‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciensChapitre 161 sur 298 · MO · texte numérisé non relu

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l'empire de» Perses serait détruit par celui des Grecs ? ce qui était contre toute vraisemblance. Comment a- 1- il vu la rapidité des conquêtes d'Alexandre, qu'il marque si dignement*en disant qu’il ne touchait pas la terre? Non langebat itrram. Comment a-t-il vu qu'Alexandre n'aurait point du dis qui lui succédât ’ ; que son empire se démembrerait en quatre principaux royaumes ; que ses successeurs seraient de sa nation , et non de son sang: et qu’il y aurait, dans les débris d'une monarchie formée en si peu de temps, de quoi composer des Etats, dont les uns seraient i l'orient , les autres au couchant ; les uns au midi , et les autres au septentrion.

En expliquant cette prophétie aux jeunes gens, on ne doit pas oublier de leur faire remarquer ce que dit l'historien Josèphc à l’occasion de l’entrée d'Alexandre i Jérusalem. Ce prince s'avancait vers cette ville plein de colère contre les Juifs *, qui étaient demeurés fidèles â Darius. Le grand prêtre Jaddus, en conséquence d’une révélation qu’il avait eue, s’était avancé, revêtu de ses habits pontificaux , au-devant d’Alexandre , avec tous les autres prêtres , revêtus aussi de leurs habits de cérémonie, et tous les lévites vêtus de blanc. Dès qu'Alexandre l'eut aperçu, il se prosterna devant lui , et adora le Dieu dont il était le ministre et dont il portait le nom respectable sur son front. El , comme un spectacle si inopiné avait jeté tout le monde dans l’étonnement , le roi déclara que le Dieu des Juifs, étant apparu à lui en Macédoine sous le même habit que portail son grand prêtre, lui avait dit de passer hardiment le détroit de l'Hellespont, et l’avait assuré qu’il serait à la tête de son armée et lui ferait conquérir l'empire des Perses, Alexandre, environné des prêtres, entra à Jérusalem, monta au temple, et offrit des sacrifices à Dieu en la manière que le grand sacrificateur lui dit qu’il le de-

1 « Surgit rcx forlli, e( doralnabUur potetUle tnutiS. . a et rrgnum ejui divldetur ta qualuor venlos cœll, icd « non in pourra* rju*. neque .vecnndàro potenlism lllla» « qni dominilu» rit. » iDxk. Il, 3, !, cia.)

« Quatuor reges de gante ejui cunsuigcnl, aed non In « fortliudinn ejus. » (Id. 8, 83.)

1 J Oi. Hilt. des Jnlb, 1. 11, c. 8.

TRAITÉ. DES ÉT

vait faire. Ce souverain pontife lui fil voir ensuite le livre de Daniel, dans lequel il était écrit qu'un prince grec délruirait l’empire des Perses; ce qui causa une joie infinie à Alexandre.

Quand il n’y aurait qu'un simple motif de curiosité, une histoire si agréable et si variée, des prophéties si évidentes et si surprenantes, ne méritent-elles pas bien d'étre rapportées aux jeunes gens? Mais quel fruit ne leur en peut-on pas faire recueillir, par rapport à la religion , en leur faisant observer l'enchaînement merveilleux que Dieu a mis entre les différentes prédictions des prophètes, dont les unes comme je l'ai déjà remarqué , servaient à autoriser les autres, et formaient toutes ensemble un degré d’évidence et de conviction auquel on ne peut rien ajouter. C’est la rétlexion par où je terminerai cet article qui regarde les prophéties.

Réflexion sur les prophéties.

Si les prophètes n’avaient prédit que des événements fort éloignés , il aurait fallu attendre longtemps pour savoir s'ils étaient prophètes , et ils n’auraient pu avoir aucune aulorité pendant leur vie.

Si . d'un autre côté, ils n’avaient prédit que des événements fort prochains, on aurait pu les soupçonner d’en être instruits par es voies naturelles; et la persuasion qu’ils ne parlaient que par l’esprit de Dieu aurait paru moins fondée.

Et s’ils n’avaient mis une liaison entre les événements prochains et les événements éloignés, par des prédictions qui devaient s’accomplir dans l'intervalle , la distance entre les deux extrémités aurait fait perdre le fruit de leurs prophéties , les premières étant oubliées , et les dernières n’étant pas attendues.

Par l'accomplissement des premières, le prophète acquérait une autorité légitime, et faisait espérer l'accomplissement des suivantes. Celles-ci ajoutaient à son autorité une certitude entière que sa lumière venait de Dieu , et que tout ce qui lui était révélé pour des temps plus reculés s'accomplirait aussi infailliblement que ce qu’il avait prédit pour

un temps plus voisin. Les monuments publics ; attestaient ce qui était accompli : l'in>truction en faisait passer la mémoire aux enfants; et ccui-ci, joignant ce qui armait rie leurs jours à ce qui était arrivé au temps de leurs pères, laissaient à l“ur postérité un profond respect pour les prophètes qui l'avaient prédit, et une ferme espérance que tout ce qui était contenu dans leurs autres prédictions s'accomplirait.

C’est ainsi que leurs livres ont mérité d'être regardés comme des livres divins. La preuve était sûre et à la portée de tout le monde. On croyait l'avenir, parce qu'on voyait le présent. On était persundé que la révélation était divine, parce qu’elle était infaillible et au-dessus de toute connaissance humaine; et l'on aurait conclu tout le contraire, si quelques événements n'avaient pas répondu é la prédiction. « Ecoutei-moi ", disait le « prophète Jérémie à un homme qui se préo tendait envoyé de Dieu; et -que tout le « peuple m'écoute aussi. Les prophètes qui b ont été avant nous oui prédit à divers pays

1 Jcrem. 28,7-9-

a et à de grands royaumes la guerre , la fab mine, et d'autres calamités. Il y en a eu, b au contraire , qui ont prédit la paii. C'a a toujours été par l'événement qu’on a dis— b cerné quels étaient ceux que Dieu eno voyait. »

Voilà l’unique règle qu’on observait. Elle était simple et facile. Le petit peuple en faisait l'appliration aussi sûrement que les plus habiles, et il n’était pas possible de s'y méprendre.

Le peu de temps que laissent aux jeunes gens les éludes ordinaires des classes ne permet pas de leur expliquer avec beaucoup d’étendue un grand nombre d'histoires ou de prophéties. Mais, si l'on en fait un choix judicieux, et que tous les ans on trouve le moyen de leur en faire lire quelques-unes , en les accompagnant de réflexions qui soient à leur portée , ce petit nombre pourra , ce me semble, beaucoup contribuer à leur inspirer un grand respect pour la religion, à leur donner beaucoup de goût pour l'Ecriture sainte . et à leur apprendre dans quel esprit et avec quels principes ils devront un jour la lire quand ils en auront le loisir.

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