OU
« qu’il y n de plus fort et de plus efficace pour I b rendre les ailles heureuses el les peuples * vertueux, c’est ce qui est empreint dans les « mocursdes citoyens, el ee que In pratique « et I habitude leur ont rendu comme familier « et naturel Cat les principes que l'éducation n « gravés dans leurs esprits demeurent fermes « el inébranlables, comme étant fondés sur la « conviction intéricureetsurln volonté même.
« qui est un lien toujours plus fort et plus « durable que celui de la contrainte ; de sorte « que celte éducation devient la règle des a jeunes gens , et leur tient lieu de législa- « leur. »
Voilà, ce me semble, l’idée lo plus juste qu'on puisse donner de la différence qu'il y a entre les lois et l'éducation.
La loi , quand elle est seule , est une maîtresse dure et impérieuse, b vay»®; qui gêne l'homme dans ce qu’il a de plus cher el dont il est le plus jaloux, je veux dire sa liberté; qui l’attriste , qui le contrarie en tout ; qui rst sourde à scs remontrances et à ses désirs1 ; qui ne sait jamais se relâcher ; qui ne lui parle que d'un Ion menaçant*, et ne lui monde quedes châtiments. Ainsi il n’est pas étonnant que l’homme secoue ce joug dès qu’il le peut impunément , el que , n’écoutant plus des leçons importunes, il se livre à ses penchants naturels, que la loi avait seulement réprimés sans les changer ni les détruire.
5s. Il n’en est pas ainsi de l'éducation. C'est une maîtresse douce et insinuante, ennemie de la violence et de la contrainte, qui aime à n’agir que par voie de persuasion, qui s’applique a faire goûter ses instructions en parlant toujours raison el vérité, et qui ne tend qu’à rendre la vertu plus facile en la rendant plus aimable. Ses leçons , qui commencent presque avec la naissance de l’enfant , croissent el se fortifient avec lui, jettent avec le temps de profondes racines , passent bientôt
1 « Loges rrm Miritam. Ineiorabilfm erse... nibil I.na- « menu un vi-niæ haberc, si niudum exccsseils. ■ (tir. 11b 2. D. S.)
* Pœna mslusque obérant, nec verba minantia flio
Ærc Irgcbanlur
(OviD. Mctarn Ub. 2, j.)
C'est une belle définition des lois, i trba minantia.
de la mémoire et de l’esprit dans le cœur, s'impriment de jour en jour dans ses mœurs par la pratique et l’habitude, deviennent en lui une seconde nature qui ne peut presque plus changer, et font auprès de lui dans toute la suite de sa vie la fonction d'un législateur toujours présent , qui dans chaque occasion lui mnnlrc son devoir et le lui fait pratiquer :
T, tCBlÔtOfftC vouo'jsvav SlÜfilBtV Btttf/âÇtTBt ICI û I ÊXBBTOV «ÙTÜV.
Il ne faut pas après cela s’étonner que les anciens aient recommandé avec tant de soin la bonne éducation de la jeunesse, el t’aient regardée comme le moyen le plus sûr de rendre un empire stable et florissant. Leur maxime capitale était, que les enfants appartiennent plus à la république qu’à leurs parents 1 ; et qu’ainsi ce n’est point au caprice da ceux-ci qu’il faut abandonner leur éducation, mais que la république doit se charger de ce soin ; que par cette raison les enfants doivent être élevés , non en particulier el dons la maison paternelle , mais en public, par des maîtres communs, et sous une même discipline, afin qu’on leur inspire de bonne heure l’amour de la patrie, le respect pour les lois du pays, le goût des principes et des maximes de l'Etat dans lequel ils ont à vivre. Car chaque espèce de gouvernement a son génie particulier. Autre est l’e-pril et le caractère d’un Etal républicain , autre celui d'un Etat monarchique. Or c’est par l'éducation qu’on prend cet esprit el ce caractère.
C’est en con.-équencc des principes que j'ai établis jusqu’ici , que Lycurgue, Platon, Aristote, en un mot tous ceux qui nous ont laissé des règles du gouvernement, déclarent que le principal et le plus essentiel devoir d'un magistrat, d'uu ministre, d’un législateur, d'uu prince , est de veiller a la bonne éducation , premièrement de leurs propres enfanls , qui souvent succèdent à leur place , et ensuite des citoyens en général . qui forment le corps de la république ; el ils remarquent que tout le désordre des Etals ne vient que de la négligence de ce double devoir.
