuyes pt les principe? en sont tirés ; et quelque êloqqppj, quelque j}0lide même qu’il soit d’ailleurs, 11 lui manqua quelque chose desscnjie| sj pelfe partie |uj manque.
Je le répète encore , çef avantage est d’ut) prix inestimable, et pe demande pqs qn travail ni un temps jttfinj. Quelques qnpfles retraite suffiraient pour célle élude, quelque vaste qu’elle paraisse; cl si un liamme possédait bien seulement les |tntpéljcs de sajnf Jeqtj Chrysostôme et les sermons de saint Augq?tiu sur l’ancien et le nouveau Testament, avec quelques autres petits traités de ce dernier