‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciensChapitre 169 sur 298 · Emulation pour les arts et pour tes sciences · texte numérisé non relu

Emulation pour les arts et pour tes sciences

Diodore de Sicile , dans lu préface du douzième livre de ses histoires , fait une réflexion fort sensée sur les temps et sur les événements dont je viens de parler. Il remarque que jamais la Grèce ne fut menacée d'un plus grand danger que lorsque Xerxés , après s'èlre assujetti tous les Grecs asiatiques , vint l’attaquer avec une armée formidable, qui semblait devoir infailliblement lui faire subir le même sort. Cependant elle ne fut jamais plus glorieuse ni plus triomphante que depuis celle expédition de Xerxés, qui est, à proprement parler, l'époque où commence le beau temps de la Grèce, et qui fut en particulier pour Athènes l’occasion et la source de cette gloire qui a rendu son nom si célèbre. Pendant les cinquante années qui suivirent , on vil sortir du sein de celle ville une foule de grands hommes en tous genres , pour les arts, pour les sciences, pour la guerre, pour le gouvernement et la politique.

Pour me borner ici à ce qui regarde les beaux-arts et les sciences , ce qui les porta en si peu de temps à un si haut degré de perfection furent les récompenses et les distinctions proposées à ceux qui y excellaient , qui allumèrent parmi les beaux esprits et les habiles ouvriers une émulation incroyable.

Cimon , au retour d'une glorieuse campagne, ayant rapporté à Athènes les os de Thésée, le peuple, pour conserver la mémoire de cet événement , établit une dispute entre les poètes tragiques , qui devint fort célèbre. Des juges tirés au sort décidaient du mérite des pièces, et adjugeaient la couronne su vainqueur au milieu des louanges et des applaudissements de toute l’assemblée. Dans celle-ci l'archonte , voyant parmi les spectateurs de grandes brigues et de grandes partialités , nomma pour juges Cimon lui-mêine et neuf autres généraux. Sophocle, encore tout jeune, donna pour lors sa première pièce; et il l'emporta sur Eschyle, qui jusque-là avait fait l’honneur du théâtre et y avBit toujours primé sans contestation. Ce dernier ne put survivre à sa gloire. Il sortit d’Athènes et se relira en Sicile , où bientôt

après il mourut de chagrin. Pour Sophocle , sa gloire alla toujours en croissant et ne l'abandonna pas même dans son extrême vieillesse. Ses enfants l'avant appelé en jugement pour le faire interdire sous prétexte que son esprit s'affaiblissait de jour en jour, pour toute apologie il lut devant les juges une pièce intitulée Ædipus Coloneus , qu’il venait tout récemment d'achever , et il gagna son procès.

La gloire de remporter le prix dans ces disputes , où toutes sortes de personnes s’empressaient de produire des ouvrages d’e-prit , était regardée comme un honneur si distingué, qu’elle faisait même l'objet de l’ambition des princes, comme l'histoire nous l'apprend des deux Denys de Syracuse.

Ce fut pour Hérodote une journée bien glorieuse et un plaisir bien flatteur lorsque toute la Grèce assemblée aux jeux oly mpiques crut, en lui entendant faire la lecture de ses histoires, entendre les Muses même parler par la bouche de cet historien’; ce qui fit qu'on donna aux neuf livres qui compo-eul son ouvrage les noms des neuf Muses. Il en élail de même des orateurs et des poêles qui y prononçaient en public leurs discours, et y lisaient leurs poésies. Quel aiguillon de gloire n'excitaieut point dans les esprits des applaudissements reçus sous les yeux et par les acclamations de presque tous les peuples de la Grèce!

L’émulation n’était pas moindre parmi les habiles ouvriers ; et ce fut par là que, sous Périclès , dans un espace de temps assez courl , tous les arts furent portés à une souveraine perfection.

Ce fut lui qui bâtit l’Odéon ou théâtre de musique* , et qui (il le décret par lequel il était ordonné qu'on célébrerait des jeux et des combats de musique à la fêle des Panathénées ; et , ayant été élu juge et distributeur des prix, il ne crut pas se déshonorer en réglant et marquant dans un grand détail les lois et les conditions de ces sortes de disputes.

