‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciensChapitre 160 sur 298 · Jérusalem délivrée, égaré del'EglIie · texte numérisé non relu

Jérusalem délivrée, égaré del'EglIie

Le principal fruit qu’on doit tirer de cette histoire est de comparer ce qui arrive ici à Jérusalem avec ce qui est arrivé à l’Eglise dans tous les temps; d’y voir ses périls, ses ressources, et la promesse d'une victoire assurée sur tous ses ennemis. Un verset du psaume 47, qui certainement est prophétique, et regarde cet événement, peut nous aider à faire cette comparaison : Faites le tour de Sion, examinez son enceinte : faites le dénombrement de ses tours '. C’est le prophète qui parle au nom du prince et des chefs du peuple, qui, après une délivrance si subite et Si miraculeuse , exhortent ce qui reste de citoyens à faire le tour au dehors et au dedans de Jérusalem , pour être témoins eux-mêmes du bon étalnû sont ses fortifications. Voyez, leur disent-ils, si les ennemis y ont fait une seule brèche, s'ils en ont abattu une seule tour, s’ils peuvent se vanter d’avoir prévalu en quelque chose sur la vigilance et sur la force de celui qui en est le protecteur : Ci'rcumdate Sion, et circuite eam; numérale lurres ejus *.

L’Eglise, depuis sa naissance, a été souvent attaquée, assiégée de toutes parts, près de périr selon les apparences. Mais tous ses ennemis ont eu le sort de Sennachérib ; et , après beaucoup d'agitations et de craintes, sa foi est demeurée toujours pure, sa doctrine a prévalu sur toutes les erreurs , ses fondements n'oril pas été ébranlés, et l’on n’a pu remarquer qu’elle ait fait aucune perle, ni qu'on l'ait obligée d'abandonner aucun de ses dog-

* ■ C'est alaii que S. Jérôme a traduit ce venel.

ri hy. tinngle.

mes, on de se départir de l’ancienne tradition qui lui sert de rempart contre les nouveaux ennemis qui se succèdent les uns oui autres.

Il en sera ainsi dans tous les siècles; et ce sera un égal malheur , ou d'attaquer 1 Eglise , ou de désespérer de la protection de Dieu sur elle, et de croire qu’il ait besoin du secours des hommes pour la défendre. Tous ceux qui pensèrent ainsi de Jérusalem périrent : mais la foi de ceux qui attendirent le secours de Dieu , et qui ne doutèrent point de ses promesses, les sauva et les enrichit des dépouilles de leurs ennemis.

xaTicca ni.

Prophéties.

On peut distinguer deux sortes de prophéties.

Les unes sont purement spirituelles , et ne regardent que Jésus-Christ ou l’Eglise. Telle est la première et la plus ancienne de toutes, où Dieu , après le péché du premier homme , maudit le serpent • , et déclara que de la femme naîtrait celui qui lui écraserait la tète; c’est-àdire le Sauveur du monde, qui viendrait un jour détruire la puissance du démon. Telles sont aussi celle de Jacob, qui désigne le temps où le Messie doit venir 1 ; et celle de Daniel 3, qui marque dans un détail merveilleux le temps où ce même Messie sera mis à mort . et les suites de cette mort.

Il y a une autre espèce de prophéties , qu'on peut appeler historiques, qui prédisent des événements temporels , lesquels , pour l'ordinaire , sont eux-mêmes une prédiction et une figure d’autres événements plus importants et spirituels. On en a vu plusieurs de cette sorte dans l’histoire de Sennachérib, dont le prophète Isaïe avait marqué, longtemps auparavant , un grand nombre de circonstances , qui ne se trouvent point dans les livres historiques. On a , dans le même prophète , une autre prophétie fort célèbre, qui regarde la prise de Babylone par Cyrus, désigné par son

> Geo. 3. 16.

> Ibid. 49, 10.

> Dm. 9, *4-27.

nom deux cents ans avant sa naissance , et qui prédit la délivrance du peuple juif. Il est aisé de voir que ces deux grands événements, qui renferment presque toutes les prophéties d’Isale , la délivrance miraculeuse de Jérusalem sous le saint roi Ezéchias, et la prise de Babylonc, suivie de la liberté dc9 Juifs qui y étaient retenus captifs, étaient la figure et le gage d’autres événements qui ont rapport à la religion.

On pourrait rapporter à une troisième espèce de prophéties celle que je vais exposer, dont une partie est purement historique , et l’autre purement spirituelle. C'est la célèbre prédiction de Daniel au sujet de la statue composée de diiïérents métaux. Je la choisis préférablement aux autres, parce qu'elle a un rapport particulier à l'histoire profane, dont je dois bientôt parler.

Prophétie de Daoiel an «ijet de la statue composée de différents métaux.

Lorsque Daniel était encore fort jeune', le roi de Babylone eut un songe mystérieux dont il perdit l'idée distincte, et conserva néanmoins un souvenir confus qui l’inquiétait : II voulut que tous ceux qui passaient pour habiles lui dissent ce qu'il avait oubiié et lui en donnassent l'explication , les condamnant tous à mourir s’ils ne le faisaient. Daniel, qui était compris dans cet ordre général, se mit en prière avec trois jeunes Hébreux qui couraient avec lui le même danger; et il apprit, par une révélation divine *, ce qu’il ne pouvait savoir par aucune voie naturelle; et tous les sage9 de Babylone étaient convenus que tout autre moyen était impossible *.

