‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciensChapitre 192 sur 298 · Amour de I* gloire · texte numérisé non relu

Amour de I* gloire

Je finis par cet article, parce que la disposition dont je parle ici était l’Âme de toutes les actions des Romains *. C’est saint Augustin qui fait telle réflexion en plus d’un endroit; et il remarque que cette passion , je veux dire le désir de la gloire, étouffait souvent en eus toutes les autres passions, et que c’est elle qui leur a fait faire toutes ces actions si belles et si éclatantes qui leur ont mérité l’admiration de tous les peuples et de tous les siècles.

1 a Intuemlni bortrnt detaceps annorats vel secundas « res Tel eÜTersts, InTenteUs otnriia prospéré eveoirte « seqiienubus deos, adverse speroemibiu. • (Uv. 1. b, a. 51.)

* l'otjb. p. 282.

• Id p. 488.

' - * De Civ. Del, Ilb. 5, cap. 12.

Le désir d’èlre esllmès, d'êlre loués comme défenseurs et protecteurs de la liberté, de la justice, des lois; comme ennemis de l'injustice, de la violence, de In tyrannie ; ce désir, dis-je, était une espèce de frein qui retenait et modérait leur ambition, et qui leur inspirait ces sentiments de bonté , de clémence , de générosité, dont le simple récit nous charme et nous enlève encore aujourd'hui , après tant de siècles.

Y eut-il jamais une journée plus glorieuse è l'empire romain que celle où , par son ordre . la liberté fut rendue à tons les peuples de la Grèce, et où l’édit en fut publié au milieu descris de joie et des applaudissements de tant de peuples? Quel éloge que celui dont toute la Grére retentit alors, et dont le bruit se répandit bientôt dans tout l'univers! « Qu’il y « avait sur la terre une nation * qui se piquait « de prendre sur elle les frais, les fatigues, « les dangers de longues et pénibles guerres « pour procurer la liberté à des peuples éloi- « gnês de leur contrée ; et qui traversait les « mers pour empêcher qu'il n'y eût dans quel- « que endroit du monde un gouvernement et « empire injuste, et pour faire régner partout « la justice, l’équité et les lois. »

Voilà ce qui faisait agir les Komains dans les beaux siècles de la république ; voila l’esprit qui animait leurs con-uls et leurs généraux. Ils aspiraient a la domination *, mais par des voies d'honneur et de gloire , et pour cela ils observaient exactement la justice et les lois ; au lieu que dans la suite l’ambition , n'étant plus retenue ni modérée par ce frein , se porta aux derniers excès d’injustice , de violence et de cruauté, comme on le vil sous JUarius, Sylta , César et Antoine.

Le Saint-Esprit , qui est fort sobre dans les louanges , n’a pas dédaigné de nous marquer en détail dans un des livres de l'Ecriture 3 les

• « Eut allqutm In terris genlem, que soi impenit, « ton laDure ac periculo belle gérât pro liber laie allurum : « nec troc fiuiliuib aul proptoquM victututls boaiinibus, « aut ter ris ruminenU juarlis pneslet : maris 1rs, ii: Ist, « ne quod loto oi be terrarum mjuntum imperium sll, et • utdqué jus , Tas , les poiemlssliui Mm. » Llr. Ilb. 33, a. 33.)

1 tsaltusl. In ltello Csttltn.

1 « Macbab. Iib. I, cap. 8.

TRAITÉ UES ÉT

vertus par lesquelles les Romains ont porlé leur république à un si haut point de gloire et de puissance ; il loue principalement leur conseil et leur sagesse 1 , leur conspiration pour le bien public 3 , leur désintéressement particulier 5, leur obéissance aux lois et à l’autorité légitime*, leur fidélité dans les traités * , leur patience dans le travail", leurfermetédans leurs résolutions , leur courage et leur valeur", et , plus que tout cela . l’amour de l'égalité et l'éloignement de toute ambition. Ces vertus, quoique défectueuses du côté du motif et de In fin , puisqu’elles n'étaient point rapportées à Dieu, mais à la vaine gloire, ne laissaient pas d'élrefnrtestimablesenelles-mémes, eu égard aux régies et aux devoirs de la société civile.

Je ne puis mieux terminer cet article que par la solide réflexion de saint Augustin sur les causes de la puissance des Romains* :

« Quoiqu’ils fussent privés, dit-il, de la vé- « rilable piété , qui consiste dans le culte sin- « cère du vrai Dieu, ils observaient néanmoins « certaines règles de probité et de justice , qui « sentie fondement d’un Etat, qui contribuent « à l’augmenter, et qui servent à l'affermir; « et Dieu a bien voulu leur accorder un succès

■ incroyable, pour faire voir, par l’exemple « d’un si grand et si puissant empire, de quelle « ulililé sont les vertus civiles et politiques, « lors même qu'elles sont séparées de la vraie « religion , et pour faire comprendre par là « aux autres hommes de quel prix elles de-

• viennent lorsque la vraie religion les relève < et les ennoblit , et comment ils peuvent par « elle devenir citoyens d’une autre patrie, dont « le roi est la vérité , dont la loi est la charité ,

■ dont la durée est l'éternité, b Cujus rex vtrilas , cujut ltx caritai , cuju i modus œUmita».

QUATRIEME MORCEAU D8 l'uISTOIRR ROMAINS.

Cbapgrmeot de li république romaine en monarchie, prévu et marqué par 1 historien t'oljbe, livre aliléiM de aoo histoire.

Je diviserai en deux parties ce que j'ai à dire sur ce sujet. Dans la première , je rap-

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