Bespecl pour U religion
11 ne faut qu’ouvrir les historiens pour voir que chez les Romains la religion dominait en tout. S'agissail-il d’entreprendre une guerre ou de donner un combat , on consultait les dieux. on implorait leur secours, on employait tous les moyens propres à se les rendre favorables. Avait-on remporté quelque victoire ou quelque avantage, on indiquait aussitôt des actions de grâces publiques, des sacrifices, des jours de fête, et le concours du peuple dans tous les temples était incroyable. A peine Annibal s’était- il mis en chemin pour retourner en Afrique , qu'à Rome
• Uv. Ilb. 24. n. 18.
• Cie de Leg. lib. 3, n. 18.
• Ut. Ilb. 30, n. 2t.
1 on sc reprocha la lenteur avec laquelle on remerciait les dieux d’un bienfait si hingicmps attendu et si peu espéré. Leur grand principe était 1 que la piété envers les dieux était la cause de tous les heureux succès, comme la négligence dons leur .culte attirait tous les malheurs.' De là vient, dit Polybe *, que les domains , dans les grandes nécessités, s’appliquent avec tant de soin à se rendre les dieux et les hommes favorables, et que dans toutes les cérémonies du la religion qu’exigent ces sortes de conjonctures, ils ne trouvent rien de bas ni d’indigne de leur grandeur. Et dans un autre endroit’ , il r. marque que ce qui relève infiniment le peuple romain audessus de tous les autres peuples, c'est le respect de la religion et la crainte des dieux , qui ailleurs est souvent traitée de petitesse d’esprit et de bassesse. Chez les Grecs, ajoute-t-il, on a beau vouloir lier les mains de ceux qui manient les deniers publics , par mille précautions de signatures, de témoins, de lépondants, de surveillants, la mauvaise foi l’emporte toujours ; au lieu que chez les Romains la seule religion du serment conserve les mains pures dans l'administration de sommes infiniment plus considérables, rien n'étant plus rare à Rome que d’y voir un général ou un gouverneur convaincu de péculat.