A qui le nom de Phidias et la réputation de ses ouvrages ne sont-ils point connus*? Ce cé-

1 Lucian In Herodoto.

* Plut, io Yllâ Perle I.

* Ibid.

lèj>re sculpteur, infiniment plus sensible i la gloire qu'â l'intérêt , sc hasarda, malgré l’extrême délicatesse qu'il connaissait au peuple d'Athènes sur ce point , d’insérer son nom ou du moins la ressemblance de s"n visage dans une fameuse statue, ne croyant pas qu'il pût y avoir pour lui de plus précieuse récompense de son travail que de partager avec son ouvrage une immortalité dont lui-même était l’auteur et la cause.

On sait avec quelle ardeur les peintres entraient en lice l’un contre l'autre, et avec quelle vivacité ils se disputaient la palme. Leurs ouvrages étaient eiposés en public, et des juges également habiles cl incorruptibles adjugeaient la victoire à celui qui avait le mieux réussi.

farrhasius et Zeuxis disputèrent ainsi ensemble : celui-ci avait représenté dans un tableau des raisjus qui étaient si ressemblants , qpe les oiseaux vjpri ni les becqueter; l'autre, dans le sien , avait peint un rideau : Zeuiis , fier dupuissànt suffrage des oiseau», le pressa comme en insultant, (Je tirer le rideau afin qu’on vit son ouvrage; j] connut bientôt son erreur*, e| céda la palme à son émule, avouant ingénument qu'il était vaincu , puisque , s'il avait trompé les oiseaux , Parrliasigs l’avait trompé lui-méme , tout maître en l’art qu’il était.

(le que j’ai dit de l'ardeur qu’un seul homme e»c la à Athènes par rapport aux arts cl aux sciences nous montre combien l'émulation pourrait taire de bien dans un Etat , si efle était appliquée à des chose, utiles au public , et si elle était retenue et renfermée dans de justes bornes. Quel honneur n’ont point fait à la Grèce les habiles ouvriers et les savants hommes qu elle a produits en si grand nombre , et dont les ouvrages , supérieurs à l'injure des temps cl à la malignité de l’envie, sont encore aujourd’hui regardés , et le seront toujours, comme la règle du bon goût et le modèle de la perfection ! Jjes marques d’honneur et de justes récompenses attachées au mérite piqueut et réveillent l'industrie, ani-

* « Intellroio êrrore concesiit pstmam ingrnuo pudonc « quoniam ipse volucre* fefelisset, Parrhaaiiu au (cm se ■ artiücem. » (Pli h. Ilb. 35, cap. 10.)

ment les esprits et les tirent d’une espèce d'engourdissement et de léthargie , et remplissent en peu de temps un royaume d'hommes illustres en tout genre. Feu M. Colbert , ministre d’Etat , avait estiné par an quarante mille érus pour ceux qui se distingueraient dans quelque genre que ce fût , ou dans les arts, ou dans les sciences; et il disait souvent à des personne» 1 de confiance qu'il avait chargées de lui faire connaître les habiles gens , que , s'il y avait dans le royaume quelque homme de mérite qui souffrit et Tôt dans le besoin , il en chargeait leur conscience et les en rendait responsables. Ce ne sont point ees sortes de dépenses qui ruinent un Jllat; et un ministre qui aime véritablement son prince et sa patrie , tic peut guère mieuxlcs servirqe’en leur procurant, par d’assez modiques sommes, désavantagés si précieux et fine gloire si durable; car, pour appliquer ici ce que dif Horace sur un autre sujet, quand il manque quelque chose aux gens de bien, on peut acheter des amis à bon prix.

Vitu smlcorum est .niions, pouli ujji yutq demi -, TROIS) Vm K MORCEAU TIRÉ PR L'hISOIRE GEECQCR.

Du gouvernement de Lacédémone.