Platon en cite un illustre exemple dans la personne du prince le plus accompli dont parle
> Ari»t. Polit. Ilb. 8, c. 1.
l'histoire ancienne ' : c'est le fameux Cyrus. Aucune des qualités qui font les grands hommes ne loi manquait, excepté celle dont il s'agit ici Occupé de ses conquêtes, il abandonna aux femmes * le soin de l'éducation de ses enfants. Ces jeunes princes furent donc élevés, non selon la discipline dure et austère des Perses , qui avait si bien réussi par rapport à Cyrus leur père, mais à la manière des Mèdes, c’csi-à-dire dans le luxe, la mollesse et les délices. Personne n'osait les contredire en ren. Leurs oreilles n'étaient ouvertes qu’aux louanges et aux flatteries. Tout fléchissait le genou et était rampant devant eux; et l’on croyait qu'il était de leur grandeur de mettre une distance infinie entre eux et le reste des hommes, comme s'ils eussent été d'une autre espèce qu'eux. Une telle éducation, dont toute remontrance et toute réprimande étaient sévèrement écartéesi * * * 5, eut , dit Platon , le succès qu'on en devait attendre. Les deux ptinces, aussitôt après la mort de Cyrus*, armèrent leurs mains l’un contre l'autre, ne pouvant souffrir ni supérieur ni égal; et Cambyse , devenu le maître absolu par la mort de son frère, s'abandonna comme un insensé et un furieux à toutes sortes d'excès, et mit l'empire des Perses à deux doigts de sa perle. Cyrus lui avait laissé une vaste étendue de provinces. des revenus immenses, des armées innombrables ; mais tout cela tourna à sa ruine, faute d'un autre bien infiniment plus estimable , qu’il négligea de lui laisser, je veux dire une bonne éducation.
Celle remorque judicieuse de Platon fi l'égard de Cyrus m'avait entièrement échappé en lisant son histoire dans Xènophon, et je n’avais pas fait réflexion qu'clfectivemenl cet historien garde un profond silence sur l'éducation des enfants de ce prince , au lieu qu’il
i Pial. Ilb. 3. deLfg. [p. 69*-69A.]
x La femme de Cyrus Sait Allé du roi des Médes.
* ÔAix iyixoxro , orour è,v tixoç aÙToùp ymuéat, rpofô àxirrudlqxtqt TpKfivratç.
v platoo suppose que ees deux frères portèrent les armes l'un coolre l’autre, aussitôt après la mort de C}ius, et que Cambyse fit tuer Smerdis. Hérodote ne dit rien
de tel Smerdis Tut toujours fort soumis à son feère, qui nu le fit mourir que vers la An de son légne, après l'expédition contre lEibiople.
décrit fort au long l'excellente manière dont les jeunes Perses étaient élevés et dont Cyrus lui-mêinc l'avait été. Il n'y a point de faute plus capitule pour un prince.
Philippe , roi de Macédoine . se conduisit d’une manière bien différente Dès qu'il fut devenu père (c’était au milieu de ses conquêtes'. et dans le temps de ses plus grands exploits), il écrivit à Aristote la lettre qui suit : Je vous donne avis qu'il m'est ne un fils. Je ne remercie pas tant les dieux de sa naissance, que du bonheur qu’il a d'êlre trenu au monde pendant qu’il y a un Arislole sur la terre. Car j'espère qu’élevé de votre main et par vos soins, il deviendra digne de la gloire de son père eide l'empire que je lui laisserai. Voilà parler et penser en grand prince , qui connaît l'importance d’une bonne éducation. Alexandre eut les mêmes sentiments. Un historien remarque qu’il n'aima pas moins Aristote que son propre père* ; parce que , disait-1, il était redevable d fun de oiore , et à l'autre de bien vivre.
Si c’est une grande faute à un prince de ne pas donner ses soins à l'éducation de ses propres enfants, ce n'en est pas une moindre de négliger celle des citoyens en général. Plutarque, dans le parallèle qu il fait de Lycurgue et de Numa. observe très-judicieusement que ce fut une pareille négligence qui rendit inutiles tous les bons desseins et tous les grands établissements de ce dernier. L'endroit est fort remarquable, o Tout le travoil de Numa. dito il, qui n'avait visé qu'à maintenir Rome o paisible et tranquille, s’évanouit avec lui; u et, dès qu'il fut mort, le temple aux doubles o portes , qu'il avait toujours tenu fariné , » comme si véritablement il y eût enchaîné o le démon de la guerre , fut rouvert tout à b coup, et toute l'Italie remplie de sang et de <t carnage. Ainsi le plus beau et le plus juste b de ses établissements ne dura presque point, b parce qu’il manquait du seul lien capable b de le maintenir , qui était l'éducation de la a jeunesse. »
< Aul. Gell. Ilb. 8, c. .
> A OiCTOTÜJS O-jx OTTOX àyatTÛX çx (»f BÔTÔC ttc/ix) TOXÏTttTpÔÇ, 3c* CXEÎXOX f*(X Jwx, 3là TBVTOX 3*
x»iit Çix. (Fut. Id rtlà Alex.)