« Voici donc, 0 roi, lui dit Daniel, ce que « vous avet vu. il vous a paru comme une « grande statue. Cette statue, grande et haute « extraordinairement , se tenait debout de-

1 Dan. c. 2.

* « Tune Daniel! mysteriom per viifoaem Docte reve- « iaium etU » (DM. c. 2, v. 19.)

« Eii Deus In ecelo révélons mytteria. » (v. 2g.)

> ■ Hec reperietur qulsquam qui Indice! sermonem • inconipeclo régit, excepiti dits, quorum non est coin « homintbus converMtio. a (v, 11. )

«»$£> Hit <§$**»

« vont vous , et son regard élail effroyable. « La tête en était d’un or très-pur ; la poi— « trine et les bras étaient d’argent; le ventre « et les cuisses étaient d'airain; les jambes « étaient de fer ; et une partie des pieds était « de fer, et l’autre d’argile. Vous étiez nlten- « tiT à cette vision , lorsqu’une pierre, d’elle— « même et sans la main d’aucun homme, se « détacha de la montagne , et que , frappant « la statue dans ses pieds tic fer et d’argile, « elle les mit en pièces. Alors le fer, l’argile, a l’airain . l’argent et l’or , se brisèrent tout o ensemble, et devinrent comme la paille mc- « nue et légère que le vent emporte hors de a l'aire pendant l’été, et ils disparurent sans « qu’il s’en trouvât plus rien en aucun lieu; « mais la pierre qui avait frappé la statue deir vint une grande montagne qui remplit toute « la terre. »

A cette première révélation Daniel ajouta l'explication du songe. « C’est vous, dit-il au

• roi , qui êtes la tète d'or. Il s'élèvera après

• vous un autre royaume moindre que le vô- « Ire, qui sera d’argent; et ensuite un troi— a sième royaume qui sera d'airain, et qui « commandera è toute la terre. Le quatrième « royaume sera comme le fer; il brisera et <■ réduira tout eu poudre , comme le fer brise u et dompte toutes choses. > Il explique ensuite ce que signifiaient les pieds, partie de fer et partie d’argile , et continue ainsi : a Dans a le temps de ces royaumes, le Dieu du ciel a suscitera un royaume qui ne sera jamais a détruit ; un royaume qui ne passera point « dans un autre peuple; qui renversera et a qui réduira en poudre tous ces royaumes , « et qui subsistera éternellement. »

Cette prophétie de Daniel renferme deux parties , et peut paraître mêlée d’historique et de spirituel. Dans la première il désigne clairement les quatre grandes monarchies, savoir : des Babyloniens , dont Nabuchodonosor était actuellement le roi ; des Perses et Mèdes; des Grecs et Macédoniens; des Romains : et l'ordre seul de leur succession en est une preuve. Dans la seconde il décrit en termes magniliques le règne de i ésus-Chrisl , c’est-à-dire de l'Eglise, qui doit survivre à ta ruine de tous les autres, et subsister pendant toute l'éternité.

Combien un maître chrétien est-il attentif à faire sentir aux jeunes gens, dans ces sortes de prophéties , la preuve évidente de la vérité de la religion! Car où Daniel voyait-il cette succession et cet ordre des différentes monarchies? Qui lui découvrait le changement des empires1, sinon celui qui en est le maître aussi bien que des temps , qui a tout réglé par scs décrets, et qui en donne la connaissance à qui il lui plaît par une lumière surnaturelle?

Comme on se propose d'instruire aussi les jeunes gens de l’histoire profane, on ne manque pas, à l'occasion de la | ropbélie dont je viens de parler, de leur faire observer que le même prophète désigne encore dans un autre endroit les quatre grands empires sous la figure de quatre bêtes * ; et l'on insiste beaucoup sur une autre prédiction rapportée dans le chapitre suivant, qui regarde Alexandre-le- Grand 3 , et qui est l'une des plus claires et des plus circonstanciées qui se trouvent dans l’Ecriture sainte.

Le prophète, après avoir marqué la monarchie des Perses et celles des Macédoniens sous la figure de deux bétes ', s’explique ainsi clairement : a Le bélier qui a deux cornes o inégales s représente le roi des Mèdes et u des Perses. Le bouc qui le renverse et le « foule aux pieds est le roi des Grecs > et la « grande corne que cet animal a sur le front • représente le premier auteur de celte mo- « narchie. »

Que peut opposer l’incrédulité la plus opiniâtre à une prophétie si expresse et si évidente? Par quel moyen Daniel a-t-il vu que

1 a lpse mutai lempora et anale* : transfert régna «l- « que constitua, lpse révélât profuntla etabscondila - et « iux rom co est. » tU.vîl. 2, il , Zi.)

* Dan. e. 7.

> Ibid. c. 8.

* « Ecce «ries unus habeni comuo escelia, et unum « escclslns altero.. . Ecccauteni blrrus caprarum venie- « bat ab accidente super faeiem tolius terre, et non tan- « reliai terrain... Quumque aproplnquàsset propc arle- « 1cm. efferatus est in eum. Quumque mbisscl in terrain,

« conculcavit. u tld. 8, 3, etc )

a a Arles quem vidisti haberc cornus, rex Mcdorum « est alque Persaruni. Hlrcus caprarum, rex Grecorum « est; et cornu grande, lpse est rex prlmus. «tld, Ibid, v. 20 et il ;

Page 1