Il n'y a peut-être rien dans tonte l’histoire profane de plus attesté ni en même temps de plus incroyable que ce qui regarde le gouvernement de Lacédémone et la discipline que Lycurgue y avait établie. Ce sage législateur était Gis de l'un des deux rois qui commandaient ensemble à Sparte; et il lui eût été facile de monter sur le trône après la mort de son frère aîné , qui n’avaït, point laissé d’enfant mâle. Mais il se crut obligé d’attendre les couches de la reine sa belle-sœur , qui pour lors était grosse; et, après l’heureux accouchement de celte princesse , il se rendit luimême le tuteur et le protecteur de l’enfant contre lesutlenlats de sa propre mère, laquelle, avant même que d'être accouchée , avait oî-

* M. Perrault MM l'abbé iStHoi».

f lioral. 1.1, eplsi. 12.

fefl de faire mourir son Sis si Lycurgue voulait l’épouser.

II conçut le hardi dessein de réformer en tout le gouvernement de Lacédémone; et, pour être en état d'y établir de plus sages règlements, il jugea à propos de faire plusieurs voyages , afin de connaître par lui-méme les différentes mœurs des peuples , ef de consulter ce qu'il y avait de personnes plus habiles et plus expérimentées dans l'art de gouverner. Il commença par l'ile de Crète , dont les lois dures et austères étaient fort célébrés. Il passa de là en Asie , où régnait une conduite tout opposée ; et enfin il se rendit en Egypte, le domicile des sciences, de la sagesse et des bons conseils.

Sa longue absence ne servit qu’à le faire plus désirer de ses concitoyens ; et les rois même pressèrent son retour, sentant bien qu iis avaient besoin de son autorité pour contenir le peuple dans le devoir et dans l'obéissance. Dés qu'il fut retourné à Sparte , fi travailla a changer toute la forme du gouvernement, persuadé que quelques lois particulière* ne produiraient pas un grand effet. Il commença par gagner les principaux de la ville, è qui il communiqua ses vues; et s’élaut assuré de leur consentement, il vint dans la place publique accompagné de gens armés, pour éjonner et pour intimider ceux qui voudraient s'opposer à son entreprise.

P If peut rappeler à trois principaux établissements la nouvelle forme de gouvernement qu’il introduisit à Lacédémone.

PBKKItH *TAM.IUEanrST.

fUatt.

De tops les nouveaux établissements de Lycçrgpc , le plus grand et le plus considérable fut celui du sénat, lequel , comme dit Platon, tempérant la puissance trop absolue des rois par une autorité égale à la leur, fut la principale cause du salut de cet Etat. Car, au lieu qu'auparavanl il était toujours chancelant, et qu'il penchait tantôt vers la tyrannie par la violence des rois , tanlOl vers la démocratie P#r le pouvoir absolu du peuple , çc sénat lui servit comme d uo contre-poids qui le main-

tint dans l'équilibre et qui lui donna une g*siette ferme et assurée ; les vingt-huit ' sénateurs qui le composaient se rangeant du cAté des rois quand le peuple voulait se rendre trop puissant , et fortifiant au contraire le parti du peuple quand les rois voulsicut porter trop loin leur autorité.

Lycurgue ayant ainsi tempéré le gouvernement . ceux qui vinrent après lui trouvèrent la puissance des trente qui composaient le sénat encore trop forie et trop absolue ; c’est pourquoi ils lui donnèrent un frein en lui opposant l'autorité des éphores *, envjroq cent trente ans après Lycurgue. Les éphores étaient au nombre de cinq , et ne demeuraient qu'un an en < barge. Ils avaient droit de faire arrêter

les rois et de les faire mener en prison, comme cela arriva à l'égard de l’ausanias. Ce fut sous le roi Théopompe que commencèrent leséphores. Sa femme lui ayant reproché qu’il laisserait à ccs enfants la royauté beaucoup moindre qu'il ne l'avait reçue, il lui répondit: Au contraire , je la leur laisserai plus grande , parce qu’elle sera plus durable 3.

SFCOSD fcTAILlSSBMEnT.

Partage des terres, et dec rl de la monnaie d'or et d'argent.