Ce fut une conduite toute opposée qui maintint si longtemps les lois de Lycurgue dans leur entier. « Car , comme observe le même a Plutarque , la religion du serment qu'il a exigea des Lacédémoniens aurait été une « faible ressource après sa mort , si par a l’éducation il n’eût imprimé les lois dans a leurs mœurs, et ne leur eût fait sucer pres-
< que avec le lait l’amour de sa police cri la a leur rendant comme familière et naturelle. • Aussi vit-on que ses principales ordonnances « se conservèrent plus de cinq cents ans, « comme une bonne et forte teinture qui ai ait a pénétré jusqu’au fond de l'Ame. »
Tous ces grands hommes de l’antiquité étaient donc persuadés, comme Plutarque le dit en particulier de Lycurgue, que le devoir le plus essentiel d’un législateur, et il en faut dire autant d'un prince, était d'établir de bonnes règles pour l'éducation de la jeunesse, et de les faire exactement pratiquer. Il est étonnant jusqu’où ils portaient sur ce point l’attention et la prévoyance. C'est dès la naissance mémedesenfantsqu’ils recommandaient qu’on prit de sages précautions par rapport à toutes les personnes qui devaient en prendre soin ; et l’on voit bien que Quintilien a pui-é dans Platon et dans Aristote ce qu’il dit à ce sujet, surtout pour ce qui regarde les nourrices. Il voulait ', comme ces sages philosophes , que , dans le choit qu’on en ferait , non-seulement on prit garde qu'elles n'eussent point un langage vicieux , mais que surtout on eût égard aut mœurs et au caractère d’esprit. Et la raison qu’il en porte est admirable, a C’est, dit-il,
< que ce qu'on apprend A cet âge s’imprime b facilement dans l'esprit, et y laisse de pro- « fondes traces qui ne s’effacent pas aisément. b 11 en est comme d’un vase neut, qui cona serve longtemps l’odeur de la première lia queur qu’on y a versée, et comme des laines, b qui ne recouvrent jamais leur première
1 «Et moram quldemin bis biod dabié. prior ratio est:
« recté Umcn eilam loquaDtur... Katuré rnim Unassimi « sumua eorum quœ rudibui ahnis perrepinnià : lit àapor a qno nova lmbu.0 dtlrdl; nef Imarurri colores, quibbs b simple! tlle candor niiiuida bit, élut posaunt. Et li.ee « ipaa magis pertlnacilor livrent, que détériora anal, a (Qcuit. Itb. 1, cap. I.)
b blancheur quand elles ont été une fois à la a teinture. El le malheur est que les maua mises habitudes durent encore plus que les b bonnes, u
C’est par la même raison que ces philosophes regardent comme un des plus essentiels devoirs de ceux qui sont chargés de l’éducation des enfants ’ d’écarter d’auprès d’eux , autant qu'il est possible , les esclaves et les domestiques dont les discours , et encore plus les exemples , pourraient leur être nuisibles.
lis ajoutent à cela un avis qui sera la condamnation d'un grand nombre de pères et de maîtres chrétiens. Ils veulent que non-seulement on interdise aux jeunes gens, jusqu'à un certain Age, toute lecture de comédie et tout spectacle, mais que toute peinture, toute sculpture , toute tapisserie , qui pourraient offrir aux yeux des enfants quelque image indécente ou dangereuse , soient absolument bannies des villes. Ils désirent que les magistrats veillent avec soin A l’exécution de ce règlement , et qu’ils obligent les ouvriers , même les plus industrieux , qui ne voudront pas s’y soumettre , à porter ailleurs leur funeste habileté. Ils étaient persuadés* que de cet amas d’objets propres A flatter les passions et A nourrir la cupidité il sort comme un air contagieux et pestilentiel capable d’infecter A la longue et insensiblement les mattres même qui le respirent à chaque moment sans crainte et sans précaution , et que ces objets sont comme autant de fleurs empoisonnées qui exhalent une odeur de mort d’autant plus à craindre qu’on s’en délie moins , 01 que même elle parait agréable. Ces sages philo—
1 Arfn. !>oiii. Itb. t, 1. 17.
* I va ub év xaxia; tly'.’j! rptfifiivai r.pïSot yvi.axir , weirip iv xaxà Sotrvv), ito'a>b ixèta rr,ç npipag xarà eutrpbv ànô iroiiûv Xpirr&ptvot tl xut vlpâutvoi, îs Tt Çuvtsîàvr Ifc )Bv0àv«,ffi xëcxàv ftiya Iv zt, bvrûv ûvV ixi ixavf çornTtov TV jf Âisuiavpyovc, Tvjff eÿyvic -'jvv.jèvoj; ' iypfbilx ti* TOÛ xbaPv Tl xat f vT^nuavac fvar/ ' lv’, üenvip iv vytnvsi ràrv, oh couvrir, oi vfot ùfùùxzai bitô xavToi, svvsOix xx aùroi Tf àïrw Twv xaîüx tpyux b novf b-lix b npbt Axoïix Tl xpaa-oa/p, wxirip avpa fipovaet àiro xpxzrüv TVXM» Byiliax, xal Ivbvf ix vraiÀsi* Xavbâvlt tiç vas tôzxztx ti xai pùtav xai Çvpysiviav T® xfc/û Àsyw ayouBB; (Plat, de Hep. Itb. 3 lp. 401 J.)
