‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciensChapitre 212 sur 298 · SS> «48 <*H · texte numérisé non relu

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de bonne heure à ne point craindre le grond jour, et le guérit d’une certaine pusillanimité qu'inspire nalurellemenl une vie sombre et retirée ; au lieu que dans le secret et en particulier il languit pour l'ordinaire, il s’abat, il se rouille pour ainsi dire, ou bien il tombe dans une extrémité opposée, qui est de s’enfler d’un sot orgueil et de se mettre au-dessus des autres, parce qu'il n'a personne avec qui il puisse se mesurer.

2“ et 3". Au collège, on fait des connaissances et des liaisons qui durent souvent autant que la vie; et l'on y prend un certain usage du monde que la société seule peut donner. Quintilien n’insiste pas sur ccs deux avantages, et semble les compter pour pru.

4° Le grand avantage des écoles , c’est l’émulation. Un enfant y profite de ce qu'on lui ditàlui-méme.eldeccqu'on diluui autres. Il verra tous les jours son maître approuver une chose, corriger l'autre, blâmer la pare-sc de celui-ci, louer la diligence de celui-là : il mettra tout à profil. L’amour de la gloire lui servira d’aiguillon pour le travail. Il aura honte de céder à ses égaux : il se piquera même de surpasser les plus avancés. Quels efforts ne fait point un bon écolier pour primer dans sa classe et pour remporter les prix. Voilà ce qui donne de l’ardeur à de jeunes esprits'; et une noble émulation bien ménagée, dont on aura soin de bannir la malignité , l’envie , ta fierté, est un des meilleurs moyens pour les conduire aux plus grandes vertus et aux plus difficiles entreprises.

5° Un autre avantage qui se rencontre encore dans les écoles, c’est qu’un jeune homme trouve dans ses compagnons des modèles qui sont à sa portée, qu'il se flatte de pouvoir atteindre, et qu'il ne désespère pas même de pouvoir un jour surpasser : au lieu que , s’il

« aoeacaljsm à trnero non retormidare homlnes ntquc « illA wliliiià et velut umbratili vilâ pallesccre. Exei- « landa mens et allollenda «emper est. qua: in hujus- « modl secretis nul languescil, et quemdam velut in ■ opaco sllum ducit : aul contra lumescil inanl persua- « lione. Necesse est cnlm sibi niraiùm tiibuat, qui se « neminî comparai. »

1 ■ Accendunl omnia hsc animos : et, licel ipsa vi- « lium sil ambilio, fréquenter larnen causa virtutum

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.était seul . il y aurail pour lui de la témérité d’oser se mesurer avec son maître.

6° Enfin, c'est qu’un maître qui a un nombreux auditoire s’anime tout autrement que celui qui. étant tête à télé avec son unique disciple, ne peut lui parler que froidement , et d'un ton de conversalion. Or, il est incroyable combien ce feu et celte vivacité d’un maître qui, en expliquant les beaux endroits d’un auleur, se transporte lui-même et se passionne, est propre, non-seulement à rendre les jeunes gens attenlifs, mais encore è leur inspirer le même goût elles mêmes sentiments dont celui qui leur parle est pénétré.

Quintilien ne manque pa» de faire remarquer que l'opinon qu'il soutient est appuyée sur un usage presque universel , et sur l’autorilé des auteurs les plus estimés et des législateurs les plus célèbres.

Je pourrais ajouter que cette coutume n’a pas été observée moins régulièrement depuis Quintilien , et sous le christianisme môme. L'histoire ecclésiastique nous en fournil une infinité d’exemples. Celui de saint Bazile et de saint Grégoire de Nazianze est connu de tout le monde. J'en rapporterai te détail à la fin de ce volume. Il me suffit maintenant de remarquer que les familles de ccs deux illustres amis étaient des plus chrétiennes qui fussent alors dans l'Eglise. Elles crurent néanmoins pouvoir confier aux écoles publiques ce qu’elles avaient de plus cher au munde : et Dieu bénit leurs pieuses intentions par un succès qui passa toutes leurs espérances. Oserait-on taxer celte conduite d’imprudence et de témérité?

D'un autre cûté, oserait-on condamner la sainte timidité de parenls chrétiens qui, A la vue des dangers qui se rencontrent dans les collèges ( et il faut avouer aussi qu’ils sont grands j, moins attentifs à faire avancer leurs enfants dans les sciences qu’à conserver en eui le précieux et l'inestimable trésor de l'innocence , prennent le parti de les élever sous leurs yeux dans une maison où ils n'entendent que de sages discours, où ils ne voient que de bons exemples, et d'où l'on a soin d'écarter, autant qu’il se peut, tout ce qui serait capable d'altérer la pureté do leurs mœurs? Il y a encore

certainement de telles maisons ; mais le nombre en est-il bien grand?

Entre les deux manières ordinaires d'élever la jeunesse, qui sont de les mettre pensionnaires au collège, ou de les instruire en particulier, il y en a une troisième qui lient le milieu et semble les réunir; c'est d’envoyer les enfants nu collège pour y profller de l’émulation des classes, en les retenant le reste du temps dans la maison paternelle. Par la on évite peut-être une partie des dangers, comme aussi l'on se prive d'une partie des avantages du collège : parmi lesquels on doit compter pour beaucoup l’ordre , la règle , la discipline, qui, par un coup de cloche, marquent d'u ie manière uniforme tous les exercices de In journée; et la vie simple et frugale qu’on y mène, éloignée des douceurs, et des caresses de la maison paternelle , qui ne sont propres qu’à amollir les enfants. C’est ce que remarque un illustre magistrat des siècle» passés', dans un extrait que j'ai cité au premier tome de cet ouvrage. <• .Mon père (c’est ce • magistral qui parle ) di-ail qu'en cette nour- « riture du collège, il avait eu deux regards ;

« l'un è la conversation de la jeunesse giie « et innocente; l'autreél» discipline scolas- « tique, pour nous faire oublier les mignar- « dises de la maison, et comme pour nous dé- « gorger en eau courante. Je trouve que ces a dix-huit mois de collège me firent assez a bien... J’appris la vie frugale de la scola- « rité, et à régler mes heures. »

Un autre avantage des collèges (je les sup-

pose tels qu’ils doivent être), et le plus grand de tous, c'est d'npprendre à fond la religion, d’en puiser la connaissance dans les sources 1 même, d'en connaître le véritable esprit et la véritable grandeur, et de se prémunir par de solides principes contre les dangers que la fniel la piété ne rencontrent que trop dans h; monde. Il n'est pas impossible, mais certainement il est rare de trouver cet avantage dans les maisons particulières.

Que doit-on conclure de tous ces principes et de tous ces faits? Il n’y a point de collège qui ne puisse citer des exemples, et en trèsgrand nombre, de jeunes gens qui y ont reçu une excellente éducation, et qui y ont infiniment profité, soit pour les sciences, soit pour la piété. Il n'y en a point aussi qui n’en ait vuavee douleur un très-grand nombre y faire un triste naufrage. Il en est de même des maisons particulières.

La conclu ion qu’il me semble qu'on en doit tirer, c’est que , les dangers pour la jeunesse étant grands de tous côtes, c’est aux parents 6 bien examiner devant Dieu quel parti ils doivent prendre, a balancer équitablement les avantages et les inconvénients qui se rencontrent de part et d'autre , à ne se déterminer (dans une délibération si importante que par des motifs de religion , et surtout faire un choix de maîtres et de collèges, supposé qu’ils prennent ce parti, qui puisse, sinon di.siperenlièremeut, du moins diminuer leurs justes craintes

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