I.e second établissement de Lycurgue et le plus hardi fut le partage des terres. Il lejugea absolument nécessaire pour établir dans la république la paii cl le bon ordre. La plupart des habitants du pays étaient si pauvres qu’ils n avaient pas un seul pouce de terre, cl tout le bien sc trouvait entre les mains d'un petit nombre de particuliers. Pour bannir donc l’insolence, l’envie, la fraude, le luxe, et deux autres maladies du gouvernement encore plus anciennes et plus grandes que celles-là, je veux dire I indigence et les excessives richesses, il persuada à tous les citoyens de remettre leurs terres en commun et d’en faire un nouveau partage pour vivre ensemble dans une

‘ Ce conseil Suit compose de Irenie personnes, en y rompt enanl les tleui rois.

* Epfiore signifie* contrôleur, inspecteur.

3 ftiv ojv, eïîTfv, -/pwtMxépuy.

parfaite égalité , ne donnant les prééminences et les honneurs qu'à la vertu et au mérite.

Cela fut aussitôt exécuté. Il partagea les terres de la Laconie en trente mille parts , qu’il distribua à ceux de la campagne ; et il fit neuf mille parts du territoire de sparte, qu’il distribua a autant de citoyens. On dit que , quelques années après, Lycurgue, nu retour d’un long voyage , traversant les terres de la Laconie , qui venaient d’étre moissonnées, et voyant les las de gerbes parfaitement égaux, il se tourna vers ceux qui l’accompagnaient , et leur dit en riant: JVe semble- l-il pas que la Laconie soit l'héritage de plusieurs frères qui viennent de faire leur partage T

Après les immeubles, il entreprit de leur foire aussi partagerégalementlesaulrcsbiens, pour achever de bannir d'entre eux toute sorte d’inégalité. Mais, voyant qu'ils le supporteraient avec plus de peine s'il s’y prenait ouvertement , il y procéda par une autre voie en sapant l’avarice par les fondements. Car , premièrement , il décria toutes les monnaies d’or et d'argent, et ordonna qu'on ne se servirait que de monnaie de fer, qu'il fi! d'un si grand poids et d'un si bas prix, qu’il fallait une charrette à deux bœufs pour porter une somme de dix mines1, et une chambre entière pour la serrer.

De plus , il chassa de Sparte tous les arts inutiles et superflus : mais, quand il ne les aurait pas chassés , la plupart seraient tombés d’eui-mèmes, et auraient disparu avec l'ancienne monnaie , parce que les artisans ne trouvaient pas à se défaire de leurs ouvrages, et que celte monnaie de fer n’avait point de cours chci les autres Grecs, qui, bien loin de l’estimer, s’en moquaient et en faisaient des railleries.

TnoIslVMR ETABLISSEMENT.

Repas publics.

Lycurgue , voulant encore faire plus vivement la guerre à la mollesse et au luxe, et achever de déraciner l’amour des richesses , fit un troisième établissement : ce fut celui

1 Cinq cents livres.

des repas. Pour en écarter toute somptuosité et toute magnificence , il ordonna que tous les citoyens mangeraient ensemble des mêmes viandes qui étaient réglées par la loi , et il leur défendit expressément de manger chez eux en particulier.

Par cet établissement des repas communs , et parcelle frugale simplicité de la table, on peut dire qu'il fit changer en quelque sorte de nature aux richesses en les mettant hors d’étal d’élrc désirées , d’être volées , et d’enrichir leurs possesseurs car il n’y avait plus aucun moyen d’user ni de jouir de son opulence, non pas même d’en faire parade, puisque le pauvre et le riche mangeaient ensemble en même lieu; cl il n’était pas permis de venir se présenter aux salles publiques après avoir pris la précaution de se remplir d'autres nourritures, parce que tous les convives observaient avec grand soin celui qui ne buvait cl ne mangeait point, et lui reprochaient sou intempérance ou sa trop grande délicatesse , qui lui faisaient mépriser ces repas publics.

Les riches furent extrêmement irrités de celte ordonnance; et ce fut à cette occasion que, dans une émeute populaire, un jeune homme nommé Alcandre, creva un œil à Lycurgue d'un coup de bâton. Le peuple , indigné d'un tel outrage, remit le jeune homme entre les mains de Lycurgue, qui sut bien s’en venger; car, par les manières pleines de bonté et de douceur avec lesquelles il le traita , de violent et d’emporté qu'il était, il le rendit en as-cz peu de temps très-modéré et très-sage.