Dgle
sophea veulent au contraire que dans une ville tout enseigne et inspire la vertu , inscriptions , tableaux , statues , jeux , conversations , et que de tout ce qui se présente aux sens et qui frappe les yeux ou les oreilles , il se forme comme un air et un souffle salutaire qui s'insinue imperceptiblement dans I Ame des enfants, et qui , aidé et soutenu par l’instruction des maîtres , y porte , dès l’Age le plus tendre, l’amour du bien et le goût des choses honnêtes. Il y a dans le texte original une linesse, une délicatesse d'expression dont nulle autre langue n’est susceptible. Quoique ce passage soit un peu long , j’ai cru devoir en citer une grande partie pour donner quelque idée du style de Platon.
Je reviens à mon sujet , et je finis ce premier article en priant le lecteur de considérer comment le paganisme même a toujours regardé comme le devoir le plus essentiel des pères , des magistrats , des princes , de veiller à l’éducation des enfants, parce qu’il est de la dernière importance, pour tout le reste de la vie, de leur donner d'abord de bons principes. fen effet, lorsque les esprits sont encore tendres et flexibles , on les manie et on les tourne ù son gré, au lieu que l'âge et une longue habitude rendent les défauts presque incorrigibles : Franyas enim ciliùs , quàm corrigas, quai in pravum induruerunt
On examine st IVdocalion publique doit f ire préférée à l'fDsiruciion domestique et particulière.
Pendant tout le temps que j'ai été chargé de l’éducation de la jeunesse, parfaitement instruit des dangers qui se rencontrent et dans les maisons particulières et dans les collèges , je n'ai jamais osé prendre sur moi de donner conseil sur celte matière, et je me suis contenté de m'appliquer avec le plus de soin qu’il m’a été possible i l’instruction des jeunes gens que la divine Providence m'adressait. Je crois devoir encore garder la même neutraiilé, et laisser i la prudence des parents â décider une question qui souffre
> Quiatll. III. i,e.3.
certainement de grandes difficultés dé part et d’aulrc.
Quinlllien a traité cette question avec beaucoup d'étendue et d'éloquence 1 . L'endroit est on des plus beaux de son ouvrage, et mérite d’être lu dans l'original. J'en donnerai ici un extrait.
Il commence par répondre à deux objections qu'on a coutume de former contre les écoles publiques.
La première regarde la pureté des mœurs qu’on prétend y être exposée à de plus grands dangers. Si cela était , il juge qu’il ne faudrait pas hésiter un moment, le soin de bien vivre étant inliniment préférable à celui de bien parler *. filais il prétend que le péril est égal de part cl d'autre, que le tout dépend du naturel des enfants et du soin qu’on prend de leur éducation ; que, pour l'ordinaire, c'est des parents mêmes que vient le mal , par le mauvais exemple qu’ils donnent â leurs enfants : ceux-ci , dit-il , voient tous les jours et entendent des choses qu'ils devraient ignorer toute leur vie. Tout cela passe en habitude1, et bientôt après en nature. Les pauvres enfants se trouvent vicieux avant que de savoir ce que c’est que le vice. Ainsi, no respirant que luxe et que mollesse, ils ne prennent pas le désordre dans nos écoles, mais ils l’y apportent.
La seconde objection concerne l'avancement dans les éludes , qui doit être plus grand à la maison où le préccplcur n'a qu’un écolier à instruire. Quiiitilien n’en i onvient pas, pour plusieurs raisons qu'il expose ; mais il ajoute qtle cet inconvénient , quand même il serait réel , est abondamment réparé par les grands Avantages qui se trouvent dans l'éducation publique.
1° L'éducation publique enimhlit mi jeûné homme *, lui donne du courage, l’accoutume
i Quint. Ibid. cap. 1.
• « Polior mihi ralio > ivendi boneslé, quàm Tel opte time diccndi videreiur. ®
3 « Fil ex bis consueludo, deindè natura. DUcnnt h»c « miser! , anicquam sciant vitia esse- Indè soiuti ac a flurntes, non accipiuiil é scholis maia isla, sed in schotr las afferunl. »
k o Ante omnia, futurus orator, cul In maximâ celea brltate et in media rei public® luce vivendum est, as-