Sujet de réprimander
C est un défaut assez ordinaire d’employer la réprimande pour les fautes les plus légères, et qui sont presque inévitables aux enfants; et c'est ce qui lui ôte toute sa force, el eu fait
1 a Quum Ira detielum In i ni i ait , non oporlet precala « corrisere peccaudo. » iSeseca, Ut Ira, lit,. 1, cap. 15.)
perdre tout le fruit. Car ils s’y accoutument , n’en sont plus touchés, el s en font un jeu. Je n’ai pas oublié ce que j’ai rapporté ci-devant de Quintilicn , qu’un moyen pour un mailre de punir rarement les enfants, c’est de les avertir souvent: Quo scrpiùs monueril , hoc rariiis castigabit. Mais je mets une gran le diflércnce entre les avertissements cl les réprimandes. Les premiers sentent moins l’autorité d’ur. maître, que la bonté d'uu ami. lia sont toujours accompagnés d’un air et d’un Ion de douceur qui les font recevoir plus agréablement ; et par celle raison on en peut faire souvent usage. Mais , comme les réprimandes piquent toujours l’amour-propre, et que souvent elles empruntent un air et un langage sévères , il faut les réserver pour des fautes plus considérables, et par conséquent en user plus rarement.
g- Temps où il faut placer U réprimiode.
La pudence du matlre consiste è étudier avec soin el à attendre le moment favorable, où l’esprit de l'enfant sera disposé â profiter de la correction. C'est ce que Virgile appelle si élégamment molles adilus , mottiuiima fandi tempori ' ; et en quoi il fait consister l'adresse d un négociateur, guis rebus dexler modus
Ne reprenez donc jamais un enfant, dit M. de Fênélon, ni dans son premier mouvement, ni dans le vôtre. Si vous le faites dans le vôtre, il s aperçoit que vous agissez par humeur et par promptitude, non par raison el par amitié, et vous perdez sans ressource votre autorité. Si vous le reprenez dans son premier mouvement, il n’a pas l’esprit assez libre pour avouer sa faule , pour vaincre sa passion , el pour sentir l’importance de vos avis. C’est même exposer l’enfant â perdre le respect qu'il vous doit. Moulrez-lui loujoursque vous vous possédé! : rien ne le lui fera mieux voir que tolre patience. Observez tous les moments pendant plusieurs jours s’il le faut, pour bien placer une correction.
Que diiait-on, remarque M. Nicole en parlant du devoir de la correcliuo fraternelle *,
1 Æo. I.b. 4, v. 203 et 423.
1 Evangile du mardi do ta troisième semaine de carême.
que dirail-on d’un chirurgien qui, pour Imiter un apostume , irait surprendre celui qui l'aurait en lui donnant un coup de poing sur son mal , et cela sans que cet aposlume eût été mis, par des remèdes préparulifs, en étal d'être percé, cl sans que le malade lût disposé h une opération si douloureuse? On dirait, sans doute, que cet homme serait très-imprudent et très malhabile. Il est aisé d’appliquer cette comparaison à la matière que je traite.