Les tables étaient chacune d’environ quinze personnes ; et , pour y être reçu . il fallait être agréé de toute la compagnie. Chacun portail par mois un boisseou de farine, huit mesures de vin , cinq livres de fromage, deux livres et demie de figues , et quelque peu de leur monnaie pour l'apprêt et l’assaisonnement des vivres. On était obligé de se trouver au repas public ; et , longtemps après, le roi Agis, au retour d’une expédition glorieuse, ayant voulu s’en dispenser pour manger avec la reine sa femme , fut réprimandé et puni.

1 Tàv vrloOrov affvÀov, uctV/üv Si «çasav, xai il rioorov «iriqr/àaccro. (Plot.) '

Les enfants même se trouvaient à ces repas; et on les y menait comme è une école de sagesse et de tempérance. Là ils entendaient de graves discours sur le gouvernement , et ne voyaient rien qui ne les instruisit. La conversation s’égayait souvent par des railleries lines et spirituelles , mais qui n'étaient jamais basses ni choquantes ; et dès qu’on s’apercevait qu’elles faisaient peine à quelqu'un , on s'arrêtait tout court. On les accoutumait aussi nu secret; et, quand un jeune homme entrait dans la salle , le plus vieux lui disait en lui montrant la porte ; Rien de tout ce qui sc dit ici ne sort par là.

Le plus exquis de tous leurs mets était ce qu'ils appelaient la muce noire, e t les vieillards la préféraient à tout ce qu’on leur servait sur la table. Denys le tyran1, s’élaut fait apprêter un pareil mets par un cuisinier de Sparte*, n’en jugea pas de même , et ce ragoût lui parut fol fade. Je ne m’en élonne pas , dit celui qui l’avait préparé, l’assaisonnement y a manqué. El quel assaisonnement? reprit le tyran. La course, la sueur, la fatigue , la faim , la soif ; car c’est là , ajouta le cuisinier, ce qui assaisonne à Sparte tous les mets.

Autres ordonnances.

Lycurgue regardait l’éducation des enfants comme la plus grande et la plus importante affaire d’un législateur. Son grand principe était qu’ils appartenaient encore plus à l’Etat qu’à leurs pères; et c’est pour cela qu’il ne laissa pas ceux ci maîtres de les élever à leur gré , el qu’il voulut que le public s'emparât de leur éducation afin de les former sur des principes constants et uniformes qui leur in-

1 a Ubt quom tyrannus canarlsset Dtonjsius. negavit it ee jure illonigro, quori orna* caput erat, delrrtalum. « Tùm is, qui Ilia caserai. Minime m rurn fnquil; COD- « dimenla euini oerueruot. (J us.- tandem? inquii ilie. a I.abor in venatu. sudor, cursus ab Euiotl, rames, sim. « (iis enfin rebas Lacedirinuniorum cpulai condiunlur » (Cic. T’use. Quæit. lib. 5. n. 98.}

* Slubee et Plutarque racontent ainsi ce fait : ce qui est plus vraisemblable ; car II ne parait pas que Denys ail jamais tait le voyage de Sparte, comme Cicéron le suppooe.

spira'sent de bonne heure l’amour de la pairie et de la vertu.

Sitôt qu’un enfant était né, les anciens de chaque tribu le visitaient; et, s’ils le trouvaient bien formé , fort el vigoureux , ils ordonnaient qu’il fût nourri , el lui assignaient une des neuf mille portions pour son héritage. Si au contraire ils le trouvent mal fait, délicat, faible, et s’ils jugeaient qu’il u’aurait ni force ni santé, ils le condamnaient a périr, et le faisaient exposer.

On accoutumait de bonne heure lesenfanls a n’êlre point difTicilcs ni délicats pour le manger ; a n’avoir point peur dans les ténèbres; à ne s’épouvanter pas quand on les laissait seuls; à ne se point livrera la mauvaise liumeurni â la criaillerie , ni aux pleurs; a marcher nu-pieds pour se faire à la fatigue; à coucher durement; à porter le même habit en hiver et en été pour s'endurcir contre le froid et le chaud.

A l'âge de sept ans on les distribuait dans les classes, où ils étaient élevés tous ensemble sous la même discipline. Leur éducation' n'était, à proprement parler, qu'un apprentissage d'obéissance , le législateur ayant bien compris que le moyen le plus sûr d’avoir des citoyens soumis a la loi et aux magistrats , ce qui fait le bon ordre el la félicité d'un Etat, était d’apprendre aux enfants, dès l'âge le plus tendre, a être parfaitement soumis aux maîtres.

Pendant qu’on était à table, le maître proposait des questions aux jeunes gens. On leur demandait , par exemple : Qui est le plut homme de bien de la ville? Que dilea-rous d’une telle action ? Il fallait que la réponse fût prompte et accompagnée d’une raison et d’une preuve conçue en peu de mots; car on les accoutumait de bonne heure au style laconique, c'est-à-dire à un style conciset serré. Lycurgue voulait que la monnaie fût fort pesante et de peu de valeur ; el au contraire que le discours comprit en peu de paroles beaucoup de sens.

Pour ce qui est des lettres, ils n’en apprenaient que pour le besoin. Toutes les sciences

1 liavï vil v vratâiiav iivki nt’uri V t'jiruOtiaç.

* Xeuoph. de Laccd. Hep.

élaienl bannies de leur pays. Leur élude ne tendait qu'à savoir obéir , à supporter les travaux et à vaincre dans les combats. Ils avaient pour surintendant de leur éducation un des plus honnêtes hommes de la ville et des plus qualifiés , qui établissait sur chaque troupe des maîtres d’une sagesse et d’une probité généralement reconnues.

Le vol non-seulement n’était point interdit parmi ces jeunes gens, mais leur était commandé : j’entends le vol d’une certaine espèce, lequel, à proprement parler, n’en avait que le nom; et j’expliquerai dansmes réflexions les raisons et les vues de Lycurgue pour le permettre. Ils se glissaient le plus Gncmcnt et le plus subtilement qu’ils pouvaient dans les jardins et dans les salles à manger, pour dérober des herbes ou de la viaudc; et, s’ils étaicnldéçouverts.on les punissait pour avoir manqué d’adresse. On raconte qu’un d’eux , ayant pris un petit renard , le cacha sous sa robe , et souffrit , sans jeter un seul cri , qu’il lui déchirât le ventre avec les ongles et les dents , jusqu’à ce qu’il tomba mort sur la place.

La patience et la fermeté des jeunes Lacédèmonienséclalaient surtout dansuneféte qu’on célébrait un l’honneur de Diane, surnommée Orthia , où les enfants ’, sous les yeuv de leurs parents et en présence de toute la ville , se lassaient fouetter jusqu’au sang sur l’autel de celte inhumaine déesse , et quelquefois même expiraient sous les coups, sans pousser aucun cri, ni même aucun soupir. Et c’étaient leurs pères mêmes * qui , les voyant tout couverts de sang et de blessures et près d’expirer, les exhortaient à persévérer constamment jusqu’à la lin. Plutarque nous assure qu’il avait vu de ses propres yeux plusieurs enfants perdre la vie à ce cruel jeu. De là vient qu’Horace donne l’épi lliète de patiente

v « Sparte pueri ad arum sic verberibns acclptantur, a ut mulnu è vtsceribus langui» excat, noonunquam « ellaro, ut quum tbl essem audiabam, ad narrai : quo- « rum non modo nrmo rxclamasll unquam, sed ne Ins (rem il M quidam a (Cic. 7uirr. Qwest. Mb. 2, n. 3t.)

* a Ipst lllos patres adhorbiutur, ut Ictus flagellorum a forlilrr perleront, et laceros ac srmianimes rogant, a peisevi reni minera prebere vulaerlbut. » (Ses. de Prn «U. cap. 4.)

à la ville de Lacédémone1, patient Lacedœmon; et qu’un autre auteur fait dire à un homme qui avait souffert trois bons coups de de bâton sans se plaindre : TresplagasspartanA nohilitae concoxi ;

L’occupation la plus ordinaire des Lacédémoniens était la chasse et les différents exercices du corps. Il leur était défendu d’exercer aucun art mécanique. Les Ilotes, qui étaient une espèce d’esclaves, cultivaient leurs terre* et leur en rendaient un certain revenu,

Lycurgue voulait que scs citoyens jouissent d’un grand loisir. Il y avait des salles communes où l’on s'assemblait pour la conversation : quoiqu’elle roulât assez souvent sur des matières graves et sérieuses, elle était assaisonnée d’un sel et d'un agrément qui instruisait et corrigeait en divertissant. Ils étaient rarement seuls : on les accoutumait à vivre comme les abeilles, toujours ensemble , toujours autour de leurs chefs. L’amour de la patrie 3 et du bien commun était leur passion dominante : ils ne croyaient point être à eux , mais à leur pays, Pédarète, n'ayant pas eu l'honneur d’être choisi pour un des trois cents qui avaient un certain rang distingué dans la ville, s’en retourna chez lui fort content et fort gai , di-ant qu’il était ravi que Sparte eût trouvé trois cents hommes plus honnêtes gens que lui.

Tout inspirait è Sparte l’amour de la vertu et la haine du vice : les actions des citoyens, leurs conversations, et même les inscriptions publiques. Il était difficile que des hommes nourris au milieu de tant de préceptes et d'exemples vivants ne devinssent pas vertueux, comme des païens peuvent l'être. Ce fui pour conserver en eux celte heureuse habitude que Lycurgue ne permit pas à toutes sortes de personnes de voyager , de peur qu’elles ne rapportassent des mœurs étrangères et des coutumes licencieuses qui leur auraient bientôt inspiré du dégoût pour la vie et pour les maximes de Lacédémone. Il chassa aussi de sa ville tous les étrangers qui n’ÿ

1 Llb. 1, od. 7.

3 F.fSi-iv tovî mlitoc, [tixpaü âstv IÇsffTwTfltf tü jtûvütt èvûouqmupoü xai «tXoTtfûaf, ôàovt alvsu Tùf irntTfiâofv

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venaient pour rien d'utile ni de proGlable, et que la curiosité seule y attirait ; craignant que chacun n'y fit entrer avec lui les défauts et les vices de son pays, et persuadé qu’il était plus important et plus nécessaire de fermer les portes des villes aux mœurs corrompues qu’aux malades et aux pestiférés.

A proprement parler, le métier et l'exercice des Lacédémoniens était la guerre : tout tendait U chez eux , tout respirait les armes. Leur vie était bien plus douce à l'armée qu’à ia ville ; et il n’y avait qu’eux au inonde à qui la guerre fût un temps de repos et de rafraîchissement , parce qu’alors les liens de cette discipline dure et austère qui régnait à Sparte étaient un peu relâchés , et qu'on leur laissait plus de liberté. Chez eux , la première loi de la guerre , et la plus inviolable , comme i)émarate le déclara à Xerxès', était de ne jamais prendre la fuite , quelque supérieure en nombre que pût être l'armée dt;s ennemis; de ne jamais quitter son poste ; de ne point livrer ses armes ; en un mot , de vaincre ou de mourir. De là vient qu'une mère * recommandait à son Gis . qui partait pour une campagne , de revenir avec sou bouclier ou sur son bouclier; et qu’une autre, apprenant que son Gis était mort dans le combat en défendant sa patrie , répondit froidement : Je ne l'avais mis au mande que pour cela. Cette disposition était commune parmi les Lacédémoniens. Après la fameuse bataille de l.euctres qui leur fut si funeste , les pères et les mères de ceux qui étaient morts en combattant se félicitaient les uns les autres, et allaient dans les temples remercier les dieux de ce que leurs enfants avaient fait leur devoir, au lieu que les parents de ceux qui avaient survécu à cette défaite étaient inconsolables. A Sparte, ceux qui avaient pris la fuite dans un combat étaient diffamés pour toujours. Non-seulement on les excluait de toutes sortes de charges et d emplois, des assemblées, des spectacles ; mais

1 Herod 17.

3 A*Ô|J TÜTTUlSl TïJV «77TlÔ« , XUI

iretpuxtMvouivr) , Trévev (iys), r, rwv, à iiri t âç. [Flct. de Virtul. mu/ier. ) Ou ntjipuriait quelquefois sur leurs boucliers ceux qui avaient été tués.

3 Cic. Tusc. Quasi, lit), i, B. loi — Plut, ia Vil* Ages.

c’était encore une honte de leur donner sà fille eu mariage ou de recevoir une fille d'eux, et on leur faisait impunément mille outrages eh public.

Ils n'allaient au combat qu’après avoir imploré le secours des dieux par des sarfiGcés et des prières publiques ; et pour lors ils marchaient à l'ennemi pleins de conflaucé, comme étant assurés de la protection divine , cl , pour me servir de l’expression de Plutarque, comme si Dieu était présent et combattait avec eux :

«if toO <r>»o j ffvfLjrapôvTOp.

Quand ils avaient rompu et mis en fuite leurs ennemis , ils ne les poursuivaient qu'alitant qu’il le fallait pour s’assurer la victoire; après quui ils se retiraient, estimant qu'il n’élait ni glorieux ni digue de la Grèce de tailler eu pièces des gens qui cèdent et qui se retirent. Et cela ne leur était pas mains utile qu'honorable ; car teurs ennemis, sachant que fout ce qui résistai! était pas-é au Gl de l'épée, et qu’ils ne pardonnaient qu'aux fuyards, préféraient ordinairement la tuile à la résistance.

Quand les premiers établissements de Lycurgue furent reçus et conGrmés par l'usage, et que la forme de gouvernement qu’il avait établie parut assez forte et assez viguiireuâb pour se maintenir d’elle-mémc et pour se conserver, comme Platon 1 * 3 dit de Dieu qu’après avoir acheté dé créer le riioride , il se réjouit lorsqu’il le vit tourner et faire ses premiers mouvements avec tant de justesse et d'harmonie ; ainsi ce sage législateur, charmé de la grandeur et de la beaulé de scs lois, sentit uu redoublement de plaisir quand il les vit, pour ainsi dire, marcher seules et cheminer si heureusement.

Mais désirant, autant que cela dépendait de la prudence humaine, de ha fendre immortelles et immuables, il Ht entendre ad peuple qu'il lui restait encore un point, le plus important el le plus essentiel de tous, sur lequel il voulait consulter l'oracle d'Apollon ; et , en attendant, il les Bt tous jurer que , jusqu’à ce qu’il fûtde retour, ils maintiendraient la forme

1 Ce passage de vision est dans le Timée, et donoe lieu de croire que ce philosophe avait lu ce que Alefre dit de Dieu quand il créa ie monde : Vidit Veut cunçtQ qua ftetratt erant valdè bona, [Gtn, X, 31.)

de gouvernement qu’il avait établie. Quand il fut arrivé à Delphes , il consulta le dieu pour savoir si ses lois étaient bonnes et suffisantes pour rendre les Spartiates heureux et vertueux. Apollon lui répondit qu'il ne manquait rien à ses lois , et que tant que Sparte les observerait, elle serait la plus glorieuse ville du monde , et jouirait d'une parfaite félicité. Lycurgue envoya cette réponse à Sparte ; et , croyant son ministère consommé, il mourut volontairement è Delphes , en s'abstenant de manger. 11 était persuadé que la mort même des grands personnages et des hommes d’Htal ne doit pas être oisive ni inutile à la république, mais une suite de leur ministère, une de leurs plus importantes actions , et celle qui leur doit faire autant ou plus d'honneur que toutes les autres. Il crut donc qu’en mourant de la sorte il mettait le sceau et le comble à tous les services qu'il avait rendus pendant sa vie à ses concitoyens, puisque sa mort les obligerait à garder toujours ses ordonnances, qu’ils avaient juré d'observer inviolablement jusqu'il son retour.

C’était une chose commune chex les païens de croire qu’on était maître de se donner la mort quand on le voulait.

RÉFLEXIONS

San LS GOUVEHSKÜ EST LS SPARTS BT SUR LES LOIS DE LYCURGUE.

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